mardi 26 janvier 2021

Kimon Kirk : « Altitude »



De Kimon Kirk, on ne savait pratiquement rien jusqu'ici. Nous avons eu vent, via le communiqué de presse, de collaborations avec Aimee Mann ou Angus et Julia Stone, mais guère plus. Et pourtant, le disque à peine posé sur la platine et c'est une foule de sentiments, rares et précieux, qui s'emparent de l'auditeur. Une sentiment d'éternité tout d'abord porté par l'évidence mélodique de l'album (« Evergreen », « Trampoline », « Baby Who Knows ») qui évoque sans pour autant tomber dans le plagiat ou la redite. Appelons-cela l'universalité de la musique ou son intemporalité. L'album sort aujourd'hui comme il aurait pu sortir dans les années 1970 tant il est imperméable aux modes et gageons qu'il résistera au temps. Une autre grande qualité de l'album réside dans son pouvoir d'évocation. Il ne faut pas plus de trente secondes d'écoute pour se figurer un couché de soleil californien et ses avenues bordées de palmiers géants tant l'album développe un univers entre americana et pop/rock, doux et délicat, sous la haute influence de la FM des années 1970 (« Failed Myopic »). Un genre facile d’accès auquel le timbre unique, un peu éraillé et légèrement de gorge du chanteur apporte un cachet, un vécu unique souligné par quelques poussées de fièvre rock'n'roll (« The Girl I Used to Know ») qui apportent la pointe de piment bienvenue. Dans un effet de balancier inverse, « I Think of You » ou « Halfway Right », justifient à elles seules le titre de l'album, « Altitude », tant les chansons planent au-delà des contingences terrestres. La totalité de l'album agit comme au baume réconfortant, procurant un refuge à la folie de l'époque et cela fait du bien, pandémie ou non. 

Sortie le 19/02/2021

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dimanche 24 janvier 2021

Grant Haua : « Awa Blues »

 


Sous d'autres latitudes, celles de sa Nouvelle-Zélande natale, Grant Haua a, déjà, un parcours solide tant en solo qu'avec son groupe Swamp Thing (7 albums). A notre tour de profiter du talent incroyable de cet artiste grâce à l'entregent du, précieux, label Dixiefrog. Et l'occasion de constater, une fois de plus, que, sorti du modèle esthétique étasunien, le blues a beaucoup à offrir. Car il ne fait aucun doute à l'écoute de cet album que nous avons affaire à un véritable bluesman, grain de voix rocailleux et vécu suintant des cordes vocales à l'appui (« Tough Love Mama » ; « Addiction »). Mais Grant n'est pas américain et cela s’entend, notamment dans les couplets chantés en langue vernaculaire (« This is the place »). L'autre aspect déterminant du blues de Grant est son aspect entraînant, voire dansant, à la lisière du funk et de la soul (cf. l'instrumental « Can't let go » sous l'influence de Booker T and The MGs »). Electrique, acoustique à l'occasion, Grant offre une passerelle entre les différentes musiques afro-américaines qu'il a su s'approprier pour en livrer une vision personnelle, un véritable univers, incarné par sa voix cabossée (« My Baby ») et son jeu de guitare percutant.

Sortie le 19/02

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samedi 23 janvier 2021

Captain Rico & The Ghost Band : « The Forgotten Memory of the Beaches »

 



Rêvons un peu : une immense étendue de sable, le regard posé sur l'océan à perte de vue, le visage balayé par le vent et le fracas de vagues en guise de bande-son… L'heure est pour nous de suivre le capitaine Rico dans de nouvelles aventures ! Le groupe est originaire du Sud-Ouest, la région de France métropolitaine la plus réputée pour la qualité de ses vagues, berceau du surf dans l’hexagone. Pas étonnant dès lors qu'au moment de brancher les guitares, Rico et ses acolytes aient eu envie de reproduire en musique le déferlement des rouleaux (le principe même de la surf music), Dick Dale et Link Wray, les pionniers du genre, érigés en modèles esthétiques. Le souffle de l'océan fût le plus fort,  le groupe vient de Toulouse, soit l'intérieur des terres. Il va sans dire que l'album, entièrement instrumental, exhale un fort parfum des sixties californiennes. Normal c'est le but du jeu. Mais coller au modèle d'origine n'exonère pas les musiciens d'afficher leur personnalité à l'instar de ces bruitages ornant l'intro du titre, éponyme, ouvrant l'album faisant sonner le tout comme la bande originale d'un film de science fiction des années 1950 (la remarque vaut également pour l'excellent « Giant Turtle ») ou des intonations garage au ras du bitume de « V8 Interceptor ». Au-delà de la virtuosité guitaristique affichée par le Capitaine, et qui en l’occurrence sert véritablement le propos, on note également le groove ravageur de la section rythmique (la bien nommée « Epic Wave »). Enlevé et entraînant, l'album affiche une telle fraîcheur que les étiquettes rétro ou vintage importent peu et se décollent d'elle-même. Voilà un album que l'on n'est pas prêt d'oublier en dépit de l'affirmation contenue dans son titre ! Hang ten ! 

