lundi 10 décembre 2018

Gizmo Varillas : « Dreaming of Better Days »



Derrière le titre utopique et enthousiaste, « Dreaming of Better Days », se cache peut-être bien l'album dont tout le monde a besoin en ce moment, aussi optimiste et coloré de sa pochette. Espagnol de naissance, mais installé en Angleterre, Gizmo Varillas, pratique une pop aussi cosmopolite que son parcours. La base reste teintée de psychédélisme, un genre qui lui va bien au teint et à son grain de voix fluet, reste assez proche des fondamentaux pour ce qui est de la répétition hypnotique (cf. « Feeling Alright », « The truth will be heard », la formidable « fever, fever » la véritable petite bombe de ce deuxième effort). Mais au moment d'arranger et d'orchestrer la chose, Guillermo (Gizmo) embarque l'auditeur dans un tour du monde sonore faisant appel à des percussions cubaines, africaines et autres bâton de pluie et flûtes péruviennes. Un catalogue proprement hallucinant évitant habilement l'écueil du cliché world grâce à une écriture pop solide et, probablement, une grande culture musicale. Un album ouvert sur le monde où les langues (car Gizmo chante aussi un peu dans sa langue natale) et les influences sont à l'unisson d'un ensemble cohérent et parfaitement organisé. Dans ce contexte plus que trouble qui est le nôtre, un tel optimisme est une merveilleuse nouvelle ! 

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dimanche 9 décembre 2018

Ed Motta : « Criterion of the senses »



Le Brésilien Ed Motta est un personnage passionnant. Musicien (évidemment) et producteur, ce dernier est également un digger fou (« J'ai plus de 30 000 Lps dans ma collection » clame-t-il) et, plus étonnant, critique gastronomique et œnologique. En résumé, un hédoniste, amoureux fou de la vie et de ses plaisirs, un feeling prégnant dans sa musique. Son dernier album en date s'intitule « Criterion of the senses » et c'est une perle. Une petite merveille, comme rescapée des 1970s, mélangeant subtilement jazz fusion, rock soft et soul langoureuse. Le cocktail ne vous rappelle rien ? Steely Dan, bien sûr, dont ce nouvel effort pourrait bien être la pièce manquante dans la discographie de l'illustre duo. Produit avec un soin maniaque, joué avec une précision millimétrée par une impressionnante brochette de compatriotes virtuoses, l'album dégage un groove sensuel ravageur, intemporel et donne l'envie folle de siroter des martinis sur une terrasse avec vue dégagée : couché de soleil sur la plage. Cela fait un bien fou ! 

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mercredi 5 décembre 2018

Fidji : « Let the good times roll »



Comme souvent, les influences du passé sont assez facilement identifiables et se situent, dans le cas présent à partir des années 1980. Pour autant il n'est ici nullement question ici de nostalgie, ni de recréation à l'identique mais de la recherche d'une harmonie entre une dynamique moderne et une évocation du passé. Spécialiste du grand écart Fidji, fait ainsi le lien. Un aspect que l'on retrouve dans les compositions du groupe subtil alliage entre puissance rock des guitares, compositions et chant pop, beat disco et riff dansant, dans la lignée du funk 80s, on pense au Bloc Party des débuts. Il se dégage un sentiment d'espace et de grand large de ces cinq titres. Ainsi, comme l'indique le titre, le premier EP de ces nouveaux impétrants nous invite à passer du bon temps. En l'espèce, c'est assez réussi.

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mardi 4 décembre 2018

Delgres + Des Lions Pour Des Lions, Le Café de la Danse, 03/12/2018.


Le plateau, cohérent dans ses couleurs incantatoires teintées de vaudou, réunis en ce lundi soir sur la scène du Café de la Danse est magnifique. 

On commence avec Des Lions Pour Des Lions, formation venue d'Angers au mitan du marching band, de la fanfare louisianaise et du groupe de rock. Bâtie autour d'un squelette rythmique, fait d'une unique et énorme grosse caisse, de clochettes portées aux chevilles par le percussionniste aux pieds nus et de deux cymbales la musique du quatuor alterne entre blues et rock (la guitare typée 50s) et un aspect répétitif, hypnotique et funky en diable (les deux vents, trombones et/ou saxophone). Pour qui connaît l'album, la prestation du soir, 20 minutes, est forcément frustrante car, n'en doutons pas, ce groupe peut emmener l'auditeur très très loin dans la transe. Le set se termine là où on pressent que les choses commencent vraiment, un goût de trop peu forcément frustrant. 

