lundi 27 mars 2017

Le Villejuif Underground : « Heavy black matter »



Le nouvel EP de cette formation originaire du Val-de-Marne (comme son nom l'indique) est pour le moins étonnant. Les références évidentes nous mènent, comme souvent, vers la scène garage et le rock psychédélique de la fin des années 1960. Les comparaisons s'arrêtent là, à aucun moment le quatuor ne cherche à sonner « vintage » ou à recréer une époque de toute façon révolue. Chez le Villejuif Underground, l'esprit prend le pas sur la lettre. Il en résulte un disque foutraque, bricolé avec les moyens du bord, DIY or die, où une basse et des beats discos entre en collusion avec des guitares déglinguées dégagées du trop plein d'agressivité, une signature typique distinguant le groupe du tout-venant garage. Le chant, trafiqué et les arrangements bricolo, évoquant de vieux jeux vidéos, drapent l'ensemble d'un voile mystérieux. Une pépite de plus à mettre au crédit du label Born Bad.

dimanche 26 mars 2017

Jupiter & Okwess : « Kin Sonic »



Moderniser une tradition musicale séculaire, celle de la rumba congolaise en l'occurrence, telle est la mission que s'est fixée Jean-Pierre « Jupiter » Bokondji avec ce nouvel album en compagnie de son groupe Okwess. Il faut dire que notre homme a le profil idéal pour mener sa tâche à bien, ayant grandi à Berlin-Est où son père travaillait comme attaché d'ambassade, avant d'effectuer un retour délicat au pays, le Congo (l'ex-Zaïre). Le disque saisit parfaitement cet état d'exil, le fait de perdre ses racines à force de déménagements successifs. Les fondamentaux rythmiques de la rumba sont respectés à la lettre. Plus étonnantes, par contre, sont les guitares, saturées et ultra puissantes rappelant le rock anglo-saxon, ou les arrangements électroniques appliquant un sceau contemporain sur l'ensemble. Alors que les paroles sont ancrées dans une réalité sociale, pas forcément réjouissante, la musique dégage elle un enthousiasme contagieux et, à de nombreuses occasions, l'album démange les articulations, recyclant habilement le funk étasunien. Très bien équilibré, le disque développe également un angle plus sombre où les compositions se teintent alors de mélancolie. Plus qu'un disque, un voyage entre sons, émotions et continents.


jeudi 23 mars 2017

Interview avec Carré-Court.



Arborant une choucroute digne de Brigitte Bardot dans ses grandes années, Julie la chanteuse de Carré-Court et le guitariste Émilien, originaires de Limoges, se soumettent à la question...

L'EP nous arrive par des voies détournées, il s'agît d'une réédition ?
Carré-Court : Oui c'est ça. Lors de sa première sortie, le disque n'a pas dépassé le niveau local, chez nous dans le Limousin. Il n'y a pas eu de communication autour. On s'est retrouvé un peu pris au dépourvu. On a fait une release party chez nous mais ce n'est pas allé plus loin que ça…

C'est une renaissance donc ?
Carré-Court : Voilà c'est ça ! On le ressort dans d'autres conditions avec un morceau inédit.

Le nom du groupe a un petit côté chic à la française, pourquoi avoir fait le choix de chanter en anglais ?
Carré-Court : C'est une question de facilité et de sonorité. L'anglais nous est venu naturellement quand j'ai posé ma voix sur les compositions d’Émilien. Cela vient aussi de nos références, les Beatles, les Ronettes, les Supremes… Elles sont principalement anglo-saxonnes et c'est plus facile à faire sonner que du français. On a beaucoup de références françaises aussi, c'est pour cela que l'on tenait à notre nom de groupe bien français.

Si je ne m'abuse, le carré-court c'est une coupe de cheveux. Le style, le look, l'image sont-elles des composantes importantes dans l'univers du groupe ?
Carré-Court : Ce n'est pas quelque chose que l'on a travaillé pour le groupe. On est comme ça tous les jours. J'aime porter ma choucroute des années 60 ! On avait pas franchement envie de s'exposer sur les pochettes et le reste. Maintenant comme a dû le faire autant que cela soit soigné ! On fait l'effort de s'habiller un minimum. On pourrait venir en slip mais on ne va pas le faire !

Quand j'ai écouté le disque, j'ai tout de suite pensé à Amy Winehouse…
Carré-Court : Je suis totalement fan d'elle, je n'ai pas de honte de le dire donc je pense qu'il y a des influences. C'est une référence commune au sein du groupe. On ne veut pas se limiter non plus. On ne cherche pas à l'imiter.

L'EP est très soigné, très arrangé, la formule en duo n'est-elle pas un peu réductrice pour ce genre de musique ?
Carré-Court : Le disque n'a pas été arrangé par nous. On a travaillé avec deux arrangeurs de formation classique. En concert on est que tous les deux, on joue beaucoup plus sur la sensibilité que sur l'orchestration. C'était un choix de notre part d'avoir un disque très orchestré, c'est comme ça qu'on a commencé à travailler. On a pas trop réfléchi en fait. Pour la scène on essaye de retravailler les morceaux différemment, de faire quelque chose d'un peu plus sensible. On propose quelque chose de différent en live qui va à l'essentiel, c'est intéressant aussi. On espère quand même un jour pouvoir jouer nos morceaux avec plus de musiciens !

(c) Martial Schmeltz

Vous êtes passés au studio Ferber récemment ?
Carré-Court : Avant hier ! C'était un honneur de pouvoir accéder au studio Ferber, on ne pensait pas que cela soit possible. C'est un endroit très très beau ! Les techniciens sont adorables, l'équipe super ! De se retrouver dans ce studio énorme... J'ai évité de penser aux personnes qui ont enregistré là-bas avant nous, j'aurais eu la trouille ! Ca fait toujours quelque chose… On est chanceux en tout cas, super contents !

Limoges est surtout connue pour le basket et la porcelaine…
Carré-Court : Il se passe beaucoup de choses, beaucoup de groupes mais personne n'en parle ! Pas mal de bénévoles, d'asso. Il y a un co-working qui a ouvert en centre-ville pour former les jeunes à la musique. Tous les mardis soir il y a des conférences pour les groupes : comment protéger ses morceaux, la Sacem…

Y-a-t-il une sorte d'émulation ?
Carré-Court : Il y a toujours eu beaucoup de groupes à Limoges et une grosse culture garage-rock. Seven Weeks, par exemple, un groupe stoner qui bastonne qui a fait plein de tournées à l'international. Ils sont passés au Hellfest ! Les Ejectés, aussi. On aime la musique à Limoges !

