lundi 22 avril 2019

In Volt + Jessie Lee and The Alchemists, New Morning, 17 avril 2019.


On commence par un joli coup de cœur pour la chanteuse Jessie Lee et son groupe The Alchemists qui ont ouvert avec maestria la soirée. Les deux pieds biens solidement ancrés en France mais le cœur quelque part en vadrouille quelque part au sud des Etats-Unis, la chanteuse et son groupe nous ont fait voyager en musiques dans un périmètre circonscrit entre le funk façon Meters et l'esprit jam blues/rock qui animait jadis les Allman Brothers et autre feu Black Crowes. Formation étonnante dont certaines compos originales ressemblent comme deux gouttes d'eau à un inédit des Meters alors que la seule reprise au programme, « Come on in my kitchen » de Robert Johnson, est totalement méconnaissable. Le groupe aime également prendre son temps (cf. l'esprit jam) et, alors que la fin s'approche dangereusement Jessie annonce qu'il ne reste plus que deux titres, « mais comme avec nous chaque chanson dure dix minutes il nous reste encore un peu de temps », ah ah !!! 

On a pour coutume de dire, un peu trivialement, qu'un groupe envoie le steak. In Volt, quant à eux, emmène la chose à l'étage supérieur et déménage la boucherie au grand complet ! Dès les premières notes, et alors que le chanteur se présente sur scène entravé dans une camisole de force (!), le son fait rage et la guitare balance des riffs dévastateurs, bien soutenue par une section rythmique au cordeau, entre puissance et groove titanesque. Du gros son donc au programme mais pas que, puisque derrière les watts se cache un feeling blues latent. Et lorsque les amplis sont partiellement débranchés, le temps d'un intermède acoustique, tout le talent du groupe explose aux oreilles des spectateurs faisant ressortir les qualités d'écriture puisqu'il est impossible de se cacher derrière un mur du son factice. Un groupe festif ayant le charisme et les idées pour assurer le show sans grand moyens (cf. mention spéciale aux têtes de morts géantes) développant une certaine idée du fun rock'n'roll. Enfin, le rappel, avec les membres de Jessie Lee and The Alchemists en guests, le temps d'une reprise de Bob Dylan (« Rainy Day Woman #12 & 35 ») fait ressortir une passionnante opposition de style entre le guitariste des Alchemists, marqué par le blues et le jam rock des Allman Brothers, et l'attaque plus métallique de celui d'In Volt. Ces deux là devraient monter un projet parallèle ensemble, nous serions curieux d'écouter le résultat… 

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Elisapie, La Boule Noire, 16 avril 2019.

D'aucuns, et ils sont nombreux, à vouloir faire rentrer la musique dans des cases seront bien à la peine avec la chanteuse Inuit… L'album nous avait charmé, la découverte sur scène a donné une nouvelle ampleur à l'artiste. L'intention de fond est rock'n'roll sans aucun doute mais pour atteindre l'objectif Elisapie aime à prendre les chemins de traverses. Déjà l'accompagnement est inhabituel, un batteur et deux guitares (sans basse). Ensuite, entre nappes synthétiques rêveuses (sur le premier titre) et éclairs autant expérimentaux que bruitistes (limites grunge par moments) de la guitare lead, le tout a donné un nouveau relief à la musique de l'artiste que l'on a pris, un temps, au début, pour une chanteuse folk. Ce qu'elle est également dans le fond comme le prouve le très délicat rappel en duo, chanté en français. Un éclectisme que l'on retrouve aussi dans le chant, subtil jonglage entre l'anglais et langue vernaculaire et, au final, un sacré, et magnifique, périple musical qui nous en a fait voir de toutes les couleurs. 

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dimanche 21 avril 2019

Teleferik + Bafang Ibabemba, Black Star, 11/04/2019.


Il arrive de temps en temps, mais cela est suffisamment rare pour être souligné, qu'une soirée à la programmation particulièrement bien pensée nous emmène littéralement ailleurs. Tel fut le cas au Black Star, lieu que l'on découvre par la même occasion, où le plateau a réuni le blues africain de Bafang Ibabemba et Teleferik

Bafang Ibabemba se présente comme un duo rock/blues, guitare et batterie, tel que l'on en connaît pléthore depuis le début du millénaire. Mais le duo affiche une véritable originalité en lorgnant plus vers l'Afrique (on pense à Tinariwen) que vers le delta du Mississippi. Un véritable choc entre l'énergie garage qui anime la chose (cf. le groove puissant du batteur déguisé en Touareg) et la guitare évoluant dans des gammes évoquant le désert. Un duo charismatique et festif. 

Changement de décor avec le groupe suivant, Teleferik, encore un duo, même si ce soir il se présente en formation complète à quatre, et direction l'Orient, le Liban, pays de cœur et terres des origines de la chanteuse Eliz. Après trois longues années d'attente Teleferik sort son deuxième album et semble heureux et impatients de partager ses nouvelles compositions sur scène. Alors que la voix majestueuse d'Eliz s'élève et emplit l'air diffusant des effluves orientales dans la petite salle. Les longs regards et les sourires échangés entre Eliz et Arno (le guitariste) en disent long, et bien plus que n'importe quel discours, sur la complicité musicale qui unit ces deux là. Teleferik évolue sur un ligne fine, comme un téléphérique imaginaire reliant un monde musical à l'autre. Le groupe carbure à la batterie d'Olivier (par ailleurs batteur de Jesus Volt) dont la force de frappe n'altère en rien le groove et qui trouve un complément parfait en la guitare d'Arno aux lignes saturées, et pleines de feeling, entre blues, garage et psyché. Derrière son air stoïque de ne pas y toucher, le clavier Sami déboîte les compositions d'un groove oriental dévastateur, entamant un dialogue avec la guitare, questions et réponses, en tous points passionnant. Et puis il y a le chant en arabe libanais (le français et l'anglais étant les autres langues utilisées) qui a lui seul incarne les valeurs d'acceptation et de tolérance défendues par la formation. Un chant doux, passionné et surtout précieux, durant cette époque troublée et donnant une image de la langue arabe autre que ce discours nihiliste semant la mort et la destruction. Un chant qu'il est urgent de faire résonner entre les murs du Bataclan. 

En concert (avec Lux) le 13/06 à la Boule Noire
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mardi 9 avril 2019

Les Nuits Secrètes du 26 au 28 juillet 2019


La Bonne Aventure Festival les 22 et 23 juin 2019


Binic Folks Blues Festival du 26 au 28 juillet 2019


Ô joie, Ô bonheur, la programmation pour le Binic nouveau est arrivée ! Festival gratuit et date incontournable pour tout amateur de rock'n'roll le Binic Folks Blues met une fois de plus en valeur les talents en développement de la Bretagne à l'Australie, offrant de nombreuses sessions de rattrapage (la majorité des groupes jouent deux à trois fois au cours du week-end, un casse-tête de moins) et le tout quasiment les pieds dans l'eau au bord de la plage !

lundi 8 avril 2019

Musical Ecran


Nos amis Bordelais ont de la chance ! Jusqu'au 14 avril se tient dans la ville la cinquième édition du festival de documentaire musicaux. Au programme quelques premières françaises (Desolation Center, Milford Graves Full Mantis, Silvana, Peret, yo soy la rumba, From Toilets to Stages) et des nouveautés (Eric Clapton : Life in 12 Bars, Rudeboy : the Story of Trojan Records, Daniel Darc : Pieces of My Life, Where are you João Gilberto)

