dimanche 20 octobre 2019

The Grasslers : « Bluegrass Time Machine »



Figuré sur le cédé par un magnifique mécanisme horloger, d'esthétique steampunk, cet album des Grasslers est, en soi, un machine à voyager dans le temps. Mais la musique est-elle le meilleur, sinon le seul, moyen de voyager dans le temps ? On n'a pas fini de se poser la question à l'écoute des 13 reprises qui composent le disque. Chipées chez quelques grands noms - Bruce Springsteen («Dancing in the dark »), Nirvana (« Smells like teen spirit »), les Beatles (« Norwegian Wood »), The Clash (« Should I stay ») ou Sting (« Every breath you take ») - les chansons sont réinterprétées suivant le style bluegrass, la country des collines, joué uniquement sur des instruments à cordes (en l'espèce, guitare, violon, contrebasse, banjo, mandoline et, éventuellement, un peu d'harmonica). Une démarche qui n'est pas sans rappeler les Hayseed Dixie, un autre fameux groupe de reprises. Décalées (« Get Lucky » de Daft Punk), rigolotes, ludiques et, toujours, excellentes, les reprises choisies font preuve d'un impeccable bon goût (encore que, Daft Punk…) et permettent à l'auditeur de revisiter son enfance et/ou adolescence à travers cette sélection de tubes qui a marqué bien des générations. A noter enfin, « Personal Jesus » de Depeche Mode, dont Johnny Cash avait, en son temps, déjà livré une version faisant autorité. Prêts pour le voyage dans le temps ? 

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samedi 19 octobre 2019

Malted Milk : « Love, tears & guns »



Tout commence par un choc visuel, un artwork coup de poing, dont la violence potentielle (l'arme braquée pleine face) est désamorcée par une tache rouge, figurant l'explosion, en forme de cœur. Le titre de l'album « Love, tears & guns » trouve ainsi une parfaite illustration. Prise dans son ensemble, la pochette rompt les codes classiques de la soul vintage. Une démarche qui se prolonge sur disque, en musique, tant le groupe a élevé son niveau de jeu, déjà fort impressionnant par le passé. Dans la foulée de la magnifique collaboration avec la chanteuse Toni Green (lire ici) le groupe fait tout pour s'élever au-dessus du tout venant, sortir du carcan vintage que le groupe avait fait sien jusqu'ici pour viser l'étage du dessus, l'intemporalité, là où les références s'effacent devant les qualités d'écriture et de production. Ce ne sont pas les cuivres et autres vents convoqués ici qui nous contrediront, le son est certes influencé par celui d'hier (la blaxploitation "Branded by your love") mais est bel et bien d'aujourd'hui et sera, gageons-le, encore prégnant demain. Le falsetto dévastateur du chanteur et guitariste Arnaud Fradin a trouvé un bien bel écrin soul mais également blues (« Daddy has a gun »), folk (« Pay day »), reggae (« Children of the world »), ou disco/funk (« Money »). Une diversité d'influences qui ne nuit pas à la cohérence du tout, c'est là le tour de force réalisé par les Nantais sur ce magnifique nouvel album. 

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vendredi 18 octobre 2019

NOLA FRENCH CONNECTION BRASS BAND



C'est à la suite d'un voyage initiatique à La Nouvelle-Orléans, que les futurs membres du groupe ont décidé de créer leur brass band, une fois de retour en France baptisé en hommage à leur ville de cœur (NOLA : New Orleans, Louisiana). Le résultat de leurs aventures tient dans ce premier album de sept titres effervescent. L'illusion est plus vraie que nature. On y retrouve, en effet, ce son si caractéristique puisque le groupe n'est constitué que de cuivres (6) et de percussions (3). Le résultat est à la fois puissant, le souffle des vents transperce les enceintes, et, surtout, dansant. Destiné à jouer aussi bien dans la rue que sur une scène, le Brass Band est une déclinaison du marching band, ainsi, tous les musiciens sont debout et il en va de même pour l'auditeur qui ne peut tenir en place lui non plus, entraîné dans la spirale funky de la musique portée par un enthousiasme dévastateur. La musique enfin, tient de la marmite bouillonnante dans laquelle mijote une pléthore de styles, du funk, un peu de jazz dans les passages les plus mélodiques (cf. la magnifique « Coffee Machine Blues »), un soupçon de hip hop pour les refrains scandés en chœur jusqu'à en perdre haleine et un groove constant du début à la fin de cet album réjouissant et festif. 

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jeudi 17 octobre 2019

Flyin' Saucers Gumbo Special : « Nothin'but »



Voici un groupe bien nommé ! A l'instar du plat typiquement néo-orléanais dont il emprunte le nom, le groupe français nous a concocté un menu pantagruélique, gastronomique et roboratif ! Qu'il s'agisse de zydeco pur sucre (« Zydeco Train ») ou teintée de blues (« Nothin' but a party » qui cite « Spoonful ») ; d'onctueuse soul 70s (la magnifique « Mister Bartender ») ou des secousses telluriques qui animent la guitare d'obédience délicieusement Creedence Clearwater Revival (« Louisiana Girl ») nos frenchies font bien mieux que simple illusion. S'appropriant toutes les tendances précités, chères à nos oreilles, avec autant d'application que de virtuosité, le quintet réussit à réduire les frontières tant temporelles que physiques qui nous séparent des années 1970 étasuniennes tout en redonnant au passage ses notes de noblesse à l'accordéon. On en ressort repus ! Une éclatante réussite. 

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lundi 14 octobre 2019

Quintana dead blues eXperience : « Older »



Dans les années 1970 on avait coutume de dire que quand on n'avait pas de pétrole on avait des idées. Piero Quintana quant à lui, faute de moyen, carbure, en solo, sur la route de rock à la créativité. Ainsi une boîte à rythme remplace le batteur, un artefact incongru dans ce contexte mais que le musicien repousse dans ses derniers retranchements, de même que sa guitare et son ampli qu'il se charge de faire hurler. La boîte à rythme impose un beat lancinant, implacable, inarrêtable. Charge ensuite au guitariste de coller au maximum au rythme, la course poursuite peut commencer. C'est une véritable machine qui est lancée, une boule de feu qui crève les enceintes, une tension qui monte crescendo, note après note, un titre après l'autre. Vu sous cet angle, la boîte à rythme et les quelques arrangements électro qui parsème l'album enrichissent le son et l'univers de l'artiste plus qu'ils ne le dénaturent. Quand on n'a pas de moyens, on a des idées… 

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dimanche 13 octobre 2019

One Rusty Band : « Voodoo Queen »



Apparu au début du 21ème siècle, sous l'impulsion de formation étasuniennes telles que The White Stripes ou The Black Keys, la formule du duo a, un temps, incarné l'épitomé du rock'n'roll, une forme d'absolu où le manque de moyen sublime la dynamique des musiciens, permettant de renouer avec une forme d'énergie primale du rock'n'roll. Puis, la formule du duo a pullulé au point de devenir un cliché rock du 21ème siècle (souvent brocardé sur cette page) peinant à égaler le génie des pionniers du genre, eux-mêmes sur une pente savonneuse. Un duo rock'n'roll, quoi de plus banal en 2019 ? Aussi, réjouissons-nous alors qu'un nouvel avatar du genre, One Rusty Band, sort son premier album et que ce dernier propose un contenu électrisant incarné par une formule renouvelant le genre. 

One Rusty Band donc. Le nom à lui seul met la puce à l'oreille. Rusty, soit rouillé en traduction française, nous donne une première indication et sonne récupération ou recyclage ; soit la ligne directrice du groupe, décidé à en découdre, coûte que coûte, avec ce qui lui tombe sous la main. Et pour le coup, on est servis : guitare cigar box, harmonica, batterie rudimentaire joué aux pieds par Rusty Greg, le chanteur du duo, toute une série d'artefacts complétés par Léa en charge quant à elle de la rythmique, washboard en mains ou claquettes aux pieds. Et c'est là que se joue toute la différence, le washboard apportant un irrésistible et rafraîchissant sens du swing à la rythmique et un aspect vintage remontant bien au-delà des sacro-saintes années 1970 (présentes quant à elles dans le son sauvagement saturé de la guitare) pour retrouver le goût des pionniers du blues et du rock'n'roll des années 30 à 50. En résumé, ce duo là possède une âme, une ambiance parfaitement retranscrite sur disque, un son cradingue (cf. le micro téléphone déformant la voix) et l'énergie si particulière de la formule duo. Ainsi l'album est une sorte de road trip, un voyage Tarantinesque, qui s'écoute d'une traite, scotché par la puissance s'échappant des enceintes. Et le tout s'annonce encore plus spectaculaire sur scène puisque Léa danse également (cf. les claquettes) renforçant la dimension visuelle du projet, absente sur disque. 

