mardi 23 août 2016

Los Disidentes Del Sucio Motel : « Human Collapse »



Auteur de deux albums gentiment décalés, d'inspiration cinématographique pastichant les films d'action de série B (« Soundtrack from the motion picture », 2011) ou d'horreur de série Z (« Arcane », 2013), Los Disidentes Del Sucio Motel change d'approche pour ce troisième effort, le premier à sortir sur le label américain Ripple Music. En effet, le quintet strasbourgeois s'éloigne du stoner qui a fait sa réputation, et par conséquent des influences blues et heavy 70s, au profit d'une démarche plus sombre, creusant encore plus profondément son sillon heavy et son déluge de décibels. Fini de rire pense-t-on à l'écoute du disque. Intitulé « Human Collapse », que l'on pourrait traduire par quelque chose comme effondrement humain, l'album met en son un monde post apocalyptique se nourrissant des crises sociales et environnementales traversées actuellement avec un réel sens de l'angoisse qui trouve toute son expression dans l'impressionnante « Border », une composition phare de ce nouvel album décidément plus post/sludge que stoner. Mais lorsque le groupe met la pédale douce cela donne de très belles choses également (cf. « Community », « Rebirth »). Le groupe a soigné ses effets, chaque son de guitare semble avoir été traité avec un soin tout particulier, travaillé au corps par une section rythmique au taquet (cf. l'intro de « Downfall », seul titre ressemblant un peu de près ou de loin au LDDSM d'avant). Les tempi sont lents et chaque attaque de guitare est empreinte d'une lourdeur hypnotisante (« Determination »). Le chant à deux voix, qui se répondent et se complètent, parachève l'ensemble. L'auditeur est pantois, KO pour le compte. Le quintet a débuté en pastichant le cinéma de Tarantino et de Robert Rodriguez, maintenant, il met en décibels l'univers post-apocalyptique de Mad Max.
Sortie le 9 septembre.

lundi 22 août 2016

Shakedown Tim And The Rhythm Revue : « Hard to catch »



Originaire de Belgique, Shakedown Tim And The Rhythm Revue déboule sans prévenir et semble prêt à tout pour retourner vos enceintes. La chose s'intitule « Hard to catch » (difficile à attraper, ndlr) et le moins que le puisse dire, c'est que le titre est plutôt fidèle au contenu fuyant de cet album, débordant de swing et rebondissant dans tous les sens. Il est bien entendu question de blues, jump et boogie mâtiné d'un soupçon de jazz ou de rhythm n'blues. Baignant dans une ambiance rétro, le disque possède le charme indéniable de ces albums intemporels qui ont cet étrange pouvoir de figer calendriers et horloges. Rétro certes mais pas nostalgique pour deux sous, grâce à la production dynamique du Français Nico Duportal. En outre, la diversité des ambiances rend le voyage agréable du swing survolté de « Feelin' Good » (également présent en version longue dans les bonus) au sexy langoureux « Take off your clothes » (tout un programme!). Un joli voyage dans le temps en musique, pas prise de tête pour un sou et charmant de la première à la dernière minute. Conseillé.


dimanche 21 août 2016

Bone Tee And The Slughunters : « One foot in the roots »



Mon Dieu, que le temps passe vite ! Cela fait environ deux ans, que ce cd attendait sagement sur le bureau son tour... Et pourtant on l'avait écouté et même aimé ce disque ! Mon bon c'est la vie et comme on le disait au début, le temps passe vite… Mais puisqu'il n'est jamais trop tard pour bien faire et comme le groupe (selon nos informations) s'apprête à remettre le couvert au début de l'automne avec une nouvelle livrée, il est peut être temps de mettre un coup de projecteur sur cet excellente formation. Mesdames, Messieurs, voici Bone Tee And The Slughunters ! Contrairement à ce qu'indique le titre, le quartet n'a pas un pied mais les deux dans les racines, et fort heureusement il est loin de s'agir du même sabot. Racines au pluriel, car elles sont multiples et gravitent autour du blues (cf. « Mr Goodnews »). Bien loin de se contenter de la version Chicagoanne de l'idiome, Bone Tee y ajoute d'autres couleurs, picorant des influences dans le rockabilly, le rhythm and blues (« I'm asking why »), la country (« Grave Crawling ») et un soupçon d'ambiance jazzy pour les titres les plus nocturnes ("I got a gal"). Tout ça grâce à la force des arrangements, qui, au détour d'une ligne de piano boogie bien envoyée sous les doigts experts de Daniel Conqueret, d'une lampée d'harmonica ou d'un glissé de bottelneck (cf. « Because of you ») apportent charme et piment à la chose. Les interventions extérieures sont choisies avec soin, la section de cuivre pêchue (cf. « I'm asking why ») ou le banjo et le violon sont utilisés avec justesse et parcimonie et apportent une diversité d'ambiances tout en restant fidèle à la ligne rétro choisie par le groupe. Nostalgique ? Non, tout simplement intemporel. Et que ça swingue !

samedi 20 août 2016

Kieron McDonald : « Shake that thing »



Voilà le genre de disque, arrivant par surprise et qui, rapidement, se fait une petite place dans notre discothèque au rayon de nos préférés, refusant obstinément de quitter la platine. Kieron McDonald, chanteur Australien de son état, s'est fait une spécialité du rockabilly, le genre d'argument qui, ici, nous touche particulièrement. Tout dans cet album est absolument charmant, de la magnifique pochette pastichant une affiche de film noir des années 50, à la musique bien entendu. Le répertoire est entièrement original, écrit par Kieron, et cela fait toute la différence. Au lieu de reprendre, encore et toujours, les même titres, ce qui finit par constituer un hommage particulièrement stérile, Kieron donne une nouvelle jeunesse à ce style qui entre ses mains expertes jamais ne sonne dépassé mais plutôt intemporel. Magnifique chanteur, sa voix de gorge déborde de charme et de nuances, Kieron s'est construit l'écrin musical parfait pour accueillir son timbre de crooner. Parfois plein de swing (cf. « Go go Girl », « I'm the king of the road »), ou sur un registre plus down tempo (« The Knock on my door ») teinté de country (« Goodbye Lonesome, Hello Baby Doll »). A l'écoute, on imagine sans peine Kieron swingant quelque bouge louche aux murs de briques rouges, portant fièrement sa gomina. Un album dépaysant, charmant et qui nous remonte le moral. Que demander de plus ?

