dimanche 14 octobre 2018

William Z. Villain : « Stonedigger »



Si l'espace d'un moment (d'égarement) on a pu confondre William Z. Villain avec un bluesman, cette étiquette trompeuse, et trop réductrice, s'efface définitivement avec ce deuxième album. Aux itinéraires bien balisés, William préfère les embardées dans les à-côtés de la musique populaire. Ainsi, ce nouvel effort place l'auditeur dans la position d'un utilisateur ne sachant pas très bien régler son poste de radio qui reste coincé entre deux fréquences. Un effacement progressif des genres et des style qui laisse place à un flot créatif (pas forcément bien contrôlé, soyons honnêtes) visitant les musiques du monde, du sud particulièrement (calypso, tango, rebetiko). Même si la base reste ancrée dans les musiques raciniennes étasuniennes (le folk notamment), la voix adopte un phrasé hip hop faisant du chant, des mots et (surtout) du flow un ingrédient sonore comme un autre s'intégrant dans l'ensemble (« Boom goes boom », « Papertrail », « Homesick »). L'album se déroule en deux temps et, dans sa première partie, l’œuvre désarçonne, questionne, et réclame de nombreuses écoutes attentives pour bien en saisir la consistance, les enjeux et la beauté subtile. Mais la donne change à partir de la plage n°6. On assiste alors, ébahis, à un enchaînement de perles : « Stonedigger », la poignante « Decadence », « Something beautiful », « Cliff » et « I wonder » (un titre interprété au piano, une nouveauté au moins sur disque) : autant de tubes potentiels qui n'auraient pas dépareillés sur le premier disque. C'est un fait, William Z. Villain a mûri son art et sa musique même si la formule n'est pas encore tout à fait au point. Le musicien n'a pas encore sorti le grand disque qu'il porte probablement en lui mais il nous semble plutôt bien parti… 

En concert à Paris le 16/10 (le Café de la Danse).
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samedi 13 octobre 2018

Johnny Mafia : « Princes de l'amour »



Johnny Mafia, le groupe, est de retour avec un deuxième effort qui, n'en déplaise à son titre très second degré, est toujours chanté dans la langue de Shakespeare. Donc ce nouvel album s'intitule « Princes de l'amour », et, au-delà, de l'humour (une composante essentielle du groupe comme en témoigne ses clips très séries B), ce titre symbolise toute la ferveur juvénile du quatuor et que l'on retrouve dans sa musique foutraque où se mélangent les influences, entre grunge et rock psyché (cf. l'écho qui habille les guitares) dans un joyeux foutoir, un chaos savamment organisé. Car l'énergie est ici fondamentale. Le son des guitares a grossi au point de dresser parfois un mur effrayant, la section rythmique mène la chose sur un tempo véloce, le chant part dans des embardées incontrôlables, bref, tout va bien ! L'écrin est en tout cas parfait pour ces petites bombinettes rock rock’n’roll dépassant à peine les trois minutes, le format idéal pour exprimer au mieux toute la fougue adolescente qui habite (encore) le groupe. Pourvu que ça dure… 

En concert à Paris (La Maroquinerie) le 30/11.
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vendredi 12 octobre 2018

Viagra Boys au Point Ephémère le 15/10


Cela se passe lundi soir au Point Éphémère et c'est énorme !

Woody Murder Mystery : « Lost in Beaucaire »



Perdu dans Beaucaire annonce le titre… Pour Baptiste Rougery, le musicien multi-instrumentiste tête pensante qui se cache derrière cette mystérieuse affaire, la question semble se poser autrement tant l'homme paraît perdu dans le son et les instruments. Il en résulte cette somme à la fois psychédélique et éthérée où les influences se croisent et mutent. Une basse ronde, comme dans les sixties, échappée de Melody Nelson (Serge Gainsbourg) sur la plage titulaire donnant corps à cet aspect général rêche, une production près de l'os et un je ne sais quoi de génialement foutraque généralisé qui nous ramène immanquablement au Brian Jonestown Massacre des années 1990, autant d'éléments qui nous donnent quelques précieuses indications sur les disques qui immanquablement constituent la discothèque de Baptiste. Une collection de très bon goût nous semble-t-il. Mais Woody Murder Mystery se distingue par une approche pop (les Beatles ne sont pas bien loin) gommant les notions de fuzz, de saturation et l'aspect garage auquel les groupes psychés sont souvent associés. A la place on retrouve de jolies mélodies planantes, parfois très brèves, parfois instrumentales mais toujours assez rock dans l'esprit plus que dans la forme. Encore une belle sortie signée Freemount Records. 

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mardi 9 octobre 2018

Lil' Red and the Rooster : « Soul Burnin' »



Il est de ces disques, souvent auto-produits, qui passent relativement inaperçus et qui pourtant, une fois posés sur la platine nous réservent d'excellentes surprises. Ainsi, Lil' Red and the Rooster est de retour avec une nouvelle tranche de bonheur gravée sur sillon. Ce que l'on aime par-dessus avec cet album, c'est sa capacité à nous faire voyager, à travers le temps, les époques, et les continents. Le disque baigne dans une ambiance délicieusement rétro, dans un cross-road prisé et précieux, au confluent des influences entre blues, jazz et une pointe de soul. La voix de la chanteuse Jennifer Milligan est magnifique, rauque ou douce au besoin, et, quelque soit le contexte, débordante de charme. L'accompagnement musical est à l'avenant, swing velouté mais contrebalancé par des guitares rêches mais néanmoins élégantes de l'excellent Pascal Fouquet tirant le fil de soli inspirés. Enfin dernier élément, discret mais essentiel à l'équation : le clavier. Qu'il s’agisse de nappes d'orgues soul soyeuses, ou de piano swinguant en diable, l'instrument fait basculer l'ensemble dans une autre dimension tout en apportant un supplément d'élégance (si toutefois cela était nécessaire) dans le moindre espace disponible. De quoi faire de cet album un classique immédiat dépassant de la tête et des épaules toute la triste cohorte des contrefacteurs.

