mardi 19 mars 2019

The Chainsaw Motel : « Bad trip and endless roads »



Une magnifique pochette d'inspiration cinématographique, entre gore et Tarantino, un nom de groupe en référence directe à « Massacre à la tronçonneuse » et un titre évocateur (mauvais trip et route infinie), si avec tout ça on ne se fait pas un film… Et c'est donc sur une autoroute du rock imaginaire que nous trimballe le duo. Soleil de plomb, ciel d'un bleu céruléen et poussière qui se soulève sous les roues de la muscle car, le groupe compose la bande son idéal du road trip en technicolor et en cinémascope. Puisant son inspiration de l'autre côté de l'Atlantique, le duo compose des hymnes chargés en électricité où l'adrénaline est à son maximum. Nerveuse, tendue la musique du groupe fait le lien entre métal et stoner. Comme les deux faces d'une même pièce, les voix se répondent entre chant intelligible, « clair » (l'influence garage voire blues des années 1970) et voix gutturale typiquement métal (cf. « Decline » ; « Pursuit of happiness is a endless road »). Enfin dans cet océan de guitares saturées et de batteries lourdes comme le plomb, on retrouve un instant de répit le temps de « Story of a love story », belle et mélancolique comme les plus tendres des titres de Nirvana. 

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lundi 18 mars 2019

Crocodiles : « Love is here »



Après une période un peu « creuse » les Californiens reviennent squatter nos platines avec un nouvel effort en forme de retour aux sources. La bonne nouvelle que voilà ! Sur la, plus que fournie, scène garage actuelle, Crocodiles fait figure d'anomalie. D'abord parce que le groupe ne semble pas plus obsédé que cela par les sacro saintes années 1960. Rien que du très normal dans le fond finalement tant l'étiquette garage semble définitivement bien trop petite pour eux. Le cœur de la musique de Crocodiles c'est avant tout la mélodie, la pop (« Wait until tomorrow ») qu'il s'agît ensuite de pervertir, dans un juste mesure, afin d'obtenir ce résultat en équilibre, sur une ligne fine, déjanté juste comme il faut. Mais un peu plus loin, histoire de nous contredire, l'album part dans une toute autre direction totalement psychédélique, guitare fuzz et tout le tremblement, et nous colle les chocottes le temps de quelques pépites, planantes mais abrasives, aussi flippantes qu'un avion en rase motte sur le point de se crasher (« My far out friends », « I was a fly »). C'est évidemment fantastique ! Très bel album. 

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dimanche 17 mars 2019

Eiffel : « Stupor Machine »



La « Stupor Machine », selon une traduction au résultat aléatoire serait « une machine à stupeur », soit un truc vaguement défini mais dont on est cependant certain de l'inquiétant potentiel. De fait, sur une trame d'inspiration cinématographique, Romain Humeau, leader d'Eiffel aligne les visions horrifiques d'une société déshumanisée ou tout un chacun espionne l'autre par écrans interposés : « Kafka dans les tours » chante-t-il dans « Cascade », « The Manchurian Candidate » (titre original du film « Un crime dans la tête » de John Frankenheimer, 1962) ou le cri rageur (qui sied si bien à sa voix rocailleuse) de « Big Data ». En dix-huit ans de carrière, Eiffel a bien évolué et se dirige depuis quelque temps déjà vers une forme de rock plus brute, électrique, sous haute tension (« Migraine ») limite punk (« Manchurian Candidate ») qui colle parfaitement avec la thématique anxiogène du disque. Mais qui n'est cependant qu'une des facettes de l'album dans lequel on retrouve également de la tendresse (la très belle « N'aie rien à craindre », « Chasse Spleen », « Chocho »). Maîtrisant aussi bien les guitares abrasives que les arrangements au piano (la gainsbourienne « Hôtel Borgne »), Eiffel ne se départit jamais d'une tension fondamentale qui anime la musique y compris dans ses moments les plus délicats et même les guitares acoustiques sont maltraitées (cf. « Pécheur pécheur ») dans de violentes doubles croches. Un nouvel excellent effort en forme de pièce d’orfèvrerie musicale, parfaitement produite et mise en sons. Addictif. 

Sortie le 26 avril.
En concert le 14 novembre à Paris (La Cigale)


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samedi 16 mars 2019

Kristel : « Irony »



Attention, avis de tempête. Chanteuse, bassiste, originaire de Madagascar, Kristel, 23 ans, a tout de la tornade électrique qui va ravager vos platines. Ironique, comme l'indique le titre, alors que son île natale n'est électrifiée qu'à seulement 23 %. Mais lorsque l'urgence du rock'n'roll se fait ressentir, rien ne peut l'arrêter. Urgence est bien le maître mot ici. Aussi bien lorsque les amplis sont poussés à fond, ce qui est assez souvent le cas que lorsque le calme n'est qu'illusion, la partie visible de l'iceberg. Ainsi, une ombre menaçante plane au-dessus de « Hilalalala », avant que la guitare ne se déchaîne. Kristel c'est un esprit pop dans un costume punk (« Irony », « Tonga Indray », « Maoandro »), quelque chose d'assez spontané, joué avec une rage revendicatrice et chanté dans sa langue natale, prête à renverser les montagnes, armée d'une impressionnante tension lancinante, sous-jacente, qui ne se calme jamais tout à fait. Une tradition rock féminine, éruptive, amorcée par Skunk Anansie dans les années 1990, prolongée par les Noisettes (auxquels on pense beaucoup en l'espèce pour l'angle barré des compositions cf. la baroque "Olona Tsy Hita") lors de la décennie suivante et qui trouve une heureuse et nouvelle incarnation ici.

En concert le 20/03 à Paris (FGO Barbara)

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vendredi 15 mars 2019

CEYLON



Alors que la musique de Ceylon s'échappe des enceintes telle les volutes d'une substance litigieuse, on réalise alors, à ce moment précis, qu'il sera une nouvelle fois question des années 1960 et de psychédélisme sur ce blog. Mais avec grand plaisir ceci étant. Car si le genre susnommé a été revisité plus souvent qu'à son tour au cours des dernières années, le jeune groupe toulousain, qui sort son premier EP, franchit le Rubicon à son tour, avec conviction, prenant le sujet à bras le corps. Alors que les titres défilent, plongeant l'auditeur dans un univers onirique, on prend conscience que ces musiciens n'ont finalement pas peur de grand-chose. Ni des chansons à rallonge s’étendant au-delà des quatre minutes réglementaire provoquant une transe contemplative aiguë chez l'auditeur (cf. « We Cry »). Et pas plus des clichés qui ne manqueront pas de leur tomber dessus parce qu'ils ont l'outrecuidance d'utiliser un sitar (ou, du moins, quelque chose d'assez ressemblant). Et enfin parce qu'ils ne sont pas effrayés non plus par le fait de chanter en français le temps d'un titre assez pop, yéyé, primesautier (cf. « Ceybon ») ce qui ma foi, est assez rare pour être souligné. Tel un miroir déformant, à cette immédiateté de façade, le groupe oppose une facette plus expérimentale, planante voire franchement barrée (l'outro de « We Cry », « Marées Mortes »). Preuve que les Toulousains ont plus d'un tour dans leur sac, voire éventuellement, plus d'une substance dans l'organisme. A découvrir. 

