dimanche 19 août 2018

France de Griessen : « Orpheon »



Artiste pluridisciplinaire (musique, poésie, comédie, aquarelles...), France de Griessen ne pouvait se contenter d'un album balancé en streaming sur la toile. Se faisant forte de réhabiliter l'objet physique, France a conçu son nouvel effort sous la forme d'un livre disque. L'objet est beau, désirable, le toucher délicat du papier fait un bien fou en ces temps de digitalisation forcée. Pour l'auditeur c'est également une expérience particulièrement immersive puisque le livre regroupe, outre la totalité des paroles, des notes explicatives expliquant la genèse de chaque titre, et l'ouvrage est richement illustré d'aquarelles de l'artiste et de nombreuses photos documentent l'aventure californienne de ce nouvel album. Car ce fût une aventure… En effet, ce nouvel album marque une évolution significative dans la carrière de France : la volonté de s'assumer comme une musicienne accomplie. Ce nouveau disque a été enregistré en petit comité, France et sa guitare, accompagnée du producteur Jamie Candiloro. A eux deux ils ont enregistré, à Los Angeles, l'album dans sa totalité. Le cœur de l'inspiration de France réside dans le punk, mais sa volonté était de faire un disque folk à son image, punk et acoustique, folk mais sauvage (« Tell me why », « A taste of you »). Ici point de balades gentillettes grattouillées sur des cordes en nylon mais un disque transpercé par des éclairs percussifs (« Civil War »), l'accent ayant été mis sur le rythme, la pulsation, la percussion qui prend ici diverses formes, psychédéliques et orientalisantes sur le premier titre « The Chosen One » (qui rappellent un peu le travail du batteur de Tool, Danny Carey, avec les tablas) mais qui le plus souvent incarnent l'élément « sauvage » de l'équation (cf. « Orpheon »). Enfin, l'album met en évidence le lien profond entretenu par l'artiste avec la nature. Une ballade en forêt, le chant des oiseaux ou une fleur sont autant de motifs d'émerveillements ou d'inspirations pour la chanteuse, qui, ici, ne se prive pas du plaisir d'arranger ses morceaux au moyen de bruits enregistrés au hasard comme le crépitement d'un feu de cheminée. Ainsi, l'album se termine de la plus belle des manières avec le bruit du roulement de vagues enregistrées sur la plage. Une manière de dire que l'on aborde le rivage signifiant la fin de ce magnifique voyage. 

L'album est également disponible seul au format digital.

https://francedegriessen.bandcamp.com/album/orpheon
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samedi 18 août 2018

Ian Siegal : « All the rage »



C'était en 2008. Une voix venue d'outre-tombe éructait « Who's gonna take my damn soul » sur l'album « Road movies » de l'harmoniciste Greg Zlap. Cette voix, qui avait tant marqué à l'époque, c'était celle de Ian Siegal, un personnage fascinant autant pour son talent, sa prestance et sa voix que pour son mode de vie supposément « décalé ». Autant dire que l'on s'est fait une joie de recevoir son nouvel album, le douzième d'une carrière s'étalant sur trois décennies (!) le tout dans un relatif anonymat... Donc, la chose s'intitule « All the rage », toute la rage, titre auquel on serait tenté d'ajouter l'adjectif « contenue ». En effet le blues de Siegal repose sur un équilibre délicat entre sa fameuse voix, râpeuse, qui possède un petit quelque chose de Tom Waits et de Calvin Russell, un vécu dont le blues traverse les cordes vocales, et la musicalité extrême du groupe qui l'accompagne. Des pointures dans leurs domaines respectifs : les guitaristes Jimbo Mathus et Dusty Cigaar, le bassiste Danny Van't Hoff et le batteur Rafael Schwiddessen. La bande des quatre tisse une toile classique et élégante dont la fluidité rappelle celle de Robert Cray. Tout le charme vient de cette opposition, le grand écart, entre le timbre de gorge, écorché, tabagique, faîte pour le blues, du chanteur et l'accompagnement faussement sage, car les apparences sont trompeuses et, derrière le calme apparent, l'orage gronde (« One-eyed king »). Le résultat est un disque hallucinant traversé d'éclairs baroques (« Jacob's ladder », « Ain't you great ? ») et d'effluves country sur les titres les plus acoustiques (« Won't be your shotgun rider », « My flame »). Un magnifique voyage. Puisse ce nouvel album ouvrir à Ian les portes d'une large reconnaissance amplement méritée. 

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vendredi 17 août 2018

Shane Guerrette



Du folk psychédélique (« Ivory and gold ») au rock teinté de blues et de soul (« Good times »), le jeune impétrant Shane Guerrette a, visiblement, beaucoup écouté de disques dans années 1960 et 1970, influence majeure qui constitue aujourd'hui le cœur de sa musique. Un décade magique dont il a parfaitement intégré les codes, de quoi donner un petit air de Black Crowes (cf. « Runaway blues ») a son premier EP. Parfaitement produit et bien écrit, cette première livraison constitue en soi un aboutissement. On peut toutefois regretter le côté patchwork du disque, sautant d'un genre à l'autre, qui brouille un peu l'écoute et dans laquelle on peine encore un peu a distinguer une véritable identité. C'est le majeur du disque, son côté scolaire auquel il manque un peu de folie, une prise de risque ou une signature personnelle. Un défaut de jeunesse qui se gommera probablement avec le temps, une simple question de maturation. Bien peu de chose dans le fond au regard des promesses ici esquissées. Car les débuts sont pour le moins encourageants… 

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jeudi 16 août 2018

Ben Harper et Charlie Musselwhite : « No mercy in this land »



Et dire qu'on pensait qu'il s'agissait d'un one shot… Quel ne fût pas notre plaisir lorsque l'on a appris, au printemps dernier, que la collaboration entre Ben Harper et l'harmoniciste vétéran Charlie Musselwhite allait connaître une suite après un premier effort commun « Get Up » sorti en 2013. Surtout quand cette dernière se révèle de cette qualité. On connaît tous Ben Harper, une idole des nineties qui a le bon goût de particulièrement bien vieillir, le guitariste et songwriter inspiré, le chanteur au timbre de voix émouvant. Et pourtant on a l'impression de le découvrir sous une nouvelle facette. Car l'âme de ce disque vient de l'harmonica de Musselwhite. Sa seule présence propulse Harper dans une nouvelle dimension, celle des classiques. Chaque ligne d'harmonica charrie avec elle un torrent de vécu, d'émotion (cf. le morceau titre « No mercy in this land », climax émotionnel du disque), et poursuit une lignée entamée il y a bien longtemps quelque part entre le Sud et Chicago. « Bad Habits », « Love and trust », « The bottle wins again » autant de titres sortant en 2018 et qui auraient aussi bien pu être enregistrés dans les années 1960. C'est là que réside tout la différence avec la cohorte des suiveurs revivalistes. Le duo ne cherche pas à recréer, il poursuit une œuvre, s'ancre dans une tradition. Décidément, Ben Harper n'est jamais aussi inspiré que lorsqu'il collabore avec ses aînés (cf. son album enregistré en 2004 avec les Blind Boys of Alabama)… 

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mercredi 15 août 2018

Tio Manuel : « Dos Tios »



