jeudi 22 juin 2017

Dérapage, Galerie L'oeil ouvert, 21 juin 2017.



Souvent mon entourage tombe des nues lorsque j'avoue à demi-mot que je n'aime pas spécialement la fête de la musique. Déjà, je n'ai pas besoin d'attendre le 21 juin pour aller voir des concerts ce qui, en gros, constitue mon quotidien depuis quelques années. Ensuite après bien des années, je reste traumatisé par quelques mauvaises expériences, Bernard et son accordéon par exemple avec tout le respect que je lui dois, ou cette fois où j'ai bien crû mourir écrasé par la foule Place de la République. Mais cette année, j'ai trouvé une bonne raison de me réconcilier avec le concept. Déjà Chuck Sperry et ses magnifiques sérigraphies, inspirées par le mouvement psychédélique et les années 1960 sont de retour en ville et c'est déjà une magnifique nouvelle en soi. Ensuite profitant de la proximité de dates de cette nouvelle exposition avec la fête de la musique, la galerie l’œil ouvert a saisi la balle au bond organisant un concert gratuit avec les zinzins de Dérapage.

Dérapage, le nom fleure bon la gomme brûlée sur le bitume et promet un sacré bon moment de rock n'roll puissant et caréné comme un hot rod. Et, de fait, le trio survolté tient toute ses promesses ! A mi-chemin du rock garage façon Stooges et du punk, mené de main de maître par le batteur frappant ses peaux comme un maniaque appuyant à fond sur l'accélérateur, le groupe fait sensation sur un bout de trottoir de la rue du Château d'eau, transformant ce dernier en terrain d'expérimentation quasi-sociologique et hilarante, prouvant à quel point ce style de rock n'roll primal, et que l'on adore sur cette page, n'est toujours pas entré dans les mœurs de notre beau pays (et arrivé à ce point on peut conclure que cela ne sera probablement jamais le cas).

Donc, le set venait à peine de commencer, le trio attaquant sa première chanson, qu'un intrus, d'un age certain, probablement riverain et fort contrit, en polo bleu, se présentait devant le groupe demandant que l'on baisse le son avec force gestes. S'en suivit une hallucinante palabre durant de longues minutes :

- Fred (le chanteur) : Ca va être pénible mais dans dix minutes c'est fini !
- L'homme en polo bleu (tout sourire) : C'est vrai ?
- Fred : Non !

Et l'homme de s'en aller, haussant les épaules, sur un tonitruant et définitif « Connard » ! Avec Chuck, on est morts de rire ! C'est ensuite, une Dame, une baguette sous le bras, qui passe devant le groupe, les yeux écarquillés et absolument pas rassurée, mais que se passe-t-il, qui sont ces gens, est-ce dangereux ? Par la suite, un chien a absolument pété les plombs, excité par le déluge de décibels, aboyant à tout rompre après le trio, tirant sur une laisse que son propriétaire avait toutes les peines du monde à retenir. Et pour finir le groupe a reçu les applaudissements d'éboueurs perchés sur leur camion à ordures ce qui nous a valu ce trait d'humour de la part du groupe : « Ah tiens voilà le van avec notre matos ! » Pour en revenir à Dérapage, un seul détail suffira pour vous éclairer sur le niveau (élevé) de coolitude du groupe : deux cordes de guitare cassées (sur deux instruments différents) en un peu plus d'une demi-heure ! Et ouais mon pote, c'est ça le rock n'roll !

Exposition Summer of Love by Chuck Sperry
Jusqu'au 15 juillet 2017
Galerie L’œil ouvert
1, rue Lucien Sampaix 75010 Paris
Métro République / Jacques Bonsergent
http://www.loeilouvert.com/

mardi 20 juin 2017

Le dernier vice-roi des Indes de Gurinder ChadHa.



1947. L'Angleterre s'apprête à quitter les Indes après 300 ans de présence. Connu sous le nom de « Partition », le processus donnera naissance au Pakistan, crise migratoire (14 millions de personnes déplacées) et situations ubuesques (comment diviser une encyclopédie ? Quid de l'argenterie?) à la clef. Dans ce contexte, Lord Mountbatten, accompagné de sa famille, s'installe dans le Palais Royal. Il sera le dernier vice-roi des Indes, en charge de gérer cette délicate transition historique…

La réalisatrice Gurinder ChadHa, connue pour quelques hits (« Joue la comme Beckham », « Coup de foudre à Bollywood ») est de retour avec ce projet hautement personnel, visant à renouer avec le concept de grande fresque historique. Situant la quasi-totalité de son intrigue entre les murs de la Viceroy's House et mêlant drame historique (le métrage est ponctué de nombreuses images d'archives) et destins personnels, à l'image du personnage d'Aalia tiraillée entre deux amours, la réalisatrice obtient un résultat bien différent, entrant étrangement en collusion avec l'actualité récente (cf. la crise migratoire) illustrant aussi bien les décisions prises par les dignitaires du haut et ses conséquences directes sur les employés du Palais. Manquant parfois de souffle et pas toujours très lisible, le film brille surtout par le faste de sa production (le décor magnifique du Palais, les costumes) et ses interprètes (citons entre autres Gillian Anderson, Hugh Bonneville), tous excellents.

Sortie le 5 juillet.

lundi 19 juin 2017

Monsieur Lune, Café de la danse, 17 juin 2017.



Quelques jours avant la sortie de son nouvel album, de reprises de Renaud, Monsieur Lune fête la sortie de cet effort sur la scène, intimiste, du Café de la danse. Renaud avait pour coutume de se décrire comme « le chanteur énervant ». Sur scène Monsieur Lune, s'avère être tout le contraire, drôle et sympathique, parsemant le concert de nombreuses interventions, de blagues, de souvenirs personnels (parfois très touchants) bref, en un mot, le jeune homme se révèle hautement charismatique. Le projet de M. Lune s'appuie sur un répertoire bien spécifique, les débuts, les années 70 et 80 à l'époque où le chanteur « était encore de gauche ». Les mots et la poésie de Renaud restent très touchants, nostalgique à l'occasion, et brillent de mille feux avec un accompagnement musical modernisé mêlant le rock garage, l'électro et la pop atmosphérique. Quant à Monsieur Lune il passe parfois pour un sosie vocal saisissant de son modèle offrant ainsi un point de référence au public, c'est ressemblant (la voix) et très différent à la fois. Une belle soirée pour célébrer ce projet très réussi.


samedi 17 juin 2017

Très Court International Film Festival


Comme son nom l'indique, le très court international film festival programme des films très courts, c'est à dire de moins de quatre minutes et ce depuis 18 ans ! Le festival est à vocation internationale et se tient simultanément dans 90 villes de 28 pays différents. A noter, la soirée "Trash & glam" ce soir (21h30) au Forum des Images de Châtelet-Les-Halles sera suivie d'un best of intitulé "Ames sensibles s'abstenir". Tout un programme !
http://trescourt.com/fr

vendredi 16 juin 2017

Tellma : « Swansong »