En concert le 2 avril à Paris (L'international)
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jeudi 14 mars 2019

Mo Cushle : « Ma Chair, Mon Sang »



« J'ai tué un éléphant » annone une voix automatique. C'est de cette manière, un peu absconse, que débute « Ma Chair, Mon Sang », le premier album de Mo Cushle. Le disque part d'un concept recherché : chaque titre évoque un partie de l'anatomie humaine. « Fait tes valises », une évocation du voyage, est une chansons pour les pieds et les jambes, « A pleine dents » et ainsi de suite... Au fil des titres le disque nous dit quelque chose d'important : la nécessité de faire de son corps une œuvre d'art, une déclinaison musicale du tatouage. « Fais-moi rêver pour de vrai » chante Mo Cushle, n'est-ce pas là le sentiment premier qui anime l'auditeur sur le point d'appuyer sur le bouton play ? Et c'est ainsi un formidable voyage, intérieur, qui débute, à l'image de la pochette représentant une personne enserrée au milieu de livres, une bibliothèque sur mesure, un abri étouffant. Derrière ses atours charmants, un savant dosage entre électronique et organique, faisant le lien entre pop, chanson, soul et jazz, le tout parfaitement incarné par la voix délicate de la chanteuse, l'album nous questionne, nous tourmente presque. L'art thérapie musical. 

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mercredi 13 mars 2019

Captain Obvious : « Let it burn »



Ils ne sont que deux, Joseph et Angus, une fratrie, et on sait depuis le début du 21ème siècle que cela suffit pour faire du rock'n'roll. Petite originalité, le duo n'a (presque) pas de guitariste, mais consiste, intrinsèquement, en une section rythmique basse et batterie. Une formule déjà éprouvée par les Britanniques de Royal Blood auquel on pense particulièrement ici, et à raison puisque les deux formations partagent l'ingénieur du son Brian Lucey. Avec suffisamment d'artifices (gros son, pédales d'effet et distorsion) le groupe réussit néanmoins à recréer l'illusion d'un quatuor, ce qui replace l'auditeur en terrain connu. Animés par la foi et l'énergie de leurs 20 ans les deux frères mettent du coeur à l'ouvrage, prêts à tout renverser sur leur (bruyant) passage. Des chansons bien écrites, une interprétation explosive (cf. l'ironiquement nommée et limite métal « Pop Songs »), cela suffit à notre bonheur. L'EP (cinq titres) s'intitule « Let it burn ». Normal me direz-vous c'est à peine si l'on ne sent pas les enceintes fumer alors que le disque tourne sur la platine ! Excellent et à découvrir.
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mardi 12 mars 2019

Les Wriggles : « Complètement Red »



Les Wriggles œuvrent dans un style dépouillé. L'instrumentation tient en une guitare ou deux, le plus souvent acoustiques mais électrifiées de temps en temps et, surtout, dans leurs bluffantes harmonies vocales. Mais, chez le quintet, tout fonctionne par sous-entendus. Derrière la bonhomie, le sens de l'humour acéré et la bonne humeur de façade, le groupe ne se prive pas de laisser filtrer quelques messages bien sentis (« Bye-bye ») et un regard mi-décalé mi-amusé sur l'époque (« Bourguignon »). Le cœur des Wriggles se trouve, intrinsèquement, sur scène. Le contact avec le public transcende le répertoire du groupe et son univers prend alors une toute autre dimension, visuelle et chorégraphiée. Dans cette optique, ce nouvel effort est, avant tout, une bonne excuse pour retrouver la scène après dix ans d'absence : le support d'un nouveau spectacle qui sillonne actuellement les routes de France. Et pourtant, en dépit de son minimalisme, l'album réussit à charmer l'auditeur, les ambiances sont variées (même privé d'images, on entend la mise en scène vocale) et les musiciens font montre d'un réel talent pour mettre en scène de séduisantes petites ritournelles, aux textes soignés, que l'on se surprend à siffloter (« Bouboubou », la rétro « Dans son bain »). Un disque donc l'attrait réside dans son apparente modestie ; frais et à la bonne humeur contagieuse. 

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lundi 11 mars 2019

Ramon Pipin Band : « Qu'est-ce que c'est beau »



Ramon Pipin, le nom n'évoquera sans doute rien aux plus jeunes mais, dans les années 1970, l'homme fut une grande vedette du rock d'ici au sein d'Au bonheur des dames puis d'Odeurs. Les dernières années furent plus calmes, du moins sur le plan médiatique, car il est resté très actif dans l'ombre, pour Ramon qui s'amuse aujourd'hui de ce statut d' « Anecdote »… Nouvel album donc pour l'artiste qui fête son retour et à la mocheté de l'époque, le musicien oppose cette maxime toute simple : « Qu'est-ce que c'est beau » ! Et c'est vrai qu'il y a de quoi se réjouir ! Car loin d'être coincé dans le passé, Ramon propose un album à la production et à la dynamique tout à fait contemporaine mais écrit, composé et pensé à l'ancienne. Qui d'autre aujourd'hui sur la scène française oserait chanter en albanais (cf. « Esthé Njé Tavoliné », un très beau blues par ailleurs) ou vanter les mérites du « Viandox » et de « L'homme du Picardie », ces vieilles reliques du 20ème siècle ? Ramon le fait et, loin de se vautrer dans le ridicule, avec classe. En effet, il se dégage de ces douze compositions un humour, un sens du second degré et du décalage typique du rock des années 1970 qui sonne avec une grande fraîcheur aujourd'hui. Produit et arrangé avec grand soin (avec force cordes, très classieuses) et beaucoup d'inventivité, Ramon se révèle ici à la hauteur de sa réputation de Zappa français. Comme l'indique c'est non seulement beau mais ça fait aussi du bien. 

