mardi 25 juillet 2017

The Defibrillators : « Electric Fist »



Sur la pochette de ce premier album de ce groupe venu de Haute-Savoie, une main tient un éclair. Et l'image est on ne peut plus approprié tant la foudre semble sortir des enceintes et frapper l'auditeur à l'écoute du disque. Les racines de la formation sont à rechercher du côté du rock n'roll des années 1960 mais pas n'importe lequel, celui pour lequel le « roll » est indispensable. On pense ainsi tour à tour aux précurseurs du punk (Stooges, MC5) ou au rock garage des mêmes années (Sonics, Seeds) autant d'idiomes parfaitement intégrés et digérés par le groupe (« Spend my money »). L'album ravive les souvenirs de tout ce qu'on aime, à la fois fougueux, sauvage et débridé. Mais, surtout, le quintet n'est pas insensible à ce qui s'est passé après les années 1960. Ainsi, le punky « Chemical gas » est très actuel comme un trait d'union entre les influences du passé et un son plus moderne. La grande force du groupe réside dans ce groove de la batterie qui se marie à merveille aux guitares énormes (« Think I'm dirty ») et qui, en général, fait le sel de tout bon groupe garage qui se respecte. Le cahier des charges parfaitement exécuté, le disque ne peut être que réussi. Encore plus avec un chanteur, Iron Mut, aussi expressif qui module sa voix à l'envie en fonction des émotions. Quelques influences bluesy en plus (« Prostitute », « Dentist blues ») ajoute au charme de la chose et le tour est joué ! Excellent.

lundi 24 juillet 2017

Trombone Shorty : « Parking Lot Symphony »



Superstar de la nouvelle scène New-Orleans, qui l'a vu naître, Troy Andrews a fait de son instrument de prédilection son prénom d'artiste. Digne héritier de ce style si spécifique, évoquant la peine sur un ton festif (et inversement) sur des rythmes funky et endiablés hérités de la Caraïbe, Trombone Shorty est particulièrement incendiaire sur scène. Les spectateurs du Paris Jazz Festival du Parc Floral en s'en souviennent encore, lorsque, en 2013, le musicien avait prolongé son concert dans le allées du jardin pour le plus grand bonheur des badauds. Un instrumentiste surdoué doté d'un showman charismatique, bref, Trombone Shorty a tout pour lui. Et pourtant, après une entame osée et impeccable (le funèbre « Laveau Dirge » que l'on retrouve également en conclusion) ce nouvel effort nous déçoit quelque peu au point de nous laisser un goût un peu amer à l'oreille. Certes, Trombone Shorty est impeccable lorsqu'il est lancé à pleine allure sur une autoroute funk laissant peu de répit à l'auditeur (« Here comes the girls », la reprise impeccable de « It ain't no use » des Meters avec, adoubement suprême, Leo Nocentelli en personne ; le final instumental « Tripped out slim », « Fanfare » et « Like a dog »). Mais le bât blesse lorsque Trombone Shorty se met en tête de jouer à la pop star, pour un résultat fade, lorgnant trop vers la FM, pour être honnête (le morceau titre « Parking lot symphony », « Familiar », « Dirty Water », « No good time ») et ce en dépit des influences Treme (son quartier natal) que l'artiste prend soin d'injecter dans chaque titre. On attendait mieux.

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jeudi 20 juillet 2017

The Dustaphonics : « Johnny & Bo »


Il est de ces groupes que l'on retrouve avec grand plaisir après les avoir perdus de vue pendant un temps et, assurément, les Dustaphonics font partie de cette catégorie. La tête pensante de l'affaire se nomme Yvan Serrano, un Français exilé à Londres depuis 20 ans, connu mondialement sous son nom de DJ Healer Selecta. Ce nouvel effort, le troisième, est placé sous l'égide de deux figures tutélaires, représentées sur la pochette, Johnny Ramone et Bo Diddley. Le titre éponyme « Johnny & Bo » les met à l'honneur associant le « hey Bo Diddley » de l'un au « Hey ho let's go » de l'autre dans un mariage harmonieux quoi qu'étonnant. Le reste de l'album s'avère aussi explosif que le mariage des deux musiciens évoqués plus avant. Il faut dire que les Dustaphonics évoluent en terrain miné entre swing énervé hérité du rockabilly et roucoulades acharnées d'une guitare en plein trip surf. Le cocktail est sous haute énergie. Mais depuis notre dernière visite, le groupe s'est étoffé et a élargi son registre instaurant une dose de soul music (« Dreams on screen » ; « Q sounds groove » ; « I'm hurting ») dans une sorte de pause bienvenue ralentissant le tempo. Le groupe est bien aidé dans sa tâche par un remarquable trio de chanteuses se relayant les unes, les autres (Hayley Red, Aina Roxx et Kay Elizabeth) et des arrangements à l'avenant, percussions, hammond et cuivres, rapprochant le groupe de ce qui se fait, par exemple, chez Daptone records. Rétro et efficace, le petit plaisir de cet été.

mercredi 19 juillet 2017

Bror Gunnar Jansson : « And the great unknown Part II »


Après un premier EP sorti il y a quelques mois voici la deuxième partie du diptyque entamé par Bror Gunnar Jansson. Mis bout à bout, l'ensemble constitue le nouvel album du dandy Suédois et son œuvre la plus ambitieuse à ce jour. Car à l'écoute il semble évident que le terme de « bluesman » et s'applique plus à la musique du Suédois, trop à l'étroit dans le costume. Même si le ternaire reste une influence prégnante, la musique de Gunnar brille par ses arrangements et est d'une telle richesse que les styles s'y croisent autant qu'ils se mélangent. On y trouve du blues et du rock n'roll bien sur mais aussi des effluves mexicaines par le biais d'une trompette inspirée (cf. « Edward Young took his gun ») ou des relents de rumba (cf. « I ain't going down that road no more »), de gospel (« O'death ») et de country (« While I fight the tears ») fantomatiques. Au-delà c'est un véritable trait de fracture qui sépare la musique de Gunnar en deux. D'un côté on retrouve du rock n'roll fiévreux, sous influence garage, à base de riffs de guitare concassés d'une efficacité redoutable (« Moan snake moan part III », « The Lonesome shack », « He had a knife in his hand, part II »). Il est ainsi entendu que Gunnar s'y connaît en rock n'roll et son howl en ferait pâlir plus d'un. Rapide au sprint, Jansson aime aussi prendre son temps, parfois au-delà des dix minutes (cf. « The Preacher ») et livre des pièces d'americana hantée, faisant froid dans le dos par leur noirceur cinématographique, et on trouverait probablement de quoi nourrir des dizaines d'histoires de serial killer malade dans ce nouveau disque. Produit avec autorité et maîtrisé de bout en bout, ce nouvel album voit Bror Gunnar Jansson entrer, encore un petit peu plus, dans la cour des grands. 
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samedi 15 juillet 2017

And Yet It Moves, Studio Campus, 14/07/2017.

Sorti en 2014, le premier album des Amazing Snakeheads avait séché tout le monde et séduit par son côté froid et nocturne. Las, après quelques dates (notamment une première partie de Jack White à l'Olympia) le groupe annonçait sa séparation, nourrissant d'éternels regrets chez les fans de rock n'roll. Mais pas chez le chanteur Dale Barclay, pressé de passer à autre chose tant ses relations avec les autres membres du groupe étaient devenues compliquées. Justement, Dale était de retour à Paris en ce jour de fête nationale pour présenter son nouveau projet, And Yet It Moves, le temps d'un court showcase dans le cadre intime du Studio Campus…

Vous connaissez probablement cette sensation, au bord de l'Océan lorsque l'on voit une vague se former avec un soupçon d'inquiétude, vague qui ensuite déferle, vous roue de coups sans répit avant de vous laisser sur le rivage, exsangue, le corps saoulé de coups. Bon et bien voilà, And Yet It Moves, c'est ça, une claque dans la gueule, que dis-je, un double uppercut. Un projet dont l'intensité et le côté extrême rendent intrinsèquement clivant, provoquant une adhésion, ou un rejet quasi-immédiat. De fait, l'entame du concert est effrayante de violence, limite métallique. L'engagement du groupe est total (les trois quarts sont torse-nus après quelques minutes seulement) et nous, de l'autre côte, dans la fosse, on ne peut que se féliciter, une fois de plus, d'avoir, un jour, investi dans des bouchons de protection auditive (c'est dire) ! 

