samedi 16 février 2019

ZËRO : « Ain't that mayhem »



L'incroyable visuel, apocalyptique, ornant la pochette, laisse imaginer aux non-initiés que l'on tient là un nouvel avatar heavy-metal. Il n'en est rien. Car derrière le trio Zëro se cache l'identité du dernier projet en date des Lyonnais Franck Laurino (batterie), Eric Aldéa (voix, guitares, claviers) et Ivan Chiossone, les deux premiers cités étant des pionniers français du post-rock et actifs depuis la fin des années 1980 au sein de divers groupes phares du genre (Deity Guns, Bästard, Narcophony). En vingt-cinq ans, les musiciens ont eu maintes occasions de tout laisser tomber. Mais tout ce qui aurait pu freiner leur ardeur a eu l'effet inverse. Chaque nouvel obstacle, chaque départ d'un acolyte n'a fait que renforcer leur conviction et stimuler leur créativité. Tout un parcours, un cheminement de vie, que l'on retrouve dans la moindre note jouée sur ce disque incroyable. Car il évident que l'étiquette « post-rock » est devenue bien trop étroite pour un album d'une telle densité (14 titres). Ici tout n'est question d'ambiance dans le sens où l'on dépasse le simple contexte musical pour plonger la tête de l'auditeur dans un magma sonore, noir et glacé (« Marathon Woman », « Underwater frequencies »). Les guitares et claviers tiennent bien évidemment le haut du pavé sur un mode entêtant, hypnotique et répétitif soutenues par le squelette rythmique d'une batterie réduite à sa plus simple expression. Autant de drones n'ayant qu'un objectif : ferrailler le cerveau de l'auditeur ("San Francisco II"), cadenasser les oreilles (« Myself as a fool »), faire frissonner à l'occasion (« Deranged », « Five vs Six »). Ceci posé, le groupe se permet quelques incartades pop ("Recife, 1974") ou blues (l'invraisemblable reprise « Alligator wine » chipée chez Screamin' Jay Hawkins) faisant intervenir les trombones (« We blew it »), autant de respirations dans le contexte général oppressant de l'album tout en magnifiant le registre étendu du groupe. Un disque dont la richesse ne se dévoile qu'au terme d'écoutes, répétées et attentives. Un voyage stimulant. 

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vendredi 15 février 2019

Total Victory : « The Pyramid of Privilege »



Chemin faisant, c'est avec une cruelle ironie que l'on goûte le nom, Victoire Totale dans sa traduction française, du groupe mancunien, Total Victory, qui vivote dans son coin depuis douze ans dans un relatif anonymat. Sorti initialement en 2013, réédité ces jours-ci dans une splendide édition vinyle, l'album « The Pyramide of Privilege » vient apporter de l'eau fraîche à notre moulin. Si pyramide il y a, cette dernière est circonscrite dans un périmètre entre math-rock (pour les compositions alambiquées), post punk (pour la rage musicale qui anime le quartet et qui va crescendo d'un bout à l'autre de l'album cf. « Conservative Girls ») et indie rock (parce que l'on se démerde avec les moyens du bord). Si aujourd'hui, comme à l'époque des faits, Total Victory passe relativement inaperçu, c'est tout simplement parce que notre époque est relativement pourrie. Totalement à contre courant, voilà un album qui demande un minimum d'investissement de la part de son auditeur, la beauté stridentes des guitares, « (Can we cool down) Venus ? » ; « 1700-1703 », ne se déflore qu'au fil des écoutes répétées, la formidable intention des musiciens (sortir des sentiers battus cf. « Manifestations ») peut déstabiliser un temps avant de se révéler addictive. L'édition vinyle (merci mille fois la face cachée) se révèle pertinente pour un projet de cette ampleur qui se goûte de bout en bout (tout l'inverse d'un titre balancé au milieu d'une playlist quelconque) du début à la fin. Un révélateur de la dextérité des musiciens efficaces sur les formats ultra courts (l'envoûtant « Time Crimes ») comme sur les odyssées au long cours (« Fiat Lux », « The Singer »). Il n'est pas trop tard pour changer le cours de l'histoire. 

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mercredi 13 février 2019

Cannibale + Cyril Cyril, La Maroquinerie, 11 février 2019.


C'est un plateau, made in Born Bad Records, d'une grande qualité et d'une cohérence remarquable que l'on a pu admirer lundi soir dernier à La Maroquinerie. 

Pour s’extirper hors de la masse, le duo Cyril Cyril, mise sur une orchestration atypique, un banjo, en lieu et place de la guitare, sur la majorité des titres (une configuration assez rare dans le rock'n'roll) et un kit de batterie sortant de l'ordinaire au son très mat, l'accent est mis sur la grosse caisse et le tome basse, et très peu de cymbales mais une collection hétéroclite de percussions accentuant l'aspect voodoo de la musique de Cyril Cyril. Les premiers titres sont chantés « en charabia libanais » d'après Cyril, le chanteur guitariste/banjoïste (« une grande partie de mes origines avec lesquelles j'ai un compte à régler ») alors que le beat imprimé par Cyril (l'autre, le batteur) hypnotise et emporte. De fait, Cyril Cyril est le genre de groupe par lequel il faut en quelque sorte accepter de se laisser bercer, une forme d'abandon est ainsi exigée de l'auditeur. L'utilisation de boucles, sur les voix, les riffs de banjo ou de guitare, accentue la répétition hypnotique, renforçant la psychédélie rampante de la chose. Etre à deux permet des choix artistiques forts et de créer véritablement un univers. Mais le duo peut être aussi un frein au dépassement desdites frontières artistiques, ainsi, à terme, les compositions souffrent d'une sorte de linéarité. C'est néanmoins un bon moment et la preuve qu'il est possible de rendre hommage au rock des années 60/70 (prog, psyché) sans tomber dans la redite stérile. 

