samedi 16 février 2019

ZËRO : « Ain't that mayhem »



L'incroyable visuel, apocalyptique, ornant la pochette, laisse imaginer aux non-initiés que l'on tient là un nouvel avatar heavy-metal. Il n'en est rien. Car derrière le trio Zëro se cache l'identité du dernier projet en date des Lyonnais Franck Laurino (batterie), Eric Aldéa (voix, guitares, claviers) et Ivan Chiossone, les deux premiers cités étant des pionniers français du post-rock et actifs depuis la fin des années 1980 au sein de divers groupes phares du genre (Deity Guns, Bästard, Narcophony). En vingt-cinq ans, les musiciens ont eu maintes occasions de tout laisser tomber. Mais tout ce qui aurait pu freiner leur ardeur a eu l'effet inverse. Chaque nouvel obstacle, chaque départ d'un acolyte n'a fait que renforcer leur conviction et stimuler leur créativité. Tout un parcours, un cheminement de vie, que l'on retrouve dans la moindre note jouée sur ce disque incroyable. Car il évident que l'étiquette « post-rock » est devenue bien trop étroite pour un album d'une telle densité (14 titres). Ici tout n'est question d'ambiance dans le sens où l'on dépasse le simple contexte musical pour plonger la tête de l'auditeur dans un magma sonore, noir et glacé (« Marathon Woman », « Underwater frequencies »). Les guitares et claviers tiennent bien évidemment le haut du pavé sur un mode entêtant, hypnotique et répétitif soutenues par le squelette rythmique d'une batterie réduite à sa plus simple expression. Autant de drones n'ayant qu'un objectif : ferrailler le cerveau de l'auditeur ("San Francisco II"), cadenasser les oreilles (« Myself as a fool »), faire frissonner à l'occasion (« Deranged », « Five vs Six »). Ceci posé, le groupe se permet quelques incartades pop ("Recife, 1974") ou blues (l'invraisemblable reprise « Alligator wine » chipée chez Screamin' Jay Hawkins) faisant intervenir les trombones (« We blew it »), autant de respirations dans le contexte général oppressant de l'album tout en magnifiant le registre étendu du groupe. Un disque dont la richesse ne se dévoile qu'au terme d'écoutes, répétées et attentives. Un voyage stimulant. 

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vendredi 15 février 2019

Total Victory : « The Pyramid of Privilege »



Chemin faisant, c'est avec une cruelle ironie que l'on goûte le nom, Victoire Totale dans sa traduction française, du groupe mancunien, Total Victory, qui vivote dans son coin depuis douze ans dans un relatif anonymat. Sorti initialement en 2013, réédité ces jours-ci dans une splendide édition vinyle, l'album « The Pyramide of Privilege » vient apporter de l'eau fraîche à notre moulin. Si pyramide il y a, cette dernière est circonscrite dans un périmètre entre math-rock (pour les compositions alambiquées), post punk (pour la rage musicale qui anime le quartet et qui va crescendo d'un bout à l'autre de l'album cf. « Conservative Girls ») et indie rock (parce que l'on se démerde avec les moyens du bord). Si aujourd'hui, comme à l'époque des faits, Total Victory passe relativement inaperçu, c'est tout simplement parce que notre époque est relativement pourrie. Totalement à contre courant, voilà un album qui demande un minimum d'investissement de la part de son auditeur, la beauté stridentes des guitares, « (Can we cool down) Venus ? » ; « 1700-1703 », ne se déflore qu'au fil des écoutes répétées, la formidable intention des musiciens (sortir des sentiers battus cf. « Manifestations ») peut déstabiliser un temps avant de se révéler addictive. L'édition vinyle (merci mille fois la face cachée) se révèle pertinente pour un projet de cette ampleur qui se goûte de bout en bout (tout l'inverse d'un titre balancé au milieu d'une playlist quelconque) du début à la fin. Un révélateur de la dextérité des musiciens efficaces sur les formats ultra courts (l'envoûtant « Time Crimes ») comme sur les odyssées au long cours (« Fiat Lux », « The Singer »). Il n'est pas trop tard pour changer le cours de l'histoire. 