Bonne projection !
www.bordeauxrock.com

dimanche 7 avril 2019

The Psychotic Monks : « Private Meaning First »



Le disque commence calmement, très calmement, un long silence introduit la chose puis quelques notes de piano et de violoncelles apparaissent sur lesquelles se pose un chant traînant. En dépit du calme apparent, l'auditeur sent qu'il se passe quelque chose, un sentiment mêlé d'excitation et d'anxiété. Œuvre au long cours, privilégiant les formats longs jusqu'au final dantesque d' « Every Sight » (15 minutes), ce nouvel album est découpé en chapitres et nous conte une histoire. Laquelle ? Celle d'une perte de contrôle, d'un pétage de câble en règle, une métaphore qui rappellera certainement des souvenirs à quiconque ayant eu la chance d'expérimenter le groupe dans son élément naturel, sur scène, en concert. Au fur et à mesure que les titres défilent, on constate à quel point il est fascinant de voir le groupe évoluer et se transformer. Et dire qu'il n'y a pas si longtemps, au début, on prenait le groupe pour une formation psychédélique. D'influence blues, il ne reste plus grand-chose aujourd'hui. Du psyché, un peu, dans une approche oblique, dans cette façon de se jouer du temps, de travailler la longueur et de vriller le cerveau de l'auditeur (et les oreilles aussi) avec ces motifs de guitares répétitifs et cette batterie qui monte lentement en pression (cf. « A Coherent Appearance », « Emotional Disease »). Mais le son du groupe se fait également plus sombre (« Minor Division ») et transforme le disque en une marmite bouillonnante, chauffée à blanc au sons des albums de Sonic Youth et de Pere Ubu, faîte de montées et de descentes tout aussi vertigineuses l'une que l'autre, avec un soupçon d'expérimentation réduisant la musique à un squelette rythmique fait d'attaques sèches de guitares saturées ou de batterie.
En concert le 11 avril à Paris (La Maroquinerie)
https://fr-fr.facebook.com/ThePsychoticMonks/

jeudi 4 avril 2019

Elisapie : "Una"



La merveilleuse chanteuse inuit Elisapie sort un nouveau clip, très émouvant, tourné dans un noir et blanc sépulcral, racontant son adoption. A retrouver pendant sa tournée :

11/04 : La Poudrière - Belfort (90)
12/04 : Case à chocs - Neuchatel (CH)
13/04 : Run Ar Puns - Chateaulin (29)
16/04 : La Boule Noire - Paris (75)
18/04 : Auster Club - Berlin (GER)
19/04 : La Batterie - Guyancourt (78)
20/04 : Printemps de Bourges (18)
21/04 : Chato D’o - Blois (41)
25/04 : Printival - Pezenas (34)
21/07 : Les Vieilles Charrues - Carhaix (29)

Bandit Bandit : "Maux"



Une virée nocturne en moto, une clope fumée devant l'Hôtel de la Plage, vision surréaliste d'un polaroïd animé, pour son premier clip, Bandit Bandit collectionne les images hallucinantes parfaitement à l'unisson de leur musique psychédélique et heavy à la fois. Menée par un riff de guitare addictif vrillant le cerveau, le titre donne envie de suivre de très près les aventures du duo. A bientôt, donc...

mercredi 3 avril 2019

In Volt : « Free »



Une guitare acérée déchire l'air (cf. « Free »). Ce nouvel effort d'In Volt nous permet de renouer avec un sentiment que l'on aime bien, celui d'un véritable groupe de rock'n'roll qui n'a pas oublié les racines du blues et dont l'avalanche de décibels ne peut altérer le groove (cf. « New Time »). Ce dernier avance masqué mais est présent à tous les étages. Dans la batterie véloce. Dans la guitare qui déboîte avec agilité et un feeling incontestable. Et, enfin, dans la voix exubérante du chanteur. Les racines de la chose sont ancrées dans un espace temps bien défini, situé entre la fin des années 1960 et le début de la décennie suivante, et dont le groupe assure le continuum, découlant en ligne droite de formations telles que Led Zeppelin ou AC/DC. Alors, certes, tout ceci n'a rien de bien original et constitue le tout venant du rock depuis 25 ans et l'émergence des Black Crowes. Mais les dernières réticences se lèvent devant une telle débauche d'énergie et d'enthousiasme. Voici un disque simple d'accès et qui donne envie de secouer la tête (les jambes aussi), dit comme ça, ça n'a l'air de rien mais qu'est-ce que ça fait du bien ! On s'incline donc devant la virtuosité, la variété des climats (ces ces bougres assurent aussi en acoustique cf. « Fake Love », gage de qualité). Le disque se termine, l'auditeur est exsangue et une évidence se fait jour : tant qu'il y aura de fidèles serviteurs pour le défendre de la sorte, le rock'n'roll ne mourra jamais. Un album intemporel. 

En concert à Paris le 17 avril (New Morning)
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mardi 2 avril 2019

Andy Balcon : « Kiss Goodnight »



De ses années au sein de Heymoonshaker, Andy Balcon, à l'orée de sa carrière solo, a gardé une vision oblique des choses, l'habitude de faire du rock, du blues, autrement. Ce premier EP en solo s'inscrit donc dans la continuité, notamment sur le plan rythmique, du groupe. Impensable (du moins à ce jour) pour le musicien de s'inscrire dans une formule classique guitare/basse/batterie. C'est donc dans les sonorités électroniques et les synthés que Balcon est allé trouver de nouvelles sources d'inspirations prolongeant ainsi l'ambiance dark voire dubstep qui était déjà celle de Heymoonshaker (« Standing Sideways »). Mélangées à son timbre de voix rauque (qui n'a pas bougé) et à sa guitare puissante (« Kiss Goodnight ») l'effet est saisissant mais, dans un effet de balancier inverse, éloigne l'artiste du blues, ce que l'on peut regretter. De beaux débuts en solo cependant. 

En concert à Paris (Supersonic) le 9 avril.
https://www.andybalcon.com/
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lundi 1 avril 2019

Teleferik : « Blood Orange Sirup »




Alors que l'on s'apprête à découvrir le nouvel album de Teleferik et que les premières notes s'échappent des enceintes, une évidence se fait jour. Ce deuxième disque du duo, à la période de maturation assez longue, est un album où le groupe s'affirme et assume son identité, en résumé, tout le sel qui fait le charme, la magie et la fraîcheur du groupe. Pour ce deuxième effort, Teleferik a mis les petits plats dans les grands, est allé chercher Kenzi Bourras (Rachid Taha) et Rizan Saïd (Omar Souleyman), deux musiciens de haut vol qui ont arrangé le disque et a confié sa réalisation à Azzedine Djelil, afin de renforcer le côté oriental et arabisant de la musique, un aspect déjà esquissé sur le premier album. L'ambition était élevée, bâtir un pont entre l'Orient et l'Occident, car soit dit en passant, l'album n'a pas oublié d'être un disque de rock'n'roll, un vrai, pur et dur, aux racines ancrées dans le blues et la psychédélie des années 1970 (cf. « Just a woman », la baroque « You are poetry », « Queen of the harem »). Et cela donne des choses formidables lorsque la guitare, inspirée et abrasive, d'Arno engage une dynamique positive en se frottant aux arrangements faisant la part belle aux sonorités orientales (« Believe », « De l'autre côté ») ; l'amalgame fonctionne au-delà de toutes les espérances, la sauce monte au point de transformer la chanteuse Eliz (à l'aise dans trois langues, arabe libanais, français et anglais) en punkette prête à tout arracher sur son passage (« Hell in your arms », « Sarr Lezim »). Preuve de la polyvalence du duo, les musiciens n'hésitent pas à sortir de leur pré carré pour aborder d'autres rivages, new/cold wave (« Many Lovers ») ou franchement funky, dansant et festif (le formidable single « Khalifa n'shouf »). Mais la brillance musicale de l'album ne doit surtout pas occulter le fond de l'affaire, à savoir la profonde humanité qui anime le duo. Comment ne pas être ému par les paroles « De l'autre côté » ? Comment rester insensible à son message de paix, d'amour, de tolérance, que le groupe sait faire passer sans jamais être lourd ou plombant ? Et si vous alliez écouter ce qu'il se passe de l'autre côté ? 

