dimanche 14 juillet 2019

Louder Than Death : « Stop und fick dich ! »



Le chanteur de ce nouveau groupe, « plus lourd que la mort », est bien connu de cette page puisqu'il est nul autre que King Khan, une sorte de James Brown déjanté habillé de plumes comme le regretté Dr John, qu'on a l'occasion d'entendre ici dans un nouveau contexte, plus punk. Un cocktail garage/punk qui sied particulièrement bien à sa voix éraillée, toujours sur le fil, les cordes vocales sur le point de céder aux assauts des guitares abrasives. Les autres membres du groupe, issus de Magnetix, des Shrines (le groupe habituel de King Khan) et des légendaires Spits, s'y entendent donc en matière de boucan mais atteignent ici une sorte de point aussi sensible qu'inédit, délaissant le rhythm'n'blues et la soul, marottes habituelles de King Khan, pour des influences cold wave, début des années 1980, comme le laisse entendre les lignes de basse (on pense en particulier à celle d'« Erased World », "Strange Way"). Le tout, joué dans la foulée d'une section rythmique au sprint, certains titres dépassent à peine la minute, constitue un cocktail explosif de guitares déjantées et de chant éclaté. Grand moment de déglingue scénique en perspective. 
En concert à Paris le 20 juillet (Petit Bain) 

mercredi 10 juillet 2019

Eurockéennes de Belfort, 4, 5, 6 et 7 juillet 2019.


LES RÉVÉLATIONS : 

The Hu (jeudi 4 juillet, Loggia) : Alors ça, on ne l'aurait jamais crû, même avec l'imagination la plus débridée ! The Hu, groupe parfaitement inconnu, débarque de sa Mongolie natale équipé d'instruments baroques (mais tellement beaux) jouant une musique qui l'est tout autant, manière de folk mâtiné de métal symbolisant la rencontre de deux mondes ! Hyper percussif (un tambour traditionnel double la batterie) et usant d'instruments traditionnels (dont une sorte de vielle jouée à l'archet) The Hu trouve la juste dose d'agressivité pour rendre accro sans assommer le spectateur. Mortel ! 

Jambinaï et la Superfolia Armada (vendredi 5 juillet, Loggia) : Avant de plonger la tête la première dans le post-rock et le métal atmosphérique, Ilwoo Lee, leader du groupe coréen, a étudié en profondeur la musique folklorique de son pays natal. Il en résulte un groupe fonctionnant à différents niveaux de confrontations. Entre, en premier lieu, la mélancolie mélodique de l'haegeum (une sorte de violoncelle miniature) et la force percussive du geomungo (une cithare jouée avec des baguettes). Entre, ensuite, les instruments traditionnels et un trio métal classique (guitare, basse et batterie). Et pour finir, la rencontre des musiciens français (Olivier Mellano, guitare, Erwann Keravec, cornemuse, Yann Gourdon, vielle à roue). Une magnifique création exclusive du festival alternant entre climats apaisés et/ou dark, franchement prenants, et de fulgurants éclats de guitare électrique. Superbe ! 

88Kasyo Junrei (dimanche 7 juillet, Loggia) : Depuis fort longtemps le Japon est réputé pour ses formations hybrides et débridées. Nouvel exemple nous est donné avec ce prolifique trio au mélange baroque allant du hard-rock au psychédélisme en passant par la case punk. Emphatique, exubérant, speedé, enthousiaste, sans conteste le concert le plus fou du week-end. 

Fontaines D.C. (jeudi 4 juillet, Loggia) : Les Irlandais affolent les compteurs depuis quelques mois, l'occasion nous est ainsi donnée de juger sur pièce, on n'a pas été déçus ! Avec un air je m'en foutiste de ne pas y toucher, le guitariste à lunettes tire limite la tronche, le groupe balance ses hymnes punk avec conviction. Excellent ! 

Idles (vendredi 5 juillet, Greenroom) : Précédés d'une réputation flatteuse à laquelle ils ont fait honneur, les Anglais ont donné une performance incroyable et débridée, électrique où la violence atteint un stade quasi expérimental. Le nuage de poussière soulevé par le public pogotant donne un air apocalyptique fort à propos à l'ensemble. 

MNNQNS (vendredi 5 juillet, La Plage) : Proximité avec la côte aidant, les Normands sont probablement le plus britannique des groupes français. Climat cold wave classieux et fureur punk, le cocktail parfait ! 

Julia Jacklin (dimanche 7 juillet, Loggia) : La petite scène nichée entre les arbres s'est finalement révélé la plus consistante du week-end ! Une nouvelle preuve avec cette jeune Australienne. Si le concert commence de façon trop calme et répétitive, avec le premier titre, un bon coup de sang de l'excellent batteur réveille tout le monde. On est vite gagné par le charme de ses compositions folk/alt-country jouées sur un ton indie pop. Très chouette. 

Bigger (jeudi 4 juillet, La Plage) : Quasiment local de l'étape, le quatuor avait la lourde tâche d'ouvrir les débats. Mission réussie haut la main grâce à des compositions où la pop ultra mélodique du groupe est viciée avec génie par l'interprétation survoltée du guitariste Damien Félix (également moitié du duo Catfish) et du batteur Antoine. Enfin, un chanteur anglophone, Kevin l'irlandais, est un plus incontestable lorsque l'on prétend chanter dans la langue de Shakespeare sans sombrer dans le ridicule. Excellent set ! 

Hubert Lenoir (samedi 6 juillet, La Plage) : Cela commence tranquillement sur un air de jazz avant que les choses ne s’accélèrent brutalement sous les assauts de la guitare. Jouant de l’ambiguïté sexuelle, ses airs glam rock androgynes, ne sont pas sans rappeler le Bowie première période 70s (cf. le saxophone) ou Lou Reed. Efficace mais un peu trop surjoué, pas encore tout à fait mature, le Québecois (passé par l'émission La Voix, version locale de The Voice) constitue néanmoins une belle promesse pour l'avenir. 

LES VALEURS SÛRES : 

Stray Cats (dimanche 7 juillet, Grande Scène) : Eux, au moins, assurent le job avec classe, efficacité et sans prétention aucune ! Les « punks à chats » revisitent leur grands classiques avec swing suivant la guitare inspirée de Brian Setzer et le swing incomparable du batteur Slim Jim Phantom (toujours debout derrière son kit) et de la contrebasse (un instrument rare dans le cadre du festival) de Lee Rocker. Remerciements éternels ne serait-ce que pour avoir fait résonner un peu de ce bon vieux Eddie Cochran sur le site du Malsaucy. Chapeaux bas, Messieurs ! 

Rival Sons (vendredi 5 juillet, La Plage) : La vue magnifique sur le lac du Malsaucy et les Vosges à l'arrière plan baignant dans la lumière orangée du soleil couchant ne saurait occulter la constance du groupe californien usant à merveille des codes du hard-rock 70s. Et même si tout cela flirte d'un peu trop près avec Led Zeppelin, les qualités d'écriture et d'interprétation nous ont fait passer un excellent moment sur la plage salué par une belle ovation amplement méritée. Et quelle voix, quelle guitare ! Magique ! 