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vendredi 22 janvier 2021

François Premiers : « Renaissance Man »

 


Réunion de musiciens du Havre, passés par les Backsliders ou les Roadrunners, ayant la particularité de porter le même prénom (on vous laisse deviner lequel), le groupe François Premiers continue son parcours sur vinyle et au rythme de 45 révolutions par minute. Et le format leur va à ravir ! Parce qu'avec François, le rock c'est pas compliqué, on met les potards à fond, on crie dans le micro, boum boum la batterie et ça fait un disque ! Et même plus que ça : un disque canon ! Frais et enlevé, François Premiers c'est de la power pop, du garage rock avec une pédale wha-wha qui traîne, et ça ne fait jamais de mal, ça dépote, déboîte et emballe l'auditeur dans le même mouvement ! Tant que ces types feront des disques, tout n'ira pas si mal que cela en ce bas monde !

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mercredi 20 janvier 2021

Electric Jaguar Baby

 


Au pays de la fuzz sévit ce nouveau duo et en avant vers de nouvelles aventures électriques ! Electric Jaguar Baby s'inscrit dans un registre bien connu, celui du rock garage qu'ils sont bien décidés à prendre d'assaut. Et à peine la galette posée sur la platine, les enfers se déchaînent sur les enceintes. Le groupe se fait une spécialité de ces morceaux entêtants et répétitifs où la guitare tourne et retourne les esprits, tels que « Witch I love », un soupçon occulte ne fait jamais de mal, ou « Geddit », mettant à profit un nouveau de saturation électrique savamment dosé (la formidable « End of doom »). Une sorte de grand huit mal intentionné où le duo entraîne l'auditeur suivant la pulsation électrisante de la batterie, truffé de bizarreries en espagnol et autres délires sonores (« Storm » adoptant une scansion rap assez inédite dans ce genre ultra codifié). On l'a vu le genre est fertile et nous a valu quelques déceptions ces derniers temps. La recette est connue mais lorsqu'elle est maîtrisée avec autant d'entregent et d'engagement, le niveau d'énergie déployé transcende les enceintes, c'est toujours un grand plaisir d'écoute à la clef. Et comme à l'époque des années 1990 et des ghost tracks de ces bons vieux cds, on vous conseille de rester bien attentifs jusqu'au bout, il se pourrait bien qu'une surprise se niche, en plage 66 bien sûr, ça ne s'invente pas !

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mardi 19 janvier 2021

Tamar Aphek : « All bets are off »

 


Telle une tempête tropicale qui s'apprête à prendre d'assaut vos platines, Tamar Aphek déboule, guitare en mains. La jeune Israélienne l'affirme elle-même : « All bets are off » ; les jeux sont faits, rien ne va plus ! Ainsi, l'album démarre sur les chapeaux de roues, avec deux titres ravageurs « Crossbow » et « Russian Winter ». Un chaos de guitares organisé au-dessus duquel plane la voix angélique de la chanteuse, le tout caractérisé par une approche rythmique proche de l'hystérie. Irrésistible et ravageur on vous aura prévenu mais finalement assez peu représentatif du travail de la musicienne. En effet, le reste de l'album se révèle beaucoup plus calme mais toujours aussi aventureux suivant une ligne imaginaire qui partirait du free jazz (« Show me your pretty side » ; « Too much information » ; "Nothing can surprise me") pour s'échouer sur des rivages psychédéliques et planants (« All I Know » ; « Drive »). Mais quelque soit le contexte et au-delà de la guitare, qu'elle maîtrise avec virtuosité, c'est avec le chant et son grain de voix ouaté que Tamar séduit. Une magnifique découverte !

Sortie le 29 janvier.

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lundi 18 janvier 2021

Barton Hartshorn : « Not what I expected to hope for... »

 




Si l'on en croit le titre, Barton est pour le moins perplexe quand à la marche du monde. Qu'il se rassure, nous aussi ! Néanmoins, dans tout ce bazar ambiant, il y a au moins une chose certaine à laquelle se raccrocher : son nouvel album ! En effet, si le premier effort de l'artiste, qui nous avait mine de rien mis une petite claque, vous a plu, il est probable qu'il en sera de même avec celui-ci. Alors, certes, l'effet de surprise et de nouveauté s'est estompé. Les influences étasunienne également au profit d'un son plus « anglais » ; peut-être moins marqué par les années 1970 on note également une légère évolution vers la décennie suivante, celle des années 1980 (cf. « Like the sea »). Une approche un peu différente donc, mais, la démarche reste identique. Celle d'un songwriter, composant de manière organique et acoustique, pour qui le récit, le storytelling comme on dit de nos jours, est cardinal. Ainsi, l'album s'écoute comme on lit un recueil de nouvelles, avec toutes sortes de personnages et son lot de situations cocasses ou baroques (« Message back to you » ; « If you were coming you'd be here by now ») mis en musiques. Le tout est produit avec grand soin dans une veine entre pop, rock et folk : chaleur acoustiques, guitares rutilantes (« Did I let you down ? » ; l'excellente « Rumours ») et claviers à la fois discrets mais significatifs. Une production nickel donc, mettant parfaitement en valeur le timbre légèrement éraillé de Barton, véritable crooner en puissance. Classique mais solide, et un excellent moment passé en compagnie de cet album. 

