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dimanche 19 octobre 2025

Bertrand Louis, La Manufacture Chanson, 15 octobre 2025.

Depuis qu’il a « osé » consacrer un album à la poésie de Philippe Muray (un poète anarchiste de droite), Bertrand Louis incarne une voix unique dans la chanson française, celle d’un franc-tireur aux textes corrosifs, un hussard de la chanson jugé infréquentable par certains ce qui lui vaut encore aujourd’hui un statut à « demi-compatible » avec certains médias qui rechignent à chroniquer ses disques. Le chanteur semble s’amuser de ce statut de trouble-fête et ne fait rien pour arrondir les angles, n’ayant de cesse d’épingler les travers de l’époque (le téléphone portable, les réseaux sociaux etc.), avec des mots choisis et un sens de l’humour incomparable, tel un improbable trait d’union entre Serge Gainsbourg et Didier Super. « A part la droite, il n’y a rien que je méprise autant que la gauche » chante Bertrand, mettant en musique l’effacement des repères actuels et balayant d’un coup ses supposées affinités politiques. Seul sur la minuscule scène de La Manufacture Chanson, entouré de sa guitare, d’un piano et de quelques claviers, Bertrand égrène les titres de son nouvel album dans un registre électro-pop, compensant l’absence de musiciens additionnels avec une énergie incomparable, incarnant, au sens premier du terme, tel un comédien, les personnages de ses chansons. « Un jour je serais lassé d’ironiser sur ce monde de merde » avoue le chanteur. De fait, c’est lorsqu’il se retrouve seul au piano avec pour compagnon la poésie de Baudelaire ou de Verlaine, que le chanteur émeut le plus. Musicien remarquable, pouvant passer de la tendresse à des éclairs aussi violents que la foudre, Bertrand Louis possède également les atouts pour s’imposer dans ce registre intimiste.

vendredi 3 octobre 2025

Bertrand Louis : « Stéréotype(s) »

 


Après avoir mis en musique la poésie, au fil d’albums consacrés à Baudelaire, Verlaine ou Muray, Bertrand Louis s’est décidé à observer le monde, son évolution et les travers y afférent (réseaux sociaux, écriture inclusive, militantisme écologique etc...) Après une période de réflexion l’artiste a enregistré ce nouvel album, seul, avec pour seuls compagnons ses claviers, sa guitare et diverses programmations. Bertrand s’est également amusé avec l’intelligence artificielle, pour générer d’improbables voix robotiques qui parsèment l’album d’injonctions comminatoires. Aussi improbable que cela puisse paraître le résultat est très réussi et fait basculer l’album dans une autre dimension, une terra incognita musicale, brossant un portrait acide et peu reluisant de l’époque. Il se dégage de ces chansons une ironie mordante, comme un portrait en creux épinglant l’idiotie et la bêtise actuelle en utilisant les mêmes termes que ces dernières ("Phobe"). C’est au travers de cet immense miroir déformant que Bertrand Louis observe le monde au point de flirter avec des imprécations orwelliennes (l’expression « Police de la pensée » est citée dans la mordante « Tavuskiladi ! »). On trouve dans cette dérision une forme de réconfort. Grinçant mais surtout drôle.

En concert le 15/10 à la Manufacture Chanson.

http://www.bertrandlouis.com/