L'expression « Swansong » désigne littéralement, en anglais, le chant du cygne, soit les adieux. Certains se souviennent peut-être d'une compilation de Led Zeppelin du même nom. C'est également le nom du premier EP de Tellma, une formation bordelaise, dont on espère bien que la carrière ne se résumera pas à cet unique disque de 6 titres. Le cœur du groupe est bicéphale, d'un côté la voix de Laurent Rousset, de l'autre la guitare, acoustique le plus souvent, de Bertrand Mouty. Autour de ces deux éléments Tellma bâtit une architecture sonore élaborée où le folk rencontre la pop atmosphérique grâce à l'aide de quelques comparses en charge de la section rythmique. En acoustique ou légèrement électrifiée, la musique se révèle douce et délicate, propice à la rêverie et à la construction de paysages sonores imaginaires, comme une rencontre entre Nick Drake et Kate Bush ; la batterie injectant suffisamment d'énergie pour éviter à l'ensemble de sombrer dans la léthargie. Doux et entraînant à la fois. A noter, « The show must go on » chipée chez Queen.

mercredi 14 juin 2017

Monsieur Lune : « Un Renaud pour moi tout seul »



Le titre de ce nouvel album de Monsieur Lune s'inspire de la série de concert donné à l'Olympia en janvier 1982 par le modèle du chanteur. Il ne faut pas en effet être grand clerc pour deviner que ce nouveau disque est un hommage à Renaud. Et bien senti en l'espèce M. Lune retrouvant parfois les intonations et la gouaille de son modèle (« Deuxième génération », « Laisse béton », « Je suis une bande de jeune »), servant ainsi à merveille la poésie banlieusarde si particulière de son aîné. C'est au niveau musical que l'écart est finalement le plus grand. Exit donc l'accordéon et les artefacts habituels du répertoire original. Bien entouré (Cheveu, Johnny Montreuil) Monsieur Lune livre sa version personnelle et elle est assez différente, modernisée, alternant entre rock garage (« Laisse béton », "Les aventures de Gérard Lambert") et pop atmosphérique (« La chanson du loubard »). En ce sens l'album témoigne du véritable appropriation du répertoire par M. Lune. En ce qui concerne le choix des reprises on retrouve quelques tubes mais, surtout, on redécouvre beaucoup de titres un peu oubliés (« La teigne », « Gueule d'aminche », « Buffalo débile », « La médaille »). Un choix pertinent et original même si, à titre personnel, on regrette un peu l'absence de « Mistral gagnant » ; la puissance émotionnelle de cette dernière, toujours intacte, aurait été bien servie par cette nouvelle lecture. Un bien petit défaut au regard de la qualité du disque, un peu nostalgique, qui remporte l'adhésion.
En concert le 17 juin à Paris (Café de la danse)

mardi 13 juin 2017

Gino Sitson : « Body & Voice »



Artiste Camerounais, Gino Sitson fait de la musique sans utiliser le moindre instrument de musique : body and voice, corps et voix, tout est dans le titre. N'utilisant que sa voix, des percussions corporelles et du beatbox (technique de percussion utilisant la bouche et la langue), Sitson obtient un résultat pour le moins surprenant. De fait, faute de ressembler à quoi que ce soit de connu, la musique de Sitson en rappelle, de loin en loin, plusieurs autres. On pense en particulier à la soul music (« Bird », « Song Zin' ») voire au hip hop (« Vocassiko ») et à l'Afrique bien sûr (cf. « Look-ut », « Passing »). La majorité des chansons sont interprétées en medumba, une langue vernaculaire de l'ouest du Cameroun, le continent est ainsi évoqué sous un angle inédit et totalement novateur. Enregistré a cappella, en solo absolu, et compilant des chansons enregistrées au cours des vingt dernières années, l'album possède un charme unique et un immense mérite : celui de remettre l'être humain au centre de la partition musicale au fil de multiples acrobaties vocales. La pulsation, le groove, animant le disque est unique et rappelle le battement d'un cœur. Beau et émouvant.


lundi 12 juin 2017

Paris Combo : « Tako Tsubo »



Un nouvel album de Paris Combo, c'est un de ces petits plaisirs de l'existence toujours renouvelé et cela fait 20 ans que cela dure. Voici donc venu le nouvel effort, le sixième, du quartet. Et force est de constater que, même si la formule n'a finalement que peu bougé au fil des années, le charme opère toujours. Pas passéiste pour un sou et pourtant tenant d'une tradition séculaire de la chanson (« Notre vie comme un western »), Paris Combo évolue sur le fil, là où le jazz (manouche en particulier) rencontre la chanson surréaliste (cf. « J'ai dans la cage thoracique un couple anémique de maracas ») sous l'influence du début des années 1960 (« Profil »). Une ouverture vers des sonorités latines ou d'Europe centrale (« Anémiques Maracas ») voire d'Afrique offre autant de respirations et une diversité bienvenue ; sans pour autant nuire à la cohérence de son univers plein de charme et tout en swing, contrebasse et trompette à l'appui. Héritier voire caractéristique d'une école de la chanson française, ce qui explique certainement son succès énorme hors de nos frontières, Paris Combo sort, une fois de plus, le disque idéal à écouter lors d'une ballade dominicale en 2CV décapotable le long des bords de la Marne.
En concert à Paris (La Cigale) le 6 avril 2018.

Paris Combo - Notre Vie Comme Un Western from Aćim Vasić on Vimeo.

vendredi 9 juin 2017

No Money Kids : « Hear the silence »



Prenant le contre-pied de la tendance actuelle, le duo No Money Kids accouche d'un projet pour le moins original. Point de batterie ni de guitare abrasive sous influence garage chez ces parisiens mais une six corde élégante, une basse et des boucles électro. Ce deuxième album scelle la rencontre entre une guitare éminemment blues, débordante de feeling, et des sonorités électroniques cotonneuses et planantes pour un résultat à la fois fidèle à une tradition ternaire (« The Hangman ») voire rock n'roll (cf. le final de « Loaded Gun ») et pourtant innovante et ancrée dans le paysage actuel. On pense parfois à Black Strobe sans les influences techno et les guitares énormes. En effet, même si No Money Kids s'amuse à pousser parfois les amplis dans le rouge (« Burning game »), le geste reste classe, sans jamais se départir d'une esthétique soignée et élégante (cf. « Take me to your home »). Planant à ses heures voire nocturne à l'occasion ("Hear the silence"), voici l'album idoine pour une soirée digne d'un juke joint du 21ème siècle.

jeudi 8 juin 2017

Beauty and The Beast : « Something new »



Duo surprenant, 30 ans de différence d'age entre les deux membres du groupe, Beauty (la chanteuse Roxane Arnal) and the Beast (Michel Ghuzel) sort un premier album à la fraîcheur imparable. Situé au confluent de plusieurs influences, le blues, le jazz, la chanson française, le duo pratique une musique enlevée et chaleureuse avec une préférence certaine pour l'acoustique (contrebasse, mandoline, ukulélé, guitare…) jouée avec maestria (« Birds are singing »). Ancré dans la tradition, sans pour autant être passéiste, l'album est propulsé par une dynamique contemporaine à la production élégante et soignée dans les moindres détails. Ces onze titres, en français et en anglais, possèdent ce petit charme rétro et swing (cf. « J'me casse ») auquel il est difficile de résister.
En concert le 15 juin à Paris (le zèbre de Belleville).


