samedi 22 avril 2017

The Buttertones : « Gravedigging »



Troisième album pour cette formation originaire de Californie. De prime abord, tout chez les Buttertones rappelle une formation rétro, entre surf music et rock n'roll garage, un vieux truc de la fin des années 50/début 60, la bande son idéale pour le prochain salon du vintage. Mais au fil des écoutes, un deuxième niveau de lecture (ou plutôt d'écoute en l'espèce) se fait jour. Derrière les roucoulades surf de la guitare (« Morrocan Mansoon ») ou le growl swing du saxophone (« Two headed shark ») on entend un groupe à la précision et à la rectitude toute contemporaine. Le charme du vintage n'est ainsi qu'un vernis cachant une efficacité à toute épreuve. Et puis il y a cette voix, qui hante les chansons qui évoque tantôt un crooner de charme fifties (« I ran away ») tantôt un goth échappé d'une batcave des années 80 (« Pistol Whip », « Sadie's a sadist ») apportant une couleur dark au tableau du couché de soleil sur la plage ("A tear for Rosie"). Dynamitant la sunshine pop par le biais d'influences punk et post punk, The Buttertones nous capture ainsi dans les filets d'une partition unique en son genre.


vendredi 21 avril 2017

Mathis Haug + Cory Seznec, Le New Morning, 20/04/2017.



C'est avec Cory Seznec, une belle découverte, que nous avons débuté la soirée. Ce dernier, guitariste et banjoïste est accompagné d'un excellent percussionniste, avec qui il déconstruit le blues de façon très personnelle à l'aide de guitares désaccordées et « trafiquées » selon ses propres termes, afin d'obtenir un son pour le moins étonnant. Les classiques du blues en ressortent transfigurés, entre expérimentations et incursions africaines. Charismatique et sympa, la paire nous livre un résultat intriguant mais séduisant.

Place ensuite à la tête d'affiche de la soirée, Mathis Haug, venu fêter en trio la sortie de son excellent album « Wild Country ». Particulièrement survolté, extatique, Mathis nous a livré un concert fort en émotions où à de nombreuses occasions la musique est sortie grande gagnante des débats, mené par un trio de musiciens en transe. Stéphane le batteur fait forte impression. Son kit mélange des tomes et cymbales classiques agrémenté d'éléments de récupération assez étonnants. Une vieille valise abîmée fait office de grosse caisse (contre toute attente ça sonne super bien), une boîte de café en fer et une bonbonne d'eau vide complètent le dispositif. Ceci dit seul un musicien aussi virtuose et puissant que Stéphane peut faire sonner aussi bien un tel assemblage de bric et de broc. Sa frappe est puissante (il faut voir les cymbales onduler telles des vagues sous ses coups de baguettes) et pleine de feeling sur des rythmiques ternaires jazzy. Egalement très impressionnant au frottoir, son énergie contagieuse se transmet aux autres musiciens et au public aussi qu'il emporte dans sa transe. Derrière sa guitare, Mathis n'est pas en reste et saute comme un cabri avec un enthousiasme communicatif comme il le dit lui-même : « C'est presque un concert de rock n'roll ». Profitant d'un line-up sortant de l'ordinaire, un clavier remplace la basse, un violon et une deuxième guitare font une apparition sporadique, Mathis exploite toutes les variations qu'offrent cette formation, passant d'ambiances mélancoliques (le violon) servant son propos humaniste (cf. « Luigi ») à un groove soul puissant (le clavier funky) sans oublier un duo de guitares entre blues et rock et un soupçon de country. Après deux heures de road trip immobile au cœur de musiques telluriques, le show s'achève sur une magnifique reprise de « Cortez the killer » (Neil Young) en forme de bœuf improvisé. Magnifique soirée.

jeudi 20 avril 2017

Thornbjorn Risager & The Black Tornado : « Change my game »