Dans le même ordre d'idée, Cannibale fait fort depuis quelques années et même encore plus avec la sortie d'un deuxième album ces jours-ci sur le label Born Bad bien aimé. « Vive le cheval » nous annonce le chanteur, une analogie bien trouvée tant la musique de Cannibale s'imprime sur le rythme d'une cavalcade effrénée revisitant tant l'afro beat (l'illusion est parfaite) que le rock progressif, qui s'invite brutalement à la table le temps d'une nappe de claviers planante, alors que la basse, ronde, énorme, nous ramène immanquablement à la scène psychédélique. Une fois encore, il est question des années 60/70, mais sans nostalgie aucune, décennies sur lesquelles le groupe pose un regard oblique, créatif, visant l'intemporalité plutôt que l'illusion de la re-création. La grande affaire de Cannibale reste néanmoins le rythme à telle enseigne que la seule batterie ne suffit pas au groupe pour assouvir sa quête de groove. Ce dernier se propage partout, dans les percussions qui régulièrement viennent renforcer la batterie mais aussi dans l'attaque de la guitare. Moins linéaire que la première partie, Cannibale a réussi à se créer un son, une identité déclinée à l'envi dans les compositions qu'elles soient d'obédience africaine, rock'n'roll ou progressive. 



mardi 5 février 2019

Les Nuits de l'Alligator 2019



Circoncit dans un périmètre entre blues/soul et country/folk, sans oublier l'entre-deux (le rock'n'roll), le festival des Nuits de l'Alligator nous réchauffe au cœur de l'hiver depuis 2006 tout en multipliant les découvertes (Sarah McCoy, William Z. Villain, Bror Gunnar Jansson pour ne citer que quelques exemples récents). Ainsi, au fil des années, les Nuits de l'Alligator se sont imposées comme un indispensable du mois de février à la Maroquinerie. Et c'est avec un plaisir toujours renouvelé que l'on s'apprête à se faire croquer les oreilles cette année encore car le programme 2019 se révèle riche en surprises. Le blues étonnant (option vielle à roue) de Muddy Gurdy, la soul de JP Bimeni ou le rock sauvage des Schizophonics et des Howlin'Jaws s'annoncent comme autant d'excitantes promesses. Enfin, à ne rater sous aucun prétexte, la soirée sous le signe de la Louisiane (Tank & The Bangas et Sweet Crude le 21/02 à la Maroquinerie) et cerise sur le gâteau, la première tournée européenne de Cedric Burnside ! Ce sont 10 groupes au total qui vont enflammer 11 villes de France jusqu'au 23 février !

Toutes les infos :

Catfish : « Morning Room »



Depuis longtemps, le début en fait, on sentait poindre le feu punk qui anime le duo derrière ses atours blues ; notamment en live où la chanteuse Amandine se révèle assez impressionnante. Le propre des artistes étant de faire évoluer leur univers, il est assez rassurant de voir le duo en pleine mutation. Ainsi, cette nouvelle mini livraison de cinq titres (un format décevant alors que le groupe a déjà sorti deux albums) voit le groupe se laisser aller à son goût pour les décibels (cf. le titre d'ouverture « Mama got the devil eye ») mais également pour le rock garage voire psychédélique (cf. « The Morning Room ») prenant corps sous les coups de butoir d'un orgue farfisa baroque, une autre nouveauté dans l'univers du groupe, en décalage avec le chant puissant et abrupt d'Amandine. Sauvage et brûlant, Catfish excelle dans un rock’n’roll oblique, où les compositions labyrinthiques prennent de nombreux détours, et où la forme, les arrangements, sont suffisamment soignés (cf. la très dark « Death Army ») pour éviter l'écueil épuisant du rock joué sans mesure ni nuances. Un seul regret, on aurait aimé un album complet. 

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lundi 4 février 2019

Carambolage



Derrière le nom, assez bien trouvé en l'espèce, de ce nouveau groupe se cache en fait les musiciens d'une formation bien connue (et appréciée) par ici, Kaviar Special, dont le nouveau projet est une sorte de double négatif (cf. le chant en français) ayant déplacé le curseur de ses influences une décennie plus avant (cf. les synthés new wave). Un sacré carambolage donc, entre une guitare nerveuse, une voix évoquant Indochine, des synthés limite kitsch et un disco beat implacable ; le tout en forme d'hommage aux années 1980 (la fameuse tirade de Coluche extraite « d'aujourd'hui on n'a plus le droit », le tube des restos du cœur, citée sur le premier titre « Soupeur »). On sent ainsi toute l'habileté des musiciens dans le grand écart séparant la dark « Gauche Droite » et l'hilarante « Cinq à Sept » (vantant la pratique du même nom), les deux meilleures pistes de cette livraison inaugurale. 
En concert à Paris (Supersonic) le 13/02. 
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samedi 2 février 2019

Michelle David and The Gospel Sessions, Le Café de la Danse, 31/01/2019.


C'est devant un Café de la Danse bien rempli que la chanteuse Michelle David, accompagnée de son groupe a fêté son retour dans la Capitale en ce dernier jour du mois de janvier. Une formation complète de trois cuivres accompagne le groupe habituel guitare, basse et batterie. Le groupe est à géométrie variable et il leur arrive de jouer à deux guitares (sans basse) ou d'inclure une basse à la guitare. Ce qui donne une grande flexibilité à la musique qui si elle reste dans un périmètre entre soul et gospel, se permet quelques embardées latines ou rock n'roll au travers d'une guitare twang évoquant la surf music. Pour le reste si la musique reste d'un classicisme absolu, elle est d'une efficacité redoutable. Ainsi, c'est une véritable fièvre collective, partant des musiciens sur scène, qui a, peu à peu, gagné l'ensemble des spectateurs présents. Le cadre intime y joue pour beaucoup. Mais également l'énergie inépuisable de la chanteuse aux pas de danse redoutables (qui a vite viré les talons) et on ne trouve pas la moindre faute de goût à ces musiciens tirés à quatre épingles. Un groove constant quelque soit le contexte, émouvant ou énergique, un message positif du début à la fin, beaucoup d'humour et d'autodérision ; on ressort de la salle le cœur léger ! 



mardi 29 janvier 2019

The White Crow, un film de Ralph Fiennes.



