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jeudi 3 août 2017

Jim Jones And The Righteous Mind : « Super Natural »



The Jim Jones Revue à peine séparés, au grand dam des amateurs de rock n'roll, le chanteur Jim Jones n'aura pas tardé à retomber sur ses pattes avec cette nouvelle formation qui, après trois Eps, sort son premier album. Un événement attendu depuis longtemps, la séparation, frustrante, de Jim Jones Revue laissant un vide béant que ce nouvel effort comblera sans peine. En effet, ce nouveau groupe marche sur les pas de son prédécesseur tout en effectuant quelques pas de côté histoire d'affirmer une personnalité propre. Ainsi, on retrouve ce piano diaboliquement efficace qui fait tout le sel de la formation, apportant de la musicalité et une note originale qui fait du bien quand les guitares ont tendance à sombrer dans le chaos (cf. le boogie ravageur de « Base is loaded », « Aldecide »). La même remarque s'applique à la lap-steel, instrument typique de la country, ou à l'orgue qui font leur apparition, ce dernier ajoutant une note de groove à l'ensemble. Ailleurs, on retrouve tout ce qui faisait le charme de la Revue et certains titres auraient trouvés sans peine leur place dans le répertoire du groupe précédent (« Something's gonna get it hands on you »). Mais l'ensemble est un peu moins marqué par le rock n'roll des années 50, si l'influence reste présente, elle se pare dorénavant de teintes plus sombres évoquant, de loin en loin, le grand Nick Cave ("Shallow Grave", le crépusculaire "Everybody but me"). Une impression renforcée par la charte graphique adoptée par le groupe (cf. la magnifique pochette signée de l'artiste tatoueur lyonnais Jean-Luc Navette). Carré, puissant et mélodique, sombre à l'occasion, ce premier effort est une réussite qui comblera tout ceux estimant que le rock ne vaut rien s'il n'est pas accompagné du roll.


jeudi 11 mai 2017

Jim Jones & The Righteous Mind + Suzie Stapleton, Petit Bain, 10 mai 2017.



La soirée commence avec la superbe Suzie Stapleton. Toute de noir vêtue, Suzie Stapleton dispense un charme vénéneux par le biais de compositions hantées. Sa voix tout d'abord, grave et profonde, son timbre est absolument inoubliable. Sa guitare ensuite, fantomatique, évolue dans un contexte assez dark et électrique où des relents de blues et d'americana se télescopent. Même si la formule guitare/voix ne semble pas la meilleure pour rendre justice à ses compositions, nous sommes happés une grosse demi-heure durant par le charme de Suzie. Une artiste à suivre.

A la veille de sortir leur premier album sous ce nom, Jim Jones & The Righteous Mind, est revenu nous rendre une petite visite, l'occasion de revisiter ce paysage rock n'roll et viscéral. Bien évidemment personne n'a oublié le groupe précédent The Jim Jones Revue, désormais dissolu mais the Righteous Mind relève le gant avec classe et un son furieux. Le lien entre les deux formations existe, les influences venues à la fois du punk et du rock n'roll des années 50, le piano, et certains compositions de The Righteous Mind auraient facilement pu trouver leur place dans le répertoire de la Revue. Mais ce nouveau groupe se distingue par une approche, toujours aussi déglinguée mais dérangée par quelques sons venus d'ailleurs, la pedal-steel tout d'abord, saturé, trituré, le son de cette dernière n'évoque en rien la country (style dont cet instrument est l'emblème) mais un truc un peu bizarre et inédit rarement entendu auparavant. Les claviers ensuite, car dans ce nouveau groupe, le piano n'est plus exclusif mais laisse parfois la place à des sonorités indéfinissables. Pour le reste on retrouve la rage et l'intensité qui est la marque de Jim Jones à travers un cocktail détonnant de six cordes, demi-caisse, Gretsch et Gibson. Gavin Jay, le bassiste, a, pour sa part abandonné la contrebasse, avec laquelle il expérimentait lors des premiers concerts du groupe, pour se recentrer sur son instrument de prédilection, la basse électrique, dont il use avec une intensité peu commune, occupant l'espace de ses lignes saturées et bourdonnante. Derrière sa batterie, Phil Martini tient la baraque avec autorité, alors que ses comparses sombrent à tour de rôle dans l'expérimentation bruitiste, à genoux ou la guitare brandie en l'air. Certains titres reposent uniquement sur lui quand les autres instruments se taisent, réduisant les chansons à un squelette rythmique, inédit et intéressant. L'influence des années 50 s'efface dans ce nouveau groupe au profit d'un climat plus dark mais reste assez présente, on aura par exemple pu se régaler d'un boogie façon Jim Jones, c'est à dire déglingué mais transpercé par le punk. Une très belle soirée, l'album s'annonce prometteur !


samedi 27 février 2016

Dirty Deep+Daddy Longlegs+Jim Jones and The Righteous Mind, Festival les nuits de l'Alligator, La Maroquinerie, 26 février 2016.