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lundi 8 octobre 2018

Bombino : « Deran »



Enregistré au Maroc, ce nouvel album marque le retour du guitariste sur son continent d'origine, l'Afrique, après dix années d'exils successifs qui l'ont vu sa notoriété exploser sur le plan international via une liste de collaborations longue comme le bras (Robert Plant, Stevie Wonder, Keith Richards etc.) Mais qu'importe dans le fond, Bombino est resté le même, à savoir un musicien inspiré et conscient du monde qui l'entoure, un type à qui six cordes posées sur un morceau de bois suffisent pour être heureux. C'est ainsi un message de paix et d'espoir, dans une époque troublée, que partage le Touareg, une carte postale musicale de 10 titres inspirés et relaxants ; tout juste si la chaleur et le désert suintent à travers les enceintes. Bombino n'est jamais aussi inspiré que lorsqu'il est en Afrique. Le guitariste retrouve ainsi sa position de passeur, imaginant sa musique comme un trait d'union entre les cultures. Puisant aussi bien dans le terreau de la musique traditionnelle de son continent natal, dans le reggae qu'il adapte à sa personnalité (ce qui donne le Tuareggae) que dans les musiques occidentales (blues, funk, soul, folk), il réussit à trouver dans chaque style le point commun, la part d'humanité nécessaire, qu'il retranscrit ensuite avec une énergie rock, électrifiée, vivifiante et hypnotique (« Tenesse »). Un album inspirant, enivrant, tant l'artiste réussit à nous embarquer dans son sillage, son odyssée, sa croisade. 

En concert le 7/11 à Paris (Petit Bain)
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dimanche 7 octobre 2018

The Handsome Family + Lonny Montem et Guillaume Charret, Le Petit Bain, 4 octobre 2018.


La soirée, sur l'eau puisque Le Petit Bain est une barge posée sur la Seine, commence avec le duo Lonny Montem/Guillaume Charret qui décline sur scène son projet Tara enregistré en une semaine dans une maison auvergnate (d'où vient d'ailleurs le titre du disque). Un endroit très vraisemblablement d'une tranquillité inspirante si l'on en juge par les chansons qui ont été tirées de l'endroit. Nous voici donc parti pour une superbe odyssée musicale entre harmonies vocales et délicats arpèges de guitare. Un harmonica ou un banjo éparse apportant une note entre blues et country. Magnifique d'émotion, le duo nous happe littéralement sur un quai de gare enneigé (cf. « Little Lovers »). 

Changement d'ambiance ensuite avec The Handsome Family, groupe d'Albuquerque (Nouveau Mexique) qui s'est fait connaître il y a quelques années en signant le générique de la première saison du feuilleton True Detective. The Handsome Family, un groupe dont les compositions suintent la poussière et les cactus par tous les pores. On navigue à vue (puisque nous sommes sur l'eau) entre folk, rock et country alternative, autant de genres servis par une qualité de composition tenant le haut du panier et assurée par des musiciens virtuoses. Quelque part entre la fulgurance de Steve Earle et la démarche expérimentale des Jayhawks, The Handsome Family télescope les influences du passé (des années 50 à 70) avec une ferveur et un son contemporain pour un résultat dépaysant (enfin surtout vu de France) et ne manquant pas d'humour noir. Un groupe qui a tout bon ! 

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Brisa Roché, le Café de la danse, 3 octobre 2018.



Le concert commence avec les notes d'une basse naviguant en plein delay. Si le concert du soir se déroule en trio et le dernier album de Brisa Roché, le magnifique « Father », voit la chanteuse renouer avec l'idiome folk, cette réinterprétation se fera à sa manière, post moderne. Comme une funambule sur le fil, tirant un trait d'union entre le passé et le présent. Il en résulte un concert étonnant parsemé de nappes synthétiques fantomatiques, d'éclairs de guitare électrique limite garage (« 48 ») et de délicats arpèges acoustiques (« Holy Badness ») ou transparaît par intermittence la chanteuse de jazz qu'elle fut autrefois. Limitée par une technique rudimentaire « j'ai commencé à treize ans et je n'ai jamais progressé depuis » à la guitare, « c'est rare que je joue autant sur un projet » (signe de l'importance toute personnelle et particulière de ce dernier), Brisa inverse les rôles dans un tour de passe passe étonnant, la guitare folk étant cantonnée à un rôle rythmique alors que la basse prend, assez souvent, le lead et les soli. La performance du soir a été marquée par un rare et intense moment d'émotion lorsque Brisa interroge le public demandant quel est le parfum de votre amour perdu afin d'improviser une chanson. Un magnifique don de soi et d'humanité de la part d'une chanteuse qui chante aussi « pour nos disparus, nos amours perdus qui nous quittent jamais tout à fait mais deviennent des chansons et des poèmes »… 

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mardi 2 octobre 2018

Michelle David : « The Gospel Sessions Vol. 3 »