Tio Manuel est un duo composé de Manu Castillo (guitare, voix, harmonica) et Gilles Fégeant (dobro). Le communiqué de presse nous apprend qu'il s'agit là de leur sixième effort : comment un tel groupe a-t-il pu passer entre les mailles de notre filet aussi longtemps ? Sixième album donc, qui s'articule autour de deux choix artistiques forts : enregistrer un disque acoustique et chanter en espagnol la majorité des titres, langue natale du chanteur Manu. Deux choix déterminants donnant une identité forte au groupe et une signature sonore qui permet au duo de se démarquer du tout venant blues. Chanter dans sa langue natale, voilà un conseil qui pourrait s'appliquer aux trois quarts des scènes rock et blues d'ici. Ici point de pose ou d'idiome mal maîtrisé. Au contraire, le chant de Manuel y gagne un plus incontestable en termes de véracité. Son expression transcende la barrière de la langue, chaque mot pèse son poids, le vécu transperce les cordes vocales du chanteur. Qu'importe si l'on a gardé quelques vagues souvenirs des cours d'espagnol du lycée (mea culpa), l'émotion est bien là, palpable et encore renforcée par le timbre rocailleux du vocaliste. C'est même presque mieux ainsi, l'imagination travaille à plein et s'invente des romans imaginant ce que peuvent bien cacher ses mots mystérieux servis par une voix d'outre-tombe. Le destin de quelques âmes perdues au fin fond d'un bouge interlope en tôle ondulée peut-être ? Les titres en anglais semblent un brin pâlots, scolaires, en comparaison. Ce choix de l'espagnol est corroboré par l'acoustique du disque, la grain et la chaleur des guitares sèches renforce la latinité du projet, la cohérence est parfaite. Le tout y gagne en intimité sous laquelle gronde l'orage. Car aussi chatoyant soit-il on sent le feu brûler dans les doigts des musiciens. Un superbe moment de musique, c'est aussi simple que cela. Merci. 
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mardi 14 août 2018

Hooka Hey : « War Cry »



Cela fait un petit moment que nous étions sans nouvelle d'Hooka Hey... Relocalisé à Austin, Texas, Hugo, chanteur de son état, sort un mini album de sept titres (disponible en digital uniquement) enregistré avec une nouvelle incarnation, étasunienne, du groupe. Au plus près de ses inspirations musicales, Hooka Hey vit probablement un rêve éveillé et la musique du groupe en est bouleversée… Certes, l'univers du groupe reste le même, entre blues et gros rock 70s, mais l'ensemble s'est considérablement densifié. Le bottelneck creuse un peu plus profondément le sillon du blues (cf. les huit minutes de « Burn »), l'écho des guitares d'obédiences stoner résonnent plus lourdement (« Bullseye »), plus violemment (« Expected Rejected »). Ainsi, Hooka Hey fait l'aller retour entre ces deux extrêmes, parfois au sein du même morceau, et part en toupie, invente des lignes de guitare baroques (cf. « Coney Island »), étire les chansons à l'extrême (les sept minutes de « Twisted Reality»), joue de la répétition hypnotique (« Herlock ») et parsème le tout d'effets bizarroïdes qui donnent le tournis tout en réinventant une nouvelle manière de psychédélisme, traditionnel -pas la moindre trace d'électronique ici- mais cependant moderne et sans clichés nostalgiques. Etourdissant ! 

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lundi 13 août 2018

Theo Lawrence & The Hearts : « Homemade Lemonade »



Ce premier album appartient à une catégorie rare. Celle de ces disques qui sonnent immédiatement familiers aux oreilles des auditeurs. Intemporels, qui en rappellent des milliers d'autres tout en proposant un contenu frais et original. Un classique immédiat. Et il faut dire que pour un premier album, Theo Lawrence et son groupe The Hearts fait fort. La chose est située dans un espace temps très précis. Une sorte DeLorean musicale qui nous ramène immanquablement aux Etats-Unis, à la fin des années 1960, début 1970. C'est là que se situent, assurément, les racines qui ont produit ce magnifique album de rock’n’roll soulful (« A house but not a home »), teinté de folk (« Who was I »). Theo Lawrence n'a que 22 ans et on doit se pincer pour y croire, tant l'album est maîtrisé tant sur le plan vocal (écoutez le râle sur la coda de « Heaven to me ») que musical. Produit avec un sens du détail qui confine à la maniaquerie, l'album dégage une âme, une atmosphère, une ruralité de bon goût comme un couché de soleil sur les champs de blé ("Shaghai Lady"), entre un bon vieux Creedence (« Chew me up ») et un classique de la soul sudiste (« My Sunshine is dead », « Sucker for love »). Excellent. 

En concert le 25/08 à Rock en Seine
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jeudi 9 août 2018

Nevermind The Car : "EP2"



Qu'il s'agisse du musicien en tournée, de quelques notes sortant de l'autoradio pour accompagner le voyageur occasionnel ou de tout ceux qui, à l'instar de l'auteur de ces lignes, ont une passion pour l'automobile et adorent écouter la musique en conduisant, la route, et par extension la voiture, est indissociable de la musique. Heureuse chance, le groupe, bien nommé, Nevermind The Car, vient de sortir le disque idéal pour faire groover l'autoroute, un nouveau compagnon de voyage que ce nouvel EP, quelle merveilleuse nouvelle ! Et, pour ce faire, le trio (quatuor sur scène) a mis au point un mélange des plus efficace au croisement des années 80 et 90. Deux influences parfaitement digérées ici, ces six titres s'avérant plus intemporels que nostalgiques. Des années 80, le groupe garde un certain spleen, pas nécessaire flagrant au premier abord, mais lancinant, perceptible dans quelques nappes de claviers ou un désenchantement perceptible dans la voix (cf. « Elastic », « Angels Fall »). De la décennie suivante, les années 1990, le groupe a retenu surtout la pèche, la patate, de la power pop de l'époque (cf. « Sweet Love », « Innocent » à la limite du stoner). De l'énergie et des guitares qui dépotent et qui constituent, dans le fond, le cœur de l'affaire, le spleen et la retenue agissant comme un vernis posé sur les compositions (« Ghost Crisis », « Never let you go »). Le visuel de la pochette, une muscle car épurée, en impose. Et traduit finalement bien la chose : attention à manier avec précaution, sinon gare au danger. 

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mercredi 8 août 2018

Nine Inch Nails : « Bad Witch »



Un début et une fin. Avec ce nouvel EP, le duo Trent Reznor et Atticus Ross achève une trilogie entamée avec « Not the actual events » en 2016, poursuivie avec « Add Violence » l'an dernier et terminée ici. Une fin. Et un début car à l'écoute du disque le sentiment qu'un cycle se termine pour le groupe se fait jour. Friand d'expérimentations en tout genres, le duo pousse le bouchon assez loin, et accouche d'un disque déstabilisant à plus d'un titre. Depuis longtemps, Reznor tente d'inoculer une dose de groove (une conséquence des ses années à La Nouvelle Orléans ?) dans sa musique toujours estampillée industrielle. Là, Reznor est passée à l'étape suivante, celle du free jazz : le saxophone fantôme de l'instrumental « Play the goddamned part », le chant crooner de « God break down the door » et de « Over and out ». Comme il a toujours su le faire avant, Reznor incopore ces éléments dans sa musique pour l'enrichir sans la dénature tout à fait, mais suffisamment pour lancer une sorte de défi à ses fans. Ainsi, le disque enchaîne les coupures brutales, les éclairs de guitare d'une violence inouïe, les rythmiques tordues et les nappes de claviers biscornues et malsaines (« Shit Mirror », « Ahead of ourselves »). Tout un décorum mis en place pour sublimer le pessimisme extrême de Reznor : l'humanité court à sa perte, il en est pleinement conscient (« Shit mirror »), en conclut qu'il ne peut pas être de ce monde (« I'm not from this world ») et signe finalement un disque en forme de bande originale de l'apocalypse. Nihiliste comme à ses plus belles heures. Et pourtant l'ep annonce un nouveau cycle pour le groupe, plus cinématographique et d'une certaine manière plus aéré (« I'm not from this world », « Over and out »). Enfin, si nous survivons à la catastrophe annoncée… 

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mardi 7 août 2018

ECS BROGH'N



Voici un étrange objet. Visuel abscons, aucun mention des titres nulle part, aucun crédit et ce nom de groupe imprononçable... Avant même d'avoir écouté la moindre note le disque éveille un sentiment ambivalent entre crainte et curiosité un tantinet malsaine. On sent la chose inquiétante. Puis vint le moment d'insérer le disque dans le lecteur. Et là le choc. La musique, d'obédience métallique est-il besoin de le préciser, est d'une brutalité extrême. La voix, gutturale au possible, égrène des paroles inaudibles, incompréhensibles, d'où quelques mots se dégagent tantôt en français, tantôt en anglais. Puis vint la deuxième plage (toujours pas de titre) expérimentale, une sorte de fusion jazz/métal déglinguée, la voix émet des sons s'harmonisant aux guitares. Le tout semble avoir été capté sur le vif, une sorte d'happening sonore. Arrivé à ce point deux solutions. Soit le décrochage complet, soit on s'accroche. On opte pour la deuxième solution et on plonge alors dans un abîme de perplexité et de noirceur. Quelque fois l'horizon s'éclaire, le temps de quelques mesures moins brutales. Un disque manifeste autant fascinant, qu'effrayant, un pavé jeté dans la mare de nos enceintes. Faites du bruit.