Slash feat. Myles Kennedy and The Conspirators (jeudi 4 juillet, Grande Scène) : On ne rigole pas mais l'ex-Guns, que l'on croyait à la retraite, retiré des affaires, possède d'excellents restes ! Riffs efficaces, virtuosité contrôlée évitant les excès et bien secondé par un excellent groupe, le tout suffit à notre bonheur du jour. Un peu longuet et lassant sur la fin quand-même. 

Suprême NTM (jeudi 4 juillet, Grande Scène) : On avoue, forts contrits, qu'on les avait un peu oublié et leurs disques prenaient gentiment la poussière mais la prestation du soir nous a fait une sacrée piqûre de rappel ! Galvanisé par la scène, le duo n'a rien perdu de son acuité, après deux décennies de silence discographique, une punchline après l'autre, tour à tour touchant ou percutant. Mais faut-il s'en réjouir tant la chose paraît dans le fond totalement déprimante ? Un concert survolté sublimé par une scénographie spectaculaire et les scratches incisifs. Détail amusant, une brigade de la Police assiste en toute discrétion à une bonne moitié du set, s'éclipsant juste avant la bien nommée « Police » ! Un show dantesque devant une foule immense ! Y'a du monde sur la corde à linge ! 

Frank Carter (samedi 6 juillet, Greenroom) : Showman exceptionnel, suffisamment roublard pour se mettre le public (nombreux) dans la poche, il fût le seul (du moins à notre connaissance) à remercier le service de sécurité, le personnel des différents bars œuvrant sur le site ; tout comme à inviter la gente féminine à venir crowd surfer en toute sécurité. Grand bonhomme et punk-rock de facture classique mais ô combien efficace. 

ON A ÉTÉ UN PEU DÉÇUS : 

Interpol (jeudi 4 juillet, Greenroom) : Aïe, aïe, aïe, mais que se passe-t-il ? Entre problème de sons et répertoire qui commence à tirer la langue (« Say hello to the angels » massacrée sur un tempo beaucoup trop punk) la magie d'antan semble bien loin. On s'ennuie tellement que l'on part avant la fin. Le groupe nous rattrape par l'oreille le temps d'un « Stella », c'est déjà ça... 

Weezer (samedi 6 juillet, Grande Scène) : Le constat est rude mais nos idoles d'adolescent ont sérieusement pris du plomb dans l'aile, entre albums misérables (« Pacific Daydream », le récent « Black Album » que l'on n'a toujours pas réussi à écouter en entier) et prestation gâchée par de nombreux problèmes sonores. Il est certes toujours sympa de réécouter les tubes de l'époque bleue (« My name is Jonas », « Undone », « Say it ain't so »), verte (« Hash Pipe », la bien nommée « Island in the sun ») voire rouge (« Pork and Beans ») mais, navré, même pour la déconne au 36ème degré, on n'adhère absolument pas à l'inanité des reprises 80s (« Africa » de Toto, « Take on me » d'a-ha). On s'attendait à mieux et il s'agît là d'un doux euphémisme. 

Smashing Pumpkins (Grande Scène, dimanche 7 juillet) : Le retour de Jimmy Chamberlin derrière la batterie fait certes du bien mais le répertoire du groupe a bien mal vieilli et semble atrocement ampoulé de nos jours. La formation à trois guitares (James Iha reprenant sa place aux côtés du valeureux Jeff Schroeder) passe plutôt bien, c'est une agréable surprise on s'attendait à pire. Bon, allez, ça n'était pas si mal que ça. 

LE COUP DE CŒUR DU WEEK-END : 

The Psychotic Monks (samedi 6 juillet, Loggia) : Totalement possédé par le son, au point de faire peur à la sécurité, le quatuor nous a embarqué dans une odyssée en forme d'ascenseur émotionnel où les guitares se font tour à tour addictives, hypnotiques ou expérimentales. Un voyage au cœur des émotions entre dark et psyché où la poussière soulevée par la foule en train de sauter a donné un air apocalyptique du plus bel effet. Quel concert ! Une prestation remarquable saluée par un tonnerre d'applaudissement et des mercis spontanés lancés par le public alors que le groupe remontait sur scène ranger ses instruments. Le coup de cœur du week-end, sans hésitation !

dimanche 30 juin 2019

Frédéric Lo + Bill Pritchard, Le Café de la danse, 27 juin 2019.


« Barefoot Bill is coming to town », une antienne sonnant comme le titre d'un western, mais qui décrit bien la condition d'un Bill Pritchard ayant perdu ses « boots » dans les loges et qui se présente pieds nus accompagné de son guitariste Mike. Une petite demi-heure en duo de guitares durant laquelle le Britannique égrène les titres de ses albums, récents ("Midland Lullabies") comme anciens, une configuration légère qui met en valeur le côté intemporel de ses chansons, leur immédiateté pop et leur nostalgie aussi, une fois débarrassées de leurs encombrants oripeaux. Une originalité, Bill au piano, une première depuis « 16 saisons ». Musicien trop rare par nos contrées, dont il parle couramment la langue, on profite de cet instant privilégié dans une salle intime, à taille humaine. 

Mais un fantôme plane au-dessus de la scène ce soir, Daniel Darc, descendu de son nuage pour nous faire un coucou depuis l'au-delà, « un ami commun » dixit Bill, qui après avoir enregistré un disque en duo avec lui (« Parce que ») à la fin des années 1980, a connu la renaissance artistique auprès de Frédéric Lo qui a produit le disque du come-back (« Crève cœur ») au début des années 2000. Il est, quelque part, beau de voir les deux artistes collaborer ensemble le temps d'un album (« un truc fou » d'après Frédéric) qui sortira dans le courant de l'année, formant une sorte de trilogie prolongeant les deux albums cités précédemment. 

Pour l'heure, nous redécouvrons Frédéric Lo, producteur côté mais chanteur méconnu, dont le troisième album et le premier depuis des lustres, « Hallelujah » est sorti ce printemps. D'emblée on est frappés par sa voix, ses intonations, son parlé/chanté quelque part entre Daho et Daniel Darc. Ce soir Frédéric est accompagné d'un groupe de musiciens prodigieux, un merveilleux batteur, Christophe Deschamps, aux descentes redoutables dont l'association avec la basse au bourdonnement énorme fait des étincelles, un guitariste à la classe rock rock’n’roll, clavier et violoncelle pour la note classique et la mélancolie contagieuse. Ainsi accompagné la musique fait des allers retour entre pop et chanson, un soupçon de cold wave également, le tout constitue un univers des plus séduisants surlignés par plusieurs duos de prestige (Alex Beaupain, Florent Marchet et Alain Chamfort en invités). Quelques sommets d'émotions atteints lors des différentes reprises de Daniel Darc effectuées par les deux principaux protagonistes (« La pluie qui tombe », « Pauvre Petite » etc.) qui ont présenté en exclusivité, et en guise de rappel, trois chansons de l'album à venir. On en ignore encore le titre à l'heure actuelle, mais le morceau final est extraordinaire dans sa version live, on attends la suite avec impatience !