Sortie le 22 janvier.

vendredi 15 janvier 2021

Bingo Club : « Separated »

 


Séparés, quel titre pertinent pour décrire l'époque. « Séparé » c'est le titre du premier EP de Bingo Club, formation faisant son miel de la nostalgie. Et de nostalgie il est beaucoup question dans ce disque inaugural qui possède le don, rare, de placer l'auditeur dans une bulle cotonneuse et douce-amère. Tempo lent, notes de piano mélancolique, voix éthérées et nappes synthétiques doucereuses ; le disque évoque une certaine idée des années 1980, plus un feeling général qu'un revivalisme assumé. On se prend alors à rêvasser au temps jadis, bercés par cette douce mélopée. Quand la mémoire s'efface pour ne garder que les bons moments, il ne restera alors plus grand-chose de 2020 si ce n'est cet EP. Avec un disque pareil, doux, mélancolique et voyageur, plus trop de raisons de sortir après 18h de toute façon…

https://www.facebook.com/theoriginalbingoclub/






mercredi 13 janvier 2021

Mathias « El Mati » Berchadsky : « Manifesta »

 


Si l'on considère que le rêve, l'évasion et l'imaginaire n'ont jamais été aussi « essentiels » (bien entendu, le mot est utilisé à dessein) qu'aujourd'hui, alors nous avons trouvé là l'album idéal. Car, au travers des différentes influences auxquelles le musicien s'abreuve, du flamenco au jazz ; de la musique juive aux sonorités carnatiques (Inde du sud), c'est un même souffle qui se fait entendre : celui du voyage vers les destinations chaudes. Un authentique périple, en vérité ! De l'écho fantomatique des cordes de guitares arpégées avec virtuosité (« La Escapada » ; « Acetileno ») à la douce pulsation des percussions en passant par le chant envoûtant (cf. « Raices ») et ce même si on avoue bien volontiers ne comprendre un traître mot, le grand départ est de mise ! Voici un album que l'on écoute comme l'on part à l'aventure arpenter les sentes poussiéreuses, le visage caressé par le vent chaud, l'océan en ligne de mire. Allez, fermez les yeux et rêvez maintenant !

https://elmati.com/




mardi 12 janvier 2021

Tristesse Club : « Où tout a commencé »

 



Avec un nom pareil, « Bonjour Tristesse » serait-on tenté de penser en paraphrasant Françoise Sagan… Mais le premier abord est, en l'espèce, trompeur. Bienvenue au club ! Précisément, là où tout a commencé. Suivant la mélopée de ses inspirations synthétiques, le duo accouche d'un étrange objet, évoquant vaguement l'écho lointain d'un night-club des années 1980. Plantons le décor. A l'image de celui figurant sur la pochette, on s'imagine une fin d'été, une forme de désenchantement de fin de vacances alors que sonne la rentrée. Une forme de spleen (cf. le chant féminin) finalement plus mélancolique que véritablement triste, que le duo exorcise sous la forme de titres pop étrangement catchy aux résonances planantes. On y trouve même une forme de réconfort et ça fait du bien !

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lundi 11 janvier 2021

Frédéric Michallet : « First Love Never Die. Dustroy, 15 ans de rock'n'roll ! »

 


Lorsqu'il s'est lancé dans la rédaction de son autobiographie, Frédéric Michallet n'avait certainement pas dans l'idée de faire de la grande littérature. Non, le bassiste de Dustroy, s'est lancé dans l'écriture comme en musique, en passionné, motivé par la volonté de bien faire sachant pertinemment, que, comme il l'avoue lui-même, « d'autres l'ont fait mieux que nous, c'est certain ! ». Ce qui n’empêche nullement le livre d'être absolument passionnant de bout en bout. La particularité du récit réside dans son momentum. Les membres de Dustroy, groupe apparu sur la scène grenobloise au mitan des années 2000, ont la quarantaine. Un âge critique où les rêves de gloire adolescents se sont envolés au profit d'un vie adulte, entre boulot et enfants, où le rock'n'roll revêt une importance particulière : un instant d'oubli, une soupape de décompression où l'on joue avant tout pour le plaisir de s'amuser, pour s'évader de la routine du quotidien. Puis, arrive le plafond de verre sur lequel on se fracasse tous. Les aléas de la vie et ses coups durs, séparations, licenciements, disparitions précoces ajoutent une épaisseur supplémentaire, le rock'n'roll devient alors une bouée de sauvetage. Tout cela Frédéric nous le conte par le menu. Lui-même victime d'un accident cardiaque fin 2019 a frôlé la catastrophe. Probablement l'incident qui a motivé la rédaction du livre, l'arrêt des concerts dû aux différents confinements et autres couvre-feux dégageant le temps nécessaire pour passer à l'acte. Un récit de vie d'une telle sincérité est forcément émouvant. Un petit mot enfin pour souligner la beauté du cliché ornant la couverture duquel se dégage toute la fureur de l'expérience « live ». Cela nous manque tout ça…

Frédéric Michallet, First Love Never Die, Les éditions du joyeux pendu, 200 pages, 16 euros.

http://leseditionsdujoyeuxpendu.com/

https://lesditionsdujoyeuxpendu.bigcartel.com/

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lundi 4 janvier 2021

Xavier Belin : « Pitakpi »

 


C'est par une pulsation rythmique, aussi légère que swinguante, que le pianiste d'origine martiniquaise nous souhaite la bienvenue dans son album. En constituant son quartet (vibraphone, piano, basse, batterie) Xavier Belin a placé la rythmique au coeur de son travail. Virevoltante, légère ou appuyée, la pulsation est le centre de la musique. C'est elle qui guide la cavalcade des doigts de Xavier sur le clavier qu'il s'agisse de rendre hommage à son île natale, la Martinique (« Fanm Matinik Dou ») ou de reprendre Thelonious Monk (« Evidence »), tâches dont le groupe s'acquitte avec brio et inventivité. Mais au-delà, c'est le mariage des sonorités percussives conjuguées du piano, du vibraphone et de la batterie qui marque les imaginaires et stimule l'esprit. La musique devient alors cette forme libre qui voyage (le soleil des Caraïbes n'est jamais bien loin) le long de compositions fleuves (entre 5 et 9 minutes) explorant tous les possibles. A telle enseigne que l'on finit par se demander si ledit album a été composé durant des improvisations au long cours ? Plus qu'un voyage, une véritable expédition musicale. Le soleil brille toujours à l'écoute d'un tel disque.