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vendredi 11 octobre 2019

Celeste : "Strange"

Titre inédit, mais joué lors de la dernière édition de Rock en Seine, "Strange", vient de faire l'objet d'une magnifique vidéo, superbement réalisée et éclairée. Le texte doux-amer trouve ainsi un magnifique écrin dans la voix splendide et éraillée de la chanteuse particulièrement bien mise en valeur par l'instrumentation dépouillée (piano, cordes) permettant à Celeste de briller de mille feux...

En concert à Paris le 31/10 (Pitchfork festival) et le 23/11 (Salle Pleyel, première partie de Michael Kiwanuka)

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mercredi 9 octobre 2019

We hate you please die : « Kids are lo-fi »



We hate you please die, avec un nom pareil, résonnant d'une cruelle ironie cynique, on pouvait craindre le pire… A la fois punk et psychédélique (oui c'est possible), le quatuor est, dans le fond, une excellente surprise et pas si nihiliste que cela. Car, finalement, ce déluge de décibels porté par une rythmique d'obédience cold wave (cf. la basse) nous donne surtout à entendre une exhortation à croquer dans la vie comme dans une pomme juteuse et, par conséquent, à se débarrasser des toxiques. Le tout est joué avec un tel enthousiasme que l'on peut résister à la furie (cf. le chant) où l'électricité n'annihile ni la volonté d'expérimentation de la guitare protéiforme, qui incarne à la fois l'élément punk et psyché de l'équation, ni les mélodies vitriolées avec un plaisir contagieux (cf. la dantesque « Figure it out »). A noter, « Minimal Function » chanté par les deux filles qui forment la section rythmique du groupe. 

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https://wehateyoupleasedie.bandcamp.com/

lundi 7 octobre 2019

The One Armed Man : « #1 »



Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre, numéro 1, le présent EP n'est pas le premier du groupe (qui a déjà deux albums à son actif) mais le premier volume d'un diptyque amené à se prolonger cet hiver. Cette précision posée est loin d'être anecdotique car à l'écoute on sent toute l'expérience, la maturité et le savoir-faire du quatuor qui n'a pas son pareil pour entraîner l'auditeur sur des sentiers escarpés de guitares, là où les musiques terriennes (le blues, notamment) se mue en rock stoner, au contact des amplis surchauffés au métal. Ainsi, le disque, parfaitement produit avec le plus grand soin, entretient un lointain cousinage avec les années 70 qui semble constituer le socle du groupe, une base qu'il se charge de transformer à sa guise plutôt que de jouer la carte de la vaine reconstitution à l'identique. Un fort goût en bouche de wha-wha déchaînées, groove en sourdine et guitares parfaitement dosées constituent ainsi les principaux éléments d'un disque intemporel. A découvrir. 


dimanche 6 octobre 2019

Awek : « Let's party down »




Jour de fête chez Awek ! Les Toulousains fêtent dignement les 25 dernières années passées à la recherche de la note bleu avec ce luxueux digipack contenant un nouvel album (14 compositions inédites quand même!) et un disque live documentant le quart de siècle passé à écumer les scènes et incluant (bonus dans le bonus) « Honky Tonk Blues » ; un titre issu de la toute première session d'enregistrement en studio du groupe en 1995 ! Aussi alléchant soit-il, la pièce de choix du menu reste ce nouvel album, enregistré à San José, Californie, par Kim Andersen qui s'est également invité aux agapes à la guitare et à l'orgue. Et là, dés les premières mesures, le quartet entraîne l'auditeur au fil de son blues classieux et varié, du style Chicago au shuffle, alternant entre deux sentiments, le groove de l'ensemble (merci l'orgue!) contrebalançant l'abrasivité des guitares. Citant pèle-mêle Muddy Waters (« Snake boy ») ou Chuck Berry (« Early Every Morning »), jamais Awek ne sombre dans le pastiche réussissant, par la fraîcheur de son interprétation, à s'approprier l'idiome pour un résultat plus vrai que nature, aussi réjouissant qu'un groupe étasunien. Un classique immédiat, intemporel. 

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mardi 1 octobre 2019

A Forest Man : "The Ballad of Lucy Reed"

A Forest Man, projet dont on vous avait touché deux mots par ici, nous revient avec un premier clip, très graphique, fleurant les grands espaces accompagnant un titre folk électrique mélancolique évoquant les années 1990.

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lundi 30 septembre 2019

Parlor Snakes : « Disaster Serenades »



Voici, enfin, le troisième volume des aventures du duo reptilien qui, comme à son habitude, nous envoûte de son rock vénéneux, neuf titres durant, depuis son intro vaudou (« Darkness Rises ») à sa coda psychédélique (« Frequency »). Entre les deux, le groupe fait bien mieux que revisiter l'histoire du rock, il se l'approprie et affine le son au fur et à mesure que les pistes avancent. Pourquoi dès lors parler de blues, de garage, de punk voire même de pop ou de cold wave puisque toutes ces tendances sont parfaitement digérées, intégrées et rendues dans un style unique et cohérent de bout en bout ? Parlor Snakes c'est une basse en sourdine, qui fait planer une menace constante sur l'album alliée à une batterie qui monte en tension, en une sorte de crescendo malsain, jusqu'à l'explosion finale incarnée par l'attaque franche de la guitare de Peter, tranchant, sec, concis (« Wonderland » enregistré live en une prise ; « Das Meer »). Au-dessus plane la voix d'Eugénie Alquezar, chanteuse élastique désarmante lorsqu'elle baisse la garde, fragile, et que sa voix se fêle (« Marc Bolan's fifth dream », « Nylon and milk ») et à la fois forte et affirmée lorsqu'elle se dresse comme un rempart alors que sonne la charge de décibels, tendue à l'extrême (« Serpent », premier titre en français de l'histoire du groupe). Ecouter cet album c'est plonger la tête la première dans une spirale psychédélique hallucinante de noirceur, un tourbillon dark hypnotique et envoûtant qui fait frissonner jusqu'à la colonne vertébrale. 
En concert le 8/10 à Paris (Point Ephémère)
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dimanche 29 septembre 2019

The George Kaplan Conspiracy : « Recollected Memories »



Dans le film « La Mort aux trousses » d'Alfred Hitchcock (1959), George Kaplan est une identité fantôme, un personnage monté de toutes pièces par la C.I.A. ; un alias utilisé pour se sortir d'un mauvais pas. Ainsi va la musique, aux intentions multiples, de ce duo ayant choisi ce clin d’œil/hommage à Alfred Hitchcock pour patronyme dans un va-et-viens constant entre passé - la pop et la disco érigées en principales influences - et le présent, à savoir les sonorités électro qui emballent le tout d'un voile nostalgique dans une vague réminiscence des années 1980. Volontiers accrocheur et dansant lorsque les guitares entrent en action, éventuellement vaporeux quand à l'inverse les nappes synthétiques prennent le dessus, l'album entretient finement son aura mystérieuse. La clé de l'énigme se trouve peut-être dans le titre : souvenirs recueillis... 