lundi 6 août 2018

Robin Foster : « La Forêt / Ma Unan »



Robin Foster fait partie de ces anglo-saxons, exilés dans l’Hexagone et qui font les beaux jours de nos oreilles. Ce nouvel EP se veut un hommage à sa terre d'adoption et à la forêt. Et c'est l'esprit de la forêt, tantôt sombre et inquiétante, mais également havre de paix, qui habite les cinq titres de ce nouvel effort. Cela commence par un grondement, une nappe de clavier, sourde et menaçante avant qu'une guitare teinté de blues ne fasse son entrée en son. Et c'est dans cet entre-deux, ambivalent, entre quiétude et intranquillité, que le disque fait son petit bout de chemin. La musique est ample, cinématographique, traversée d'éclairs lyriques (le chant de Madelyn Ann en langue bretonne sur « Ma Unan ») singuliers et mystérieux, post-rock rehaussé de légères touches électroniques de bon aloi. A noter une magnifique reprise aérienne, du classique du Velvet Underground « Oh ! Sweet Nuthin » (Sigur Ros n'aurait pas fait mieux) en compagnie de Pamela Hute qui a eu le bon goût de signer l'artiste sur son propre label My Dear Recordings. 

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dimanche 5 août 2018

The Blind Suns : « Offshore »


(c) Antoine Villiers


A en croire la pochette de ce nouvel album, l'océan, les grands espaces, le surf et la quête de liberté sont autant d'éléments constitutifs du groupe The Blind Suns. Mais là, ou on pouvait s'attendre à un disque rétro et ensoleillé, le trio étonne par sa démarche. Car oui si il est bien question de surf music ici, en partie grâce à quelques parties de guitares inspirées qui parsèment l'album (cf. « Ride »), la reddition qui est faite de l'idiome est bien loin des clichés. A la plage ensoleillée, le groupe préfère les gros rouleaux sous un ciel orageux. Ainsi l'ambiance du disque est plutôt froide, entre synthés cold wave (cf. « Brand new start ») et nappes brumeuses de guitares atmosphériques (cf. « Hush », "Offshore") rappelant le shoegaze. Le tout forme un étrange agglomérat faisant le lien entre les années 1960 (le rock psychédélique, la surf music), les années 1980 (la cold et la new wave) et les années 1990 (le shoegaze). Un album assez bizarre dans le fond, inclassable, loin des clichés et de la nostalgie dont la voix, diaphane et éthérée, de la chanteuse Dorota (d'origine polonaise) renforce la singularité. A découvrir ne serait-ce que pour la fabuleuse « Texas Sky » avec Dirty Deep en invité, que l'on n'attendait pas du tout dans un tel contexte, pour un résultat évoquant Jesus and Mary Chain ou le Black Rebel Motorcycle Club. Une affaire de grand écart stylistique, toujours…


samedi 4 août 2018

BIJOU Dauga : « Sans pitié – En public »


La photo a vieilli, on l'a sans doute un peu oubliée. Mais à la fin des années 1970, la France avait une scène rock rock’n’roll de haute tenue : Little Bob Story, Dogs et Bijou. Ce dernier avait nos faveurs, pour sa capacité a amalgamer les tendances : mod, blues ou pub rock, peu importait dans le fond, Bijou avait la fièvre et le démon du rock rock’n’roll chevillé au corps. Et contrairement aux autres groupes précités, chantait en français sur des compositions soutenant, haut la main, la comparaison avec le sacro-saint modèle anglo-saxon. Là, dès 1981, Bijou mettait la clé sous la porte en même temps que ses membres tombaient peu à peu dans l'oubli. Et puis, Philippe Dauga, le bassiste/chanteur, tentait tant bien que mal de relancer la machine. Il y eut un 45 tours en 1988 (Passage Souterrain/Lola) resté sans suite. Puis un nouveau line-up « SVP » (sans Vincent Palmer, l'emblématique guitariste devenu journaliste à Rock n'Folk) mais avec le batteur Dynamite Yan. Puis sans ce dernier pour cette formule Bijou Dauga. Enregistré live à Annemasse, l'album ouvre, dans un premier temps, la boîte aux souvenirs reprenant les titres du trio d'origine : « Danse avec moi », « C'est un animal », « Je connais ton numéro de téléphone ». La première séquence donne le frisson, on retrouve les chansons avec un grand plaisir. Le rendu est parfait et les nouveaux venus Frantz Grimm (guitare) et Fred Maizier (batterie) se glissent sans peine dans les baskets des anciens, ce qui n'avait rien d'évident. Mais, probablement parce qu'il refuse d'être ancré dans son passé et aussi parce que sa carrière ne se résume pas à son trio, Dauga dégaine ses nouvelles compositions et les raretés issues de son œuvre en solo. Soyons honnêtes, on découvre cette nouvelle facette du guitariste avec ce live. Mais les compositions tiennent le coup. Sans chercher à réinventer l'eau chaude, Dauga fait ce qu'il réussit de mieux : du rock rock’n’roll, c'est simple et ça marche à tout les coups. L'excitation est la même qu'il y a quarante ans, imparable (« Descente aux enfers », « Au nom de l'amour ») ! A noter une chouette reprise de « Harley Davidson » (à la grande époque, le trio avait collaboré avec Gainsbourg, cf. « Betty Jane Rose ») et une virée très réussie du côté du blues « C'est encore l'automne ». Intemporel, le disque transcende la nostalgie, c'est un tour de force ! La sélection des titres est d'une grande homogénéité, les musiciens impeccables, le répertoire apparaît plus dense en live au point que l'excitation passe à travers les enceintes. Voici le disque parfait pour relancer la machine de ce grand bonhomme oublié du rock français. 
Sortie le 31/08.
https://www.facebook.com/bijou.dauga

vendredi 3 août 2018

Céline Tolosa : « Vendredi Soir »



Nous sommes donc vendredi soir et le moment semble idéal pour évoquer le nouvel EP de la chanteuse, six titres qui marquent une évolution notable de la direction musicale de l'artiste. Le fond, celui de la cover girl nostalgique, une vision romantique des sixties, reste mais la forme diffère ; mettant l'accent sur les synthés new-wave, tout en maintenant un noyau dur organique (« Dis-moi », « Les Beaux Garçons »). En ce sens ce nouveau disque rappelle Etienne Daho et Arnold Turboust qui, à l'époque, avaient réinterprété le mythe yé-yé en le mettant au goût du jour synthétique. Céline Tolosa a grandi dans une famille de comédiens, sa voie première, qu'elle a abandonné pour s'adonner à la musique. Il en reste un fond aujourd'hui car Céline habite, et interprète littéralement sa musique. En ce sens la reprise de « L'amour en fuite », chipée chez Souchon mais aussi (surtout) chez François Truffaut (extraite de la bande originale du film du même nom) prend tout son sens. Ailleurs, Céline nous fait un grand numéro de charme (cf. « Dis-moi » : aïe aïe aïe, on est à deux doigts de tomber en amour là!) ou donnant des accent de film noir au « Beaux Garçons », dont l'ambiance rappelle la bande originale d'un polar 70s signée François de Roubaix ou Philippe Sarde. Mais le thème de prédilection de Céline reste Paris, son spleen, sa solitude, ses désillusions, les trottoir arpentés de la ville que l'on adore mais que l'on rêve pourtant de quitter (cf. « Bahia »). Ainsi l'ep collectionne les mots touchants évoquant une mélancolie paradoxalement joyeuse. Voici un magnifique disque nocturne, un voyage en musique, que l'on prendra plaisir à réécouter tous les soirs de la semaine… 
Sortie le 5 octobre.