jeudi 18 août 2016

Hugo Race Fatalists : « 24 hours to nowhere »



Installé en Europe depuis plus de 25 ans, l'Australien Hugo Race a longtemps été associé à Nick Cave, guitariste au sein de Birthday Party puis des Bad Seeds. Fatalists est son groupe le plus récent (attention ne pas confondre avec l'album du même nom sorti par Hugo en 2010). Timbre de voix caverneux, ambiance crépusculaire, les points communs entre la musique d'Hugo et celle de son ancien patron sont nombreux et sautent aux oreilles dès la première écoute. Le guitariste livre ainsi un disque qui transpire la poussière et la chaleur écrasante du désert, évoquant autant les grands espaces désertiques de son Australie natale que les Etats-Unis. Nourri à la grande musique étasunienne, l'album s'abreuve à la source du folk, de la country voire du blues, autant d'idiomes dont le guitariste livre son interprétation sombre et habitée, le long de ces 10 plages magnifiques. Recommandé.

mercredi 17 août 2016

Bongo Boy Records : « Gnarly Wave Volume 1 »



Excellent label multipliant les sorties de haute tenue (le garage rock de ZombieGarden Club, le rock gothique de Secret Lie), Bongo Boy Records se lance dans l'exercice compilatoire. Après des volumes consacrés au blues et au rock garage (dont nous aurons l'occasion de parler prochainement) , le présent disque s'intéresse à un idiome que l'on aime bien dans ces colonnes, totalement estival et donc de saison : la surf music. Née au début des années 1960, la surf music, est indissociable de la Californie, prônant un style de vie à la cool, les pieds dans le sable. Le présent disque dresse un panorama, dans sa version instrumentale, de la scène surf moderne, chaque groupe présent y allant de sa petite originalité tout en restant fidèle aux codes du genre. Ainsi, le disque pourrait s'écouter comme un guide de voyage dressant un liste de spots. Dans cette optique, « Lava Spout » du groupe Blues Wave Theory serait la Jamaïque grâce à des arrangements reggae. « Happy Beach Song » de James and the Enigmatic Light Band représenterait Hawaï par le biais d'un ukulélé, instrument emblématique de l'archipel. Le son rock et puissant, proche du garage, de Jenny & the Felines - « Psychedelic Sea », qui décroche en prime la palme du titre le plus cool - évoquerait plutôt Teahupoo, l'impressionnante gauche de Tahiti. Ces quinze titres forment un ensemble homogène et cohérent et la bande son idéale pour tous les estivants.


mardi 16 août 2016

Zombie Zombie : « Irréprochable OST »



Cultivant depuis de nombreuses années ses accointances avec le milieu cinématographique, le trio électro Zombie Zombie franchit le Rubicon, signant la bande originale du premier film (magnifiquement) réalisé par Sébastien Marnier. L'association tombait en effet sous le sens, Zombie Zombie n'ayant pas son pareil pour souligner le suspense, l'angoisse même procurée par l'histoire de cette femme prête à tout pour retrouver son emploi, sombrant dans la folie. L'ambiance générale du disque baigne dans une atmosphère délicieusement rétro, aux influences 80s, et comme toujours en pareil cas, c'est l'ombre de l'immense John Carpenter (la référence absolue en la matière) qui plane au dessus de cet album (cf. « Runing », le thème de Constance ; « Filature », « Bowling », « Folie furieuse »). Mais le trio ne se contente pas de recycler habilement les années 1980. Ainsi, « l'effondrement » n'est pas sans rappeler les stridences de Bernard Herrmann lorsque ce dernier œuvrait aux côtés d'Alfred Hitchcock, dans une version contemporaine et électro. Dans un registre plus festif, illustrant les scènes de sorties nocturnes, « Tuning » et « Boite de nuit », inventent un nouveau style, hybride, teinté de nu-disco, une sorte de dance music étrangement triste et mélancolique. Même sans l'apport essentiel des images, la bande son tient la route par le seul pouvoir évocateur des sons, évitant l'écueil de nombre BO. Un excellent film et une bande originale à l'avenant.

lundi 15 août 2016

Ty Segall : « Emotional Mugger »




Pas évident de suivre le parcours de Ty Segall, impliqué dans plusieurs groupes en même temps, le Californien tourne au rythme insensé d'un album minimum par an depuis 2007 et encore quand il est en petite forme… Dieu merci, en ce moment Ty se sent bien et quand il est en grande condition, le chef d’œuvre n'est jamais bien loin (l'excellentissime album « Manipulator » sorti en 2014). En matière de rock garage/psyché, difficile de trouver mieux en ce moment. Ce nouvel effort voit Ty défricher de nouveaux territoires tout en restant fidèle à son pré carré garage/psyché, à peine une demie-gageure pour ce funambule du rock. Ce qui ne change pas, les guitares, barrées, dingues et sauvages au risque de sombrer dans le grand n'importe quoi dissonant (cf. la coda de « Californian Hills »). Ça, on adore ! Mais Ty évolue dans son écriture, se penchant sur une forme de pop frappadingue, agrémentée d'arrangements baroques à grands coups de synthés et de guitares triturées on ne sait trop comment (« Baby big man »). Et ça, on adore aussi ! Plusieurs écoutes sont évidemment nécessaires pour apprécier à sa juste mesure cette dinguerie rock caractérisée. Plus d'une fois, l'auditeur risque de se retrouver les bras ballants devant un tel déferlement de décibels (« Diversion », « Breakfast eggs »), ne sachant plus trop à quel saint se vouer. Mais la récompense se trouve au bout de ce disque brillant. Un dernier petit mot pour signaler qu'en ce moment, Ty Segall est accompagné sur scène d'un groupe formidable, appelé The Muggers qui, au début de l'été, a littéralement enflammé la Plage des Eurockéennes de Belfort à une heure du matin.  
http://emotionalmugger.com/


dimanche 14 août 2016

Richard Ashcroft : « These People »