Magma, Philharmonie, 26 juin 2019.


Sur la scène de la Philharmonie de Paris, plus habituée aux concerts classiques, Magma, qui fête son demie-siècle cette année, a trouvé l'écrin idéalement taillé à sa démesure. Le groupe mené par le batteur Christian Vander, c'est un peu l'objet musical non identifié qui survole le paysage rock français depuis 50 ans. Magma, c'est avant tout un batteur virtuose, nourri au jazz et qui a préféré garder la liberté formelle du genre plutôt que de le respecter à la lettre. Mais c'est aussi une écriture empruntant aux compositeurs classiques et aussi, parfois, une puissance sonore propre à attirer un public métal (comme on a pu le constater lors du deuxième set). Autant de facettes mises à jour une par à une, le long de la performance du soir, trois heures trente de spectacles découpé en deux entractes. Ainsi la formation élargie à mis les grands moyens, huit chanteurs/chanteuses, un véritable cœur d'opéra se répondant l'un à l'autre, des cuivres et deux pianistes virtuoses rappelant l'ancrage classique du zeuhl, le nom qu'ils ont donné à leur musique. C'est donc à une performance au long cours, aussi ambitieuse qu'une odyssée musicale à laquelle le public est convié. Une foule totalement hypnotisée par l'emphase dégagée sur scène et qui se réveille, comme on sort d'un doux songe, par des applaudissements fervents et une clameur méritée, une véritable ovation saluant la fin de chaque set. Ce n'est pas seulement trois heures et demie de concert que l'on fête mais les cinquante ans d'un mythe !

lundi 24 juin 2019

Trio Corrente : « Tem que ser azul »



Composé du pianiste Fabio Torres, du bassiste Paulo Paulelli et du batteur Edu Ribeiro, le Trio Corrente est parti enregistrer ce nouvel album en Italie. L'occasion était belle pour les Brésiliens de questionner ainsi la notion de latinité sur ce nouvel effort en forme de lien tissé entre le passé, une source d'inspiration primale, et aujourd'hui. Se concentrant sur ses forces acoustiques et électriques, son sens du swing ; sans cliché aucun ni renfort superfétatoire, le trio célèbre le jazz brésilien en suivant son inspiration et, force est de le constater, une virtuosité superlative ne prenant jamais le pas sur l'émotion. Osant au passage quelques surprenant détours, flirtant avec le free-jazz, se gardant toutefois de franchir la rédhibitoire ligne jaune. L'auditeur est ainsi convié à un véritable voyage, déroulant un tapis de notes, comme autant de petits grains de sables le long de cette plage bordant notre baie musicale imaginaire. Un album lumineux et estival, qui s'il ne réinvente pas la roue l’interprète avec un souci constant d'émotion, conférant à cet album un réel plaisir d'écoute, et au-delà, un régal pour les sens. 

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dimanche 23 juin 2019

Magma : Zëss



Alors que le groupe fête son cinquantième anniversaire cette année (une date de prestige est prévue à la Philharmonie de Paris le 26 juin prochain) sort cette année le nouvel effort du groupe aux origines fort lointaines. Entamée dans les années 1970, la composition « Zëss » n'avait jamais été achevée à ce jour. Ce disque revêt donc une grande importance dans la carrière du groupe. La composition, culte, au long cours (38 minutes environ) constitue donc ce nouvel album, découpé en plusieurs plages dans sa version CD, même si l'album ne contient qu'un seul titre. Il s'agît là de la quintessence de l'art fantasmagorique de Magma, un véritable choc, un fleuve tourmenté, mélangeant les langues, le français et le kobaïen (la langue propre du groupe qu'ils ont inventé) empruntant à la fois au classique, au jazz ou au rock progressif ; fidèle à son image de seul groupe au monde à jouer au Hellfest comme au festival Jazz à Vienne. Accompagné de l'Orchestre Philharmonique de Prague, la troupe de Christian Vander (qui, pour une fois, délaisse le siège du batteur) livre une œuvre de grande ampleur à la fois rêveuse et anxiogène, hypnotique et traversée de brusques envolées lyriques jusqu'à l'emballage final. Une démonstration de virtuosité baroque dont on ressort relativement chamboulés. 

En concert le 26 juin à Paris (Philharmonie)
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lundi 17 juin 2019

Thomas Hellman, Le Théâtre de l’œuvre, 11 juin 2019.


Débutée en 2015, la série « Rêves américains » (deux albums à ce jour) constitue le grand œuvre de l'artiste québecois. Projet à vocation pluri-disciplinaire, la déclinaison scénique de l’œuvre se situe très exactement à mi-chemin du concert et du théâtre. L'ambition en est très élevée, raconter, en une suite de chansons, des compositions personnelles mais aussi des titres traditionnels traduits en français, l'histoire des Etats-Unis d'Amérique de la ruée vers l'or à la crise de 1929. On est parfois assez éloignés du concert classique, Thomas Hellman lâchant parfois sa guitare et son harmonica pour se transformer en acteur, donnant ainsi lieu à d'impressionnantes mutations de sa voix. Son charisme naturel (et celui de ses deux acolytes également) transporte littéralement le spectateur. Sur la petite scène de l'ancien théâtre de l’œuvre, un lieu un peu éloigné de la circulation, le musicien a trouvé l'écrin idéal pour son spectacle, sonorisé et éclairé à la perfection, permettant une grande variété d'ambiances au fur et à mesure que le spectacle avance. Musicalement, le trio œuvre dans un genre hybride entre folk et country, parfaitement restitué par les trois musiciens, se basant sur des instruments acoustiques (contrebasse, batterie, banjo, guitare, piano, harmonica) parfois très inattendus, à l'image des percussions à base de papier journal, déchiré en rythme, tout un art. Parfaitement maîtrisé dans les moindres détail, le spectacle est une réussite. 

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lundi 10 juin 2019

Le Choc du futur, un film de Marc Collin



Paris, 1978. Une jeune musicienne semble décidée à créer autrement, fatiguée par le rock, les guitares et même les salles de concerts. Alors même qu'elle flanche lors d'une commande pour la publicité, elle bade une nouvelle boîte à rythme révolutionnaire et invente le son de l'avenir. Non sans se heurter à de nombreuses difficultés liées au patriarcat ambiant et à la nature innovante de sa démarche... 