En concert à Paris (Black Star) le 11 avril.
https://www.teleferikband.com/
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dimanche 31 mars 2019

Nick Waterhouse, Petit Bain, 24/03/2019.


Il se dégage de la musique de Nick Waterhouse quelque chose d'élégant qui tient du sens de l'épure. La capacité à en dire finalement beaucoup en utilisant peu de notes, chacune d'entre elle ayant un sens profond, et donnant beaucoup de poids au silence qui l'entoure. La démarche fait sens sur scène où le musicien prend tout son temps avant que la machine ne s'emballe brusquement, comme le démontre le début du concert du soir. Du 20ème siècle, des années 50 et 60, Waterhouse a hérité du groove, du swing, sa musique ayant connu plusieurs incarnations entre soul, ryhthm and blues et jazz tout en maintenant intacte une flamme guitaristique héritée du rock'n'roll. En concert, la chose est proprement emballante et donne des fourmis dans les jambes en dépit du flegme affiché par le chanteur/guitariste. Entouré de ses cinq musiciens (orgue, batterie, basse, saxophone et chanteuse au timbre magnifique pour les chœurs) Waterhouse a délivré une performance en forme de voyage dans le temps, dépassant totalement le côté rétro (tout en l'incarnant parfaitement) pour atteindre un statut d'intemporel où chaque titre donne l'impression d'être un classique immédiat et/ou oublié. Le public, nombreux, le Petit Bain est plein comme un œuf, ne s'y est pas trompé couvrant le groupe d'un tonnerre d'applaudissement recouvrant parfois totalement les instruments. Magnifique soirée. 

https://www.nickwaterhouse.com/
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samedi 30 mars 2019

Elise and The Sugarsweets, Le Triton, 23/03/2019.


(c) Yann Charles

(c) Yann Charles


(c) Yann Charles
C'est dans le cadre chaleureux du Triton, sur la petite scène, intime et sympathique, qu'Elise and The Sugarsweets a fêté, en grandes pompes, la sortie de leur premier album. Cela commence par un groove soul énorme de l'orgue alors que la guitare inspirée d'Olivier tire la chose vers le blues voire, éventuellement, le rock'n'roll le long de ses soli inspirés et débordants de feeling. Dans l'entre-deux, la section rythmique solide maintient la balance avec célérité et efficacité. De la soul, du blues, du rhythm'n'blues, tous les genres sont incarnés à la perfection par la chanteuse Elise, à la voix autoritaire et qui, sur scène, se dépense avec toute l'énergie de ses vingt printemps et même pas peur de sauter, talons aux pieds ou non ! L'enthousiasme et la débauche d'énergie est telle qu'il est impossible de ne pas se faire aspirer par la formation qui nous entraîne dans son groove diabolique et nous vrille le cerveau et les oreilles. Infaillibles sur scène, un concert d'Elise and The Sugarsweets c'est toujours la promesse d'un bon moment ! On quitte la salle, un grand sourire sur les lèvres… 

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(c) Yann Charles

(c) Yann Charles
(c) Yann Charles

vendredi 29 mars 2019

4dB + Alice's Mirror Quartet, Péniche Antipode, 22 mars 2019.


Puisque le cadre s'y prête, une très sympathique péniche flottant sur le bassin de La Villette, c'est à un magnifique voyage sur les mers du jazz auquel nous avons assisté. 

On commence avec Alice's Mirror Quartet, formation instrumentale, qui se présente en quintet contrairement à se que laisse supposer le patronyme du groupe, et qui se révèle excellent dans une facture acoustique, relativement classique : piano, batterie, contrebasse, saxophone et harmonica. Comme il est de coutume avec ce genre d'ensemble instrumentaux, les compositions, assez longues, laissent de nombreux d'espaces de liberté aux musiciens, autant d'opportunités de laisser la virtuosité de ces derniers s'exprimer. Dans ce contexte, l'harmonica apporte une touche inattendue et originale, évoquant la bande originale d'un vieux polar oublié des années 1970. Belle découverte. 

A l'autre bout de spectre se trouve 4dB, formation électrique (toujours instrumentale) située aux confins du rock progressif. Les claviers et autres synthés vintages mènent la danse sur une note tantôt électro-funk tantôt planante alors que la guitare (électrique il va de soi) transperce les pièces d'éclairs rock, lorsque la machine s'emballe pour de bon, dans la foulée de la très solide section rythmique, la musique du groupe déboîte sacrement. Ainsi la musique de 4dB se trouve être mouvante, vivante, passant d'un genre à l'autre, aux ambiances changeantes. Puisque nous sommes sur un bateau, nous pourrions dire qu'après avoir traversé une zone de turbulence nous avons finalement effectué un beau périple. 



jeudi 28 mars 2019

Yarol, La Maroquinerie, 20 mars 2019.

(c) Clémence Rougetet

(c) Clémence Rougetet

Un mois environ après la sortie de son premier album solo, sobrement intitulé Yarol, le musicien remet les pendules à l'heure dans une salle de La Maroquinerie pleine comme un œuf et aussi bouillante qu'une cocotte minute. De funk ou de synthés vintages, il en sera bien sûr un peu question au cours de cette prestation (cf. « Girls », « Caroline »), qui, par son intensité, rappelle les grandes heures de Black Minou. Guitariste incendiaire, et virtuose aussi, Yarol s'en est donné à coeur joie en compagnie d'un groupe de grande ampleur (basse, batterie, percussion, claviers et deuxième guitare) revisitant les idiomes qui lui tiennent à coeur du rock n'roll (l'anthologique medley final comprenant entre autres « Little Queenie » et « Satisfaction ») au blues (« Something gonna happen » en ouverture de set) en passant par l'afrobeat (« Sale » en compagnie de son frère Melvil à la basse) sans oublier de revisiter l'ensemble de sa carrière (« Barbès » de FFF ou la reprise en français de « Fortunate Son » - Creedence Clearwater Revival - chantée naguère par un célèbre barde d'ici que le guitariste a accompagné pendant dix ans). Pendant près de deux heures le musicien a laissé parler son enthousiasme, plongeant dans la foule tel un grand gamin de cinquante ans, exposant au grand jour la profonde humanité qui l'anime recherchant constamment le contact et la chaleur humaine auprès du public. Folle soirée, doux euphémisme ! 

https://www.facebook.com/yarolpoupaudofficial/


mardi 19 mars 2019

The Chainsaw Motel : « Bad trip and endless roads »