Festival la bonne aventure les 24 et 25 juin 2017



Nouveau festival crée sur les bords de la Mer du Nord, à Dunkerque, La Bonne Aventure mélange l'expérience live (Molécule, Rodrigo y Gabriela, Catherine Ringer, Deluxe...) et club dans différents lieux de la ville. On note la participation des très intrigantes chorales The Mamys & The Papys (âgés de 55 à 82 ans, ils reprennent des standards du rock) et Salt & Pepper. A ces éléments classiques, l'équipe du festival ajoute un soupçon de mystère avec les "Parcours secrets" sous la forme de concerts dans des lieux atypiques à la jauge limitée et tenus secrets jusqu'à la dernière minute (même le dossier de presse reste vague à ce sujet). Dernier volet, hors musique, les "visites insolites" soit 16 visites en compagnie des acteurs culturels du territoire. Un week-end mélangeant musique, fête et culture au bord de la mer en perspective, à prix très doux, voire gratuit pour ce qui est des concerts sur la grand scène. On a hâte d'y être...

mercredi 7 juin 2017

Cotton Belly's : « Live session vol. 1 »



Excellent représentant de la scène blues hexagonale, les Cotton Belly's sortent un nouvel EP en forme de petit pas de côté dans leur carrière. Six titres, tous joués en live, sont au menu. On y retrouve de nouvelles versions d'anciennes chansons du groupe, une reprise de Stevie Wonder (« Superstition ») et une composition originale en ouverture du disque, « Broken line ». Ce nouvel EP souligne la superbe évolution musicale du groupe, qui est resté fidèle à sa ligne blues tout en la faisant évoluer vers des sonorités folk et rock n'roll. La palette bleue du groupe est ainsi élargie grâce à cette électrification subtile. Une gageure réussie par le groupe, portée par le plaisir simple de jouer ensemble, que l'on retrouve tout au long de cette galette courte mais ô combien savoureuse.
En concert le 7 juin à Paris (New Morning)


jeudi 1 juin 2017

Interview avec Lucie Baratte



A défaut de pouvoir aller voir son idole Janis Joplin en concert, Lucie Baratte s'est lancée sur les traces de la chanteuse. Une sorte de voyage initiatique dont elle a tiré « Looking for Janis » un livre passionnant sur lequel elle revient ici longuement, entre éclats de rire et émotion. A noter enfin, Lucie sera présente au Supersonic pour dédicacer son ouvrage le soir de notre concert du 9 juin prochain (l'événement Facebook est ici, le crowdfunding pour la soirée là).

Qu'est-ce que tu as ressenti quand tu as découvert Janis pour la première fois ?
Lucie Baratte : C'est spécial, c'est un bouleversement, ça m'a pris comme une énorme vague. J'étais petite, j'avais 14 ans. J'avais déjà eu des expériences avec la musique, d'avoir été emportée par une mélodie. Mais là… Ce n'était pas tant la mélodie, c'était surtout sa façon de chanter qui m'a bouleversée au niveau émotionnel mais aussi rationnel. La chanson avec laquelle j'ai découvert Janis, c'est « Coo Coo » de Big Brother & The Holding Co (1966, ndlr) qui n'est pas une chanson culte. Et puis c'était les débuts, elle cherchait encore sa voix et puis c'était le premier album du groupe, elle ne chantait pas sur tous les titres. C'est un disque enregistré un peu à la va vite et ils ont eu beaucoup de mal à le produire, il y a un côté un peu imparfait. Et c'est ça qui m'a frappé. A l'époque, elle s'écartait du micro pour chanter, pour pouvoir crier plus fort. Tu entends qu'elle s'éloigne, j'ai trouvé ça dingue ! Ce truc qui partait dans tous les sens comme si elle ne pouvait pas retenir son énergie, ça déborde trop, elle ne pouvait pas gérer. Ça fait comme un tsunami. J'ai été obsédée par cette chanson, il fallait que je l'écoute en boucle, seule, dans le noir (rires)…

Que représente pour toi cette musique…
Lucie : C'est difficile comme question (elle réfléchit, silence). Il y a plusieurs choses, mon adolescence, la période entre mes 14 et 18 ans, déjà. C'était l'époque où je l'écoutais à fond, j'étais obsédée par elle, c'était mon modèle absolu. Sa musique a accompagné ma vie quotidienne. Quand je réécoute sa musique, je repense à la Lucie que j'ai été (silence). Après sa musique représente quelque chose ultra intime, de magique et de sacré. Même si plein de gens écoutent Janis Joplin, j'aurai toujours le sentiment que moi je partage un truc particulier avec elle. Je n'ai pas ça avec d'autres artistes. J'aime beaucoup Tori Amos aussi par exemple. Mais la musique de Janis m'offre une sorte d'intimité avec elle. J'ai le sentiment de la connaître personnellement, dans une sorte de dimension spirituelle, et de vivre un truc unique avec elle. Pour moi elle symbolise aussi une libération, la libération des femmes. Je viens d'un milieu très traditionnel, je suis la seule fille dans une famille de garçons… C'est comme le déclencheur sur une vie très linéaire (elle claque des doigts). Et là tu vois la vie autrement. Et ça c'est la musique, le chant de Janis. Tout devient possible. Son côté extrême, c'est le plus beau cadeau qu'elle est fait à l'humanité. Quand tu la replace dans son époque, c'est fou ce qu'elle a pu accomplir. Encore aujourd'hui ça n'est pas hyper simple. Les femmes dans le rock ça n'était pas si courant que ça… Et là Janis a poussé très loin la libération en prenant parfois des artifices plutôt masculins.

Comment est née l'idée de ce voyage ?
Lucie : C'est très personnel. C'est lié à la manière dont je me suis construite. Je me suis inspirée de Janis Joplin.

Cela peut-être dangereux (rires)…
Lucie : Cela peut-être très dangereux (rires). Mais les drogues dures et les expériences trash n'étaient pas ce qui m'intéressait. Il y avait quelque chose en elle, ce côté étrangement très vivant, alors qu'elle est décédée très jeune (27 ans, ndlr). Pour moi cette relation avec Janis était intime. Après, pendant longtemps, je n'arrivais plus à écouter ses disques. Sa musique me rendait triste sans que je comprenne vraiment pourquoi. J'ai continué à chercher des albums pirates, à lire les bouquins mais il y avait un vrai problème perso. Je me suis mariée jeune et je m'étais oubliée. A 27 ans je me suis demandée : « Mais c'est quoi ma vie en fait ? ». J'avais des envies, je voulais être artiste, aller à des concerts. Mon problème de couple a fait remonter le fait que je m'étais mise de côté. Quand j'ai eu 28 ans je me suis réveillée. D'un coup j'étais plus âgée que Janis. A 17 ans, je rêvais que pour mes 18 ans je verrai la maison natale de Janis à Port Arthur (Texas, ndlr). Ca serait tellement génial. Mais d'autres soucis à gérer ont fait que je n'y suis pas allée. Dix ans plus tard, à 28 ans, je me suis dis : « Mais c'est quoi ce truc ? ». Si je ne le fais jamais, à quoi ça sert ? C'est là que l'idée du voyage a commencée à germer dans mon esprit. Et j'ai recommencé à réécouter Janis Joplin en boucle et plus je me sentais à nouveau moi-même. Je me reconnectai avec moi-même, je réintégrai une partie de ma personnalité que j'avais mise de côté. Une partie oubliée de mon âme. Je me suis promise, le jour de mes 30 ans, je serais avec Janis. Je vais faire ce voyage avec Janis Joplin, c'est trop important pour moi.