La pochette, où l'artiste apparaît maquillée de manière tribale, pourrait laisser imaginer un album sous influence africaine. Il n'en est rien. Si influence il y a, elle serait plutôt à rechercher du côté de la soul étasunienne des années 1960, teintée de gospel (cf. « Give to him ») scène dont Michelle David s'impose comme une héritière naturelle. Mais cet effort, son troisième mais le premier a être distribué dans nos contrées, va bien au-delà de la simple nostalgie pour atteindre une sorte d'intemporalité. D'hier ou d'aujourd'hui, qu'importe le flacon du moment que l'ivresse (musicale s’entend) se fasse ressentir. Et en l'espèce, cet effort réussit au-delà de toutes les espérances, portée par la voie puissante et tellement soul de la chanteuse. Groove dévastateur, cuivres saillants et audace des arrangements (cf. la boîte à rythmes de la délicate « Tell me why », accessoire totalement hors-sujet mais parfaitement intégré à l'ensemble) le disque entier est porté par un enthousiasme communicatif et il ne faut guère plus de 30 secondes pour avoir des démangeaisons dans les hanches à son écoute. L'engagement des musiciens, la soul, le vécu et la profonde humanité de l'ensemble transpire dans la moindre note jouée ici. Une grande réussite, dans un créneau soul vintage bien encombré par ailleurs, qui soutient la comparaison, les yeux dans les yeux, avec n'importe quelle production branchée made in Brooklyn. 
En concert les 17 et 18 octobre à Paris (Mama Festival)
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lundi 1 octobre 2018

Sing and they'll sing your song



Alors que le label Mégaphone fête ses 20 ans, la présente compilation hommage nous amène à nous questionner sur ce qui fait la magnificence d'un label. Comment se crée une identité artistique forte au point que la seule présente d'un logo dans le coin d'une pochette suffit à imposer un gage de qualité sur un disque ? Dans le cas qui nous concerne, on serait tenté de parler de mélodie, d'émotion, entre douceur et chaleur, une intimité acoustique que l'on ressent à l'écoute des rééditions de la précieuse (mais hélas un peu oubliée) Karen Dalton ou du calypso de Blind Blake, du virtuose de l'oud Omar Bashir, de la scène pop hexagonale (Lecube, Sylvain Vanot, Simon Dalmais) ou du chanteur folk Michael Head. Une compilation de haute tenue pour fêter dignement l'anniversaire de ce précieux label et dont l'écoute se marie merveilleusement bien à la saison des feuilles mortes. 

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dimanche 30 septembre 2018

Duck Duck Grey Duck : « Traffic Jam »



Pour son deuxième album le trio suisse, dans lequel on retrouve Robin Girod, un ancien Mama Rosin, a vu grand, très grand même, accouchant d'une œuvre gargantuesque, laquelle aurait trouvé son format naturel sous la forme non pas d'un simple mais un double vinyle ! Le menu est pour le moins copieux, 25 titres rien de moins, regroupés sous la forme de 4 Eps (un par face de vinyle donc) aux couleurs musicales différentes (Back beat, Pop & Fast, French Collision et Acid & Sweet) mais toutes reliées par un nœud commun. Montées acides et psychés teintées de krautrock (« Earth Collusion ») y côtoient blues et soul électriques, en anglais et en français, dans un grand bain de musiques ne souffrant d'aucune incohérence et il s'agît là d'un petit tour de force en soi. L'ouverture, « Bing bang » et « Frelon » est fantastique, on avoue également un petit faible pour « Duck Tape » (une variation sur le thème du génial « Frelon ») ainsi que pour la face Acid & Sweat (cf. « Traffic Jam »). On pourrait également dire le plus grand bien de la face en français faisant revivre les fantômes de la pop française des années 1970, alors que Pop & Fast évoque plutôt la décennie suivante ("Ride my bike") ; mais ô combien il est difficile de synthétiser pareille somme, définitivement appelée à faire date. 

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samedi 29 septembre 2018

Bordelophone



Sur la, magnifique, pochette d'inspiration BD, de cet effort inaugural trône un monstre hybride fait d''enceintes et d'instruments crachant des notes comme un dragon cracherait du feu… Une manière de Godzilla musical, une perspective un tantinet effrayante, et gare aux intrépides qui y risquerait une oreille ! De fait à l'image de la créature présentée sur la pochette, Bordelophone ratisse tout sur son passage emportant tous les styles, du métal au reggae (« State of Emergency ») en passant par le prog spatial (cf. « Apollo 13 »), sur son passage dans un déluge de notes balancées avec une maestria peu commune. Un sacré bordel donc pour un groupe au patronyme particulièrement bien pensé. Mais, surtout, une belle démonstration de virtuosité car il ne fait aucun doute que nous avons affaire là, à un disque de musiciens (la moitié du groupe est issue du conservatoire), majoritairement instrumental (à l'exception de la participation de l'inénarrable Sanseverino qui prête sa voix râpeuse à « Jambon de Bruxelles, on s'en fout ») qui s'expriment le mieux sur le temps long (l'album dépasse l'heure) pour explorer au maximum les différentes possibilités mélodiques qu'offrent les compositions et pour mieux sauter d'un genre à l'autre dans un ping pong musical où la guitare répond au trombone, un instrument plutôt rare dans le rock. Une démarche qui s'apparente au jazz, qui reste très probablement le fond de l'affaire (cf. « African Lullaby », « Like a lemon tree », « Remember », « 445 ») dût-il cohabiter avec Led Zeppelin et la musique orientale (« Delpez »). Un peu à contre courant de notre époque de saturation à outrance d'informations, de sons et d'images de toutes sortes (surtout vides de sens), voici un disque à l'ancienne qui demande de l'écoute et de l'attention et dont on n'a pas fini de faire le tour… Enivrant ! 
Sortie le 26 octobre. 
En concert le 27 octobre à Paris (Studio de l'Ermitage)