Sortie le 16 janvier 2021.

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dimanche 3 janvier 2021

Ben L'Oncle Soul : « A coup de rêves » (2014)




A l'époque de sa sortie (2014) ce deuxième album de Ben L'Oncle Soul n'a, hélas, pas trouvé son public. Pour notre part, peu convaincu par un premier effort fade et un peu trop commercial à notre goût, ce disque était passé au-delà de notre radar. Mais les différents confinements sont passés par là et tout ce temps passé à la maison nous a au-moins donné l'opportunité de fouiller les recoins, ressortir les disques, trouver les pépites oubliées et, en l’occurrence, réévaluer à sa juste valeur cet album méritant. Une chronique du temps jadis... 

En intitulant son album « A coup de rêves », Ben avait certainement une petite idée derrière la tête. Enregistrer aux Etats-Unis, avec des musiciens spécialistes de la soul, afin d'ancrer sa musique un peu plus profondément dans l'idiome et, au final, justifier son nom de scène L'Oncle Soul. Les tentatives pour approcher les Dap-Kings (l'orchestre maison du label Daptone et le groupe de la grande Sharon Jones) n'ayant pas abouties, Ben a trouvé bien plus que des remplaçants chez les Monophonics de l'organiste Kelly Finnigan. De véritables frères d'armes qui ne se sont pas contentés de jouer les spadassins assermentés mais se sont investis dans l'écriture et l'arrangement de l'album. Il en ressort un disque au cachet inégalable, ancré dans la grande tradition soul et gospel, (« Lord we know »), langoureux (« Carry me » ; « Walk the line ») mais aussi punchy (« A coup de rêves »), et d'une qualité équivalante à n'importe quelle production étasunienne. Ben apporte sa touche française grâce à une poignée de titres chantés dans la langue de Molière, ne faisant pas du tout injure au reste de l'album. Du début à la fin, Ben se montre à la hauteur de ses compagnons de jeu, trouvant des nuances dans sa voix, et faisant enfin ressentir la fameuse âme (soul) de sa musique (« Hallelujah !!! », « Quelques Mots... »). Malheureusement, le grand public boudera cet album, faute de pouvoir y trouver l'équivalent de « Soulman » son fameux premier tube. Un échec commercial qui marquera le début d'une remise en question pour l'artiste. En 2020, Ben a abandonné son encombrant « Oncle Soul », remisé le nœud papillon et le chapeau, continué sa carrière son son seul prénom de Ben et a sorti son dernier album en date : « Addicted to you ». 






vendredi 1 janvier 2021

Grandma's Ashes : « The Fates »

 




Des les premières notes qui ouvrent le disque nous sommes comme enveloppés par la puissance sonore du power-trio 100 % féminin. Le subtil alliage entre la rythmique métronomique et les riffs bourdonnants de la guitare en sourdine crée une sorte de spirale hypnotique et infernale. Si le groupe s'inscrit ainsi dans le sillage de la mouvance stoner (ce genre de métal hypnotique teinté de blues et de hard rock 70s) c'est pour mieux s'en détacher par ailleurs, proposant, au cœur d'un même morceau, des envolées psychédéliques, voire progressives, contrebalançant la lourdeur caractéristique du genre. Un exercice de style, pas avare en lyrisme (cf. le chant) et en expérimentations diverses, qui a le don de surprendre à chaque chanson, dans un mouvement de renouvellement perpétuel. Porté par une qualité d'écriture qui fait paraître le tout parfaitement naturel, on trouve ici de quoi nourrir une certaine impatience quant à découvrir le groupe sur scène (si seulement!) et, plus certainement, sur format long. En attendant, l'année ne pouvait pas mieux commencer en compagnie de cet excellent EP. 

Sortie le 15 janvier.

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mercredi 30 décembre 2020

The Smashing Pumpkins : « Cyr »

 


Très franchement, qui attendait encore quelque chose des Smashing Pumpkins ? Puis, Billy Corgan a resserré les rangs, retrouvé James Iha et le batteur Jimmy Chamberlain (confirmant par la même que l'homme a bien du mal à faire du rock sans son batteur fétiche) et gardé l'excellent Jeff Schroeder, formant ainsi un line-up 100 % masculin pour la première fois de son histoire. Et est sorti, en 2018, une sorte de petit miracle sous la forme de l'album « Shiny and oh so bright », leur disque le plus simple et accessible, en un mot le plus rock, depuis, au moins « Gish » (1991). Trop simple probablement pour Billy Corgan, qui n'a jamais été avare de compositions épiques et autres arrangements complexes quitte à délaisser son instrument fétiche : la guitare. Et c'est ce qu'il se passe ici. Rangé l'ampli, place aux synthés ! Si les fans de « Bullet with butterfly wings » en seront pour leurs frais, la chose n'est pourtant pas une nouveauté pour le Chicagoan qui n'a jamais caché son admiration pour Depeche Mode et les Cure. Ces deux monuments du rock anglais des années 1980 auxquels on pense beaucoup ici. Album copieux, 20 titres (presque le deuxième double album de leur carrière), « Cyr » réussit une prouesse : faire entrer harmonieusement l'élément électronique dans l'univers des Smashing Pumpkins. Le songwriting et le chant caractéristique nous placent en terrain connu. L'orchestration beaucoup moins. Les batteries et boîtes à rythmes donnent la pulsation, la guitare est relégué à un simple rôle rythmique et le tout est mixé avec génie au milieu de nappes synthétiques. Beaucoup plus harmonieux que « The Future Embrace » (la première tentative solo du leader sortie en 2005), cet album s'envisage comme la suite du trop sous-estimé « Adore » (1998). Et se révèle presque aussi réussi, qui en attendait autant en 2020 ?