Comment as-tu décidé du parcours, il y avait des endroits mythiques aussi sur la côte Est des Etats-Unis, Woodstock, l'hôtel Chelsea à New York ?
Lucie : J'ai choisi en fonction de la corrélation avec mon intention personnelle : me reconnecter avec Janis, retrouver qui j'étais, aller vers ma vérité. Et ça je voulais le faire avec Janis. Refaire son parcours quand elle avait quitté le Texas où elle se sentait opprimée, déphasée pour San Francisco. La route avait un sens. J'ai terminé là où elle est décédée à Los Angeles. J'ai suivi une logique : sa vie en accéléré. Les choses les plus importantes, les plus marquantes. J'ai fait aussi le parallèle avec ma propre existence, je viens d'un milieu provincial, traditionnel, c'est très bien, mais ça m'a aidée à trouver un lien avec Janis. Je me suis retrouvée dans son parcours, sa route vers la libération.

Et quel a été l'endroit le plus émouvant ?
Lucie : Il y en a eu beaucoup. Je pense que le plus fort c'est sa maison d'enfance à Port Arthur (Texas, ndlr). Il y a eu peu de transition entre l'avion, l'hôtel et la maison de Janis. En 48 heures, j'étais passée de Lille à Port Arthur. Le rétrécissement de l'espace était hyper fort, d'un coup ça semblait facile. Il suffisait de prendre un avion. J'en avais discuté avec un copain fan de Queen. Lui il a une théorie, être fan c'est réduire les espaces, temporels, physiques. Avec Janis, je ne peux plus réduire l'espace temps, je ne serai jamais dans le même temps qu'elle, c'est impossible. Je ne peux que réduire l'espace physique. Et là tout d'un coup, j'étais le plus proche physiquement de ce qu'elle avait pu vivre. Et ce très rapidement. Il y avait un truc fort. C'était la maison de son enfance, là où elle avait commencée et là où moi j'ai commencé mon voyage. Après il y avait aussi la plage Stinson Beach, qui était aussi très fort, j'étais dans le trip où je me baignais avec les cendres de Janis (sourire). J'étais déjà allée à l'Olympia où elle avait chanté mais ça n'avait rien à voir.

Et la rencontre la plus marquante ?
Lucie : C'est difficile comme question (elle réfléchit). C'est vachement dur. Rencontrer Janis Joplin, mais c'était plus une rencontre spirituelle. Il y a eu beaucoup de gens et chacun apporte à l'histoire de manière différente (silence). Je vais quand même dire Sam Andrew (le guitariste de Big Brother). Cela a été un moment très très fort.

Surtout maintenant qu'il nous a quittés…
Lucie : Oui, c'est clair. Et puis c'était génial, après on est resté en contact sur Facebook, il était tellement sympa (émue). Mais là c'était vraiment un moment de « fan attitude ». Un peu pétrifiée, je ne savais plus quoi dire. Il était tellement bienveillant (émue). Il parlait le français, il avait fait ses études à La Sorbonne, il était trilingue… Incroyable. Une très très chouette rencontre.

Il y a un chapitre que j'ai beaucoup aimé dans le livre, c'est cette fameuse lettre à Janis où tu lui dis « je t'aime mais j'ai envie de te dire merde » !
Lucie (rires) : Ah oui cette fameuse lettre. Tu n'es pas le seul à m'en parler, ç'a perturbé pas mal de monde !

J'ai trouvé ça très bien, parce que cela instaure une certaine distance, on n'est pas dans l'adoration aveugle du fan et en même temps, en lisant le livre on a l'impression que tu l'as vraiment connue en personne.
Lucie : Dans mon cœur, je me sens intime avec elle. Au fil du temps, c'est comme une amie. Imagine ton meilleur ami au lycée. On grandit différemment. Tu peux voir ce que tu partages, à quel point tu peux t'aimer mutuellement mais aussi les différences ou en vouloir à l'autre…

Tu évolues différemment aussi de tes amis d'adolescence et après un moment tu n'es plus en phase…
Lucie : Exactement. Et c'était ce moment là avec Janis. Moi je ne suis pas en phase avec tout ce que tu as fait. Je ne peux pas dire, c'est ok, c'est génial, tu t'es éclatée jusqu'à la fin. Non (grave). Dans un sens c'est quand même con. Quelque part j'aimerai qu'elle soit toujours en vie et complètement has-been. Est-ce qu'elle serait autant à la mode ? Je me poserais toujours la question. Quand je me suis vraiment connectée avec Janis Joplin, quand j'étais sur la route en émotions et en pensée avec elle, ça m'a rendue vachement triste. Je lui en voulais d'être morte, comme un épisode de deuil. Elle me manque tout le temps, comme quelqu'un de ma famille, que j'aime profondément et qui ne sera jamais là.

Est-ce que tu penses qu'écrire ce livre, la dessiner, car il y a beaucoup de croquis dans l'ouvrage, c'est un moyen d'insuffler un peu de vie nouvelle dans son œuvre ?
Lucie : Complètement ! C'est même la démarche profonde du livre. Les dessins, les textes écrits à la main sont autant de captations de choses dites ou vécues par Janis pour essayer de la capter vivante. Je ne voulais pas que cela devienne un monument en marbre morbide. Je suis un peu mal à l'aise avec les biographies, les documentaires. Et si moi je mourrais et si quelqu'un parlait de moi, peut-être qu'il se gourerait complètement… Je me demande ce que Janis pensait et vivait vraiment. C'est pour ça que le livre est construit sur des flashs, où on capte une phrase, une image, un son. Je voulais la rendre vivante de manière sensible. Ce livre c'est Janis qui me parle et qui parle au lecteur.

Tu as commencé par un blog. Comment ce blog est-il devenu un livre ?
Lucie : De part mon métier, je suis dans une démarche artistique. C'est le sens que je donne à ma vie, j'ai besoin de créer. Quand je suis partie, je me suis dit que ça serait chouette d'en faire quelque chose sans savoir quoi exactement. Je suis juste partie avec mon appareil photo. Et j'avais vraiment besoin d'écrire. J'ai donc commencé un blog mais avant tout pour moi, mes copains et ma famille. Pour raconter, comprendre. J'en fait plein de photos. Quand je suis rentrée, quelques mois plus tard, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose qui fonctionnait bien quand on regarde les photos et les textes. Et les photos racontent quelque chose que l'on ne retrouve pas dans les textes. Assembler les deux permet de raconter l'histoire d'une nouvelle manière. Le texte et l'image se mélangent pour faire vivre une expérience au lecteur et ça, ça m'intéresse.

Le livre est très illustré…
Lucie : C'est un roman photographique et graphique en même temps. Chaque élément est là pour une raison. Il y a différents niveaux de lecture, par l'image, les citations apportent une nuance ou éclairent le sujet…

Tu as tout fait toute seule, chemin de fer, mise en page, textes et photos. C'est titanesque comme charge de travail…
Lucie : C'est énorme (rires) ! J'ai retravaillé les textes du blogs tout en gardant le côté spontané « flashs sur la route ». Quand j'ai mis le texte bout à bout ça faisait déjà 150 pages A4, je me suis dit « Wouah, on va attendre un peu pour la traduction » (rires) ! Cela m'a pris cinq ans pour en venir à bout... Les trois derniers mois j'ai travaillé comme une forçat ! C'était super enrichissant. Il y avait des choses que je connaissais du fait de mon métier de graphiste comme la mise en page. J'ai travaillé pour des éditeurs, je connaissais le chemin de fer, tout le process du livre mais il y avait plein de choses auxquelles je n'avais pas pensé. Je voulais un livre « enrichi ». Il fallait réfléchir au positionnement des traductions, il y avait de l'argot des années 1960, pas évident à traduire. J'ai aussi abandonné pas mal de photos qui ne fonctionnaient pas dans ce côté livre. Je ne voulais pas que cela devienne trop illustratif. Et puis à la fin tout le questionnement autour de la fabrication : quand, comment, combien ??? C'était génial en même temps. Ce livre c'est un témoignage à la croisée de plein de choses : un journal intime, un livre rock, un carnet de voyage.. Je l'ai fait à fond sans compromis. C'est aussi une grosse prise de risque pour moi. Mais c'était dans la même démarche que Janis, si j'y vais, j'y vais vraiment. Si je l'ai fait c'est parce que je pense que cela pouvait apporter quelque chose à quelqu'un d'autre.