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mardi 25 septembre 2018

Altin Gün : « On »



Derrière sa pochette bariolée ce premier album, œuvre d'un groupe à moitié turc et à moitié hollandais (trois des membres sont par ailleurs des accompagnateurs de l'excellent Jacco Gardner), est une petite merveille de groove psychédélique et exotique ("Sad Olup Gülmedim"), chanté en turc s'il vous plaît. Aussi coloré que sa magnifique pochette, le sextet embarque l'auditeur dans un voyage hallucinant aux confins du kitsch 70s mais au groove imparable et dévastateur (cf. « Goca Dünya », « Caney » et ses percussions folles). Au point que l'on jurerait être tombé sur une authentique pépite oubliée du groove local comme en sort régulièrement l'excellent label Habibi Funk. Inventif dans ses arrangements et enlevé, mû par une dynamique contemporaine faisant le lien entre passé et présent, cet effort inaugural est une authentique (et addictive) surprise. Excellent ! 
En concert le 17/10 au Mama Festival

lundi 24 septembre 2018

Festival CinéComedies à Lille du 27 au 30/09


L'inénarrable Pierre Richard sera l'invité d'honneur de la première édition de ce festival mettant en valeur la comédie des années 1930 à nos jours. Ciné concert (Retour de flamme), exposition, un flash mob autour du film "Rabbi Jacob" (Gérard Oury, 1973) et l'avant première du nouveau métrage de Pascal Thomas "A cause des filles... Et des garçons !?" sont au programme du week-end dans le Nord.
https://www.festival-cinecomedies.com/

dimanche 2 septembre 2018

Rock en Seine, 24, 25 et 26 Août 2018.


Ah ça, si l'édition de Rock En Seine 2018 restera dans les annales, ça sera pour de très mauvaises raisons. Une programmation pauvre (aucune tête d'affiche réellement à la hauteur), une présence de plus en plus marquée des sponsors, des barrières partout en forme de cache misère pour masquer le manque criant d'affluence le premier jour et de nombreuses inepties dans le planning : programmer Theo Lawrence à la même heure que The Psychotics Monks, on a connu des moyens plus intelligents de mettre en valeur la scène en développement ; Idles et Ezra Furman en concurrence directe c'est idiot… Et au final le spectateur sort de ce week-end un brin frustré. Rock en Seine... Le fan de rock aura eu bien peu de choses pour se sustenter ce week-end (et on ne nous fera pas avaler que Thirty Seconds To Mars est un groupe de rock!) Néanmoins, dans ce morne paysage d'automne avant l'heure, on a quand même retenu les choses suivantes :

First Aid Kit (c) Olivier Hoffchir

First Aid Kit
: Mené par deux sœurs suédoises le groupe a débuté dans une veine folk/country avant de propager une fièvre pop et électrique. De la lap-steel, du trombone autant d'instruments que l'on entends peu en festival ça fait du bien. On démarre sur une bonne note, c'est déjà ça.

The Liminanas (c) Christophe Crenel

The Liminanas
: Si il y a un groupe sur lequel on peut toujours compter pour avoir sa dose de rock' rock’n’roll c'est bien eux. Compact, impressionnant le groupe ensorcelle la foule dans une veine psyché/garage. Emmanuelle Seigner et un étrange et impassible go-go dancer en guests...

Nick Murphy (c) Olivier Hoffchir

Nick Murphy
: On ne connaissait rien de ce type avant d'être interpellé par une boucle froide de synthé vintage sous influence cold wave. Porté par un bassiste virtuose, Nick Murphy joue au crooner, ses torch songs faisant le grand écart entre électro et ambiances jazzy au piano totalement organique. Un registre étendu et plutôt une agréable surprise.


Gothking : Le patronyme du groupe était prometteur. A l'arrivée la déception d'un groupe plus punk que goth et un équilibre instable entre électro et punk. Quelques instants de fièvres, trop fugaces, via des lignes de guitares bien senties quand même. La formule manque encore de cohésion et de maturité. Ca va venir, espérons-le.

 Theo Lawrence (c) Olivier Hoffchir

Theo Lawrence & The Hearts
: Dans la foulée d'un album appelé à devenir un futur classique Theo et son groupe confirment tout le bien que l'on pensait d'eux, le répertoire franchissant aisément le passage à la scène. Hélas on n'aura que bien peu profité de leur prestation, la faute d'un planning absurde et mal pensé.

The Psycchotics Monks (c) Christophe Crenel

The Psychotics Monks
: Evidemment, arriver à la moitié de leur concert n'est pas le meilleur moyen d’apprécier leur performance qui s'envisage comme un tout. On note néanmoins une certaine évolution chez le quatuor moins porté sur les ambiances psychés et adepte d'une démarche plus noise et expérimentale, comme si un groupe punk se mettait au rock psychédélique. « On a découvert Sonic Youth », nous a confié Arthur (chant/guitare) après coup.

Tamino (c) Christophe Crenel

Tamino
: On ne vous fera pas le coup du nouveau Jeff Buckley tant le talent de ce dernier était unique et irremplaçable (tristesse). Cependant il y a un peu de cela chez l'Anversois adepte d'ambiances feutrées au phrasé de guitare élégant et voluptueux. Une bonne surprise.

King Gizzard and the lizard wizard (c) Olivier Hoffchir

King Gizzard and the Lizard Wizard
: Les Australiens voient tout en double, trois guitares et deux batteries, pour une ambiance survoltée, électrique, hypnotique, qui vaut bien plus qu'un énième revival. Une claque, enfin !