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samedi 28 septembre 2019

Jesse Malin : « Sunset Kids »



A bien des égards, Jesse Malin semble égaré dans son époque, un personnage comme on en fait peu, un manière de rescapé des seventies alors qu'il est probablement trop jeune pour avoir pleinement vécu l'époque. Doté d'un sens de l'humour ravageur, caustique, et d'un charisme à toute épreuve qui font de lui une attraction sur scène qu'il serait dommage de louper, l'homme fait, n'ayons pas peur de le dire, partie de nos chouchous depuis de nombreuses années déjà (précisément un concert au Bataclan en 2002) et c'est toujours avec un joie non feinte que l'on reçoit un nouveau disque comme on prendrait des nouvelles d'un vieux pote que l'on est content de revoir. Et tant pis si chaque disque se ressemble un peu, toujours sous l'égide du modèle Springsteenien, ou si, plus précisément, chaque prend la suite du précédent, le tout formant un corpus, une chaîne particulièrement consistante sur la durée. Tant pis en effet puisque l'on est quasi sûr (on n'est jamais à l'abri d'une catastrophe cependant) d'y retrouver ce qu'on aime, des mélodies bien troussées, finalement plus intemporelles que revivalistes (« Meet me at the end of the world again »), un sens de l'harmonie (« Chemical heart », « When you're young ») et de l'attaque à la guitare folk (« Promises » , « Shining down »), une ambiance mélancolique (« Shane », "Revelations"), et une âme s'échappant des textes évoquant les galères du quotidien de ceux qui tentent de s'en sortir (cf. le fameux modèle Springteenien) le tout avec sa bonne vieille ville de New York City en toile de fond. Car, dans le fond, écouter un disque de Jesse Malin c'est un peu comme prendre un express imaginaire pour la Big Apple. Départ immédiat. 

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vendredi 27 septembre 2019

Cotton Belly's, Petit Bain, 26 septembre 2019.


Secret bien gardé du blues français, le quatuor a régalé nos sens en ce jeudi soir, posé sur la Seine. Empruntant aussi bien au blues qu'au rock'n'roll voire à la folk music, les Cotton Belly's ont bâti un univers cohérent inspiré des grands espaces étasuniens où il est souvent question de route. Un voyage donc mais aussi, surtout, un régal sur scène. Jonglant avec les émotions, tour à tour enlevé ou touchant, le groupe fait montre d'un geste sûr, précis mais surtout empreint de feeling, débordant de la scène vers le public dans une étrange émulation collective, un va et viens. Ainsi, debout et droit comme un i, les yeux tantôt grands ouverts, tantôt mi-clos, le bassiste et contre bassiste, Christophe cherche a absorber une à une les vibrations ambiantes avant des les restituer, instrument en mains. C'est dire le pouvoir d'attraction du groupe sur scène. Le groove moite de la superbe batteuse Aurélie, le chant ouaté, les licks inspirés de l'harmonica et la guitare toujours juste dans l'émotion, câline hypnotique ou rugueuse sans excès. Marqué par une interconnexion parfaite entre acoustique (dobro ou lap steel) et électricité, swingant plus souvent qu'à son tour, le groupe est bien plus, et bien mieux, qu'une énième resucée maladroite d'idiomes typiquement étasuniens qu'ils ont totalement su s'approprier pour en livrer une version fraîche et entraînante. Superbe soirée ! 

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mercredi 25 septembre 2019

Gliz, Espace B, 24 septembre 2019.


Sauvé des eaux après des mois d'arrêt, que l'on a bien cru définitif, l'Espace B propose à nouveau de la musique live ! C'est donc avec une joie non feinte que l'on constate que rien n'arrête le rock ! Et, en l'espèce, surtout pas celui du trio Gliz que l'on retrouve ce soir sur scène. Oui, contre toute attente, du rock'n'roll, du vrai ce que ne laissait point supposer le line up original du groupe (renforcé ce soir par un orgue farfisa sporadique et quelques autres effets balancés par le batteur), que tout (cf. le banjo, le tuba) orientait vers le folk et la country. Mais à force de pédales et autres effets sonores (le rack posé au pied du micro est assez impressionnant) l'illusion est plus vraie que nature. Un power trio donc, roots de chez roots ! Car chez Gliz, tout, du groove imparable de la batterie au tuba (un peu entravé dans ses mouvements par une hauteur sous plafond limitée) en passant par le banjo, converge pour dessiner des paysages sonores, inspirés des grands espaces d'outre-Atlantique et des musiques afférentes : le blues (« Cannon ») et la soul (« A mess is gonna come ») qui sont autant d'extensions des racines rock du groupe. Une soirée riche en groove, en décibels et en émotions ! 

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lundi 23 septembre 2019

Dylan LeBlanc : « Renegade »



Ce nouvel effort, le quatrième, de Dylan LeBlanc s'apprécie en deux temps, à l'instar d'un bon vieux vinyle d'antan. La première partie du disque voit l'artiste évoluer de manière significative : des nappes de claviers font en effet leur apparition posant une couche de vernis pop sur ces nouvelles compositions sans pour autant occulter la dimension rock du musicien. Ainsi sous la glace, le feu couve (cf. « Bang bang bang », « Damned »), comme une étincelle sur le point de s'embraser à l'image du riff stonien du morceau titre qui ouvre les débats. Chemin faisant, le son du guitariste évolue, ses influences se déplace sur l'échelle du temps, le rapprochant de ce que les songwriters tels que le regretté Tom Petty ou Bruce Springsteen pouvaient proposer au début des années 1980. La deuxième partie du disque, les quatre derniers titres (dont le sublime « Lone Rider » cosigné avec son père James), se veulent plus calmes en renouant avec sa veine acoustique habituelle, entre folk et country. C'est un excellent, et très équilibré, disque qui s'achève ainsi sur une note apaisée. 

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dimanche 22 septembre 2019

Swedish Death Candy : « Are you nervous ? »



Nerveux n'est probablement pas le premier terme venant à l'esprit pour décrire ce nouvel album. Mais il y aurait quand-même de quoi après tout… Au premier abord, Swedish Death Candy reprends à son compte l'héritage garage, avec tout ce que cela comporte de guitare fuzz et de vocaux déformés, en y ajoutant une touche d'étrangeté psychédélique sous la forme d'arrangements bizarroïdes, le tout formant un projet barré et baroque, électro vintage tel qu'on les affectionne par ici (cf. le « Interstellar love machine » d'ouverture ; « Always »). Mais revenons un instant à cette notion de nervosité dont il était question au début de cette chronique. Cette dernière prends corps dans une cette tentation métallique qui plane au-dessus de l'album telle une menace sourde (cf. « Modern Child », « A date with Caligula ») sur le point d'exploser à tout moment. Ainsi, le disque fonctionne en suivant cette double dynamique, le chant et les arrangements psychédéliques désarmant l'attaque lourde des guitares et vice-versa. On en redemande ! 
Sortie le 27/09/19
En concert à Paris (Espace B) le 29/11


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samedi 21 septembre 2019

River Into Lake : « Let the beast out »



Aussi improbable qu'une rivière se jetant dans un lac, le nouvel album de la formation bruxelloise s'impose comme une proposition musicale forte et décalée. Faisant la part belle aux synthétiseurs et aux boîtes à rythmes analogiques, ce nouvel effort plonge l'auditeur dans un état contemplatif bercé au gré de compositions labyrinthiques (« The book on your chest »), mélancoliques (« Devil's hand ») limites expérimentales (« Misunderstanding ») dans une quiétude à peine troublé par d'étranges guitares dissonantes (« Between »). Une couche sonore, hypnotique et progressive, après l'autre, l'étrange magma laisse s'évaporer de douce effluves nostalgiques et oniriques, comme autant de madeleines rappelant la texture sonore des années 80 de notre enfance (« Downstairs »). Comme un étonnant contrepoint à tout ce qui a précédé, le morceau titre, « Let the beast out », à l'approche oblique mettant en avant une guitare plus immédiatement rock, s'impose comme la pièce de choix de cet intriguant et néanmoins obsédant album. 