Que vous inspirent les années 1960 ?
Carré-Court : L’insouciance et le renouveau. Les gens sortaient d'une période plus rude et voulaient profiter de la vie, s'éclater, dépasser les interdits. Une renaissance et une insouciance qui aujourd'hui nous manque et qui nous ferait du bien. Il y a trop de gravité à notre époque. Beaucoup d'interdits qui sont durs à dépasser, c'est dommage.

Propos recueillis le 23/02/2017.

mercredi 22 mars 2017

Grit : « The tale of Gary Goodmann »



Trois titres seulement pour ce premier EP studio (qui fait suite à un enregistrement live) pour ce jeune groupe parisien. Et déjà quel savoir-faire ! Transpercé de part en part par la foudre du rock, le quatuor fait preuve d'une belle autorité, inspiré par le rock indépendant tel qu'on le pratiquait à la fin du siècle dernier. Mais c'est après plusieurs écoutes que lentement, ce court disque révèle ses trésors cachés. Car derrière l'aspect rude et brut de décoffrage, Grit dévoile un agencement audacieux sur le plan rythmique (« Let it ») une production propre et carrée, des arrangements étonnants (« Ready or not ») et quelques solos de guitare pas piqué des hannetons. A découvrir.


mardi 21 mars 2017

Otis Taylor + Mathis Haug, Pan Piper, 20 mars 2017.



Axant sa programmation autour du blues et de la soul, les soirées Crossroads Nights du Pan Piper sont devenus, assez rapidement, un rendez-vous incontournable pour les amateurs de la note bleue vivant dans la capitale. Et ce n'est pas la programmation, sublime et complémentaire, de cette troisième soirée qui va nous faire changer d'avis…

On commence avec le bluesman Allemand, mais exilé en France depuis trente cinq ans, Mathis Haug à qui il revient d'ouvrir les festivités. Tout auréolé de la réussite de son nouvel album, « Wild Country », Mathis se présente ce soir dans une formation, en duo, guitare folk et violon, assez inédite. Après un début de set assez sage, rapidement les deux musiciens se trouvent et entament un passionnant dialogue où les instruments se répondent l'un à l'autre. Le duo part alors à la dérive, prolongeant la durée des morceaux, le concert devenant un happening jam improvisée. La voix de gorge de Mathis, grave et légèrement éraillée, véhiculant les émotions à la pelle est superbe. Le charisme et le français absolument parfait du chanteur faisant le reste. Prenant visiblement leur pied, le sourire jusqu'aux oreilles, les deux musiciens nous remontent le moral et c'est toujours bon à prendre un lundi soir…

Après ces excellents débuts, on franchît une étape supplémentaire en compagnie d'Otis Taylor qui, lui, s'exprime dans un registre très électrique. Aussi galvaudée soit-elle, l'expression « venir des tripes » prend une signification nouvelle tant la musique de Taylor dégage quelque chose de bestial. Le niveau affiché par les musiciens est hallucinant, la scansion de la batterie, et le groove aussi, sont absolument déments, la basse est aussi solide qu'un mur de béton (on apprécie au passage le solo slappé) et la guitare de Taylor, souffle le chaud et le froid, en même temps qu'elle passe du son clair au son saturé («SAUVAGE !» comme il dit). Un violon, apaisant, complète la formation faisant contraste avec la dureté de la six cordes. Chez Taylor, le blues possède quelque chose d'hypnotique, proche de la transe, les morceaux sont très longs, le spectateur passant par toutes les couleurs entre le début et la fin d'une chanson. Imposant, par sa stature, exigeant avec ses musiciens comme avec le public (« No flash ! »), Otis Taylor nous a, en outre, ravi avec sa reprise de « Hey Joe » qui avait servi de point de départ au concept de son album précédent. Un grand moment !



lundi 20 mars 2017

Réversible, Le Bataclan, 18 mars 2017.




A mi-chemin entre les arts et la performance sportive, la compagnie montréalaise, les 7 doigts de la main, propose des spectacles touchants, visuellement impressionnants, où la danse croise le théâtre, la gymnastique, le cirque et le skateboard. Après « Traces » et « Séquence8 », « Réversible », leur toute dernière création, met en exergue, l'identité et la recherche de ses racines, puisant l'inspiration dans les histoires familiales des différents protagonistes. Une fois de plus, on en ressort bouleversés tant la performance physique (et elle est bluffante) est au service d'une émotion à fleur de peau.




Jusqu'au 1er avril 2017.
Du mercredi au samedi à 20h30. Séance supplémentaire le samedi à 16h30.

Le Bataclan
50 boulevard Voltaire – 75011 Paris.
Métro Oberkampf


samedi 18 mars 2017

Elise & The Sugarsweets : « When the whistle blows »



Vieux routiers de la scène blues made in france, le guitariste Olivier Raymond et les frères Ferrié retrouvent un coup de jeune avec ce nouveau projet accompagnés par une toute jeune chanteuse, Elise, âgée de 19 ans, et bluffante de maturité vocale. Cette nouvelle aventure part du bon pied, deux compositions originales et quatre reprises du meilleur goût sont au menu de ce premier EP. Les musiciens démontrent ici un savoir-faire certain et trouvent le bon équilibre entre groove (l'orgue, la section rythmique) et des guitares enthousiasmantes maniées de main de maître par Olivier. L'écrin est parfait pour mettre en valeur les impressionnantes capacités vocales d'Elise, son coffre, sa profondeur et son registre étendu véhiculent un trop-plein d'émotion. Entre blues et soul, un premier EP certes classique, mais emballant, vivement la suite…
En concert le 6 avril à Paris (New Morning)

mercredi 15 mars 2017

Anne Darban : « Montgolfière »



A l'image de la montgolfière du titre, la musique d'Anne Darban ne demande qu'à s'envoler. Portées par un piano léger et vaporeux, les compositions de ce premier EP sont autant de petites vignettes, entre rêve et réalité, décrivant un univers poétique, intrinsèquement féminin et délicat, qui parfois se pare d'ornements indie pop (magnifique « De l'eau »). Une nouvelle voix, touchante, dans le paysage de la chanson française. A découvrir.
En concert à Paris (Divan du monde) le 23 mars.
https://soundcloud.com/anne-darban

mardi 14 mars 2017

Edgär : « Persona »



Derrière ce nom mystérieux se cache un duo à la personnalité complexe. D'obédience indie pop, Edgär pourrait facilement passer pour un de ces noctambules, croisés un samedi soir au hasard d'un dancefloor quelconque. Mais, après quelques écoutes, ce premier EP de trois titres révèle sa nature intrinsèque et une vraie richesse d'ambiances et de climats. Chez Edgär, l'électro pop, vaguement dansante, se drape d'un voile mélancolique (« Two trees », « The Paintor ») à l'image de ces soirées prometteuses mais assez décevantes finalement. Notre préférence va au titre final « Teacup » où la guitare se fait plus présente, entraînant dans son sillage le groupe sur un terrain rock assez inattendu.