mardi 29 décembre 2020

Ysé : « Eldorado » (2014)

 


Les différents confinements ont au moins eu le mérite de nous replonger dans la pile de disques pas encore écoutés, parfois depuis fort longtemps. Ainsi, pendant tout ce temps passé à la maison, nous avons remis la main sur cet EP sorti en 2014, voici une chronique du temps jadis… 

Avec sa voix grave et tabagique, Ysé incarne à la perfection une certaine idée du rock chanté en français où le texte compte beaucoup. La chanteuse brosse ses chansons comme d'autres écrivent de nouvelles ou filment des histoires. Un univers cinématographique (« Jérémie ») accompagné par un rock puissant toute guitares dehors, qui caresse (« Héros-limite ») autant qu'il griffe (« Labyrinthe »). Ses mots convoquent des images puissantes et singulières, et trouvent en la voix magnétique de la chanteuse le médium idéal. Avec cet EP Ysé impose une voix singulière, qui nous scotche, sur la scène française.






lundi 28 décembre 2020

Samarabalouf : « NoNo Future »

 


Comme l'indique son patronyme, il y a effectivement quelque chose d'un peu fou dans la musique de Samarabalouf, le bal fou (bal ouf) de la Somme (Samara). La composition du trio (guitare, violon et contrebasse ou violoncelle) nous met sur la piste du jazz manouche. Et effectivement le trio porte ce swing manouche en son cœur. Mais, ici et là, les guitares haussent le ton, montent brusquement dans les tours et la saturation (« No future »), offrant à la musique un angle plus dur, sur lequel buttent les musiciens, quelque chose d'assez inédit dans le contexte d'un trio jazz. S'il est déraisonnable de parler de punk (cf. « Tango Pogo »), la notion de rock n'est jamais bien loin et plane au-dessus du trio, surtout en termes de dynamique et d'attaque. La boucle est bouclée pour un groupe qui maîtrise par ailleurs à la perfection son lexique swing tzigane/manouche avec tout ce que cela suppose de vélocité (« Aimez toujours ») ou de mélancolie délicate (« Saudade »). Les quelques tentatives chantées rapprochent par ailleurs le groupe de la chanson française, intime et émouvante (« Ma Vie ») ou teintée de second degré primesautier (« La Cuisine »). Se jouant des émotions de l'auditeur, la formation se dévoile ainsi suivant des atours festifs ou introspectifs mais toujours décalés.



jeudi 24 décembre 2020

G. Lolli : « In Movimento as above so below »

 


Le plus italien des musiciens français continue son exploration de la « Library Music », la musique de répertoire servant à l'illustration à l'image. Le résultat est ainsi fortement ancré dans une tradition cinématographique, comme la bande son d'un film imaginaire restant à tourner, ou les émotions affluent. De l'effroi et du suspense à la tendresse, mais, quoi qu'il en soit, du grand spectacle d'un bout à l'autre du disque ! Le titre de cet album, que l'on pourrait traduire par « En mouvement », résume à lui seul le parcours de G. Lolli qui délaisse un peu les influences des années 1970, qui restent toutefois au cœur de son projet, pour intégrer subtilement quelques sonorités synthétiques de la décennie suivante. Un bonheur d'écoute, propre à faire travailler l'imagination, pour mieux imaginer les images qui colleraient le mieux à ces sons rêveurs. Enfin la finition vinyle bleue marbrée est sublime, comme souvent avec La Face Cachée.

https://fr-fr.facebook.com/drgeoband

https://drgeo.bandcamp.com/




Adrien Legrand : « Impression EP »





Fort de ses expériences passées, au sein de Gandi Lake ou Veik, Adrien Legrand sort son premier EP en solo. La chose s'appelle « Impression » et celle que nous procure ce disque est plutôt bonne, voire excellente. Le son de basse, rond et imposant, occupe l'espace et inscrit ce premier effort dans une lignée de haute tenue qui partirait des bandes-originales de films des années 1970 (Francis Lai ou François de Roubaix) aux productions plus récentes des labels Tricatel ou Born Bad. Une certaine idée de la pop française, ouverte aux expérimentations électroniques douces, mais fidèle à un idéal pop anglo-saxon, et à un certain sens du swing aussi, adapté à la culture francophone et chantée dans la langue de Molière. Franchement réussi ! 

