samedi 17 août 2019

Equipe de foot : « Marilou »



Un peu juste pour jouer la gagne à la Coupe du Monde, le duo est, en revanche, parfaitement outillé pour faire le match sur le terrain du rock. Car, oui, et on ne rigole pas svp, il y a bien un groupe de rock nommé Equipe de foot qui joue en ce moment près de chez vous et ce n'est pas une blague. Plutôt influencé par le grunge et les années 1990, le duo propose une version de l'idiome influencé par la pop dont ils ont gardé un goût certain pour les mélodies (« Not About Wrinkles ») et qu'ils s'amusent ensuite à traîner dans un bourbier de guitares abrasives (« Funny Wife ») entre lo-fi et rock garage (cf. le dyptique formé par l'intro « OPMT » et « The dictionnary guys »). Tour à tour touchant (cf. « Marilou ») et/ou galvanisant Equipe de foot évolue dans une zone grise entre des textes assez sombres (l'album tourne autour du thème de la Camarde) et une musique euphorisante. Deux pôles faisant contraste et qui font tout le sel de cet effort réjouissant. 



vendredi 16 août 2019

Buck : « Among your fears »



« You can get away » affirment-ils dès le titre d'ouverture, tu parles ! S'affranchissant des règles et des styles, le duo basse (Xavier Soulabail) et batterie (Clément Palant) Buck, hypnotise l'auditeur et il devient très difficile de s'en sortir. A la source de tout on retrouve, une fois de plus, le blues. Un blues poisseux et collant, noir à souhait, servi par une voix de gorge, grave, idoine pour ces histoires de meurtre (« My murder ») et de fin du monde (« Last night boogie »). La basse bourdonne, vrille le cerveau alors que, s’agitant habilement sur les fûts, les baguettes font monter la tension avant l'explosion finale. Agrémenté d'un saxophone, hurlant comme aux plus beaux jours des Stooges, et d'un orgue, le duo se voit ouvrir de nouveaux horizons. Il plane comme un air de Morphine (la basse blues slidée, le saxophone) sur l'album (cf. « A Bullet »). De Joy Division et de cold wave également (« Blackshirts », « Get Away », « My murder ») aussi surprenant que cela puisse paraître. Un grand écart stylistique mené sur un tempo punk (« Pull the trigger », « Last night boogie ») comme une manière de ZZ Top dopé aux amphétamines. Un grand disque ! 




jeudi 15 août 2019

Cécile McLorin Salvant & Sullivan Fortner, Sunside, 13 Août 2019.


Talent exceptionnel, la jeune Franco-Américaine n'a eu aucun mal à faire salle pleine, pour deux sets à la suite, dans ce Paris quelque peu déserté, de mi-août. Assis au deuxième rang du petit club de Châtelet, à à peine un mètre de la chanteuse, on mesure l'immense privilège de pouvoir assister d'aussi prêt à une prestation de Cécile dans ce club intime. En la personne du pianiste virtuose Sullivan Fortner, Cécile a trouvé autant le compagnon de jeu idéal que la formule idoine pour faire briller de mille feux son immense talent. Car, il va sans dire, que l'Américaine possède une belle voix, mais cela n'est rien sans son immense travail d'interprétation. Et c'est bien de cela dont il est finalement question, un talent d'interprète qui redonne tout son sens à la définition du mot. Une présence physique tout d'abord, les pieds fermement ancrés dans le sol, Cécile chante, alors que le haut du corps, à partir des épaules, cherche à s'élever jusqu'aux étoiles. Le regard ensuite, les yeux révulsés, totalement investie, rieurs ou graves lorsque le sens de la chanson le réclame, son interprétation est tellement intense qu'elle s'approprie totalement le texte, redonnant beaucoup de poids, de sens, aux mots écrits par d'autres. La diction enfin, parfaite, la chanteuse est non seulement parfaitement francophone, sans le moindre accent, mais retrouve même les intonations titi parisiennes du répertoire des années 1930 qu'elle chérit visiblement. La formule piano/voix, dépouillée à l'extrême, est celle qui lui convient finalement le mieux, une présence musicale plus fournie aurait tendance à obérer les magnifiques intonations de la chanteuse. Un concert précieux et débonnaire ou chacun choisit, à tour de rôle, les chansons jouées et chantées tant en français qu'en anglais. L'audience est scotchée sur place, on ressort un immense sourire aux lèvres. Et tant pis si dehors il pleut, notre petit cœur est bien au chaud. 


lundi 12 août 2019

Hat Fitz & Cara : « Hand it over »