Dix albums, la discographie de Thornbjorn Risager commence à être conséquente. En pleine possession de ses moyens, le Danois attaque cette nouvelle phase de sa carrière de manière oblique. S'ancrer dans le blues tout en tournant autour, voilà le défi que s'est imposé le musicien. The Black Tornado, le groupe accompagnant le chanteur est bien fourni, huit musiciens : Cuivres, claviers, guitares et section rythmique sont de la partie, autant de raisons de s'amuser à multiplier les ambiances. Un groupe polymorphe, offrant plein de possibilités, que l'artiste est bien décidé à exploiter à son maximum. Le début de l'album est à ce titre particulièrement évocateur et voit le groupe passer d'une ballade « I used to love you » (un peu trop FM pour être honnête, c'est le seul moment faible du disque) à un titre rock, « Dreamland », particulièrement ardent, toute guitares dehors avant d'enchaîner sur une chanson groove et funky, « Change my game » (c'est le cas de le dire!). Sans oublier la nécessaire note acoustique (« Holler 'n' moan », « Hard time »). Quatre titres sont passés et on ne peut que constater l'étendue du registre de la formation qui trouve sa cohérence dans la voix puissante de son chanteur, Thornbjorn, caméléon vocal aussi à l'aise devant un mur de guitares (« Hold my lover tight ») que dans le dépouillement acoustique ou un ensemble de cuivres funky. Un album tout en nuances fait d'ambiances nocturnes à l'image de sa superbe pochette.

mercredi 19 avril 2017

Cannes Soundtrack




Hier soir, dans le cadre étonnant de la maison Sonos, s'est tenue la soirée de présentation de Cannes Soundtrack. En effet, la musique de film est la grande absente du festival de Cannes. Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'art de la bande originale n'a été récompensée qu'une seule fois, lors de la première édition de 1946 (victoire de Georges Auric pour La symphonie pastorale, réalisé par Jean Delannoy). Pourtant, en marge de la compétition officielle, depuis 2012, sont décernés les Cannes Soundtrack Awards par un jury de journalistes. Qui succédera à Cliff Martinez, lauréat 2016 pour la BO de The Neon Demon (Nicolas Winding Refn) ? Réponse le 27 mai sur la Croisette…


Les nominés 2017 :

The Meyerowitz Stories
de Noah Baumbach

Okja
de Bong Joon-Ho

Aus Dem Nichts (In the fade)
de Fatih Akin

120 battements par minute
de Robin Campillo

The Beguiled
de Sofia Coppola

Rodin
de Jacques Doillon

Happy end
de Michael Haneke

Wonderstruck
de Todd Haynes

Le Redoutable
de Michel Hazanivicius

Geu-Hu (The day after)
de Hong Sangsoo

Hikari (Radiance)
de Naomi Kawase

The killing of a sacred deer (Mise à mort du cerf sacré)
de Yorgos Lanthimos

A Gentle creature
de Sergei Loznitsa

Jupiter's moon
de Kornél Mandruczó

L'amant double
de François Ozon

You were never really here
de Lynne Ramsay

Good time
de Benny & Josh Safdie

Nelyubov (Loveless)
d'Andrey Zvyagintsev


lundi 17 avril 2017

Les Yeux Noirs




Tirant son nom d'une chanson de Django Reinhardt (cela ne s'invente pas), Les Yeux Noirs sort son premier album en 1992. Intitulé « Band of Gypsies », le disque, enregistré dans les conditions du direct, ne fait pas référence au fameux album de Jimi Hendrix mais fait plutôt écho au jazz manouche. Profitant d'une formation particulièrement complète (guitare, contrebasse, violon, accordéon, violoncelle), le groupe mené par les frères violonistes Eric et Olivier Slabiak fait le lien entre les traditions Yiddish (l'accordéon) et Tzigane (le violon). Issus de générations et de cultures différentes (l'Italie, la Belgique, la Bulgarie) les musiciens se retrouvent autour de cette musique si particulière faisant le grand écart, passant de l'euphorie (grâce à son énergie rythmique élevée) à la mélancolie (le duo de violons, le violoncelle) en un instant, jouant avec les émotions des auditeurs. La présente sortie regroupe sur deux cds les deux premiers efforts, principalement instrumentaux, des Yeux Noirs « A band of gypsies » (1992) et « Suites » (1994). Une réédition bienvenue.

dimanche 16 avril 2017

Chocolat, La Maroquinerie, 15/04/2017.