Qu'as-tu ressenti quand tout était fini et que tu as tenu le livre dans les mains pour la première fois ?
Lucie : Je crois qu'à ce moment là mon cerveau fonctionnait à peine (rires) ! Ca faisait tellement longtemps que je travaillais dessus, il fallait que je réalise ! Le côté pro a pris le dessus, j'ai vérifié la reliure, le nombre de pages, les détails techniques. Et puis ç'a été (elle chuchote tout doucement) : « Ah oui, il est bien, il est doux. Les photos rendent bien » (rires)… C'est quelque chose que j'ai imaginé, créé, ç'a été long. Et maintenant il existe, d'autres gens le découvre, le lisent et l'apprécie et il vit sa vie. C'est con hein ? (rires). Mais j'étais très contente du résultat, l'impression, la reliure. Les photos rendent bien et c'était la grosse difficulté. Je voulais que le bouquin soit maniable, chaleureux, qu'il ait une forme populaire, à l'inverse d'un livre photo classique un peu glacé et froid.



Tu es revenue différente de ce voyage ?
Lucie : Je le pense, oui. Cela ne peut pas être neutre. Cela m'a donné beaucoup de force de voir ce qu'il y avait au bout de mon rêve, de ce désir. Le dernier chapitre à été très dur à accoucher. Pendant un long moment, j'avais du mal à revenir du voyage à reprendre une vie classique. J'avais encore envie d'être là-dedans. J'avais du mal à me séparer de Janis. C'était ça le retour à la réalité. Janis, elle est décédé et ça c'est fait… Et ta vie elle continue et qu'est-ce que tu en fait maintenant ? Qu'est-ce que cela t'apporte dans ta vie de tous les jours ? Par sa création artistique Janis a changé ma vie ou du moins ma vision du monde. Et ça pour moi c'est le truc le plus important. Elle l'a fait pour plein de gens. C'est magique et puissant de voir comme l'art peut créer des connexions et faire grandir. C'est son esprit libre et rock n'roll qui sera toujours avec moi. Partir toute seule, conduire ç'a ma donné beaucoup de confiance en moi. Surtout pour la conduite, toute ma famille avait peur! J'avais des recommandations, si tu es perdue dans le désert, tu bois l'eau du radiateur (rires) ! Gros stress (rires) ! J'ai plutôt réussi à m'en sortir, c'était cool !

J'étais avec mon frère le jour où on a appris la mort d'Amy Winehouse et il a tout de suite fait le rapprochement : « 27 ans, comme Janis Joplin » ! Je n'avais même pas fait le rapprochement…
Lucie : Je l'ai appris le jour même de mon arrivée aux Etats-Unis ! C'était fou ! Je venais d’atterrir à Houston, j'étais claquée, je vais directement dormir. Le lendemain, je vais à la salle du petit dej' et je vois l'info. Un truc de fou. Et ouais (soupir un peu triste)… Je me demande toujours si l'histoire se répète ou si cela tient du fantasme de notre société, des héros rock n'roll, sacrifiés. Il y a plein de jeunes rockeurs qui sont morts entre 23 et 35 ans. On a fait cette fixette sur le « club des 27 ». Ca créé des mythes. Je me méfie du mythe. La notion archétypale m'interpelle mais je me demande toujours ce qu'on en fait de cette « histoire de héros ». C'était des êtres humains. Tout de suite après avoir appris le décès d'Amy Winehouse, j'ai pensé que c'était parti pour les documentaires et tout. Est-ce bien nécessaire ? Même si il faut lui rendre hommage. Mourir à 27 ans c'est tragique.

Moi, quand j'ai eu 27 ans, j'ai pensé à tout ceux qui sont décédés à cet âge là et je me suis rendu compte que tout ces disques, que l'on considère comme des chefs-d’œuvre, ils les ont enregistrés très jeunes. La maturité artistique est assez dingue…
Lucie (elle approuve) : Oui c'est dingue. C'est incroyable. Amy Winehouse cette voix, quel talent. On est un peu tous fascinés par cette tranche de 27 ans, le basculement ado/adultes. C'est comme si tous ces personnages n'avaient pas pu passer à l'âge adulte, à l'âge dit « de raison ».

Oui, et qui restent éternellement dans une sorte de jeunesse…
Lucie : Oui, la jeunesse éternelle. Et notre société est fascinée par la jeunesse, c'est quelque chose qu'on valorise beaucoup.

Et tu as eu un sentiment particulier le jour de tes 27 ans ?
Lucie (interdite) : J'ai pleuré. Pourtant ma vie elle n'était pas si mal que ça. Mais je n'était pas à l'endroit où je me sentais à ma place. Le temps passe trop vite. C'est pour ça que dans le livre, je parle beaucoup de la chanson « Kozmic blues » où Janis parle, à 25 ans, du temps qui passe, des amis qui s'en vont, les gens meurent… Je l'ai ressenti aussi. Janis c'était mon modèle, je me suis demandé : « Mais qu'est-ce que j'ai fait moi de 20 à 27 ans ? ». J'ai fait des études, j'ai travaillé, rencontré des gens. Rien d'extraordinaire en fait. Cela a été une grosse remise en question.

Est-ce que c'est compliqué de vivre une vie de fan quand l'idole est décédée ?
Lucie : Oui c'est compliqué et je dirais même que c'est compliqué de vivre une vie de fan tout court. Je m'en rends compte de plus en plus quand je discute avec ceux qui viennent me voir en dédicace. Plusieurs personnes m'ont avoué être fan de quelqu'un. On a un peu cette image ridicule du fan, l'adoration aveugle, les cris, l’hystérie, les groupies. Etre fan, c'est déjà un peu difficile à assumer à la base. J'ai un peu de mal avec les autres fans de Janis. J'ai l'impression d'être intime avec elle et d'être la seule à pouvoir la connaître comme ça. J'ai pas l'impression qu'on parle de la même personne. C'est assez triste en fait. Tu pourras jamais la voir en concert, avoir une dédicace, lui poser une question. Avoir une interaction comme avec un autre être humain. Je remets en question le « côté mythe ». On te sert des documentaires, tu as juste des légendes pour la connaître. C'est compliqué, cela peut être un peu frustrant. Ma réponse avec le livre, c'est que la solution et les réponses aux questions sur Janis se trouvent à l'intérieur de moi. Ce bouquin c'est ma Janis, celle que moi je me suis imaginée. Tu vois Tori Amos est toujours en vie, je touche du bois. Tori Amos, j'ai eu la chance de la rencontrer, de lui parler. Je lui ai offert des petits livres que j'avais fait en micro édition. Et c'était super. J'ai eu la chance de lui dire merci, ce que j'ai toujours voulu dire à Janis. Juste se connecter sur ce « merci » en vrai c'était magique (sourire, des étoiles dans les yeux). Je trouve ça très important d'honorer ce sentiment de gratitude qu'on peut avoir envers les autres. Artistes, famille, amis, parfois même un client. Pour moi, c'est une valeur importante.