Liam Gallagher (c) Olivier Hoffchir

Liam Gallagher
: Une prestation calibrée qui peut s'apprécier ou se détester pour les mêmes raisons. Côté pile : un best-of d'Oasis, chouette alors ! Côté face : aucune surprise ni bonne, ni mauvaise. L'ex chanteur d'Oasis a délivré ce que l'on attendait de lui ni plus, ni moins. Reste un sens de l'humour imparable : « C'est le festival où Oasis s'est séparé, non ? Les backstage me semblent familières... » Quel comique ce Liam !

Charlotte Gainsbourg (c) Christophe Crenel

Charlotte Gainsbourg
: Entourée d'un impressionnant dispositifs de néons, Charlotte embrasse son passé (les reprises de « Lemon incest », « Charlotte for ever ») ainsi que l'histoire familiale, on pense beaucoup à Melody Nelson, mais sur une note plus moderne via l'ambiance électro froide tissée par Sebastian, alternant avec quelques passages funky bien sentis (cf. « Sylvia »). Plus familière et délurée avec le public, assise derrière son clavier, Charlotte est enfin devenu musicienne ! C'est une excellente nouvelle !

The Regrettes (c) Christophe Crenel

The Regrettes :
Un combo féminin survolté ou les harmonies vocales dignes d'un girl group des sixties côtoient une électricité punk. Pas mal du tout.


Belako : les Basques sont adeptes d'un clash entre noise, cold wave et électro punk entre My Bloody Valentine et les Cure. Un groupe soudé et compact (cf. les nombreux sourires échangés par les musiciens pendant leur set) qui joue réellement ensemble, ça fait du bien !

Ezra Furman (c) Olivier Hoffchir

Ezra Furman
: Le chanteur arrive travesti en femme. Chez Ezra Furman le travestissement transpire une note émouvante, on l'image outkast, incompris et solitaire. Une transgression à la Bowie, une ambiance évoquant Lou Reed, saxophone à l'appui, c'est une magnifique découverte.

Jessica 93 (c) Olivier Hoffchir

Jessica 93
: Depuis la séparation d'avec ses musiciens Jessica assure tout, tout seul. Une basse, une boîte à rythme et deux guitares, de l'art de faire beaucoup avec peu. Forcément l'impact live s'en trouve considérablement réduit mais d'un autre côté les pédales loop, et l'aspect répétitif qui en découle, tissent une toile hypnotique, répétitive, entêtante, ensorcelante. Un hybride étrange noise et psyché.

lundi 27 août 2018

Interview avec Belako



Dans un Rock En Seine plutôt morne cette année, le quatuor basque a constitué une authentique et magnifique surprise. Quelques minutes après une prestation survoltée, nous avons eu la chance de pouvoir échanger avec le groupe dans l'espace presse en compagnie de l'ami Jérôme Vaillant de Songazine… 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, en raison de la proximité avec la frontière, Belako n'avait jamais eu jusqu'à présent l'occasion de jouer de ce côté-ci des Pyrénées. Eux, en tout cas, sont tout heureux d'être ici apportant fraîcheur et enthousiasme dans un espace VIP à l'ambiance plutôt guindée, et communiquent avec passion sur leur musique : « C'est notre première fois en France et le public a été génial ! » Le moment revêt une importance toute particulière pour la chanteuse du groupe, Cristina, parfaitement francophone depuis ses études au lycée français, et presque une habituée du festival depuis une première visite, en tant que festivalière, il y a dix ans. 

La première chose qui frappe lorsque l'on découvre le quatuor sur scène, c'est la densité de la musique, le fait que les musiciens jouent réellement ensemble, comme en témoigne les nombreux sourires échangés entre eux pendant le concert : « On est ensemble depuis 7 ans, on est une équipe, une famille ». Une bonne humeur partageuse qui n'empêche pas cependant de faire passer quelques messages biens sentis à l'égard des personnes malveillantes envers le public féminin du festival : « On ne veut pas de mauvais comportements ! On est plus engagés dans les paroles du dernier album » (« Render me numb trivial violence », nda) 

Musicalement la chose surprend ! Une sorte de clash géant entre post-punk, cold et new wave, une pointe d'électro limite expérimentale, au-dessus de laquelle on croît reconnaître quelques ombres, My Bloody Valentine pour les strates de guitares stridente et un soupçon de Cure dans la basse. Le résultat est ultra vitaminé et la section rythmique tient la baraque en toute circonstance. C'est assez rare dans le rock pour être souligné mais la guitare reste muette en plusieurs occasions. L'affirmation d'une volonté d'aller de l'avant : « On essaie d'atteindre le point où on ne va pas se conformer à la norme. On copie mais à notre façon, on a même fait un morceau reggae ! (« Strangers in a box », nda) » Sauf qu'à l'écoute on est bien loin du reggae roots des années 1970 ! « On prend les éléments pour les emmener ailleurs, par exemple on a deux morceaux assez électro (dont le fameux raggae, nda). On essaye de trouver le moment où la distorsion va en quelque sorte briser la chanson. On adore le lo-fi, la majorité de l'album a été enregistré sur bande, on a un titre enregistré à partir d'un simple téléphone. » Mais tout cela prend évidemment une toute autre ampleur, plus puissante, sur scène : « Je suis habituellement une grosse dormeuse » nous confie la chanteuse Cristina « mais impossible de trouver le sommeil après un concert tellement la décharge d'adrénaline est forte. C'est pour ça que finalement jouer la journée (17h50, nda) ne me déplaît pas finalement ». Tout le contraire de Lore, la bassiste, qui elle est résolument une musicienne de nuit. Mais qu'importe dans le fond pourvu qu'on puisse les revoir bientôt sur scène par chez nous, de jour comme de nuit… 

Propos recueillis le 26/08/2018 à Rock en Seine
Un grand merci à Lola et Lucie de La Mission, à Jérôme, à Belako et à Cristina pour le cd !