1997. Grâce à une poignée de titres ravageurs (« Sonnet », « Bitter sweet symphony », « Weeping Willow ») « Urban Hymns », le troisième album de The Verve, se hisse au sommet des charts. Après des années passées dans l'antichambre du rock anglais, la formation menée par « Mad » Richard Ashcroft accède enfin à la célébrité. Un succès bien mal digéré par le groupe de Wigan, les relations entre Ashcroft et son guitariste (le génial Nick McCabe) se détériorent peu à peu et mènent à la dissolution inexorable du quatuor. Richard n'en a cure et entame une série de trois excellents efforts en solo (remember « Check the meaning »?). S'en suivra une reformation de The Verve au résultat mitigée (l'album « Forth » qui sonne comme si la magie s'était évaporée) puis une tentative de cross over (un groupe nommé United Nations of Sound) passée inaperçue. 2016. Dix ans après son dernier effort en solo, Richard Ashcroft revient aux affaires avec ce nouveau disque. Il s'en est passé des choses depuis l'âge d'or de The Verve. Bien décidé à ne pas se laisser distancer, Ashcroft reprends les choses là où il les avait laissées, comme sa collaboration avec l'arrangeur Wil Malone (un homme clé dans le succès d' « Urban Hymns »), tout en tentant de nouvelles expériences. Soit mélanger son songwriting, typiquement british, à base de guitare folk à une production moderne et des beats électro (on note la participation de Mirwais). Bien mal lui en a pris tant la démarche s'accorde mal avec la nostalgie intrinsèque de ses compositions. On a ainsi l'impression que l'émotion qui se dégagent des chansons est systématiquement plombée par un martèlement dance, aussi fin que la démarche d'un mammouth, un peu comme si un éléphant débarquait dans un magasin de porcelaine (« Out of my body », « Hold On »). Pourtant, parfois, le génie mélancolique d'Ashcroft réapparaît, par intermittence, voire par accident (« They don't own me », « These People »), particulièrement en fin d'album (« Picture of you », "Black Lines"). De quoi laisser des regrets…

samedi 13 août 2016

Thomas Howard Memorial : « In Lake »



Une nappe synthétique s'élève et sort des enceintes, avant qu'une guitare au glissé fantomatique n'entre dans le mix. Thomas Howard Memorial, qui tire son nom d'un pseudonyme utilisé par Jessie James sort son premier album et, disons-le tout de go, c'est une petite merveille post-rock. THM étire le temps, livre un disque suspendu où les longues plages succèdent aux coups de butoir avec une élégance jamais démentie. Aérien mais puissant (cf. « Bad Things »). A la tête du groupe, on retrouve un musicien que l'on aime bien dans ces colonnes, Yann Ollivier, également batteur des excellents Craftmen Club, dans un rôle différent, celui du chanteur/guitariste, qui lui sied à merveille. Nourrie par une tension et une angoisse sous-jacente, allant crescendo, THM ne baigne pas spécialement dans l'optimisme et pose la question de l'avenir de la condition humaine… Vaste programme. La sortie du disque est accompagnée d'un film, « Live a Guerlédan », réalisé par Nicolas Charles et tourné dans le site du lac asséché du même nom. Un film-concert, sans public, en forme de clin d’œil/hommage au mythique « Live in Pompei » de Pink Floyd (1972).

mardi 9 août 2016

Backyard Folk Club : « The Broken Spoon »



Acoustique et champêtre, The Backyard Folk Club porte son nom comme un charme. Originaire d'Alsace, mais biberonné au folk et à la country, le Backyard Folk Club réussit à créer son petit bout d'Amérique à l'est de la France. Rien ne manque, sifflement western (« My King »), banjo, harmonica, chant choral et bottelneck sur guitare nationale métallique. Sans parler de l'entregent du quartet qui ne manquera pas d'interpeller les fans de' rockabilly (« The Broken Spoon »). Ce petit EP (cinq titres seulement) possède le charme de l'artisanat et on imagine sans peine ces chansons bricolées dans une grange isolée. Un peu court pour devenir un disque de route, cet EP plein de charme constitue néanmoins un magnifique voyage en musique. L'écouter c'est l'adopter, on souhaite vivement au groupe de passer au format long dans un avenir proche.

lundi 8 août 2016

Dirty Deep : « What's flowin' in my veins »



Autrefois one-man band devenu duo, Dirty Deep ajoute un nouveau membre à chaque disque. Troisième album donc, le groupe est devenu un power trio, logique, cela tombe sous le sens ! Cela tombe surtout bien dans les oreilles. « Plus on est de fous, plus on rit » comme le dit le vieil adage qui trouve ici une parfaite illustration musicale. Dirty Deep n'a jamais pratiqué une musique aussi fine, creusé aussi profondément le sillon du blues racinien. La différence se fait sentir dès le premier titre « Holy Pocket Boogie » qui commence par une fantastique ligne de basse, le genre de choses qui était bien évidemment impossible auparavant. Un peu plus loin, une ruade de batterie apporte un groove imparable à « Goin' down south », une fois encore les bienfaits du trio se font ressentir. Dirty Deep, déjà excellent par le passé, est clairement passé à la vitesse supérieure ! Au chant, à la guitare et à l'harmonica, Victor Sbrovazzo fait montre de son implication habituelle, son chant est intense, habité et c'est l'ensemble du groupe (l'auditeur aussi par la même occasion) qui se retrouve les pieds dans la boue, en plein marais. Au menu du blues, oui, mais dopé par une énergie rock qui dévaste tout sur son passage (« Can i kick it ? », « How i ride », à la lisière du métal). Ce qui n'empêche nullement Victor et ses comparses de se montrer tendre à l'occasion d'un passage acoustique (cf. « Light and Blue »). Mais qu'est-ce qui coule dans mes veines ? Du bon son tiens, pardi !

vendredi 5 août 2016

The Chikitas : « Wrong Motel »