C'est dans le cadre de la soirée de clôture de la 19ème édition du festival de « l'industrie du rêve » que l'on a pu découvrir, en avant-première, le film « The White Crow » un choix particulièrement judicieux tant le métrage nous rappelle ce que l'on aime tant dans le cinéma, l'évasion, le rêve, le voyage dans le temps... 

« The White Crow ». L'expression désigne, en anglais, le marginal, le laissé pour compte, l'original. Cet homme, refusant de rentrer dans le moule, c'est le danseur russe Rudolf Noureev dont le film, un biopic, retrace en partie la vie. 
Nous sommes au début des années 1960. Noureev se trouve en France pour une série de spectacles. A Paris, le danseur se laisse aller à l'exaltation pour l'art, fait le pied de grue dès potron-minet pour pouvoir profiter des musées dans la solitude la plus complète du matin, sort le soir, fait des rencontres et se lie d'amitié, boit, découvre les danseuses nues du Crazy Horse... Le tout sous l’œil exigeant de Moscou, discret mais impitoyable, qui, le temps d'un regard oblique d'un type cravaté griffonnant quelques notes à la volée sur un carnet, cherche à juguler la soif de liberté du danseur… 

Dans sa première partie, multipliant les flash backs entre les époques, le métrage exalte les sens, exprime une passion pour les corps en mouvements le temps de quelques séquences virtuoses, flatte l’œil de nombreux plans représentant œuvres, peintures et bâtiments. Le charme des années 1960, parfaitement reconstituées, fonctionne à plein. Puis dans son dernier tiers, le film bascule dans le thriller, une scène étouffante dans un hall d'aéroport digne d'un film d'espionnage et finit par nous rendre sympathique un personnage passablement égocentré et pas toujours très avenant. 

Le troisième film, en qualité de réalisateur, de Ralph Fiennes n'a pas de date de sortie française définitivement arrêtée.


dimanche 27 janvier 2019

Daisy Driver : « Nulle Part »



Premier album pour Daisy Driver, formation qui n'arrive cependant pas de nulle part, les musiciens traînant depuis longtemps leurs guêtres dans les arcanes de la scène rock et ont décidés de se lancer dans cette nouvelle aventure après s'être découvert une passion commune pour le rock des années 1990. Un style qui hante les compositions de ce premier effort, dès les premières mesures belligérante de la guitare (« Drowning »), tant en ce qui concerne le son (« Blesse mon coeur », les scratches qui ornent « Mya » comme au plus belles heures de la fusion) mais également en termes de dynamique, cette alternance entre tension et détente (« Le cri du monde », « On est tous »), popularisée naguère par les stars du grunge. Mais cette attirance pour les sons du siècle passé constitue plus, le moteur, le point de départ du groupe que le véritable enjeu de l'album. Le groupe se place plutôt dans une posture d'héritier, perpétuant une tradition du chant en français qui était la norme du rock hexagonal avant que les groupes ne se jettent les uns après les autres dans une faille anglophone maîtrisée de manière plus qu'aléatoire. Le groupe se place dans cette perspective, assumant la francité, déclarant sa flamme, entre amour et haine, pour Paris (« I love Paris ») et nous réservant au passage deux énormes surprises que l'on avait pas vu arriver en la forme deux reprises : « Morgane de toi » (Renaud, si, si!) et, plus étonnant encore : « Elle a les yeux revolver » de Marc Lavoine (si, si!) dont le nom est évoqué ici pour la première fois sur ce blog en douze années d'existence (comme quoi!) revisitées ici sur un ton très rock. Qu'il se place dans une optique nostalgique (« Tous les garçons ») ou qu'il garde les yeux ouverts sur le monde et ses maux actuels (« De New-York à Madrid », « Le cri du monde », « On est tous ») le quatuor affiche ainsi la volonté de se démarquer du revivalisme qui anime les groupes de rock depuis 20 ans. Mission réussie en l'espèce. 

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samedi 26 janvier 2019

Big Dez : « Last Train »



Huitième album pour le groupe en forme d'une ballade (en train, évidemment) le long de musiques que l'on affectionne particulièrement. Ainsi ce disque nous invite à la promenade, une de déambulation musicale, un voyage, en 12 titres, où tout partirait du blues avec ce que cela suppose de feeling. Un feeling assumé donc, dans le chant de Phil Fernandez évoluant sur le fil, puissant mais émotif, servant à la perfection des compositions rivalisant de puissance rock'n'roll (cf. « The Felione », « You know what I mean », « We gonna make it ») mais aussi de groove à réveiller les défunts (ah cet orgue cf. « That's the way you can change », « Until the broad daylight »). Un sacré trip, ensorcelant de bout en bout, avec quelques passagers clandestins de renom tels que Lucky Peterson (à l'orgue) ou Sax Gordon Beadle. C'est sûr, on ne prendra jamais plus le métro (cf. la pochette) de la même façon. Embarquement immédiat ! 

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vendredi 25 janvier 2019

Undervoid



Quatrième épisode des aventures du quatuor strasbourgeois avant d'attaquer un premier long format. Une nouvelle livraison de cinq titres qui continue d’approfondir le sillon du groupe au pays des décibels et des guitares saturées ; dans la lignée de la scène française des années 1990 (l'ombre de No One plane sur « A tes dépens ») et du punk : les voilà prêts à tout dégommer sur leur passage. De la celtique « A ta santé », à l'explosion de « Perdu pour perdu » (1 minute 44), du gros son seventies (« Qu'à cela ne tienne », Led Zeppelin n'est pas très loin) à la virtuosité quasi psychédélique des guitares entremêlées qui orne le pont de « On part au loin » ; le groupe fait ainsi preuve d'un bel éclectisme sans perdre de vue ce qui fait son identité musicale. Loin de partir dans tous les sens, le disque est, au contraire, d'une parfaite cohérence : la voix, les textes, la dynamique de la section rythmique (on pense en particulier au batteur en survoltage permanent) servant de guide à l'auditeur dans ce dédale électrique. On se demande bien ce qu'ils nous préparent pour leur premier album… 

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jeudi 24 janvier 2019

Le Groupe Obscur : « Selesȼa »