lundi 13 mars 2017

Chocolat : « Rencontrer Looloo »



L'été dernier, à l'occasion des Eurockéennes de Belfort, les Québecois de Chocolat avait fait forte impression, pratiquant un rock puissant et carré entre stoner, garage et psychédélisme, le tout sous haute influence des années 1970. Ce nouvel album voit Chocolat franchir une nouvelle étape. Sans rien renier de leur appétence pour le rock n'roll et les guitares saturées, le sextet gagne une épaisseur nouvelle en allant chercher de nouvelles sources d'inspirations dans le rock progressif. Un saxophone free (« Golden Age ») fait une apparition étonnante alors que le titre d'ouverture « On est meilleurs qu'REM » séduit par sa maîtrise du rythme ternaire. Un excellent album qui trouve son équilibre entre rock n'roll, direct et puissant (« Ah ouin », superbe, « Retrouver Looloo », « Les géants ») et expérimentations à teneur jazzy (« Les Pyramides » qui sonne comme Soft Machine) ou barrées en plein trip spatial (« Koyaanisqatsi », un tantinet inquiétant) le tout sans négliger la dose de blues nécessaire à tout grand disque (« Looloo »). Par sa capacité à conjuguer passé et présent, à varier les ambiances, passant en un clin d’œil des Stooges à Soft Machine, « Rencontrer Looloo » s'impose haut la main comme une des plus belles surprises de ce début d'année. A découvrir…


Chocolat en tournée :

14/04/17 – FR – Clermont Ferrand – La Baraka
15/04/17 – FR – Paris – La Maroquinerie
16/04/17 – FR – Bordeaux – Void
18/04/17 – FR – Rennes – Mondo Bizarro
19/04/17 – FR – La Rochelle – La Sirene
20/04/17 – FR – Rouen – Le 106
21/04/17 – FR – Lille – Maison Folie
25/04/17 – FR – Lyon – Peniche Sonic
26/04/17 – FR – Capbreton – Le Circus
27/04/17 – FR – Nantes – Pole Etudiant
28/04/17 – FR – Lorient – Le Galion


dimanche 12 mars 2017

The Psychotic Monks : « Silence Slowly and Madly Shines »



Après une série de maxi ravageurs, et un passage dévastateur à Rock en Seine l'été dernier, le temps est venu pour les Psychotic Monks de franchir le Rubicon à leur tour avec la sortie de ce premier album. Œuvre ambitieuse, « Silence slowly and madly shines » est découpée en quatre parties différentes. Avant même que la moindre note ne s'échappe des enceintes, un coup d’œil sur la (magnifique) pochette laisse augurer d'un album intense et fort en émotions. Et on n'est pas déçus ! La pédale fuzz enclenchée à fond, The Psychotic Monks livre sa version du rock psyché et garage transcendée par le heavy metal («Sink ») et comme transpercée par une vision sombre. Car cet album est un album d'ambiance. Sombre, noir et quelque peu inquiétant, The Psychotic Monks plonge l'auditeur au cœur d'une tornade sonore, entre guitares abrasives, batteries folles et nappes synthétiques anxiogènes le long de passages instrumentaux qui s'étirent en longueur. Chamboulé, bouleversé, l'auditeur ne ressort pas indemne d'un tel disque. En effet, comme le laisse supposer le nom du groupe, il y a chez les Psychotic Monks quelque chose de lancinant qui hypnotise et emporte l'auditeur. L'influence du rock des années 70, prégnante au sein du groupe, s'en retrouve ainsi totalement transcendée. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître !
En concert le 30/03 à Paris (Petit Bain)
https://twitter.com/psychoticmonks

samedi 11 mars 2017

Gaëlle Buswel + Lux, Café de la danse, 10/03/2017.



La soirée commence avec le duo Franco-Américain Lux qui, ce soir, se présente en formation acoustique guitare+voix. Derrière sa très belle guitare folk, Sylvain Laforge fait montre d'une grande subtilité et d'une belle attaque du poignet, sans pour autant verser dans un trop plein d'agressivité. Au situé à l'exact milieu entre puissance et mélodie, Sylvain remplit à lui seul l'espace mettant bien en valeur la voix, assez haut perchée, d'Angela Randall, aussi classe que Patti Smith, très belle première partie, trop courte malheureusement…

Place ensuite à la vedette de la soirée, la chanteuse Gaëlle Buswel, qui fête, en grandes pompes, la sortie de son nouvel album. Personnalité fraîche, pétillante, toujours de bonne humeur, cette dernière semble visiblement émue de jouer devant une salle comble. Débordante d'énergie Gaëlle a assuré le show pendant une heure et demie, dansant, sautant un peu partout et échangeant énormément avec son public. Pour fêter dignement, la sortie de son troisième disque, la chanteuse a mis les petits plats dans les grands avec de nombreux invités. La première partie est entièrement électrique, entre rock, folk et blues, dans la droite lignée « classic rock » des années 1970. Le groupe entourant la chanteuse est excellent. Basse et batterie, droites et carrées alliant groove et puissant, le terrain est parfaitement balisé pour permettre au guitariste Michaal Benjelloun de briller de mille feux. Ce dernier se révèle excellent dans ces rythmes saccadés, sous influence Rolling Stones, dans la droite lignée de Keith Richards. Mais, sans médiator, dans un contexte blues, son toucher déborde de feeling et d'émotion, gratifiant le public de longs, et superbes, passages instrumentaux. Place ensuite à la partie acoustique, où les musiciens assis, débranchent les amplis, Michaal troquant la guitare pour la mandoline apportant une touche country très appréciable. Certains morceaux ont fait l'objet d'un soin tout particulier avec le renfort de cordes (violon et violoncelle) et de Sylvain Laforge à la guitare électrique. Une ambiance torride pour une release party de toute beauté.


vendredi 10 mars 2017

Cris Luna : « Phoenix »



Tel le phœnix renaissant de ses cendres, Cris Luna a entamé une nouvelle carrière en 2010, 20 ans après avoir raccroché sa guitare. Le créneau n'a pas bougé d'un iota depuis, le plaisir de jouer avant tout, quant aux disques, ils se font entre amis et en totale indépendance. « Phoenix » est la troisième sortie de Cris Luna depuis son retour aux affaires. Le disque s'écoute comme un retour en adolescence et un parfum d’insouciance (cf. la pochette) se dégage de ces 11 titres. Les guitares sont puissantes et énormes, la pulsation de la section rythmique frôle l'apoplexie. Avec un talent certain, une bonne dose d'énergie et un enthousiasme à toute épreuve, le quatuor rend hommage à ses marottes, le punk/garage façon Stooges (« Love and hate ») et le hard rock/heavy metal des années 70 et 80 (« Lana », « Heavy metal kid », « Lords of Luna » qui sonne comme du U2 sous adrénaline, dopé aux décibels). Marqué par certaines épreuves passées, le disque parfois se pare d'un feeling plus dark (« Neither here nor there », « There will be love »), sentiment passager et évanescent qui ne dure qu'un instant avant que le groupe ne reprenne son entreprise sonique. S'il est entendu que cet album ne changera la face du monde, l'ensemble est suffisamment abouti pour nous fournir notre dose de décibels et c'est déjà beaucoup.