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dimanche 10 mars 2019

John J. Presley : « As the night draws in »



Depuis qu'on l'a découvert sur scène, en première partie de feu Jim Jones Revue, on a toujours suivi d'un œil lointain sa carrière. John J. Presley est le genre de découverte à laquelle il est impossible de rester indifférent, que l'on aime ou non. L'album s'intitule « As the night draws in », un titre particulièrement juste pour ce musicien, drapé d'une aura mystérieuse, à l'image de sa pochette, une présence fantomatique vaguement menaçante. Tout, dans la musique de John J. Presley, évoque le blues sans jamais en épouser vraiment les contours stylistiques au sens strict (à l'exception peut-être de « True love waits »). Un blues mutant, sombre, puissant et à la sauvagerie latente, contenue jusqu'au moment où les chevaux sont lâchés pour de bon. Tout l'album est comme ça, brut de décoffrage à la limite de l'expérimentation, quand les chansons sont réduites à leur plus simple expression, les intros sont lentes sans être apaisées pour autant avant le grand déballage de décibels en fusion. Le tout est incarné à la perfection par la voix d'ogre du chanteur, un timbre guttural et puissant, limite effrayant, et les ambiances nocturnes, anxiogènes du disque marquées par les guitares sales, abrasives et sauvages. Difficile d'en ressortir indemne. 

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samedi 9 mars 2019

Tankus The Henge : « I crave affection Baby, but not when I drive »



Une magnifique pochette psychédélique, un premier titre fort en électricité, le bien nommé « Electric Eyes » et c'est parti ! On pense, à l'écoute du nouvel album de la formation anglaise, que l'on découvre en même temps, être reparti pour un tour nostalgique du garage psychédélique, dans la foulée des Rival Sons et autres Blues Pills. Force est de constater, qu'en l'espèce, les Anglais au look d'enfer tiennent parfaitement l'office et toutes leurs promesses (« Rock, Paper, Scissors », le bluesy « Slippin' and Slidin' », « The Dark night of the soul »). Mais, il est encore plus fort de constater que le groupe sait aussi sortir de sa chapelle revival pour s'attaquer au swing (« Rotten boots tango ») et au cabaret jazz (cf. « Last night in New Orleans », "You can do anything", « Onomatology ») et qu'ils sont tout aussi crédibles dans le genre, piano endiablé et section de cuivres à l'appui. Alors voilà, Tankus The Henge a inventé un style tout à fait unique et ils appellent ça le « gonzo rock'n'roll » (dixit le dossier de presse). Pas vraiment une invention d'ailleurs plutôt un amalgame rock prenant sa source dans les recoins inattendus du ragtime, du reggae (« Weather ») ou du funk (« Floodwater »). Si l'album souffre un peu de ce côté patchwork, l'ensemble tient la route grâce à l'enthousiasme des musiciens, aux cuivres qui apportent une saveur inédite dans le cadre d'un groupe de rock et, enfin, à la voix, éraillée à la Tom Waits, du chanteur, au nom prédestiné, Jaz Delorean qui incarne vocalement la chose à la perfection tout en y apportant un supplément d'âme. Si on regrette en revanche un angle pop un peu trop acidulé par moments (« Things were better before », « Shoeshine ») on passe un excellent moment à l'écoute de ce disque festif, varié et évocateur. Les concerts s'annoncent explosifs...

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vendredi 8 mars 2019

Stuck in the sound : « Billy Believe »



Stuck in the sound : coincés dans le son. De fait, depuis son éclosion au mitan des années 2000 (et oui déjà!) le quintet n'a eu de cesse de faire montre d'une certaine obsession autour de la chose sonore et de la production. Il y a donc différents niveaux de lecture dans ce groupe. Une formation power pop tout d'abord dont les racines prennent corps dans la scène indé des années 1990 (cf. « See you again »). On trouve ensuite un angle plus dur, plus rock, d'inspiration étasunienne toujours ancré dans les années 1990 (cf. « Forever Days », « Unlovable », « Vegan Porn Food », « Radioactive God Explosion »). Même maîtrisés à la perfection, ce qui généralement le cas avec eux, tous ces idiomes sont relativement convenus. Alors, par ce qu'ils sont légèrement vicieux sur les bords, et probablement par ce qu'ils aiment s'amuser avant tout, les cinq mecs n'aiment rien tant que de vitrioler leur matériau et, dans une certaine mesure, expérimenter avec les chansons (cf. « Break Up », « The Rules », « Petit Chat », "Riots"). On en reviens là à notre idée de départ de geeks « coincés dans le son » qui adorent les pédales d'effets. Et c'est précisément là que les choses deviennent intéressantes et prennent des détours pour le moins surprenant. Exemple type : « Alright ». A l'origine une composition un peu bancale, un truc à moitié funky à moitié hard-rock mais qui, on ne sait pas par quelle intervention du Saint-Esprit, devient sous leurs doigts un hymne accrocheur auquel il est difficile de résister porté par le chant, intense et proche du point de rupture, de José Reis Fontao. Et tout l'album est comme ça, bouscule l'auditeur dans ses attentes, au point que l'on ne sait jamais trop ce qui nous attend après le refrain. Et tout ça sans jamais tomber dans la facilité, en résistant aux sirènes des modes, aux tentations électroniques (exception faîte de la kitschissime « Petit Chat ») en restant fidèle à une formation classique guitare/basse/batterie (et un peu de synthés discrets quand même). Les gars ont maintenant suffisamment de bouteille pour maîtriser la formule (ou plus précisément l'absence de formule) tout en maintenant sa créativité et, en retour, l'esprit de l'auditeur, en éveil. A quoi reconnaît-on un grand groupe ? A sa capacité d'évolution, son aptitude à éviter la redite et à se renouveler tout en maintenant une ligne directrice forte. Stuck in the sound en est là dorénavant. 