Une magnifique pochette d'inspiration cinématographique, entre gore et Tarantino, un nom de groupe en référence directe à « Massacre à la tronçonneuse » et un titre d'une grande puissance évocatrice (mauvais trip et route infinie), si avec tout ça on ne se fait pas un film… Et c'est donc sur une autoroute du rock imaginaire que nous trimbale le duo. Soleil de plomb, ciel d'un bleu céruléen et poussière qui se soulève sous les roues de la muscle car, le groupe compose la bande son idéal du road movie en technicolor et en cinémascope. Puisant son inspiration de l'autre côté de l'Atlantique, le duo compose des hymnes chargés en électricité où l'adrénaline est à son maximum. Nerveuse, tendue la musique du groupe fait le lien entre métal et stoner. Comme les deux faces d'une même pièce, les voix se répondent entre chant intelligible, « clair » (l'influence garage voire blues des années 1970) et voix gutturale typiquement métal (cf. « Decline » ; « Pursuit of happiness is a endless road »). Enfin dans cet océan de guitares saturées et de batteries lourdes comme le plomb, on retrouve un instant de répit le temps de « Story of a love story », belle et mélancolique comme le plus tendre des titres de Nirvana. 

https://thechainsawmotel.bandcamp.com/
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http://www.thechainsawmotel.com/
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lundi 18 mars 2019

Crocodiles : « Love is here »



Après une période un peu « creuse » les Californiens reviennent squatter nos platines avec un nouvel effort en forme de retour aux sources. La bonne nouvelle que voilà ! Sur la, plus que fournie, scène garage actuelle, Crocodiles fait figure d'anomalie. D'abord parce que le groupe ne semble pas plus obsédé que cela par les sacro saintes années 1960. Rien que du très normal dans le fond finalement tant l'étiquette garage semble définitivement bien trop petite pour eux. Le cœur de la musique de Crocodiles c'est avant tout la mélodie, la pop (« Wait until tomorrow ») qu'il s'agît ensuite de pervertir, dans un juste mesure, afin d'obtenir ce résultat en équilibre, sur une ligne fine, déjanté juste comme il faut. Mais un peu plus loin, histoire de nous contredire, l'album part dans une toute autre direction totalement psychédélique, guitare fuzz et tout le tremblement, et nous colle les chocottes le temps de quelques pépites, planantes mais abrasives, aussi flippantes qu'un avion en rase motte sur le point de se crasher (« My far out friends », « I was a fly »). C'est évidemment fantastique ! Très bel album. 

https://crocodilesband.bandcamp.com/album/love-is-here

dimanche 17 mars 2019

Eiffel : « Stupor Machine »



La « Stupor Machine », selon une traduction au résultat aléatoire serait « une machine à stupeur », soit un truc vaguement défini mais dont on est cependant certain de l'inquiétant potentiel. De fait, sur une trame d'inspiration cinématographique, Romain Humeau, leader d'Eiffel aligne les visions horrifiques d'une société déshumanisée ou tout un chacun espionne l'autre par écrans interposés : « Kafka dans les tours » chante-t-il dans « Cascade », « The Manchurian Candidate » (titre original du film « Un crime dans la tête » de John Frankenheimer, 1962) ou le cri rageur (qui sied si bien à sa voix rocailleuse) de « Big Data ». En dix-huit ans de carrière, Eiffel a bien évolué et se dirige depuis quelque temps déjà vers une forme de rock plus brute, électrique, sous haute tension (« Migraine ») limite punk (« Manchurian Candidate ») qui colle parfaitement avec la thématique anxiogène du disque. Mais qui n'est cependant qu'une des facettes de l'album dans lequel on retrouve également de la tendresse (la très belle « N'aie rien à craindre », « Chasse Spleen », « Chocho »). Maîtrisant aussi bien les guitares abrasives que les arrangements au piano (la gainsbourienne « Hôtel Borgne »), Eiffel ne se départit jamais d'une tension fondamentale qui anime la musique y compris dans ses moments les plus délicats et même les guitares acoustiques sont maltraitées (cf. « Pécheur pécheur ») dans de violentes doubles croches. Un nouvel excellent effort en forme de pièce d’orfèvrerie musicale, parfaitement produite et mise en sons. Addictif. 

Sortie le 26 avril.
En concert le 14 novembre à Paris (La Cigale)


http://www.eiffelnews.com/
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samedi 16 mars 2019

Kristel : « Irony »



Attention, avis de tempête. Chanteuse, bassiste, originaire de Madagascar, Kristel, 23 ans, a tout de la tornade électrique qui va ravager vos platines. Ironique, comme l'indique le titre, alors que son île natale n'est électrifiée qu'à seulement 23 %. Mais lorsque l'urgence du rock'n'roll se fait ressentir, rien ne peut l'arrêter. Urgence est bien le maître mot ici. Aussi bien lorsque les amplis sont poussés à fond, ce qui est assez souvent le cas que lorsque le calme n'est qu'illusion, la partie visible de l'iceberg. Ainsi, une ombre menaçante plane au-dessus de « Hilalalala », avant que la guitare ne se déchaîne. Kristel c'est un esprit pop dans un costume punk (« Irony », « Tonga Indray », « Maoandro »), quelque chose d'assez spontané, joué avec une rage revendicatrice et chanté dans sa langue natale, prête à renverser les montagnes, armée d'une impressionnante tension lancinante, sous-jacente, qui ne se calme jamais tout à fait. Une tradition rock féminine, éruptive, amorcée par Skunk Anansie dans les années 1990, prolongée par les Noisettes (auxquels on pense beaucoup en l'espèce pour l'angle barré des compositions cf. la baroque "Olona Tsy Hita") lors de la décennie suivante et qui trouve une heureuse et nouvelle incarnation ici.

En concert le 20/03 à Paris (FGO Barbara)

https://fr-fr.facebook.com/KRISTELBAND/
https://kristelband.bandcamp.com/



vendredi 15 mars 2019

CEYLON



Alors que la musique de Ceylon s'échappe des enceintes telle les volutes d'une substance litigieuse, on réalise alors, à ce moment précis, qu'il sera une nouvelle fois question des années 1960 et de psychédélisme sur ce blog. Mais avec grand plaisir ceci étant. Car si le genre susnommé a été revisité plus souvent qu'à son tour au cours des dernières années, le jeune groupe toulousain, qui sort son premier EP, franchit le Rubicon à son tour, avec conviction, prenant le sujet à bras le corps. Alors que les titres défilent, plongeant l'auditeur dans un univers onirique, on prend conscience que ces musiciens n'ont finalement pas peur de grand-chose. Ni des chansons à rallonge s’étendant au-delà des quatre minutes réglementaire provoquant une transe contemplative aiguë chez l'auditeur (cf. « We Cry »). Et pas plus des clichés qui ne manqueront pas de leur tomber dessus parce qu'ils ont l'outrecuidance d'utiliser un sitar (ou, du moins, quelque chose d'assez ressemblant). Et enfin parce qu'ils ne sont pas effrayés non plus par le fait de chanter en français le temps d'un titre assez pop, yéyé, primesautier (cf. « Ceybon ») ce qui ma foi, est assez rare pour être souligné. Tel un miroir déformant, à cette immédiateté de façade, le groupe oppose une facette plus expérimentale, planante voire franchement barrée (l'outro de « We Cry », « Marées Mortes »). Preuve que les Toulousains ont plus d'un tour dans leur sac, voire éventuellement, plus d'une substance dans l'organisme. A découvrir. 