Cette nouvelle formation est plus étoffée que l'était les Snakeheads naguère. On y retrouve cinq membres, guitare, basse et batterie, et, nouveauté, un clavier (trop discret cependant) apportant une note atmosphérique et dark. Contrairement au groupe précédent, Dale se concentre sur le chant, explorant encore un peu plus ses limites vocales, le résultat est à la fois plus profond mais toujours aussi braillard. Une fois le choc initial passé, on rentre un peu mieux dans l'univers du groupe loin d'être monotone, certains titres sont plus funky ou psyché mais le rendu reste intense, la basse est énorme, la batterie martèle le tempo, la guitare emporte le reste. Selon ses dires, le groupe a achevé le mixage de son premier album, la veille au soir. On est impatients de pouvoir écouter le résultat…
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The Musical Mojo of Dr John




Personnage cardinal de la Nouvelle-Orléans, forcément un endroit particulier pour tout fan de musique, Dr John s'est vu honoré en mai 2014 par ce concert géant enregistré au Saenger Theater de la ville avec toute une kyrielle de super stars (Bruce Springsteen, John Fogerty, Mavis Staples, Irma Thomas etc.). Mise en boîte par le producteur Don Was, la chose, rutilante, évoque plus Hollywood que la cité du croissant. Si l'ensemble ne manque pas de groove, ce dernier est un peu trop propre et manque de ce « grit », un peu sale typique de New Orleans. S'étalant sur deux disques, le programme est maousse et ne manque pas de bons moments. Ainsi on est touchés par la simplicité d'Irma Thomas, l'entregent guitaristique de Warren Haynes ou le psychédélisme Widespread Panic. Impossible enfin de ne pas saluer toute la communauté néo-orléanaise, présente comme à la parade, John Boutté (l'interprète du générique de la série Treme), le regretté Allen Toussaint ou la fratrie Neville. En espérant voir les images du concert un jour, on peut toujours se consoler à l'écoute de cet attachant double album.

vendredi 14 juillet 2017

Adam And The Madams : « Almost »



Le trio Adam And The Madams est de retour avec un nouvel EP placé sous l'égide de deux figures tutélaires David Bowie (cf. « Heroes ») et Lou Reed tout deux repris ici avec brio et beaucoup d'inventivité (cf. l'hallucinante reprise, 16 minutes, de « Sister Ray »), le groupe mettant un point d'honneur à respecter l'esprit plutôt que la lettre. Les quatre autres pistes mettent en valeur l'univers singulier de la formation, fait aussi bien de guitares survoltées que de bidouillages à base de claviers cheap, à équidistance de la pop bricolo que du rock garage. Adepte des détours surprenants, le groupe ajoute une note noise et quelques expérimentations bizarroïdes (« Half Life », « Spiral »). En effet, c'est un monde qui sépare la minute trente-huit de « Meia Vida » et les seize de « Sister Ray ». Comme un résumé, en forme de grand écart, des capacités du groupe, visiblement capable d'à peu près tout. Mais surtout de prendre l'auditeur par surprise. Cet EP constitue un avant-goût du troisième album de la formation qui s'annonce pour le moins étonnant.

jeudi 13 juillet 2017

Lonny Montem : « What kind of music do you play ? »


La question nous est posée dès la pochette, mais quelle genre de musique joues-tu ? Mettant l'accent sur l'acoustique à cordes, la guitare, le violon (son instrument de prédilection) ou la contrebasse, Lonny Montem accouche d'un EP (5 titres) doux et délicat comme une légère brise d'automne. C'est ainsi, il y a des disques dans lesquels on rentre comme dans un chalet de montagne, cosy, accueillant et confortable, une bûche qui brûle dans la cheminée, et, incontestablement, cet effort boisé en fait partie. Il y a tout d'abord cette acoustique délicate et chaleureuse qui procure d'emblée un sentiment d'intimité avec la musique, impression encore renforcée par la technique d'enregistrement « semi-live », un peu comme si l'auditeur était convié aux (discrètes) agapes. Et puis il y a la voix de Lonny, surprenante, descendant assez bas dans les graves et superbement utilisée le long de compositions labyrinthiques où même les excès et autres coups de chauds se passent tout en douceur (cf. « Dalva »). Un très bel EP à écouter en rêvassant…
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mercredi 12 juillet 2017

I love my neighbours : « Hello »


Le groupe francilien au patronyme sarcastique est de retour avec ce nouvel EP de trois titres. Plus pop que jamais, ce nouvel effort voit ILMN agrémenter ses guitares, toujours aussi furieuses (cf. « Horizons ») d'arrangements allant de l'électro (« Hello ») au piano (« Horizons »). La puissance de feu toujours intacte (« Uptight »), le quatuor évolue sur une ligne fine, en équilibre, entre rock puissant et pop mélodique, les compositions faisant l'aller-retour, entre chien et loup, entre les deux extrêmes. Le contexte sied particulièrement bien au chanteur Jérémy et à son timbre nuancé et mélodique. Vivement le passage au format long !

dimanche 9 juillet 2017

Kevin Morby : « City Music »



Toujours très prolifique, l'ancien bassiste de Woods sort son quatrième album depuis 2013. Catalogué, un peu rapidement, nouveau Bob Dylan sur la foi du merveilleux « Harlem River » (sorti en 2013), ce nouvel effort voit le chanteur élargir considérablement son rayon d'action en même temps qu'il renoue avec la ville de New York (cf. l'interlude « Flannery »), après une escapade en Californie, qui l'a vu débuter. Ce nouvel album débute donc avec une curiosité intitulée « Come to me now », un titre étrange, basé sur un motif d'orgue fantomatique et traversé, tel un courant d'air, par un chant évanescent. Bien vite, Kevin retombe sur ses pattes avec un « Crybaby » rudement bien troussé et qui n'aurait pas fait tâche sur le fameux « Harlem river » sus-cité. Le reste de l'album s'apparente à un terrain d'exploration pour le musicien qui revisite quelques figures bien connues de sa nouvelle ville d'adoption. Impossible ainsi de pas penser aux Ramones à l'écoute de la brève (1:47) « 1234 » ou de ne pas retrouver un soupçon du Velvet Underground sur le diptyque nocturne « Aboard my train/Dry your eyes », alors que les superbes « Tin can » et "Caught in my eye" nous rappellent les raisons pour lesquelles l'artiste a tant été comparé à Bob Dylan. Sentimental bien plus que nostalgique, ce nouvel effort fait montre d'une belle force de composition tout en respirant d'honnêteté. Une nouvelle pièce majeure d'une discographie qui commence à compter…
En concert à Paris (Trabendo) le 11 juillet.
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samedi 8 juillet 2017

The Magpie Salute, La Maroquinerie, 7 juillet 2017.



Formation XXL, dix musiciens, dont la particularité est de compter dans ses rangs trois anciens membres des regrettés Black Crowes, The Magpie Salute était de passage hier soir à La Maroquinerie. La nouvelle a en tout cas fait grand bruit, la salle affiche complet, la formidable doublette de guitaristes Marc Ford / Rich Robinson (grande gagnante à l'applaudimètre) est reconstituée ! Les trois ex-Crowes, le bassiste Sven Pipien retrouvant sa place auprès du duo, se sont trouvés de nombreux compagnons, un formidable batteur, Joe Magistro, du swing plein les baguettes, un trio de chanteuses renforçant l'aspect soul du groupe (qui était déjà une composante essentielle des Crowes, remember « Hard to handle »?), un clavier (un peu effacé par moment), et le chanteur John Hogg dont le timbre rappelle légèrement celui de Chris Robinson. Alors évidemment, l'ombre des Black Crowes plane au-dessus de ce nouveau groupe, d'autant que, pour l'heure, le répertoire live présenté ce soir comporte de nombreuses reprises des corbeaux noirs. Mais pour autant, cette image est écornée, car s'il est un cousinage a rechercher pour The Magpie Salute, celui-ci serait plutôt du côté des Allman Brothers ou du, plus récent, Tedeschi Trucks Band. Soit une vision communautaire de la musique (cf. la formation XXL) favorisant les longues jams instrumentales, au mitan de la soul, du blues et du rock n'roll, et les soli de guitares, quitte à laisser les membres « vocaux » au chômage technique (et oui les maracas ça n'occupe qu'un temps !). Le tout sous l'influence des années 60 et 70, la marque de fabrique de ces musiciens depuis toujours. A ce petit jeu, ces musiciens sont des as, chacun trouvant des interstices où se glisser en douceur (mention spéciale au bassiste Sven), la musique devenant un dialogue entre instruments, quitte à laisser parfois le spectateur au bord de la route, pas toujours évident de suivre sans décrocher. Dans ce contexte le batteur Joe impressionne par sa capacité à tenir le swing intact pendant de longues minutes. Ainsi, les nouvelles versions des anciens titres des Crowes ne sont pas identiques mais complémentaires enrichies de nombreux nouveaux passages instrumentaux. Une bien belle soirée, chaude (dans tous les sens du terme) de la part d'un groupe dont on attend avec impatience des compositions originales.