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samedi 19 décembre 2020

Théo Charaf

 


Un voix et une guitare, à l'instar d'un vieil album de Bob Dylan (qu'il reprends d'ailleurs ici), c'est tout ce que l'on entendra de Théo Charaf sur ce premier effort. Point trop n'en faut c'est largement suffisant. Comme un artisan qui a passé des heures à travailler, à peaufiner sa technique, Théo apparaît confondant de maturité, pour un jeune impétrant. La voix tout d'abord, chaude, de gorge et profonde, elle balaye un spectre d'émotions assez large et possède cette patine rare, ce petit grain qui transpire le vécu et élève la musique à un niveau supérieur, appelons cela le supplément d'âme. Et ensuite, vint la guitare. Presque entièrement acoustique l'album offre un large choix, les cordes, qu'elles soient arpégées, ou brossées voire glissées, font vibrer et résonner la corde sensible en chacun de nous. Mais c'est lorsque les deux travaillent à l'unisson que l'album transperce les plafonds de l'émotion. On a ainsi, maintes fois, l'occasion d'assister à un moment rare, celui de la naissance d'un artiste. Entre folk et blues, à l'écart des canons actuels et des modes, voici un disque exigeant qui réclame écoute, patience et attention de la part de l'auditeur. Mais cela en vaut la peine, tant l'imaginaire qui est développé ici transporte l'auditeur vers un ailleurs, sublimé, figuré par les rails de la magnifique pochette signée Jean-Luc Navette. Nouvellement venu sur la scène blues le label Wita (des excellents Automatic City) signe des débuts en fanfare !

Sortie le 22 janvier 2021

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vendredi 18 décembre 2020

Kim : « Rocks »

 


S'il n'en reste qu'un, ça sera lui ! Inénarrable Kim, combattant de toutes les batailles du rock, « un solder of creation » comme il le chante lui-même, de retour avec un nouvel effort au titre sobre. « Rocks », puisque c'est ainsi que la chose se nomme, c'est à la fois simple, direct et rentre dedans. Exactement comme le contenu de la cassette audio, oui, vous avez bien lu, puisque ce nouvel album sort à l'ancienne, en cassette ! Une collection de titres garage rock incisifs, donc. Et arrivé à ce niveau là, les guitares ne sont plus seulement saturées, mais triturées, comme si le musicien cherchait à en extraire la substantifique moelle pour la recracher en titres de trois minutes chrono au chant étranglé (« No Soul »). Parfois accompagné de Blondine, Kim se casse ainsi les cordes vocales avec majesté, et un peu de rage aussi, un titre après l'autre, bien accompagné dans le mouvement par une batterie dynamitée. Mais aussi incisif soit-il, Kim est aussi un mélodiste pop de bon aloi qui prend un malin plaisir à vitrioler ses chansons, en bon amateur de chemins détournés, qu'il est resté (« Muriel » ; « Lily Catastrophe » ; « Soldiers of Creation »). Un nouvel album en forme de petit bonheur sur bande et aussi une définition du rock garage en soi, tant ce disque donne l'impression d'avoir été enregistré dans un sous-sol entre deux poutres en béton armé. C'est finalement assez émouvant de s'imaginer ainsi partager l'intimité de la création par écoute interposées.

https://superapeslabel.bandcamp.com/album/rocks

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Ich Bin : « Obéis ! »

 


Voici un projet pour le moins mystérieux, voire ambigu. Du collectif Ich Bin, on ne connaît pratiquement rien si ce n'est qu'ils sont très probablement Alsaciens. Concernant l'album, on n'en sait guère plus. Sorti une première fois en CD-R en 2001 puis en vinyle en 2006 avant de disparaître dans les limbes, il est probable que la chose ait été enregistrée dans le courant des années 1990, sans certitude aucune, avant de renaître cette année sous la forme de ce vinyle, sorti après le premier confinement, grâce aux bons soins du précieux disquaire de La Face Cachée. Un mystère bien épais donc qui convient bien à l'attentat musical que représente l'écoute de cette galette sulfureuse. Les voix comme désincarnées alignent, à tour de rôle, les punchlines, absurdes et nihilistes, clamées sur une collection de beats, comme autant de battements martiaux, électroniques, aux confins du punk et de l'électro indus. Mais qui a bien pu s'emparer du micro avec autant de rage ? La question n'a pas fini de nous tarauder. D'autant que l'album, et son titre en forme d'injonction, trouve un écho particulier à notre époque où, de « bamboche » en « grands parents qu'il faut laisser dans la cuisine », la parole publique, autoritaire et décomplexée, s'est développée de manière préoccupante. Visionnaire ?





vendredi 11 décembre 2020

Mcbaise : « Raviolo »

 


Avec un nom pareil, on pouvait craindre le pire… Mais, c'est une heureuse surprise finalement que ce premier court EP, trois titres, du Niçois. Entre guitare et synthés analogiques, il se dégage quelque chose de foncièrement cool, au groove détendu, de ce disque pop, coloré et ensoleillé, œuvre d'un digne héritier français de Mac DeMarco. Belle découverte !

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mercredi 9 décembre 2020

KURT137! : « Les Terres Brûlées »

 


Groupe mythique de la fin des années 1980, KURT137 !, est toujours debout après bien des tribulations, ruptures, reformations et autres changements de nom. En revanche, une chose ne change pas, la rage qui anime le groupe est toujours intacte. En ce sens, ce nouvel EP porte bien son titre. « Les Terres Brûlées » pourrait bien être, en effet, le leitmotiv du quatuor, prêt à semer la désolation partout sur son passage à grands coups de riffs de guitares saturées, de chant guttural, étranglé et sur le fil, suivant le martellement de la batterie, double pédale de grosse caisse à l'appui. Cette bande de petits blagueurs a pourtant tenté de nous faire croire, le temps d'un « Respire » (enfin plus exactement, le temps de l'intro), qu'ils étaient assagis mais, non, tremblez dans les chaumières, le punk n'est pas mort !