Si l'on en croît le titre de l'album, les Chikitas se sont trompées de motel. Une chose est certaine cependant, les amateurs de rock n'roll seront, eux, à la bonne adresse. Enregistré par Jim Waters (Sonic Youth, The Jon Spencer Blues Explosion, cela vous classe le bonhomme) en Arizona, ce troisième disque voit le duo Genevois s'essayer pour la première fois aux vertus de l'enregistrement analogique. Parfaitement canalisé, inspiré par les lieux, le duo grave ainsi un album faisant la part belle à l'aspect primaire du rock n'roll. Vocaux déchirés, batterie nerveuse et guitare abrasive en sont les principaux ingrédients : simple et direct, aussi efficace qu'un uppercut ! Pourtant, grâce à la diversité des influences qui l'anime, l'album se révèle particulièrement varié, alternant les plaisirs entre pop/rock garage (les fantastiques « My Playground » et « Spin around you », les grandes réussites de ce disque), punk (« Sucker Creep ») et grunge (« Oh greed », « Watch Yourself ») tout en restant cohérent et fidèle à leur esthétique 100 % rock n'roll. Trente ans de rock bruitiste et noisy condensés en une demi-heure : une certaine idée du bonheur…

jeudi 4 août 2016

Martinguerre : « Mount Joie »



Premier EP pour ce jeune artiste français au patronyme inspiré par une affaire judiciaire d'usurpation d'identité datant du XVIeme siècle. Produit par Peter Von Poehl (quand même!) la chose est particulièrement ouvragée, rustique et moderne à la fois. Songwriting pop, guitare arpégée, acoustique et chatoyante, et de discrets arrangements à base de nappes synthétiques (« New Hope ») sont les différents ingrédients de cet EP étonnant par sa capacité à faire le lien entre différents univers à priori contradictoires. Charmant.

mercredi 3 août 2016

The Last Shadow Puppets : « Everything you've come to expect »



Huit ans après un premier album en forme de réussite majeure, le super groupe indé fondé par Miles Kane et Alex Turner (Artic Monkeys) effectue un retour inespéré. Moins effronté que par le passé, le duo a laissé de côté l'approche expérimentale qui avait fait le charme du premier disque, sorti en 2008. Depuis la paire a évoluée, muée et est finalement devenue un duo de crooners à la limite de l'easy listenning. Chez TLSP, le rythme est lent, langoureux (cf. le morceau titre, « Miracle Aligner », « Dracula Teeth », « The Dream Synopsis »), et le tout est arrangé avec un luxe de moyens qui laisse rêveur. Les cordes philharmoniques sont soyeuses (cf. « The Element of surprise »), le son des guitares et les harmonies vocales entre les deux protagonistes sont étudiées avec soin. Biberonné aux années 60, TLSP rappelle en vrac Burt Bacharach, les Beach Boys ou Scott Walker. Soit une certaine idée de la pop, luxuriante et ouvragée, menée sur un rythme galopant (« Sweet Dreams, TN », « She does the woods »). Néanmoins, TLSP sait également manier l'art du contre pied, livrant avec « Bad Habits » et « Used to be my girl », deux petites merveilles de rock psyché, nerveuses à souhait, servies sur de fantastiques lignes de basse, rondes et d'obédience 60s. Aussi agréable soit-il, il est fort peu probable que ce nouveau disque marque autant son époque comme « The age of the understatement » avait si bien su le faire en son temps. La barre était tout simplement trop haute. Il n'en reste pas moins que ces douze nouvelles chansons, de haute tenue, ont au moins un mérite : celui de faire monter le mercure.
En concert le 26 Août (Saint-Cloud, Rock en Seine).

mardi 2 août 2016

Radio Moscow : « Live in California »



Copieux, 76 minutes, ce double album live, fait la synthèse des dix années de carrière de Radio Moscow. Un disque somme qui représente la quintessence de ce que le trio mené par le guitariste Parker Griggs peut offrir. Comme le sublime visuel le laisse supposer, les influences de Radio Moscow sont solidement ancrées dans les dernières années de la décennie 1960. A la fois heavy (Led Zeppelin n'est jamais bien loin) et psychédélique, le rock de Radio Moscow est transpercé d'influences venues du blues à travers une maîtrise toute Hendrixienne de la pédale wha-wha. Téméraire, à contre-courant des diktats des radios, Radio Moscow n'est pas effrayé à l'idée de prendre son temps. En effet, les compositions sont assez longues et ménagent de longues plages instrumentales où la virtuosité des musiciens apparaît sous son meilleur jour. Encore plus impressionnant lorsque l'on sait que l'album a été enregistré sans overdubs, en deux soirs au club Satellite de Los Angeles ! Saluons la performance ! Parmi les 14 morceaux du tracklisting, issus de l'ensemble de la discographie du groupe, on notera l'inédit « Chance of fate » (une reprise chipée chez le groupe 70s, inconnu au bataillon, Saint Anthony's Fire). On notera également la présence dans le line-up l'ancienne section rythmique de Blues Pills (groupe avec lequel Radio Moscow partage une certaine esthétique musicale et visuelle) : Zack Anderson (basse) et Cory Berry (l'ex batteur de Blues Pills). Alors si tout cela n'a rien de réellement original et à déjà été entendu, chez les Rival Sons par exemple, Radio Moscow fait réellement partie du haut du panier dans ce genre de rock, rétro mais addictif. Excellent.

lundi 1 août 2016

Suns of Thyme : « Cascades »



La menace se précise dès les premières secondes. Un bourdonnement lourd et inquiétant. L'album vient à peine de commencer et déjà on sait que l'on vient de mettre la main sur une perle rare. Les Suns of Thyme sont Allemands et « Cascades » est leur deuxième album. Le titre est particulièrement bien choisi. En effet, l'album peut s'écouter comme une cascade de sons qui se bousculent les uns, les autres, chaque musicien bataillant pour occuper le moindre espace disponible (« Do or die »), le résultat est intense et la tension qui en résulte est perceptible à chaque instant. Entre autres qualités, les Suns of Thyme bousculent les conventions. Comme chacun sait, le rock est entré depuis des années dans une phase nostalgique dont on a le plus grand mal à sortir. Mais c'est OK car dans la plupart des cas ce rock n'roll à l'ancienne fonctionne bien pour nos oreilles. Les Suns of Thyme sont dans une optique différente. Les influences psychédéliques et progressives sont bien là (« Schweben », "Val Verde", "The Field"), ingrédients auxquels le groupe ajoute un soupçon de noirceur via des vocaux particulièrement dark, une façon de chanter qui n'aurait pas dépareillé chez certains groupes gothiques des années 1980 (noirceur encore plus prégnante lorsqu'ils chantent dans leur allemand natal, cf. « Ich Traeum' Von Dir »). Entre 60's, 70's, 80's et mille autres choses encore, les Suns s'inventent un revival bien à eux à travers le prisme de ce croisement relativement inédit. Ajoutez à cela un songwriting échevelé, pas effrayé une seconde à l'idée d'exploser les structures convenues, et vous obtenez, sans aucun doute, l'un des musts de la saison. Excellent.