mercredi 5 juillet 2017

Volin : « Volcan »



A l'image du volcan dont il empreinte le titre, cet album de Volin voit le groupe passer par différents états, de l'éruption au calme. Situé au confluent de plusieurs influences, du jazz au rock, la musique de Volin ne se départit jamais d'une certaine élégance que le rythme se fasse ternaire (« Il ne me reste ») ou que les guitares soient de sortie (« Canon »). Adepte des structures alambiquées (« Secousses ») Volin ne verse jamais dans l'excès, dans un sens comme dans l'autre, mais au contraire fond l'ensemble de ses influences dans un univers progressif, empruntant parfois à l'électro ("Citadelle"), aussi complexe que gracieux. L'album est habité d'une impressionnante tension sous-jacente, qui n'explose jamais tout à fait, même dans ses moments les plus mélodiques (« Volcan »). Et le tout dans la langue de Molière, s'il vous plaît ! Ce qui achève de faire de ce disque l'objet le plus curieux, mais le plus charmant aussi, qu'il nous ait été donné d'écouter depuis un moment. A découvrir.

mardi 4 juillet 2017

Miles Mosley : « Uprising »



La rumeur, insistante, l'annonce déjà comme « un Hendrix de la contrebasse jouant avec le groupe de Prince »… Après une liste de collaboration longue comme le bras, aussi bien en compagnie de jazzmen (Terrence Howard), que dans un univers plus rock (Jeff Beck, Chris Cornell, Joni Mitchell), le virtuose Miles Mosley sort son premier album. Et il ne faut guère plus que le premier titre (« Young Lion ») pour persuader le chroniqueur qu'on a mis l'oreille sur une pépite. Ainsi va la vie, alors que les albums insipides encombrent le bureau, on tombe un jour sur Miles Mosley, un véritable feel good record. On y retrouve bien entendu toutes les influences précitées. Un concentré de groove piochant dans la source du jazz classieux (« More than this », « Heartbreaking efforts of others »), de la soul et du funk (« L.A. won't bring you down », « Shadow of a doubt ») suivant parfois un angle très rock, guitares surpuissantes à l'appui (« Abraham », "Your only cover") le long de compositions labyrinthiques donnant le vertige aux allures de tubes en puissance. Et le tout sans jamais adopter un angle revival passéiste, mais, au contraire en adoptant une dynamique contemporaine. L'influence du hip hop, jamais citée expressément, plane au-dessus de cet album. Un must !

dimanche 2 juillet 2017

Watermelon Slim, Sunset, 01/07/2017.

(c) Xav' Alberghini

(c) Xav' Alberghini

Personnage étonnant, ayant vécu mille vies avant la musique, dont le profil nous rappelle un peu le regretté Calvin Russell, Watermelon Slim était de passage samedi soir sur la scène du Sunset. Un arrêt dans le long road trip de l'artiste (c'est un ancien camionneur) et de son groupe The Truckers (ça ne s'invente pas). La performance du soir est à l'image de l'artiste, à la fois grave (c'est un vétéran du conflit du Vietnam) et solennel lorsqu'il demande au public de se découvrir la tête, mais également plein de vie et de fantaisie. Son français particulier à base de « cordon (cordes) de guitare » y est pour beaucoup, ses anecdotes hilarantes également (« La compagnie aérienne a voulu nous vendre un siège supplémentaire pour les guitares ! »). Excellemment bien entouré (guitare, basse et batterie) Slim, tiré à quatre épingles, cravate et chapeau, alterne entre harmonica et guitare jouée à plat. La musique déborde de feeling bleu et de bonnes vibrations : dynamique quand il le faut, plus lent à d'autres moment, et plein de groove, toujours (quel batteur!). Charismatique, Slim se met le public dans la poche sans difficulté aucune qui l'applaudit à tout rompre, la cadre intimiste de la salle, ressemblant un peu à un couloir du métro en faïence, a été transformé un moment en juke joint. Fort !


samedi 1 juillet 2017

Mo Al Jaz and Friends : « The blues of Little Walter »



Tout dans la présentation de ce disque, du look rétro faisant penser à un vieux vinyle, au nom de Little Walter bien mis en évidence, peut laisser penser que l'on a affaire à une compilation consacrée au bluesman Louisianais (de fait la pochette copie celle d'un best of de 1957). Erreur. Dans le coin en haut, à droite, la petite mention « Mo Al Jaz » nous éclaire : l'album est un disque hommage concocté par le Français Mo Al Jaz et ses amis. L'effet de surprise passé, apprécions ce disque pour ce qu'il est : un album de blues de haute tenue ! Déjà, se consacrer à des reprises de Little Walter c'est s'assurer d'avoir sous la main un répertoire de qualité (« My Babe »). Pas de mauvaises surprises de ce côté là. Ni du côté de l'interprétation, le groupe ayant réussi la prouesse de retrouver le grain un peu sale de l'époque (la fin des années 1940 et le début de la décennie suivante), la patine « nocturne » et le swing « Chicago » original (« Last night »). Ainsi, l'écoute nous plonge instantanément dans un club enfumé au murs de briques rouges. L'étrangeté vient du léger accent frenchie, traînant ici et là, apportant une petite note bizarre à l'ensemble. Un excellent album mais tout de même un peu anecdotique compte-tenu du concept hommage ayant précédé sa création. Cependant, les amateurs de Little Walter ne seront pas déçus. Le disque a visiblement été enregistré avec plaisir, le même que celui ressenti par l'auditeur tout au long de ces 12 plages.  

vendredi 30 juin 2017

Grit : « Chapter II – Family Tree »



Avant la sortie de leur premier album, Grit dévoile un nouveau chapitre de son arbre généalogique. Et celui nous ramène, contre toute attente, vers plusieurs courants aux ramifications multiples. En effet la musique de Grit est multi-facettes abrasive à souhait, et vive le gros rock à guitares, mais également (power) pop en diable. S'amusant avec sa musique, le groupe saute d'une case à l'autre dans le cours de la même chanson passant d'un couplet pop à un refrain au son énorme et vice-versa. Trois titres seulement mais combien de chausse-trapes dans lesquels l'auditeur tombe à pieds joints ? On à hâte de découvrir la clef de l'énigme sur format long.

jeudi 29 juin 2017

Chuck Berry : « Chuck »



Absent des bacs depuis 1979 (qui dit mieux?) Chuck Berry, l'icône rock n'roll, travaillait sur ce nouvel album depuis les années 1980. La vie, assez mal faîte sur ce coup-là, a voulu que le guitariste disparaisse, le 18 mars dernier, avant de voir la naissance au grand jour du fruit de ses efforts. Derrière cette pochette à la fois sobre et iconique, un mot et un seul suffit pour résumer le tout : Chuck ! L'album pourrait être résumé ainsi : frais et émouvant. Frais, car à 90 ans, Chuck rocke comme au premier jour, niant la dictature des horloges, des calendriers et du temps qui, tout simplement, passe. Ainsi le disque regorge de rappels à ses œuvres passées (« Big Boys », « Lady B. Goode »). Du classique, du solide, ancré dans la tradition séculaire du rock n'roll, évidemment, mais aussi du blues (« You go to my head »). Emouvant ensuite, car l'album s'écoute comme une carte postale envoyée de l'au-delà par un artiste qui fût, pour beaucoup d'entre nous, un des pionniers par lesquels nous sommes tous tombés dans cette grande marmite envoûtante du rock n'roll (« Darlin' »). Emouvant aussi par ce que cet ultime effort voit Chuck enregistrer avec ses propres enfants (Charles Jr à la guitare, Ingrid à l'harmonica) et croiser le fer avec quelques jeunes pousses (Gary Clark Jr, Tom Morello, Nathaniel Rateliff) dans une sorte de croisement générationnel euphorisant. Un grand nom qui disparaît emporte toujours avec lui une partie de la jeunesse de son auditoire. On pourra toujours se consoler en l'espèce avec Chuck Berry qui, lui, a réussi sa sortie.