Rêvons cinq minutes. Si je te dis, ce soir on va voir Janis en concert. Comment tu imagines la chose ?
Lucie : Oh la la… Je ne sais pas, ça serait tellement fort. C'est là que je me rends compte que dans le livre j'ai quand même répondu à pas mal de mes questions. Ado, j'étais vraiment fascinée par l'idée de la voir. Et j'avais très peur qu'elle me trouve conne. J'aurai de l'appréhension je pense (elle réfléchit). Je pense que j'aurai envie de pleurer, d'excitation, de joie. Cela m'a mis dans tout mes états quand j'ai découvert que ma prof d'anglais l'avait connue personnellement. J'ai trouvé ça complètement fou. Je ne sais pas dans quel état je serai… Peut-être que Janis donne des concerts au paradis ? Si on va au paradis, c'est encore autre chose…

Propos recueillis le 19/11/2016.


En dédicace le 9 juin au Supersonic (Paris, Bastille)

Et pour rappel notre opération de crowdfunding :

mercredi 31 mai 2017

Yonathan Avishai : "The Parade"



Ce nouveau disque voit le pianiste élargir considérablement sa palette accueillant dans sa formation clarinette, saxophone et percussions. L'album embarque ainsi l'auditeur dans un grand voyage initiatique évoquant à la fois les sonorités klezmer (la clarinette) et la chaleur latine (les percussions) faisant le grand écart constant entre joie et mélancolie. Tout ici part de la pulsation rythmique (« Que tal », « Django »). En effet, l'album est caractérisé par sa finesse rythmique obtenue avec force et moult percussions et l'association harmonieuse de ces dernières avec la batterie (le très côté batteur Donald Kontomanou et le percussionniste Cubain Inor Sotolongo sont de la partie), le tout redonnant toutes ses lettres de noblesse au swing et au silence. Un swing élégant, qui voyage embarquant l'auditeur vers les Caraïbes ou la Nouvelle-Orléans, autant d'endroits où le jazz se vit avant tout comme une fête, en concert. Une parade contre la morosité actuelle.

Article paru à l'origine dans Longueur d'Ondes

Aquaserge : "Laisse ça être"



Depuis 25 ans, le rock s'est enfermé dans une boucle nostalgique, et les formations « rappelant le rock des années 60 » ou « sonnant à la manière de » se sont multipliées comme des petits pains au cours des années. Julien Gasc et sa bande ont, quant à eux, décidé d'inverser la problématique ne gardant des sixties que l'essentiel, c'est à dire un souffle de créativité débridée. Au-delà de toute considération stylistique, c'est une autre façon d'envisager la musique et la notion de groupe. A bien des égards, ce nouvel effort est étourdissant. Passant de l'ombre à la lumière dans une sorte de mouvement perpétuel, faisant fi de toute notion de genre, explorant des directions insoupçonnées, ce nouvel album donne le tournis à l'auditeur, jusqu'à partir dans des délires excédant les huit minutes, érigeant le rock progressif de l'école de Canterbury et le free jazz en modèles. En mode ternaire ou binaire, la liberté est bien le maître mot ici. Un grand disque !

Article paru à l'origine dans Longueur d'Ondes

Mother of two : "Being nice doesn't pay"



Repéré par une série de maxis ravageurs, dans un genre power pop descendant d'une lignée Pixies/Weezer, ce trio devenu entre-temps un projet solo, met la pédale douce sur les décibels sur son premier album. L'électricité, qui était jusqu'ici la marque de fabrique du groupe, est désormais canalisée, mise au profit de compositions pop mettant les mélodies en valeur, et utilisée toujours à bon escient. L'écoute de l'album s'apparente ainsi à un tour de grand huit où les chansons font le grand écart entre passages calmes et apaisés et brusques montées d'adrénaline. La retenue devient ainsi une composante fondamentale de la musique finalement aussi importante que le lâcher de décibels. Avec cet album remarquablement produit et soigné jusque dans les moindres détails, le groupe s'ouvre ainsi à de nouveaux horizons. A défaut de découvrir les joies de la maternité, Julien Gaulier, la tête pensante de l'affaire, accouche ainsi d'un album de haute tenue.

Article paru à l'origine dans Longueur d'Ondes.

dimanche 28 mai 2017

Republik : « Exotica »



Ancien leader de Marquis de Sade, accompagnateur d'un Etienne Daho débutant, Frank Darcel est une personnalité marquante du rock français, toujours vaillante après quarante ans de carrière. Depuis son fief rennais, Frank continue sa quête musicale accompagné de son nouveau groupe, le trio Republik qui sort son deuxième album. Les racines new et cold wave (Marquis de Sade) de Darcel sont prégnantes dans ce nouveau disque. Mais passées par le filtre du temps, il n'en a gardé que le meilleur éliminant le côté pompeux et surfait des années 1980 au profit d'un son âpre et rugueux. Il en résulte un disque furieusement rock mettant l'accent sur les guitares, l'attaque de certains titres étant proche du métal (« I wanna be your car », « The Ride », « Tu seras mon ombre ») tout en gardant la noirceur vivace des eighties (« Far out of sight », « Berlin ») ; et ce notamment sur les titres chantés en français (« En ce jour on ressent », « Celui qui se souvient », « Le sel »), le résultat est étonnant. Dégageant une beauté vénéneuse et addictive, ce nouvel album est un must du rock d'ici.

samedi 27 mai 2017

The Hits : « Hard Nut »



Il fallait assumer un tel patronyme. A l'écoute du disque, on ne peut estimer que la mission est largement remplie. En effet, fidèle à sa promesse de départ, The Hits (le groupe) sort un premier album remplis de hits. Certes, rien de bien révolutionnaire dans le fond, des guitares et des chansons rudement bien troussées. Mais à l'écoute, l'histoire est bien différente. Jeu propre et précis, la batterie en particulier (cf. « Make me hurt »), l'album dégage une énergie contagieuse et respire la joie de vivre et de jouer. Et vive les décibels ! En effet, ces onze titres ont quelque chose d'euphorisant, grâce aux rythmes légèrement funky (« Don't sing ») et à des guitares incisives et inventives, produisant à la chaîne des petits hooks irrésistibles, évoluant sur une ligne à la fois power pop et garage / rock n'roll comme le lien manquant entre Weezer (« Lost my baby ») et les Rival Sons (« La bouche pleine »). On retient en particulier les deux titres en français (assez rare pour être souligné) prouvant que la langue de Molière peut largement tenir la comparaison dans ce contexte chargé en électricité. Le quatuor de Cherbourg n'a pas grand-chose à envier au voisin d'outre-Manche. A découvrir.


vendredi 26 mai 2017

Balkun Brothers : « Devil on TV »