samedi 30 juillet 2016

Sulfur City : « Talking Loud »



Chez Sulfur City tout respire le bon goût, celui d'un rock aux fortes effluves sixties, trempé dans le (rhythm n') blues (cf. « Sold ») où un orgue de bon aloi contrebalance une guitare sauvageonne. Derrière le micro on retrouve Lori Paradis, un sacré personnage qui fût entre autres, chauffeur de poids lourds, peintre en bâtiment ou barmaid. Autant d'expériences qui nourrissent sa musique et apportent un petit supplément d'âme perceptible dans son chant évoquant Janis Joplin (cf. la pochette) sans toutefois l'égaler, faut pas abuser non plus. Simple, efficace et surtout bien envoyé par le biais d'un excellent bassiste dénommé Steve Smith (quel sens du swing dans ces quatre cordes!), alternant les mid tempos blues jazzy pleins de charme (« Ride with me ») et le rock n'roll basique mais redoutable (« Whispers ») teinté de soul (l'excellente « War going on ») ces revivalistes Canadiens nous balancent un album aux allures de classique immédiat qui, s'il ne changera pas la face du monde, est bien parti pour nous faire groover tout l'été.

jeudi 28 juillet 2016

Leyla McCalla, le duc des lombards, 27 juillet 2016.

(c) Sarrah Danziger

J'espère que vous allez chanter avec moi… En même temps, comment dire non à un si joli sourire ? Pieds nus, entouré de ses deux musiciens, Daniel et Free, Leyla McCalla nous a offert un joli moment de musique en ce mercredi soir. On a été ému, on a rigolé, on a surtout voyagé le long de la partition. Situé au confluent du jazz et du folklore cajun, Leyla a, une grosse heure durant, inventé la musique d'un pays imaginaire, à forte connotation créole, entre ses racines haïtiennes et la Nouvelle-Orléans où elle a élu domicile, usant d'instruments hors d'age -violon, banjo, violoncelle, triangle et une antique guitare- s'exprimant en trois langues différentes (anglais, français, créole). La musique redevient alors ce qu'elle ne devrait jamais cesser d'être, un cocon festif et convivial, un refuge à l'écart de la violence folle qui s'empare du monde. Qu'elle en soit ici remerciée.
http://leylamccalla.com/
https://www.facebook.com/leylamccallamusic

mercredi 27 juillet 2016

Bosco Rogers : « Post Exotic »


Apparu sur nos radars le temps de deux très bons Eps, les Anglais de Bosco Rogers sont de retour avec un premier album en bonne et due forme. Et vu l'excellence jusqu'ici affichée par le duo, c'est peu dire que la chose était attendue avec impatience. Plongé dans un univers rétro, fasciné par les sixties, Bosco Rogers excelle dans des petites chansons dépassant rarement les trois minutes où se bousculent les influences venues de la pop psyché (« The Middle »), le western (« The Million ») ou la surf music (« Anvers »). En cela, Bosco Rogers se démarque de nombre de duos blancs (White Stripes) ou noirs (Black Keys) apparus depuis le début des années 2000. Bien que marqué par le garage rock, comme ses prédécesseurs (cf. « Post Exotic »), Bosco Rogers se charge d'emmener le genre plus loin, y ajoutant une note pop personnelle créant ainsi une sorte de pendant miniature, ascétique et moderne de la pop made in Beach Boys ; contrecarrant la puissance de la guitare par des arrangements ambitieux (« French Kiss », « Beach Beach Beach », « Buttercup »). La barre est ainsi placée assez haut et en dépit d'une petite baisse de forme en fin de programme, le disque est suffisamment ensoleillé et charmant pour devenir notre compagnon de l'été.


lundi 11 juillet 2016

BD Harrington : « The Diver's Curse »



De son Irlande natale à Londres, ville où il a posé son baluchon en passant par Toronto où il a grandi, c'est peu dire que BD Harrington a roulé sa bosse sur différents continents. Un parcours initiatique qui se lit sur son visage buriné par les vicissitudes de l'existence. Barbe et chapeau sur la tête, ce dernier se présente tel un hobo, le genre de type que l'on croise sans le voir, gratonnant ses chansons dans un couloir anonyme du métro ou sur n'importe quel bout de trottoir. « The Diver's curse » est son troisième disque. Au départ, ce dernier était conçu comme un album intégralement solo avant qu'un groupe de musiciens anglais ne viennent mettre la main à la pâte pour réinterpréter la chose. L'album gagne ainsi en profondeur. Le feeling général reste folk, intime, délicatement arpégé, les doigts du guitariste effleurant les cordes avec douceur (cf. « Boxers hit harder »). Mais l'apport du groupe se fait sentir dans les arrangements lorgnant du côté de la musique celtique (« Ressuci-Anne ») ou faisant évoluer la musique d'Harrington dans une ambiance évoquant le blues (« Sleepy John ») ou le jazz lent. Un album nocturne où le talent de conteur d'Harrington fait merveille, à écouter le soir…


mercredi 6 juillet 2016

Eurockéennes de Belfort 2016.