jeudi 2 août 2018

Steve Amber : « From a temple on the hill »



Quelque part entre Brest et Paris, se cache un jeune impétrant, un certain Steve Amber, qui a le bon goût de s'exprimer, musicalement, dans un idiome que l'on affectionne particulièrement par ici : la psychédélie. A l'écoute on devine sans peine la discographie qui habite la demeure (ou plutôt le temple sur la colline) : Brian Jonestown Massacre, King Gizzard et une bonne dose de pop anglaise. Comme ses modèles, Amber n'a pas son pareil pour tisser une toile sonore addictive, superposant les couches sonores (de guitares entre autres) dans un amalgame répétitif et entêtant (cf « Dust ») assez irrésistible. Mais contrairement à certains, cités plus avant, Amber ajoute un soupçon de pop à la facture, prenant soin de la forme. Voix comme guitare ou batterie, tout est cadré dans certaines limites, empêchant à l'ensemble de sombrer dans le chaos, une caractéristique certes fascinante chez certains mais épuisante chez (beaucoup) d'autres. Une petite couche de vernis pop pour gommer le brouillon qui en l'espèce ne fait pas de mal (cf. la bluesy « At road's end », « The self as a wave » dont les arpèges progressifs rappellent le Radiohead des débuts). La démarche a l'avantage de mettre en valeur les compositions et les arrangements. Ainsi l'ep ressemble à un vieux coffre à jouets de notre enfance dont on redécouvre les trésors oubliés au fil du temps et des écoutes, de plus en plus agréables. 

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mercredi 1 août 2018

Sapiens Sapiens : « Sex on the beach »



Sous le titre évocateur de « Sex on the beach » (on se calme les loulous il s'agît du nom d'un cocktail, le genre qui se boit) Sapiens Sapiens est de retour avec un troisième EP coloré et festif qui se veut idéal pour la saison estivale. Le duo électro entends ainsi rendre hommage à tout un pan de la musique électronique allant de la french touch au big beat sans oublier le hip hop ou les tendances plus récentes de l'électro. Dans les faits on apprécie surtout le premier titre « Every Booty Up and Down », l'ouverture vers les musiques noires et le subtil alliage entre son organique et électronique (dans un style plus hip hop « This is the town » est aussi très réussi). Mais hélas c'est à peu près tout. La deuxième plage « She's about to jump off » commence plutôt bien avec une intrigante intro tout en synthés hypnotiques avant que le martèlement sonore ne débute sous la forme d'un déluge technoïde (un défaut récurrent, cf. « My Venus »), qui symbolise point de rupture pour nous. Pas nécessairement mauvais mais disons que nos oreilles ne sont pas nécessairement les plus indiquées à recevoir ce disque assez éloigné de nos préoccupations habituelles. 

https://sapienssapiens.bandcamp.com/
https://fr-fr.facebook.com/SApiEnSsaPieNsband/


mardi 31 juillet 2018

Guillaume Fontaine : « Le complexe du zèbre »



Il serait trop simple de ne voir qu'en Guillaume Fontaine un énième avatar de l'éternel revival des années 1980. Certes à l'écoute, les souvenirs de l'époque affluent et il ne fait aucun doute que la New rave a laissé une marque indélébile chez le chanteur que l'on perçoit dans le son cristallin des synthés que l'on imagine d'époque. Mais à cette patine nostalgique, attendue mais attachante à défaut d'être originale, Guillaume ajoute une touche de rock par le biais de guitares tranchantes (« Le dernier fossoyeur ») voire franchement Heaviside (« C'est quoi ce cirque ») et un peu de noirceur perceptible dans le chant maniéré et dans la toile hypnotique de ces synthés froids patiemment tissée (« Je n'irai pas me battre », « Ma Reine ») et qui finit par encercler l'auditeur. Produite avec un soin manique, la musique et les mots profonds et lourds de sens (« La mort du philosophe ») de Guillaume Fontaine finissent par emporter nos suffrages. A découvrir… 

https://ptprecords.bandcamp.com/album/la-complexe-du-zebre


lundi 30 juillet 2018

The Beach Boys with the Royal Philarmonic Orchestra



Que les fans les plus impatients calment leurs ardeurs. Il ne s'agît là ni d'un album instrumental, ni même d'un disque de reprises et encore moins d'un nouvel album. Plutôt un disque hybride (voix d'époque et nouveaux arrangements philharmoniques), qui a tout du best-of pour béotiens, couvrant l'essentiel de leur carrière partant du groupe rock’n’roll des débuts, inspirés par Chuck Berry (la bien nommée « Fun fun fun ») à la formation pop à la mélancolie transperçante (« Wouldn't it be nice », « God only knows ») en passant par le franchement anecdotique (« Disney Girls », « Kokomo », sérieusement?) Ceci étant posé, alors ces nouveaux arrangements ? Assez mitigés dans l'ensemble… L'ensemble philharmonique apporte un supplément majestueux qui cadre assez bien avec l'ambition démesurée de Brian Wilson (« Heroes and Villains », « Good Vibrations »), de la fin des années 1960 et renforce encore un peu la mélancolie, déjà prégnante à l'origine, des morceaux (« God only knows », « Sloop John B », « California Suite », « California Girls », « Wouldn't be nice »). Sur « Fun, fun, fun », l'orchestre apporte un nouveau regard sur le titre sous la forme d'un décalage amusant avec les guitares rock’n’roll inspirées par Chuck Berry. Un disque assez agréable dans l'ensemble, quoi que assez anecdotique dans le fond, même s'il est entendu que l'on parle d'une formation majeure de l'histoire de la pop, ce que personne ne contestera.

dimanche 29 juillet 2018

The Sloths : « Back From The Grave »




De retour de la tombe, en voilà une histoire qu'elle est bonne ! C'est dans un garage de Los Angeles que s'est formé le groupe, comme tant d'autres, en 1964. Cinquante-quatre ans plus tard ils sont de retour avec leur premier album (comme ils le chantent eux-mêmes, j'ai survécu à mes 27 ans, ah ah!). Le groupe s'est séparé après un premier 45 tours « Makin'love » qui n'avait pas rencontré le succès. Des années de silence et d'oubli plus tard et « Makin'love » réapparaît sur une compilation intitulée « Back from the grave ». Le pressage original du disque atteint alors des sommes folles sur internet (6,500 $ en 2011) et le groupe, auréolé d'une réputation de trésor perdu du garage-rock, décide, l'année suivante, de se reformer pour quelques concerts. Quelques shows qui ont eu le mérite d'inoculer le virus du rock chez ces vétérans toujours aussi verts. Au-delà d'un disque formidable, c'est un véritable voyage dans le temps qui est proposé à l'auditeur : « One way out », « Gotta get fired », des quasi-retraités qui chantent les diverses frustrations de l'existence, avec beaucoup de recul et d'auto-dérision, la voix marquée par les caprices du temps qui passe, c'est un grand moment ! Jubilatoire ! Le disque est aussi un sommet de guitares rageuses (« Lust », « Never enough girls ») marquées par Détroit (Stooges, MC5). On pense aussi à leurs contemporains (Seeds, Sonics, Remains, Standells) qui revivent un peu à travers eux. Mention spéciale pour le morceau country-western « Haunted » qui prouve que la formation peut également exister sans amplification démentielle et pour le blues, toujours une preuve de bon goût, « Before I die ». The Sloths sont donc sortis de la tombe pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Un album addictif. 

https://www.thesloths.org/
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samedi 28 juillet 2018

Jamie Gallienne : « Under the radar »