(c) Audrey Canuel

Week-end de Pâques ou pas, c'est toujours le bon moment pour écouter Chocolat ! La recette de ce Chocolat québecois est assez subtile. De prime abord, le goût est fort en bouche (aux oreilles aussi) par le biais de guitares en perpétuelle effervescence sur un tempo mené tambour battant par Evan, le véloce batteur. La basse se faufile dans les interstices laissés libres. Puis, le premier choc passé, le Chocolat révèle toutes ses saveurs. Des dérives vers le free jazz (le saxophone s'époumone) finement amenées, des transitions progressives au clavier nostalgique et planant, puis vint la décharge, le tonnerre de guitares (superbe Rickenbacker demi-caisse), psychédéliques, hypnotiques (le solo de Gibson SG joué le manche collé au pied du micro), répétitives qui tournent et retournent le cerveau. Le chant éthéré, mélodique, haut perché et presque effacé de Jimmy ajoute à la bizarrerie de l'ensemble (les paroles absconses aussi). Punk, garage, psychédélie, progressif, le Chocolat prend une saveur unique. Les influences passées (Stooges, Soft Machine) sont parfaitement digérées en un rendu intemporel et exaltant. Sur disque comme sur scène, ce Chocolat là est excellent !


samedi 15 avril 2017

The Madcaps : « Slow down »



Toujours fidèles au rock n'roll et à sa kyrielle d'influences venues des années 1960, les Madcaps évoluent en douceur avec ce troisième effort à la faveur d'un changement de personnel. Mettant un peu de côté les influences garage et sa cohorte de guitares dégénérées, le groupe évolue sur un territoire pop évoquant parfois les Beatles (« Come » ressemble un peu à « Ticket to ride ») teinté de cuivres groovy ajoutant une note de rhythm and blues dans le cocktail (« Slow down », « Silver & Gold »). Enregistré dans les conditions du live, ce nouvel effort conserve intact le côté brut de leur musique (« Fair enough »). Brut certes mais travaillé (« Le passe muraille »), subtilement arrangé (cuivres, piano, orgue, percussions exotiques et même un surprenant synthé vintage sur "Devil Money" le dernier titre) ; on note également un effort certain porté sur les harmonies vocales auquel on est particulièrement sensible. Pour le reste, l'efficacité est toujours de mise et le quatuor n'a pas son pareil pour tisser de jolies ritournelles s'incrustant durablement à l'oreille (« She's so hot ») pour notre plus grand plaisir. Ralentir le tempo (cf. le titre) leur fait visiblement du bien. Une des formations les plus attachantes de l'Hexagone et une réussite supplémentaire à mettre au crédit de l'excellent label Howlin'Banana.

mercredi 12 avril 2017

Sallie Ford : « Soul Sick »



Après deux albums en compagnie de son groupe The Sound Outside et un troisième disque avec un groupe entièrement féminin, Sallie Ford est de retour avec un premier effort en solo. Autrefois reine du style vintage fortement teinté de rockabilly, Sallie Ford fait montre d'une belle évolution et d'une maturité certaine avec ce nouveau disque. D'une part Sallie reste fidèle au genre qui a fait sa réputation, les stomps énormes de « Loneliness is Power » et de « Middle Child » auraient pu faire partie du répertoire du Sound Outside ; la très belle « Screw up » teintée d'influences sixties. Mais au-delà Sallie teinte sa musique d'influences indie (« Record on repeat » ) ou psyché (« Get out », « Never gonna please ») nettement plus contemporaines et tirant un trait d'union entre passé et présent. L'unité est préservée grâce à la personnalité vocale de Sallie, très en forme ici, qui tient l'ensemble quelque soit le contexte. Si Sallie est au top de sa forme d'un point de vue vocal (comme on l'a constaté précédemment), le moral semble en berne (le titre de l'album est évocateur à ce sujet) et un coup d’œil sur le tracklisting file le bourdon : « Screw up », « Failure », « Hurts so bad » et on en passe… Reste l'album riche de compositions solides, produit au millimètre, faisant évoluer l'univers de l'artiste tout en lui restant fidèle. Une réussite.

mardi 11 avril 2017

Benjamin Schoos : « Profession chanteur »