Vendredi 1er juillet :

Ah la belle saison des festivals qui recommence et on retrouve notre site préféré, celui du Malsaucy, bordé de deux étangs et de la magnifique scène de la plage…

Une première belle découverte pour commencer le week-end, avec Pumarosa groupe d'obédience plutôt cold mais pourtant traversé par une guitare dansante et funky. Pumarosa donne envie de danser à l'image de sa magnifique chanteuse. Vint ensuite la première grosse affaire du week-end, The Last Shadow Puppets. Après un premier album sorti en 2008, le duo formé de Miles Kane et d'Alex Turner (Artic monkeys) s'était fait plus discret, chacun vaquant à ses occupations personnelles. Les occasions de les voir en concert se font donc assez rares. Le duo se présente en version enrichie avec section rythmique, clavier et quatuor à cordes pour une cavalcade pop acoustique mais transpercée de fuzz psyché, l'occasion pour Kane d'assouvir ses fantasmes de guitar-hero. Turner, l'air faussement cool et détaché dodeline du postérieur à l'attention des groupies du premier rang. Tout cela semble un peu trop forcé pour être honnête. Musicalement, le rendu live alterne le bon et le moins bon, perturbé par un son assez moyen. Dommage… Que serait un festival sans coup de cœurs ? On ne le sait toujours pas et on ne le devinera pas cette année puisque, alors que déboule Chocolat sur la scène du club loggia, on vient de trouver notre premier de l'année. Entre garage et rock stoner, les Canadiens pratiquent un bourdonnement heavy, hypnotique et psychédélique fortement inspiré par les 70s : on adore ! Amplis Vox et guitare Rickenbacker, ces Québécois ont du goût ! Un petit tour par la grande scène nous confirme qu'en dépit de la machine à tubes, on ne saisira jamais tout à fait l'hystérie collective qui s'empare du Malsaucy pendant le passage des Insus (ex-Téléphone). Une petite visite nostalgique de ce morceau du patrimoine rock hexagonal, l'heure nostalgique de la fin de semaine. On termine la soirée avec deux sacrés morceaux : la soul moite de Nathaniel Rateliff qui fidèle au patronyme de son groupe les Night Sweats nous aura bien fait transpirer au cœur de la nuit. Sur la scène de la plage Ty Segall nous aura délivré un show hallucinant, survolté, entre garage et grunge, dont le volume sonore démesuré nous a laissé KO. Sur ce, il est trois heures du matin et on va se coucher…

Samedi 2 juillet :

Mais que se passe-t-il sur la scène de la plage ? L'endroit est toujours aussi magnifique, quel dommage que le son soit aussi mauvais. D'autant plus que c'est l'excellent trio garage Yak, dont le chanteur est le sosie de Mick Jagger, qui en fait les frais… Un peu plus tard on retrouve Last Train, une vieille connaissance jouant quasiment à domicile. Si le groupe dispose d'un potentiel certain, encore faudrait-il sortir de l'ombre envahissante de BRMC pour l'exploiter totalement. Le quatuor peut également améliorer sa gestion des passages instrumentaux parfois au bord du chaos et trop brouillon. Pas mal cependant. Forte personnalité, Elle King illumine la scène de la green room. Tatouée, le timbre puissant, cette dernière évolue dans un registre teinté de blues et de country, n'hésitant pas à sortir le banjo (le genre de détail qui ne peut que nous plaire) à l'occasion, parsemant ces idiomes d'un soupçon de pop ou de reggae pour mieux les faire accepter d'un public incapable de saisir la finesse de la country. Belle découverte. Cruel dilemme ensuite faut-il aller voir les Allah las ou Pokey Lafarge programmés exactement en même temps ? Quel dommage. On optera finalement, avec bonheur, pour la deuxième option. Chapeau de travers, salopette en jean, Pokey Lafarge décroche haut la main la palme du musicien le plus élégant du week-end. Mais chez Lafarge l'élégance n'est pas uniquement vestimentaire mais également musicale. Contrebasse, banjo (décidément), clarinette, Lafarge évolue dans un style rétro, entre country, blues et jazz au swing délicat. A noter une belle reprise de « You never can tell » pour finir. D'une pâleur digne de Pee-Wee Herman, Lafarge a déclenché une belle hystérie dans le public qui danse façon country. Malheureusement les cris et autres discussions couvrent la musique, largement acoustique, qui gâchent l'écoute du moment le plus musical de cette fin de semaine. A revoir en intérieur. Un détour par le jardin des souvenirs plus tard, on retrouve Beck, héros de notre adolescence. Chouette set, on remercie l'inventeur de l'écran géant sans qui on n'aurait pas vu grand-chose… On retourne ensuite dans le cadre intime de la scène du club loggia pour la belle découverte du jour, les Irlandais d'Otherkin qui retournent le public pour leur premier concert français. Dans le genre indie, teinté de punk, le tout jeune quatuor fait preuve d'une belle énergie à défaut d'être fondamentalement original. Mais comment ne pas succomber à une telle fraîcheur ? Changement de registre radical ensuite en compagnie de l'électro cotonneuse, planante et teintée d'influences 70s d'Air. Chouette moment musical pour redescendre en douceur. On termine la soirée en compagnie de Foals sur la green room. Se jouant des clichés, Foals provoque la même excitation qu'un bon vieux groupe de rock n'roll tout en privilégiant une approche originale et créative ne ressemblant à rien de connu. Il ne fait point de doute que les Londoniens possèdent une patte bien à eux, un son de guitare cristallin et un batteur toujours au point de rupture. Un grand groupe.

Dimanche 3 juillet :