Issu de la vague french touch des années 1990, membre des groupes Ollano (un seul album, mais quel album magnifique !) et Nouvelle Vague, Marc Collin connaît la musique. Pour son premier film, en forme de faux biopic, Collin n'a pas choisi la facilité en choisissant de recréer à l'écran les années 1970 tout en disposant d'un budget limité. Conséquence, la majorité de l'action est circonscrite à l'appartement, donnant à son métrage un air de huis-clos claustrophobie ne s'aventurant que très peu à l'extérieur. Cette réserve posée, Collin fait preuve d'une grande sensibilité qui fait merveille dans les scènes musicales (avec Corine, notamment), ainsi, la tendre complicité qui unit les deux protagonistes jouées par Alma Jodorowski et Clara Luciani à l'issue d'une répétition réussie est réellement touchante. Dans le même ordre d'idée, il s'échappe une sorte de poésie indescriptible des machines, fils, boutons et autre aiguilles de potentiomètres filmés, avec amour, par Collin. Rien que pour ces passages magnifiques le film vaut d'être vu par les mélomanes (fans d'électro ou non) même si l'intrigue traîne en longueur, au gré de très longues scènes de dialogue, et passe finalement à côté de son sujet. Un sujet ambitieux, les débuts de la musique électronique, et qui aurait nécessité des moyens d'une toute autre ampleur, inaccessibles pour un réalisateur débutant. Espérons toutefois que ce dernier n'en restera pas là, derrière la caméra s'entend, on se fait pas trop de souci en revanche pour son avenir derrière les synthés.

Sortie le 19 juin.




dimanche 9 juin 2019

Samana : « Ascension »



A l'instar de la longue (du moins selon nos critères actuels) plage de silence qui ouvre l'album, ce nouveau disque du duo s'impose à l'auditeur, à force de longueur. Une œuvre qui demande du temps. Ce temps qui semble au cœur des préoccupations du groupe, à force de l'étirer au gré de compositions alanguies et du chant féminin éthéré. Inspiré par une nature que l'on suppose verdoyante et que l'on imagine comme étant le cadre quotidien du groupe Samana prend l'auditeur par la main (ou les oreilles plutôt) le long des sentiers d'une americana sombre, à la fois rêveuse et dark. Ainsi le disque scelle la rencontre entre le picking country/folk, la guitare slide délicate, les arpèges et autres artefacts folk et des nappes électroniques comme échappées d'un rêve dream pop. Une invitation à briser la glace en quelque sorte, histoire de mieux discerner ce qui se cache en dessous. Calme et relaxant, le groupe n'a pas son pareil pour créer des climats propices à la rêverie entre apnée et apesanteur.

https://www.facebook.com/samanamusic/
https://samana.bandcamp.com/album/ascension

vendredi 7 juin 2019

Altin Gün : « Gece »



Si l'expression « mélange des cultures » à un sens, alors Altin Gün l'incarne à la perfection. Car, tout, dans ce groupe, appelle à la rencontre. Celles des hommes tout d'abord, des musiciens hollandais, pour la plupart issus du groupe de Jacco Gardner (dont le bassiste Jasper Verhulst, l'instigateur du groupe), et celle de Merve Daşdemir, une chanteuse turque, et de son compatriote chanteur Erdinç Ecevit. Ce deuxième effort du groupe est un chaudron bouillonnant où se croisent folklore traditionnel et rock psyché complètement barré, rehaussé de synthés vintage ouvrant la porte vers l'électro d'avant-garde du début des années 1980. Le tout est proprement hallucinant ! L'album est une collection de hits en puissance, tour à tour dansant, tendre ou euphorisant, incarné par un chant (féminin ou masculin) ensorcelant et un groove dévastateur, le pied au plancher, la guitare en vrille et les percussions qui démangent ! Sans jamais se départir non plus d'une certaine élégance, classe et groovy. On en ressort groggy mais surtout heureux. A peine un an après un premier album, « On », au fort goût en bouche, Altin Gün plane toujours au-dessus de la mêlée, dans sa bulle dans laquelle il fait bon se lover. 
En concert le 12/09 à La Cigale
https://fr-fr.facebook.com/altingunband/

jeudi 6 juin 2019

Johnny Montreuil : « Narvalos Forever »



D'abord, on tombe en arrêt sur la pochette, atypique, mais néanmoins superbe. Et puis le nom, Johnny Montreuil, nous interpelle. Vint ensuite le moment d'insérer le disque dans le lecteur. Et là c'est la claque attendue qui nous frappe les oreilles ! A l'instar du Renaud de la grande époque, Johnny Montreuil fait claquer la langue avec une gouaille inimitable, et redonne de la couleur, du peps, du swing (la contrebasse !) à cette banlieue souvent décrite comme grise et triste par ceux qui ne la connaisse pas. Remarquable de diversité l'album englobe toutes sortes de styles chers à nos coeurs : du rock'n'roll, du blues, du jazz manouche, un soupçon de country ; un agglomérat de genres que Johnny s'approprie avec sa culture de la banlieue, son parlé titi plus vrai que nature (« C'est des morts »!), et un usage de la langue française qui donne une remarquable cohérence à l'ensemble. « Narvalos Forever », c'est l'Amérique au bord du périphérique, un voyage en musique(s). « Narvalos Forever » c'est les routes poussiéreuses sous un soleil de plomb que l'on s'imagine alors que le métro s'approche de son terminus. Magnifique. 

https://johnnymontreuil.com/
https://fr-fr.facebook.com/johnnymontreuil/

mercredi 5 juin 2019

Crusty Combo : "Jazz'n'roll"



Une fois n'est pas coutume, commençons par une question ? Quelle est la qualité principale que doit posséder un disque pour nous faire craquer ? L'auteur de ces lignes serait tenté de répondre par la capacité à développer un imaginaire, à emporter l'auditeur au point de transformer l'écoute en voyage immobile. Voici, résumée en quelques lignes, les pensées qui nous viennent à l'écoute de nos candidats du jour, le quatuor Crusty Combo. Ce dernier œuvre dans un genre assez particulier le jazz'n'roll. Oui, le jazz'n'roll, pas un vulgaire machin jazz-rock vaguement progressif. Non, car, finalement, le rock, le Crusty Combo n'en a cure, ce qui les intéresse réellement, c'est la partie roll de la formule. La pulsation, cette sorte d'énergie primale qui anime le groupe et pimente sévèrement le ternaire typiquement jazz. La virtuosité et les jams au long cours d'un genre (« Tickles and Tingles ») rencontre l'attaque brute de l'autre (« This cactus shouldn't be here », « Testicle Dance ») : l'amalgame fonctionne à la perfection. Ainsi, l'album fonctionne en miroir : la guitare saturée est juste à point (ce qui est suffisamment rare dans le jazz pour être souligné) alors que le violon (d'inspiration manouche en l'espèce) est un instrument peu usité dans le rock fut-il n'roll. Le tout forme un ensemble cohérent sur lequel plane, ce qui ne gâche rien, un ombre vintage. On en reviens alors à cette idée de voyage immobile qui ouvrait cette chronique, les images, en noir et blanc souvent, affluent à l'écoute du disque. Notre seule réserve concerne finalement les limites vocales, cruelles sur la reprise de Bob Dylan « Don't think twice it's alright », fort heureusement la grande majorité du disque est instrumental.

https://fr-fr.facebook.com/crustycombo/


mardi 4 juin 2019

Gliz : « Cydalima »