Angevin, né d'un père britannique, Jamie Gallienne a le profil du suspect idéal pour incarner ce rock français qui se rêve en anglais tout en étant bien incapable de maîtriser la langue. Point d'accent ridicule, c'est déjà un (très) bon point pour commencer. Ensuite, pour ce qui est de la musique, Ken Stringfellow (The Posies, REM), rencontré à l'occasion d'un tribute à Elliott Smith et producteur ici, a délimité un pré-carré idéal pour le jeune homme : du rock au nord, de la pop au sud, un rond-central psyché (« Bad Fluid ») pour encercler le tout et notre Jamie au milieu pour incarner tout cela. Et plutôt bien au demeurant. Les guitares sont agressives, mais pas trop, juste suffisamment pour rentrer dans le costume pop (« Brighter Days », « Brain Twister », « Sophisticated Animal ») et faire un peu de place pour une approcher tour à tour planante teintée de psychédélisme (« Key man », l'addictive « Busy bee », l'excellente « Sisco bay », « Free Electron ») ou plus funky (« I love to see you dance »). D'apparence modeste, la chose s'avère finalement rafraîchissante. A l'heure où les groupes se disputent la palme du vintage, Jamie, lui poursuit sa route, les influences des années 60 et 70 parfaitement assimilées et digérées dans un contenu original. L'album est comme un poison qui se distille lentement dans les oreilles de l'auditeur et ce n'est qu'après quelques écoutes que l'on saisit pleinement toute l'ampleur sonore de la chose et le brio dont le disque fait preuve. De la belle ouvrage… 

https://www.jamie-gallienne.com/
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vendredi 27 juillet 2018

The Kinds : « What do we know ? »


Alors que le trois s'impose comme le chiffre magique du rock, eu égard aux nombreux power trio qui ont émaillé l'histoire du rock, The Kinds, dont le premier EP est sorti au printemps dernier, reprend l'équation à son compte. C'était attendu, ce premier disque offre son lot de riffs de guitares acérés (« Walk and fly ») dopés par une section rythmique de feu, illustrant la symbiose parfaite du trio survolté. Ce qui est moins attendu, c'est l'habillage qui entoure le trio, les arrangements électro (cf. la très brève « Blinded ») qui ne dénaturent pas la nature intrinsèquement rock de la chose, mais lui donnent de nouvelles couleurs évoquant tour à tour la cold wave (« In a fight ») ou le space rock progressif (« Here I stand »), dans une sorte de grand écart musical schizophrène (« Prod 7 »). Dans les meilleurs moments, le groupe réussit a étreindre l'auditeur dans une bulle cotonneuse aussi étouffante qu'inquiétante (« Fear is nothing »). On se demande bien ce qu'ils nous réservent pour leur premier album… 

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jeudi 26 juillet 2018

Scandale ! #1



Derrière le patronyme, absolument scandaleux, se cache un duo à l'histoire rocambolesque. Deux individus, Mounir et Ben, deux ex de la même femme. Forcément une situation tendue qui a, d'après ce qu'en dit le communiqué de presse, occasionné son lot de bagarres et autres explications mais qui a, surtout, donné naissance à un groupe ! Aujourd'hui sort leur premier EP, six titres naviguant entre électro et guitare électrique chantés en français. Assez joueur, le duo se révèle assez funky (« Histoire », « Est-ce que tu sais ? ») et d'obédience pop. Et pourtant dans une sorte de schizophrénie créative, la musique, enjouée, est mise au service de textes touchants (« Ce soir ») aux refrains assez sombres (« Ce soir je vais me foutre en l'air, c'est pas comme si j'avais mieux à faire »…) « Automne » et « Tout est pardonné » donnent un nouvel angle d'écoute plus atmosphérique, dégageant un sentiment mélancolique, apportant de la profondeur à cette affaire pas aussi désinvolte et joyeusement anecdotique qu'on le pensait de prime abord. Placés en clôture « Tout est pardonné » et « On verra ça demain » terminent l'EP sur une note positive. Comme ils le chantent eux-même, « Parce que l'été arrivera (...) Soyons en paix ». 


mercredi 25 juillet 2018

Dudes of groove society « Donut »



Intitulé « Donut » le nouvel EP de la formation strasbourgeoise porte bien son nom. En effet, c'est à une délicieuse dégustation à laquelle nous sommes conviés le temps de ces cinq plages. Partant du principe que le revival soul 60s à la Daptone est un brin encombré ces jours-ci, le groupe d'organiser un revival à sa manière croisant funk et hip-hop grâce à un chanteur à l'aise dans les deux genres et dans plusieurs langues. Et l'amalgame fonctionne au-delà des espérances entre guitares wha-wha survoltées croisant le fer avec des scratches furieux et une section de cuivres sous haute tension ("Mead"). « Quero viver perto do mar » ajoutant même une touche latine à la recette alors que "Mirror" joue une carte plus atmosphérique, faisant preuve d'un magnifique éclectisme. Voici en tout cas une magnifique friandise à croquer tout l'été, la saison idéale pour ce genre de sucreries. 

https://fr-fr.facebook.com/dudesofgroovesociety/
https://dudesofgroovesociety.bandcamp.com/

lundi 23 juillet 2018

Helluvah : « Echo Valley »



Du folk au post-punk Helluvah a toujours préféré le fond à la forme. Peu importe le style, il est surtout question de ressenti à l'écoute d'un nouvel effort de la chanteuse. Enregistré dans la foulée d'une tournée aux Etats-Unis, Helluvah nous transporte sur place, « California Sun », « Early Days », les meilleurs titres de cette nouvelle fournée, fidèles aux racines folk de la chanteuse qui s'enrobent d'une étonnante touche électro pop suffisamment éthérée pour évoquer les grands espaces (« Let it go »). Pas forcément évident de faire le lien entre les différentes compositions, très variées, et le saut entre les langues, puisqu'elle chante également en français pour la première fois (« La fête » en ouverture du disque) la voix si caractéristique et maniéré de la chanteuse s'imposant comme le chaînon manquant dans cet univers multi-facettes. 

https://fr-fr.facebook.com/helluvahmusic/
https://helluvahmusic.bandcamp.com/

vendredi 20 juillet 2018

Fabulous Sheep

POUR PARTICIPER AU CROWDFUNDING DU PREMIER ALBUM DE FABULOUS SHEEP C'EST PAR ICI :





jeudi 19 juillet 2018

Alexandre Nadjari : « Chambre Noire »



Après deux albums, en anglais, sous le nom de Yalloh, salués par la critique, Alexandre Nadjari, change tout ! Le voilà de retour, sous son vrai nom, et chantant dans sa langue maternelle. Probablement la dernière étape de l'émancipation de l'artiste qui a abandonné une fructueuse carrière professionnelle et une vie confortable pour s'adonner au démon de la musique. Et puisqu'il question de musique, celle d'Alexandre est tout simplement belle. Intrinsèquement mélancolique, la qualité d'écriture d'Alexandre fait que ces cinq titres auraient déjà constitués un excellent effort joués seuls au piano où à la guitare sèche. Mais le magnifique travail de production et d'arrangement, signé Séverin et André Baille Barrelle, fait prendre à l'affaire une toute autre tournure lui confèrent un aspect pop et aérien, convoquant de nombreux souvenirs de la pop 60s évanescente : un son de basse chaud et rond qui se conjugue à la perfection avec le groove feutré de la batterie, les arrangements au clavier (un mellotron probablement vintage) jamais intrusifs, toujours à bon escient et une note baroque au thérémine parachevant magnifiquement le tout. Seul petit bémol la tonalité automnale de l'ensemble un peu contraire à la saison mais qui tombe à pic puisque cet EP constitue un avant-goût d'un futur album, ambitieux vu les hauteurs tutoyées ici, annoncé pour la fin de l'année. Vivement la suite ! 

http://fr.alexandre-nadjari.com/
https://www.facebook.com/Alexandre-Nadjari-Yalloh

mercredi 18 juillet 2018

Billet d'Humeur : « 24 Clara »


Un tiers de soul, pour le chant choral à plusieurs voix (en français), un tiers de pop pour les compositions et un tiers d'électro pour les arrangements, c'est le savoureux cocktail mis au point par Billet d'Humeur. Une manière de soul du 21ème siècle passée par un filtre dance à l'image du premier titre « 24 Clara » qui débute à cappella (façon Bobby McFerrin) avant que l'implacable beat ne se mette en place. Pas sûr que l'on adhère à la formule, pas assez roots pour notre goût personnel, sur la longueur d'un album, mais, en attendant, force est de constater que sur ces trois titres, l'amalgame fonctionne sur du billard. Une affaire qui roule en attendant la suite avec curiosité...