Nouvelle déception sur la scène de la plage en compagnie de la pourtant talentueuse Courtney Barnett dont le son catastrophique a complètement gâché la performance. Trop de basse, on n'entends rien, fait impensable, on part avant la fin… Le banjo serait-il l'instrument star de cette année ? On se pose la question alors que l'excellent songwriter Kurt Vile sort le sien sur la scène du club loggia. Entre délicatesse acoustique et fulgurance électrique et un soupçon de modernité par le biais d'une boîte à rythme utilisée avec parcimonie, Kurt Vile ressemble à l'enfant naturel que Bruce Springsteen et Neil Young n'auront jamais ensemble. Très chouette. Dommage cependant que son set chevauche celui de Mac Demarco dont on a raté le début. Toujours aussi cool, le Canadien invite les spectateurs à venir le rejoindre pour assister au show depuis le côté de la scène, offrant même sa tournée de bière. Sa copine Courtney Barnett en profite pour venir festoyer avec le groupe. Entre pop et garage, avec une guitare cristalline bien à lui, toujours aussi décontracté, Demarco nous a offert le moment le plus convivial et débonnaire de ces trois jours. Dieu sait si on vilipendé The Kills sur cette page… Le retour du groupe s'accompagne d'une petite révolution culturelle puisque le duo se produit maintenant en groupe avec section rythmique et clavier. Il en résulte une énergie nouvelle pour le groupe et pour la première fois on apprécie… Belle (re)découverte. Il y a un an à Rock en Seine, Tame Impala nous avait déçu. Si le groupe navigue toujours entre pop et psyché, la nouvelle orientation que Kevin Parker a donné à sa musique, plus électro, axée sur les synthés plutôt que sur la guitare nous avait quelque peu dérouté. Il a finalement fallu un an pour que le groupe s'approprie ces nouveaux sons. Le rendu live du soir est méconnaissable, le concert est une véritable explosion de joie à l'image féerique des confettis projetés dans le ciel, un moment festif ! Signalons l'excellente prestation de Julien, le batteur français du groupe, aussi efficace sur un kit électronique qu'acoustique. Il s'agît d'un retour en grâce pour le groupe. Que serait un festival sans une dose de métal ? Sur la scène du club loggia Sleep occupe le créneau avec grâce. Groupe mythique formé il y a 26 ans qui a préféré splitter plutôt que compromettre sa vision, Sleep fraîchement reformé est de retour. Pionnier du doom/stoner, Sleep pratique une musique virtuose, bourdonnante, répétitive et hautement addictive. On termine notre week end en compagnie des mythiques ZZ TOP et de leur boogie imparable. Toujours aussi blues et heavy, le trio nous étonne lorsque Dusty délaisse sa basse au profit d'un synthé qu'on entend à peine. Pour le reste, dans un décorum évoquant l'univers mécanique et la bagnole, le trio a balancé ses tubes avec une belle maîtrise. A noter une belle reprise d'Hendrix. A l'année prochaine.

jeudi 30 juin 2016

Aberdeeners : « Rewind to the end »



Les appartenances sont parfois trompeuses. Les Aberdeeners, ne sont pas originaires d'Aberdeen, une bourgade écossaise, que l'on présume chouette en attendant d'y aller, dont les louanges ont été chantées naguère par Cage The Elephant. Non, non les Aberdeeners sont bien de chez nous, de Clermont-Ferrand, ville jumelée par ailleurs avec Aberdeen. En revanche leur inspiration vient d'ailleurs, quelque part entre outre-Manche et Atlantique. Le groupe comprend officiellement six membres mais, décidant de repousser les murs, c'est toute la petite communauté artistique locale qui se retrouve impliquée dans le projet qui se conçoit plus comme un collectif plutôt qu'un groupe au sens strict du terme. Il en résulte une pop étonnante, richement arrangée avec forces vents et cordes et pourtant tendue au cordeau par le biais de guitares (folks ou électriques) aussi sèches qu'un coup de trique (« Into the glass ») et d'une batterie en forme de bâton de dynamite (« Parachute »). A noter, une chouette reprise du « 80 windows » de Nada Surf.


mercredi 29 juin 2016

Stewart Lindsey : "Spitballin"




Inutile de rechercher dans vos encyclopédies et autres petits blues illustrés un certain Stewart Lindsey, bluesman oublié dans les limbes de l'histoire, ce dernier n'existe pas. Stewart Lindsey est le résultat de l'association entre Dave Stewart, guitariste star (ex-Eurythmics) et Thomas Lindsey, jeune chanteur inconnu originaire d'un patelin paumé au fin fond de la Louisiane. Et le résultat est pour le moins explosif entre la guitare acérée de l'un et le falsetto terriblement évocateur de l'autre. Car, a n'en point douter, un grand interprète est né avec cet album : Thomas Lindsey. Son chant expressif et haut perché le classe d'emblée dans la cour des grands. Pour accoucher de ce nouvel effort, Dave Stewart a du revoir ses méthodes de travail. Habitué au contact physique avec ses interprètes, à l'ancienne, Stewart a cette fois-ci travaillé à distance sur la base de fichiers échangés sur le web. Étonnamment, la distance ne s'entend absolument pas dans le travail des deux hommes. Les cinq premiers titres du disques, les premiers accouchés sur bande par le duo, trempent dans le blues (« Friend zone ») ou le gospel (« Lonely ») à la fois totalement fidèles aux idiomes du genre mais avec une dynamique moderne (« Another lie ») propre à renouveler le genre. Ensuite, le duo effectue un virage pop. En effet, à partir de l'excellente « Look at those flames », la machine à tube s'enclenche avec une mention particulière pour l'imparable « Crocodile ». Avec ce nouvel effort, Dave Stewart nous prouve une fois de plus qu'on aurait tort de le réduire à sa seule participation à Eurythmics, groupe ancré dans les 80s et aujourd'hui daté. Dave Stewart vaut décidément bien mieux que cela. Pour finir, signalons que la pochette est magnifique.




mardi 28 juin 2016

Santana : IV


Guitariste star, grande révélation du festival de Woodstock au siècle dernier (1969), Carlos Santana effectue un retour surprise après des années de vaches maigres et un brusque regain de popularité au début des années 2000 en dépit d'albums pas franchement satisfaisants d'un point de vue artistique. Mais tout cela semble appartenir au passé tant sur ce nouveau disque le guitariste renoue avec un niveau de maîtrise que l'on croyait définitivement perdu. Comme à la grande époque, Santana mixe les influences et mâtine son rock n'roll d'influences latines aussi brûlantes qu'un piment avec l'aide, sur deux titres, de Ronald Isley. Chant en espagnol, percussions folles, le contexte est idéal pour ces éructions de guitares dont il a le secret, sa pédale wha-wha déchire l'air convoquant le fantôme de Jimi Hendrix. Mais le talent de Santana et multiple et comme c'était le cas sur l'album Caravanserai (1972), ce nouvel effort le voit s'intéresser à des musiques connexes, proche d'influences venue du free jazz (« Fillmore East »). Un album d'excellente tenue, qui n'aurait toutefois pas souffert d'être un peu plus court, 16 titres c'est long et il n'est pas évident de tenir la distance même pour une légende de son calibre. On peut également regretter quelques arrangements un peu cheap, notamment des trompettes jouées aux claviers, pour un rendu plus proche du klaxon pouet-pouet que du souffle délicat d'un jazzmen. Néanmoins, cet album se révèle être une excellente surprise…