Avec son look dark, son nom inquiétant, sa langue imaginaire inventée pour l'occasion (l'obscurien), ce groupe à la démarche obscure n'est pas sans rappeler, grâce à de nombreux points de convergence, les vétérans de Magma. La comparaison s'arrête là cependant, le Groupe Obscur préférant une subtile mélopée à mi-chemin des rocks psychédélique et gothique, au free jazz des survivants des 70s. Une association étonnante, contre nature, mais qui, ici, fait des merveilles. Les mélodies, délicates, dégagent un charme mystique, envoûtant, dont la nature répétitive ne fait qu'accentuer le mystère. Ceci pour la partie psychédélico-progressive de la chose. Mais, point de revival sixties ici. Au contraire, l'instrumentation penche plutôt vers le versant cold, subtilement synthétique (« Planètes Ténèbres »), où les guitares arpégées avec soin et beaucoup d'effets, de delay se marient harmonieusement aux synthés analogiques. Ainsi, l'écoute de l'ep plonge l'auditeur dans un abyme de noirceur psyché, en apnée (« Apnea »). Le parti pris de la langue imaginaire ajoute une nouvelle facette à ce diamant noir. Partant du principe que, de toute manière, personne ne comprendra rien aux paroles, la voix, féminine, est traitée comme un instrument à part entière, une couche sonore supplémentaire qui s’agrémente harmonieusement au arrangements. La démarche rappelle les Cocteau Twins, en plus organique, le groupe n'étant pas spécialement focalisé sur les sons des années 1980, préférant inventer plutôt que de vainement recréer. Un écueil de plus évité par les Rennais qui permet d'étoffer le relief de leur séduisant EP. 

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mercredi 23 janvier 2019

Skopitone Sisko : « Kaleidoskope »



Comme son titre l'indique, le nouvel EP de Skopitone Sisko (le projet personnel de Elouan Jégat, Thomas Howard Memorial) est à plusieurs facettes. Son écoute plonge l'auditeur dans une sorte de langueur psychédélique (« Brstmm ») entre guitares acoustiques délicatement arpégées (« Sad day ») à la mélancolie prégnante et nappes électroniques planantes, pop et psyché (« In Cage », « Kaleidoskope »). On pense tantôt à Tame Impala (le chant éthéré « Brstmm ») tantôt à Tuung, le mètre étalon du genre folk électronique (« Sad day »). Deux sacrées références auxquelles les Bretons tiennent largement la comparaison. Et même encore mieux lorsque les musiciens dégainent l'artillerie lourde en fin de programme : « The Pursuit » la véritable petite bombe du disque : une spirale de guitares addictives, entêtantes, hypnotiques qui va crescendo jusqu'au final, rudement bien envoyé, plus cold et baroque mais tout aussi intense de « Randomized ». 

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mardi 22 janvier 2019

Six-Ring Circus



Mesdames et Messieurs, nous sommes ravis de vous accueillir ce soir au « cirque à six pistes ». Le Six-Ring Circus ? Un groupe mutant, d'un genre inédit que, par commodité, on serait tenté de cataloguer comme du free-jazz progressif. Un raccourci qui ne dit rien, ou si peu et, surtout, si mal, de la sophistication musicale ici déployée. A peine a-t-on fini d'écouter les deux premières pistes que l'on a déjà l'impression d'avoir ingurgité un album entier tant, dans l'intervalle, le groupe a multiplié les expériences, les essais, les tentatives pour, au final, balader l'auditeur dans de tortueux chemins, généralement empruntés par les têtes chercheuses désireuses de s'éloigner des itinéraires bien balisés (on pense notamment à Tortoise). Le Six-Ring Circus, donc, fait assez fort dans le genre. Et puisqu'il faut bien une base, cette dernière viendra du jazz voire, éventuellement de la soul (cf. « Poppies Dream »). Et puisqu'ils ont décidés de s'amuser un peu, au lieu d'emprunter une ligne droite, le quintet passe par des divagations électroniques (« Cirkus part II »), planantes voire métalliques (cf. « Sonate for Gent ») entre-deux. Qui dit progressif, dit, généralement, années 1970. Et non, pas ici ! Ou, plus exactement, plutôt que de s'inspirer du passé, le groupe préfère en garder la substantifique moelle. L'ombre des seventies plane sur l'album (« Thamel ») sans pour autant en altérer la capacité d'innovation, la créativité, la volonté de chercher a se faire rejoindre les contraires. Tout le disque est résumé là. Dans cette voix, féminine, classique, celle de Célia Forestier, qui cherche à ramener sur terre des musiciens, acrobatiques, désireux de s'envoler loin des contingences terrestres (les breaks de batteries audacieux, la guitare en roue libre et les plages généralement assez longues). Voilà un album qui réclame du temps, de l'écoute, de l'attention et une forme de lâcher prise de l'auditeur. De la patience aussi. Mais, surtout, voilà un groupe qui en vaut la peine. Ecoutez-le ! 

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lundi 21 janvier 2019

Boney Fields : « Bump City »



Pour son nouvel album le Chicagoan, installé de longue date en France, nous emmène en virée à « Bump City ». Dans sa géographie imaginaire, comme dans celle de ceux qui l'écouteront, « la ville qui cogne » est un endroit, rêvé, fantasmé, idéal. Une cité remplie de sons qui tabassent, idéal pour faire la fête, à l'image des accents assumés de ce nouveau répertoire, rock (cf. « Bump City », la plage d'ouverture du disque) ; funk (« Sadie » une réminiscence du « China Girl » du duo Iggy Pop / David Bowie), New Orleans ("Around the corner", "Dark side of a love affair") ou soul langoureux (« Feelings »). Mais qui dit géographie, dit route, itinéraire, voyage. L'occasion pour le musicien de se retourner sur son propre parcours, et de rendre hommage aux musiciens qui ont compté (« Ying Yang » dédié au regretté James Cotton, Charles Pasi enfilant avec brio l'intimidant costume) ou de relire ses propres œuvres (« Ride to the city » enregistré une première fois il y a 20 ans). Une petite merveille de soul, de funk et de rock entre groove dévastateur et puissance sonore. Grosse fiesta sur scène en perspective… 