En concert le 9 mai à Paris (Trianon)
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jeudi 7 mars 2019

Louis Arlette, Studios Ferber, 6 mars 2019


Retour sur la scène du crime. C'est là, dans les magnifiques et chargés d'histoire(s), Studios Ferber que Louis Arlette a présenté les titres de son nouvel album sur le lieu même de son enregistrement. On est d'emblée saisis par la mythologie d'endroit, une âme, une ambiance se dégage de la pièce boisée dans un style Art Déco qui ressemble vaguement à une version miniature de la Salle Pleyel, toutes proportions gardées. Alors que l'obscurité se fait et que résonnent les premières nappes de synthés, Louis Arlette, souple comme un félin, se faufile en catimini vers la scène improvisée (il s'agît d'un studio d'enregistrement pas vraiment conçu comme une salle de concert). On est, dès lors, emportés par la vague, ou plutôt en l'espèce l'Avalanche, de sons et d'émotions. La guitare (plus présente que sur le nouvel album) sème le rock toute en retenue, entretenant le contraste avec les synthés hérités de la cold wave. La batterie (formidable scansion sur l'Avalanche) mène la danse. Louis Arlette semble maintenant à l'aise dans son costume d'artiste, après avoir travaillé des années dans l'ombre des studios, derrière la console. Le tout sonne comme un carambolage massif entre chanson française, Depeche Mode et une version allégée (moins sombre, moins malsaine, moins torturée) de Nine Inch Nails. Autrefois gauche et emprunté devant le public, une transformation radicale s'est opérée chez Louis, il bouge mieux, envahit la scène d'une aura mystérieuse, ses gestes insufflent de la vie dans son interprétation et donne une nouvelle ampleur à ses textes cryptiques aux significations multiples qui restent sa marque de fabrique. Intitulé « Des ruines et des poèmes » le nouvel album de Louis Arlette sort le 15 mars prochain. 

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mardi 5 mars 2019

The Dandy Warhols : « Why you so crazy »



Depuis leur éclosion, au mitan des années 1990, The Dandy Warhols ont réussi cette double gageure, redéfinir les contours de la psychédélie moderne, rester fidèle aux guitares (au point qu'en 2000 ils s'étaient autoproclamés « le dernier groupe de rock'n'roll ») sans pour autant tomber dans le piège du mimétisme nostalgique. Un groupe de rock'n'roll moderne recyclant sans vergogne les années 60 et 70 (« Bohemian like you » au riff pompé sur les Rolling Stones, 2000) tout en inventant un autre langage à la limite de l'expérimentation (« Pete international airport », 1997). Tout au long des 25 ans dernières années et de leurs dix albums, le groupe a tenu la route, sans embardées sauvages, maintenant le cap et leur ligne esthétique. Jusqu'à ce jour où pour la première fois, le moteur a des ratées. Pris dans sa globalité ce nouveau disque est comme un miroir déformant de leur chef d’œuvre d'éclectisme « Come down » de 1997. Sauf que 20 années sont passées et le bel éclectisme d'hier manque cruellement aujourd'hui d'inspiration, pastichant les années 30 (cf. le « Fred n Ginger » d'ouverture) ou tentant une étonnante fusion électro-country (« Sins are forgiven »). En effet, bien trop souvent la machine tourne à vide (« To the church », « Small town girls ») et le Rubicon semble franchi avec "Forever" nul et non avenu. Le planant « Next thing I know » est certes plaisant mais ne va nulle part, et les Dandys frisent la correctionnelle avec « Thee Elegant bum » et « Motor city steel ». Ici et là quelques fulgurances rappellent l'excellence d'hier (« Be Alright » sans surprise mais efficace). Placée en clôture « Ondine » arrive comme un cheveu sur la soupe, signe du manque cruel de cohérence de toute cette affaire, jamais les Dandys n'ont proposé une composition aussi bizarre. Sept minutes de piano solo, entre classique et baroque, Chilly Gonzales traînait-il dans le coin ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, on tient peut-être là le point d'orgue de cet album décevant.


lundi 4 mars 2019

Same Player Shoot Again : « Our King Freddie »



Parmi les « three kings » du blues, seul le regretté B.B. avait réellement réussi à toucher le grand public ; les deux autres, Albert et Freddie, restant des figures, cruciales, mais finalement assez peu connues en dehors du cercle des initiés. Formé pour l'occasion, le groupe Same Player Shoot Again s'attaque à un travail, essentiel et assez rare jusqu'alors : l'album hommage à Freddie King. Essentiel pour deux raisons : sa virtuosité guitaristique qui en fait un « guitar-hero » originel et, de ce fait, pour son rôle de passeur entre le blues et le rock'n'roll. Autant l'avouer la réussite est au rendez-vous, tant l'hommage fonctionne au-delà des espérances. La musique déborde de feeling (cf. « Only getting second best », « Ain't no sunshine », « Ghetto Woman ») car tous les participants sont à l'avenant, évitant les démonstrations gratuites, un groupe soudé et compact au service du répertoire (notons au passage qu'il y a finalement peu de compositions de Freddie au programme). Le groove dégouline de la section rythmique, parfaitement calée, à grandes lampées ; les guitares apportent un contrepoint abrasif aux claviers soulful (cf. « I'd rather be blind »), une dynamique qui entraîne tout le disque alors que les cuivres apportent la pèche nécessaire (la funky « Ain't no sunshine »). Enfin, le tout est parfaitement incarné par le timbre rugueux du chanteur Vincent Vella dont la cassure au fond de la gorge trahit le vécu. Quatorze interprétations de haut-vol et l'assurance de passer un bon moment en compagnie de ce disque, sorte de classique instantané, orné d'une magnifique pochette signée Frank Margerin. 

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dimanche 3 mars 2019

Kicca : « I can fly »



A l'image de sa pochette bigarrée, Kicca, l'ancienne chanteuse d'Intrigo, est de retour avec un nouvel effort aux ambiances variées. Si le jazz et la soul restent les deux principales sources où se nichent l'inspiration de l'Italienne, les compositions se parent de nouveaux atours funky soyeux et élégants. Les influences des années 1960 (« Tribal Song ») et 1970 (« Up and down ») sont ainsi transcendées (« Let me walk » ; funky comme un vieux blaxploitation oublié) par un traitement contemporain particulièrement dynamique. On décèle ainsi quelques arrangements de claviers apportant une touche électro 80 mais suffisamment discrets et de bon goût pour ne pas dénaturer l'essence même des chansons. Un album qui brille donc par son éclectisme, le parfait écrin pour les acrobaties vocales de la chanteuse qui, tel un chaton, finit toujours par retomber sur ses pattes. Sexy, aguicheuse ou autoritaire, sa voix grave et profonde en impose (Ah, « I'm your world » !) quel que soit le contexte apportant la touche de charme latin (mais pas au sens où on l'entend habituellement cf. "Sing Around" ; "Sweet home, sweet light") qui finit d'emporter l'adhésion. Douze titres comme autant d'illustrations sonores de la dolce vita, l'écoute propulse l'auditeur dans un monde de volupté. Un disque nocturne qui fait du bien. 