Grand classique du début du 21ème siècle, la formule duo guitare/batterie, désigne souvent des groupes de rock teintés de blues. Hat Fitz & Cara renverse la problématique et serait plutôt un pur groupe de blues qui s'amuse, parfois, à pervertir le sons des guitares (« ADHD » ; « Under Wing »). Ainsi le duo met à profit sa mixité pour mieux brouiller les pistes. Les guitares et autres banjos, aux cordes délicatement piquées, déversent leur feeling transcendant les enceintes (« Step Up », « City Lights ») ; l'alternance entre la voix douce et aérienne de l'Irlandaise Cara Robinson contraste avec le timbre de gorge, plus rugueux, de l'Australien Hat Fitz (cf. « Trimmed and Burning »), alors que le violon épars apporte un soupçon de ruralité mélancolique (« Harbour Master »). Le tout baigne dans une ambiance rurale, très roots, convoquant de nombreuses images mentales telles que le souffle chaud du vent du désert australien apportant une pointe d'aridité sur la verte lande d'Irlande. Entre le vert et le sable, cet album désigne autant un voyage en soi qu'une magnifique découverte. 
http://www.hatfitzandcara.com/
https://fr-fr.facebook.com/hatfitzcara/



dimanche 11 août 2019

Bruit Noir : « II/III »



Zizanie dans le métro. Après vingt ans de carrière, le duo Pascal Bouaziz et Jean-Michel Pires (par ailleurs cheville ouvrière de Mendelson) dresse le bilan comme on voyage dans le métro, les titres défilant comme autant de stations : « Le Succès » (bon, visiblement cette dernière n'a jamais été desservie), « L'Europe », « Partir » signifiant la fin du trajet, et « Paris » un règlement de compte en règle (et un clin d’œil vache adressé à Daniel Darc au passage) comme à une réponse à « La Province » du premier disque. Fielleux, Bouaziz déverse sa bile au fil des titres, parfois drôle, dans un genre d'humour noir, et paradoxalement irritant, le chanteur nous questionne : une sacrée tête à claque, oui, mais touchante (« Romy », « Partir »). Autre moitié du duo, Jean-Michel Pires emballe le tout de son fameux bruit noir, un mélange d'électronique minimale anxiogène et de cold wave industrielle (« Des Collabos »), constitué de nappes soutenues par un rythme réduit à un simple battement. Une démarche expérimentale éloignée du songwriting classique et qui finit d'assommer l'auditeur décontenancé par un album brûlot en forme de coup de poing dans l'oreille qui se termine, ironiquement, avec l'arrivée à la station "Bonne Nouvelle". 



mardi 6 août 2019

Volutes : ▷ 2.4 - √ - ◀◀




Au terme d'engagé, galvaudé au fil des années, le trio préfère celui de « citoyen ». Volutes, un groupe citoyen donc, c'est à dire avant tout conscient du monde qui l'entoure et des dérives qui sont, hélas, notre quotidien : le terrorisme (« Syriana »), le climat social tendu à l'extrême (« Les nerfs à vif ») ou le millénarisme (« Le champs des signes »). Autant de thèmes qui généralement plombent la musique, une dérive récurrente du rock français depuis l'avènement de Noir Desir. Soucieux d'éviter l'écueil, le groupe joue la carte de la diversité osant des nappes électro ou des break hip hop avec une fortune diverse. C'est finalement lorsque ce bon vieux blues s'invite à la table (« Scarlett ») ou lorsqu'il réinvente le rock baroque des Doors à la mode punk du 21ème siècle (« Le champs des signes ») que Volutes laisse apercevoir un potentiel encore imparfaitement exploité. 

https://www.volutes.rocks/
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lundi 5 août 2019

Brisa Roché : « Low Fidelity »



C'est la divine surprise de notre été, Brisa Roché a enregistré un nouveau disque ! Une sortie pour le moins inattendue et pas vraiment prévue au planning. Fidèle à son titre, le contenu en est acoustique et pour le moins dépouillé. Et dans le fond, c'est pour le mieux et c'est très bien ainsi ! De Brisa et sa guitare, il se dégage quelque chose d'unique, une âme (« California Man », « Summerelo ») qu'un interventionnisme extérieur ou une production plus lourde aurait fini par obérer. Le disque possède ainsi le charme de ces choses enregistrées au débotté, au naturel. Comme une perle échappée du Laurel Canyon des sixties ou du Haight-Ashbury de la même époque, l'album convoque de nombreuses images mentales, on se surprend ainsi à rêver des grandes étendues de l'Ouest Américain, on rêve d'un disque enregistré au fin fond d'une grange abandonnée quelque part dans l'ouest. Magnifiques arpèges de guitare folk, voix éthérée et légère (cf. "Can't Stand"), l'album évoque d'emblée un sentiment d'intimité avec la musique et coule de source, une chanson après l'autre. Brisa a fait du manque de moyen une force créatrice et prolonge ainsi le travail d'introspection et de retour aux sources (cf. « Daughter of a Teacher ») entamé avec son album précédent, le déjà magnifique « Father ». Un album lumineux que l'on n'a pas fini d'écouter en regardant le soleil se coucher.