En concert le 30 janvier à Paris (Jazz Café Montparnasse)
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dimanche 20 janvier 2019

4dB : « Animal »



Sur la pochette s'affiche une forme cubique, seventies, vaguement menaçante, ou plutôt suggérant une menace sous-jacente : quel drôle d'animal que voici ! Deuxième album donc pour le quatuor, qui dégage une puissance bien supérieure à quatre décibels. A l'image de la forme indéterminée s'affichant sur la pochette, le groupe (dans lequel on reconnaît Olivier Michel, bassiste de Bordelophone) navigue en eaux troubles. L'utilisation de nombreux claviers millésimés rappelle les années 1970 et le groupe établit ainsi une passerelle entre le jazz (le swing précis et élégant de la section rythmique constitue la base de tout cf. « Senzala ») et la musique progressive sans en occulter la puissance rock (« Fleur de singe part 2 », « Sauvage ») incarnée par le biais d'une guitare déchaînée, ni les accents pop planants voire spatiaux (« Lune Rousse », « Abysses »), enfilant le costume d'héritiers des Magma et autres Cortex d'antan. Les compositions sont à l'avenant, assez longues et multipliant les pistes, sans jamais perdre la direction générale. Le tout est magnifié par une production nickel chrome et un travail d'arrangement à la précision millimétrée. Plusieurs écoutes sont ainsi nécessaires, voilà un album qui réclame du temps à l'auditeur, pour en saisir la substantifique moelle, les subtilités mélodiques et les climats variés (apaisés ou plus tourmentés) à contre-courant de l'époque. Bien plus qu'un album d'ailleurs, un véritable voyage instrumental ; le vol fut superbe, merci.
En concert le 19/02 à Paris (Les Disquaires) et le 22/03 (Péniche Antipode)

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samedi 19 janvier 2019

Hyleen, Le New Morning, 16 janvier 2019.


Prenant le contre pied d'un parti pris généralement répandu sur la scène soul actuelle, celle d'un revival sixties/seventies, la chanteuse et guitariste Hyleen assume pleinement une démarche funky et plus proche des années 1980, évoquant parfois Prince dans le jeu de guitare, n'occultant pas la part synthétique de l'affaire (quelques pads électroniques sur la batterie et des synthés en lieu et place de la basse). Pour fêter dignement la sortie de son excellent nouvel effort, le trio de base de la chanteuse est ce soir renforcé par deux cuivres, de quoi renforcer l'aspect jazz de sa musique, un angle que l'on ressent surtout dans l'interprétation (les morceaux gagnent en longueur surtout sur scène) que dans l'écriture. La chanteuse fait preuve de beaucoup de charisme, parfois mutine, parfois charmeuse et un décalage humoristique (cf. la présentation de l'album). La bande est soudée et cela s'entend, les « douceurs » sont prodiguées avec beaucoup de feeling alors que l'alchimie fonctionne à plein sur les titres les plus dansants délivrés avec une belle énergie funk. Généreuse, la chanteuse et son groupe nous ont offert plus d'une heure et demie de concert, on n'en attendait pas tant compte tenu de sa (pour l'instant) courte discographie. Quelle excellente soirée ! 

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Cécile McLorin Salvant : « The Window »



70 minutes et 88 touches. Pour son cinquième album, la chanteuse étasunienne prend un risque considérable. Celui de s'exposer sur un double album, seule, accompagnée par un simple piano, sur un temps très long, au risque de provoquer une certaine lassitude chez l'auditeur. Mais c'était sans compter sur le talent exceptionnel d'interprétation de Cécile McLorin Salvant capable de charrier des torrents d'émotions par sa seule voix qu'il s'agisse d'un doux murmure (cf. « Visions » chipé à Stevie Wonder ; « Obsession ») ou d'un registre plus fort et appuyé (« Ever since the one I love's been gone »). Ainsi, quelque soit le contexte, l'interprétation est toujours juste et émouvante (« Wild is love »). Derrière son clavier, Sullivan Fortner, est à l'unisson offrant quelques magnifiques moments de dextérité, principalement au piano mais aussi un peu à l'orgue, mais en étant toujours juste, servant à la perfection la voix de la chanteuse sans ostentation manifeste. Le public ne s'y trompe pas, offrant de magnifiques ovations aux artistes sur les quelques plages éparses enregistrées en concert. Comme d'habitude, Cécile ne se prive pas de rendre hommage à ses racines francophones s'offrant deux titres dans la langue de Molière (« A clef », écrite par ses soins et « J'ai l'cafard »). Enfin, citons pour finir les deux morceaux de bravoure de ce sublime album, les sept minutes du « Somewhere » de Bernstein et les neuf de « The Peacocks » avec le renfort de la saxophoniste Melissa Aldana. Et si la fenêtre du titre offrait une vue directe sur l'âme de la chanteuse ?

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dimanche 13 janvier 2019

Th Da Freak




Anti-héros improbable du rock français, slacker indécrottable, bricolant des chansons sur une guitare de fortune dans une chambre d'ado attardé où trône des posters défraîchis de Sonic Youth et autres Pavement (enfin tel qu'on l'imagine), le Bordelais Th Da Freak se pose là. Enfin il ne s'agît là que de visions imaginaires, de flashs provoqués par l'écoute de la musique de Th, le bizarre en chef. Le premier album, « The Hood » est une petite merveille minimaliste, dont le charme naît justement de l'économie de moyen, procurant une sensation d'intimité immédiate avec la musique, provoquant nombre d'image mentales (comme le prouve le début de cette chronique). Nostalgique, mais pas trop, Le Freak fait le lien entre grunge (pas trop gueulard non plus) et rock psychédélique. Si, si, après tout les deux genres ont en commun le fait d'avoir eu dans leurs rangs un groupe nommé Nirvana. Bien loin des clichés sixties, guitare fuzz et orgue Farfisa, la psychédélie chez Th Da Freak vient de compositions solides, jouant sur la répétition hypnotique (« Old ladies of the block ») sur des tempos alanguis, suivant une approche do it yourself, soit autant bricolée que jouée (la merveilleuse « Thick head », la petite bombe de toute cette affaire). Ajoutez à cela un sens de la mélodie (« Bored », « Moonmate », « I was such an idiot »), de l'accroche (« Bienvenidos at Satori Park », "Sophism profesionnal") et un soupçon de cold wave cheap (« I don't understand ») et vous tenez-là la cerise qui finit d'emballer toute l'affaire sur une note charmante et sucrée. Et comme ce mec est sacrément cool, ce premier album est complété par une collection de faces B, « T-Sides » (pardon de faces T), disponible gratuitement sur Bandcamp et dont la pièce de choix réside dans les dix minutes inoubliables d' « Immortality ». Voilà de quoi patienter en attendant la sortie du prochain album, prévue pour mars prochain, car en plus d'être talentueux, le type bizarre est hyper-actif. 