https://www.kicca.fr/presentation/
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vendredi 1 mars 2019

Elise and The Sugarsweets : « It can't go wrong »



Après un premier EP, « When the whistle blows », sorti en 2016, la nouvelle formation franchit sans peine le Rubicon du premier album tout en faisant honneur à son patronyme sucré. En effet, Elise and The Sugarsweets, c'est du sucre, du dessert cinq étoiles, propre à faire fondre les oreilles les plus blasées. La formation se trouve pile au milieu du crossroads pratiquant une recette sur laquelle on n'arrête pas de fantasmer, 1/4 de blues (« The Cell »), 1/4 de soul (« Room 26 », « Baby Lover »), 1/4 de rhythm'n'blues ("It can't go wrong") et, enfin 1/4 de rock'n'roll (perceptible un peu partout dans les soli de guitare endiablés), parce que, quoi qu'on en dise la vie est tout de même plus rigolote avec que sans. Le tout est servi merveille par la jeune chanteuse Elise, la vingtaine à peine entamée, qui fait preuve d'un sacré aplomb du début à la fin du disque, qui incarne avec une impressionnante autorité (compte-tenu de son jeune âge) toutes les facettes du groupe grâce à son timbre aussi charmeur que puissant. Autour d'elle, un gang de vieux routiers qui ont arpenté l'autoroute bleue dans tous les sens, le guitariste félin Olivier Raymond, la section rythmique au groove imparable des frères Ferrié (Jérôme à la basse, Olivier à la batterie) et l'orgue Hammond débordant de feeling de Sylvain Lansardière (le gospel « Stupid Lover »). Dès la première plage le disque part fort avec un « I'm on fire » (tout un programme!) au groove tourneboulant. Elise est en feu, nous aussi ! Le reste du disque est à l'avenant, l'émotion est toujours mise au premier plan, tant dans les moments calmes, apaisés, que lorsque groove monte dans les tours. Enregistré live en quatre jours, l'album met en merveille l'aspect organique qui anime le groupe, pour un résultat au final bien plus intemporel que vintage. C'est d'ailleurs écrit sur la pochette, cette histoire ne peut pas aller de travers ! 

En concert le 23/03 au Triton (Les Lilas)
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jeudi 28 février 2019

Durand Jones and The Indications : « American Love Call »



Enregistré pour un budget minimal (452,11 dollars), sorti une première fois en 2016 sur un minuscule label local (Colemine Records) avant d'être repris par une plus grosse structure (Dead Oceans) et d'accéder ainsi, sur le tard, à la reconnaissance internationale ; le destin du premier album de Durand Jones and The Indications avait tout du compte de fées. Une note réconfortante dans une contexte dramatique, une scène soul dévastée par les disparitions successives de Sharon Jones (en 2016) et de Charles Bradley (en 2017). Ce disque fut, en tout cas, une bouffée d'air frais pour tous les amateurs éclairés de soul music. Mais à l'heure de sortir son deuxième effort, le groupe semble décidé à passer à la vitesse supérieure, mettant les bouchées doubles à tous les niveaux (écriture, production). Là où le premier LP brillait par son charme intimiste, ce deuxième se veut luxuriant. Les arrangements de cordes sont délicats (dans la lignée du Philly Sound), et l'association au chant de Durand Jones et du batteur Aaron Frazer (beaucoup plus présent derrière le micro) permettent de nombreux jeux de voix et multiplie les contrastes entre voix de tête haut perchée (Frazer) et timbre guttural et puissant (Jones), une dynamique au-dessus de laquelle plane le fantôme des Delphonics. C'est ainsi tout un pan de la soul music que balaye le groupe, une grande variété d'ambiances, tendres, langoureuses ou plus musclée, à laquelle le groupe rend hommage tout au long de cet album finalement plus intemporel que simplement nostalgique. Superbe. 

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Line : « A walk above clouds »



Comme son nom l'indique, la formation évolue sur une ligne fine, entre luminosité et mélancolie en mettant à profit une kyrielle d'influences venues des années 1990. Un tiers trip-hop, un tiers électro et un tiers pop-rock, Line met en avant l'aspect progressif de ses compositions (limite expérimental cf. l'intro de « Try », "Flesh") tout en transperçant le tapis cotonneux d'éclairs de guitare (« Flesh ») ou de fulgurances rythmiques grâce à une section à trois (basse, batterie et percussions) ; cette dernière incarnant l'essentiel élément disruptif bousculant l'auditeur dans le bon sens (le joli blues « The Plan »). 

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mercredi 27 février 2019

Wild Fox : « Wanker's Juice »



Deuxième EP pour ce tout jeune groupe angevin (19 ans de moyenne d'âge) tombé très tôt dans la marmite du rock'n'roll. Wild Fox se trouve une petite niche dans la très riche scène psyché/garage grâce à une démarche originale où des influences pop (« Sunday Lost », très chouette au demeurant) et psychédéliques viennent policer le côté abrasif du propos. Ainsi des arrangements au sitar et des guitares savamment contenues, sans dérive excessive dans les décibels, viennent contrebalancer un chant parfois assez guttural (« African Running »). Saluons au passage le travail de production et d'arrangement très soigné. Des échos lointain du BJM se font ressentir à l'occasion dans le traitement des guitares (« Chester ») mais c'est lorsqu'ils sortent de leur zone de confort psyché pour s'attaquer à des rivages plus punk (« Lock ») et dark (« Mursees », notre préférée) que le groupe séduit le plus. La formule semble déjà au point mais la marge de progression est telle que l'on parie sans hésiter sur le quatuor. Le meilleur est à venir pour peu qu'ils se débarrassent des encombrants fantômes et affinent encore leur univers. A suivre… 

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lundi 25 février 2019

Yarol



Pour son premier véritable album en solo, en trente ans de carrière, Yarol Poupaud (FFF, Mud, Black Minou) surprend en rebondissant là où on ne l'attendait pas. Dans le fil de sa carrière, ce premier album arrive à la suite d'années passées en compagnie de Johnny Hallyday et à la tête de Black Minou. Années où le musicien s'est sensiblement recadré sur un rock'n'roll garage pur sucre, teinté de blues et de soul music 70s. Cet album aurait-il pu être le premier album de Black Minou ? Le tracklisting pourrait le laisser supposer puisqu'on y retrouve trois titres (« Boogie with you », « Bad Habit », « Voodoo Love ») qui figurait déjà sur l'unique EP de Black Minou. Sauf qu'il n'en est rien, les titres étant présentés ici dans des versions radicalement différentes qui n'ont que peu à voir avec les originaux. Tête brûlée, n'ayant pas peur de la prise de risque, Yarol a réussi à rester fidèle à lui-même tout en évoluant vers des rivages auxquels il ne nous avait pas spécialement préparés ; maintenant intact une énergie brute et primale, une étincelle primaire du rock'n'roll (incarnée par sa guitare incendiaire) et qui se faufile entre les mailles du filet, perceptible dans le rythme africain qui habille « Sale », ou le boogie funk teinté d'électro de « Boogie with you », « No filter » ou dans la quasi disco « Bad habit ». Un album survolté au groove dépotant donc mais qui sait également se faire mélancolique (« The End of the world », "Black cat bone") ou tendre (la joliment pop « Trouble on the wire » ou le très bel acoustique de clôture « Something's gonna happen ») à l'occasion. Belle réussite. 