mercredi 28 juin 2017

Imelda May : « Life Love Flesh Blood »



Confrontée à l'impérieuse nécessité de renouvellement, Imelda May bouleverse tout de fond en comble sur ce nouvel album. Fini donc le rockabilly, le look de pin-up, qui la rendait tellement craquante, et le perfecto, la nouvelle Imelda est arrivée ! La première écoute de ce nouvel album désarçonne et le choc peut paraître rude de prime abord. Puis, petit à petit, la musique fait son œuvre et trouve son chemin vers le cœur de l'auditeur. Un argument de poids : Imelda chante toujours aussi bien, son timbre déborde d'émotions et charme l'oreille (« Call Me », « Black Tears »). Il est entendu qu'Imelda n'est plus aussi sauvageonne que par le passé. A la place, l'Irlandaise joue la carte du charme rétro sur un registre évoquant tour à tour Chris Isaak (« How bad can a good girl be ») ou le jazz vocal. Un peu circonspect au début, l'album remporte finalement l'adhésion grâce à une grande force de composition et une production soignée où les années 50 (« Bad Habit ») rencontre le shoegaze (« Game changer ») ! Si on se permettra de regretter un peu le mordant passé de la chanteuse et une petite dérive FM ici ou là (« The girl I used to be », "Human") force est de constater que l'on a connu des reconversions bien moins réussies que celle-ci.

dimanche 25 juin 2017

Garland Jeffreys, New Morning, 23/06/2017.



Toujours la pèche Garland Jeffreys ! Le concert débute sur les chapeaux de roues avec un « Coney Island winter » survolté (guitare énorme) suivi du blues « Til' John Lee Hooker calls me » et de la récente « Reggae on Broadway ». En trois titres, le natif de Brooklyn, et son excellent quartet (guitare, basse, batterie et clavier) nous a livré la quintessence de son art, là où la puissance du rock n'roll rencontre le feeling du blues et le groove du reggae. Chanteur passionné, Garland n'a cessé de multiplier les acrobaties durant son set, allongé sur le dos, à quatre pattes sur scène, on l'aura vu sous toutes les coutures ! Autant d'occasion de multiplier les contacts avec le public, à la recherche de cette chaleur humaine, qui se révèle être le véritable moteur de sa musique au même titre que l'amitié : Elliott Murphy (à la guitare électrique, une curiosité) viendra ainsi faire un coucou le temps d'une reprise de son propre titre « Diamonds by the yard ». Toujours charismatique, qu'il saute à pieds joints ou se ballade dans la fosse le micro en main, Garland a, à maintes reprises, transformé son set en happening/performance où l'émotion prend le dessus. Ainsi, « New York skyline » s'est métamorphosée en cri d'amour pour sa ville natale doublée d'une gueulante contre la Trump Tower (« réduisez-là en cendres ! ») et, à ce titre, il est impossible de passer sous silence sa déchirante version de «Help » (The Beatles). Garland a finalement quitté la scène épuisé avant que son groupe ne prenne le contrôle des opérations et lance « 96 tears » (reprise de Question Mark and the Mysterians) : « Ils vont me tuer » clame le chanteur ! Mains accro à l'exercice et dopé à l'adrénaline, Garland restera seul sur scène un long moment pour évoquer son amitié avec Antoine de Caunes (présent dans le public) avant qu'il ne se fasse finalement exfiltrer de la scène par son épouse, aidé du célèbre présentateur sus-mentionné, clôturant ainsi une chaleureuse soirée placée sous le signe du meilleur de la musique étasunienne.

jeudi 22 juin 2017

Dérapage, Galerie L'oeil ouvert, 21 juin 2017.



Souvent mon entourage tombe des nues lorsque j'avoue à demi-mot que je n'aime pas spécialement la fête de la musique. Déjà, je n'ai pas besoin d'attendre le 21 juin pour aller voir des concerts ce qui, en gros, constitue mon quotidien depuis quelques années. Ensuite après bien des années, je reste traumatisé par quelques mauvaises expériences, Bernard et son accordéon par exemple avec tout le respect que je lui dois, ou cette fois où j'ai bien crû mourir écrasé par la foule Place de la République. Mais cette année, j'ai trouvé une bonne raison de me réconcilier avec le concept. Déjà Chuck Sperry et ses magnifiques sérigraphies, inspirées par le mouvement psychédélique et les années 1960 sont de retour en ville et c'est déjà une magnifique nouvelle en soi. Ensuite profitant de la proximité de dates de cette nouvelle exposition avec la fête de la musique, la galerie l’œil ouvert a saisi la balle au bond organisant un concert gratuit avec les zinzins de Dérapage.

Dérapage, le nom fleure bon la gomme brûlée sur le bitume et promet un sacré bon moment de rock n'roll puissant et caréné comme un hot rod. Et, de fait, le trio survolté tient toute ses promesses ! A mi-chemin du rock garage façon Stooges et du punk, mené de main de maître par le batteur frappant ses peaux comme un maniaque appuyant à fond sur l'accélérateur, le groupe fait sensation sur un bout de trottoir de la rue du Château d'eau, transformant ce dernier en terrain d'expérimentation quasi-sociologique et hilarante, prouvant à quel point ce style de rock n'roll primal, et que l'on adore sur cette page, n'est toujours pas entré dans les mœurs de notre beau pays (et arrivé à ce point on peut conclure que cela ne sera probablement jamais le cas).

Donc, le set venait à peine de commencer, le trio attaquant sa première chanson, qu'un intrus, d'un age certain, probablement riverain et fort contrit, en polo bleu, se présentait devant le groupe demandant que l'on baisse le son avec force gestes. S'en suivit une hallucinante palabre durant de longues minutes :

- Fred (le chanteur) : Ca va être pénible mais dans dix minutes c'est fini !
- L'homme en polo bleu (tout sourire) : C'est vrai ?
- Fred : Non !

Et l'homme de s'en aller, haussant les épaules, sur un tonitruant et définitif « Connard » ! Avec Chuck, on est morts de rire ! C'est ensuite, une Dame, une baguette sous le bras, qui passe devant le groupe, les yeux écarquillés et absolument pas rassurée, mais que se passe-t-il, qui sont ces gens, est-ce dangereux ? Par la suite, un chien a absolument pété les plombs, excité par le déluge de décibels, aboyant à tout rompre après le trio, tirant sur une laisse que son propriétaire avait toutes les peines du monde à retenir. Et pour finir le groupe a reçu les applaudissements d'éboueurs perchés sur leur camion à ordures ce qui nous a valu ce trait d'humour de la part du groupe : « Ah tiens voilà le van avec notre matos ! » Pour en revenir à Dérapage, un seul détail suffira pour vous éclairer sur le niveau (élevé) de coolitude du groupe : deux cordes de guitare cassées (sur deux instruments différents) en un peu plus d'une demi-heure ! Et ouais mon pote, c'est ça le rock n'roll !

Exposition Summer of Love by Chuck Sperry
Jusqu'au 15 juillet 2017
Galerie L’œil ouvert
1, rue Lucien Sampaix 75010 Paris
Métro République / Jacques Bonsergent
http://www.loeilouvert.com/

mardi 20 juin 2017

Le dernier vice-roi des Indes de Gurinder ChadHa.



1947. L'Angleterre s'apprête à quitter les Indes après 300 ans de présence. Connu sous le nom de « Partition », le processus donnera naissance au Pakistan, crise migratoire (14 millions de personnes déplacées) et situations ubuesques (comment diviser une encyclopédie ? Quid de l'argenterie?) à la clef. Dans ce contexte, Lord Mountbatten, accompagné de sa famille, s'installe dans le Palais Royal. Il sera le dernier vice-roi des Indes, en charge de gérer cette délicate transition historique…

La réalisatrice Gurinder ChadHa, connue pour quelques hits (« Joue la comme Beckham », « Coup de foudre à Bollywood ») est de retour avec ce projet hautement personnel, visant à renouer avec le concept de grande fresque historique. Situant la quasi-totalité de son intrigue entre les murs de la Viceroy's House et mêlant drame historique (le métrage est ponctué de nombreuses images d'archives) et destins personnels, à l'image du personnage d'Aalia tiraillée entre deux amours, la réalisatrice obtient un résultat bien différent, entrant étrangement en collusion avec l'actualité récente (cf. la crise migratoire) illustrant aussi bien les décisions prises par les dignitaires du haut et ses conséquences directes sur les employés du Palais. Manquant parfois de souffle et pas toujours très lisible, le film brille surtout par le faste de sa production (le décor magnifique du Palais, les costumes) et ses interprètes (citons entre autres Gillian Anderson, Hugh Bonneville), tous excellents.