Nom : Schoos, Benjamin. Profession : Chanteur. A défaut d'une compilation de ses plus grands succès, le Liégeois, cheville ouvrière des excellents Phantom (le groupe maison du label Freaksville) fait son retour avec cet album regroupant des titres issus de ses trois derniers disques en solo. Benjamin Schoos, cheveux gominés et nœud papillon, le charme un peu rétro, un peu passé de mode, le genre de type que l'on retrouve derrière son piano au fond d'une salle de balle désuète. Crooner gauche, romantique déçu déclarant sa flamme de manière maladroite (« Je ne vois que vous », « I love you »), Benjamin Schoos est souvent bien accompagné par Lætitia Sadier (Stereolab) ou April March. Derrière des atours modestes, ses chansons évoquent les amours ratés (« A mort l'amour » comme il dit, « J'ai essayé de t'aimer ») ou le destin ordinaire de gens qui ne le sont pas, qu'ils soient catcheur ou cascadeurs (voire chanteur!). A mi-chemin entre la chanson et la pop, Benjamin excelle dans un registre rappelant pèle-mêle Serge Gainsbourg, William Sheller, Bertrand Burgalat ou Alain Chamfort. La bande-son de la déconfiture sentimentale à écouter un soir de solitude sur « le walk of fame ».


Portrait Mathis Haug


(c) Clément Puig

Si Mathis Haug donne autant l'impression de faire partie du paysage, c'est avant tout parce qu'il a élu domicile dans l'Hexagone depuis fort longtemps : « Je suis arrivé avec ma Mère, après le divorce de mes parents, en 1982 à l'age de 6 ans » après un retour en Allemagne puis un détour par Barcelone, Mathis s'est finalement installé en France, « dans le pays où j'ai suivi toute ma scolarité » autant d'expériences qui lui permettent d'affirmer aujourd'hui « Je suis Européen avant tout ». Pourtant Mathis aimerait bien maintenant percer sur sa terre natale : « Je n'ai pas vraiment de carrière en Allemagne, c'est un très gros marché. Pour les concerts c'est compliqué sauf à jouer dans les bars. Mes deux premiers albums Paying my dues et Distance, on s'est focalisé sur le marché français. Cela devrait changer bientôt, mon nouveau disque Wild Country va être distribuer en Allemagne ». On y trouve d'ailleurs un titre en allemand, « Une langue très douce à mes oreilles », Luigi et c'est une première pour l'artiste: « Cette chanson parle d'un sentiment d'exil que j'ai connu. Assez mélancolique. Luigi c'est le type qui est bien intégré mais qui, dans le fond, reste le vendeur du kiosque, à côté »...



(c) Clément Puig

(c) Clément Puig
Ce nouvel album, somptueux cocktail de blues, folk, country et rock n'roll, a pris naissance de manière assez particulière, après sa participation au festival Rochefort en accords : « C'est un chouette festival ! 20 artistes sont invités, des chanteurs, des musiciens, tous venant d'horizons différents et tous s'accompagnent les uns, les autres. On a voulu reproduire la même chose pour le disque, ne pas trop préparer les arrangements, laisser couler les choses. On a fait un album teinté de country avec des musiciens qui n'étaient pas spécialistes du genre». Ce nouvel album marque ce que Mathis appelle « Une ouverture musicale. J'ai appris la guitare avec le blues et ma musique en est empreinte sans être du blues pur et dur. Je suis curieux d'autres formes musicales. J'aime beaucoup la country car elle raconte des histoires simples de la vie de tous les jours. La musique ne doit pas être enfermée dans un musée et rester vivante avant tout ». Vagues migratoires (Des Miles), exils (Luigi), les thèmes abordés dans ce nouvel effort son parfois assez graves et teintés de mélancolie : « On arrive à l'automne de notre civilisation » constate le musicien. « Où on va ? Notre train de vie nous mène droit dans le mur et le changement fait peur. Où on va ? C'est quand même hallucinant, des gens travaillent et dorment dans leur bagnole, on fabrique des bancs pour empêcher les sdf de s'allonger, notre société est malade. Il y a un truc qui ne fonctionne pas ». Dans ce contexte, la musique fait office d'ultime planche de salut, comme l'artiste s'en explique dans sa chanson Rock n'roll band : « On pousse nos gosses à faire des études, à être les meilleurs. Ils sont diplômés puis se retrouvent à faire complètement autre chose dans la vie. Il n'y a pas de place pour tout le monde, c'est dur. Finalement il ne reste plus qu'une seule chose à faire, prendre une guitare, former un groupe de rock et essayer de s'en sortir comme ça ». Une résolution à laquelle l'artiste s'accroche coûte que coûte : « Jouer mon dû. Cela sera comme ça jusqu'à la fin je pense. Prendre une guitare et jouer le blues. Il y a eu beaucoup de monde avant, il y en aura beaucoup après. Il faut le prendre au sérieux ».