En concert à Paris (La Maroquinerie) le 20/03/2019
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dimanche 24 février 2019

Júníus Meyvant : « Across the borders »



A travers les frontières, c'est le titre du nouvel album de l'Islandais mais cela pourrait également être le leitmotiv qui anime le musicien tout au long des onze plages qui composent cet effort. Une musique libre et sans restrictions du genre qui, en dépit d'une certaine unité de style, fait le grand écart entre sunshine pop (« Holidays », « New Waves ») et soul soyeuse à la Motown (« Let it pass ») sans oublier une pointe acoustique ("Punch through the night"), depuis longtemps une marque de fabrique des musiciens de l'île nordique. Magnifiquement produit et arrangé avec le plus grand soin avec moult cordes et cuivres, alors que les trouvailles aux claviers incarnent plutôt le versant pop, ce nouvel album trouve naturellement sa place dans le grand raout soul vintage actuel dans une niche peu visitée, moins sauvage et mettant l'accent sur les mélodies. On n'y trouve finalement qu'un seul défaut, celui de l'incarnation vocale. La voix de Meyvant n'est certes pas dénuée d’intérêt, on y décèle une petite fêlure soul dans le fond de la gorge, toujours intéressante pour incarner le vécu nécessaire au style, mais le timbre de Júníus manque parfois d'ampleur. Quoi qu'il en soit ce nouvel album est un superbe écrin mélodique et reposant. Intemporel. 

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samedi 16 février 2019

ZËRO : « Ain't that mayhem »



L'incroyable visuel, apocalyptique, ornant la pochette, laisse imaginer aux non-initiés que l'on tient là un nouvel avatar heavy-metal. Il n'en est rien. Car derrière le trio Zëro se cache l'identité du dernier projet en date des Lyonnais Franck Laurino (batterie), Eric Aldéa (voix, guitares,) et Ivan Chiossone (claviers, machines et réalisation/mix de l'album), étant des pionniers français du post-rock et actifs depuis la fin des années 1980 au sein de divers groupes phares du genre (Deity Guns, Bästard et/ou Narcophony). En vingt-cinq ans, les musiciens ont eu maintes occasions de tout laisser tomber. Mais tout ce qui aurait pu freiner leur ardeur a eu l'effet inverse. Chaque nouvel obstacle, chaque départ d'un acolyte n'a fait que renforcer leur conviction et stimuler leur créativité. Tout un parcours, un cheminement de vie, que l'on retrouve dans la moindre note jouée sur ce disque incroyable. Car il évident que l'étiquette « post-rock » est devenue bien trop étroite pour un album d'une telle densité (14 titres). Ici tout n'est question d'ambiance dans le sens où l'on dépasse le simple contexte musical pour plonger la tête de l'auditeur dans un magma sonore, noir et glacé (« Marathon Woman », « Underwater frequencies »). Les guitares et claviers tiennent bien évidemment le haut du pavé sur un mode entêtant, hypnotique et répétitif soutenues par le squelette rythmique d'une batterie réduite à sa plus simple expression. Autant de drones n'ayant qu'un objectif : ferrailler le cerveau de l'auditeur ("San Francisco II"), cadenasser les oreilles (« Myself as a fool »), faire frissonner à l'occasion (« Deranged », « Five vs Six »). Ceci posé, le groupe se permet quelques incartades pop ("Recife, 1974") ou blues (l'invraisemblable reprise « Alligator wine » chipée chez Screamin' Jay Hawkins) faisant intervenir les trombones (« We blew it »), autant de respirations dans le contexte général oppressant de l'album tout en magnifiant le registre étendu du groupe. Un disque dont la richesse ne se dévoile qu'au terme d'écoutes, répétées et attentives. Un voyage stimulant. 

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vendredi 15 février 2019

Total Victory : « The Pyramid of Privilege »



Chemin faisant, c'est avec une cruelle ironie que l'on goûte le nom, Victoire Totale dans sa traduction française, du groupe mancunien, Total Victory, qui vivote dans son coin depuis douze ans dans un relatif anonymat. Sorti initialement en 2013, réédité ces jours-ci dans une splendide édition vinyle, l'album « The Pyramide of Privilege » vient apporter de l'eau fraîche à notre moulin. Si pyramide il y a, cette dernière est circonscrite dans un périmètre entre math-rock (pour les compositions alambiquées), post punk (pour la rage musicale qui anime le quartet et qui va crescendo d'un bout à l'autre de l'album cf. « Conservative Girls ») et indie rock (parce que l'on se démerde avec les moyens du bord). Si aujourd'hui, comme à l'époque des faits, Total Victory passe relativement inaperçu, c'est tout simplement parce que notre époque est relativement pourrie. Totalement à contre courant, voilà un album qui demande un minimum d'investissement de la part de son auditeur, la beauté stridentes des guitares, « (Can we cool down) Venus ? » ; « 1700-1703 », ne se déflore qu'au fil des écoutes répétées, la formidable intention des musiciens (sortir des sentiers battus cf. « Manifestations ») peut déstabiliser un temps avant de se révéler addictive. L'édition vinyle (merci mille fois la face cachée) se révèle pertinente pour un projet de cette ampleur qui se goûte de bout en bout (tout l'inverse d'un titre balancé au milieu d'une playlist quelconque) du début à la fin. Un révélateur de la dextérité des musiciens efficaces sur les formats ultra courts (l'envoûtant « Time Crimes ») comme sur les odyssées au long cours (« Fiat Lux », « The Singer »). Il n'est pas trop tard pour changer le cours de l'histoire. 

