lundi 29 mai 2023

Holy Bones : « Alma PerdidA »

 


Contenant le mot « os » dans son patronyme, Holy Bones évoque dans l’instant les grands espaces d’un désert inhospitalier et dangereux où chaleur rime avec mort. Le décor est ainsi posé avant même d’avoir entendu la moindre note. Et quel décor ! Pensé comme la bande originale d’un film imaginaire, ce deuxième album d’Holy Bones, contre toute attente il s’agît d’un groupe français, ne se contente pas d’aligner les chansons folk, rock et blues, toutes formidables, mais alterne ces dernières avec des plages de sound design afin de plonger l’auditeur dans l’intrigue : après une rupture douloureuse, le personnage prend la fuite dans sa Cadillac jusqu’à la frontière mexicaine. On y croise toute une flopée de personnages louches et, surtout, son lot de magnifiques chansons où règnent les guitares slidées et les ombres de Chris Isaak (pour la voix), de Calexico et de 16 Horsepower pour l’ambiance poussiéreuse et le ciel d’un bleu céruléen qui surplombe le tout. Superbe !

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dimanche 28 mai 2023

Bill Pritchard : « Sings Poems by Patrick Woodcock »

 


De retour aux affaires après une décennie de pause, entre 2004 et 2014, c’est depuis son come-back surprise, il y a neuf ans, que Bill Pritchard, le plus francophile des Britanniques (ayant collaboré avec Daniel Darc, Etienne Daho ou Frédéric Lo) aligne les albums comme autant de perles dans ce qui ressemble de plus en plus à un nouvel age d’or dans sa carrière. Une sorte de maturité atteinte avec l’age avançant l’aidant à séparer le bon grain de l’ivraie. Preuve nous en est donnée une nouvelle fois avec ce nouvel effort surprenant car rompant avec les habitudes de l’artiste. Plume reconnue, Pritchard n’a pour une fois pas signé un seul texte mais adapté les poésies du Canadien Patrick Woodcock, qu’il n’a pourtant rencontré qu’à distance. Enregistré en petit comité avec l’aide du seul batteur Scott Ralph (Bill assurant seul l’intégrité des guitares, basses et claviers, une première là encore), Pritchard a pris des risques avec ce nouveau disque. Risques payants tant l’album atteint une forme d’altérité pop folk, à l’acoustique chaleureuse, intemporelle et réconfortante. Un disque dans lequel il fait bon se lover, bercé par les délicats arpèges et son chant à la patine légèrement brisée par les années.

En concert le 17 juin au NO.PI

https://www.billpritchardmusic.com/




samedi 27 mai 2023

Claire Days : « Emotional Territory »

 


Le titre, évocateur, de l’album promettait des sommets d’émotions. Le moins que l’on puisse dire est que, pour son premier album, Claire Days tient les promesses évoquées plus avant. Chez Claire Days tout commence par un délicat arpège de guitare folk. Telle une Nick Drake au féminin, son touché de guitare tout en finesse caresse l’oreille de l’auditeur. Ensuite, par la grâce de sa voix, Claire Days transporte l’auditeur dans une sorte de spleen automnal, un tapis de feuilles mortes dans lequel il fait bon se lover. Mais il y a bien plus de musiques chez Claire. Les arrangements audacieux apportent une note pop plus contemporaine et l’artiste réussit parfaitement cet élégant amalgame entre acoustique, électricité et un soupçon d’électronique ouatée (ces derniers éléments sont savamment dosés cf. « Order », « Benny »). Ainsi, malgré la grande douceur musicale qui habite l’ensemble, qui contrebalance la gravité des thèmes abordés, jamais l’album ne sombre dans la contemplation lénifiante, une ligne de batterie bien troussée ou un arrangement aventureux dont elle a le secret maintient l’intérêt de l’album du début à la fin. De bien beaux débuts.