(c) Victor Delfim


Propos recueillis le 02 Mars 2017.
En concert à Paris le 20/04 (New Morning).
Un grand merci à Mathis, Bruno et Sophie.


dimanche 9 avril 2017

Watermelon Slim : « Golden Boy »



Partons aujourd'hui à la rencontre d'un personnage absolument fascinant. Gueule cassée du blues (cf. la pochette) dont le visage ravagé trahit les vicissitudes passées, Watermelon Slim est un cas à part. Né à Boston et installé à Clarksdale (le lieu de naissance du blues sis dans le Mississippi), Bill Homans, de son vrai nom, a vécu mille vies, ancien combattant au Vietnam reconverti depuis en militant anti-guerre et engagé politiquement à gauche (militant socialiste plutôt rare pour un Américain). Watermelon Slim n'est pas à un paradoxe près, récipiendaire du WC Handy Award du « meilleur débutant » à l'age de 56 ans (en 2005) ; bardé de diplômes universitaires, il a pourtant vécu la majorité de sa vie comme ouvrier camionneur, expérience dont il tire aujourd'hui son blues, perceptible dans le chant de sa voix qui se brise un peu plus à chaque chanson. Non Watermelon Slim n'est ni le plus doué, ni le plus virtuose, ni le plus beau (on apprécie à sa juste mesure toute l'ironie du titre « Golden Boy ») mais il est difficile de faire plus authentique. Chez Watermelon Slim chaque mot, chaque note est lourde de sens et vient des tripes à défaut d'être techniquement parfaite. Loin de se complaire après un parcours de vie pour le moins chaotique (il a été battu à mort pour d'obscures raisons) Watermelon Slim tire au contraire de ses expériences passées un disque euphorisant (« Mean Streets », « Northern blues »), s'éloignant parfois du blues au sens strict pour des horizons plus rock (le « Pickup my guidon » d'ouverture), des sonorités celtiques (« WCBN », « Cabbagetown ») ou amérindiennes (« Wolf cry »). Le tout formant une sorte de portrait caché de l'Amérique, celle des SDF et autres laissés pour compte du rêve américain. Excellent dans sa face électrique comme acoustique, up ou down tempo (« Winner of us all »), c'est une révélation !
En concert le 1er juillet (Sunset-Paris) et les 7 & 8 juillet (Cognac Blues Passions)


vendredi 7 avril 2017

AWEK (feat. Fred Chapellier) + Elise and the Sugarsweets, New Morning, 6 avril 2017.



Voilà une soirée que l'on attendait avec impatience faisant le lien entre piliers et nouveaux venus de la scène blues hexagonale.

On commence avec du sang neuf, celui d'Elise & The Sugarsweets, un seul EP pour l'instant et déjà tant de promesses… Le groupe accompagnant la chanteuse n'est certainement pas inconnu des amateurs parisiens de la note bleue. Oliver Raymond (guitare) et les frères Jérôme et Olivier Férrié (basse et batterie) ayant roulé leur bosse dans différentes formations. Ce nouveau groupe les voit rejoindre Sylvain Lansardière (orgue) et la chanteuse Elise Heyte, 19 ans seulement et impressionnante de prestance et de maturité vocale. Sa voix, magnifique, est grave juste comme il faut et véhicule une foule d'émotions. Ce n'est pas Bannish (Blues Power Band) venu se prêter à un duo qui nous contredira. L'expérience et le savoir-faire des musiciens encadrant la fougue de la chanteuse, particulièrement charismatique et énergique sur scène. Le répertoire interprété fleure le bon goût et l'érudition (Magic Sam, Junior Wells, Freddie King, Aretha Franklin) et est parfaitement rendu en termes de feeling et de groove : (rhythm et) blues sont au programme. Seul petit regret, le manque de compositions originales (signalons toutefois la très belle « Road to coal mine » signée du guitariste Olivier) mais ce point devrait évoluer à l'avenir. On a toutefois passé une très belle heure en leur compagnie. Et le groupe a fait un tabac auprès du public.