A l'instar des filtres de différentes couleurs accompagnant le disque, et permettant de dévoiler une foule de détails de sa magnifique pochette, ce premier album de Gliz se déguste et dévoile ses saveurs, l'une après l'autre, au fil des écoutes répétées. Et pourtant la chose démarre de manière classique : « The Cave » propose un son saturé et une batterie pleine de swing ; pas mal, on a l'impression d'être en terrain connu, sauf que cela n'est pas le cas. Il faut dire que le power trio n'a rien de classique. Point de guitare ici, mais un banjo parfois branché sur des pédales d'effet et un tuba (comme chez Delgres ou presque) en lieu et place de la basse. Ainsi équipé, le trio se glisse dans un interstice peu convenu au croisement des musiques roots (blues, country, soul, rock garage) et de la pop au lyrisme de la voix et de son chant expressif. Les yeux braqués sur les rétros (l'ombre de la décennie 60 plane sur l'album) mais résolu à aller de l'avant, Gliz réinvente le rock classique en utilisant des instruments qui ne le sont pas. Une belle route s'ouvre devant nous alors que l'album défile. Le point de départ est situé à Ivrey (64 habitants) dans le Jura. 
Sortie le 14 juin.
En concert à Paris (Bateau El Alamein) le 7 juin 

vendredi 17 mai 2019

Paalma Welcomes You



Cet EP inaugural à vocation psychédélique voit la jeune formation rompre avec les codes en vigueur. Minorant la partie rock de l'équation (encore que « Las Paalmas »…) pour une approche plutôt pop mettant en valeur les synthés au détriment des guitares. En ce sens ce premier effort est plus proche dans l'esprit de Tame Impala que de la cohorte des suiveurs vintage, le disque prenant également ses distances avec le modèle 60s/70s. Ceci étant posé que nous propose l'EP en question ? Une longue dérive aérienne, voix éthérées et nappes synthétiques cotonneuses, qu'une batterie dynamique empêche de sombrer dans une douce léthargie parfois traversés d'éclairs électriques (« Las Paalmas »). Et soulignons le chant en français (« Bleu ») assez rare dans ce contexte et plutôt bienvenu, dont le texte cryptique épouse parfaitement les courbes psychés du groupe. Un vol de courte durée, 20 minutes, mais en tous points agréables (cf. les virtuoses et sinueuses « Announcement » ; "Nag Champa"). Prêts à planer ? 

https://fr-fr.facebook.com/paalmaband/

jeudi 16 mai 2019

Rebelles Rebelles #2

Après une première expérience il y a un an, j'ai de nouveau eu l'immense plaisir de retrouver Lucie à Lille pour une nouvelle émission de Rebelles Rebelles mettant en valeur les chanteuses d'ici et d'ailleurs ! Encore merci Lucie pour ton accueil, on remet ça quand tu veux !

mercredi 8 mai 2019

Eric Bibb : « Global Griot »



Entre blues et folk, à la fois prolixe et élégant, Eric Bibb a vu la lumière lors d'un voyage en Afrique de l'Ouest. Sa musique a été profondément marquée, transformée (cf. la relecture de son propre « Needed time »), par la découverte du continent, ce qui avait déjà donné un album formidable, « Brothers in Bamako » en compagnie de Habib Koité, sorti en 2012. Mais l'humanité, profonde et débordante, d'Eric l'a souvent vu s'intéresser, se soucier, du sort de l'autre, celui que l'on nomme pudiquement l'étranger, et un album récent, « Migration Blues » (2017), mettait en parallèle le sort d'un réfugié fuyant Alep à celui d'un esclave au temps des plantations. Ouvert sur le monde et délivrant un message humaniste, positif et plein d'espoir sans tomber ni dans la béatitude ni dans le misérabilisme, on ne saurait mieux décrire ce nouvel effort, copieux, un double album de vingt quatre titres qui résume parfaitement le cheminement artistique de son auteur. On retrouve ainsi toutes les qualités d'Eric, sa voix chaude et profonde, son toucher fin et délicat à la guitare acoustique, le long d'arpèges dignes d'un orfèvre. L'élégance naturelle de ses compositions est rehaussée du son des instruments africains (kora, n'goni, percussions) et il se dégage une sorte d'évidence mélodique, aussi précieuse et fragile que le cristal, de ce nouveau disque. Un nouvel album enregistré sur trois continents (Europe, Afrique ainsi que son Amérique natale) en compagnie des complices habituels (Michael Jerome Browne, le guitariste Staffan Astner, Habib Koité, son épouse Ulrika etc...) et au gré des rencontres de passage. Un voyage magnifique orné, de plus, d'une sublime pochette signée du peintre Jean-Paul Pagnon. 

https://www.ericbibb.com/
https://www.facebook.com/EricBibbMusic
https://twitter.com/ericbibb

mardi 7 mai 2019

Jessie Lee and The Alchemists



Nouveaux impétrants sur la scène blues hexagonale, la chanteuse Jessie Lee accompagné de son groupe, les biens nommés Alchemists, déboulent avec un premier album relevant d'une alchimie rare au fort goût de revenez-y. Arrêtons nous un instant, pour commencer, sur la chanteuse Jessie Lee, également guitariste émérite de son état. Son charisme naturel et sa voix sont évidemment pour beaucoup dans le charme dégagé par la formation. Il y a aurait beaucoup à dire sur son chant, son coffre profond, l'assurance et l'autorité naturelle dégagée par sa voix, posée à la perfection. Autour d'elle on retrouve un quatuor classique, guitare, basse, batterie et claviers. Les quatre musiciens, une composition après l'autre, dessinent le parfait écrin pour la voix de Jessie. Un crossroad où le blues (non dénué d'émotion cf. « I don't need to say » ; « I want you to stay ») se pare d'atours funky à la Meters (« In my cat's shoes » ; « Lord I miss you ») tout en se perdant, le long des chemins détournés, au gré d'une jam typiquement sudiste (les dix minutes de « Still in the desert ») dans la lignée des Allman Brothers et autres Black Crowes. Le classique de Robert Johnson « Come on in my kitchen » en ressort tout tourneboulé ! Le cadre est parfait pour que la virtuosité du guitariste Alexis Didier, son feeling et ses soli inspirés, puisse s'exprimer à plein, bien soutenu par une section rythmique qui déboîte sévère (Julien Audigier à la batterie, Laurent Cokelaere à la basse) et bousculé par les roucoulades soulful et groovy de l'orgue (Laurian Daire). Excellente découverte

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lundi 6 mai 2019

Straytones : « Beware, dark lord ! Here comes the bell-man »



Attention, danger ! En seulement deux véritables titres, entrecoupés d'une sorte d'interlude mi-fantomatique mi-spatial au milieu qui fait le lien de manière fluide, ce trio nous retourne littéralement. Groove infernal, mené tambour battant, sur un tempo d'enfer, guitare fuzz vissant le cerveau de l'auditeur, chant venu comme d'outre tombe pour l'aspect étrange de la chose ; nous voilà biens, plongé en plein chaos rock garage ! C'est une véritable tornade qui s'empare des enceintes ! Car, le grand mérite des Ukrainiens est de proposer un rock garage psychédélique, intemporel plus que simplement nostalgique, sans en occulter la dimension heavy et hypnotique. Un équilibre fragile mais qui lui donne une accroche irrésistible, évidente, addictive dès la première écoute. Nous voilà pris entre deux feux. Sur la durée d'un album, à ce rythme, la chose paraît épuisante et excitante à la fois… Manière de dire que l'on attends la suite… 

https://straytones.bandcamp.com/
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samedi 4 mai 2019