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vendredi 26 mai 2023

Coco Aikura : « A place called home »

 


Le visage fragmenté de l’artiste s’affichant sur la pochette résume le parcours de l’ancienne chanteuse de Yalta Club, allemande de naissance et installée en France, qui la voit naviguer entre trois langues (l’anglais s’invitant aussi aux agapes) sur son premier album solo. Ainsi, comme l’indique le titre, Coco Aikura cherche un toit et finit par le trouver sur « Silent Record », la deuxième plage du disque, affirmant :« Home is where the heart is ». Et puisque l’on parle de cœur, celui de la chanteuse balance beaucoup sur ce premier album entre pop indé et électro, de la délicate acoustique au piano de « Mirror » ou de « Rise up and Fall » (nos préférées) aux accents pop beaucoup plus amples de « Not like you ». Mais qu’elle se niche dans le tréfonds de ses cordes vocales, de la caisse de résonance de sa guitare ou dans une bulle électronique cotonneuse savamment entretenue (« Die letzen Meter »), Coco Aikura n’a de cesse de rechercher cette vibration, chaude et réconfortante, qui habite sa musique, la rend précieuse et hypnotise l’auditeur.

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jeudi 25 mai 2023

GA-20

 



C’est, pour notre part, avec leur deuxième effort, un album de reprise de Hound Dog Taylor, que nous avions découvert le trio de Boston en 2021. Depuis, le groupe a fait sensation dégainant, coup sur coup, deux albums ! Tirant son nom d’un mythique ampli de la marque Gibson des années 1950, GA-20 reprends à son compte ce qui fut une figure de style typique des années 1990, celle du trio atypique, où l’un des instruments traditionnels (guitare, basse et batterie) est remplacé. Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, c’est la basse qui est absente. Le groupe se présente donc sous la forme d’un duo de guitares accompagné d’une batterie, dans la lignée du Jon Spencer Blues Explosion tout en entretenant une sorte de cousinage éloigné avec les Black Keys du début. Avec ces glorieux aînés, GA-20 partage un amour du blues et du rock’n’roll garage mâtiné d’un soupçon de soul ou de rhythm’n’blues, influence particulièrement perceptible dans le chant de Pat Faherty et dans le groove de la batterie de Tim Carman. Matthew Stubbs et Pat Faherty constituent quant à eux une doublette de guitares, inspirée et vivifiante, jouant, avec une virtuosité discrète, plus de l’énergie et de l’émotion que de la saturation à outrance ; ce qui rend leur interprétation du blues aussi intense et débordante de feeling. Esthète et cultivé, le trio connaît ses classiques et se joue souvent de l’art de la reprise comme le démontre le nouvel album surprise live (enregistré chez Plaid Room Records in Loveland, disquaire tenu par le patron de leur label Terry Cole) qui en contient de nombreuses, mais pas de Hound Dog Taylor, le sujet ayant déjà été épuisé par ailleurs. Le groupe foulera pour la première fois une scène française le 30 mai prochain au Petit Bain, en première partie de Chuck Prophet, et l’événement promet d’être d’importance !

EN CONCERT LE 30 MAI (Petit Bain)

https://ga20band.com/

https://www.facebook.com/GA20blues/





mercredi 24 mai 2023

Jérôme Castel : « Doggerland »

 


Musicien éclectique, guitariste et/ou bassiste chez d’autres (Nesles, Fredda), également passé par la musique électronique, Jérôme Castel renoue avec ses racines rock sur ce nouvel effort. Enregistré à trois (avec basse et batterie) et en quatre jours en décembre 2019, juste avant que le monde ne bascule, il se dégage de ce magnifique album, chanté tout en français, de fortes effluves du rock indé américain des années 1990. Tout en guitares tempétueuses, mû par une tension sous-jacente qui n’explose jamais tout à fait, évoluant sur un ligne de crête rare avant de basculer dans le chaos des guitares (cf. la sublime « Léger », morceau de bravoure de 8 minutes dans lequel résonne le fantôme de Sonic Youth) produisant un étonnant effet hypnotisant chez l’auditeur (« La Beauté Nouvelle ») ; c’est à l’aune de notre époque qu’il convient de jauger cet album. Finalisé entre deux confinements, le disque fait écho à l’angoisse sourde du 21ème siècle. Ainsi, la pochette, signée Christophe Lavergne, représente la platisphère, ce continent de plastique polluant l’océan, un véritable écosystème toxique à part entière, tel une épée de Damoclès dont les chansons tourmentées de Jérôme Castel sont le pendant musical. Et quand répit il y a (la délicate et acoustique plage titulaire, "Vermeil"), il est forcément de courte durée…