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mardi 17 septembre 2019

Celeste : « Lately »



Nouvel EP pour cette jeune impétrante britannique dont la classe innée n'est pas passé inaperçue lors de la dernière édition de Rock en Seine. La première chose que l'on retient de la chanteuse c'est sa voix. Certes ces dernières années ont vu nombre de chanteuses au timbre soulful apparaître mais Celeste s'impose sur un genre différent, mettant sa fragilité à nu, toujours sur le fil, frêle et légèrement brisée (comme une petite cassure au fond de la gorge) mais avec caractère. Les émotions débordent de ses cordes vocales mises au service d'un répertoire qui ne cherche pas forcément la tonalité vintage à tout prix mais qui les intègre intelligemment dans une forme dans laquelle on peut aussi déceler les influences des années 90 (on pense au claquement hip hop de la batterie en particulier) voire des années 80 où il est question de soul, bien sûr, mais aussi de jazz. Un EP au goût de trop peu tant la chanteuse incarne une forme de rupture rafraîchissante avec les canons ambiants qui demande toutefois confirmation sur le long format. 






lundi 16 septembre 2019

Cotton Belly's : « Missi »



On les avait perdus de vue depuis quelque temps mais c'est un retour qui fait bien plaisir ! Ainsi c'est avec un grand sourire que l'on accueille ce nouvel effort du groupe francilien et ce dès la première piste ! En effet, chez les Cotton Belly's, tout est affaire de cœur. A l'ouvrage tout d'abord en ce qui concerne l'écriture, soignée comme toujours, et, surtout, lorsqu'il s'agît, instruments en mains, de passer par la case enregistrement. Bien sûr, c'est toujours plus où moins la même histoire, mais celle-ci nous tient particulièrement à cœur, tant les influences qui nous sont chères se bousculent tout au long de ces onze plages. Folk délicat et inspiré, une pointe de rock'n'roll primesautier et entraînant (« Roadside ») et du blues un peu partout (« Well & Good ») voici le tiercé gagnant de ce nouveau disque. Entre groove tranquille, mais affirmé, de la section rythmique, chant soulful et licks inspirés de l'harmonica (toujours juste et à propos) le groupe nous attire dans un road trip, le long de routes imaginaires et c'est un bien beau voyage. Un album dont la virtuosité discrète fait du bien, derrière l'apparente réserve de façade se cache un véritable petit bijou qui n'attends que de vous happer. 

En concert à Paris le 26/09 (Petit Bain)

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mercredi 28 août 2019

Rock en Seine, 23, 24 et 25 Août 2019


Après une édition 2018 bien en-deçà des standards habituels, la programmation 2019 a relevé la barre. 

Vendredi 23 août 2019 

Lee-Ann Curren : Franco-américaine, la fille du légendaire Tom (triple champion du monde de surf) s'est détournée de la compétition pour se consacrer à la musique, sa deuxième passion. Quasi-inconnue avant le festival, un seul clip a été dévoilé en attendant la sortie de son premier EP en solo, la jeune femme se présente sur scène en trio accompagnée d'un batteur et d'un bassiste/claviériste. Son univers entre pop/électro et rock soft laisse apparaître de nombreux possibles bercés par le rythme lancinant des machines qui n'est pas sans rappeler le roulis des vagues s'écrasant sur le rivages. Le batteur survolté dynamite le tout apportant une pointe de puissance rock à l'affaire, si l'ensemble manque encore de maturité, la promesse est néanmoins belle. 

We hate you please die : Un nom pareil ne peut que susciter la curiosité ! Quatuor mixte, deux filles forment la section rythmique alors les garçons se partagent le chant et la guitare. Ambiance survoltée, attaque punk frontale, les jeunes Français forment un groupe qui n'est « ni triste, ni joyeux, simplement une bande de gamins en colère ». Derrière son sourire de façade contrebalancé par son regard triste, le chanteur zébulon laisse apparaître de nombreuses failles et finit le concert exsangue vidée. Belle communion avec le public, le véritable carburant du quatuor sur scène. 

Johnny Marr : « Merci d'être venu plutôt que d'aller là-bas » clame-t-il désignant négligemment du bras l'emplacement de la grande scène où va se produire The Cure une plus tard. Il amusant de constater que l'inimitié entre deux des formations majeures (The Smiths et The Cure) de l'Angleterre des années 1980 perdure encore de nos jours. Beau succès auprès du public, qui s’éclaircit de plus en plus alors que le temps file, l'ex-Smith possède toujours un magnifique touché de guitare mais pas toujours le répertoire en solo à l'avenant. Ce sont encore et toujours les reprises des Smiths qui touchent le public en plein cœur, «Bigmouth strikes again » et autres « This Charming man » ; comme il le chante lui-même : « There is a light that never goes out »… A noter une très surprenante mais réussie reprise de « I feel you » (Depeche Mode). 

The Cure : Trois lointaines silhouettes noires qui s’agitent entre deux branches d'arbres au milieu des feuillages et trois petits bouts de guitares et c'est à peu près tout ce que l'on a vu du groupe mythique. Une foule immense d'environ 40 000 spectateurs (soit l'équivalent de deux Bercys environ) s'est pressée devant la scène pour ne plus en décoller, scotchée par la puissante mélancolie du groupe. Jamais vu un tel rassemblement à Rock en Seine auparavant, même pas pour Iggy Pop ! On est bercés par la musique, le groupe semble plutôt en forme et audacieux (cf. « Burn » extraite de la B.O du film « The Crow ») musicalement parlant, mais aussi par le râle incessant des spectateurs mal placés ne pouvant avancer et les engueulades inhérentes à ce genre de situation (pourquoi t'as autant traîné on ne voit plus rien maintenant!) Nous sommes clairement en présence d'un groupe dont l'immense aura a confisqué, phagocyté et finalement dépassé celle de l'événement. En résumé, le public n'est pas venu assister au festival mais à un concert des Cure. En ce sens c'est une déception. 

Samedi 24 août. 

Catastrophe : Très clairement, cette bande là est faîte d'un bois différent, s’agitant en tous sens, il est autant question de musique que de chorégraphie, en plein cagnard dans leurs costumes colorés, sans afficher le moindre signe de transpiration visible. La musique exhale ce feeling rétro indéfinissable, ne ressemblant à rien de connu, propre aux productions Tricatel. Mais derrière la légèreté primesautière de façade, la pop, mi-joyeuse, mi-mélancolique, de Catastrophe laisse apercevoir un spleen se nourrissant de l'éphémère et obsédé par le temps qui file inexorablement. Très belle découverte. 

Céleste : Magnifique chanteuse entre la soul et le jazz, Céleste mise sur une instrumentation acoustique mettant en valeur sa voix et ses textes. On enrage de n'avoir vu que la fin de sa prestation ! Le coup de cœur de la journée ! 

Louis Cole Big Band : Venu de Californie, Louis Cole agrémente son électro pop d'un big band comprenant neuf cuivres, deux choristes, une basse et un clavier. Sympa mais approximatif, le chanteur se révèle également brouillon à la batterie. 

Mahalia : Venant d'Angleterre, la chanteuse est un très bon exemple de cette nouvelle scène soul infusée à l'électro et au hip hop. Un style difficilement transposable sur scène (elle n'est accompagnée que d'une section rythmique) mais nous sommes emportés par l'enthousiasme de la chanteuse, sa voix et ses textes, profonds, inspirés de son expérience personnelle. Hélas, la guitare acoustique (un autre angle de sa musique), dont elle joue magnifiquement bien, n'a que trop peu servi en cet après-midi. Belle découverte néanmoins. 

Jorja Smith : Magnifique dans sa robe à paillettes, la chanteuse étincelle, sur l'avancée de scène, brillant telle une étoile dans le jour finissant. Entre soul et jazz, à la fois moderne et traditionnelle, entourée d'un groupe de musicien redoutable, l'Anglaise au charme bouleversant sort le grand jeu. C'est beau. 

Dimanche 25 août. 

Cannibale : Alors là, on ne rigole plus ! Après une première apparition sur un podium indigne décoré en garage/station service, les Normands ont les honneurs de la grande scène ! Un magnifique écrin pour le groupe qui se lâche totalement, entre harmonies vocales grandiloquentes et délires de synthés psychédéliques sans jamais sombrer dans le ridicule. Afrobeat, garage et psychédélie constituent le cœur de ce groupe ô combien intriguant mais profondément attachant. 

Le Villejuif Underground : Mené par un chanteur australien dégingandé, les Franciliens sont l'autre fer de lance du label Born Bad du jour (après Cannibale). Faisant fi des difficultés techniques de la basse, le groupe laisse exploser son enthousiasme (et les décibels!) le long de compositions imprégnées de rock garage et psychédélique pour une fois débarrassées des influences des années 1970. Revigorant ! 

The Murder Capital : Révélation annoncée du week-end, les Irlandais, attendus comme le loup blanc, n'ont pas failli. Un concert rageur, mais pas uniquement, emprunt également de mélodie post punk, laissant une place importante au silence et traversé par une émotion palpable. Véritables bêtes de scène, le groupe nous a prodigué la claque attendue. 

Royal Blood : Un groupe de rock sans guitare, ce qui sonnait au départ comme un incongruité ne l'est finalement pas tant le duo (basse et batterie) nous a prodigué notre dose de décibels pour la journée. Mené par un batteur surpuissant et une basse imitant à la perfection le sons des guitares (merci les pédales d'effets) le groupe enchaîne les riffs dévastateurs. Un peu surjoué parfois (le lot commun des grosses têtes d'affiches internationales) mais enthousiaste ! 