https://fr-fr.facebook.com/billetdhumeurofficiel/

mardi 17 juillet 2018

Bosco Rogers : « All Wet »



C'est l'été et il grand temps pour nous de trouver la bande-son adéquate. A ce petit jeu le duo Bosco Rogers, qui nous avait déjà charmé avec son premier album, est bien placé pour décrocher la timbale ! Toujours aussi déjanté, les Britanniques évoluent dans la continuité. Un peu moins garage (« Black Rabbit »), un peu plus pop, ce nouvel EP met en valeur un psychédélisme foutraque et rigolo, à base de sonorités bizarroïdes qui sont autant de gourmandises pour les oreilles, et se permet même quelques incartades langoureuses (« In your eyes ») et funky (cf. « All Wet »). Ces cinq titres sont suffisamment frais, enjoués et colorés pour que l'on s'autorise a passer le reste de l'été (voire plus si affinités) en leur compagnie. 

https://fr-fr.facebook.com/BoscoRogers/



lundi 16 juillet 2018

Undervoid



Dieu sait si sur cette page on ne s'est jamais privé de vilipender Noir Désir et leur esthétique rock/poétique/sombre qui s'est propagée telle une peste bubonique musicale sur la scène rock hexagonale au point de rendre toute autre sorte de tentative obsolète, devenant au fil des années une sorte de modèle unique déposé. Pourtant avec Undervoid on a peut-être trouvé l'exception qui confirme la règle. Cette EP démarre sur les chapeaux de roues avec un titre en forme de coup de fouet, « Révolutionne » où le groupe révolutionne (c'est le cas de le dire) le genre en y injectant une bonne dose de groove garage par le biais d'une pédale wha-wha maîtrisée à la perfection, le tout chanté dans la langue de Molière. Le pied ! Espoir confirmé avec « S'y essayer » dans la même veine, tout en syncopes funky de la batterie. En comparaison les deux autres titres semblent un peu plus fades englués dans le modèle Noir Désir (« Hasard ») ou dans un son plus heavy en (dignes) héritiers de la fusion (on pense à Lofofora) des années 1990 (« Tout Faire »). Mais que tout ceci semble prometteur ! 

Www.undervoid.fr
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dimanche 15 juillet 2018

Interview avec Michelle David




A peine une heure avant de monter sur la scène de la plage, Michelle David se pouponne dans la coulisse devant un équipement de fortune. Encore relativement inconnue dans nos contrées, Michelle a cependant déjà chanté devant un public français « C'était à Saint Paul » se souvient-elle. Ce qui ne l'empêche pas d'être littéralement sous le charme du site du Malsaucy, presqu'île entourée de deux étangs au pied des Vosges « Le paysage est magnifique, je me sens très excitée ». Ce passage aux Eurockéennes s'annonce prometteur, tous les voyants sont au vert pour faire d'elle la grande révélation soul de ces quatre jours « Je suis nouvelle pour tout le monde, je suis là pour prendre la température, essayer de créer une petite sensation. » On peut s'étonner cependant de la présence d'une artiste aussi marquée par le gospel dans un festival de rock : « Le groupe a été mis sur pied par les deux guitaristes, Onno Smit et Paul Willemsen. Nos racines sont dans le blues, la soul, le jazz et le rock rock’n’roll. On essaye de rendre hommage au gospel en y ajoutant de nouvelles couleurs. » La chanteuse prend sa présence atypique avec beaucoup d'humour : « J'ai déjà fait un festival de heavy-metal et c'était fabuleux (rires). J'essaye d'embarquer tout le monde avec ma musique, de toucher le cœur des gens. Je chante pour tous ceux qui croient en l'amour. Je raconte ma vie, mes épreuves car je n'aime pas utiliser le mot "échec". J'espère donner au public ce dont il a besoin. » Lorsqu'on lui fait remarquer qu'en 2014 on avait assisté sur cette même (superbe) scène de La Plage à la Daptone Super Soul Revue (il s’agissait d'ailleurs de nos derniers concerts de Sharon Jones et de Charles Bradley tous deux décédés depuis) son visage s'éclaire : « On était supposés faire sa première partie mais elle est décédée et ça ne s'est jamais fait. Ensuite, on devait ouvrir pour Charles (Bradley, ndlr) mais il est parti aussi, on s'est arrêté là (sourire triste). Je me reconnaissait tellement en Sharon (Jones, ndlr). J'ai 52 ans, tu sais, c'est incroyable pour moi de laisser une marque, tellement le milieu est jeune. Commercialement parlant, nous vivons dans un monde de pop music. Il n'y a pas de juste milieu, aussi il est important de ne jamais abandonner. » 

Le troisième album de Michelle David, « The Gospel Sessions vol. 3 » sortira à l'automne. 

Propos recueillis le 6 juillet 2018 à Belfort.

Un grand merci à Michelle, à Yazid Manou et à Clémence Prieur pour leur gentillesse et leur disponibilité. 



vendredi 13 juillet 2018

Eurockéennes de Belfort, 5, 6, 7 et 8 juillet 2018


Deux ans que l'on était pas revenus à Belfort, quelle joie de retrouver le site du Malsaucy, la scène de la Plage, le bar du boulot et la loggia dont la programmation a été la plus consistante du week-end. Après quatre jours, commencés sous la pluie pour finir en canicule, voici nos conclusions. Ah oui on est désolés d'avoir raté Beth Ditto et les Viagra Boys... 

LES RÉVÉLATIONS : 

Marlon Williams : L'évidence mélodique d'Elliott Smith conjuguée à une voix d'ange entre Jeff Buckley et Chris Isaak (pour la note fifties), le tout rehaussé d'une pointe de ruralité bienvenue via un art consommé du vibrato de guitare et du bottleneck, un peu de piment garage et psyché pour relever le tout, pas de doute, le Néo-Zélandais à tout bon ! Au point d'imposer le silence, un exploit rare dans un festival où le public n'hésite pas à réclamer, bruyamment, sa dose de décibels. 

Warmduscher : le quatuor garage venu d'Angleterre conjugue avec une classe infinie expérimentation un peu barrée et électricité démoniaque auquel la basse ajoute un groove énorme, un excellent moment. 

Cigarettes after sex : Le spleen atmosphérique des Cocteau Twins et une basse énorme digne de Simon Gallup (The Cure), tout cela prend également une autre dimension sur la (superbe) scène de la plage, sous une pluie battante, conférant à l'ensemble une dimension onirique dépassant très largement le cadre musical. Une expérience quasi-mystique. 

Dream Wife : Jeune quatuor féminin venu d'Angleterre entre pop et punk, soit des mélodies jouées à fond la caisse. Frais et enlevé à défaut d'être original. Excellent sur scène. 

Michelle David : Soul de grande classe, intemporelle, la chanteuse à la fois vétérante (la cinquantaine entamée) et débutante (trois albums) fait montre d'un tempérament de feu et d'une énergie presque inépuisable portée par un discours positif. Variant les plaisirs à deux guitares (sans basse) ou avec basse et guitare, batterie et cuivres, la chanteuse nous a offert un superbe moment de groove parfait pour le cadre enchanteur de la Plage, sous un soleil revenu. La relève de la regrettée Sharon Jones est assurée... 

Leon Bridges : L'autre artiste soul du jour programmé, lui, sous le chapiteau Greenroom. Un univers moins brut de décoffrage que Michelle David, moins funk et plus soul avec une grande élégance héritée des années 1970. Quelques passages langoureux sont magnifiques mais s'accordent mal avec le plein air, doit être superbe en salles. 

Caroline Rose : Lorsqu'elle a la tête à l'endroit, globalement quand on la tient éloignée de la flûte à bec, et qu'elle a décidé de jouer, Caroline Rose fait les choses très bien. Un univers complètement barge (le rouge omniprésent, le costume de scène totalement foutraque) entre pop psyché et garage rehaussé de synthés eighties du plus bel effet, la prestation la plus déjantée du week-end. Excellent. 