En concert à Paris (Point Ephémère) le 27/03.

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vendredi 11 janvier 2019

Kyrie Kristmanson : « Mon Héroïne EP »



Il y a des auteurs, des compositeurs, des musiciens et des interprètes. Kyrie Kristmanson quant à elle est un peu tout cela à la fois et même au-delà. Plus que de la musique, l'Artiste a bâti, patiemment et une note à la fois, une cathédrale sonore, un univers où l'auditeur n'a de cesse de se perdre dans les délicieuses méandres. La Canadienne chante en mariant les deux langues, le français et l'anglais, mais qu'importe car dans ce contexte les paroles, cryptiques, ne sont qu'un assemblage, un élément constitutif du son dont on ressent le sens plus qu'on en comprend la signification profonde. Entre guitare acoustique (cf. « Songe d'un ange ») et machinerie électronique délicate (« Mon héroïne ») ou percussive (« The garden of Mrs. Woolf »), Kyrie se constitue un petit nuage musical où l'auditeur est convié, brinquebalé, confortable mais pas trop. Sa voix de tête, pleine mais délicate semble sortie d'un songe. Il se dégage de l'ensemble un sentiment d'une profonde mélancolie dans lequel se retrouve pleinement Brendan Perry (Dead Can Dance) venu prêter sa voix (en français!) le temps du « Songe d'un ange ». 

En concert à Paris (Café de la danse) le 13 mars.
https://www.kyriekristmanson.com/
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jeudi 10 janvier 2019

Shirley Davis and The Silverbacks : « Wishes and Wants »



Si l'épicentre de la soul se trouve ces temps-ci à Brooklyn et sa cohorte de labels branchés, l'Europe est également capable de produire de biens belles choses en la matière. Prenons donc aujourd'hui la direction de l'Espagne à la découverte d'une nouvelle petite merveille, après The Pepper Pots et les Sweet Vandals, en la personne de Shirley Davis et son groupe les Silverbacks. Ce nouvel album, le deuxième, se situe dans un pré carré bien défini, une triangle au cœur des influences des années 1960 et 1970. Cela n'a certes rien de follement original par les temps qui courent, mais qu'est-ce que c'est bon, lorsque la chose est exécutée avec un telle maestria ! Une écoute attentive révèle en effet un disque bien plus complexe qu'il n'y paraît avec un effort assez poussé en termes d'arrangements, on pense en particulier à l'interaction entre les claviers et les cuivres, et à la force des compositions tirant vers la face psychédélique (« Fire » une réminiscence des Doors et « Treat me better ») voire le baroque (« Nightlife » portée par une cavalcade de percussions afro et folles) sans pour autant dénaturer le groove intrinsèque et dévastateur du groupe. Au chant, Shirley Davis (dont le timbre rappelle Nicole Willis) dévoile un organe aussi souple que puissant, d'une grande expressivité, s'adaptant à tous les contextes ; car ainsi que la chanteuse l'affirme tout n'est question de musique (« All about music »). Voilà une excellente résolution qui nous autorise à passer ce début d'année en compagnie de cet excellent album. 

https://the-silverbacks-soul.bandcamp.com/
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mardi 8 janvier 2019

Hyleen : « B-Side »



Si en matière de soul music le revival des années 60 et 70 est à la mode, Hyleen a décidé de prendre le contrepied, la face B, de cette tendance s'inspirant d'une période mal aimée, celle des années 1980 (cf. « My First of all ») et 1990 (cf. « I'm on the ride », « I just wonder », "Black Box") tout en évitant le copiage stérile pour privilégier une dynamique pop et contemporaine. Le disque fait ainsi le grand écart se révélant aussi langoureux que funky et ce, parfois, au sein du même morceau (cf. « Dark Knight »). Un registre étendu donc que la chanteuse fait sien avec grâce, démontrant, au passage, une belle souplesse vocale, effeuillant un timbre charmant, sexy et évocateur. Mais l'idée de génie fût d'enregistrer, en trio, dans les conditions du live, conférant à l'ensemble un plus incontestable en termes de fraîcheur. Une démarche finalement pas si éloignée du jazz (« Beside you ») qui donne au disque son aspect vivant, organique, s'articulant autour de compositions ménageant de nombreuses surprises à l'auditeur (« Breeze ») et finit par donner à cet album un charme unique et incontestable. Une grande bouffée d'air frais. 

En concert à Paris (New Morning) le 16 janvier. 




lundi 7 janvier 2019

Fast Friends : « Unknown Homes »



Le titre de l'ep laisse supposer une part d'inconnu, à la lisière de l'étrange et de la mélancolie, autant de sentiments qui assaillent l'auditeur à l'écoute de ce nouveau duo. Il y a d'abord ce son cotonneux, entre élégance et nonchalance, cette boîte à rythme hypnotique et ces mélodies jouées en sourdine, faisant ressortir le chant de manière claire et précise. A l'écoute on se retrouve propulsé au pays de la pop « do it yourself » autant inspirée que bricolée sur le vif, entre les Etats-Unis et l'Angleterre : le folk (« Enchantment ») ou l'influence du blues que l'on croit deviner sur le premier titre « Eureka ». Pensée autour des guitares, la musique des Fast Friends laisse pourtant un peu de place aux claviers dont les interventions sporadiques prennent la forme de virgules oniriques. Une belle réussite rêveuse mais pas tout fait apaisée.