Foals : Pas facile d'assurer dans un registre rock en passant juste après les gros bras de Royal Blood. Les Anglais relèvent pourtant le défi haut la main en délaissant les autoroutes du rock et profit de chemins nettement plus tortueux nourris au feu des guitares, des percussions et des synthés expérimentaux. Partant parfois un peu dans tous les sens la formule se révèle imparable lorsque toutes les pièces s'emboîtent dans le bon sens comme sur le sublime « Snake Oil ».

samedi 17 août 2019

Equipe de foot : « Marilou »



Un peu juste pour jouer la gagne à la Coupe du Monde, le duo est, en revanche, parfaitement outillé pour faire le match sur le terrain du rock. Car, oui, et on ne rigole pas svp, il y a bien un groupe de rock nommé Equipe de foot qui joue en ce moment près de chez vous et ce n'est pas une blague. Plutôt influencé par le grunge et les années 1990, le duo propose une version de l'idiome influencé par la pop dont ils ont gardé un goût certain pour les mélodies (« Not About Wrinkles ») et qu'ils s'amusent ensuite à traîner dans un bourbier de guitares abrasives (« Funny Wife ») entre lo-fi et rock garage (cf. le dyptique formé par l'intro « OPMT » et « The dictionnary guys »). Tour à tour touchant (cf. « Marilou ») et/ou galvanisant Equipe de foot évolue dans une zone grise entre des textes assez sombres (l'album tourne autour du thème de la Camarde) et une musique euphorisante. Deux pôles faisant contraste et qui font tout le sel de cet effort réjouissant. 



vendredi 16 août 2019

Buck : « Among your fears »



« You can get away » affirment-ils dès le titre d'ouverture, tu parles ! S'affranchissant des règles et des styles, le duo basse (Xavier Soulabail) et batterie (Clément Palant) Buck, hypnotise l'auditeur et il devient très difficile de s'en sortir. A la source de tout on retrouve, une fois de plus, le blues. Un blues poisseux et collant, noir à souhait, servi par une voix de gorge, grave, idoine pour ces histoires de meurtre (« My murder ») et de fin du monde (« Last night boogie »). La basse bourdonne, vrille le cerveau alors que, s’agitant habilement sur les fûts, les baguettes font monter la tension avant l'explosion finale. Agrémenté d'un saxophone, hurlant comme aux plus beaux jours des Stooges, et d'un orgue, le duo se voit ouvrir de nouveaux horizons. Il plane comme un air de Morphine (la basse blues slidée, le saxophone) sur l'album (cf. « A Bullet »). De Joy Division et de cold wave également (« Blackshirts », « Get Away », « My murder ») aussi surprenant que cela puisse paraître. Un grand écart stylistique mené sur un tempo punk (« Pull the trigger », « Last night boogie ») comme une manière de ZZ Top dopé aux amphétamines. Un grand disque ! 




jeudi 15 août 2019

Cécile McLorin Salvant & Sullivan Fortner, Sunside, 13 Août 2019.


Talent exceptionnel, la jeune Franco-Américaine n'a eu aucun mal à faire salle pleine, pour deux sets à la suite, dans ce Paris quelque peu déserté, de mi-août. Assis au deuxième rang du petit club de Châtelet, à à peine un mètre de la chanteuse, on mesure l'immense privilège de pouvoir assister d'aussi prêt à une prestation de Cécile dans ce club intime. En la personne du pianiste virtuose Sullivan Fortner, Cécile a trouvé autant le compagnon de jeu idéal que la formule idoine pour faire briller de mille feux son immense talent. Car, il va sans dire, que l'Américaine possède une belle voix, mais cela n'est rien sans son immense travail d'interprétation. Et c'est bien de cela dont il est finalement question, un talent d'interprète qui redonne tout son sens à la définition du mot. Une présence physique tout d'abord, les pieds fermement ancrés dans le sol, Cécile chante, alors que le haut du corps, à partir des épaules, cherche à s'élever jusqu'aux étoiles. Le regard ensuite, les yeux révulsés, totalement investie, rieurs ou graves lorsque le sens de la chanson le réclame, son interprétation est tellement intense qu'elle s'approprie totalement le texte, redonnant beaucoup de poids, de sens, aux mots écrits par d'autres. La diction enfin, parfaite, la chanteuse est non seulement parfaitement francophone, sans le moindre accent, mais retrouve même les intonations titi parisiennes du répertoire des années 1930 qu'elle chérit visiblement. La formule piano/voix, dépouillée à l'extrême, est celle qui lui convient finalement le mieux, une présence musicale plus fournie aurait tendance à obérer les magnifiques intonations de la chanteuse. Un concert précieux et débonnaire ou chacun choisit, à tour de rôle, les chansons jouées et chantées tant en français qu'en anglais. L'audience est scotchée sur place, on ressort un immense sourire aux lèvres. Et tant pis si dehors il pleut, notre petit cœur est bien au chaud. 


lundi 12 août 2019

Hat Fitz & Cara : « Hand it over »



Grand classique du début du 21ème siècle, la formule duo guitare/batterie, désigne souvent des groupes de rock teintés de blues. Hat Fitz & Cara renverse la problématique et serait plutôt un pur groupe de blues qui s'amuse, parfois, à pervertir le sons des guitares (« ADHD » ; « Under Wing »). Ainsi le duo met à profit sa mixité pour mieux brouiller les pistes. Les guitares et autres banjos, aux cordes délicatement piquées, déversent leur feeling transcendant les enceintes (« Step Up », « City Lights ») ; l'alternance entre la voix douce et aérienne de l'Irlandaise Cara Robinson contraste avec le timbre de gorge, plus rugueux, de l'Australien Hat Fitz (cf. « Trimmed and Burning »), alors que le violon épars apporte un soupçon de ruralité mélancolique (« Harbour Master »). Le tout baigne dans une ambiance rurale, très roots, convoquant de nombreuses images mentales telles que le souffle chaud du vent du désert australien apportant une pointe d'aridité sur la verte lande d'Irlande. Entre le vert et le sable, cet album désigne autant un voyage en soi qu'une magnifique découverte. 
http://www.hatfitzandcara.com/
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dimanche 11 août 2019

Bruit Noir : « II/III »



Zizanie dans le métro. Après vingt ans de carrière, le duo Pascal Bouaziz et Jean-Michel Pires (par ailleurs cheville ouvrière de Mendelson) dresse le bilan comme on voyage dans le métro, les titres défilant comme autant de stations : « Le Succès » (bon, visiblement cette dernière n'a jamais été desservie), « L'Europe », « Partir » signifiant la fin du trajet, et « Paris » un règlement de compte en règle (et un clin d’œil vache adressé à Daniel Darc au passage) comme à une réponse à « La Province » du premier disque. Fielleux, Bouaziz déverse sa bile au fil des titres, parfois drôle, dans un genre d'humour noir, et paradoxalement irritant, le chanteur nous questionne : une sacrée tête à claque, oui, mais touchante (« Romy », « Partir »). Autre moitié du duo, Jean-Michel Pires emballe le tout de son fameux bruit noir, un mélange d'électronique minimale anxiogène et de cold wave industrielle (« Des Collabos »), constitué de nappes soutenues par un rythme réduit à un simple battement. Une démarche expérimentale éloignée du songwriting classique et qui finit d'assommer l'auditeur décontenancé par un album brûlot en forme de coup de poing dans l'oreille qui se termine, ironiquement, avec l'arrivée à la station "Bonne Nouvelle". 



mardi 6 août 2019

Volutes : ▷ 2.4 - √ - ◀◀




Au terme d'engagé, galvaudé au fil des années, le trio préfère celui de « citoyen ». Volutes, un groupe citoyen donc, c'est à dire avant tout conscient du monde qui l'entoure et des dérives qui sont, hélas, notre quotidien : le terrorisme (« Syriana »), le climat social tendu à l'extrême (« Les nerfs à vif ») ou le millénarisme (« Le champs des signes »). Autant de thèmes qui généralement plombent la musique, une dérive récurrente du rock français depuis l'avènement de Noir Desir. Soucieux d'éviter l'écueil, le groupe joue la carte de la diversité osant des nappes électro ou des break hip hop avec une fortune diverse. C'est finalement lorsque ce bon vieux blues s'invite à la table (« Scarlett ») ou lorsqu'il réinvente le rock baroque des Doors à la mode punk du 21ème siècle (« Le champs des signes ») que Volutes laisse apercevoir un potentiel encore imparfaitement exploité. 