Robert Ellis : « Texas Piano Man »



Texas Piano Man, avouez-le, le titre sonne plutôt bien à nos oreilles. Costard blanc, chapeau de cowboy assorti, posant avec son instrument de prédilection au beau milieu d'un désert aride, le gaillard Robert Ellis attire la sympathie avant même d'avoir entendu la moindre note de musique. A l'écoute, excellent album mais assez éloigné des influences country que l'on croyait deviner à la découverte de la pochette. En l'espèce on penche plutôt pour Elton John, circa 1970, et un sens de l'humour dans les paroles que n'aurait pas renié Ben Folds, autre pianiste émérite. Plus pop que country donc, mais dont les influences baignent dans les années 1970 pour un résultat épique transpercé d'éclairs de guitare électrique fulgurants (« Nobody smokes anymore », l'excellente « Passive Agressive », « There you are ») alternant avec des passages tendres voire mélancoliques (« Father », « Let me in », « Fucking Crazy »). Un grand écart permanent mais toujours groovy (la basse est à se damner du début à la fin) et le genre d'album qui nous met de bonne humeur, remarquablement produit et soigné dans les moindres détails (la finesse de la batterie, on entend le moindre feulement de cymbales, les percussions de bon aloi, ajoutant un soupçon de groove exotique). Recommandé.




vendredi 3 mai 2019

Lisa Melissa & The Mess : « The Message »



Le Suprême l'affirmait avec force il y a 20 ans (environ) : « Pour que cela sonne funky, il faut que cela vienne de la Seine-Saint-Denis » ! Leçon retenue avec brio par le label Q-Sound Recordings, structure basée à Bobigny, mettant un point d'honneur à sortir des albums produits en analogique, un cousin éloigné de Daptone Records, juste à côté de chez nous ! La dernière découverte en date de l'aventureux label est la chanteuse Lisa Melissa. Cette dernière possède une voix comme on les aime, douce et forte à la fois, un registre large et d'une grande expressivité, taillé pour la soul music, le vécu coule de ses cordes vocales mâtiné d'un petit vernis pop. Pour accompagner la chanteuse, le quartet a taillé un sublime écrin où la soul sert de façade (sublime « Backstabbers », "Puzzle"), dévoilant peu à peu une profondeur de champ inédite où se bousculent les influences. De l'intro rappée de « Message One » à la très classieuse et jazzy « Stay Around », en passant par cette guitare saturée et garage rock qui s'incruste à la volée partout où elle peut semant un bazar inspiré dans les compositions (« Crazy », "La nuit m'appartient"), l'univers du groupe est particulièrement riche et se distingue ainsi du tout-venant vintage. Et pourtant l'album est d'une constance remarquable et cohérent d'un bout à l'autre. Moralité : jamais tu ne te perdras tant que le groove tu suivras ! 

http://www.qsoundsrecording.com/
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jeudi 2 mai 2019

La Poison



Soyons clair, en matière de musique on préférera toujours les esprits aventureux au confort des formules toutes faites. Et matière de cocktail détonnant, et nous semble-t-il assez inédit, le cas qui nous occupe aujourd'hui, le trio La Poison, se pose là. La Poison donc, un choix assez étonnant comme nom de groupe, sur lequel plane un parfum sulfureux et qui semble cacher quelque chose d'assez dangereux. Le contenu du disque est à l'avenant car, avec un impressionnant abattage, La Poison s'est mis en tête de se faire rejoindre les extrêmes. A savoir, une guitare rock'n'roll (on insiste sur le roll) en diable et des claviers froids, hérités de la cold/new wave des années 1980, le tout dominé de la tête et des épaules par la voix profonde de la chanteuse Moon. Les amateurs de guitares seront servis, les fans d'électro aussi ! Pour être tout à fait honnête, on mentirait en affirmant que l'on adhère sans réserve aucune au projet. Car en dépit de ses nombreuses réussites (notamment la tentative soul de « Mrs Dane ») qui émaillent le disque, les titres les plus marquants sont ceux où la guitare dynamite le tout de l'intérieur par le biais de quelques riffs bien balancés entre blues, rock garage sauvage, punk et rockabilly (« Smash you up », « 5.6.2016 », « Shake it », « Wanted Girl »). Cependant, nos oreilles restent imperméables à l'orientation électro/club un peu trop ostentatoire à notre goût dans les arrangements (« Open your eyes »). Une affaire de goût personnel sans doute mais peut être aussi le signe que le projet est à ce jour plus prometteur que réellement abouti, ce qui est normal attendu qu'il s'agît d'un disque inaugural. Une direction un peu plus affirmée, le sentiment de dispersion nuisant à la cohérence générale est prégnant, n’aurait pas fait de mal non plus. Une proposition musicale singulière, attachante en dépit de ses défauts, dont on suivra l'évolution avec curiosité dans les mois à venir. Car à ce point ont est sûrs d'une chose : les concerts s'annoncent explosifs… 

En concert le 6 juin à Paris (La Boule Noire)
https://www.la-poison.com/
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mercredi 1 mai 2019

Junior Rodriguez : "Starting from Nowhere"


Le multi-instrumentiste Junior Rodriguez, que l'on a notamment connu comme batteur auprès de Dick Rivers, s'est lancé dans une sacré aventure. Partir seul, sa guitare sous le bras, quelques percussions éparses et du matériel succinct d'enregistrement. Direction l'Islande pour enregistrer une chanson, seul, désespérément seul, dans les étendues désertique, la nature sauvage de l'île de l'Atlantique Nord. A mi-chemin du rock psyché/atmosphérique et de l'enregistrement de terrain, au contact direct avec la nature, la démarche n'est pas sans rappeler celle de Molécule et ses albums enregistrés sur un chalutier en pleine mer ou au Groenland. Junior Rodriguez est rentré un documentaire dans sa valise destiné à un diffusion sous la forme d'une web série, la promesse d'images magnifiques, en prélude à un nouvel album...
https://www.juniorrodriguez.com/
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mardi 30 avril 2019

Automatic City : « Triple Ripple »