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https://jeromecastel.com/

https://jeromecastel.bandcamp.com/album/doggerland-2




mardi 23 mai 2023

Wakan Tanka : « Heat »

 


Un œil dans le rétro, l’autre résolument tourné vers l’avenir, Wakan Tanka, a trouvé la bonne recette. Il y a tout d’abord, ces influences blues prégnantes qui charment l’oreille lors des intros, comme autant de bases solides, sur lequel le quatuor s’appuie afin de bâtir sa cathédrale sonore. A ces influences bleues, devenues assez rares, le groupe y ajoute un soupçon de psychédélisme (« Circles ») mais surtout d’énormes guitares stoner, qui se chargent de propulser l’ensemble dans une autre dimension où le passé et le contemporain se rejoignent. L’acoustique, la pop et le folk ("All the shades") constituent une autre influence disséminée par le biais d’un piano élégant (« Windwalkers »). C’est extrêmement bien fait et produit au millimètre.

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samedi 13 mai 2023

Phoenix : « Alpha Zulu »

 


Nouvel album et nouveau casse-tête en perspective pour le chroniqueur car, en dépit de son duo de guitaristes, Phoenix n’a jamais vraiment été un groupe de rock’n’roll. Mais de quoi s’agît-il alors ? De pop ? Probablement trop électro (cf. la quasi-techno "All eyes on me"). D’électro alors ? Et non pas vraiment non plus. Et voilà c’est comme ça, Phoenix n’aime pas trop les cases et le chroniqueur n’a pas fini de se gratter le crâne de perplexité et cela fait 20 ans que cela dure ! Une chose ne change cependant pas, la science du tube infuse du groupe qui déroule tout seul, quelque part entre toutes ces influences, porté par des lignes de basse énorme et une rythmique au cordeau (« Alpha Zulu », « The Only One », « Winter Soltice », « Season 2 »). Le groupe ne s’inscrivant plus dans une perspective strictement française depuis belle lurette, ce nouvel effort fait office de retour à la maison, enregistré au Musée des Arts Décoratifs, entre deux chefs d’œuvres signés Dubuffet, Lalanne, Dalí ou Botticelli, qui a par ailleurs inspiré la pochette. De quoi inspirer le quatuor et faire, un peu, oublier l’absence de Philippe Zdar (décédé en 2019), habituel accompagnateur du groupe auquel le groupe dédie l’émouvant « Identical » qui ponctue l’album.

https://wearephoenix.com/




vendredi 12 mai 2023

Bigger : « Les Myosotis »

 



Habitué des alliances avec des chanteurs anglo-saxons (cf. Dead Chic avec Andy Balcon), le guitariste Damien Félix (ex-Catfish) s’est acoquiné depuis 2016 avec l’Irlandais Kevin Twomey (Monsieur Pink) sous l’alias Bigger. Et après deux Eps, le groupe ainsi constitué présente son premier album en bonne et due forme. Un premier disque étonnant qui fascine par son approche oblique. L’aspect qui frappe l’esprit en premier lieu est la sophistication de la musique, laissant une large place aux arrangements baroques avec force claviers (piano, orgues, clavecins), bien servie par le chant aventureux et des lignes de guitares à l’avenant. Pop est ainsi le premier adjectif venant à l’esprit, mais une pop traversée de violents éclairs de guitare rock’n’roll et mue par une énergie menaçante se traduisant par une rythmique tendue à l’extrême. Le danger rode ainsi dans ces lignes de basses et ce groove mécanique de la batterie avant l’explosion sonore des guitares. Un magnifique album également disponible en version deluxe agrémentée de quatre titres bonus (soit une quinzaine de minutes).

https://www.bigger-music.com/

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lundi 8 mai 2023

Missri and Friends : « My Zombie Girl »