https://www.volutes.rocks/
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lundi 5 août 2019

Brisa Roché : « Low Fidelity »



C'est la divine surprise de notre été, Brisa Roché a enregistré un nouveau disque ! Une sortie pour le moins inattendue et pas vraiment prévue au planning. Fidèle à son titre, le contenu en est acoustique et pour le moins dépouillé. Et dans le fond, c'est pour le mieux et c'est très bien ainsi ! De Brisa et sa guitare, il se dégage quelque chose d'unique, une âme (« California Man », « Summerelo ») qu'un interventionnisme extérieur ou une production plus lourde aurait fini par obérer. Le disque possède ainsi le charme de ces choses enregistrées au débotté, au naturel. Comme une perle échappée du Laurel Canyon des sixties ou du Haight-Ashbury de la même époque, l'album convoque de nombreuses images mentales, on se surprend ainsi à rêver des grandes étendues de l'Ouest Américain, on rêve d'un disque enregistré au fin fond d'une grange abandonnée quelque part dans l'ouest. Magnifiques arpèges de guitare folk, voix éthérée et légère (cf. "Can't Stand"), l'album évoque d'emblée un sentiment d'intimité avec la musique et coule de source, une chanson après l'autre. Brisa a fait du manque de moyen une force créatrice et prolonge ainsi le travail d'introspection et de retour aux sources (cf. « Daughter of a Teacher ») entamé avec son album précédent, le déjà magnifique « Father ». Un album lumineux que l'on n'a pas fini d'écouter en regardant le soleil se coucher.

https://brisaroche.bandcamp.com/album/low-fidelity
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dimanche 4 août 2019

G. Lolli : « Chiaroscuro : The truth and its shadow »



Faux Italien mais vrai Français, G. Lolli (aka Dr Geo) nous livre la bande originale d'un polar transalpin imaginaire, enregistré à Biarritz, et plus vrai que nature ! Ces ballades, dont certaines dépassent à peine la minute, moites ou oppressantes, entièrement instrumentales, conjuguent avec maestria les influences du jazz et du funk ; le tout composant une bande son au fort pouvoir évocateur, faisant travailler l'imaginaire de l'auditeur et justifiant ainsi pleinement le sous-titre de l'album : « Library music for a cinematic journey ». Guitariste habile, maîtrisant aussi bien les arpèges acoustiques que la brûlante pédale wha-wha, Dr. Geo a mis les petits plats dans les grands pour assouvir ses ambitions cinématographiques : arrangements luxuriants, de cordes, de vents, de percussions endiablées, de piano électrique, sont ainsi mis au service d'une musique au-dessus de laquelle plane l'influence des années 1970 à laquelle il fait honneur, égalant ainsi ses maîtres, Ennio Morricone ou Nino Rota. Ni revivaliste, ni nostalgique, mais tout simplement intemporel. Saluons enfin pour finir la magnifique édition vinyle de l'album servie dans une superbe finition marbrée or et noir. 

https://specific.bandcamp.com/album/chiaroscuro
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samedi 3 août 2019

Lloyd : « Black Haze »



Comment faire du neuf avec de l'ancien ? Interrogation classique qui anime pléthore de groupe de rock depuis un quart de siècle, on ne compte plus le nombre « de meilleur album des Beatles depuis la séparation des Beatles ». Et si on se concentrait, plutôt, sur les chansons ? A ce petit jeu, Lloyd tire son épingle emmenant les influences, parfaitement digérées des années 1970, là où ne les attendait pas. L'album est du genre tortueux, rien que le titre d'ouverture, « Dreams Overture » flirte avec les dix minutes. Et que s'est-il passé entre-temps ? Tellement de choses ! Quelques influences du blues, bien cachées dans le creux d'une guitare slidée avec inspiration, et un télescopage massif des guitares puissantes qui se fracassent souffle pop épique typiquement 70 (Supertramp, Pink Floyd, ce genre de choses) incarné par des choeurs et même quelques synthés, le groupe n'ayant pas peur d'insuffler une légère dose électro vintage dans sa musique. Si l'on prend en compte également une certaine appétence pour les ballades et la pop psychédélique (au sitar), on entrevoit seulement le début des possibilités offertes par la créativité de la formation. Pensée, réfléchie, la musique de Lloyd pourrait facilement tomber du mauvais côté de la barrière, vers le kitsch grandiloquent, un écueil facilement évité par une production au cordeau. Une question reste cependant en suspens : comment retranscrire sur scène, à trois, un univers aussi riche et onirique ? 



vendredi 2 août 2019

Shayna Steele : « Watch me fly »



A quel point la musique est-elle le fruit d'une expérience de vie personnelle ? Cruciale, fondamentale et passionnante, la question se trouve au cœur du nouvel album de la chanteuse. Longtemps, cette dernière a été cantonnée au second plan, au fond de la scène. Cette choriste, anonyme mais chantant magnifiquement bien, c'est Shayna ! Cette dernière a, des années durant, enchaîné les collaborations prestigieuses et autres prestations dans des comédies musicales. Aujourd'hui la belle vole de ses propres ailes (cf. le titre) et le voyage promet d'être spectaculaire ! Tout débute par un rimshot nerveux de la batterie qui, d'emblée, place la chanteuse sur le terreau, fertile, du jazz swing (« Be », « Baby be mine »), racé et élégant, voire du blues (cf. « Treat me good ») mais, toujours, mâtiné d'une forte dose de groove soul (« Shadow »). La reprise de « That's what love will make you do » est à ce titre exemplaire dans une veine New-Orleans/Meters. Une variété d'atmosphères qui constitue le décorum de l'album et dans lequel se fond, avec grâce et élégance, la chanteuse aussi à l'aise dans un registre puissant que dans le feulement sexy. Du vécu débordant des cordes vocales, la chanteuse est également co-auteur de la majorité des compositions. De quoi parachever l'invitation à découvrir son univers au travers de cet album en forme de divine surprise. 

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lundi 22 juillet 2019

Emma Sand : « Door to door »



De part son acoustique chaleureuse, Emma Sand (contrairement à ce que le nom laisse supposer il s'agît bien d'un groupe) fait partie de ces projets à vocation cinématographique propres à stimuler l'imaginaire de l'auditeur. Piste après piste, au détour d'une guitare délicatement piquée ou de cordes glissées avec soin, pris dans les méandres vaporeuse du chant délicat, l'auditeur/spectateur voit ainsi une foultitude de paysages défilant au fur et à mesure que l'on avance dans le disque. Parler en l'espèce d'influences ou d'un cousinage, plus ou moins lointain, avec Valparaiso, n'est pas nécessaire tant ce trop court EP (6 titres) irradie d'une lumière qui lui est propre. Un feeling prégnant ou la délicatesse côtoie la tension sous-jacente (« Door to door »), soulful (« Silver Ashes ») jusqu'à l'ultime note, dans le moindre geste des musiciens. A l'instar de celle représentée sur la (superbe) pochette, ces six pistes représentent bien une toile, un tendre piège, dans lequel nous sommes conviés pour nous perdre, avec délectation. Un magnifique voyage, vivement la suite ! 

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dimanche 21 juillet 2019

Binic Warm Up Party, Petit Bain, 20 juillet 2019.



Circonscrit dans un périmètre entre blues/punk, garage/psyché et folk/rock, situé en bord de mer sur la plage ou le port le Binic Folks Blues festival a tout pour nous plaire. Avant les festivités du week-end prochain, on en a eu un petit aperçu avec quatre artistes de l'édition 2019 du festival qui se produisent en avant-première sur la scène flottante du Petit Bain. Le week-end du 26 au 28 juillet va être chaud en Bretagne ! 

On commence avec la délicieuse Saba Lou, assise sur son tabouret sa guitare électrique demi-caisse sur les genoux, qui nous balade de sa voix sucrée de jolies chansons folk électriques bien troussées. Le set gagne encore en charme lorsque la chanteuse troque sa guitare pour une basse et rejointe par deux comparses (guitare, ukulélé et/ou caisse claire jouée au balais), charme rétro évident et une bonne dose de swing, parfait cocktail pour débuter en douceur. 