jeudi 9 mars 2017

Pamela Hute : « Highline »



Après bien des tourments (cf. « Run through the storm »), le nouvel et troisième effort de Pamela Hute est disponible dans le bacs. Quatre ans après « Bandits », un excellent disque incompris qui s'est soldé par un douloureux échec commercial, « Highline » sonne comme un renouveau et sort sur le propre label, My Dear Recordings, monté par l'artiste. Une fois de plus, le salut est venu d'outre-Atlantique et, après John Agnello appelé à la rescousse pour sauver le disque précédent, c'est le producteur Jay Pellicci (Sleater Kiney, Avi Buffalo) qui a enregistré l'album dans une maison du sud de la France. Accompagnée dans cette aventure par un nouveau line-up (une basse, une deuxième guitare) Pamela voit s'ouvrir de nouveaux horizons, acoustiques (« All I say », "Stick Around") et pop (« Summer of 75 »), les guitares, toujours une composante essentielle de sa musique, d'autant plus que les claviers ont presque complètement disparus, sont canalisées, moins tranchantes que par le passé (encore que « Getting old »), accompagnent le mouvement (« Fool you », « Hectic dream ») de compositions minimalistes (« I Know »). Ce nouvel effort baigne dans une étrange atmosphère, mélancolique (« Gunshot », « Run through the storm ») mais pourtant lumineuse (« Summer of 75 », « Nothing to see »). Un peu à l'image de l'artiste, passée à deux doigts de raccrocher définitivement sa guitare, ce nouvel album refuse de céder et tient bon la barre. Écoutez-le !

mardi 7 mars 2017

Tiger Army, La Maroquinerie, 5 mars 2015.



Dix-huit ans après ses débuts discographiques, le surpuissant trio psychobilly/punk/rockabilly Tiger Army a enfin joué en France ! Un événement attendu de longue date par les fans du groupe qui se sont déplacés dans une maroquinerie qui, si elle n'est pas complète, affiche un taux de remplissage conséquent. Sur disque, Tiger Army affiche une diversité musicale bienvenue, flirtant parfois avec la pop 50s sur son dernier effort. Il en va différemment de la scène où le trio met l'énergie en avant, misant tout sur le feu intérieur qui l'anime. La diversité faisant la marque de fabrique du groupe se retrouve passant d'un redoutable assaut punk à une ballade mélodique en un rien de temps. Mais surtout, quelque soit le genre abordé, le trio met en avant sa musicalité et le sens du swing de sa section rythmique. Derrière son kit, le regard exorbité, le batteur affiche la mine patibulaire d'un ex-détenu en cavale et conjugue à merveille le swing prise tambour et une puissante attaque punk. Le chanteur Nick 13 ressemble quant à lui à un acteur échappé d'une série B fantastique des années 1950 doté d'un magnifique duo de guitares Gretsch dont il use pour dispenser un son puissant au toucher fin et délicat. Mais le plus impressionnant reste le contrebassiste Djordje Stijepovic. Un peu plus tôt dans l'après-midi, l'ingénieur du son, bassiste lui-même, nous confiait son immense plaisir à mixer Djordje tous les soirs. Et comprend pourquoi ! Musicien impressionnant, Djordje sait à la fois conjuguer un son slappé puissant (les cordes de son instrument décollent de dix bons centimètres du manche), véloce mais toujours empreint de swing et de feeling. Son touché unique s’accommode aussi bien des ambiances jazzy que de l’agressivité punk ainsi qu'il a pu le démontrer dans son solo final. Un chouette concert !


lundi 27 février 2017

Tiger Army : « V*** »



Après quasiment une décennie d'absence, Tiger Army, toujours menés par Nick 13, sont de retour avec ce nouvel effort. Toujours inspiré par les années 1950, ce cinquième album s'inscrit dans une veine psychobilly soit l'exact point de rencontre entre les influences originelles venues du rockabilly, de la country et du rock n'roll et une dynamique punk prête à tout exploser. Ainsi, une véritable dichotomie dicte ce disque entre le chant mélodique de Nick 13, pour résumer un crooner qui s'ignore (« Dark and lonely night », « Prisonner of the night »), et des guitares vicieuses et tranchantes (« Knife's edge »). Mais l'album brille également par une véritable ambition musicale, les arrangements de cordes de « World without the moon » et de « Happier times ». Dommage toutefois que le trio n'ait pas pu aller au bout de sa démarche et doive se contenter de claviers au son un peu cheap. Swinguant de bout en bout (« Devil lurks on the road »), n'hésitant pas à piocher quelques idées de l'autre côté de la frontière Mexicaine et mettant l'accent sur le mot « night » (présent dans plusieurs titres), Tiger Army plonge l'auditeur dans un monde nocturne et interlope entre ruelles peu engageantes et bars un poil louches. Un trip en soi.
En concert le 5 mars à Paris (La Maroquinerie)

dimanche 26 février 2017

Soen : « Lykaia »



Le Nord reste un territoire privilégié pour le métal et la bonne surprise du jour nous arrive de Suède. Soyons honnêtes, jusqu'à ce jour, le nom de Soen nous était totalement inconnu. Et il est peu probable que cet état de fait perdure tant le troisième album du groupe « Lykaia » se révèle excellent. Soen œuvre dans un genre de métal progressif où l'agressivité des guitares est canalisée dans des compositions au long cours alternant passages atmosphériques et brusques décharges électriques (« Opal »). L'ouverture de l'album (« Sectarian ») est à ce titre on ne peut plus classique et rappelle Tool, le parangon du genre. Mais bien vite, le quatuor échappe aux formules toutes faîtes et s'échappe vers de nouveaux horizons porté par une finesse rythmique qui les voit flirter avec les pattern ternaires à la limite du free-jazz (« Lucidity ») ou s'essayer à des gammes orientalisantes (« Jinn »). La démarche de Soen est portée par une musicalité extrême, sobre et curieuse d'autres territoires musicaux. Le propos est bien servi par une production propre et aérée où les instruments et compositions respirent permettant à chaque élément de trouver sa place. Le climax du disque reste « Sister », qui voit le groupe atteindre des sommets d'intensité en forme de thérapie. Un album brillant.
En concert le 15/04 à Paris (Backstage O'Sullivan)