Truckks : Jeune formation originaire de Vesoul, une ville voisine, les membres de Truckks fêtent leur bac, fraîchement obtenu, sur scène. Ca tombe bien les musiciens ont tous l'air de s'être échappés du cours d'EPS. Musicalement très intéressant pour son improbable croisement entre hardcore et expérimentations de guitare psyché, le groupe manque encore de maturité sur le plan vocal, et a encore beaucoup de boulot au niveau du chant. Néanmoins prometteur. 

Touts : Power trio irlandais entre punk et mod, une énergie dévastatrice (ah cette reprise de Gloria). Pas mal du tout. 

LES VALEURS SÛRES : 

Seasick Steve : Sous le chapiteau greenroom, Seasick Steve se produit désormais en trio. Un certain Luther Dickinson fait son apparition alternant basse et guitare. Fin instrumentiste, excellent soliste, ce dernier apporte un contrepoint élégant à l'énergie brute déployée habituellement par Steve et son batteur Dan propulsant le tout dans une nouvelle dimension. Le nouvel effort de Steve sort en septembre, on a hâte ! 

The Limiñanas : La fructueuse et judicieuse collaboration avec Anton Newcombe sur le dernier effort du groupe a propulsé ces derniers dans une toute autre catégorie. Une magnifique collection d'instruments vintage (les claviers et une magnifique strat orangée) sont autant d'excuses pour des expérimentations psychédéliques complètement folles sublimées par une énergie rock n'roll de tous les diables. Un pur moment de bonheur sur la scène, boisée, de la loggia qui a finalement offert la programmation la plus homogène du week-end. Magnifique. 

ON A ÉTÉ UN PEU DÉÇUS : 

Prophets of Rage : Trois quarts de Rage Against The Machine, un peu de Public Enemy et un peu de Cypress Hill, tout ce beau monde réuni sous l'alias opportuniste de Prophets of Rage, reprend les titres des uns et des autres sans surprise ni réel enjeu… Symptomatique d'une vague nostalgique qui s'est emparée du rock et qui désormais s'étend aux années 1990. Assez triste dans le fond. 

Liam Gallagher : Entouré d'une bande de professionnels consciencieux assurant le boulot avec sérieux Liam Gallagher tente de faire revivre les grandes heures d'Oasis reprenant un répertoire dont il n'est pas l'auteur (« Some might say », « Supersonic », « Morning Glory ») et quelques titres de son répertoire personnel (« Wall of glass » plutôt de bonne facture). Le tout inspire un ennui poli, de la mélancolie, une nostalgie un peu tristounette, pas franchement la grosse éclate. Il manque quelque chose. Un peu plus d'investissement personnel des musiciens peut-être. Seul moment d'émotion, le final accoustique « Live Forever » et « Wonderwall » au refrain repris en coeur par la foule, on finit avec des frissons, quand-même… 

LE CONCERT DU WEEK-END : 

Sans contestation Nine Inch Nails ! Un Trent Reznor en pleine possession de ses moyens, totalement investi dans sa musique entraîne l'auditeur dans une spirale qui dépasse très largement du simple cadre musical ! On a plané très haut, entre ambiance apocalyptique, angoisses, et moments tendres (le « Hurt » final acoustique) ou émouvants (« I'm afraid of Americans » en hommage à Bowie) faisant au passage preuve d'une magnifique polyvalence entre électricité et électronique avec ou sans guitare et batterie. Superbe !

jeudi 12 juillet 2018

Binic Folks Blues Festival, les 27 28 et 29 juillet 2018


C'est le dilemme habituel des festivaliers, on va voir quel groupe quand ils sont plusieurs intéressant à la même heure ? A Binic, la question ne se pose pas car la majorité des groupes assurent deux à trois concerts sur les différentes scènes du site. Une programmation tip top entre blues (Mark Porkchop Holder, Dirty Deep) et rock psyché/garage (Kaviar Special/Carambolage, Black Boys on Moped). Pas de véritable tête d'affiche, certes, mais plein de bonnes choses à découvrir dans la scène indé (34 groupes pour 52 concerts). Le tout sur le port de Binic (donc en bord de mer) et c'est gratuit ! Que demander de plus ? On s'y retrouve ?

lundi 9 juillet 2018

Les Nuits Secrètes, les 27, 28 et 29 juillet 2018


La nouvelle édition du festival Les Nuits Secrètes se tiendra du 27 au 29 juillet dans les Hauts de France. Un festival dont la grande originalité est de proposer, en sus des scènes habituelles, des concerts dans des lieux atypiques, souvent tenus secrets, d'artistes surprises dont l'identité est dévoilée à la dernière minute. Ceux qui aiment sortir des sentiers battus ont rendez-vous le dernier week-end de juillet dans le Nord de la France...
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mardi 3 juillet 2018

Lux, Péniche Antipode, 29 juin 2018.


Lux était de sortie en ce vendredi soir dans le cadre associatif accueillant et détendu, à mille lieues de l'esprit parisien, de la Péniche Antipode, un cadre estival particulièrement approprié, afin de fêter dignement la sortie de la sublime édition vinyle de leur premier album « Super 8 » (sans rentrer dans des détails techniques rébarbatifs, le vinyle a demandé de nombreux efforts au groupe, un mastering spécifique et une technique de pressage old school pour un son optimal) limitée à cent exemplaires (enfin 99 parce qu'on en a récupéré un au passage). Donc, performance du soir se déroule dans une configuration hybride, on a connu Lux en duo acoustique ou en full band électrique. S'ils sont toujours quatre, la chanteuse Angela est ce soir accompagné de deux guitaristes et d'un bassiste. Peut-être bien la meilleure configuration possible pour permettre à la voix d'Angela de briller sans être noyée dans les décibels, qui a en outre l'avantage de mettre en valeur l'écriture du duo, sans tomber dans un son brut âpre et trop rêche. Un nouveau guitariste additionnel, Nico fait son entrée en scène (c'est son troisième concert). Sobre mais efficace, il soutient les chansons permettant au guitariste principal Sylvain de se lancer dans des interventions, soli, enluminant les chansons, tâche dont il s'acquitte avec son feeling habituel modulant le son avec beaucoup d'attaque et d'entrain. Enfin dernière pièce du puzzle le bassiste Julien (le seul à être en électrique) apporte le soutien rythmique, ses lignes, discrètes, se faufilent dans les entrelacs laissés libres par les compositions avec beaucoup d'inspiration. Au chant, Angela, fait montre de sa classe new-yorkaise habituelle avant de se faire piéger par une climatisation sournoise placée juste dans l'axe de la scène et lui coupant, littéralement, soudainement la voix. Sylvain se lance alors dans le chant lead avec moins d'assurance et beaucoup d'improvisation (J'ai oublié les paroles lance-t-il en rythme et en souriant). Et Angela de se transformer en coach vocal chargé de lui apprendre les paroles en direct. Heureusement que toutes ces péripéties arrivent sur le dernier titre. Pas de quoi gâcher le concert donc, le meilleur du groupe que l'on ait vu à ce jour.

jeudi 28 juin 2018

Glass Museum : « Deux »



Deux, comme le nombre de membres que compte ce groupe belge. Deux, c'est aussi, bizarrement, le titre de cet EP qui n'est pas le deuxième mais le premier du duo formé de Martin Grégoire et Antoine Flipo, un pianiste et un batteur. Bien loin de placer la musique sous cloche, comme un musée de verre, le duo prône au contraire l'esprit aventureux des pionniers. Situé aux confins du jazz et du classique, la musique du duo franchit parfois le Rubicon du rock (l'attaque quasi-métallique de « Shadow's faces » et « Tribal coffee ») et parsème ses compositions d'arrangements électroniques, qui ne dénaturent pas le caractère intrinsèquement acoustique de l'affaire, mais, au contraire, lui fait gagner en épaisseur tout en conférant un semblant d'étrangeté fantomatique (cf. « Opening », « Waves », « Electric Silence »). C'est ainsi à un fort beau voyage au pays du son auquel nous sommes conviés. Le plus touchant reste ce transfert d'énergie entre les instruments et le dialogue, sans paroles mais avec force notes, entre les deux protagonistes. A la frontière de l'expérimental, certes, mais beau, très beau. 
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mercredi 27 juin 2018

Ginkgoa : « One Time »