Avec dix albums au compteur, les Toulousains d'Awek sont une valeur sûre du blues made in France. Leur performance du soir ne fera que confirmer tout le bien que l'on pense d'eux. Leur champ d'action est bien loin de se limiter à un seul style de blues mais va picorer des influences partout où bon leur semble et notamment dans le rock n'roll de Chuck Berry (duck walk parfaitement exécuté mais ne va pas te péter un truc Bernard!). Le swing semblant être la constante grâce à la section rythmique composée de Joël Ferron (basse) et Olivier Trebel (véloce batteur alliant puissance et finesse du touché). L'harmonica de Stéphane Bertolino apporte un plus « roots » indispensable et ancrant ce groupe, assez volage dans le fond, un peu plus profondément dans le blues. Sur une bonne moitié du set, le quartet a été rejoint par le guitariste Fred Chapellier (un renvoi d'ascenseur), une pointure de l'instrument en France, auteur d'une discographie en solo respectable et (accessoirement) accompagnateur de Jacques Dutronc. Musicien magnifique Chapellier possède ce don rare, celui de savoir s'exprimer avec son instrument, ses interventions étant toujours pleines d'émotions palpables. Jamais envahissant, trouvant toujours la note juste et le moindre espace pour s'exprimer, Fred s'est fondu dans le paysage comme un poisson dans l'eau pour le plus grand bonheur (auditif) des spectateurs. Les derniers rappels ont vu tout ce beau petit monde se réunir une dernière fois sur scène pour un mini bœuf, histoire de clôturer en beauté cette superbe soirée.


jeudi 6 avril 2017

Django d'Etienne Comar



Dans la première scène où il apparaît, Django Reinhardt (Reda Kateb) pèche au bord de la Seine puis s'en suit une longue scène, enfiévrée, de concert. En deux séquences, le réalisateur Etienne Comar a défini son personnage. « Son » Django est un type un peu sauvage, un peu solitaire, cherchant à tout prix à maintenir son lien avec la nature et entretenant un rapport quasi fusionnel avec la musique et sa guitare. En inscrivant son récit dans un contexte historique bien particulier, celui de l'Occupation de 1943, Comar drape son film d'un voile anxiogène, installant une tension qui ne disparaît jamais tout à fait et perceptible dans le jeu inquiet de ses interprètes. Django n'est donc pas tout à fait un biopic, mais un récit à moitié romancé (le personnage de Louise de Clerk incarné par Cécile de France est totalement fictif et ressemble à une synthèse des différentes femmes fréquentées par Django) empruntant aux codes du thriller et des films de guerre et d'espionnage. Dans ce contexte, la musique apparaît comme un refuge de joie et de bonheur à l'image de Django se saisissant de sa guitare dès que le besoin de réconfort se fait sentir. Mais le jazz est, aussi, une source de frustration terrible à l'énoncé des règles ridicules édictées par les dignitaires nazis (le blues est interdit, les solos ne doivent pas dépasser les sept secondes) où lorsque ces mêmes nazis interrompent brutalement un concert estimant que « cette musique rend fou ». Django nous conte donc l'itinéraire du personnage durant une période somme toute assez courte, un parcours entamé sous les vivas de la foule d'une salle de concert pleine comme un œuf et qui se termine par une cavale, éperdue et solitaire, seul dans la neige, la guitare sous le bras, ledit instrument se brisant dans la panique ambiante. D'une facture assez classique, mais élégante, Django est porté par le talent et le jeu fiévreux et subtil de Reda Kateb qui s'impose comme une évidence dans le rôle titre.