samedi 25 février 2017

Rumble To Jungle



Tirant son nom d'un fameux combat de boxe ayant opposé le regretté Mohamed Ali à George Foreman en 1974, Rumble To Jungle tient sa promesse d'une musique qui bastonne et tabasse. Ainsi, l'album débute avec un formidable « The next round », guitare au cordeau, section rythmique ultra-précise, la musique trahit l'engagement physique des musiciens et il est total. Baignant dans une délicieuse atmosphère teinté Blaxploitation 70s (la guitare wha wha de « Small town girl »), l'album scelle la rencontre entre rock n'roll assez dur et soul music par le biais de la voix suave et sexy de la chanteuse Kissia San. En ce sens l'album rappelle ce que l'on aime tant chez les BellRays ou, naguère, chez les Noisettes. Du rock n'roll (en l'espèce le roll est important) avec un supplément d'âme, hérité du blues et de la soul music (« Plea »). L'album alterne ainsi passages durs, funkys et tendres aussi (bouleversante « Memories » qui tirera des larmes à quiconque à un jour perdu quelqu'un) ; le groove érigé en valeur cardinale. Un disque de haute tenue et une formation taillée pour la scène.

vendredi 24 février 2017

Gaëlle Buswel : « New day's waiting »



Ce nouvel effort, son troisième, voit Gaëlle s'échapper du cadre blues au sens strict pour s'ouvrir à des horizons connexes teintés de folk et de rock n'roll, avec cette couleur 70s aux accents rolling zeppelinien (cf. « So blue », « 25 hours ») propre à l'artiste. Un voyage et des rencontres sont à l'origine de ce disque. A l'été 2015, Gaëlle s'envole pour les Etats-Unis, où elle restera 45 jours, sa guitare sous le bras. Le point d'orgue du voyage sera la rencontre avec David Quick, un chanteur/auteur/compositeur plutôt méconnu, à Austin, Texas. Ce dernier offre à Gaëlle, « No one else », une magnifique chanson folk qu'il chante depuis 20 ans dans la rue et que l'on retrouve sur l'album en duo avec son auteur. Ce n'est pas, loin s'en faut, le seul moment émouvant du disque. La voix de la chanteuse, légèrement brisée sur le morceau-titre « New day's waiting », laisse apparaître une émotion à fleur de peau. Toujours sur la brèche, dans l'entre-deux, l'album ne verse jamais dans la mélancolie excessive, mais est, au contraire, porté par un enthousiasme contagieux (cf. « Makers of love ») à l'image de son auteure, toujours positive et souriante. Emballant.
En concert le 10 mars 2017 à Paris (Café de la danse)


jeudi 23 février 2017

Plaisir Vallée



Cet EP est axé sur un concept tout simple, celui du plaisir. Outre le nom du groupe, chaque chanson contient le mot plaisir dans son titre (« Plaisir valium », « Plaisir parti » etc.). Ce qui pourrait relever ailleurs du concept hasardeux prend ici une saveur bien particulière. Car avec son garage rock, aux effluves psychédéliques, efficace et bien envoyé, le trio nous fait effectivement très plaisir. Les compositions reposent sur un équilibre délicat entre guitares incisives dans le genre gros son alors que les rythmiques ménagent de l'espace pour une délicieuse syncope funky et dansante. Le chant, plutôt pop, assuré par Adrien Balency incarne à merveille cette dualité interne au groupe et apporte également un contrepoint intéressant au tranchant des guitares. Résumons la chose simplement : Plaisir Vallée égal plaisir immédiat.


mercredi 22 février 2017

Molécule : « 60° 43' Nord »



Cet album résulte d'une expérience/aventure pour le moins originale. En janvier 2014, Romain Delahaye, musicien électronique, a embarqué pendant 34 jours sur un chalutier, Le Joseph Roty II, en compagnie de pêcheurs dans l'Atlantique Nord. L'objectif étant d'enregistrer les bruits de la pêche et de l'Océan et de mixer le tout dans la cale du bateau transformée en studio de fortune. Le livret, très détaillé, véritable carnet de bord, donne des indications très précises sur le jour d'enregistrement de ces dix morceaux ainsi que la position du navire à cet instant précis. Le résultat se révèle aussi mouvant et ambivalent que sa source d'inspiration principale : l'Océan. Une techno minimale, en sourdine, rythmée par le bruit des vagues se fracassant sur la coque du navire, souvent sombre et menaçante, voire même dangereuse et violente (« Hébrides », « Rockall ») à l'image de la superbe pochette et parfois ambient, zen et aussi apaisante qu'un coucher de soleil sur la plage (« Shannon », « Le jardin », « Soleil Bleu »). Il est vrai que sur cette page on aime à décrire la musique en termes de paysages et de voyages intérieurs, autant de notions qui prennent un nouveau relief à l'écoute de cet excellent album. L'édition Deluxe est accompagnée d'un deuxième disque enregistré en live durant les Transmusicales de Rennes en 2015.
En concert le 3 mars 2017 à La Passerelle (Saint-Brieuc)

mardi 21 février 2017

La Féline : « Triomphe »



Situé au confluent d'influences très diverses (électro, chanson, pop, cold wave), ce deuxième album de La Féline fait montre d'un univers qui gagne en épaisseur. Les sonorités électroniques héritées de la new-wave, pendant un temps la signature de la formation menée par Agnès Gayraud, se fondent dorénavant dans un ensemble harmonieux ou l'électro cohabite avec des instruments organiques (« La mer avalée », « Trophée », « Comité rouge », la magnifique « Séparés ») voire acoustiques (« Nu, jeune, léger ») tout en ménageant de la place pour ce petit grain de sable propre à faire dérailler la machine dans l'inattendu, provoquant ce que l'on appelle communément un heureux accident (cf. le saxophone free qui orne « Le Royaume », « La femme du kiosque sur l'eau » baroque et orientalisant à souhait). Tout au long de ces dix plages, La Féline évolue sur la brèche entre limpidité mélodique et cette basse prépondérante accentuant le côté dark de sa musique, dessinant l'écrin idéal pour sa voix veloutée, séduisant l'auditeur un titre après l'autre. Une évidence se fait alors jour. On éprouve que trop rarement ce sentiment de proximité et d'intimité avec une œuvre que l'on découvre pourtant pour la première fois, comme si cette dernière avait fait partie depuis toujours de notre quotidien. C'est le signe des grands albums et « Triomphe » en est assurément un.
En concert à Paris le 16 mars (La Maroquinerie avec Louis-Jean Cormier)

lundi 20 février 2017

Exposition HEY! du 17 mars au 22 avril



Après le succès phénoménal rencontré par l'exposition "Tatoueurs tatoués" au Musée du Quai Branly (700 000 visiteurs), le duo Anne et Julien (également aux manettes de la luxueuse revue "Hey" du même nom) investit la galerie Arts Factory pour une exposition-vente réunissant 200 œuvres inédites sur papiers et 37 artistes de 13 pays différents.