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vendredi 24 août 2018

Rosaire : « Crystal Eyes »



« Crystal Eyes », premier album des Français de Rosaire, sorti en mai dernier, vient confirmer l'excellente tenue de la scène psychédélique hexagonale et c'est une surprise aussi grande qu'inattendue ! Rosaire donc, un quatuor venu de Bretagne, sort les guitares du garage et cela fait du bien ! A cheval entre yin et yang, le groupe prend son temps pour laisser le charme agir et se révèle particulièrement efficace sur des formats moyens, entre trois et cinq minutes, le temps idéal pour laisser se développer les thèmes psychédéliques, la répétition hypnotique, sans pour autant lasser (« A gate to heaven »). Sous des atours psychés, Rosaire se révèle un groupe de rock'n'roll brut, aux guitares râpeuses (« No more »), une déglingue savamment organisée qui n'est pas sans rappeler la première (et la meilleure) période du Brian Jonestown Massacre (« Sunday Night ») ou les Black Angels (« Ecstasy »). Le feu couve ainsi sous la glace entre nappes de guitares, stridentes ou vaporeuses, harmonies vocales éthérées et autres délires grandiloquents (« Mimi »), parfaitement assumés et mis en valeur par une production près de l'os, brute de décoffrage et sans ostentation. Une signature sonore qui participe pleinement au charme de ce premier disque réjouissant. 

https://rosaire.bandcamp.com/album/crystal-eyes-2
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I Me Mine : « Ellipsis »



Ce nouvel album du duo toulousain s'impose comme une véritable, et excellente, petite surprise. L'intention de fond est pop et il ne faut pas creuser bien loin pour trouver les racines de l'affaire : les Beatles ! Encore, me direz-vous à juste titre. Sauf que là le résultat est différent. Plutôt que de rechercher l'authenticité à tout prix, I me mine a fait sienne cette influence plus qu'encombrante. Un parti pris que l'on retrouve dans l'orchestration riche et soignée de l'affaire. Les claviers, utilisés à bon escient, permettent au groupe de s'échapper de la masse. Loin de plomber l'affaire, le verso électro du disque apporte une nouvelle dimension plus progressive à la musique sans gommer pour autant les guitares et les racines rock du groupe. Voici donc un disque tortueux plein de surprises et de rebondissements, d'arrangements alambiquées et de jolies harmonies vocales, dont le charme agît à plein dès la première écoute grâce à son aspect primesautier joyeux et printanier. C'était loin d'être gagné d'avance et c'est une réussite ! 

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lundi 20 août 2018

The Wealthy Hobos : « Piece of chic »



Un petit truc chic qu'ils disent… Et effectivement il y a un peu de cela dans le nouvel EP du groupe parisien. En cinq titres ils nous livrent une démonstration parfaite du blues/rock. Car de blues il est effectivement question, dans cette rythmique qui swingue, dans ce piano (électrique ou acoustique), discrètement virtuose, léger comme l'air et qui confère à l'ensemble un air (effectivement) chic et élégant (« Smoke'Em all down », « Mrs Jackson »). Un habillage classe qui contraste avec le véritable cœur de l'affaire, la facette rock'n'roll du groupe, ces guitares, grasses et sales, qui électrifient autant les amplis que l'auditeur (« Bloom », « Beat goes on »). Et le groupe de s'amuser à faire le grand écart entre les deux extrêmes au sein du même morceau (« Ghetto Blaster », saxophone tendance Stooges en prime) pour le plus grand plaisir de l'auditeur. Une petite pépite cachée derrière une magnifique et évocatrice pochette art déco. 

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dimanche 19 août 2018

France de Griessen : « Orpheon »



Artiste pluridisciplinaire (musique, poésie, comédie, aquarelles...), France de Griessen ne pouvait se contenter d'un album balancé en streaming sur la toile. Se faisant forte de réhabiliter l'objet physique, France a conçu son nouvel effort sous la forme d'un livre disque. L'objet est beau, désirable, le toucher délicat du papier fait un bien fou en ces temps de digitalisation forcée. Pour l'auditeur c'est également une expérience particulièrement immersive puisque le livre regroupe, outre la totalité des paroles, des notes explicatives expliquant la genèse de chaque titre, et l'ouvrage est richement illustré d'aquarelles de l'artiste et de nombreuses photos documentent l'aventure californienne de ce nouvel album. Car ce fût une aventure… En effet, ce nouvel album marque une évolution significative dans la carrière de France : la volonté de s'assumer comme une musicienne accomplie. Ce nouveau disque a été enregistré en petit comité, France et sa guitare, accompagnée du producteur Jamie Candiloro. A eux deux ils ont enregistré, à Los Angeles, l'album dans sa totalité. Le cœur de l'inspiration de France réside dans le punk, mais sa volonté était de faire un disque folk à son image, punk et acoustique, folk mais sauvage (« Tell me why », « A taste of you »). Ici point de balades gentillettes grattouillées sur des cordes en nylon mais un disque transpercé par des éclairs percussifs (« Civil War »), l'accent ayant été mis sur le rythme, la pulsation, la percussion qui prend ici diverses formes, psychédéliques et orientalisantes sur le premier titre « The Chosen One » (qui rappellent un peu le travail du batteur de Tool, Danny Carey, avec les tablas) mais qui le plus souvent incarnent l'élément « sauvage » de l'équation (cf. « Orpheon »). Enfin, l'album met en évidence le lien profond entretenu par l'artiste avec la nature. Une ballade en forêt, le chant des oiseaux ou une fleur sont autant de motifs d'émerveillements ou d'inspirations pour la chanteuse, qui, ici, ne se prive pas du plaisir d'arranger ses morceaux au moyen de bruits enregistrés au hasard comme le crépitement d'un feu de cheminée. Ainsi, l'album se termine de la plus belle des manières avec le bruit du roulement de vagues enregistrées sur la plage. Une manière de dire que l'on aborde le rivage signifiant la fin de ce magnifique voyage. 