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mardi 8 décembre 2020

Barton Hartshorn : "Listen for a change"

 


Coup de cœur de cette page depuis la sortie de son album "I died of boredom and came back as me" en 2018, Duncan Roberts (aka Barton Hartshorn, du nom de sa ville natale), Anglais francophile et résident français de longue date, revient avec un nouveau clip en prélude de la sortie de son troisième album, prévu pour le 22 janvier 2021. Un clip aux effluves 80s, Scrabble, radio analogique et dictaphone mini cassettes à l'appui.

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lundi 7 décembre 2020

Kubix : « Guitar Chant »

 


Musicien dans l'âme, loin d'être cloisonné dans son style de prédilection, le reggae, pour lequel il est connu et respecté, le guitariste a décidé de sortir de sa zone de confort pour ce premier album, entièrement instrumental, en solo. Ainsi, Kubix adopte des lignes plutôt jazzy à la guitare qui épousent les ondulations, langoureuses et coulées, de la section rythmique, qui reste quant à elle dans la plus pure tradition du reggae roots. Le résultat est d'une très haute tenue musicale, entre jazz et reggae, un mélange ma foi pas si ordinaire, œuvre de musiciens impliqués et virtuoses. Un véritable bonheur d'écoute tant la musique charrie son lot d'images imaginaires, sexy et colorées de tons chauds. Le soleil, les palmiers et la plage, on ressent presque les vagues nous caresser les oreilles, les pieds dans le sable. Mais ce n'est pas tout, le guitariste se permettant quelques détours hispanisants (« Sad & Salt ») et des envolées quasiment progressives, « Paris New York » ; « Altitude », ce dernier titre clôturant ce superbe album sur une note aérienne, nous signifiant que le voyage musical se termine et qu'il est, hélas, temps d’atterrir.

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dimanche 6 décembre 2020

Benoît Blue Boy et Les Tortilleurs : « Résolument Bleu »

 


Vieux routier de la scène blues hexagonale, Benoît Blue Boy est de retour avec un 17ème album habité par sa bonhommie habituelle. Et c'est un bonheur toujours renouvelé de retrouver Benoît, son grain de voix traînant égrainant des vérités vieilles comme le monde (« Jamais Parfait », « Ça déplaît », « Toute ma vie ») mais qu'il fait bon réentendre comme une piqûre de rappel salutaire. Et oui la route n'est jamais rectiligne mais c'est comme ça et il faut faire avec. Et justement Benoît fait avec et jusqu'à présent le fait plutôt bien. Comme sur ce nouvel effort capté dans les conditions du live avec une sacré bande de tortilleurs du son chevronnés : Stan Noubard Pacha et Nico Duportal aux guitares, Alex Bertein (basse) et Pascal Mucci (batterie). Il faut savoir gré à la bande d'avoir su capter l'air ambiant, les mots sont simples mais touchent une émotion toujours juste alors que le groupe met le feeling en exergue. Pas d'effets superfétatoires, pas de démonstration de virtuosité vaine, mais un album qui coule de source et emporte l'auditeur dans son sillage coulé et détendu. Même sa façon de clamer « ferme ta gueule j'te dis de conduire » (cf. « Si tu d'mandes ») est sans haine, ni colère mais l'expression d'une certaine lassitude car, de toute façon, il n'y a « Rien d'autre à faire » si ce n'est de continuer à écouter Benoît, ses chansons, et son appel aux petits bonheurs simples du quotidien. Comme un bon disque de blues, résolument bleu, qui vient égailler la journée.

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vendredi 4 décembre 2020

Animal Triste

 


Un nom pareil ne permet guère d'erreur sur la marchandise. Cette formation, formé d'anciens de La Maison Tellier, a le don d'enrober l'auditeur dans un voile sombre dès les premières notes et possède le génie unique d'extirper un jus dark partout et surtout là où ne l'attends pas (cf. la reprise méconnaissable du « Dancing in the dark » de Bruce Springsteen). Aussi brumeux qu'un petit matin dans la plaine de leur Normandie natale donc, l'album fait aussi trembler les potentiomètres, les aiguilles dans le rouge, traversé de nombreux éclairs électriques de guitares tranchantes, aussi arides que le visuel de la pochette, entre deux couplets aux ambiances glaciales (« Sky is something new » ; « Amor bay »). Un art de la tension détente qui fait tout le charme de cet effort inaugural, autant électronique qu'électrique, entre synthés analogiques froids et guitares incandescentes (« Vapoline »).