https://brisaroche.bandcamp.com/album/low-fidelity
http://www.brisaroche.com/
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dimanche 4 août 2019

G. Lolli : « Chiaroscuro : The truth and its shadow »



Faux Italien mais vrai Français, G. Lolli (aka Dr Geo) nous livre la bande originale d'un polar transalpin imaginaire, enregistré à Biarritz, et plus vrai que nature ! Ces ballades, dont certaines dépassent à peine la minute, moites ou oppressantes, entièrement instrumentales, conjuguent avec maestria les influences du jazz et du funk ; le tout composant une bande son au fort pouvoir évocateur, faisant travailler l'imaginaire de l'auditeur et justifiant ainsi pleinement le sous-titre de l'album : « Library music for a cinematic journey ». Guitariste habile, maîtrisant aussi bien les arpèges acoustiques que la brûlante pédale wha-wha, Dr. Geo a mis les petits plats dans les grands pour assouvir ses ambitions cinématographiques : arrangements luxuriants, de cordes, de vents, de percussions endiablées, de piano électrique, sont ainsi mis au service d'une musique au-dessus de laquelle plane l'influence des années 1970 à laquelle il fait honneur, égalant ainsi ses maîtres, Ennio Morricone ou Nino Rota. Ni revivaliste, ni nostalgique, mais tout simplement intemporel. Saluons enfin pour finir la magnifique édition vinyle de l'album servie dans une superbe finition marbrée or et noir. 

https://specific.bandcamp.com/album/chiaroscuro
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https://www.la-face-cachee.com/

samedi 3 août 2019

Lloyd : « Black Haze »



Comment faire du neuf avec de l'ancien ? Interrogation classique qui anime pléthore de groupe de rock depuis un quart de siècle, on ne compte plus le nombre « de meilleur album des Beatles depuis la séparation des Beatles ». Et si on se concentrait, plutôt, sur les chansons ? A ce petit jeu, Lloyd tire son épingle emmenant les influences, parfaitement digérées des années 1970, là où ne les attendait pas. L'album est du genre tortueux, rien que le titre d'ouverture, « Dreams Overture » flirte avec les dix minutes. Et que s'est-il passé entre-temps ? Tellement de choses ! Quelques influences du blues, bien cachées dans le creux d'une guitare slidée avec inspiration, et un télescopage massif des guitares puissantes qui se fracassent souffle pop épique typiquement 70 (Supertramp, Pink Floyd, ce genre de choses) incarné par des choeurs et même quelques synthés, le groupe n'ayant pas peur d'insuffler une légère dose électro vintage dans sa musique. Si l'on prend en compte également une certaine appétence pour les ballades et la pop psychédélique (au sitar), on entrevoit seulement le début des possibilités offertes par la créativité de la formation. Pensée, réfléchie, la musique de Lloyd pourrait facilement tomber du mauvais côté de la barrière, vers le kitsch grandiloquent, un écueil facilement évité par une production au cordeau. Une question reste cependant en suspens : comment retranscrire sur scène, à trois, un univers aussi riche et onirique ? 



vendredi 2 août 2019

Shayna Steele : « Watch me fly »



A quel point la musique est-elle le fruit d'une expérience de vie personnelle ? Cruciale, fondamentale et passionnante, la question se trouve au cœur du nouvel album de la chanteuse. Longtemps, cette dernière a été cantonnée au second plan, au fond de la scène. Cette choriste, anonyme mais chantant magnifiquement bien, c'est Shayna ! Cette dernière a, des années durant, enchaîné les collaborations prestigieuses et autres prestations dans des comédies musicales. Aujourd'hui la belle vole de ses propres ailes (cf. le titre) et le voyage promet d'être spectaculaire ! Tout débute par un rimshot nerveux de la batterie qui, d'emblée, place la chanteuse sur le terreau, fertile, du jazz swing (« Be », « Baby be mine »), racé et élégant, voire du blues (cf. « Treat me good ») mais, toujours, mâtiné d'une forte dose de groove soul (« Shadow »). La reprise de « That's what love will make you do » est à ce titre exemplaire dans une veine New-Orleans/Meters. Une variété d'atmosphères qui constitue le décorum de l'album et dans lequel se fond, avec grâce et élégance, la chanteuse aussi à l'aise dans un registre puissant que dans le feulement sexy. Du vécu débordant des cordes vocales, la chanteuse est également co-auteur de la majorité des compositions. De quoi parachever l'invitation à découvrir son univers au travers de cet album en forme de divine surprise. 

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