En concert à Paris (Le Motel) le 16/01

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samedi 5 janvier 2019

Cathédrale : « Facing Death »



Ne surtout pas sous estimer les disques qui, sous des aspects modestes, atteignent des petits sommets, en l’occurrence une mini cathédrale du son, bâtie une pierre (ou une note) après l'autre pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Cathédrale, donc, nous vient de Toulouse et il s'agît là de leur deuxième album. Un effort entre deux eaux, bien connues des amateurs de rock rock’n’roll, l'Angleterre (pour la morgue du chant) et les Etats-Unis pour le son garage énergique. Les titres sont balancés en environ trois minutes, ce qui confère à la galette un petit quelque chose de modeste. Qui prend une toute ampleur lorsque l'on se donne la peine de creuser le sillon. La production est claire et inventive ; c'est alors une foule d'arrangements détaillés (cf. « Facing Death ») que l'on se prend en pleine poire, une note qui sort du bois et qui change tout. Car pour le reste Cathédrale fait dans le carré et l'efficace. La basse, roborative, bourdonne (« Game ») le jeu de batterie ne fait pas dans la dentelle ni dans la fioriture mais fonce à pleine bourre sur l'autoroute du son. Carré et efficace, on vous le dit, mais qui s'autorise cependant quelques détours expérimentaux vers le post rock (cf. « Facing Death » et son étonnante intro instrumentale, « The Knight is gone », « Yet so easy »), pas trop hein, mais le soupçon d'audace, discret, à bon escient et nécessaire pour placer le groupe en orbite vers le sommet de la cathédrale. Au final un bon petit shoot d'adrénaline rock rock’n’roll ce qui nous fait largement la journée et même plus si affinités. Ah oui, une dernière chose, la pochette est magnifique ! 

https://cathedrale-tls.bandcamp.com/album/facing-death
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vendredi 4 janvier 2019

Peace Me Off : « Damaged Coda »



L'EP commence par une sorte de bourdonnement, comme un drone planant. Le calme avant la tempête tant le déchaînement de guitares grunge, influence également perceptible dans le chant, surprend l'auditeur. Autre particularité les titres s'enchaînent, s'emboîtent l'un dans l'autre, formant deux blocs de deux chansons, donnant l'illusion de morceaux très longs. Dans l'intervalle, le groupe joue avec les codes, et les nerfs de l'auditeur également, passant du (presque) calme à la franche tempête réinventant avec audace le post rock et le grunge. Ainsi, même dans les moments les plus apaisés (« Like the others do ») règne une tension sous-jacente où l'on sent la bête prête à sortir les crocs (l'intro de « My Own Shadow », « Concealed Coldness »). Hélas, les influences restent un peu trop identifiables, un manque de personnalité, ou plus précisément une personnalité pas encore totalement définie, qui obère (pour l'instant) une adhésion pleine et entière au projet. On sent que le groupe se cherche encore un peu, tâtonne, peut être aveuglé par l'écoute répétée de ses albums préférés. Mais l'ensemble est suffisamment maîtrisé, ambitieux (les sept minutes de « Concealed Coldness » passent comme une lettre à La Poste) et prometteur pour que l'on ait envie d'y croire. 

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jeudi 3 janvier 2019

EggS



Conglomérat de musiciens issus de différents groupes (Joujou Jaguar, Bootchy Temple) EggS débarque avec un premier EP de quatre titres bien balancés où la guitare crade mais ciselée le dispute à un synthé cheap. Une sorte de charme minimaliste se dégage de l'ensemble, celui du bricolage avec les moyens du bords, et on finit par se demander dans quelle mesure la chose a été improvisée… Le mystère reste entier sur ce dernier point, ce qui n'empêche nullement de goûter ce bonbon au charme suranné faisant revivre la pop/noise indie diy des années 80 et 90.


mercredi 2 janvier 2019

Candi Staton : « Unstoppable »



Cinquante ans de carrière et trentième album, ainsi que l'indique le titre, la vétérante de la soul Candi Staton est inarrêtable ! Qu'importe les hauts et les bas, en 2019 Candi Staton est toujours là et chante mieux que jamais, l'empreinte du temps laissée sur ses cordes vocales donne un supplément d'âme au chant, de la soul music au sens propre du terme, on en frissonne à l'écoute (cf. « Love is you », « The price is not worth the pain », « Revolution of change »). Hélas pour cet anniversaire on aurait aimé un accompagnement musical un peu plus conforme à sa légende. L'album débute bien mal avec un « Confidence » certes touchant mais bien mal ampoulé, une tentative maladroite d'infuser un soupçon de modernité dans la production mais rappelle plutôt le funk électro des années 1980 pas vraiment la meilleure période de l'artiste. Passée la pilule amère du début le reste de l'album est plus conforme à nos attentes (« I fooled you didn't I ») toujours dans la même veine plus funky que soul (« It ain't over ») sans vraiment atteindre les sommets d'émotion espérés. Un album en demi-teinte donc, mais on retiendra une surprenante reprise chipée chez Patti Smith (« People have the power ») et l'émouvante reprise du classique « What's so funny about peace, love, understanding ». L'artiste a certes fait mieux auparavant mais l'essentiel n'est-il pas ailleurs dans cette exceptionnelle longévité qui confine à la résilience ? 

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lundi 31 décembre 2018

All Them Witches : « ATW »



Depuis que l'on avait été proprement estomaqué par leur formidable album inaugural, on garde un œil curieux et avisé sur la formation de Nashville qui, sans jamais démériter, n'a pas vraiment réussi a retrouver un tel niveau d'inspiration. Du moins jusqu'ici. Car, sobrement intitulé ATW, soit les initiales du groupe, la formation rebat les cartes, une nouvelle donne pour renverser la table, bref une réinvention de leur son tout en gardant intacte une partie de leur identité. La période stoner/doom du groupe semble ainsi révolue, mais le métal est toujours là, rampant dans le fond, prêt à sortir les crocs (cf. «1st vs. 2nd », « Fishbelly 86 Onions »). Ainsi le groupe mais la pédale douce sur la distorsion et le gros son sans pour autant renoncer au guitares. Une baisse générale du niveau des amplis au profit d'une démarche plus intime (le formidable « Half-Tongue ») et qui n'a jamais été aussi proche du blues dans l'esprit (« Workhorse »). Un idiome auquel vient se greffer une culture psychédélique le temps de morceaux au long cours (cf. les dix minutes magistrales d' « Harvest Feast ») qui voient l'auditeur passer par toutes les couleurs suivant le fil d'une démarche volontiers expérimentale (« Diamond », "HTJC"). Un grand disque !