Sortie le 26 avril.

mercredi 5 avril 2017

Aimee Mann : « Mental Illness »



En dépit de ses vingt-cinq années de carrière, ce n'est qu'à la fin du siècle dernier que le public français à découvert Aimee Mann grâce à la bande-originale de Magnolia, le formidable film de Paul Thomas Anderson (1999). Album au titre et à la pochette (magnifique) évoquant une film d'horreur, un soupçon inquiétant, « Mental Illness » est le onzième effort d'Aimee et le premier depuis cinq ans. Le disque à peine posé sur la platine et les images affluent, des guitares acoustiques, un piano et une fille qui chante : l'album exhale un fort parfum de Californie. Mélancolique sans jamais tomber dans un excès de noirceur, ces onze nouvelles chansons sont belles comme un couché de soleil sur Laurel Canyon. Simple, dans le meilleur sens du terme, l'album, d'une facture classique et intemporelle, aurait pu sortir tel que en 1971. Une valeur sûre.

mardi 4 avril 2017

Eric Bibb : « Migration blues »



Mettant en parallèle le sort d'un citoyen d'Alep, fuyant la guerre et ses horreurs, et celui d'un ancien esclave quittant le sud ségrégationniste à la recherche d'une vie meilleure dans le nord (transhumance qui a donné naissance au Chicago blues), Eric Bibb en arrive au constat suivant, nous sommes tous issus de migrants, de familles qui, à un moment ou à un autre, ont dû partir… Avec la finesse d'écriture et l'élégance qui le caractérisent, Eric Bibb a enregistré ce nouvel album en comité restreint. On retrouve l'harmoniciste Jean-Jacques Milteau, un partenaire de jeu habituel d'Eric, et le multi-instrumentiste (banjo, mandoline, guitare, violon, triangle) Canadien Michael Jerome Brown, la grande révélation du disque. En dépit de son caractère minimaliste, qui incarne à merveille le propos (tous les instruments utilisés sont facilement transportables renforçant cette impression d'exil et de route) ; Eric et ses partenaires livrent un album minutieux, délicat et mélodique, entre folk, blues et country. Mettant l'émotion en avant, les musiciens jouent sur la retenue, à l'image de l'harmoniciste JJ Milteau, discret, jamais envahissant mais aux interventions toujours justes. L'écrin est parfait pour mettre en valeur le chant, grave et doux d'Eric. Une pièce maîtresse supplémentaire dans la discographie de cet artiste, profondément humaniste et toujours prompt à s'émouvoir du sort de son prochain.


dimanche 2 avril 2017

Ben Sidran : « Picture him happy »



Ancien accompagnateur de Steve Miller, tout là-bas dans les années 60/70, le pianiste Ben Sidran mène depuis une carrière remarquable (riche d'une trentaine d'albums!) bien que passant inaperçue au-delà du cercle des initiés. Ce nouvel effort ne déroge pas à la règle et se révèle, une fois de plus excellent dans un registre jazz/easy listenning, smooth et cool, dans une veine proche de l'immense et regretté Mose Allison, qu'il reprend par deux fois sur ce nouveau disque. Ce nouvel effort voit Sidran se retourner vers son passé (« l'université, c'est là où j'ai mal tourné » in « College ») constatant avec dépit et un brin de nostalgie « qu'il y a un mort de plus dans son carnet d'adresse » (in « I might be wrong ») alors que le morceau titre fait référence au mythe de Sisyphe, également évoqué sur la pochette de l'album. Ce qui est frappant avec Ben Sidran, c'est cet élégance dont il ne semble jamais se départir. L'acoustique est chaude et chaleureuse, le disque swingue avec justesse et distinction, l'ensemble est parfait pour une fin de soirée autour du comptoir. Classique peut-être mais surtout intemporel.


samedi 1 avril 2017

Expo photo Next Faciès du 21 avril au 5 mai


Bassiste des Parlor Snakes et également photographe, Séverin exposera ses clichés, des portraits de musiciens, à la galerie Stardust du Pré-Saint-Gervais du 21 avril au 5 mai prochain. L'exposition sera accompagnée de textes inédits par la rédaction de Songazine (votre serviteur a été mis à contribution) et une session live surprise est programmée pour le soir du vernissage. Venez nombreux !

Vernissage le vendredi 21 avril à partir de 19h.

Galerie Stardust
37 rue de Stalingrad - 93310 Le Pré-Saint-Gervais (Métro Hoche)