Sortie le 5 juillet.

lundi 19 juin 2017

Monsieur Lune, Café de la danse, 17 juin 2017.



Quelques jours avant la sortie de son nouvel album, de reprises de Renaud, Monsieur Lune fête la sortie de cet effort sur la scène, intimiste, du Café de la danse. Renaud avait pour coutume de se décrire comme « le chanteur énervant ». Sur scène Monsieur Lune, s'avère être tout le contraire, drôle et sympathique, parsemant le concert de nombreuses interventions, de blagues, de souvenirs personnels (parfois très touchants) bref, en un mot, le jeune homme se révèle hautement charismatique. Le projet de M. Lune s'appuie sur un répertoire bien spécifique, les débuts, les années 70 et 80 à l'époque où le chanteur « était encore de gauche ». Les mots et la poésie de Renaud restent très touchants, nostalgique à l'occasion, et brillent de mille feux avec un accompagnement musical modernisé mêlant le rock garage, l'électro et la pop atmosphérique. Quant à Monsieur Lune il passe parfois pour un sosie vocal saisissant de son modèle offrant ainsi un point de référence au public, c'est ressemblant (la voix) et très différent à la fois. Une belle soirée pour célébrer ce projet très réussi.


samedi 17 juin 2017

Très Court International Film Festival


Comme son nom l'indique, le très court international film festival programme des films très courts, c'est à dire de moins de quatre minutes et ce depuis 18 ans ! Le festival est à vocation internationale et se tient simultanément dans 90 villes de 28 pays différents. A noter, la soirée "Trash & glam" ce soir (21h30) au Forum des Images de Châtelet-Les-Halles sera suivie d'un best of intitulé "Ames sensibles s'abstenir". Tout un programme !
http://trescourt.com/fr

vendredi 16 juin 2017

Tellma : « Swansong »



L'expression « Swansong » désigne littéralement, en anglais, le chant du cygne, soit les adieux. Certains se souviennent peut-être d'une compilation de Led Zeppelin du même nom. C'est également le nom du premier EP de Tellma, une formation bordelaise, dont on espère bien que la carrière ne se résumera pas à cet unique disque de 6 titres. Le cœur du groupe est bicéphale, d'un côté la voix de Laurent Rousset, de l'autre la guitare, acoustique le plus souvent, de Bertrand Mouty. Autour de ces deux éléments Tellma bâtit une architecture sonore élaborée où le folk rencontre la pop atmosphérique grâce à l'aide de quelques comparses en charge de la section rythmique. En acoustique ou légèrement électrifiée, la musique se révèle douce et délicate, propice à la rêverie et à la construction de paysages sonores imaginaires, comme une rencontre entre Nick Drake et Kate Bush ; la batterie injectant suffisamment d'énergie pour éviter à l'ensemble de sombrer dans la léthargie. Doux et entraînant à la fois. A noter, « The show must go on » chipée chez Queen.

mercredi 14 juin 2017

Monsieur Lune : « Un Renaud pour moi tout seul »



Le titre de ce nouvel album de Monsieur Lune s'inspire de la série de concert donné à l'Olympia en janvier 1982 par le modèle du chanteur. Il ne faut pas en effet être grand clerc pour deviner que ce nouveau disque est un hommage à Renaud. Et bien senti en l'espèce M. Lune retrouvant parfois les intonations et la gouaille de son modèle (« Deuxième génération », « Laisse béton », « Je suis une bande de jeune »), servant ainsi à merveille la poésie banlieusarde si particulière de son aîné. C'est au niveau musical que l'écart est finalement le plus grand. Exit donc l'accordéon et les artefacts habituels du répertoire original. Bien entouré (Cheveu, Johnny Montreuil) Monsieur Lune livre sa version personnelle et elle est assez différente, modernisée, alternant entre rock garage (« Laisse béton », "Les aventures de Gérard Lambert") et pop atmosphérique (« La chanson du loubard »). En ce sens l'album témoigne du véritable appropriation du répertoire par M. Lune. En ce qui concerne le choix des reprises on retrouve quelques tubes mais, surtout, on redécouvre beaucoup de titres un peu oubliés (« La teigne », « Gueule d'aminche », « Buffalo débile », « La médaille »). Un choix pertinent et original même si, à titre personnel, on regrette un peu l'absence de « Mistral gagnant » ; la puissance émotionnelle de cette dernière, toujours intacte, aurait été bien servie par cette nouvelle lecture. Un bien petit défaut au regard de la qualité du disque, un peu nostalgique, qui remporte l'adhésion.
En concert le 17 juin à Paris (Café de la danse)

mardi 13 juin 2017

Gino Sitson : « Body & Voice »



Artiste Camerounais, Gino Sitson fait de la musique sans utiliser le moindre instrument de musique : body and voice, corps et voix, tout est dans le titre. N'utilisant que sa voix, des percussions corporelles et du beatbox (technique de percussion utilisant la bouche et la langue), Sitson obtient un résultat pour le moins surprenant. De fait, faute de ressembler à quoi que ce soit de connu, la musique de Sitson en rappelle, de loin en loin, plusieurs autres. On pense en particulier à la soul music (« Bird », « Song Zin' ») voire au hip hop (« Vocassiko ») et à l'Afrique bien sûr (cf. « Look-ut », « Passing »). La majorité des chansons sont interprétées en medumba, une langue vernaculaire de l'ouest du Cameroun, le continent est ainsi évoqué sous un angle inédit et totalement novateur. Enregistré a cappella, en solo absolu, et compilant des chansons enregistrées au cours des vingt dernières années, l'album possède un charme unique et un immense mérite : celui de remettre l'être humain au centre de la partition musicale au fil de multiples acrobaties vocales. La pulsation, le groove, animant le disque est unique et rappelle le battement d'un cœur. Beau et émouvant.


lundi 12 juin 2017

Paris Combo : « Tako Tsubo »



Un nouvel album de Paris Combo, c'est un de ces petits plaisirs de l'existence toujours renouvelé et cela fait 20 ans que cela dure. Voici donc venu le nouvel effort, le sixième, du quartet. Et force est de constater que, même si la formule n'a finalement que peu bougé au fil des années, le charme opère toujours. Pas passéiste pour un sou et pourtant tenant d'une tradition séculaire de la chanson (« Notre vie comme un western »), Paris Combo évolue sur le fil, là où le jazz (manouche en particulier) rencontre la chanson surréaliste (cf. « J'ai dans la cage thoracique un couple anémique de maracas ») sous l'influence du début des années 1960 (« Profil »). Une ouverture vers des sonorités latines ou d'Europe centrale (« Anémiques Maracas ») voire d'Afrique offre autant de respirations et une diversité bienvenue ; sans pour autant nuire à la cohérence de son univers plein de charme et tout en swing, contrebasse et trompette à l'appui. Héritier voire caractéristique d'une école de la chanson française, ce qui explique certainement son succès énorme hors de nos frontières, Paris Combo sort, une fois de plus, le disque idéal à écouter lors d'une ballade dominicale en 2CV décapotable le long des bords de la Marne.
En concert à Paris (La Cigale) le 6 avril 2018.