En concert le 2 avril à Paris (L'international)
https://www.facebook.com/ceylonlatranse/



jeudi 14 mars 2019

Mo Cushle : « Ma Chair, Mon Sang »



« J'ai tué un éléphant » annone une voix automatique. C'est de cette manière, un peu absconse, que débute « Ma Chair, Mon Sang », le premier album de Mo Cushle. Le disque part d'un concept recherché : chaque titre évoque un partie de l'anatomie humaine. « Fait tes valises », une évocation du voyage, est une chansons pour les pieds et les jambes, « A pleine dents » et ainsi de suite... Au fil des titres le disque nous dit quelque chose d'important : la nécessité de faire de son corps une œuvre d'art, une déclinaison musicale du tatouage. « Fais-moi rêver pour de vrai » chante Mo Cushle, n'est-ce pas là le sentiment premier qui anime l'auditeur sur le point d'appuyer sur le bouton play ? Et c'est ainsi un formidable voyage, intérieur, qui débute, à l'image de la pochette représentant une personne enserrée au milieu de livres, une bibliothèque sur mesure, un abri étouffant. Derrière ses atours charmants, un savant dosage entre électronique et organique, faisant le lien entre pop, chanson, soul et jazz, le tout parfaitement incarné par la voix délicate de la chanteuse, l'album nous questionne, nous tourmente presque. L'art thérapie musical. 

https://www.mocushle.com/
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https://twitter.com/mocushlemusic





mercredi 13 mars 2019

Captain Obvious : « Let it burn »



Ils ne sont que deux, Joseph et Angus, une fratrie, et on sait depuis le début du 21ème siècle que cela suffit pour faire du rock'n'roll. Petite originalité, le duo n'a (presque) pas de guitariste, mais consiste, intrinsèquement, en une section rythmique basse et batterie. Une formule déjà éprouvée par les Britanniques de Royal Blood auquel on pense particulièrement ici, et à raison puisque les deux formations partagent l'ingénieur du son Brian Lucey. Avec suffisamment d'artifices (gros son, pédales d'effet et distorsion) le groupe réussit néanmoins à recréer l'illusion d'un quatuor, ce qui replace l'auditeur en terrain connu. Animés par la foi et l'énergie de leurs 20 ans les deux frères mettent du coeur à l'ouvrage, prêts à tout renverser sur leur (bruyant) passage. Des chansons bien écrites, une interprétation explosive (cf. l'ironiquement nommée et limite métal « Pop Songs »), cela suffit à notre bonheur. L'EP (cinq titres) s'intitule « Let it burn ». Normal me direz-vous c'est à peine si l'on ne sent pas les enceintes fumer alors que le disque tourne sur la platine ! Excellent et à découvrir.
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mardi 12 mars 2019

Les Wriggles : « Complètement Red »



Les Wriggles œuvrent dans un style dépouillé. L'instrumentation tient en une guitare ou deux, le plus souvent acoustiques mais électrifiées de temps en temps et, surtout, dans leurs bluffantes harmonies vocales. Mais, chez le quintet, tout fonctionne par sous-entendus. Derrière la bonhomie, le sens de l'humour acéré et la bonne humeur de façade, le groupe ne se prive pas de laisser filtrer quelques messages bien sentis (« Bye-bye ») et un regard mi-décalé mi-amusé sur l'époque (« Bourguignon »). Le cœur des Wriggles se trouve, intrinsèquement, sur scène. Le contact avec le public transcende le répertoire du groupe et son univers prend alors une toute autre dimension, visuelle et chorégraphiée. Dans cette optique, ce nouvel effort est, avant tout, une bonne excuse pour retrouver la scène après dix ans d'absence : le support d'un nouveau spectacle qui sillonne actuellement les routes de France. Et pourtant, en dépit de son minimalisme, l'album réussit à charmer l'auditeur, les ambiances sont variées (même privé d'images, on entend la mise en scène vocale) et les musiciens font montre d'un réel talent pour mettre en scène de séduisantes petites ritournelles, aux textes soignés, que l'on se surprend à siffloter (« Bouboubou », la rétro « Dans son bain »). Un disque donc l'attrait réside dans son apparente modestie ; frais et à la bonne humeur contagieuse. 

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lundi 11 mars 2019

Ramon Pipin Band : « Qu'est-ce que c'est beau »



Ramon Pipin, le nom n'évoquera sans doute rien aux plus jeunes mais, dans les années 1970, l'homme fut une grande vedette du rock d'ici au sein d'Au bonheur des dames puis d'Odeurs. Les dernières années furent plus calmes, du moins sur le plan médiatique, car il est resté très actif dans l'ombre, pour Ramon qui s'amuse aujourd'hui de ce statut d' « Anecdote »… Nouvel album donc pour l'artiste qui fête son retour et à la mocheté de l'époque, le musicien oppose cette maxime toute simple : « Qu'est-ce que c'est beau » ! Et c'est vrai qu'il y a de quoi se réjouir ! Car loin d'être coincé dans le passé, Ramon propose un album à la production et à la dynamique tout à fait contemporaine mais écrit, composé et pensé à l'ancienne. Qui d'autre aujourd'hui sur la scène française oserait chanter en albanais (cf. « Esthé Njé Tavoliné », un très beau blues par ailleurs) ou vanter les mérites du « Viandox » et de « L'homme du Picardie », ces vieilles reliques du 20ème siècle ? Ramon le fait et, loin de se vautrer dans le ridicule, avec classe. En effet, il se dégage de ces douze compositions un humour, un sens du second degré et du décalage typique du rock des années 1970 qui sonne avec une grande fraîcheur aujourd'hui. Produit et arrangé avec grand soin (avec force cordes, très classieuses) et beaucoup d'inventivité, Ramon se révèle ici à la hauteur de sa réputation de Zappa français. Comme l'indique c'est non seulement beau mais ça fait aussi du bien. 

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dimanche 10 mars 2019

John J. Presley : « As the night draws in »



Depuis qu'on l'a découvert sur scène, en première partie de feu Jim Jones Revue, on a toujours suivi d'un œil lointain sa carrière. John J. Presley est le genre de découverte à laquelle il est impossible de rester indifférent, que l'on aime ou non. L'album s'intitule « As the night draws in », un titre particulièrement juste pour ce musicien, drapé d'une aura mystérieuse, à l'image de sa pochette, une présence fantomatique vaguement menaçante. Tout, dans la musique de John J. Presley, évoque le blues sans jamais en épouser vraiment les contours stylistiques au sens strict (à l'exception peut-être de « True love waits »). Un blues mutant, sombre, puissant et à la sauvagerie latente, contenue jusqu'au moment où les chevaux sont lâchés pour de bon. Tout l'album est comme ça, brut de décoffrage à la limite de l'expérimentation, quand les chansons sont réduites à leur plus simple expression, les intros sont lentes sans être apaisées pour autant avant le grand déballage de décibels en fusion. Le tout est incarné à la perfection par la voix d'ogre du chanteur, un timbre guttural et puissant, limite effrayant, et les ambiances nocturnes, anxiogènes du disque marquées par les guitares sales, abrasives et sauvages. Difficile d'en ressortir indemne. 