On a, par le passé, souvent fustigé ces duos rock (guitare/batterie) apparus dans le sillage des Black Keys et autres White Stripes (passés depuis longtemps à autre chose soit dit en passant) qui finissent par donner une image figée du rock. Si ils n'échappent pas à certains clichés, le duo formé par les frères Balkun à néanmoins le mérite de proposer quelque chose d'un peu différent. Déjà une vision du rock qui ne se limite pas au garage des années 1960. Il y a certes un peu de ça (cf. le medley « Backdoor man/Five to one ») mais à de nombreux moments les Balkun retrouvent les intonations des années 1990, on pense parfois à Rage Against The Machine (cf. « So hi. So lo ») passés par le filtre de Jimi Hendrix. Disons que chez eux, la formule duo ne semble pas répondre à un sacro-saint idéal garage figé dans le temps mais au meilleur moyen d'exprimer l'énergie et le feu intérieur qui habite littéralement le groupe. Car, et c'est une lapalissade, l'album déborde d'une rage et de guitares saturées à mi chemin entre le blues et le rock brutal (cf. l'excellente « Slippin' Stone », « Devil on TV » mi-acoustique, mi-électrique). C'est une rareté sur le label Dixiefrog plus habitué aux bluesmen classieux (cf. Eric Bibb). Enfin, aussi étonnant que cela puisse paraître, tous les nostalgiques, qui, à l'instar de l'auteur de ces lignes, restent inconsolables depuis la disparition de Morphine, seraient bien inspirés de jeter une oreille sur cet album. Déjà parce que le duo reprend, très bien mais de façon surprenante, « Thursday » (issue du chef d’œuvre « Cure for Pain », 1994). Ensuite parce que, Dana Colley en personne, le légendaire saxophoniste du trio, vient apporter sa caution en participant à « Hey Kid » le temps de quelques lignes atmosphériques, après une pige chez Matmatah (voir l'article précédent). Urbain, donnant l'impression d'avoir été enregistré dans une cave quelconque de la côte nord-est des Etats-Unis, cet effort ne manque décidément pas de charme. A découvrir.

lundi 15 mai 2017

Matmatah : « Plates Coutures »



Chez Matmatah, une page se tourne tous les dix ans ou presque. 1998, le groupe sort son premier album et se sépare en 2008 ; 2017 voit la sortie d'un nouvel effort, dix ans après le précédent (« La Cerise », 2007). Alors que l'on appuie sur la touche play, la machine à remonter le temps s'enclenche : « Nous y sommes » ! La voix du chanteur Tristan n'a pas bougée, la section rythmique carbure à plein régime fournissant l'énergie nécessaire à la combustion des guitares. Le quartet Brestois rock comme au plus beaux jours, au sommet de sa forme (l'urgence quasi Stoogienne de « Petite frappe », « Retour à la normale », "Overcom") affine son propos (« Marée haute ») entre énergie et une pointe de désenchantement et tente quelques arrangements audacieux (quelques synthés discrets) histoire de bousculer les habitudes. Un titre nous intrigue : « Toboggan » qui prend le contre-pied du reste de l'album, tempo alangui, ambiance planante, motif de guitare hypnotique et un très étrange chorus de saxophone fantomatique, entre prog et psyché, signé du légendaire Dana Colley (Morphine). C'est là que le groupe est le meilleur lorsqu'il sort des schémas classiques du rock français, parfois assez proches de la chanson, dans lesquels il excelle pourtant (« Ô ma beauté », « Entre les lignes »). Un disque de rock, carré et efficace, classique mais avec une pointe d'originalité qui, au final, fait toute la différence.
En concert les 16 et 17 mai à Paris (La Cigale)

dimanche 14 mai 2017

Rosedale : « Long way to go »



Rosedale est le nouveau projet d'une vieille connaissance, le guitariste Charlie Fabert. Musicien fin et inspiré, débordant de feeling, Charlie a trouvé en la personne d'Amandyn Roses la complice idéale. C'est peu dire que l'association de ces deux talents naturels fait des étincelles le long des neuf titres de ce disque. Chez Rosedale tout est feeling et ce dernier déborde du disque par tous les pores, dans le chant de gorge, soulful et un peu grave, d'Amandyn et dans les six cordes de Charlie qu'il manie avec une finesse rare. Le dialogue qui s'instaure peu à peu au fil des plages entre les deux musiciens s'avère passionnant. Le résultat : un disque de blues inspiré réunissant ce qu'il faut de groove, de rock et de pop pour emporter la mise ; efficace en up (« Lost soul », « New Frontier ») ou down tempo (la magnifique jazzy « Before you »). Classique certes mais de superbe facture, on n'est pas près de s'en lasser ! A noter, la participation de Fred Chapellier (toujours un gage de qualité) sur l'épique (« Man, I don't want you around »).
En concert à Paris (New Morning) le 22 mai.
www.facebook.com/rosedalebluesrock

samedi 13 mai 2017

Doolin', La Cigale, 12 mai 2017.



Hier soir, le magnifique écrin de la Cigale a été délocalisé près d'un port de pêche irlandais grâce à la magie de la musique. Sur scène nous retrouvons le sextet Doolin', un groupe toulousain qui excelle dans le folk irlandais. Excellents instrumentistes, les musiciens maîtrisent tellement leur sujet qu'ils peuvent se permettent de détourner la musique pour l'entraîner sur des eaux inédites, funky, jazzy (excellente section rythmique) ou adaptant la chanson française à l'idiome (cf. la reprise d' « Amsterdam » de Jacques Brel). Emportés par l'énergie positive de la musique, et des notes s'échappant de l'accordéon, de la flûte et du violon, les musiciens se lâchent, quitte à partir dans un proto-rap qui, soyons honnêtes, ne leur convient pas au mieux. Peu importe, car dans la salle, le public, très varié en terme de classe d'âge, joue le jeu à fond, partant dans des gigues endiablées sous les cris et applaudissements en rythme : chaude ambiance confirmant l'universalité de ces rythmes irlandais. Dans ce contexte la section rythmique excelle, la sonorité de la basse acoustique ressemble à s'y méprendre à une contrebasse et Sébastien Saunié s'y entends pour balancer des lignes groovy. On a pu également admirer la dextérité de Josselin Fournel au bodhrán, une percussion traditionnelle, dont il tire un swing irrésistible. Enfin les reprises de titres signés Steve Earle (« The Galway Girl ») et Bob Dylan (« The ballad of Hollis Brown »), toutes deux très réussies, soulignent les liens entre le folk irlandais et la country. Une très belle soirée, il ne manquait que la proximité de l'Océan.
https://twitter.com/DoolinBand

jeudi 11 mai 2017

Jim Jones & The Righteous Mind + Suzie Stapleton, Petit Bain, 10 mai 2017.



La soirée commence avec la superbe Suzie Stapleton. Toute de noir vêtue, Suzie Stapleton dispense un charme vénéneux par le biais de compositions hantées. Sa voix tout d'abord, grave et profonde, son timbre est absolument inoubliable. Sa guitare ensuite, fantomatique, évolue dans un contexte assez dark et électrique où des relents de blues et d'americana se télescopent. Même si la formule guitare/voix ne semble pas la meilleure pour rendre justice à ses compositions, nous sommes happés une grosse demi-heure durant par le charme de Suzie. Une artiste à suivre.