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mercredi 13 février 2019

Cannibale + Cyril Cyril, La Maroquinerie, 11 février 2019.


C'est un plateau, made in Born Bad Records, d'une grande qualité et d'une cohérence remarquable que l'on a pu admirer lundi soir dernier à La Maroquinerie. 

Pour s’extirper hors de la masse, le duo Cyril Cyril, mise sur une orchestration atypique, un banjo, en lieu et place de la guitare, sur la majorité des titres (une configuration assez rare dans le rock'n'roll) et un kit de batterie sortant de l'ordinaire au son très mat, l'accent est mis sur la grosse caisse et le tome basse, et très peu de cymbales mais une collection hétéroclite de percussions accentuant l'aspect voodoo de la musique de Cyril Cyril. Les premiers titres sont chantés « en charabia libanais » d'après Cyril, le chanteur guitariste/banjoïste (« une grande partie de mes origines avec lesquelles j'ai un compte à régler ») alors que le beat imprimé par Cyril (l'autre, le batteur) hypnotise et emporte. De fait, Cyril Cyril est le genre de groupe par lequel il faut en quelque sorte accepter de se laisser bercer, une forme d'abandon est ainsi exigée de l'auditeur. L'utilisation de boucles, sur les voix, les riffs de banjo ou de guitare, accentue la répétition hypnotique, renforçant la psychédélie rampante de la chose. Etre à deux permet des choix artistiques forts et de créer véritablement un univers. Mais le duo peut être aussi un frein au dépassement desdites frontières artistiques, ainsi, à terme, les compositions souffrent d'une sorte de linéarité. C'est néanmoins un bon moment et la preuve qu'il est possible de rendre hommage au rock des années 60/70 (prog, psyché) sans tomber dans la redite stérile. 

Dans le même ordre d'idée, Cannibale fait fort depuis quelques années et même encore plus avec la sortie d'un deuxième album ces jours-ci sur le label Born Bad bien aimé. « Vive le cheval » nous annonce le chanteur, une analogie bien trouvée tant la musique de Cannibale s'imprime sur le rythme d'une cavalcade effrénée revisitant tant l'afro beat (l'illusion est parfaite) que le rock progressif, qui s'invite brutalement à la table le temps d'une nappe de claviers planante, alors que la basse, ronde, énorme, nous ramène immanquablement à la scène psychédélique. Une fois encore, il est question des années 60/70, mais sans nostalgie aucune, décennies sur lesquelles le groupe pose un regard oblique, créatif, visant l'intemporalité plutôt que l'illusion de la re-création. La grande affaire de Cannibale reste néanmoins le rythme à telle enseigne que la seule batterie ne suffit pas au groupe pour assouvir sa quête de groove. Ce dernier se propage partout, dans les percussions qui régulièrement viennent renforcer la batterie mais aussi dans l'attaque de la guitare. Moins linéaire que la première partie, Cannibale a réussi à se créer un son, une identité déclinée à l'envi dans les compositions qu'elles soient d'obédience africaine, rock'n'roll ou progressive. 



mardi 5 février 2019

Les Nuits de l'Alligator 2019



Circoncit dans un périmètre entre blues/soul et country/folk, sans oublier l'entre-deux (le rock'n'roll), le festival des Nuits de l'Alligator nous réchauffe au cœur de l'hiver depuis 2006 tout en multipliant les découvertes (Sarah McCoy, William Z. Villain, Bror Gunnar Jansson pour ne citer que quelques exemples récents). Ainsi, au fil des années, les Nuits de l'Alligator se sont imposées comme un indispensable du mois de février à la Maroquinerie. Et c'est avec un plaisir toujours renouvelé que l'on s'apprête à se faire croquer les oreilles cette année encore car le programme 2019 se révèle riche en surprises. Le blues étonnant (option vielle à roue) de Muddy Gurdy, la soul de JP Bimeni ou le rock sauvage des Schizophonics et des Howlin'Jaws s'annoncent comme autant d'excitantes promesses. Enfin, à ne rater sous aucun prétexte, la soirée sous le signe de la Louisiane (Tank & The Bangas et Sweet Crude le 21/02 à la Maroquinerie) et cerise sur le gâteau, la première tournée européenne de Cedric Burnside ! Ce sont 10 groupes au total qui vont enflammer 11 villes de France jusqu'au 23 février !

Toutes les infos :

Catfish : « Morning Room »



Depuis longtemps, le début en fait, on sentait poindre le feu punk qui anime le duo derrière ses atours blues ; notamment en live où la chanteuse Amandine se révèle assez impressionnante. Le propre des artistes étant de faire évoluer leur univers, il est assez rassurant de voir le duo en pleine mutation. Ainsi, cette nouvelle mini livraison de cinq titres (un format décevant alors que le groupe a déjà sorti deux albums) voit le groupe se laisser aller à son goût pour les décibels (cf. le titre d'ouverture « Mama got the devil eye ») mais également pour le rock garage voire psychédélique (cf. « The Morning Room ») prenant corps sous les coups de butoir d'un orgue farfisa baroque, une autre nouveauté dans l'univers du groupe, en décalage avec le chant puissant et abrupt d'Amandine. Sauvage et brûlant, Catfish excelle dans un rock’n’roll oblique, où les compositions labyrinthiques prennent de nombreux détours, et où la forme, les arrangements, sont suffisamment soignés (cf. la très dark « Death Army ») pour éviter l'écueil épuisant du rock joué sans mesure ni nuances. Un seul regret, on aurait aimé un album complet. 

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lundi 4 février 2019

Carambolage



Derrière le nom, assez bien trouvé en l'espèce, de ce nouveau groupe se cache en fait les musiciens d'une formation bien connue (et appréciée) par ici, Kaviar Special, dont le nouveau projet est une sorte de double négatif (cf. le chant en français) ayant déplacé le curseur de ses influences une décennie plus avant (cf. les synthés new wave). Un sacré carambolage donc, entre une guitare nerveuse, une voix évoquant Indochine, des synthés limite kitsch et un disco beat implacable ; le tout en forme d'hommage aux années 1980 (la fameuse tirade de Coluche extraite « d'aujourd'hui on n'a plus le droit », le tube des restos du cœur, citée sur le premier titre « Soupeur »). On sent ainsi toute l'habileté des musiciens dans le grand écart séparant la dark « Gauche Droite » et l'hilarante « Cinq à Sept » (vantant la pratique du même nom), les deux meilleures pistes de cette livraison inaugurale. 
En concert à Paris (Supersonic) le 13/02. 
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samedi 2 février 2019

Michelle David and The Gospel Sessions, Le Café de la Danse, 31/01/2019.