HEY! Gallery Show #1
Du 17 mars au 22 avril 2017

Galerie Arts Factory
27 rue de Charonne 75011 Paris (métro Ledru-Rollin/Bastille)
Du lundi au samedi de 12h30 à 19h30

Mathis Haug : « Wild Country »



Après des débuts très marqué par le blues, Mathis Haug fait évoluer son univers sur ce quatrième effort. Certes la note bleue n'est jamais très loin mais cette dernière s'exprime différemment, dans un spectre plus général, celui de l'Americana, mélange hétéroclite entre folk, blues, country et rock n'roll, faisant un peu de place pour de nouveaux instruments comme le banjo, le violon ou l'accordéon. Il en va de même pour ce qui est des langues, polyglotte (bien que chanté majoritairement en anglais) ce nouvel album fait un peu de place à son allemand natal (« Luigi ») ou son français d'adoption (« Des Miles ») avec un bonheur égal. Car c'est au niveau vocal que le changement se fait de la manière la plus spectaculaire. Peu à peu, la patine du temps laisse sa marque sur le timbre de Mathis qui gagne en profondeur. Une voix de gorge, chaude et délicate, qui incarne à merveille les textes en lui donnant ce petit supplément d'âme qui finit de rendre la chose attachante. Une acoustique chatoyante et un répertoire à l'avenant (« Rock n'roll band », « A still life with smile ») font de cet album une valeur sûre et, gageons-le, un classique en devenir. Superbe.
En concert le 20 avril 2017 à Paris (New Morning)

dimanche 19 février 2017

Slow Joe & The Ginger Accident : « Let me be gone »



Cet album vient mettre un point final à une formidable aventure dont les prémices remontent à 2007, lorsque Cédric de la Chapelle, jeune guitariste lyonnais en vacances en Inde, tombe sur un vagabond, ce dernier se révélant être un véritable crooner qui s'ignore. La suite tient d'un improbable concours de circonstances, ceux donnant naissance aux belles histoires où se mêlent le destin et la chance. En l’occurrence, ces derniers prendront la forme du Ginger Accident, un groupe de rock vintage dont notre ancien clochard indigent deviendra le chanteur (interviewé dans ces colonnes en 2010). Ainsi, à l'automne de son existence, Joe se lancera dans le grand bain du rock n'roll avec deux excellents albums à la clé (« Sunny side up » en 2011 et « Lost for love » en 2014) avant de pousser son dernier soupir le 1er mai 2016 emporté par une rupture d'anévrisme à l'âge de 73 ans. C'est donc de manière posthume que sort cet ultime album. Sans pour autant être mortifère, il se dégage de ce disque un âme, une aura particulière. Chaque mot chanté par Joe pèse lourd, à l'image du traditionnel « Tambde Roza », chanté en langue vernaculaire, qui ouvre les débats de manière dramatique, et du poignant « Silent Wave » qui clôt définitivement l'affaire. Entre les deux, le Ginger Accident fait montre de sa classe habituelle poussant le curseur psychédélique encore plus loin, assumant la prise de risque le temps de quelques chansons bien barrées (« Swing your love », « My Sway », « I was a stooge ») et payant son tribut au blues (« Temple Mosque Church ») saupoudrant le tout d'un soupçon de spiritualité indienne (« Candy Sparkles ») évitant habilement tous les clichés inhérents au genre. Si l'aventure a été de courte durée, à l'échelle d'une vie, elle laisse une discographie impeccable, sans accroc ni faute de goût. Joe peut reposer en paix.
Concert hommage le 28 mars 2017 à Paris (Café de la danse)


samedi 18 février 2017

Festival How To Love, Petit Bain, 17/02/2017



Ce soir, le festival How to love rend hommage au regretté Daniel Darc dont plusieurs portraits ornent les murs du Petit Bain. Un moment forcément très émouvant assuré avec classe, précision et élégance par le groupe GYP qui a accepté de faire le backing band pour la kyrielle d'invités se succédant au chant. Impossible de citer tout le monde (désolé Cléa Vincent, Mathieu Malon, Alex Rossi et les autres) mais signalons tout de même la présence de quelques collaborateurs du regretté chanteur parmi lesquels Frédéric Lo (dont le métier principal n'est pas de chanter mais qui se sort de l'exercice avec les honneurs) et Bill Pritchard co-auteur avec Daniel de l'album « Parce que » sorti en 1988. Dans un autre genre, Jean Felzine, leader de Mustang, armé de sa sublime Gretsh blanche jette son dévolu sur « Anyday now », un titre d'Elvis (une passion commune avec Daniel), apportant une note 50s à l'ensemble. Dans la foulée GYP assure un set autour de son album « S'il fait jour encore » exhumé l'an dernier, 35 ans après son enregistrement.

Plus tard, pour finir la soirée, Alister a, à son tour, pris possession de la scène pour un set en deux parties, la première axée sur le piano puis la deuxième plutôt orientée guitare. Avec le chic et le détachement qu'on lui connaît, Alister ravit le public de ses piques parfois décalées mais toujours bien senties. Musicalement, Alister reprend le flambeau, un peu laissé à l'abandon, d'une pop à la française, assumant l'héritage des Polnareff et autres Gainsbourg avec une certaine réussite (la fantastique et baroque « Cathédrale »), une bonne dose de second degré (encore que…) et un accompagnement musical au top (fantastique basse au son rond et bourdonnant comme dans les 60s). La deuxième partie du set, celle consacrée à la guitare, révèle un tempérament plus agressif, limite garage rock, porté par l'efficace scansion du batteur. Séduisant.



vendredi 17 février 2017

The Handsome Family + Joana Serrat, Le Divan du Monde, 16/02/2017.



La première partie est assurée par la jeune et talentueuse Joana Serrat que l'on avait déjà pu admirer en ce même lieu en septembre dernier en ouverture des Jayhawks. Seule derrière sa guitare folk, l'harmonica par intermittence autour du cou, la jeune Catalane évoque des paysages désertiques marqués par les Etats-Unis. La réverbération appliquée sur la guitare apporte une ampleur au son tentant de gommer l'aridité de l'acoustique et apportant une note éthérée et rêveuse à la musique. Une très belle prestation qui va, hélas, s'interrompre brusquement de manière assez rocambolesque, Joana quittant précipitamment la scène expliquant qu'elle ne sent pas bien. La jeune chanteuse reviendra quelques minutes plus tard, sous les applaudissements nourris du public, expliquant, toute contrite, que son estomac ne digère pas très bien la cuisine française. Elle tiendra tout de même à terminer son set jouant deux chansons supplémentaires. Classe.