A la veille de sortir leur premier album sous ce nom, Jim Jones & The Righteous Mind, est revenu nous rendre une petite visite, l'occasion de revisiter ce paysage rock n'roll et viscéral. Bien évidemment personne n'a oublié le groupe précédent The Jim Jones Revue, désormais dissolu mais the Righteous Mind relève le gant avec classe et un son furieux. Le lien entre les deux formations existe, les influences venues à la fois du punk et du rock n'roll des années 50, le piano, et certains compositions de The Righteous Mind auraient facilement pu trouver leur place dans le répertoire de la Revue. Mais ce nouveau groupe se distingue par une approche, toujours aussi déglinguée mais dérangée par quelques sons venus d'ailleurs, la pedal-steel tout d'abord, saturé, trituré, le son de cette dernière n'évoque en rien la country (style dont cet instrument est l'emblème) mais un truc un peu bizarre et inédit rarement entendu auparavant. Les claviers ensuite, car dans ce nouveau groupe, le piano n'est plus exclusif mais laisse parfois la place à des sonorités indéfinissables. Pour le reste on retrouve la rage et l'intensité qui est la marque de Jim Jones à travers un cocktail détonnant de six cordes, demi-caisse, Gretsch et Gibson. Gavin Jay, le bassiste, a, pour sa part abandonné la contrebasse, avec laquelle il expérimentait lors des premiers concerts du groupe, pour se recentrer sur son instrument de prédilection, la basse électrique, dont il use avec une intensité peu commune, occupant l'espace de ses lignes saturées et bourdonnante. Derrière sa batterie, Phil Martini tient la baraque avec autorité, alors que ses comparses sombrent à tour de rôle dans l'expérimentation bruitiste, à genoux ou la guitare brandie en l'air. Certains titres reposent uniquement sur lui quand les autres instruments se taisent, réduisant les chansons à un squelette rythmique, inédit et intéressant. L'influence des années 50 s'efface dans ce nouveau groupe au profit d'un climat plus dark mais reste assez présente, on aura par exemple pu se régaler d'un boogie façon Jim Jones, c'est à dire déglingué mais transpercé par le punk. Une très belle soirée, l'album s'annonce prometteur !


Dix ans ça se fête !


Et oui, déjà dix ans d'activité pour ce blog, cela méritait bien un concert ! Alors avec les amis de Songazine (qui, eux, fêtent leurs cinq ans), on vous a préparé une soirée aux petits oignons, le 9 juin prochain au Supersonic. Trois groupes, tous chroniqués dans ces pages au fil des années, et surtout trois formations menées par des chanteuses dans des styles différents et complémentaires. Les Barettes tout d'abord, dans un style pop folk girlie très sixties puis LUX plutôt orienté classic rock 70s et enfin le garage/psyché de Teleferik pour finir. Et cerise sur le gâteau d'anniversaire, Lucie Baratte sera présente pour dédicacer son excellent livre "Looking for Janis". Janis Joplin qui sera en quelque sorte notre marraine puisque chaque groupe a accepté d'intégrer une reprise de Janis dans son set en plus de ses compositions habituelles. Nous avons également profité de l'occasion pour faire un geste et mis en place une collecte au profit d'Octobre Rose, une association pour la recherche contre le cancer du sein, par le biais d'une opération de crowdfunding. Venez nombreux !
https://www.helloasso.com/associations/songazine/collectes/soiree-janis-joplin-collecte-pour-octobre-rose
Event Facebook
9/06/2017 - 20h- Gratuit
Supersonic
9, rue Biscornet Paris 12 (Métro Bastille)

mercredi 10 mai 2017

Binic Folks Blues Festival




L’appellation "Folk Blues" peut, en l'espèce, sembler trompeuse, il n'empêche, la programmation de la neuvième édition du Binic Folks Blues Festival regorge de pépites indés : Gloria, Le Villejuif Underground, Thomas Schoeffler Jnr (pour le coup lui complètement raccord) ou bien encore Sunny & The Sunsets et King Khan & The Shrines pour les têtes d'affiches internationales, la programmation de cette édition fait envie ! Au total, 34 groupes (pour 52 concerts au total) qui se produiront du 28 au 30 juillet en bordure des plages bretonnes. Le tout est gratuit et en bord de mer, ça ne serait pas notre idée du paradis sur terre ça ? Que demander de plus ?

Pokey LaFarge : « Manic Revelations »



Ancien protégé de Jack White, bien que né en 1983, Pokey LaFarge entretient une relation passionnelle avec la musique du début du siècle dernier. Ainsi LaFarge, se situe à l'exact croisement où le jazz, le blues et la country se rencontrent. Ceci pour les influences. Nostalgique, probablement mais certainement pas passéiste, LaFarge propose sur ce nouvel album, le sixième déjà, un contenu frais et original, inspiré par le XXème siècle certes, mais avec une dynamique tout à fait contemporaine. Et surtout de sacrément bonnes chansons rappelant parfois les années 50 (« Better man than me », « Bad dreams »). Ainsi l'auditeur est rapidement happé par le swing infernal de la chose qui suinte au travers des quatre cordes de la contrebasse. Derrière son petit air de Pee-Wee Herman affligé, Pokey LaFarge sort un album au charme suranné et retro, emballant de bout en bout.


mardi 9 mai 2017

Fink's sunday night blues club Volume One.



Musicien au parcours atypique débuté dans le registre électronique avant de bifurquer vers le folk, Fink effectue un nouveau détour en direction de la note bleue. Avec ce très bel album, Fink nous questionne sur le sens profond du blues. Plutôt que de tenter, tant bien que mal, de copier les maîtres Afro-Américains du genre, Fink, conscient qu'il ne partage pas le même vécu qu'un musicien Noir Américain, préfère adapter l'idiome à son parcours personnel. Vu à travers ce prisme le blues n'est plus uniquement un genre musical aux règles immuables mais l'expression d'un vécu personnel, un feeling mis en notes. Ce qui en l'espèce donne des choses assez étonnantes, l'hypnotique et assez réussi « Cold feet » d'ouverture ou « She was right » qui n'entretient que de très loin un rapport avec le blues pur (les puristes s'arracheront les cheveux). L'introduction (les deux premiers titres) passée, une fois que le guitariste a pris ses marques, on ne peut que dérouler le tapis rouge au musicien. Ambiance minimaliste donnant l'impression que la chose a été enregistrée dans une cave, feeling nocturne prenant, acoustique douce à l'oreille : à défaut d'en respecter les us et coutumes à la lettre, Fink a parfaitement adapté l'idiome à son univers musical personnel, ce qui démontre une compréhension intime de l'essence même du blues (et on le remercie au passage de nous épargner une énième reprise de « Sweet home Chicago »). Le « Volume One » du titre semble indiquer qu'une suite serait prévue, tant mieux, on n'est pas près de se lasser de visiter ce nouveau club. Le dimanche comme les autres soirs de la semaine.


dimanche 7 mai 2017

Sean Taylor : « Flood and burn »



A peine âgé de trente trois ans, Sean Taylor sort son huitième album, affichant une constance qui fait de lui un membre respecté de la scène blues britannique. A l'instar de son aîné Tom Waits, auquel on pense souvent à l'écoute de ce disque, Sean Taylor est un conteur, un raconteur d'histoires, qui possède la voix idoine : profonde, légèrement gutturale, un peu brisée, douce et grave à la fois. Son chant, mélodique à l'extrême, sert à la perfection les textes, chantés autant que susurrés, sur un spectre musical alliant folk (« Troubadour », « Life goes on »), blues jazzy (« A good place to die », « The cruelty of man ») et rock n'roll d'inspiration 50s (la magnifique « Run to the water », une grande réussite du disque). Toujours emprunt de poésie, que l'inspiration se fasse grave ou heureuse, Sean Taylor annihile toute pesanteur de sa musique maintenant ce swing léger comme une plume qui s'apprécie de préférence en soirée.