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samedi 9 mars 2019

Tankus The Henge : « I crave affection Baby, but not when I drive »



Une magnifique pochette psychédélique, un premier titre fort en électricité, le bien nommé « Electric Eyes » et c'est parti ! On pense, à l'écoute du nouvel album de la formation anglaise, que l'on découvre en même temps, être reparti pour un tour nostalgique du garage psychédélique, dans la foulée des Rival Sons et autres Blues Pills. Force est de constater, qu'en l'espèce, les Anglais au look d'enfer tiennent parfaitement l'office et toutes leurs promesses (« Rock, Paper, Scissors », le bluesy « Slippin' and Slidin' », « The Dark night of the soul »). Mais, il est encore plus fort de constater que le groupe sait aussi sortir de sa chapelle revival pour s'attaquer au swing (« Rotten boots tango ») et au cabaret jazz (cf. « Last night in New Orleans », "You can do anything", « Onomatology ») et qu'ils sont tout aussi crédibles dans le genre, piano endiablé et section de cuivres à l'appui. Alors voilà, Tankus The Henge a inventé un style tout à fait unique et ils appellent ça le « gonzo rock'n'roll » (dixit le dossier de presse). Pas vraiment une invention d'ailleurs plutôt un amalgame rock prenant sa source dans les recoins inattendus du ragtime, du reggae (« Weather ») ou du funk (« Floodwater »). Si l'album souffre un peu de ce côté patchwork, l'ensemble tient la route grâce à l'enthousiasme des musiciens, aux cuivres qui apportent une saveur inédite dans le cadre d'un groupe de rock et, enfin, à la voix, éraillée à la Tom Waits, du chanteur, au nom prédestiné, Jaz Delorean qui incarne vocalement la chose à la perfection tout en y apportant un supplément d'âme. Si on regrette en revanche un angle pop un peu trop acidulé par moments (« Things were better before », « Shoeshine ») on passe un excellent moment à l'écoute de ce disque festif, varié et évocateur. Les concerts s'annoncent explosifs...

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vendredi 8 mars 2019

Stuck in the sound : « Billy Believe »



Stuck in the sound : coincés dans le son. De fait, depuis son éclosion au mitan des années 2000 (et oui déjà!) le quintet n'a eu de cesse de faire montre d'une certaine obsession autour de la chose sonore et de la production. Il y a donc différents niveaux de lecture dans ce groupe. Une formation power pop tout d'abord dont les racines prennent corps dans la scène indé des années 1990 (cf. « See you again »). On trouve ensuite un angle plus dur, plus rock, d'inspiration étasunienne toujours ancré dans les années 1990 (cf. « Forever Days », « Unlovable », « Vegan Porn Food », « Radioactive God Explosion »). Même maîtrisés à la perfection, ce qui généralement le cas avec eux, tous ces idiomes sont relativement convenus. Alors, par ce qu'ils sont légèrement vicieux sur les bords, et probablement par ce qu'ils aiment s'amuser avant tout, les cinq mecs n'aiment rien tant que de vitrioler leur matériau et, dans une certaine mesure, expérimenter avec les chansons (cf. « Break Up », « The Rules », « Petit Chat », "Riots"). On en reviens là à notre idée de départ de geeks « coincés dans le son » qui adorent les pédales d'effets. Et c'est précisément là que les choses deviennent intéressantes et prennent des détours pour le moins surprenant. Exemple type : « Alright ». A l'origine une composition un peu bancale, un truc à moitié funky à moitié hard-rock mais qui, on ne sait pas par quelle intervention du Saint-Esprit, devient sous leurs doigts un hymne accrocheur auquel il est difficile de résister porté par le chant, intense et proche du point de rupture, de José Reis Fontao. Et tout l'album est comme ça, bouscule l'auditeur dans ses attentes, au point que l'on ne sait jamais trop ce qui nous attend après le refrain. Et tout ça sans jamais tomber dans la facilité, en résistant aux sirènes des modes, aux tentations électroniques (exception faîte de la kitschissime « Petit Chat ») en restant fidèle à une formation classique guitare/basse/batterie (et un peu de synthés discrets quand même). Les gars ont maintenant suffisamment de bouteille pour maîtriser la formule (ou plus précisément l'absence de formule) tout en maintenant sa créativité et, en retour, l'esprit de l'auditeur, en éveil. A quoi reconnaît-on un grand groupe ? A sa capacité d'évolution, son aptitude à éviter la redite et à se renouveler tout en maintenant une ligne directrice forte. Stuck in the sound en est là dorénavant. 

En concert le 9 mai à Paris (Trianon)
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jeudi 7 mars 2019

Louis Arlette, Studios Ferber, 6 mars 2019


Retour sur la scène du crime. C'est là, dans les magnifiques et chargés d'histoire(s), Studios Ferber que Louis Arlette a présenté les titres de son nouvel album sur le lieu même de son enregistrement. On est d'emblée saisis par la mythologie d'endroit, une âme, une ambiance se dégage de la pièce boisée dans un style Art Déco qui ressemble vaguement à une version miniature de la Salle Pleyel, toutes proportions gardées. Alors que l'obscurité se fait et que résonnent les premières nappes de synthés, Louis Arlette, souple comme un félin, se faufile en catimini vers la scène improvisée (il s'agît d'un studio d'enregistrement pas vraiment conçu comme une salle de concert). On est, dès lors, emportés par la vague, ou plutôt en l'espèce l'Avalanche, de sons et d'émotions. La guitare (plus présente que sur le nouvel album) sème le rock toute en retenue, entretenant le contraste avec les synthés hérités de la cold wave. La batterie (formidable scansion sur l'Avalanche) mène la danse. Louis Arlette semble maintenant à l'aise dans son costume d'artiste, après avoir travaillé des années dans l'ombre des studios, derrière la console. Le tout sonne comme un carambolage massif entre chanson française, Depeche Mode et une version allégée (moins sombre, moins malsaine, moins torturée) de Nine Inch Nails. Autrefois gauche et emprunté devant le public, une transformation radicale s'est opérée chez Louis, il bouge mieux, envahit la scène d'une aura mystérieuse, ses gestes insufflent de la vie dans son interprétation et donne une nouvelle ampleur à ses textes cryptiques aux significations multiples qui restent sa marque de fabrique. Intitulé « Des ruines et des poèmes » le nouvel album de Louis Arlette sort le 15 mars prochain. 

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mardi 5 mars 2019

The Dandy Warhols : « Why you so crazy »



Depuis leur éclosion, au mitan des années 1990, The Dandy Warhols ont réussi cette double gageure, redéfinir les contours de la psychédélie moderne, rester fidèle aux guitares (au point qu'en 2000 ils s'étaient autoproclamés « le dernier groupe de rock'n'roll ») sans pour autant tomber dans le piège du mimétisme nostalgique. Un groupe de rock'n'roll moderne recyclant sans vergogne les années 60 et 70 (« Bohemian like you » au riff pompé sur les Rolling Stones, 2000) tout en inventant un autre langage à la limite de l'expérimentation (« Pete international airport », 1997). Tout au long des 25 ans dernières années et de leurs dix albums, le groupe a tenu la route, sans embardées sauvages, maintenant le cap et leur ligne esthétique. Jusqu'à ce jour où pour la première fois, le moteur a des ratées. Pris dans sa globalité ce nouveau disque est comme un miroir déformant de leur chef d’œuvre d'éclectisme « Come down » de 1997. Sauf que 20 années sont passées et le bel éclectisme d'hier manque cruellement aujourd'hui d'inspiration, pastichant les années 30 (cf. le « Fred n Ginger » d'ouverture) ou tentant une étonnante fusion électro-country (« Sins are forgiven »). En effet, bien trop souvent la machine tourne à vide (« To the church », « Small town girls ») et le Rubicon semble franchi avec "Forever" nul et non avenu. Le planant « Next thing I know » est certes plaisant mais ne va nulle part, et les Dandys frisent la correctionnelle avec « Thee Elegant bum » et « Motor city steel ». Ici et là quelques fulgurances rappellent l'excellence d'hier (« Be Alright » sans surprise mais efficace). Placée en clôture « Ondine » arrive comme un cheveu sur la soupe, signe du manque cruel de cohérence de toute cette affaire, jamais les Dandys n'ont proposé une composition aussi bizarre. Sept minutes de piano solo, entre classique et baroque, Chilly Gonzales traînait-il dans le coin ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, on tient peut-être là le point d'orgue de cet album décevant.