La découverte de la magnifique pochette de ce troisième album frappe par la nouvelle charte graphique du groupe. Fini le design minimaliste et épuré, hérité des années 1950, place au noir et blanc mi-gothique / mi-vaudou, une ambiance gitane que n'aurait pas renié Jim Jones en personne et son Righteous Mind. A elle seule la promesse d'un sacré voyage. Mais à l'écoute, peu de choses changent et c'est finalement tant mieux tant on est persuadés que ce groupe avait, dès le début, mis le doigt sur la formule magique. Et si changement il y a, c'est pour le mieux car jusqu'ici Automatic City, en dépit de toutes les réussites qui ont émaillées leur parcours jusqu'alors, n'avait jamais réussi à mettre aussi bien en sons son blues et toutes les influences éparses qui le composent. Il y a tout d'abord cette sensation de touffeur qui enveloppe la musique, le sentiment prégnant qui transforme l'écoute de l'album en plongeon la tête la première dans une marmite vaudou bouillonnante. Et c'est parti pour le grand saut dans le temps et à travers les époques ! L'amalgame entre les guitares garages, toujours tranchantes qu'elles soient électrifiées ou non, le groove infernal des percussions exotico-orientalistes et le délire rétro-futuriste du thérémine et autres joyeusetés électroniques du même acabit n'avait jamais aussi bien fonctionné qu'ici. Le résultat est tortueux, psychédélique, hypnotique ! Un album entraînant, sexy, exotique et aventureux au-dessus duquel plane un parfum de soufre et un soupçon de danger. Vous voilà prévenus ! 

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dimanche 28 avril 2019

Booze Brothers, Black Star, 25 avril 2019.



Si l'on s'amuse à dresser une rapide typologie du rock celtique en France, le Celtic Social Club serait rock'n'roll alors que Doolin' seraient les tenants d'une tradition folk. Les Booze Brothers sont quant à eux, résolument punks comme le prouve leur concert du soir, une première dans Paris intra-muros pour eux alors qu'ils écument les scènes depuis 20 ans. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire et la prestation du soir, à cinq sans le bodhran hélas, prouve que cela valait bien le coup d'attendre. En effet il ne faut pas très longtemps pour que le public s'échauffe pour de bon transformant la fosse en zone de pogo infernale, qui n'effraie pas Rémi l'accordéoniste venu se mêler à la foule, signe d'un concert festif pour un groupe dont l'humanité n'est pas un vain mot comme le montre la chaîne humaine créé à l'initiative des musiciens invitant les spectateurs à se tenir par la main. Etonnant d'ailleurs ce contraste entre les thèmes abordés sur le disque, plutôt sombres (Booze ou Blues Brothers?), et cette invitation à lâcher prise et faire la fête, qui ressemble à une invite à danser sur les braises… On pensera ainsi souvent à Rage Against The Machine et à la scène fusion des années 1990, une influence chez ce groupe, une affaire de voix mais aussi de guitare, un sens de l'attaque contrebalancé par une maîtrise parfaite de l'idiome celte traditionnel de l'accordéon, de la flûte et du bouzouki (magnifique intro acoustique du premier titre de la setlist). Soulignons enfin pour finir le sens du métissage des Booze Brothers qui chante en quatre langues différentes, le français, l'anglais, l’occitan (la langue du sud-ouest où le groupe est basé) et même le polonais (langue maternelle de Kuba, le nouveau guitariste). La musique celtique est finalement le socle sur lequel le groupe est bâti, un genre qu'ils se chargent de faire voyager et d'emmener ailleurs. Mission réussie au-delà des espérances en l'espèce. 



samedi 27 avril 2019

Très Court International Film Festival


Le cinéma ne nécessite pas forcément d'énormes moyens. Pour preuve le Très Court International Film Festival qui a l'originalité de présenter une centaine de films de moins de quatre minutes. L'événement se tiendra du 7 au 16 juin, simultanément et partout (A Paris, les 15 et 16 juin au forum des images) et dans le monde entier (en ce qui concerne la France, 15 villes sont concernées).


mercredi 24 avril 2019

Arabella



Le nom de la formation grenobloise peut venir, au choix, de l'opéra de Richard Strauss (peu probable cependant) ou d'un titre des Artic Monkeys. L'écoute du premier EP du quatuor fait pencher la balance vers la deuxième solution, nos Grenoblois ayant été, sans doute, biberonnés au rock anglais du début du millénaire. Une formule concoctée à base de guitares tranchantes mûes par une dynamique contemporaine (« Arabella ») et des arrangements lorgnant du côté de la pop (« We've got it ») ; le tout bien mis en voix et tiré vers le haut par une batterie survoltée (« Hello »). L'écriture est fraîche et enlevée, comme sur la très chouette « Summertime Again », pile dans le timing pour être le tube de l'été. Vitaminé et énergique. 

https://www.difymusic.com/arabella
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mardi 23 avril 2019

Booze Brothers : « The Lemming Experience »


Le visuel de la pochette a beau être magnifique, il est, dans le fond, loin d'être engageant. Ces silhouettes déshumanisées tombant d'un ciel noir d'encre à la Turner seraient-elles une métaphore de la situation du monde à l'heure actuelle, ou du moins la vision de cette dernière que se fait le groupe ? Un suicide collectif ? Vu la noirceur des thèmes évoqués le long de l'album, tout le porte à le croire. A cette sinistrose ambiante, le groupe oppose un cri de rage mû par l'énergie du désespoir, perceptible dans l'attaque punk du folk celtique (cf. « She ain't the one »), renouant ainsi avec l'ambiance typique du groupe. Sur ce point précis, la formation toulousaine n'a rien à envier aux grosses cylindrées internationales type Dropkick Murphys, on aura même tendance à préférer le présent album au dernier effort des Bostoniens (« 11 short stories of pain and glory ») à l'approche punk trop linéaire. Rien de tels chez nos Frères Gnôle qui, sans être avare de guitares saturées, n'ont pas oubliés d'être ambitieux sur un strict plan musical, mêlant les guitares énormes à l'accordéon, au bodhran (une percussion typique du folk irlandais) et au bouzouki (une sorte de mandoline également typique du folk celtique). Entre autres réussites citons « Not afraid to try », un titre où l'amalgame fonctionne à la perfection : les instruments dialoguent et se répondent dans un chaos festif, un grand moment ! A l'opposé, « Thousand are sailing » prouve que le groupe est également très à l'aise dans un contexte acoustique, plus apaisé, du moins en apparence, car la colère rode, sous-jacente, rentrée et menaçante. La boucle est bouclée, les extrêmes se rejoignent. Quelques années après l'excellent album de Doolin' voici une autre excellente galette celtique made in Toulouse à se mettre sous la dent. La Ville Rose capitale du rock celtique en France, qui l'eût cru ? 

En concert le 25/04 à Paris (Black Star)
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lundi 22 avril 2019

In Volt + Jessie Lee and The Alchemists, New Morning, 17 avril 2019.


On commence par un joli coup de cœur pour la chanteuse Jessie Lee et son groupe The Alchemists qui ont ouvert avec maestria la soirée. Les deux pieds biens solidement ancrés en France mais le cœur quelque part en vadrouille quelque part au sud des Etats-Unis, la chanteuse et son groupe nous ont fait voyager en musiques dans un périmètre circonscrit entre le funk façon Meters et l'esprit jam blues/rock qui animait jadis les Allman Brothers et autre feu Black Crowes. Formation étonnante dont certaines compos originales ressemblent comme deux gouttes d'eau à un inédit des Meters alors que la seule reprise au programme, « Come on in my kitchen » de Robert Johnson, est totalement méconnaissable. Le groupe aime également prendre son temps (cf. l'esprit jam) et, alors que la fin s'approche dangereusement Jessie annonce qu'il ne reste plus que deux titres, « mais comme avec nous chaque chanson dure dix minutes il nous reste encore un peu de temps », ah ah !!! 