Paris Combo - Notre Vie Comme Un Western from Aćim Vasić on Vimeo.

vendredi 9 juin 2017

No Money Kids : « Hear the silence »



Prenant le contre-pied de la tendance actuelle, le duo No Money Kids accouche d'un projet pour le moins original. Point de batterie ni de guitare abrasive sous influence garage chez ces parisiens mais une six corde élégante, une basse et des boucles électro. Ce deuxième album scelle la rencontre entre une guitare éminemment blues, débordante de feeling, et des sonorités électroniques cotonneuses et planantes pour un résultat à la fois fidèle à une tradition ternaire (« The Hangman ») voire rock n'roll (cf. le final de « Loaded Gun ») et pourtant innovante et ancrée dans le paysage actuel. On pense parfois à Black Strobe sans les influences techno et les guitares énormes. En effet, même si No Money Kids s'amuse à pousser parfois les amplis dans le rouge (« Burning game »), le geste reste classe, sans jamais se départir d'une esthétique soignée et élégante (cf. « Take me to your home »). Planant à ses heures voire nocturne à l'occasion ("Hear the silence"), voici l'album idoine pour une soirée digne d'un juke joint du 21ème siècle.

jeudi 8 juin 2017

Beauty and The Beast : « Something new »



Duo surprenant, 30 ans de différence d'age entre les deux membres du groupe, Beauty (la chanteuse Roxane Arnal) and the Beast (Michel Ghuzel) sort un premier album à la fraîcheur imparable. Situé au confluent de plusieurs influences, le blues, le jazz, la chanson française, le duo pratique une musique enlevée et chaleureuse avec une préférence certaine pour l'acoustique (contrebasse, mandoline, ukulélé, guitare…) jouée avec maestria (« Birds are singing »). Ancré dans la tradition, sans pour autant être passéiste, l'album est propulsé par une dynamique contemporaine à la production élégante et soignée dans les moindres détails. Ces onze titres, en français et en anglais, possèdent ce petit charme rétro et swing (cf. « J'me casse ») auquel il est difficile de résister.
En concert le 15 juin à Paris (le zèbre de Belleville).


Festival la bonne aventure les 24 et 25 juin 2017



Nouveau festival crée sur les bords de la Mer du Nord, à Dunkerque, La Bonne Aventure mélange l'expérience live (Molécule, Rodrigo y Gabriela, Catherine Ringer, Deluxe...) et club dans différents lieux de la ville. On note la participation des très intrigantes chorales The Mamys & The Papys (âgés de 55 à 82 ans, ils reprennent des standards du rock) et Salt & Pepper. A ces éléments classiques, l'équipe du festival ajoute un soupçon de mystère avec les "Parcours secrets" sous la forme de concerts dans des lieux atypiques à la jauge limitée et tenus secrets jusqu'à la dernière minute (même le dossier de presse reste vague à ce sujet). Dernier volet, hors musique, les "visites insolites" soit 16 visites en compagnie des acteurs culturels du territoire. Un week-end mélangeant musique, fête et culture au bord de la mer en perspective, à prix très doux, voire gratuit pour ce qui est des concerts sur la grand scène. On a hâte d'y être...

mercredi 7 juin 2017

Cotton Belly's : « Live session vol. 1 »



Excellent représentant de la scène blues hexagonale, les Cotton Belly's sortent un nouvel EP en forme de petit pas de côté dans leur carrière. Six titres, tous joués en live, sont au menu. On y retrouve de nouvelles versions d'anciennes chansons du groupe, une reprise de Stevie Wonder (« Superstition ») et une composition originale en ouverture du disque, « Broken line ». Ce nouvel EP souligne la superbe évolution musicale du groupe, qui est resté fidèle à sa ligne blues tout en la faisant évoluer vers des sonorités folk et rock n'roll. La palette bleue du groupe est ainsi élargie grâce à cette électrification subtile. Une gageure réussie par le groupe, portée par le plaisir simple de jouer ensemble, que l'on retrouve tout au long de cette galette courte mais ô combien savoureuse.
En concert le 7 juin à Paris (New Morning)


jeudi 1 juin 2017

Interview avec Lucie Baratte



A défaut de pouvoir aller voir son idole Janis Joplin en concert, Lucie Baratte s'est lancée sur les traces de la chanteuse. Une sorte de voyage initiatique dont elle a tiré « Looking for Janis » un livre passionnant sur lequel elle revient ici longuement, entre éclats de rire et émotion. A noter enfin, Lucie sera présente au Supersonic pour dédicacer son ouvrage le soir de notre concert du 9 juin prochain (l'événement Facebook est ici, le crowdfunding pour la soirée là).

Qu'est-ce que tu as ressenti quand tu as découvert Janis pour la première fois ?
Lucie Baratte : C'est spécial, c'est un bouleversement, ça m'a pris comme une énorme vague. J'étais petite, j'avais 14 ans. J'avais déjà eu des expériences avec la musique, d'avoir été emportée par une mélodie. Mais là… Ce n'était pas tant la mélodie, c'était surtout sa façon de chanter qui m'a bouleversée au niveau émotionnel mais aussi rationnel. La chanson avec laquelle j'ai découvert Janis, c'est « Coo Coo » de Big Brother & The Holding Co (1966, ndlr) qui n'est pas une chanson culte. Et puis c'était les débuts, elle cherchait encore sa voix et puis c'était le premier album du groupe, elle ne chantait pas sur tous les titres. C'est un disque enregistré un peu à la va vite et ils ont eu beaucoup de mal à le produire, il y a un côté un peu imparfait. Et c'est ça qui m'a frappé. A l'époque, elle s'écartait du micro pour chanter, pour pouvoir crier plus fort. Tu entends qu'elle s'éloigne, j'ai trouvé ça dingue ! Ce truc qui partait dans tous les sens comme si elle ne pouvait pas retenir son énergie, ça déborde trop, elle ne pouvait pas gérer. Ça fait comme un tsunami. J'ai été obsédée par cette chanson, il fallait que je l'écoute en boucle, seule, dans le noir (rires)…

Que représente pour toi cette musique…
Lucie : C'est difficile comme question (elle réfléchit, silence). Il y a plusieurs choses, mon adolescence, la période entre mes 14 et 18 ans, déjà. C'était l'époque où je l'écoutais à fond, j'étais obsédée par elle, c'était mon modèle absolu. Sa musique a accompagné ma vie quotidienne. Quand je réécoute sa musique, je repense à la Lucie que j'ai été (silence). Après sa musique représente quelque chose ultra intime, de magique et de sacré. Même si plein de gens écoutent Janis Joplin, j'aurai toujours le sentiment que moi je partage un truc particulier avec elle. Je n'ai pas ça avec d'autres artistes. J'aime beaucoup Tori Amos aussi par exemple. Mais la musique de Janis m'offre une sorte d'intimité avec elle. J'ai le sentiment de la connaître personnellement, dans une sorte de dimension spirituelle, et de vivre un truc unique avec elle. Pour moi elle symbolise aussi une libération, la libération des femmes. Je viens d'un milieu très traditionnel, je suis la seule fille dans une famille de garçons… C'est comme le déclencheur sur une vie très linéaire (elle claque des doigts). Et là tu vois la vie autrement. Et ça c'est la musique, le chant de Janis. Tout devient possible. Son côté extrême, c'est le plus beau cadeau qu'elle est fait à l'humanité. Quand tu la replace dans son époque, c'est fou ce qu'elle a pu accomplir. Encore aujourd'hui ça n'est pas hyper simple. Les femmes dans le rock ça n'était pas si courant que ça… Et là Janis a poussé très loin la libération en prenant parfois des artifices plutôt masculins.

Comment est née l'idée de ce voyage ?
Lucie : C'est très personnel. C'est lié à la manière dont je me suis construite. Je me suis inspirée de Janis Joplin.

Cela peut-être dangereux (rires)…
Lucie : Cela peut-être très dangereux (rires). Mais les drogues dures et les expériences trash n'étaient pas ce qui m'intéressait. Il y avait quelque chose en elle, ce côté étrangement très vivant, alors qu'elle est décédée très jeune (27 ans, ndlr). Pour moi cette relation avec Janis était intime. Après, pendant longtemps, je n'arrivais plus à écouter ses disques. Sa musique me rendait triste sans que je comprenne vraiment pourquoi. J'ai continué à chercher des albums pirates, à lire les bouquins mais il y avait un vrai problème perso. Je me suis mariée jeune et je m'étais oubliée. A 27 ans je me suis demandée : « Mais c'est quoi ma vie en fait ? ». J'avais des envies, je voulais être artiste, aller à des concerts. Mon problème de couple a fait remonter le fait que je m'étais mise de côté. Quand j'ai eu 28 ans je me suis réveillée. D'un coup j'étais plus âgée que Janis. A 17 ans, je rêvais que pour mes 18 ans je verrai la maison natale de Janis à Port Arthur (Texas, ndlr). Ca serait tellement génial. Mais d'autres soucis à gérer ont fait que je n'y suis pas allée. Dix ans plus tard, à 28 ans, je me suis dis : « Mais c'est quoi ce truc ? ». Si je ne le fais jamais, à quoi ça sert ? C'est là que l'idée du voyage a commencée à germer dans mon esprit. Et j'ai recommencé à réécouter Janis Joplin en boucle et plus je me sentais à nouveau moi-même. Je me reconnectai avec moi-même, je réintégrai une partie de ma personnalité que j'avais mise de côté. Une partie oubliée de mon âme. Je me suis promise, le jour de mes 30 ans, je serais avec Janis. Je vais faire ce voyage avec Janis Joplin, c'est trop important pour moi.