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mercredi 13 février 2019

Cannibale + Cyril Cyril, La Maroquinerie, 11 février 2019.


C'est un plateau, made in Born Bad Records, d'une grande qualité et d'une cohérence remarquable que l'on a pu admirer lundi soir dernier à La Maroquinerie. 

Pour s’extirper hors de la masse, le duo Cyril Cyril, mise sur une orchestration atypique, un banjo, en lieu et place de la guitare, sur la majorité des titres (une configuration assez rare dans le rock'n'roll) et un kit de batterie sortant de l'ordinaire au son très mat, l'accent est mis sur la grosse caisse et le tome basse, et très peu de cymbales mais une collection hétéroclite de percussions accentuant l'aspect voodoo de la musique de Cyril Cyril. Les premiers titres sont chantés « en charabia libanais » d'après Cyril, le chanteur guitariste/banjoïste (« une grande partie de mes origines avec lesquelles j'ai un compte à régler ») alors que le beat imprimé par Cyril (l'autre, le batteur) hypnotise et emporte. De fait, Cyril Cyril est le genre de groupe par lequel il faut en quelque sorte accepter de se laisser bercer, une forme d'abandon est ainsi exigée de l'auditeur. L'utilisation de boucles, sur les voix, les riffs de banjo ou de guitare, accentue la répétition hypnotique, renforçant la psychédélie rampante de la chose. Etre à deux permet des choix artistiques forts et de créer véritablement un univers. Mais le duo peut être aussi un frein au dépassement desdites frontières artistiques, ainsi, à terme, les compositions souffrent d'une sorte de linéarité. C'est néanmoins un bon moment et la preuve qu'il est possible de rendre hommage au rock des années 60/70 (prog, psyché) sans tomber dans la redite stérile. 

Dans le même ordre d'idée, Cannibale fait fort depuis quelques années et même encore plus avec la sortie d'un deuxième album ces jours-ci sur le label Born Bad bien aimé. « Vive le cheval » nous annonce le chanteur, une analogie bien trouvée tant la musique de Cannibale s'imprime sur le rythme d'une cavalcade effrénée revisitant tant l'afro beat (l'illusion est parfaite) que le rock progressif, qui s'invite brutalement à la table le temps d'une nappe de claviers planante, alors que la basse, ronde, énorme, nous ramène immanquablement à la scène psychédélique. Une fois encore, il est question des années 60/70, mais sans nostalgie aucune, décennies sur lesquelles le groupe pose un regard oblique, créatif, visant l'intemporalité plutôt que l'illusion de la re-création. La grande affaire de Cannibale reste néanmoins le rythme à telle enseigne que la seule batterie ne suffit pas au groupe pour assouvir sa quête de groove. Ce dernier se propage partout, dans les percussions qui régulièrement viennent renforcer la batterie mais aussi dans l'attaque de la guitare. Moins linéaire que la première partie, Cannibale a réussi à se créer un son, une identité déclinée à l'envi dans les compositions qu'elles soient d'obédience africaine, rock'n'roll ou progressive. 



mardi 5 février 2019

Les Nuits de l'Alligator 2019



Circoncit dans un périmètre entre blues/soul et country/folk, sans oublier l'entre-deux (le rock'n'roll), le festival des Nuits de l'Alligator nous réchauffe au cœur de l'hiver depuis 2006 tout en multipliant les découvertes (Sarah McCoy, William Z. Villain, Bror Gunnar Jansson pour ne citer que quelques exemples récents). Ainsi, au fil des années, les Nuits de l'Alligator se sont imposées comme un indispensable du mois de février à la Maroquinerie. Et c'est avec un plaisir toujours renouvelé que l'on s'apprête à se faire croquer les oreilles cette année encore car le programme 2019 se révèle riche en surprises. Le blues étonnant (option vielle à roue) de Muddy Gurdy, la soul de JP Bimeni ou le rock sauvage des Schizophonics et des Howlin'Jaws s'annoncent comme autant d'excitantes promesses. Enfin, à ne rater sous aucun prétexte, la soirée sous le signe de la Louisiane (Tank & The Bangas et Sweet Crude le 21/02 à la Maroquinerie) et cerise sur le gâteau, la première tournée européenne de Cedric Burnside ! Ce sont 10 groupes au total qui vont enflammer 11 villes de France jusqu'au 23 février !