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mercredi 2 décembre 2020

Broken Waltz : « A Mysterious Land of Happiness »

 


Adeptes des chemins de traverse, les anciens membres de Buck se réinventent sous une nouvelle identité. Devenue trio, la formation n'en a néanmoins gardé le goût de l'instrumentation baroque : basse, batterie et saxophone, parfois rehaussé de chœurs et de claviers, l'absence de guitare étant en l'espèce un leitmotiv, totalement assumé et revendiqué (cf. « Fuck the Guitar Player »!). Et c'est ainsi, bizarrement attifés, que Broken Waltz s'attaque aux chemins escarpés du blues et de la cold wave ; le trait d'union, autant improbable qu'imaginaire, entre Tom Waits et Morphine d'une part et Nick Cave, Suicide et Joy Division de l'autre. Noir (« Parade »), hypnotique (« Paris, Feb 16. 1939 », d'après une lettre de Frida Kahlo) et baroque à l'occasion (« Long Live the Bride »), le trio fait bien mieux que ressusciter ses illustres aînés, inventant une nouvelle voie, sinueuse à souhait, prenant l'auditeur par l'oreille pour le guider le long de ces compositions où le danger et l'inconnu rôde à chaque minute. Le blues, car c'est bien de cela qu'il s'agît dans le fond, revêt de nouveaux atours, funèbres, en suivant le fil de ces lignes de basses poisseuses et sombres. Difficile de ne pas y être insensible. Et en plus la pochette est sublime !

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mardi 1 décembre 2020

Yes Basketball : « Goodbye Basketball »

 


C'est en pratiquant son sport préféré que le destin de Pierre Marolleau a basculé. Une vilaine blessure au cours d'un match et un adieu à son sport fétiche qui donne aujourd'hui son nom à ce premier album : « Goodbye Basketball ». Si aujourd'hui le dribble lui est interdit, Pierre n'en a néanmoins gardé le sens du rebond, à l'image de sa musique, un peu folle avouons-le, qui rebondit dans tout les coins, d'un style à l'autre, du hip-hop cheap aux assauts métalliques (« To dream and forget »), de la pop lo-fi (« Hairdressing ») à l'électro dark (« Your eyes talk ») faite maison avec les moyens du bord. Un titre résume la chose « Anger feat happiness » qui, dans une cavalcade démente, coche toutes les cases citées plus avant et ce en moins de trois minutes. Il n'en reste pas moins qu'avec peu de moyens, de la bricole et pas mal d'entregent artistique, Pierre réussit à proposer un univers unique en son genre dégageant une véritable transe hypnotique (incroyables « Gotta click on it » et "To get old with her"). Mais la chose reste encore trop brouillonne pour attirer une adhésion pleine et entière. Une simple question de maturation pour arriver à cette cohérence sur la durée qui fait un peu défaut ici afin de briller autrement que par intermittence. Une première néanmoins attachante dotée d'une magnifique pochette, au visuel rond comme un ballon de basket, réalisée aux crayons par Yoann Buffeteau et aussi bigarrée que son contenu.

https://yesbasketball.bandcamp.com/album/goodbye-basketball




lundi 30 novembre 2020

The Gelateens : « Funky Punk DanSe Machine »

 


Oui, The Gelateens sont un groupe de rock'n'roll et leur premier EP a tout ce qu'il faut au rayon guitares. Oui, The Gelateens ont une chanteuse canon, Sofy Perez, à la voix forte et expressive, venue du jazz, il n'y a pas de secret ! Oui, The Gelateens connaissent le groove et sont bien pourvus en la matière grâce à un batteur à la force de frappe à la fois puissante et véloce. Rien qu'avec ça, vous faîtes la soirée, et bien plus encore, tranquille. Mais le trio cherche à sortir des chemins battus. Ainsi, confinés au studio Marcadet avec l'aide de Bryan Pachaud (mixage et mastering) le groupe va patiemment polir sa musique passant du diamant brut de décoffrage à un résultat aussi scintillant qu'un boule à facettes. C'est eux qui l'affirment : « I want to see you dance, MF » ! Et c'est bien parti pour à vrai dire, grâce à une collection de claviers vintage en cascade et quelques rafales électro grooves bien senties qui se marient à merveille avec les assauts punk de la guitare. Résultat, une collection de grooves imparables, disco et punk, rappelant les premiers BellRays et Noisettes, à l'énergie aussi speedée que le bolide figurant sur la pochette. Au rayon des improbables ces nouveaux impétrants ont tout bon pour décrocher la timbale !




samedi 28 novembre 2020

Crawford : « Cindycore Propaganda »

 


En appelant leur premier album « Cindycore » le groupe Crawford ne fait guère de mystère sur sa source d'inspiration principale, les années 1990, dont un célèbre mannequin fût l'égérie de la décennie. En outre, le quatuor attaque les années 1990 par son angle le plus revêche accouchant d'un disque somme de 23 titres, schizophrénique, un véritable double album condensé en un seul CD. On commence par la « Cara Cindycore » une succession de titres entre fusion et néo-métal, collection des guitares abrasives, de tempo lourds, métalliques surmontés d'un flow hip hop arrachant les cordes vocales. Assez costaud donc mais pas dénué d'émotion (« Le sens de la folie ») Vient ensuite la « Cara hip-hop » qui commence, comme par hasard, par un titre intitulé « 90s ». On change là totalement d'univers pour plonger dans un disque de rap reprenant parfois certains titres de la première partie dans une relecture totalement différente. Assez étonnant, le concept déroute et il aurait peut-être été avisé de sortir deux disques distincts. Si vous n'aimiez pas le néo-métal et le rap à l'époque, ou si vos goûts ont changé depuis, il y a peu de chance que vous trouviez votre compte dans ce disque. Un album de niche donc, pas franchement original, mais dont on ne peu nier la sincérité ni l'efficacité « vénère » (comme on disait à l'époque), rondement mené, idéal pour faire des bonds dans sa chambre en attendant le vrai déconfinement tout en rêvassant au temps jadis tant il plane une effluve nostalgique sur l'ensemble de ces titres.

https://www.crawfordofficial.com/

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