 


Fidèle à sa conception collaborative de la musique, le guitariste et chanteur Stéphane Missri, réunit ses amis (trop nombreux pour être tous cités ici) le temps de cet album. Plus qu’à un simple album c’est à une célébration de l’amitié, et une joyeuse fête aussi, à laquelle l’auditeur est convié : un véritable art de vivre que le guitariste mets en sons. Une façon de faire assez courante dans les années 1960 dont Missri a gardé le goût et dont il ranime la flamme. Au-delà de la sublime pochette psychédélique qui l’orne, la musique possède cette patine folk-rock psychédélique, jouée avec passion et compétence, mais sans s’enfermer dans un cadre par ailleurs trop restrictif. L’orchestration est riche et variée : le violon pour la note country ou celtique (« Voices along the way »), guitares inspirées ramenant l’album vers son versant pop (« My zombie girl »), harmonica et claviers pour entretenir le brasier blues/psyché (« Ricky Lee and Lyle »). Un très bel album.

En concert le 26 mai à la Dame de Canton

https://www.missri.fr/

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samedi 6 mai 2023

Julie Gasnier : « Feux de Nuit »

 


Comme un feu dans la nuit, Julie Gasnier illumine la pop hexagonale de son humeur primesautière. Julie Gasnier s’amuse en musique comme le prouve les 13 pistes de son album, où l’expérimentation oblique se pare d’une joie communicative de faire de la musique. Et avec à la clef quelques franches réussites « Mot m’a dit », sorte d’expérimentation rythmique de laquelle s’échappe des effluves enivrantes serties de jeux de mots. Autre grand moment, plus rock, plus tendue, « De son bec » se base sur une rythmique de guitare bien sentie à la lisière du blues avant que l’artiste ne cède à sa tentation d’emprunter des chemins de traverse. On trouve aussi dans l’album quelques jolis arpèges de guitare (« Ivresse » ; « Qu’il pleuve ») ou de la chanson dont elle assume l’héritage des années 1970 avec beaucoup d’inventivité et un soupçon de psychédélisme (« Ma Plaine »). Un album riche, ouvragé et soigné dans le moindre détail, pensé comme une œuvre intrigante. Un jeu de pistes aux milles interprétations possibles dont les trésors nichés dans les coins se révèlent au fil des écoutes. Une véritable promesse pour l’avenir.

En concert le 9 mai (Studio de l’Ermitage)

https://www.facebook.com/Juliegasnierpage/





vendredi 5 mai 2023

MIËT : « Stumbling, Climbing, Testing »

 


Et si la pochette de l’album en disait finalement beaucoup sur la façon dont Suzy Levoid (Miët) aborde la musique et son instrument fétiche, la basse ? Un savant travail de déconstruction, voire d’expérimentation sonore parfois proche, surtout sur le premier titre « Our walking lives », de Kim Gordon (époque Sonic Youth). Ce premier album, Miët l’a enregistré entièrement seule, assurant, outre la basse, les programmations. Vu le contexte, solitaire, on aurait pu craindre un album cheap et bancal. Il n’en est rien. Remarquablement abouti, le disque est une véritable plongée dans l’univers de Suzy et démontre à quel point la musicienne fait corps avec son instrument, la basse, qui lui sert un peu à tout, assurer le rythme comme donner un coup de fouet à la musique, rôle habituellement dévolu à la guitare. Mais le disque atteint également une forme de vérité touchante dans ces moments les plus apaisés, faussement calme (« Hibernation ») ou la musicienne entretient une forme de tension sous-jacente allant crescendo. Voilà un album intrinsèquement rock, expérimental et novateur.

En concert le 6 mai à la Maroquinerie (avec Meule et Tamar Aphek)

https://www.mietmusic.com/

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jeudi 4 mai 2023

Order 89 : "Lipstick"


 

1989 aurait pu être l'année de sortie de ce nouveau single d'Order 89, entremélant synthés et guitares et agrémenté d'un chant traînant sombre à souhait.

https://fr-fr.facebook.com/OrderEightyNine/