Comment as-tu décidé du parcours, il y avait des endroits mythiques aussi sur la côte Est des Etats-Unis, Woodstock, l'hôtel Chelsea à New York ?
Lucie : J'ai choisi en fonction de la corrélation avec mon intention personnelle : me reconnecter avec Janis, retrouver qui j'étais, aller vers ma vérité. Et ça je voulais le faire avec Janis. Refaire son parcours quand elle avait quitté le Texas où elle se sentait opprimée, déphasée pour San Francisco. La route avait un sens. J'ai terminé là où elle est décédée à Los Angeles. J'ai suivi une logique : sa vie en accéléré. Les choses les plus importantes, les plus marquantes. J'ai fait aussi le parallèle avec ma propre existence, je viens d'un milieu provincial, traditionnel, c'est très bien, mais ça m'a aidée à trouver un lien avec Janis. Je me suis retrouvée dans son parcours, sa route vers la libération.

Et quel a été l'endroit le plus émouvant ?
Lucie : Il y en a eu beaucoup. Je pense que le plus fort c'est sa maison d'enfance à Port Arthur (Texas, ndlr). Il y a eu peu de transition entre l'avion, l'hôtel et la maison de Janis. En 48 heures, j'étais passée de Lille à Port Arthur. Le rétrécissement de l'espace était hyper fort, d'un coup ça semblait facile. Il suffisait de prendre un avion. J'en avais discuté avec un copain fan de Queen. Lui il a une théorie, être fan c'est réduire les espaces, temporels, physiques. Avec Janis, je ne peux plus réduire l'espace temps, je ne serai jamais dans le même temps qu'elle, c'est impossible. Je ne peux que réduire l'espace physique. Et là tout d'un coup, j'étais le plus proche physiquement de ce qu'elle avait pu vivre. Et ce très rapidement. Il y avait un truc fort. C'était la maison de son enfance, là où elle avait commencée et là où moi j'ai commencé mon voyage. Après il y avait aussi la plage Stinson Beach, qui était aussi très fort, j'étais dans le trip où je me baignais avec les cendres de Janis (sourire). J'étais déjà allée à l'Olympia où elle avait chanté mais ça n'avait rien à voir.

Et la rencontre la plus marquante ?
Lucie : C'est difficile comme question (elle réfléchit). C'est vachement dur. Rencontrer Janis Joplin, mais c'était plus une rencontre spirituelle. Il y a eu beaucoup de gens et chacun apporte à l'histoire de manière différente (silence). Je vais quand même dire Sam Andrew (le guitariste de Big Brother). Cela a été un moment très très fort.

Surtout maintenant qu'il nous a quittés…
Lucie : Oui, c'est clair. Et puis c'était génial, après on est resté en contact sur Facebook, il était tellement sympa (émue). Mais là c'était vraiment un moment de « fan attitude ». Un peu pétrifiée, je ne savais plus quoi dire. Il était tellement bienveillant (émue). Il parlait le français, il avait fait ses études à La Sorbonne, il était trilingue… Incroyable. Une très très chouette rencontre.

Il y a un chapitre que j'ai beaucoup aimé dans le livre, c'est cette fameuse lettre à Janis où tu lui dis « je t'aime mais j'ai envie de te dire merde » !
Lucie (rires) : Ah oui cette fameuse lettre. Tu n'es pas le seul à m'en parler, ç'a perturbé pas mal de monde !

J'ai trouvé ça très bien, parce que cela instaure une certaine distance, on n'est pas dans l'adoration aveugle du fan et en même temps, en lisant le livre on a l'impression que tu l'as vraiment connue en personne.
Lucie : Dans mon cœur, je me sens intime avec elle. Au fil du temps, c'est comme une amie. Imagine ton meilleur ami au lycée. On grandit différemment. Tu peux voir ce que tu partages, à quel point tu peux t'aimer mutuellement mais aussi les différences ou en vouloir à l'autre…

Tu évolues différemment aussi de tes amis d'adolescence et après un moment tu n'es plus en phase…
Lucie : Exactement. Et c'était ce moment là avec Janis. Moi je ne suis pas en phase avec tout ce que tu as fait. Je ne peux pas dire, c'est ok, c'est génial, tu t'es éclatée jusqu'à la fin. Non (grave). Dans un sens c'est quand même con. Quelque part j'aimerai qu'elle soit toujours en vie et complètement has-been. Est-ce qu'elle serait autant à la mode ? Je me poserais toujours la question. Quand je me suis vraiment connectée avec Janis Joplin, quand j'étais sur la route en émotions et en pensée avec elle, ça m'a rendue vachement triste. Je lui en voulais d'être morte, comme un épisode de deuil. Elle me manque tout le temps, comme quelqu'un de ma famille, que j'aime profondément et qui ne sera jamais là.

Est-ce que tu penses qu'écrire ce livre, la dessiner, car il y a beaucoup de croquis dans l'ouvrage, c'est un moyen d'insuffler un peu de vie nouvelle dans son œuvre ?
Lucie : Complètement ! C'est même la démarche profonde du livre. Les dessins, les textes écrits à la main sont autant de captations de choses dites ou vécues par Janis pour essayer de la capter vivante. Je ne voulais pas que cela devienne un monument en marbre morbide. Je suis un peu mal à l'aise avec les biographies, les documentaires. Et si moi je mourrais et si quelqu'un parlait de moi, peut-être qu'il se gourerait complètement… Je me demande ce que Janis pensait et vivait vraiment. C'est pour ça que le livre est construit sur des flashs, où on capte une phrase, une image, un son. Je voulais la rendre vivante de manière sensible. Ce livre c'est Janis qui me parle et qui parle au lecteur.

Tu as commencé par un blog. Comment ce blog est-il devenu un livre ?
Lucie : De part mon métier, je suis dans une démarche artistique. C'est le sens que je donne à ma vie, j'ai besoin de créer. Quand je suis partie, je me suis dit que ça serait chouette d'en faire quelque chose sans savoir quoi exactement. Je suis juste partie avec mon appareil photo. Et j'avais vraiment besoin d'écrire. J'ai donc commencé un blog mais avant tout pour moi, mes copains et ma famille. Pour raconter, comprendre. J'en fait plein de photos. Quand je suis rentrée, quelques mois plus tard, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose qui fonctionnait bien quand on regarde les photos et les textes. Et les photos racontent quelque chose que l'on ne retrouve pas dans les textes. Assembler les deux permet de raconter l'histoire d'une nouvelle manière. Le texte et l'image se mélangent pour faire vivre une expérience au lecteur et ça, ça m'intéresse.

Le livre est très illustré…
Lucie : C'est un roman photographique et graphique en même temps. Chaque élément est là pour une raison. Il y a différents niveaux de lecture, par l'image, les citations apportent une nuance ou éclairent le sujet…

Tu as tout fait toute seule, chemin de fer, mise en page, textes et photos. C'est titanesque comme charge de travail…
Lucie : C'est énorme (rires) ! J'ai retravaillé les textes du blogs tout en gardant le côté spontané « flashs sur la route ». Quand j'ai mis le texte bout à bout ça faisait déjà 150 pages A4, je me suis dit « Wouah, on va attendre un peu pour la traduction » (rires) ! Cela m'a pris cinq ans pour en venir à bout... Les trois derniers mois j'ai travaillé comme une forçat ! C'était super enrichissant. Il y avait des choses que je connaissais du fait de mon métier de graphiste comme la mise en page. J'ai travaillé pour des éditeurs, je connaissais le chemin de fer, tout le process du livre mais il y avait plein de choses auxquelles je n'avais pas pensé. Je voulais un livre « enrichi ». Il fallait réfléchir au positionnement des traductions, il y avait de l'argot des années 1960, pas évident à traduire. J'ai aussi abandonné pas mal de photos qui ne fonctionnaient pas dans ce côté livre. Je ne voulais pas que cela devienne trop illustratif. Et puis à la fin tout le questionnement autour de la fabrication : quand, comment, combien ??? C'était génial en même temps. Ce livre c'est un témoignage à la croisée de plein de choses : un journal intime, un livre rock, un carnet de voyage.. Je l'ai fait à fond sans compromis. C'est aussi une grosse prise de risque pour moi. Mais c'était dans la même démarche que Janis, si j'y vais, j'y vais vraiment. Si je l'ai fait c'est parce que je pense que cela pouvait apporter quelque chose à quelqu'un d'autre.