Après de longues années de silence, Ginkgoa est de retour. Enfin presque. Car la formation actuelle n'a plus grand-chose à voir avec celle qui nous avait charmé par son swing et sa fraîcheur en 2011, à tel point qu'il aurait peut-être été judicieux de changer le nom du groupe. Désormais étroitement associé à l'écriture, la chanteuse Nicolle Rochelle chante l'intégralité des compositions dans sa langue maternelle, l'anglais, mais il ne s'agît là que d'un détail. Entendons-nous bien, la volonté de changement et la peur de la redite est parfaitement légitime chez un artiste. Que l'on aime ou pas (ce qui est notre cas) on ne peut que saluer la prise de risque. Le problème en l'espèce étant que, chez Ginkgoa, cette volonté d'évolution se traduit en une sorte de long dérapage incontrôlé en terre inconnue. Martèlement des machines, qui écrase dans l’œuf toute tentative de swing, synthés pompiers, criards et de mauvais goût, rappelant les pires heures de la techno des années 1990 (« One time », « What we do »), on peine à reconnaître le songwriting raffiné d'Antoine Chatenet (« Got to gimme », franchement). Le swing si frais du groupe n'apparaît plus qu'en filigrane, et tellement lointain (« Boy Bounce », « Don't give a damn »), comme un reliquat d'un passé révolu. En cherchant le changement à tout prix, le groupe a perdu son identité, son originalité pour finalement produire une musique eurodance standard, du R'N'B comme il s'en écoule au kilomètre de l'autre côté de l'Atlantique. Un producteur tiers ou une oreille extérieure pour accompagner l'évolution du groupe fait clairement défaut ici. Une passade ou une nouvelle orientation sur le long terme ? 

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mardi 26 juin 2018

Salon du disque des Puces les 30/06 et 01/07


We are the line : « Songs of light and darkness »



Collectif aux contours assez flous, mystérieux au possible, We Are The Line, mené par l'intriguant JD, est de retour avec un deuxième EP quelques mois après un « Through the crack » d'ouverture assez séduisant. Composé en même temps que leur premier, ce nouvel effort en est à la fois la suite et un début d'aboutissement. Une suite car arrivé au deuxième disque, le groupe affine sa patte, dark, électro, sous influence de la cold wave 80s, tout en assumant une prise de risque expérimentale à l'image de tous ces petits bruitages bizarres qui émaillent les compositions tout en soulignant le propos. Car chez We are the line, tout est suggéré. Plutôt que d'attaquer frontalement l'auditeur dans un déluge de décibels, JD préfère plonger ce dernier dans un entre-deux assez malsain. La musique est comme placée sous une chape de plomb. La menace, sourde, plane au-dessus de ce disque et ce même dans ses moments les plus atmosphériques (cf. « An hymn for them all », « Untold story »). Ainsi l'ep se résume en une longue montée en tension, un crescendo interminable, jusqu'à une explosion finale qui ne vient finalement pas, plaçant l'auditeur dans un état de frustration douloureux. Mais qui a cependant l'avantage de maintenir le mystère, conférant au disque son côté très addictif, poussant à la réécoute le temps d'en résoudre toutes les énigmes, et de trouver, éventuellement, la lumière dont il est question dans le titre (pour notre part on cherche encore). De quoi largement tenir jusqu'à la prochaine livraison du groupe… 

http://www.wearetheline.org/fr/
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dimanche 24 juin 2018

Thomas Hellman : « Rêves américains, tome 1 »



Encore relativement peu connu de ce côté-ci de l'Atlantique, Thomas Hellman, québécois de son état, est l'auteur d'une œuvre pléthorique entre musique et littérature. Intitulé « Rêves américains », son nouveau disque, le sixième, est à mi-chemin entre la musique et le projet à vocation éducatif. Sur un fond musical acoustique, entre folk et country, de très haute tenue et très soigné, l'artiste nous conte l'histoire de la ruée vers l'or, par le bas, c'est à dire en évoquant le sort des petites gens, quand la multitude des destins personnels, mis bout à bout, écrivent le grand livre d'histoire. Mi-chanté et le plus souvent parlé, le projet entre en collusion avec l'histoire personnel du musicien, né à Montréal d'un père américain et d'une mère française. De quoi rêver encore à l'Amérique, comme l'indique le titre, une chose assez rare depuis deux ans… 

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http://www.thomashellman.com/

samedi 23 juin 2018

Joel Sarakula : « Love Club »



Manière de crooner à la voix d'ange tombé dans une faille temporelle, Joel Sarakula évoque un passé musical autant adoré qu'honni : les années 1980. Le décorum est planté, bienvenue au Love Club, ses néons rose fluo et ses palmiers en plastique pour un voyage musical savamment agencé, entre roucoulades de percussions sexy, saxophone aguicheur et synthés analogiques, évoquant aussi bien la blue eyed soul (« Dead heat », « Theme from the love club »), le funk électro des eighties ("Coldharbour man", "Parisian woman") que la pop FM de Steely Dan (« Understanding »). C'est dire si la chose est finement produite. Idéal pour accompagner les longues soirées d'été… 

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vendredi 22 juin 2018

Quiet Dan : « When the earth was flat »



Il s'appelle Dan et son monde est plat... Pour son premier album, Quiet Dan s'est enfermé deux hivers dans une maison perdue dans la forêt picarde en compagnie de deux amis musiciens : Antoine Reininger (basse et guitare) et Mathieu Penot (batterie et claviers). Inspirés par la proximité avec la nature et emportés par la vibration, les trois musiciens décident rapidement d'improviser l'enregistrement de l'album sur place et sans aide extérieure, une sacrée gageure dont le trio se sort avec les honneurs. Au-delà de la musique, les musiciens ont réussi à capter sur disque l'ambiance de la maison picarde, une sorte de calme (quiet), de sérénité habitent les compositions au-dessus de laquelle plane pourtant une menace sourde (cf. « Crocodiles »). Un peu à l'instar de la nature, inspirante, bienveillante durant la journée, violente et menaçante à la nuit tombée. Intrinsèquement, la musique de Dan est folk, fondamentalement acoustique (la superbe « Quiet children », le blues « Elmore Leonard left Detroit » comme autant d'inédits des seventies) mais ouverte sur son époque à l'image des arrangements légèrement électroniques qui parsèment le disque çà et là ou de ces guitares qui forcent le ton pimentant le tout d'une pointe de rock bienvenue. Le tout forme un superbe agglomérat de folk, pop, rock et blues, idéal pour accompagner un couché de soleil estival. 

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jeudi 21 juin 2018

Michael Wookey : « Hollywood Hex »



Il est de ces disques qui vous bousculent, vous secouent pour au final vous laissez pantois, limite K.O. Cet état dubitatif, le nouvel album de Michael Wookey l'atteint non pas par la puissance sonore, classique, commun et trop facile, mais par un soupçon de dinguerie caractérisée débordant du cadre. Il ne fait aucun doute cependant qu'à la base, les chansons composées par Wookey sont pour le moins classiques entre folk et rock (cf. « Bane », « Living by the sea »). C'est ensuite que tout se joue lorsqu'il s'agît d'enluminer ses compositions. A la lumière blanche, Wookey préfère la noire transformant son disque en cabinet de curiosité baroque à l'instar du Tom Waits des années 1980 (cf. « Do right fear no man »). Wookey c'est le spécialiste du petit grain de sable qui empêche le tout de tourner rond, le génie du cabossage, de l'art du dérèglement. C'est le toy piano qui ouvre « Sailor », c'est la basse subtilement dissonante de « Red Hot Dollars », c'est la sensation d'apesanteur qui enrobe « Long live the meadows » et « Hollywood Hex » d'un voile fantomatique et planant, transportant l'auditeur dans un manoir gothique à la Tim Burton. En totale contradiction avec l'époque, qui veut tout et tout de suite, Michael Wookey est un musicien qui réclame du temps, de l'attention. Un grand disque, pas nécessairement facile d'accès, dont la beauté se dévoile par couche et écoutes successives pour peu que l'on soit disposé à lui accorder l'égard qu'il mérite. Le voyage le mérite amplement. 

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