En concert le 5 juillet à Paris (Accor Hotels Arena)

lundi 27 juin 2016

Boyarin



L'écoute de ce premier album nous confirme ce que la pochette semblait indiquer : Boyarin cultive une proximité certaine avec les Beach Boys et plus particulièrement avec l'album « Pet sounds » (1966) dont ils s'inspirent pour la pochette de ce premier effort. Et pourtant nul passéisme chez eux. Plutôt que de plagier à la lettre, Boyarin préfère en perpétuer l'esprit, comprenant bien rapidement qu'il est impossible de reproduire les méandres du cerveau torturé de Brian Wilson. Tout au long des douze titres de ce premier effort, plus baroque que psychédélique, Boyarin explore les tréfonds de la pop sur la base d'arrangements complexes et élégants mélangeant sonorités passéistes et futuristes, chant de tête et boîtes à musique. N'ayant absolument pas peur des changements de directions radicaux, Boyarin perturbe plus d'une fois les oreilles de l'auditeur à tel point que seule une écoute répétée permet de faire le tour des richesses de ce disque. A découvrir…


vendredi 24 juin 2016

Bantam Lyons : « Melatonin Spree »



Après nous avoir mis KO il y a peu avec un EP remarquable, les Bretons en exil à Nantes de Bantam Lyons sont de retour avec un premier album en bonne et due forme. Un peu courte (sept titres seulement) cette livraison ne s'en révèle pas moins intense. Puisant son inspiration dans la cold wave des années 1980, le quatuor réveille en nous des sentiments oubliés depuis longtemps, lorsqu'on avait découvert The Cure, Joy Division ou The Smiths. Soit une pop froide, matinée de brusques envolées de guitares noise et servie avec une intensité qui laisse pantois (fantastique « Beds »). Habité par une tension qui va crescendo, Bantam Lyons nous livre un album absolument tourneboulant…


mercredi 22 juin 2016

Un nouveau clip pour I Love My Neighbours

I Love My Neighbours, trio devenu quatuor, signe son grand retour avec un clip, le plus ambitieux du groupe à ce jour, faisant honneur à ces anciens étudiants en cinéma. Intitulé "Horizon" la vidéo fait montre d'un groupe arrivé à maturité altérant son rock bruitiste caractéristique d'un soupçon de pop par le biais d'une dualité entre piano et guitare. Ainsi que le montre la vidéo jouer dans une grange reste le meilleur moyen de ne pas se faire taper sur les doigts par les voisins (cf. le patronyme du groupe) !
https://www.facebook.com/ilovemyneighbours

mardi 21 juin 2016

Vintage Trouble, le Trianon, 20 juin 2016.



Un chanteur soul à la tête d'un groupe de pur rock n'roll surfant sur une vague nostalgique dont la source se trouve dans les sixties, telle est la formule du quatuor Vintage Trouble, venu nous rendre visite lundi soir sur la magnifique scène du Trianon. Certes la recette n'est pas neuve en soi, et le groupe s'impose comme un pendant masculin des BellRays ou une version aseptisée des Dirtbombs, puisant sa source dans le rock n'roll sixties plutôt que dans le punk. Pour le reste, le quatuor de Venice Beach (comme les Doors) impose son groove soigneusement ourlé, incapable de choisir entre soul, rhythm n'blues, blues et rock n'roll mais excellent dans tous les registres. Le show débute sur les chapeaux de roues, le batteur Richard Danielson debout derrière son kit, imprimant le rythme en frappant des mains, faisant groover la grosse caisse d'un seul pied. Devant le public le guitariste Nelle Colt chauffe la salle à coups de bottelneck inspirés, soulful et bien sentis. Jouant au doigt, sans médiator, le guitariste impose une griffe élégante. Puis le charismatique chanteur Ty Taylor fait son entrée en scène, aussi classe que Sidney Poitier et dansant aussi bien que James Brown. Impeccablement sapés, costumes trois pièces, cravate et chapeau de rigueur. Les musiciens ont visiblement de la bouteille et ont longtemps tâtonné (voire galéré) avant de trouver la formule gagnante (un peu à l'image des Rival Sons dans un autre genre). On voit aujourd'hui le résultat de toutes ces années formatrices, Vintage Trouble emballe le public comme pas deux et dès la première minute l'audience est comme emporté dans une sorte d'euphorie musicale manifestement sa satisfaction assez bruyamment. Ty assure le show et assure la proximité, visitant régulièrement la fosse, chantant depuis le balcon, réussissant l'exploit de crowd surfer et de revenir sur scène impeccable jusqu'au moindre pli. On vous l'a dit, chez Vintage Trouble, on ne plaisante pas avec le style. Le message du groupe est positif : « Toute cette folie à l'extérieur de ces murs ne nous a pas empêché de venir jouer » peace and music s'imposant comme le leitmotiv de la soirée. Le groupe innove au moment des rappels demandant au public la chanson de son choix. Vainqueur du soir « With a little help from my friends » dans une version assez proche de Joe Cocker. Chez Vintage Trouble on quitte la scène par la fosse (et non par les loges) pour retrouver le public à la sortie signant ainsi la fin d'une chouette soirée.


lundi 20 juin 2016

Sunset Sons : « Very rarely say die »



En 1978, Black Sabbath proclamait fièrement : « Never say die ! ». Quelques quarante années plus tard, les Sunset Sons reprennent, « very rarely », l'antienne à leur compte. Mais le quatuor est d'une extraction différente. Un peu australien, un peu plus anglais et même un peu français puisque le groupe s'est formé à Hossegor où une passion commune pour le surf les a réunis. D'obédience pop, le groupe excelle dans le genre sans oublier la nécessaire dose d'énergie via des guitares bien senties, maîtrisées comme le swell d'une fin d'été (« Tick Tock », « Remember »). Entre mélodies bien senties et déluge sonique (« Bring the bright lights »), le disque repose sur deux piliers. Le piano, l'ingrédient pop de l'équation, et la guitare, nettement plus rock. Le tout forme l'album de plage idéal, accrocheur juste comme il faut, gorgé de tubes en puissance parfaitement produits (« She wants », « Gold » ). En cherchant bien  on pourrait même y trouver le tube de l'été.