Le virus semblant être le thème de la soirée c'est ensuite The Handsome Family qui arrive sur scène en affirmant qu'ils avaient des « free cold american viruses available in girl or boy version » à offrir au public ! Mais ce n'est pas quelques légères quintes de toux qui va stopper la classe américaine du groupe, le swing raffiné du batteur aux balais, la caresse délicate de la lap-steel et la voix de gorge et chargée d'émotion du chanteur Brett Sparks qui forme un couple explosif avec la bassiste Rennie, son épouse, avec laquelle il se chamaille gentiment comme un ado. Entre folk et country, le groupe revisite ainsi le terroir étasunien pour une prestation propre à ravir tous les fans d'americana. Espérons qu'ils reviennent nous voir bientôt !


Wild Times : « The Wanderers »



Entre guitares aux secousses sauvages (« ILWY ») et synthés guillerets (« The Wanderers »), Wild Times offre une large palette d'émotions. Entre joie et noirceur. Un peu à l'image de la pochette où un couple heureux, bras dessus dessous, échappé des 50s par une faille temporelle, fonce tout droit vers l'explosion nucléaire, l'air de rien. Jamais totalement dark, on sent cependant dans les compositions du groupe cette petite réserve qui empêche la joie d'être totale (« Season »). Un premier EP en clair obscur donc, toujours sur la brèche, peut-être les prémices d'un univers créatif potentiellement passionnant. On attend la confirmation sur la longueur d'un LP.


jeudi 16 février 2017

Carré-Court : « N°1 »



Premier EP pour cette jeune formation originaire de Limoges. Œuvrant dans un style vintage à souhait, finalement pas si courant dans notre hexagone, Carré-Court produit une musique ensoleillée (mais qui n'occulte pas les zones d'ombres) entre rock n'roll, soul et girls group des années 60. Oscillant entre guitares et pianos, l'Ep se révèle ainsi des ambiances variées mais cohérentes, tantôt jazzy, tantôt pop, et la chanteuse Julie, dont le timbre rappelle Amy Winehouse, se révèle à l'aise quelque soit le contexte ; l'habillage musical enveloppant sa voix avec classe et élégance. Quatre titres seulement mais d'ores et déjà une belle découverte.
https://fr-fr.facebook.com/carrecourtband/

Flying Padovani's + Les Soucoupes Violentes + Daltons, Festival How to love, Petit Bain, 15 février 2017.



Chouette festival mélangeant rock et BD, How To Love se tient dans la salle du Petit Bain redécorée pour l'occasion. Cette soirée se tient sous le signe de la nostalgie du rock français des années 1980 et les cheveux gris sont aussi nombreux dans la salle que sur scène.

On commence par les Daltons, carré et efficace, le groupe distille un rock puissant dont les paroles semblent venues d'une autre époque : « Dans mon costume de merde », « J'ai trouvé un CDD »… Assez classique dans la forme, la formation assure le job avec classe et détermination. Rien de bien original certes, mais on passe un bon moment, le quatuor nous met en jambes pour la suite avec entregent. La suite est assurée par les Soucoupes Violentes, dont on avait bien aimé le disque l'année dernière mais dont la déclinaison scénique déçoit quelque peu. Accompagnateurs peu impliqués, le regard vague, Stéphane le leader, admirable d'abnégation, se démène tant qu'il peut derrière sa superbe guitare, l'affaire ne décolle jamais vraiment en dépit de la considérable énergie qu'il a déployé à titre personnel. Ce n'est qu'à certains moment que l'on peut entrapercevoir le potentiel du groupe, certains morceaux sont vraiment excellents, quelques trop rares éclaircies dans cette morne plaine.


Mais rien ne nous préparait vraiment à la déflagration qui allait suivre. Mené par le mythique Henri Padovani (le guitariste original de Police), The Flying Padovani's sont de retour après des années d'inactivité. Trio instrumental, le groupe trouve sa source parmi certains de nos genres préférés, du rock n'roll, de la surf music, du blues surpuissant (« Pin up blues »), du western inspiré par l'art de la musique de film. Le trio déboule en faisant le grand écart dans la plus pure tradition du rock n'roll. On est d'emblée scotchés par la formidable puissance développée par le groupe. Derrière sa batterie, lunettes d'Elvis sur le nez, Chris Musto prend des allures de tornade. Groove hyper puissant, agile et rapide, Chris ne se contente pas de bûcheronner mais fait montre d'un véritable feeling. Solo joué à mains nus : ce type est une machine ! Chauve, le bassiste Paul Slack est à l'avenant. Ses lignes sont à la fois fines, précises et puissantes, délivrées avec une précision métronomique. Wow ! Enfin, le terrain est largement balisé pour que M. Padovani laisse éclater toute la classe de sa Gibson demi-caisse rouge. Pas de pédales d'effet, que du son brut, direct et un remarquable maniement du vibrato Bigsby. Quelle classe ! De plus, Henri se révèle un showman de tout premier ordre régalant le public de ses anecdotes, récoltées au cours de ses quarante années de rock n'roll, entre les chansons. Une prestation de haute volée !

mercredi 15 février 2017

Les Nuits de l'alligator 2017



Avec sa programmation tournant autour du blues, du rock garage, de la soul et du folk/country, le festival Les Nuits de L'alligator fait notre bonheur depuis douze ans puisqu'on est sûr, d'une part de trouver des groupes que l'on aime et, d'autre part de faire de belles découvertes. Avec une programmation de haut vol, cette nouvelle édition n'a pas échappée à la règle, le tout dans le cadre intime et intrinsèquement rock n'roll de la maroquinerie. Retour sur les trois premières soirées parisiennes du cru 2017...

Jeudi 9 février : C'est aux Espagnols de Guadalupe Plata qu'il revient l'insigne honneur d'ouvrir les débats de cette nouvelle édition. Le trio, assez atypique, compte en son sein un musicien préposé à d'étranges instruments dépassant rarement les deux cordes en sus des classiques batterie et guitare. La musique est majoritairement instrumentale, twangue en diable et chasse sur les terres punk et blues, rappelant le Gun Club et autres RL Burnside. Déjà assez côté dans son pays natal, le groupe devrait conquérir l'autre versant des Pyrénées. Enfin, dans un monde parfait. Il y a quelques mois de cela, on s'était extasié sur le nouvel album des Sore Losers et leur prestation du soir ne fait que renforcer l'excellente impression laissée par l'album. Le set débute sur une note à la fois lourde et lancinante rappelant Black Sabbath puis vire vers un son rock n'roll garage brutal et sauvage bien aidé dans sa tâche par un chanteur charismatique et un guitariste maniant l'art du solo sans en faire des tonnes. Excellent de bout en bout, le groupe apporte une touche de métal qui jusqu'à présent faisait défaut au festival. Non, Boss Hog n'est pas le nouveau groupe de l'hyperactif Jon Spencer (Blues Explosion, Heavy Thrash). C'est même un projet très ancien, formé avec son épouse Cristina Martinez, dont les premiers pas discographiques remontent à 1990 et dont on avait perdu la trace à la fin du siècle dernier. Un retour remarqué, après 17 ans d'absence, c'est dire si l'événement est d'importance. La Maroquinerie est pleine comme un œuf, pas évident de trouver le spot idéal pour voir la scène (à vrai dire on n'y sera jamais totalement arrivé) mais on est littéralement emporté par la tornade rock n'roll ourdie par Spencer & Co. Contrairement à ses autres formations, cette dernière est plus fournie, claviers (pour une légère touche électronique assez rare chez Spencer), batterie et deux guitares. Les voix étant dans leur majorité assurées par Cristina Martinez qui harangue la foule dans une attitude foncièrement rock n'roll. Le son est énorme, le public assommé. Grand moment.