lundi 4 mars 2019

Same Player Shoot Again : « Our King Freddie »



Parmi les « three kings » du blues, seul le regretté B.B. avait réellement réussi à toucher le grand public ; les deux autres, Albert et Freddie, restant des figures, cruciales, mais finalement assez peu connues en dehors du cercle des initiés. Formé pour l'occasion, le groupe Same Player Shoot Again s'attaque à un travail, essentiel et assez rare jusqu'alors : l'album hommage à Freddie King. Essentiel pour deux raisons : sa virtuosité guitaristique qui en fait un « guitar-hero » originel et, de ce fait, pour son rôle de passeur entre le blues et le rock'n'roll. Autant l'avouer la réussite est au rendez-vous, tant l'hommage fonctionne au-delà des espérances. La musique déborde de feeling (cf. « Only getting second best », « Ain't no sunshine », « Ghetto Woman ») car tous les participants sont à l'avenant, évitant les démonstrations gratuites, un groupe soudé et compact au service du répertoire (notons au passage qu'il y a finalement peu de compositions de Freddie au programme). Le groove dégouline de la section rythmique, parfaitement calée, à grandes lampées ; les guitares apportent un contrepoint abrasif aux claviers soulful (cf. « I'd rather be blind »), une dynamique qui entraîne tout le disque alors que les cuivres apportent la pèche nécessaire (la funky « Ain't no sunshine »). Enfin, le tout est parfaitement incarné par le timbre rugueux du chanteur Vincent Vella dont la cassure au fond de la gorge trahit le vécu. Quatorze interprétations de haut-vol et l'assurance de passer un bon moment en compagnie de ce disque, sorte de classique instantané, orné d'une magnifique pochette signée Frank Margerin. 

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dimanche 3 mars 2019

Kicca : « I can fly »



A l'image de sa pochette bigarrée, Kicca, l'ancienne chanteuse d'Intrigo, est de retour avec un nouvel effort aux ambiances variées. Si le jazz et la soul restent les deux principales sources où se nichent l'inspiration de l'Italienne, les compositions se parent de nouveaux atours funky soyeux et élégants. Les influences des années 1960 (« Tribal Song ») et 1970 (« Up and down ») sont ainsi transcendées (« Let me walk » ; funky comme un vieux blaxploitation oublié) par un traitement contemporain particulièrement dynamique. On décèle ainsi quelques arrangements de claviers apportant une touche électro 80 mais suffisamment discrets et de bon goût pour ne pas dénaturer l'essence même des chansons. Un album qui brille donc par son éclectisme, le parfait écrin pour les acrobaties vocales de la chanteuse qui, tel un chaton, finit toujours par retomber sur ses pattes. Sexy, aguicheuse ou autoritaire, sa voix grave et profonde en impose (Ah, « I'm your world » !) quel que soit le contexte apportant la touche de charme latin (mais pas au sens où on l'entend habituellement cf. "Sing Around" ; "Sweet home, sweet light") qui finit d'emporter l'adhésion. Douze titres comme autant d'illustrations sonores de la dolce vita, l'écoute propulse l'auditeur dans un monde de volupté. Un disque nocturne qui fait du bien. 

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vendredi 1 mars 2019

Elise and The Sugarsweets : « It can't go wrong »



Après un premier EP, « When the whistle blows », sorti en 2016, la nouvelle formation franchit sans peine le Rubicon du premier album tout en faisant honneur à son patronyme sucré. En effet, Elise and The Sugarsweets, c'est du sucre, du dessert cinq étoiles, propre à faire fondre les oreilles les plus blasées. La formation se trouve pile au milieu du crossroads pratiquant une recette sur laquelle on n'arrête pas de fantasmer, 1/4 de blues (« The Cell »), 1/4 de soul (« Room 26 », « Baby Lover »), 1/4 de rhythm'n'blues ("It can't go wrong") et, enfin 1/4 de rock'n'roll (perceptible un peu partout dans les soli de guitare endiablés), parce que, quoi qu'on en dise la vie est tout de même plus rigolote avec que sans. Le tout est servi merveille par la jeune chanteuse Elise, la vingtaine à peine entamée, qui fait preuve d'un sacré aplomb du début à la fin du disque, qui incarne avec une impressionnante autorité (compte-tenu de son jeune âge) toutes les facettes du groupe grâce à son timbre aussi charmeur que puissant. Autour d'elle, un gang de vieux routiers qui ont arpenté l'autoroute bleue dans tous les sens, le guitariste félin Olivier Raymond, la section rythmique au groove imparable des frères Ferrié (Jérôme à la basse, Olivier à la batterie) et l'orgue Hammond débordant de feeling de Sylvain Lansardière (le gospel « Stupid Lover »). Dès la première plage le disque part fort avec un « I'm on fire » (tout un programme!) au groove tourneboulant. Elise est en feu, nous aussi ! Le reste du disque est à l'avenant, l'émotion est toujours mise au premier plan, tant dans les moments calmes, apaisés, que lorsque groove monte dans les tours. Enregistré live en quatre jours, l'album met en merveille l'aspect organique qui anime le groupe, pour un résultat au final bien plus intemporel que vintage. C'est d'ailleurs écrit sur la pochette, cette histoire ne peut pas aller de travers ! 

En concert le 23/03 au Triton (Les Lilas)
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jeudi 28 février 2019

Durand Jones and The Indications : « American Love Call »



Enregistré pour un budget minimal (452,11 dollars), sorti une première fois en 2016 sur un minuscule label local (Colemine Records) avant d'être repris par une plus grosse structure (Dead Oceans) et d'accéder ainsi, sur le tard, à la reconnaissance internationale ; le destin du premier album de Durand Jones and The Indications avait tout du compte de fées. Une note réconfortante dans une contexte dramatique, une scène soul dévastée par les disparitions successives de Sharon Jones (en 2016) et de Charles Bradley (en 2017). Ce disque fut, en tout cas, une bouffée d'air frais pour tous les amateurs éclairés de soul music. Mais à l'heure de sortir son deuxième effort, le groupe semble décidé à passer à la vitesse supérieure, mettant les bouchées doubles à tous les niveaux (écriture, production). Là où le premier LP brillait par son charme intimiste, ce deuxième se veut luxuriant. Les arrangements de cordes sont délicats (dans la lignée du Philly Sound), et l'association au chant de Durand Jones et du batteur Aaron Frazer (beaucoup plus présent derrière le micro) permettent de nombreux jeux de voix et multiplie les contrastes entre voix de tête haut perchée (Frazer) et timbre guttural et puissant (Jones), une dynamique au-dessus de laquelle plane le fantôme des Delphonics. C'est ainsi tout un pan de la soul music que balaye le groupe, une grande variété d'ambiances, tendres, langoureuses ou plus musclée, à laquelle le groupe rend hommage tout au long de cet album finalement plus intemporel que simplement nostalgique. Superbe. 