L'album est également disponible seul au format digital.

https://francedegriessen.bandcamp.com/album/orpheon
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samedi 18 août 2018

Ian Siegal : « All the rage »



C'était en 2008. Une voix venue d'outre-tombe éructait « Who's gonna take my damn soul » sur l'album « Road movies » de l'harmoniciste Greg Zlap. Cette voix, qui avait tant marqué à l'époque, c'était celle de Ian Siegal, un personnage fascinant autant pour son talent, sa prestance et sa voix que pour son mode de vie supposément « décalé ». Autant dire que l'on s'est fait une joie de recevoir son nouvel album, le douzième d'une carrière s'étalant sur trois décennies (!) le tout dans un relatif anonymat... Donc, la chose s'intitule « All the rage », toute la rage, titre auquel on serait tenté d'ajouter l'adjectif « contenue ». En effet le blues de Siegal repose sur un équilibre délicat entre sa fameuse voix, râpeuse, qui possède un petit quelque chose de Tom Waits et de Calvin Russell, un vécu dont le blues traverse les cordes vocales, et la musicalité extrême du groupe qui l'accompagne. Des pointures dans leurs domaines respectifs : les guitaristes Jimbo Mathus et Dusty Cigaar, le bassiste Danny Van't Hoff et le batteur Rafael Schwiddessen. La bande des quatre tisse une toile classique et élégante dont la fluidité rappelle celle de Robert Cray. Tout le charme vient de cette opposition, le grand écart, entre le timbre de gorge, écorché, tabagique, faîte pour le blues, du chanteur et l'accompagnement faussement sage, car les apparences sont trompeuses et, derrière le calme apparent, l'orage gronde (« One-eyed king »). Le résultat est un disque hallucinant traversé d'éclairs baroques (« Jacob's ladder », « Ain't you great ? ») et d'effluves country sur les titres les plus acoustiques (« Won't be your shotgun rider », « My flame »). Un magnifique voyage. Puisse ce nouvel album ouvrir à Ian les portes d'une large reconnaissance amplement méritée. 

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vendredi 17 août 2018

Shane Guerrette



Du folk psychédélique (« Ivory and gold ») au rock teinté de blues et de soul (« Good times »), le jeune impétrant Shane Guerrette a, visiblement, beaucoup écouté de disques dans années 1960 et 1970, influence majeure qui constitue aujourd'hui le cœur de sa musique. Un décade magique dont il a parfaitement intégré les codes, de quoi donner un petit air de Black Crowes (cf. « Runaway blues ») a son premier EP. Parfaitement produit et bien écrit, cette première livraison constitue en soi un aboutissement. On peut toutefois regretter le côté patchwork du disque, sautant d'un genre à l'autre, qui brouille un peu l'écoute et dans laquelle on peine encore un peu a distinguer une véritable identité. C'est le majeur du disque, son côté scolaire auquel il manque un peu de folie, une prise de risque ou une signature personnelle. Un défaut de jeunesse qui se gommera probablement avec le temps, une simple question de maturation. Bien peu de chose dans le fond au regard des promesses ici esquissées. Car les débuts sont pour le moins encourageants… 

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jeudi 16 août 2018

Ben Harper et Charlie Musselwhite : « No mercy in this land »



Et dire qu'on pensait qu'il s'agissait d'un one shot… Quel ne fût pas notre plaisir lorsque l'on a appris, au printemps dernier, que la collaboration entre Ben Harper et l'harmoniciste vétéran Charlie Musselwhite allait connaître une suite après un premier effort commun « Get Up » sorti en 2013. Surtout quand cette dernière se révèle de cette qualité. On connaît tous Ben Harper, une idole des nineties qui a le bon goût de particulièrement bien vieillir, le guitariste et songwriter inspiré, le chanteur au timbre de voix émouvant. Et pourtant on a l'impression de le découvrir sous une nouvelle facette. Car l'âme de ce disque vient de l'harmonica de Musselwhite. Sa seule présence propulse Harper dans une nouvelle dimension, celle des classiques. Chaque ligne d'harmonica charrie avec elle un torrent de vécu, d'émotion (cf. le morceau titre « No mercy in this land », climax émotionnel du disque), et poursuit une lignée entamée il y a bien longtemps quelque part entre le Sud et Chicago. « Bad Habits », « Love and trust », « The bottle wins again » autant de titres sortant en 2018 et qui auraient aussi bien pu être enregistrés dans les années 1960. C'est là que réside tout la différence avec la cohorte des suiveurs revivalistes. Le duo ne cherche pas à recréer, il poursuit une œuvre, s'ancre dans une tradition. Décidément, Ben Harper n'est jamais aussi inspiré que lorsqu'il collabore avec ses aînés (cf. son album enregistré en 2004 avec les Blind Boys of Alabama)… 