Circonscrit autour d'un périmètre entre rockabilly, blues, rock garage, soul, folk et country, les nuits de l'alligator sont un de nos festivals préférés. L'assurance de chaudes nuits en plein hiver et des découvertes chaque année, dans le superbe écrin de la maroquinerie…

« Vous êtes arrivés un peu en avance pour voir un vrai groupe de rock n'roll ? Nous sommes Dirty Deep et on vient de Strasbourg... » lance l'excellent batteur installé derrière son kit. Au moins les intentions sont clairement énoncées dès le départ. Après des débuts en one man band, puis en duo guitare/batterie, Dirty Deep est désormais un power trio. La formule est considérablement enrichie, le gain est certain : plus de groove, de swing, le trio est redoutable. Si l'énergie est incontestablement rock garage, Dirty Deep possède ce petit plus, le petit détail qui, prenant la forme d'un subtil glissé de guitare ou d'un harmonica bien senti, nous ramène immanquablement au blues. Mais une forme blues crade et déglinguée héritée du Delta et proche dans l'esprit des production Fat Possum. Sur scène, les trois musiciens se donnent à fond, finissent en nage et le chanteur termine le concert le visage aussi rouge écarlate que son tee-shirt. Les cordes de guitare ne résisteront d'ailleurs pas à une telle débauche d'énergie. Un excellent set pour commencer la soirée, à peine gâché par une fin abrupte, le groupe, victime d'un timing impitoyable, ne peut jouer son dernier titre. Les aléas de l'organisation d'un festival… En tout cas, on attend impatiemment des nouvelles de Dirty Deep dont le nouvel album sortira le 29 avril prochain…

On continue dans une veine similaire, mais moins réussie à mon sens, avec le trio hyper looké Daddy Longlegs, groupe qui, sur le papier, a tout pour nous plaire. Pourtant on n'accroche que très moyennement. Le trio se singularise par une approche rythmique particulière, une batterie réduite à sa plus simple expression, un tome basse, une grosse caisse et une caisse claire. Aucune cymbale. Pour compenser le batteur cogne sur ses tome à l'aide d'une maracas. Ce qui donne un son très mat, et un manque de groove certain (c'est peut être de là que vient le problème). Un harmonica au son sale et une guitare complètent la formule. Si on accroche dans un premier temps, l'ennui nous gagne, trop répétitif… Le public a néanmoins l'air d'accrocher…

On termine enfin avec un gros morceau, l'Anglais Jim Jones accompagné de son nouveau groupe, The Righteous Mind dans lequel on retrouve Gavin Jay déjà bassiste à l'époque bénie de la Revue. Dans un premier temps, Jim Jones et ses acolytes restent fidèles à ce qu'ils savent faire de mieux, un rock n'roll survolté, hérité des années 50, foudroyé par une énergie digne du punk. Ainsi les deux premiers titres du soir, servis avec un piano au boogie woogie ravageur, n'auraient pas dépareillés dans le répertoire de Jim Jones Revue. C'est lorsque le piano s'efface au profit d'un orgue, lorsque la contrebasse et la guitare lap-steel font leur entrée en scène, que Jim Jones sort de son pré-carré, délaissant la composante roll de sa musique pour des paysages plus sombres et torturés (une nouvelle orientation également perceptible dans l'artwork du groupe) qui rappellent parfois Nick Cave. Les instruments en sourdine, avec un squelette rythmique pour seul accompagnement, Jones expérimente autour du gospel, le résultat nous rappelle le « 7 times around the sun » de son ancien groupe. Si l'on reste inconsolable après la séparation de la Jim Jones Revue, on adore ce nouveau groupe et on est ravi d'avoir une nouvelle formation à se mettre entre les oreilles…