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Line : « A walk above clouds »



Comme son nom l'indique, la formation évolue sur une ligne fine, entre luminosité et mélancolie en mettant à profit une kyrielle d'influences venues des années 1990. Un tiers trip-hop, un tiers électro et un tiers pop-rock, Line met en avant l'aspect progressif de ses compositions (limite expérimental cf. l'intro de « Try », "Flesh") tout en transperçant le tapis cotonneux d'éclairs de guitare (« Flesh ») ou de fulgurances rythmiques grâce à une section à trois (basse, batterie et percussions) ; cette dernière incarnant l'essentiel élément disruptif bousculant l'auditeur dans le bon sens (le joli blues « The Plan »). 

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mercredi 27 février 2019

Wild Fox : « Wanker's Juice »



Deuxième EP pour ce tout jeune groupe angevin (19 ans de moyenne d'âge) tombé très tôt dans la marmite du rock'n'roll. Wild Fox se trouve une petite niche dans la très riche scène psyché/garage grâce à une démarche originale où des influences pop (« Sunday Lost », très chouette au demeurant) et psychédéliques viennent policer le côté abrasif du propos. Ainsi des arrangements au sitar et des guitares savamment contenues, sans dérive excessive dans les décibels, viennent contrebalancer un chant parfois assez guttural (« African Running »). Saluons au passage le travail de production et d'arrangement très soigné. Des échos lointain du BJM se font ressentir à l'occasion dans le traitement des guitares (« Chester ») mais c'est lorsqu'ils sortent de leur zone de confort psyché pour s'attaquer à des rivages plus punk (« Lock ») et dark (« Mursees », notre préférée) que le groupe séduit le plus. La formule semble déjà au point mais la marge de progression est telle que l'on parie sans hésiter sur le quatuor. Le meilleur est à venir pour peu qu'ils se débarrassent des encombrants fantômes et affinent encore leur univers. A suivre… 

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lundi 25 février 2019

Yarol



Pour son premier véritable album en solo, en trente ans de carrière, Yarol Poupaud (FFF, Mud, Black Minou) surprend en rebondissant là où on ne l'attendait pas. Dans le fil de sa carrière, ce premier album arrive à la suite d'années passées en compagnie de Johnny Hallyday et à la tête de Black Minou. Années où le musicien s'est sensiblement recadré sur un rock'n'roll garage pur sucre, teinté de blues et de soul music 70s. Cet album aurait-il pu être le premier album de Black Minou ? Le tracklisting pourrait le laisser supposer puisqu'on y retrouve trois titres (« Boogie with you », « Bad Habit », « Voodoo Love ») qui figurait déjà sur l'unique EP de Black Minou. Sauf qu'il n'en est rien, les titres étant présentés ici dans des versions radicalement différentes qui n'ont que peu à voir avec les originaux. Tête brûlée, n'ayant pas peur de la prise de risque, Yarol a réussi à rester fidèle à lui-même tout en évoluant vers des rivages auxquels il ne nous avait pas spécialement préparés ; maintenant intact une énergie brute et primale, une étincelle primaire du rock'n'roll (incarnée par sa guitare incendiaire) et qui se faufile entre les mailles du filet, perceptible dans le rythme africain qui habille « Sale », ou le boogie funk teinté d'électro de « Boogie with you », « No filter » ou dans la quasi disco « Bad habit ». Un album survolté au groove dépotant donc mais qui sait également se faire mélancolique (« The End of the world », "Black cat bone") ou tendre (la joliment pop « Trouble on the wire » ou le très bel acoustique de clôture « Something's gonna happen ») à l'occasion. Belle réussite. 

En concert à Paris (La Maroquinerie) le 20/03/2019
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dimanche 24 février 2019

Júníus Meyvant : « Across the borders »



A travers les frontières, c'est le titre du nouvel album de l'Islandais mais cela pourrait également être le leitmotiv qui anime le musicien tout au long des onze plages qui composent cet effort. Une musique libre et sans restrictions du genre qui, en dépit d'une certaine unité de style, fait le grand écart entre sunshine pop (« Holidays », « New Waves ») et soul soyeuse à la Motown (« Let it pass ») sans oublier une pointe acoustique ("Punch through the night"), depuis longtemps une marque de fabrique des musiciens de l'île nordique. Magnifiquement produit et arrangé avec le plus grand soin avec moult cordes et cuivres, alors que les trouvailles aux claviers incarnent plutôt le versant pop, ce nouvel album trouve naturellement sa place dans le grand raout soul vintage actuel dans une niche peu visitée, moins sauvage et mettant l'accent sur les mélodies. On n'y trouve finalement qu'un seul défaut, celui de l'incarnation vocale. La voix de Meyvant n'est certes pas dénuée d’intérêt, on y décèle une petite fêlure soul dans le fond de la gorge, toujours intéressante pour incarner le vécu nécessaire au style, mais le timbre de Júníus manque parfois d'ampleur. Quoi qu'il en soit ce nouvel album est un superbe écrin mélodique et reposant. Intemporel. 

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samedi 16 février 2019

ZËRO : « Ain't that mayhem »



L'incroyable visuel, apocalyptique, ornant la pochette, laisse imaginer aux non-initiés que l'on tient là un nouvel avatar heavy-metal. Il n'en est rien. Car derrière le trio Zëro se cache l'identité du dernier projet en date des Lyonnais Franck Laurino (batterie), Eric Aldéa (voix, guitares,) et Ivan Chiossone (claviers, machines et réalisation/mix de l'album), étant des pionniers français du post-rock et actifs depuis la fin des années 1980 au sein de divers groupes phares du genre (Deity Guns, Bästard et/ou Narcophony). En vingt-cinq ans, les musiciens ont eu maintes occasions de tout laisser tomber. Mais tout ce qui aurait pu freiner leur ardeur a eu l'effet inverse. Chaque nouvel obstacle, chaque départ d'un acolyte n'a fait que renforcer leur conviction et stimuler leur créativité. Tout un parcours, un cheminement de vie, que l'on retrouve dans la moindre note jouée sur ce disque incroyable. Car il évident que l'étiquette « post-rock » est devenue bien trop étroite pour un album d'une telle densité (14 titres). Ici tout n'est question d'ambiance dans le sens où l'on dépasse le simple contexte musical pour plonger la tête de l'auditeur dans un magma sonore, noir et glacé (« Marathon Woman », « Underwater frequencies »). Les guitares et claviers tiennent bien évidemment le haut du pavé sur un mode entêtant, hypnotique et répétitif soutenues par le squelette rythmique d'une batterie réduite à sa plus simple expression. Autant de drones n'ayant qu'un objectif : ferrailler le cerveau de l'auditeur ("San Francisco II"), cadenasser les oreilles (« Myself as a fool »), faire frissonner à l'occasion (« Deranged », « Five vs Six »). Ceci posé, le groupe se permet quelques incartades pop ("Recife, 1974") ou blues (l'invraisemblable reprise « Alligator wine » chipée chez Screamin' Jay Hawkins) faisant intervenir les trombones (« We blew it »), autant de respirations dans le contexte général oppressant de l'album tout en magnifiant le registre étendu du groupe. Un disque dont la richesse ne se dévoile qu'au terme d'écoutes, répétées et attentives. Un voyage stimulant. 

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