Vendredi 10 février : La soirée débute avec une jolie découverte, l'atypique trio King Biscuit, originaire de Normandie. Derrière sa jolie guitare vintage demi-caisse, Sylvain Choinier dispense un blues envoûtant de sa voix de gorge. L'ensemble est très rythmique, la formation est complétée par un batteur et un percussionniste, la transe n'est jamais bien loin. Une étrange petite guitare carrée (une mini Bo Diddley) et quelques discrètes notes de claviers gardent la routine à distance, faisant pencher la balance vers plus de modernité. Belle découverte. Lorsqu'il arrive sur scène Theo Lawrence et ses Hearts emmène avec lui son univers sous la forme de divers artefacts. Des plantes vertes et autres lampes chinoises font ainsi leur apparition transformant la maroquinerie en salon douillet. Situé au crossroads entre soul, blues et rock n'roll, l'univers musical de Theo transpire le raffinement et l'élégance, bien servi par sa voix de crooner et des musiciens de haute volée. Superbe exercice. On termine enfin avec Luke Winslow King, chanteur et guitariste venu de la Nouvelle-Orléans qui se produit pour la première fois dans nos contrées. Sorte de Jeff Buckley du blues, Winslow King enlumine son songwriting pop d'influences venues du blues, du jazz et du folk. Son groupe est remarquable, le batteur swing avec efficacité sur des patterns venus du jazz et la paire de guitaristes (dont Winslow King lui-même) maîtrise le bottelneck à la perfection. Hélas, la durée (trop longue) des compositions tends à en réduire l'impact. Une belle découverte quoi qu'il en soit.


Dimanche 12 février : Le plateau regroupant des artistes masculins est superbe. On commence par un chanteur dont l'album nous avait particulièrement impressionné en début d'année William Z. Villain. La complexité rythmique du disque laissait augurer une transposition scénique compliquée. Et ce fut le cas. Seul avec sa guitare et tout un attirail de percussions diverses, William passe de longues minutes, entre chaque morceau, pour mettre au point le pattern nécessaire à la chanson. La performance d'ensemble perd ainsi un peu de son impact. Fort heureusement, la personnalité fraîche, chaleureuse et enthousiaste de William aide à patienter. Visiblement heureux d'être sur scène, William emballe le public en moins de deux grâce à ses blagues et son français, approximatif mais charmant. Lorsque tous les éléments sont en place, la musique est une véritable beauté hypnotique, à l'image du magnifique « Her Song » de clôture ou du tube « Anybody gonna move » dont les méandres rythmiques rappellent l'Afrique. Un jeune artiste à suivre. Avec leurs chemises à carreaux et leurs stetson sur la tête, Karl Blau et son groupe œuvrent dans un registre différent, celui de la country raffinée et romantique. La pedal steel amène un indéniable supplément d'authenticité et la voix déborde d'âme. L'ensemble évoque comme une version tendre et assagie de Steve Earle. Magnifique. Lorsque Bror Gunnar Jansson, tiré à quatre épingles, arrive sur scène, le silence se fait dans la salle. Le public, comme impressionné par la stature de l'artiste, est dans l'attente d'un grand moment. De fait, un concert de Bror Gunnar Jansson est toujours un moment fort en émotions tant l'investissement du musicien est total. Ce sont ainsi mille tourments qui s'échappent de sa guitare et de sa voix. Ses accords déchirent l'air ambiant et le chanteur, les yeux exorbités, semble littéralement possédé. Limite flippant tant son esthétique est sombre. En formation one man band, assurant à lui seul l'ensemble des orchestrations, Gunnar impressionne et excelle, comme d'habitude.

dimanche 12 février 2017

Julien Gasc : « Kiss me you fool !»



Hyperactif, Julien Gasc est doublement sous les feux de l'actualité en ce début d'année avec une nouvelle sortie de son groupe Aquaserge et ce deuxième album en solo quatre ans après « Cerf, biche et faon ». Alors que les premières notes sortent des enceintes, la « patte » Julien Gasc est immédiatement identifiable. Une certaine forme de psychédélisme baroque (cf. « Circle Bar ») entre pop et free jazz (cf. « La Cure ») dont la source remonte aux années 1960, on pense ainsi à Gainsbourg, Polnareff, François de Roubaix ou Gérard Manset, servie par des textes (majoritairement dans la langue de Molière, c'est, hélas, devenu assez rare pour être souligné) surréalistes. Et c'est bien cet aspect qui fascine le plus chez Julien, cette capacité à faire fondre la langue pour la faire coller au mieux aux courbes, arabesques sinueuses, de sa musique labyrinthique (« Les pages anonymes »). Mettant les guitares en retrait, au profit d'une instrumentation dense, Julien Gasc compose un album envoûtant et classe. Pensé, produit et soigné jusque dans ses moindres détails, « Kiss me you fool » est bien plus qu'un énième revivalisme vintage, c'est un classique immédiat à la beauté intemporelle.
En concert à Paris (La Maroquinerie) le 18/02

samedi 11 février 2017

Angelfish Decay : « Hypnotised Tourist »



Voici le genre de projet qui, à l'instar de l'auteur de ces lignes, ravira tous les amateurs de ce fameux petit grain de sable empêchant le rock de tourner en rond (au hasard, le saxophone de Morphine, le violoncelle des Auteurs, le piano des Jim Jones Revue ou bien la cornemuse de Dropkick Murphys). Chez Angelfish Decay, le grain de sable en question prend la forme d'un quatuor à cordes, qui ne souligne pas le côté mélancolique du groupe comme on pouvait s'y attendre mais, au contraire, renforce la puissance sonore et le sentiment d'urgence provoqué par la musique. Mélangées aux boîtes à rythmes et au chant à deux voix, les cordes produisent une polyrythmie puissante rappelant la cold wave des années 1980 tout en dépoussiérant le genre (cf. « Today », « Pylons », « City Noise »). Une curiosité réussie.