Qu'as-tu ressenti quand tout était fini et que tu as tenu le livre dans les mains pour la première fois ?
Lucie : Je crois qu'à ce moment là mon cerveau fonctionnait à peine (rires) ! Ca faisait tellement longtemps que je travaillais dessus, il fallait que je réalise ! Le côté pro a pris le dessus, j'ai vérifié la reliure, le nombre de pages, les détails techniques. Et puis ç'a été (elle chuchote tout doucement) : « Ah oui, il est bien, il est doux. Les photos rendent bien » (rires)… C'est quelque chose que j'ai imaginé, créé, ç'a été long. Et maintenant il existe, d'autres gens le découvre, le lisent et l'apprécie et il vit sa vie. C'est con hein ? (rires). Mais j'étais très contente du résultat, l'impression, la reliure. Les photos rendent bien et c'était la grosse difficulté. Je voulais que le bouquin soit maniable, chaleureux, qu'il ait une forme populaire, à l'inverse d'un livre photo classique un peu glacé et froid.



Tu es revenue différente de ce voyage ?
Lucie : Je le pense, oui. Cela ne peut pas être neutre. Cela m'a donné beaucoup de force de voir ce qu'il y avait au bout de mon rêve, de ce désir. Le dernier chapitre à été très dur à accoucher. Pendant un long moment, j'avais du mal à revenir du voyage à reprendre une vie classique. J'avais encore envie d'être là-dedans. J'avais du mal à me séparer de Janis. C'était ça le retour à la réalité. Janis, elle est décédé et ça c'est fait… Et ta vie elle continue et qu'est-ce que tu en fait maintenant ? Qu'est-ce que cela t'apporte dans ta vie de tous les jours ? Par sa création artistique Janis a changé ma vie ou du moins ma vision du monde. Et ça pour moi c'est le truc le plus important. Elle l'a fait pour plein de gens. C'est magique et puissant de voir comme l'art peut créer des connexions et faire grandir. C'est son esprit libre et rock n'roll qui sera toujours avec moi. Partir toute seule, conduire ç'a ma donné beaucoup de confiance en moi. Surtout pour la conduite, toute ma famille avait peur! J'avais des recommandations, si tu es perdue dans le désert, tu bois l'eau du radiateur (rires) ! Gros stress (rires) ! J'ai plutôt réussi à m'en sortir, c'était cool !

J'étais avec mon frère le jour où on a appris la mort d'Amy Winehouse et il a tout de suite fait le rapprochement : « 27 ans, comme Janis Joplin » ! Je n'avais même pas fait le rapprochement…
Lucie : Je l'ai appris le jour même de mon arrivée aux Etats-Unis ! C'était fou ! Je venais d’atterrir à Houston, j'étais claquée, je vais directement dormir. Le lendemain, je vais à la salle du petit dej' et je vois l'info. Un truc de fou. Et ouais (soupir un peu triste)… Je me demande toujours si l'histoire se répète ou si cela tient du fantasme de notre société, des héros rock n'roll, sacrifiés. Il y a plein de jeunes rockeurs qui sont morts entre 23 et 35 ans. On a fait cette fixette sur le « club des 27 ». Ca créé des mythes. Je me méfie du mythe. La notion archétypale m'interpelle mais je me demande toujours ce qu'on en fait de cette « histoire de héros ». C'était des êtres humains. Tout de suite après avoir appris le décès d'Amy Winehouse, j'ai pensé que c'était parti pour les documentaires et tout. Est-ce bien nécessaire ? Même si il faut lui rendre hommage. Mourir à 27 ans c'est tragique.

Moi, quand j'ai eu 27 ans, j'ai pensé à tout ceux qui sont décédés à cet âge là et je me suis rendu compte que tout ces disques, que l'on considère comme des chefs-d’œuvre, ils les ont enregistrés très jeunes. La maturité artistique est assez dingue…
Lucie (elle approuve) : Oui c'est dingue. C'est incroyable. Amy Winehouse cette voix, quel talent. On est un peu tous fascinés par cette tranche de 27 ans, le basculement ado/adultes. C'est comme si tous ces personnages n'avaient pas pu passer à l'âge adulte, à l'âge dit « de raison ».

Oui, et qui restent éternellement dans une sorte de jeunesse…
Lucie : Oui, la jeunesse éternelle. Et notre société est fascinée par la jeunesse, c'est quelque chose qu'on valorise beaucoup.

Et tu as eu un sentiment particulier le jour de tes 27 ans ?
Lucie (interdite) : J'ai pleuré. Pourtant ma vie elle n'était pas si mal que ça. Mais je n'était pas à l'endroit où je me sentais à ma place. Le temps passe trop vite. C'est pour ça que dans le livre, je parle beaucoup de la chanson « Kozmic blues » où Janis parle, à 25 ans, du temps qui passe, des amis qui s'en vont, les gens meurent… Je l'ai ressenti aussi. Janis c'était mon modèle, je me suis demandé : « Mais qu'est-ce que j'ai fait moi de 20 à 27 ans ? ». J'ai fait des études, j'ai travaillé, rencontré des gens. Rien d'extraordinaire en fait. Cela a été une grosse remise en question.

Est-ce que c'est compliqué de vivre une vie de fan quand l'idole est décédée ?
Lucie : Oui c'est compliqué et je dirais même que c'est compliqué de vivre une vie de fan tout court. Je m'en rends compte de plus en plus quand je discute avec ceux qui viennent me voir en dédicace. Plusieurs personnes m'ont avoué être fan de quelqu'un. On a un peu cette image ridicule du fan, l'adoration aveugle, les cris, l’hystérie, les groupies. Etre fan, c'est déjà un peu difficile à assumer à la base. J'ai un peu de mal avec les autres fans de Janis. J'ai l'impression d'être intime avec elle et d'être la seule à pouvoir la connaître comme ça. J'ai pas l'impression qu'on parle de la même personne. C'est assez triste en fait. Tu pourras jamais la voir en concert, avoir une dédicace, lui poser une question. Avoir une interaction comme avec un autre être humain. Je remets en question le « côté mythe ». On te sert des documentaires, tu as juste des légendes pour la connaître. C'est compliqué, cela peut être un peu frustrant. Ma réponse avec le livre, c'est que la solution et les réponses aux questions sur Janis se trouvent à l'intérieur de moi. Ce bouquin c'est ma Janis, celle que moi je me suis imaginée. Tu vois Tori Amos est toujours en vie, je touche du bois. Tori Amos, j'ai eu la chance de la rencontrer, de lui parler. Je lui ai offert des petits livres que j'avais fait en micro édition. Et c'était super. J'ai eu la chance de lui dire merci, ce que j'ai toujours voulu dire à Janis. Juste se connecter sur ce « merci » en vrai c'était magique (sourire, des étoiles dans les yeux). Je trouve ça très important d'honorer ce sentiment de gratitude qu'on peut avoir envers les autres. Artistes, famille, amis, parfois même un client. Pour moi, c'est une valeur importante.

Rêvons cinq minutes. Si je te dis, ce soir on va voir Janis en concert. Comment tu imagines la chose ?
Lucie : Oh la la… Je ne sais pas, ça serait tellement fort. C'est là que je me rends compte que dans le livre j'ai quand même répondu à pas mal de mes questions. Ado, j'étais vraiment fascinée par l'idée de la voir. Et j'avais très peur qu'elle me trouve conne. J'aurai de l'appréhension je pense (elle réfléchit). Je pense que j'aurai envie de pleurer, d'excitation, de joie. Cela m'a mis dans tout mes états quand j'ai découvert que ma prof d'anglais l'avait connue personnellement. J'ai trouvé ça complètement fou. Je ne sais pas dans quel état je serai… Peut-être que Janis donne des concerts au paradis ? Si on va au paradis, c'est encore autre chose…

Propos recueillis le 19/11/2016.


En dédicace le 9 juin au Supersonic (Paris, Bastille)

Et pour rappel notre opération de crowdfunding :