On a pour coutume de dire, un peu trivialement, qu'un groupe envoie le steak. In Volt, quant à eux, emmène la chose à l'étage supérieur et déménage la boucherie au grand complet ! Dès les premières notes, et alors que le chanteur se présente sur scène entravé dans une camisole de force (!), le son fait rage et la guitare balance des riffs dévastateurs, bien soutenue par une section rythmique au cordeau, entre puissance et groove titanesque. Du gros son donc au programme mais pas que, puisque derrière les watts se cache un feeling blues latent. Et lorsque les amplis sont partiellement débranchés, le temps d'un intermède acoustique, tout le talent du groupe explose aux oreilles des spectateurs faisant ressortir les qualités d'écriture puisqu'il est impossible de se cacher derrière un mur du son factice. Un groupe festif ayant le charisme et les idées pour assurer le show sans grand moyens (cf. mention spéciale aux têtes de morts géantes) développant une certaine idée du fun rock'n'roll. Enfin, le rappel, avec les membres de Jessie Lee and The Alchemists en guests, le temps d'une reprise de Bob Dylan (« Rainy Day Woman #12 & 35 ») fait ressortir une passionnante opposition de style entre le guitariste des Alchemists, marqué par le blues et le jam rock des Allman Brothers, et l'attaque plus métallique de celui d'In Volt. Ces deux là devraient monter un projet parallèle ensemble, nous serions curieux d'écouter le résultat… 

https://jessieleeandthealchemists.fr/
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Elisapie, La Boule Noire, 16 avril 2019.

D'aucuns, et ils sont nombreux, à vouloir faire rentrer la musique dans des cases seront bien à la peine avec la chanteuse Inuit… L'album nous avait charmé, la découverte sur scène a donné une nouvelle ampleur à l'artiste. L'intention de fond est rock'n'roll sans aucun doute mais pour atteindre l'objectif Elisapie aime à prendre les chemins de traverses. Déjà l'accompagnement est inhabituel, un batteur et deux guitares (sans basse). Ensuite, entre nappes synthétiques rêveuses (sur le premier titre) et éclairs autant expérimentaux que bruitistes (limites grunge par moments) de la guitare lead, le tout a donné un nouveau relief à la musique de l'artiste que l'on a pris, un temps, au début, pour une chanteuse folk. Ce qu'elle est également dans le fond comme le prouve le très délicat rappel en duo, chanté en français. Un éclectisme que l'on retrouve aussi dans le chant, subtil jonglage entre l'anglais et langue vernaculaire et, au final, un sacré, et magnifique, périple musical qui nous en a fait voir de toutes les couleurs. 

https://www.elisapie.com/
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dimanche 21 avril 2019

Teleferik + Bafang Ibabemba, Black Star, 11/04/2019.


Il arrive de temps en temps, mais cela est suffisamment rare pour être souligné, qu'une soirée à la programmation particulièrement bien pensée nous emmène littéralement ailleurs. Tel fut le cas au Black Star, lieu que l'on découvre par la même occasion, où le plateau a réuni le blues africain de Bafang Ibabemba et Teleferik

Bafang Ibabemba se présente comme un duo rock/blues, guitare et batterie, tel que l'on en connaît pléthore depuis le début du millénaire. Mais le duo affiche une véritable originalité en lorgnant plus vers l'Afrique (on pense à Tinariwen) que vers le delta du Mississippi. Un véritable choc entre l'énergie garage qui anime la chose (cf. le groove puissant du batteur déguisé en Touareg) et la guitare évoluant dans des gammes évoquant le désert. Un duo charismatique et festif. 

Changement de décor avec le groupe suivant, Teleferik, encore un duo, même si ce soir il se présente en formation complète à quatre, et direction l'Orient, le Liban, pays de cœur et terres des origines de la chanteuse Eliz. Après trois longues années d'attente Teleferik sort son deuxième album et semble heureux et impatients de partager ses nouvelles compositions sur scène. Alors que la voix majestueuse d'Eliz s'élève et emplit l'air diffusant des effluves orientales dans la petite salle. Les longs regards et les sourires échangés entre Eliz et Arno (le guitariste) en disent long, et bien plus que n'importe quel discours, sur la complicité musicale qui unit ces deux là. Teleferik évolue sur un ligne fine, comme un téléphérique imaginaire reliant un monde musical à l'autre. Le groupe carbure à la batterie d'Olivier (par ailleurs batteur de Jesus Volt) dont la force de frappe n'altère en rien le groove et qui trouve un complément parfait en la guitare d'Arno aux lignes saturées, et pleines de feeling, entre blues, garage et psyché. Derrière son air stoïque de ne pas y toucher, le clavier Sami déboîte les compositions d'un groove oriental dévastateur, entamant un dialogue avec la guitare, questions et réponses, en tous points passionnant. Et puis il y a le chant en arabe libanais (le français et l'anglais étant les autres langues utilisées) qui a lui seul incarne les valeurs d'acceptation et de tolérance défendues par la formation. Un chant doux, passionné et surtout précieux, durant cette époque troublée et donnant une image de la langue arabe autre que ce discours nihiliste semant la mort et la destruction. Un chant qu'il est urgent de faire résonner entre les murs du Bataclan. 

En concert (avec Lux) le 13/06 à la Boule Noire
https://www.teleferikband.com/
https://www.facebook.com/teleferikband
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mardi 9 avril 2019

Les Nuits Secrètes du 26 au 28 juillet 2019


La Bonne Aventure Festival les 22 et 23 juin 2019


Binic Folks Blues Festival du 26 au 28 juillet 2019


Ô joie, Ô bonheur, la programmation pour le Binic nouveau est arrivée ! Festival gratuit et date incontournable pour tout amateur de rock'n'roll le Binic Folks Blues met une fois de plus en valeur les talents en développement de la Bretagne à l'Australie, offrant de nombreuses sessions de rattrapage (la majorité des groupes jouent deux à trois fois au cours du week-end, un casse-tête de moins) et le tout quasiment les pieds dans l'eau au bord de la plage !

lundi 8 avril 2019

Musical Ecran


Nos amis Bordelais ont de la chance ! Jusqu'au 14 avril se tient dans la ville la cinquième édition du festival de documentaire musicaux. Au programme quelques premières françaises (Desolation Center, Milford Graves Full Mantis, Silvana, Peret, yo soy la rumba, From Toilets to Stages) et des nouveautés (Eric Clapton : Life in 12 Bars, Rudeboy : the Story of Trojan Records, Daniel Darc : Pieces of My Life, Where are you João Gilberto)

Bonne projection !
www.bordeauxrock.com