On monte tout doucement en décibels avec les Australiens de Shifting Sands. Dégaines de vieux hippies (longs cheveux blancs et tatouages délavés) surfeurs, lookés en provenance de la plage (chemisettes à fleurs, tongs), le quintet est visiblement ravi de jouer sur « a boat » ce qui leur va particulièrement bien au teint (rappelons que le Petit Bain est une barge flottant sur la Seine). Quintet bicéphale (guitare acoustique, guitare électrique, piano, batterie) Shifting Sands fonctionne sur deux niveaux de lectures. La base reste le folk un tantinet mélancolique voire désabusé, un fond mélodique parfaitement incarné par la guitare acoustique (qui assure la rythmique en lieu et place de la basse) et le piano (joué par une pianiste au regard triste) alors que la batterie dynamite la dynamique générale du groupe et que la guitare électrique ajoute un peu de piment rock'n'roll voire un soupçon de ruralité (via des cordes délicatement slidée) à toute cette affaire. Le chanteur possède une voix extraordinaire, de gorge, grave et éraillée, le vécu coule à flot de ses cordes vocales. Magnifique découverte que ce groupe mais un set frustrant car trop court (à peine 30 minutes). Aisément le coup de cœur de la soirée, on repart avec le vinyle sous le bras ! 

A partir de ce moment la soirée monte franchement en pression et en décibels avec le trio Beechwood présenté depuis un an et demi comme les sauveurs du rock new-yorkais. Impeccablement looké et coiffé, le power trio a visiblement passé autant de temps chez le coiffeur ou dans les friperies que chez le disquaire. Pas forcément un mal tant, autant sur le plan visuel que musical, le trio rappelle les grandes heures du punk-rock débutant de 1977. Une belle énergie donc parfaitement restituée même si un peu convenue. Il y a quand même quelque chose d'un peu perturbant à les voir passer les Kinks à la moulinette. 

On termine enfin dans le chaos total en compagnie de ce fou lubrique de King Khan (sapé comme dans le film « Cruising » de William Friedkin) qui vient présenter son nouveau projet, le groupe punk Louder Than Death, le micro dans le slip (en cuir bien sûr) à l'avant ou à l'envers suivant son envie du moment. Un grand malade donc mais à en constante recherche de chaleur humaine et qui a passé à peu près autant de temps dans la fosse, au contact direct du public, que sur scène. Un énergie punk chaotique, pas toujours bien canalisée, mais laissant apercevoir de temps en temps de magnifiques éclairs cold (« Erased World »). Un grand moment de déglingue rock'n'roll comme de coutume avec ce chanteur aussi à l'aise que dans son costume de soulman. 

https://www.binic-folks-blues-festival.com/





mercredi 17 juillet 2019

Nico Chona and The Freshtones



Caréné comme une bonne vieille muscle car, cet album ne manque pas d'arguments pour faire groover la voie rapide. En gros pour résumer, on y trouve tout ce qu'on aime bien faire résonner aussi bien dans l'autoradio (cf. l'intro d'« Again and again ») qu'à la maison. Du rock'n'roll nerveux mais qui n'a pas oublié de faire swinguer l'auditeur (cf. « Wheels of obsession ») ou, dans un étrange grand écart, de jolies ballades acoustiques (« Again and again », « The Heat »). Bien évidemment, comme il est de coutume entre gens de bon goût, la chose est teintée de fortes effluves de blues et de boogie (« Screen Boy »). Ainsi, au fil des titres, le groupe épate par la variété des ambiances mais aussi cette capacité à maîtriser arpèges folk et gros son au sein du même morceau, une intro calme avant une coda déchaînée, imaginant l'improbable trait d'union entre Neil Young et Led Zeppelin. Rythmiquement aussi solide que du ZZ TOP (cf. "Black Sky Man") le disque est aussi une sacrée collection de soli déchaînés de guitare ou d'harmonica, porté par un chant expressif, parfaitement crédible dans la langue de Shakespeare. L'album parfait pour rêvasser en regardant le paysage défilant sur le côté, en route pour les vacances… 


mardi 16 juillet 2019

The Heavy : « Sons »



Bien qu'étant une des formations rock les plus excitantes d'Angleterre depuis leurs débuts en 2007, le quatuor The Heavy fait un peu figure d'exception dans une perfide Albion obnubilée par les Beatles et/ou la scène mod. Point de revivalisme ici, mais plutôt des influences venues d'outre-Atlantique et clairement affichées du côté de la soul (« Fighting for the same thing ») et du rhythm'n'blues (l'excellente « Better as one ») ou du hip-hop (le tonitruant « Heavy for you » qui ouvre les débats), voire éventuellement du reggae que le groupe mixe avec brio au gros sons des guitares (« Fire » ; "A whole lot of love") ; le tout forme une sorte de pendant masculin des BellRays, incarné à la perfection par le chanteur caméléon Kelvin Swaby qui module sa voix en fonction des ambiances. Un cocktail musical foncièrement estival qui trouve ici son incarnation la plus aboutie, portée par le simple plaisir du jeu. Un disque solaire à l'enthousiasme contagieux ; il y a bien de quoi afficher des mines réjouies (une première pour le groupe) sur la pochette ! 

En concert le 25/10 à Paris (La Machine du Moulin Rouge)
http://theheavy.co.uk/
https://www.facebook.com/theheavy73
https://twitter.com/theheavy

dimanche 14 juillet 2019

Louder Than Death : « Stop und fick dich ! »



Le chanteur de ce nouveau groupe, « plus lourd que la mort », est bien connu de cette page puisqu'il est nul autre que King Khan, une sorte de James Brown déjanté habillé de plumes comme le regretté Dr John, qu'on a l'occasion d'entendre ici dans un nouveau contexte, plus punk. Un cocktail garage/punk qui sied particulièrement bien à sa voix éraillée, toujours sur le fil, les cordes vocales sur le point de céder aux assauts des guitares abrasives. Les autres membres du groupe, issus de Magnetix, des Shrines (le groupe habituel de King Khan) et des légendaires Spits, s'y entendent donc en matière de boucan mais atteignent ici une sorte de point aussi sensible qu'inédit, délaissant le rhythm'n'blues et la soul, marottes habituelles de King Khan, pour des influences cold wave, début des années 1980, comme le laisse entendre les lignes de basse (on pense en particulier à celle d'« Erased World », "Strange Way"). Le tout, joué dans la foulée d'une section rythmique au sprint, certains titres dépassent à peine la minute, constitue un cocktail explosif de guitares déjantées et de chant éclaté. Grand moment de déglingue scénique en perspective. 
En concert à Paris le 20 juillet (Petit Bain) 

mercredi 10 juillet 2019

Eurockéennes de Belfort, 4, 5, 6 et 7 juillet 2019.


LES RÉVÉLATIONS : 

The Hu (jeudi 4 juillet, Loggia) : Alors ça, on ne l'aurait jamais crû, même avec l'imagination la plus débridée ! The Hu, groupe parfaitement inconnu, débarque de sa Mongolie natale équipé d'instruments baroques (mais tellement beaux) jouant une musique qui l'est tout autant, manière de folk mâtiné de métal symbolisant la rencontre de deux mondes ! Hyper percussif (un tambour traditionnel double la batterie) et usant d'instruments traditionnels (dont une sorte de vielle jouée à l'archet) The Hu trouve la juste dose d'agressivité pour rendre accro sans assommer le spectateur. Mortel ! 

Jambinaï et la Superfolia Armada (vendredi 5 juillet, Loggia) : Avant de plonger la tête la première dans le post-rock et le métal atmosphérique, Ilwoo Lee, leader du groupe coréen, a étudié en profondeur la musique folklorique de son pays natal. Il en résulte un groupe fonctionnant à différents niveaux de confrontations. Entre, en premier lieu, la mélancolie mélodique de l'haegeum (une sorte de violoncelle miniature) et la force percussive du geomungo (une cithare jouée avec des baguettes). Entre, ensuite, les instruments traditionnels et un trio métal classique (guitare, basse et batterie). Et pour finir, la rencontre des musiciens français (Olivier Mellano, guitare, Erwann Keravec, cornemuse, Yann Gourdon, vielle à roue). Une magnifique création exclusive du festival alternant entre climats apaisés et/ou dark, franchement prenants, et de fulgurants éclats de guitare électrique. Superbe ! 