Pour Delgres, le passage au statut de tête d'affiche a changé la donne. Et si les choses sérieuses ne faisaient que commencer pour le trio ? Le changement est perceptible dans la disposition même de la scène, son décor, le portrait du Colonel Louis Delgrès affiché dans le fond de la scène, le groupe joue entouré d'ampoules à filament fixées à des bouts, une ambiance marine rappelant les navires négriers. Le trio profite à plein du temps qui lui est offert, expérimentant davantage avec son matériau, chaque musicien à le droit à son solo, l'investissement physique des musiciens, ruisselant de sueur, est maximal. A la batterie, puissante de Baptiste, s'ajoute une boîte à rythme discrète mais utilisée à bon escient, solidifiant la structure rythmique, et par conséquent le groove, du groupe, un aspect fondamentale de leur musique entre blues et Caraïbes. En lieu et place de la basse on retrouve Rafgee et son soubassophone, un cuivre énorme teintant la musique d'un peu de jazz mais surtout faisant le lien avec le funk de la Nouvelle-Orléans et des marching bands. Le jeu de guitare de Pascal se résume en deux aspects : un jeu aux doigts, sans médiator, précis, délicat et d'une grande finesse. Et, deuxième angle, un bottelneck pour le blues. Enfin, la semi-reprise, à leur sauce, du « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin, se charge bien de recadrer les racines rock de la chose. Mais la musique de Delgres est d'une telle ferveur communicative, il suffit de voir le public se trémousser, chanter en cœur et frapper des mains, qu'elle ne peut se résumer à ces quelques aspects techniques. Festif mais lourd de sens (« Mo Jodi », « Mr President » aux paroles réactualisées par rapport aux événements récents) le blues de Delgres, aux vertus de résistances et de combat, fait travailler le corps et les esprits. Les émotions sont telles, qu'elles transcendent la barrière de la langue (ah oui on a oublié de le préciser mais la chose est chantée en créole), « Sere mwen pli fo » (Serre-moi plus fort) et « Pardone mwen » (pardonne-moi) dégagent une émotion palpable qui prend au cœur évoquant avec des mots simples et une grande délicatesse les épreuves de la vie, le deuil, la difficulté de se dire au-revoir, adieu, ou de demander pardon. Le concert s'achève par un rappel acoustique (Baptiste au ukulélé, une nouveauté) et une seconde version, squelettique et près de l'os (preuve de leur registre étendu) de « Mr President ». Un concert de Delgres est toujours émotionnellement très fort. Emouvant. 

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dimanche 2 décembre 2018

Johnny Mafia + Black Boys On Moped + Blue Orchid, La Maroquinerie, 30/11/2018


Riche programme à la Maroquinerie en ce vendredi soir. On commence par le, tout jeune, duo Blue Orchid en première partie, dans un registre rock'n'roll garage accrocheur pas foncièrement original, certes, mais plein d'enthousiasme. Le public accroche et la méconnaissance du répertoire n'empêche nullement de le manifester bruyamment. Visiblement c'est chaud ce soir et ça commence fort. 

On franchit encore un cran supplémentaire avec le duo rennais des Black Boys On Moped, dans un genre encore plus brutal où le son est traité comme une masse oppressante entre vocaux déchirés, marqués par le punk, guitare agressive et un martellement inconsidéré de la batterie. Ce dernier point est encore aggravé lorsqu'un second batteur se joint aux agapes, les deux musiciens sur le même instrument offrant une spectaculaire chanson de gestes dans un vacarme assourdissant. Le set s'achève dans la confusion la plus totale, le kit démonté le batteur tentant de crever la peau du tome basse à grands coups de baguettes, en vain. Rock'n'roll quoi. 

Deux mots, plus vite, plus fort. Encore plus vite et encore plus fort. Dans un premier temps, on est électrisé, physiquement, par la basse, et on réalise alors que les deux groupes précédents avaient décidés de se passer des quatre cordes. Puis les quatre jeunots goofy faces de Johnny Mafia attaquent, brutalement, leur set dans une Maroquinerie pleine comme un œuf. On constate alors que la bande a définitivement passé un cap, le groupe est à la fois compact et soudé comme jamais, les progrès sont spectaculaires. Alors que l'on pensait jusqu'ici que Johnny Mafia était un groupe garage, vaguement psychédélique, le concert nous fait revoir notre jugement. Le rendu scénique est brutal, agressif. Et s'il reste quelque chose de psyché/surf dans l'écho de la guitare rythmique, tout cela est compensé par une batterie et une deuxième guitare entre punk et grunge. Bref cela secoue sévère et on est content d'être sur la terre ferme et non pas sur une de ces salles posées sur la Seine ! Il n'en faut guère plus pour faire sombrer le public dans le chaos total, pogos dans les premiers rangs, crowd surfing incessant et verres de bières, pas toujours vides, qui volent dans tous les sens ! Ce fût une chaude soirée ! 
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samedi 1 décembre 2018

Sarah McCoy, l'Européen, 26 novembre 2018

(c) Cathimini

Après plusieurs années de flottement, et en dépit de prestations lives remarquées, notamment aux Nuits de l'Alligator, la carrière de Sarah McCoy, désormais installée en France, s'apprête à prendre un nouvel élan avec la sortie de son premier album l'année prochaine. En attendant cet excitant événement, Sarah a présenté ce nouveau répertoire, seule au piano, sur la scène de l'Européen lundi dernier. Alors que le noir se fait dans la salle, l'artiste se présente entourée de faibles lumières émanant d'ampoules à filament, comme autant d'étoiles brillantes dans la nuit. Une présence fantomatique que l'on remarque à son maquillage vif-argent, fait de paillettes scintillantes dans la pénombre. Et pourtant quasiment invisible dans le noir, la présence de la chanteuse est forte, son rire est sonore, son français presque parfait. Et la lumière se fait. En dépit de moyens réduits la salle déploie des trésors d'ingéniosité lumineuse pour mettre l'artiste en lumière ou en clair obscur. Une ambiance lumineuse à l'unisson de sa musique alternant le calme, les notes en sourdine, le silence et la tempête, le clavier frappé avec force dans un torrent de notes. La joie et la peine quand l'émotion afflue à fleur de peau en dépit de ses nombreux éclats de rires désabusés. Le jazz baroque, le blues et les torch songs restent le cœur de ses chansons qu'elle interprète d'un timbre puissant où le vécu ruisselle à flots. Grâce à son charisme, sa personnalité Sarah, absolument seule, nous a tenu en haleine pendant près d'une heure et demie. Il est magnifique de pouvoir faire autant voyager l'auditeur avec seulement 88 touches d'ivoire… 

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http://sarahmccoymusic.com/