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dimanche 30 décembre 2018

The Buttertones : « Midnight in a moonless dream »



C'est l'histoire d'un petit grain de sable, un invité surprise, un instrument que l'on a assez peu l'habitude d'entendre dans le contexte d'un groupe de rock n'roll, bref, c'est l'histoire d'un saxophone. Certes, des Stooges à Morphine, le rock n'est pas totalement étranger aux souffleurs. Mais en l'espèce, le saxophone propulse à lui seul le groupe dans une autre dimension conférant à l'affaire un charme suranné instantané. Car l'influence de la Californie des années 1950, comme issue d'un décor de film noir, plane sur cet album. Entre fulgurances, rock n'roll, twang surf, punk, un je ne sais quoi évoquant étonnamment la new/cold wave des années 1980 et un feeling barré issu du blues (voire du jazz dans une certaine mesure) l'univers du groupe est plein de surprises, particulièrement riche mais toujours d'une remarquable cohérence. A écouter à fond la caisse dans un roadster dévalant à toute blinde une avenue californienne bordée de palmiers géants longeant l'océan. Ça fait du bien. 

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vendredi 28 décembre 2018

Frenzy Frenzy



La nostalgie est devenue, au fil du temps, une valeur motrice de la scène rock actuelle. En ce qui les concerne, les membres de Frenzy Frenzy ont décidés d'abattre la carte vintage selon leurs propres critères personnels et avec originalité (sans bassiste par exemple). Ici point d'influences garages ou psychés mais plutôt une approche pop et dansante perceptible dans les arrangements de synthés discrets (cf. « Keep it up ») et dans le beat disco de Frédéric, le batteur. Le groupe évolue ainsi, sur le fil, jamais avare de gros son et de guitares rock et saturées (cf. « Diggin Up ») mais avec mesure, sans jamais tomber dans la violence ou la décharge de décibels excessive. Au contraire, le groupe met toute sa fougue au service d'un répertoire pop frais (en dépit des influences assumées et identifiables des années 70 et 80) et accrocheur (« Into it all », « Try and catch you »), qui va comme un gant de velours au chant aussi mélodique que charmant du chanteur Ludovic. Et le tout avec une patte vintage et quelque peu surannée de bon aloi. Charmante découverte. 

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mercredi 26 décembre 2018

Liquid Bear : « Unwind »



Rester traditionnel tout en faisant preuve de modernité telle est la gageure réussie par ce premier EP impressionnant de maturité. En surface, tous les ingrédients sont réunis, orgue, batterie, basse et guitare. Sommes-nous partis pour une énième resucée psychédélique recyclant les influences des années 60 et 70 ? D'évidence non tant l'intention de la bande des quatre est moderne. Passant lesdites influences par le shaker de l'époque, le groupe fait preuve d'une créativité débridée : la musique explose dans tous les coins, les guitares rageuses font la spirale, alors que la section rythmique part dans de brusques et indomptables accélérations, les aiguilles des potards à fond dans le rouge (« Jug O'Jack »). Arrivé à ce point, l'auditeur se dit que la pochette, à mi-chemin entre la vague et la tornade, représentant un déchaînement d'éléments naturels (le visuel peut également être regardé la tête en bas) est particulièrement évocateur en l'espèce, tant l'auditeur est tourneboulé par l'expérience d'écoute. A l'inverse de nombreux groupes, Liquid Bear assume sans fard l'influence progressive de sa musique, jouant sur la longueur (le climax étant atteint sur le dernier titre « Harry & Bart ») et c'est là où réside le piège. Multipliant les fausses trappes et autres détours surprenants, les compositions labyrinthiques trimballent l'auditeur par tous les états possibles et imaginables. La voix reste impassible alors que, derrière, les éléments se déchaînent, quelque part entre King Crimson (pour la saturation des guitares aventureuses et bruitistes) et Birth of Joy (pour la production  et la dynamique contemporaine). On en ressort mi-groggy mi-KO. Vous voilà prévenus, ces quatre là sont dangereux ! 

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mardi 25 décembre 2018

Miles Oliver : « Color Me »



Comme son nom ne l'indique pas, Miles Oliver est parisien et, avant de franchir le Rubicon en solo, sa carrière a connu maintes incarnations. Une somme que l'on retrouve dans ce nouvel album. Car si le disque débute avec les arpèges acoustiques délicat du morceau titre, rapidement, l'album envahit de nouveaux champs dominés par la saturation shoegaze (« Saturdaze », « Cheat Happens ») ou la pop atmosphérique (« Synth Marie »). Ainsi ce nouvel effort est plus la somme de différentes incarnations de la même ambiance, ou d'un état d'esprit identique, que l'affaire d'un genre clairement identifié. Le tout tient pourtant la route, l'énergie, la tension sous-jacente, voire la noirceur de l'ensemble restant la même que la guitare soit branchée ou non. Les conditions d'enregistrement, lo fi, électrique ou acoustique, et la voix y sont évidemment pour beaucoup. Ainsi le disque correspond plus à la captation d'un moment de calme, (« Spaceship », « I wander why ») ou de colère (« Nothing to hide ») quand les décibels montent dans le rouge ("Black Fence"), à l'instar d'un polaroid d'autrefois. Un disque qu'il convient d'apprécier sur le moment et qui exige une forme d'abandon de soi de la part de l'auditeur. Voilà une œuvre par laquelle il faut accepter de se laisser bercer, le seul moyen d’accéder à ses rivages où réside une beauté insoupçonnée, cachée dans les interstices laissés libres par ses déflagrations autant éclectiques qu'électriques (« Synth Marie », "Lay lady lay"). 

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