C'est devant un Café de la Danse bien rempli que la chanteuse Michelle David, accompagnée de son groupe a fêté son retour dans la Capitale en ce dernier jour du mois de janvier. Une formation complète de trois cuivres accompagne le groupe habituel guitare, basse et batterie. Le groupe est à géométrie variable et il leur arrive de jouer à deux guitares (sans basse) ou d'inclure une basse à la guitare. Ce qui donne une grande flexibilité à la musique qui si elle reste dans un périmètre entre soul et gospel, se permet quelques embardées latines ou rock n'roll au travers d'une guitare twang évoquant la surf music. Pour le reste si la musique reste d'un classicisme absolu, elle est d'une efficacité redoutable. Ainsi, c'est une véritable fièvre collective, partant des musiciens sur scène, qui a, peu à peu, gagné l'ensemble des spectateurs présents. Le cadre intime y joue pour beaucoup. Mais également l'énergie inépuisable de la chanteuse aux pas de danse redoutables (qui a vite viré les talons) et on ne trouve pas la moindre faute de goût à ces musiciens tirés à quatre épingles. Un groove constant quelque soit le contexte, émouvant ou énergique, un message positif du début à la fin, beaucoup d'humour et d'autodérision ; on ressort de la salle le cœur léger ! 



mardi 29 janvier 2019

The White Crow, un film de Ralph Fiennes.



C'est dans le cadre de la soirée de clôture de la 19ème édition du festival de « l'industrie du rêve » que l'on a pu découvrir, en avant-première, le film « The White Crow » un choix particulièrement judicieux tant le métrage nous rappelle ce que l'on aime tant dans le cinéma, l'évasion, le rêve, le voyage dans le temps... 

« The White Crow ». L'expression désigne, en anglais, le marginal, le laissé pour compte, l'original. Cet homme, refusant de rentrer dans le moule, c'est le danseur russe Rudolf Noureev dont le film, un biopic, retrace en partie la vie. 
Nous sommes au début des années 1960. Noureev se trouve en France pour une série de spectacles. A Paris, le danseur se laisse aller à l'exaltation pour l'art, fait le pied de grue dès potron-minet pour pouvoir profiter des musées dans la solitude la plus complète du matin, sort le soir, fait des rencontres et se lie d'amitié, boit, découvre les danseuses nues du Crazy Horse... Le tout sous l’œil exigeant de Moscou, discret mais impitoyable, qui, le temps d'un regard oblique d'un type cravaté griffonnant quelques notes à la volée sur un carnet, cherche à juguler la soif de liberté du danseur… 

Dans sa première partie, multipliant les flash backs entre les époques, le métrage exalte les sens, exprime une passion pour les corps en mouvements le temps de quelques séquences virtuoses, flatte l’œil de nombreux plans représentant œuvres, peintures et bâtiments. Le charme des années 1960, parfaitement reconstituées, fonctionne à plein. Puis dans son dernier tiers, le film bascule dans le thriller, une scène étouffante dans un hall d'aéroport digne d'un film d'espionnage et finit par nous rendre sympathique un personnage passablement égocentré et pas toujours très avenant. 

Le troisième film, en qualité de réalisateur, de Ralph Fiennes n'a pas de date de sortie française définitivement arrêtée.


dimanche 27 janvier 2019

Daisy Driver : « Nulle Part »



Premier album pour Daisy Driver, formation qui n'arrive cependant pas de nulle part, les musiciens traînant depuis longtemps leurs guêtres dans les arcanes de la scène rock et ont décidés de se lancer dans cette nouvelle aventure après s'être découvert une passion commune pour le rock des années 1990. Un style qui hante les compositions de ce premier effort, dès les premières mesures belligérante de la guitare (« Drowning »), tant en ce qui concerne le son (« Blesse mon coeur », les scratches qui ornent « Mya » comme au plus belles heures de la fusion) mais également en termes de dynamique, cette alternance entre tension et détente (« Le cri du monde », « On est tous »), popularisée naguère par les stars du grunge. Mais cette attirance pour les sons du siècle passé constitue plus, le moteur, le point de départ du groupe que le véritable enjeu de l'album. Le groupe se place plutôt dans une posture d'héritier, perpétuant une tradition du chant en français qui était la norme du rock hexagonal avant que les groupes ne se jettent les uns après les autres dans une faille anglophone maîtrisée de manière plus qu'aléatoire. Le groupe se place dans cette perspective, assumant la francité, déclarant sa flamme, entre amour et haine, pour Paris (« I love Paris ») et nous réservant au passage deux énormes surprises que l'on avait pas vu arriver en la forme deux reprises : « Morgane de toi » (Renaud, si, si!) et, plus étonnant encore : « Elle a les yeux revolver » de Marc Lavoine (si, si!) dont le nom est évoqué ici pour la première fois sur ce blog en douze années d'existence (comme quoi!) revisitées ici sur un ton très rock. Qu'il se place dans une optique nostalgique (« Tous les garçons ») ou qu'il garde les yeux ouverts sur le monde et ses maux actuels (« De New-York à Madrid », « Le cri du monde », « On est tous ») le quatuor affiche ainsi la volonté de se démarquer du revivalisme qui anime les groupes de rock depuis 20 ans. Mission réussie en l'espèce. 

http://www.daisydriver.fr/
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samedi 26 janvier 2019

Big Dez : « Last Train »



Huitième album pour le groupe en forme d'une ballade (en train, évidemment) le long de musiques que l'on affectionne particulièrement. Ainsi ce disque nous invite à la promenade, une de déambulation musicale, un voyage, en 12 titres, où tout partirait du blues avec ce que cela suppose de feeling. Un feeling assumé donc, dans le chant de Phil Fernandez évoluant sur le fil, puissant mais émotif, servant à la perfection des compositions rivalisant de puissance rock'n'roll (cf. « The Felione », « You know what I mean », « We gonna make it ») mais aussi de groove à réveiller les défunts (ah cet orgue cf. « That's the way you can change », « Until the broad daylight »). Un sacré trip, ensorcelant de bout en bout, avec quelques passagers clandestins de renom tels que Lucky Peterson (à l'orgue) ou Sax Gordon Beadle. C'est sûr, on ne prendra jamais plus le métro (cf. la pochette) de la même façon. Embarquement immédiat ! 

http://www.bigdez.com/
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