88Kasyo Junrei (dimanche 7 juillet, Loggia) : Depuis fort longtemps le Japon est réputé pour ses formations hybrides et débridées. Nouvel exemple nous est donné avec ce prolifique trio au mélange baroque allant du hard-rock au psychédélisme en passant par la case punk. Emphatique, exubérant, speedé, enthousiaste, sans conteste le concert le plus fou du week-end. 

Fontaines D.C. (jeudi 4 juillet, Loggia) : Les Irlandais affolent les compteurs depuis quelques mois, l'occasion nous est ainsi donnée de juger sur pièce, on n'a pas été déçus ! Avec un air je m'en foutiste de ne pas y toucher, le guitariste à lunettes tire limite la tronche, le groupe balance ses hymnes punk avec conviction. Excellent ! 

Idles (vendredi 5 juillet, Greenroom) : Précédés d'une réputation flatteuse à laquelle ils ont fait honneur, les Anglais ont donné une performance incroyable et débridée, électrique où la violence atteint un stade quasi expérimental. Le nuage de poussière soulevé par le public pogotant donne un air apocalyptique fort à propos à l'ensemble. 

MNNQNS (vendredi 5 juillet, La Plage) : Proximité avec la côte aidant, les Normands sont probablement le plus britannique des groupes français. Climat cold wave classieux et fureur punk, le cocktail parfait ! 

Julia Jacklin (dimanche 7 juillet, Loggia) : La petite scène nichée entre les arbres s'est finalement révélé la plus consistante du week-end ! Une nouvelle preuve avec cette jeune Australienne. Si le concert commence de façon trop calme et répétitive, avec le premier titre, un bon coup de sang de l'excellent batteur réveille tout le monde. On est vite gagné par le charme de ses compositions folk/alt-country jouées sur un ton indie pop. Très chouette. 

Bigger (jeudi 4 juillet, La Plage) : Quasiment local de l'étape, le quatuor avait la lourde tâche d'ouvrir les débats. Mission réussie haut la main grâce à des compositions où la pop ultra mélodique du groupe est viciée avec génie par l'interprétation survoltée du guitariste Damien Félix (également moitié du duo Catfish) et du batteur Antoine. Enfin, un chanteur anglophone, Kevin l'irlandais, est un plus incontestable lorsque l'on prétend chanter dans la langue de Shakespeare sans sombrer dans le ridicule. Excellent set ! 

Hubert Lenoir (samedi 6 juillet, La Plage) : Cela commence tranquillement sur un air de jazz avant que les choses ne s’accélèrent brutalement sous les assauts de la guitare. Jouant de l’ambiguïté sexuelle, ses airs glam rock androgynes, ne sont pas sans rappeler le Bowie première période 70s (cf. le saxophone) ou Lou Reed. Efficace mais un peu trop surjoué, pas encore tout à fait mature, le Québecois (passé par l'émission La Voix, version locale de The Voice) constitue néanmoins une belle promesse pour l'avenir. 

LES VALEURS SÛRES : 

Stray Cats (dimanche 7 juillet, Grande Scène) : Eux, au moins, assurent le job avec classe, efficacité et sans prétention aucune ! Les « punks à chats » revisitent leur grands classiques avec swing suivant la guitare inspirée de Brian Setzer et le swing incomparable du batteur Slim Jim Phantom (toujours debout derrière son kit) et de la contrebasse (un instrument rare dans le cadre du festival) de Lee Rocker. Remerciements éternels ne serait-ce que pour avoir fait résonner un peu de ce bon vieux Eddie Cochran sur le site du Malsaucy. Chapeaux bas, Messieurs ! 

Rival Sons (vendredi 5 juillet, La Plage) : La vue magnifique sur le lac du Malsaucy et les Vosges à l'arrière plan baignant dans la lumière orangée du soleil couchant ne saurait occulter la constance du groupe californien usant à merveille des codes du hard-rock 70s. Et même si tout cela flirte d'un peu trop près avec Led Zeppelin, les qualités d'écriture et d'interprétation nous ont fait passer un excellent moment sur la plage salué par une belle ovation amplement méritée. Et quelle voix, quelle guitare ! Magique ! 

Slash feat. Myles Kennedy and The Conspirators (jeudi 4 juillet, Grande Scène) : On ne rigole pas mais l'ex-Guns, que l'on croyait à la retraite, retiré des affaires, possède d'excellents restes ! Riffs efficaces, virtuosité contrôlée évitant les excès et bien secondé par un excellent groupe, le tout suffit à notre bonheur du jour. Un peu longuet et lassant sur la fin quand-même. 

Suprême NTM (jeudi 4 juillet, Grande Scène) : On avoue, forts contrits, qu'on les avait un peu oublié et leurs disques prenaient gentiment la poussière mais la prestation du soir nous a fait une sacrée piqûre de rappel ! Galvanisé par la scène, le duo n'a rien perdu de son acuité, après deux décennies de silence discographique, une punchline après l'autre, tour à tour touchant ou percutant. Mais faut-il s'en réjouir tant la chose paraît dans le fond totalement déprimante ? Un concert survolté sublimé par une scénographie spectaculaire et les scratches incisifs. Détail amusant, une brigade de la Police assiste en toute discrétion à une bonne moitié du set, s'éclipsant juste avant la bien nommée « Police » ! Un show dantesque devant une foule immense ! Y'a du monde sur la corde à linge ! 

Frank Carter (samedi 6 juillet, Greenroom) : Showman exceptionnel, suffisamment roublard pour se mettre le public (nombreux) dans la poche, il fût le seul (du moins à notre connaissance) à remercier le service de sécurité, le personnel des différents bars œuvrant sur le site ; tout comme à inviter la gente féminine à venir crowd surfer en toute sécurité. Grand bonhomme et punk-rock de facture classique mais ô combien efficace. 

ON A ÉTÉ UN PEU DÉÇUS : 

Interpol (jeudi 4 juillet, Greenroom) : Aïe, aïe, aïe, mais que se passe-t-il ? Entre problème de sons et répertoire qui commence à tirer la langue (« Say hello to the angels » massacrée sur un tempo beaucoup trop punk) la magie d'antan semble bien loin. On s'ennuie tellement que l'on part avant la fin. Le groupe nous rattrape par l'oreille le temps d'un « Stella », c'est déjà ça... 

Weezer (samedi 6 juillet, Grande Scène) : Le constat est rude mais nos idoles d'adolescent ont sérieusement pris du plomb dans l'aile, entre albums misérables (« Pacific Daydream », le récent « Black Album » que l'on n'a toujours pas réussi à écouter en entier) et prestation gâchée par de nombreux problèmes sonores. Il est certes toujours sympa de réécouter les tubes de l'époque bleue (« My name is Jonas », « Undone », « Say it ain't so »), verte (« Hash Pipe », la bien nommée « Island in the sun ») voire rouge (« Pork and Beans ») mais, navré, même pour la déconne au 36ème degré, on n'adhère absolument pas à l'inanité des reprises 80s (« Africa » de Toto, « Take on me » d'a-ha). On s'attendait à mieux et il s'agît là d'un doux euphémisme. 

Smashing Pumpkins (Grande Scène, dimanche 7 juillet) : Le retour de Jimmy Chamberlin derrière la batterie fait certes du bien mais le répertoire du groupe a bien mal vieilli et semble atrocement ampoulé de nos jours. La formation à trois guitares (James Iha reprenant sa place aux côtés du valeureux Jeff Schroeder) passe plutôt bien, c'est une agréable surprise on s'attendait à pire. Bon, allez, ça n'était pas si mal que ça. 

LE COUP DE CŒUR DU WEEK-END : 

The Psychotic Monks (samedi 6 juillet, Loggia) : Totalement possédé par le son, au point de faire peur à la sécurité, le quatuor nous a embarqué dans une odyssée en forme d'ascenseur émotionnel où les guitares se font tour à tour addictives, hypnotiques ou expérimentales. Un voyage au cœur des émotions entre dark et psyché où la poussière soulevée par la foule en train de sauter a donné un air apocalyptique du plus bel effet. Quel concert ! Une prestation remarquable saluée par un tonnerre d'applaudissement et des mercis spontanés lancés par le public alors que le groupe remontait sur scène ranger ses instruments. Le coup de cœur du week-end, sans hésitation !