Toutes les infos :

Catfish : « Morning Room »



Depuis longtemps, le début en fait, on sentait poindre le feu punk qui anime le duo derrière ses atours blues ; notamment en live où la chanteuse Amandine se révèle assez impressionnante. Le propre des artistes étant de faire évoluer leur univers, il est assez rassurant de voir le duo en pleine mutation. Ainsi, cette nouvelle mini livraison de cinq titres (un format décevant alors que le groupe a déjà sorti deux albums) voit le groupe se laisser aller à son goût pour les décibels (cf. le titre d'ouverture « Mama got the devil eye ») mais également pour le rock garage voire psychédélique (cf. « The Morning Room ») prenant corps sous les coups de butoir d'un orgue farfisa baroque, une autre nouveauté dans l'univers du groupe, en décalage avec le chant puissant et abrupt d'Amandine. Sauvage et brûlant, Catfish excelle dans un rock’n’roll oblique, où les compositions labyrinthiques prennent de nombreux détours, et où la forme, les arrangements, sont suffisamment soignés (cf. la très dark « Death Army ») pour éviter l'écueil épuisant du rock joué sans mesure ni nuances. Un seul regret, on aurait aimé un album complet. 

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lundi 4 février 2019

Carambolage



Derrière le nom, assez bien trouvé en l'espèce, de ce nouveau groupe se cache en fait les musiciens d'une formation bien connue (et appréciée) par ici, Kaviar Special, dont le nouveau projet est une sorte de double négatif (cf. le chant en français) ayant déplacé le curseur de ses influences une décennie plus avant (cf. les synthés new wave). Un sacré carambolage donc, entre une guitare nerveuse, une voix évoquant Indochine, des synthés limite kitsch et un disco beat implacable ; le tout en forme d'hommage aux années 1980 (la fameuse tirade de Coluche extraite « d'aujourd'hui on n'a plus le droit », le tube des restos du cœur, citée sur le premier titre « Soupeur »). On sent ainsi toute l'habileté des musiciens dans le grand écart séparant la dark « Gauche Droite » et l'hilarante « Cinq à Sept » (vantant la pratique du même nom), les deux meilleures pistes de cette livraison inaugurale. 
En concert à Paris (Supersonic) le 13/02. 
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samedi 2 février 2019

Michelle David and The Gospel Sessions, Le Café de la Danse, 31/01/2019.


C'est devant un Café de la Danse bien rempli que la chanteuse Michelle David, accompagnée de son groupe a fêté son retour dans la Capitale en ce dernier jour du mois de janvier. Une formation complète de trois cuivres accompagne le groupe habituel guitare, basse et batterie. Le groupe est à géométrie variable et il leur arrive de jouer à deux guitares (sans basse) ou d'inclure une basse à la guitare. Ce qui donne une grande flexibilité à la musique qui si elle reste dans un périmètre entre soul et gospel, se permet quelques embardées latines ou rock n'roll au travers d'une guitare twang évoquant la surf music. Pour le reste si la musique reste d'un classicisme absolu, elle est d'une efficacité redoutable. Ainsi, c'est une véritable fièvre collective, partant des musiciens sur scène, qui a, peu à peu, gagné l'ensemble des spectateurs présents. Le cadre intime y joue pour beaucoup. Mais également l'énergie inépuisable de la chanteuse aux pas de danse redoutables (qui a vite viré les talons) et on ne trouve pas la moindre faute de goût à ces musiciens tirés à quatre épingles. Un groove constant quelque soit le contexte, émouvant ou énergique, un message positif du début à la fin, beaucoup d'humour et d'autodérision ; on ressort de la salle le cœur léger !