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mercredi 15 août 2018

Tio Manuel : « Dos Tios »



Tio Manuel est un duo composé de Manu Castillo (guitare, voix, harmonica) et Gilles Fégeant (dobro). Le communiqué de presse nous apprend qu'il s'agit là de leur sixième effort : comment un tel groupe a-t-il pu passer entre les mailles de notre filet aussi longtemps ? Sixième album donc, qui s'articule autour de deux choix artistiques forts : enregistrer un disque acoustique et chanter en espagnol la majorité des titres, langue natale du chanteur Manu. Deux choix déterminants donnant une identité forte au groupe et une signature sonore qui permet au duo de se démarquer du tout venant blues. Chanter dans sa langue natale, voilà un conseil qui pourrait s'appliquer aux trois quarts des scènes rock et blues d'ici. Ici point de pose ou d'idiome mal maîtrisé. Au contraire, le chant de Manuel y gagne un plus incontestable en termes de véracité. Son expression transcende la barrière de la langue, chaque mot pèse son poids, le vécu transperce les cordes vocales du chanteur. Qu'importe si l'on a gardé quelques vagues souvenirs des cours d'espagnol du lycée (mea culpa), l'émotion est bien là, palpable et encore renforcée par le timbre rocailleux du vocaliste. C'est même presque mieux ainsi, l'imagination travaille à plein et s'invente des romans imaginant ce que peuvent bien cacher ses mots mystérieux servis par une voix d'outre-tombe. Le destin de quelques âmes perdues au fin fond d'un bouge interlope en tôle ondulée peut-être ? Les titres en anglais semblent un brin pâlots, scolaires, en comparaison. Ce choix de l'espagnol est corroboré par l'acoustique du disque, la grain et la chaleur des guitares sèches renforce la latinité du projet, la cohérence est parfaite. Le tout y gagne en intimité sous laquelle gronde l'orage. Car aussi chatoyant soit-il on sent le feu brûler dans les doigts des musiciens. Un superbe moment de musique, c'est aussi simple que cela. Merci. 
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mardi 14 août 2018

Hooka Hey : « War Cry »



Cela fait un petit moment que nous étions sans nouvelle d'Hooka Hey... Relocalisé à Austin, Texas, Hugo, chanteur de son état, sort un mini album de sept titres (disponible en digital uniquement) enregistré avec une nouvelle incarnation, étasunienne, du groupe. Au plus près de ses inspirations musicales, Hooka Hey vit probablement un rêve éveillé et la musique du groupe en est bouleversée… Certes, l'univers du groupe reste le même, entre blues et gros rock 70s, mais l'ensemble s'est considérablement densifié. Le bottelneck creuse un peu plus profondément le sillon du blues (cf. les huit minutes de « Burn »), l'écho des guitares d'obédiences stoner résonnent plus lourdement (« Bullseye »), plus violemment (« Expected Rejected »). Ainsi, Hooka Hey fait l'aller retour entre ces deux extrêmes, parfois au sein du même morceau, et part en toupie, invente des lignes de guitare baroques (cf. « Coney Island »), étire les chansons à l'extrême (les sept minutes de « Twisted Reality»), joue de la répétition hypnotique (« Herlock ») et parsème le tout d'effets bizarroïdes qui donnent le tournis tout en réinventant une nouvelle manière de psychédélisme, traditionnel -pas la moindre trace d'électronique ici- mais cependant moderne et sans clichés nostalgiques. Etourdissant ! 

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lundi 13 août 2018

Theo Lawrence & The Hearts : « Homemade Lemonade »



Ce premier album appartient à une catégorie rare. Celle de ces disques qui sonnent immédiatement familiers aux oreilles des auditeurs. Intemporels, qui en rappellent des milliers d'autres tout en proposant un contenu frais et original. Un classique immédiat. Et il faut dire que pour un premier album, Theo Lawrence et son groupe The Hearts fait fort. La chose est située dans un espace temps très précis. Une sorte DeLorean musicale qui nous ramène immanquablement aux Etats-Unis, à la fin des années 1960, début 1970. C'est là que se situent, assurément, les racines qui ont produit ce magnifique album de rock’n’roll soulful (« A house but not a home »), teinté de folk (« Who was I »). Theo Lawrence n'a que 22 ans et on doit se pincer pour y croire, tant l'album est maîtrisé tant sur le plan vocal (écoutez le râle sur la coda de « Heaven to me ») que musical. Produit avec un sens du détail qui confine à la maniaquerie, l'album dégage une âme, une atmosphère, une ruralité de bon goût comme un couché de soleil sur les champs de blé ("Shaghai Lady"), entre un bon vieux Creedence (« Chew me up ») et un classique de la soul sudiste (« My Sunshine is dead », « Sucker for love »). Excellent. 

En concert le 25/08 à Rock en Seine
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jeudi 9 août 2018

Nevermind The Car : "EP2"



Qu'il s'agisse du musicien en tournée, de quelques notes sortant de l'autoradio pour accompagner le voyageur occasionnel ou de tout ceux qui, à l'instar de l'auteur de ces lignes, ont une passion pour l'automobile et adorent écouter la musique en conduisant, la route, et par extension la voiture, est indissociable de la musique. Heureuse chance, le groupe, bien nommé, Nevermind The Car, vient de sortir le disque idéal pour faire groover l'autoroute, un nouveau compagnon de voyage que ce nouvel EP, quelle merveilleuse nouvelle ! Et, pour ce faire, le trio (quatuor sur scène) a mis au point un mélange des plus efficace au croisement des années 80 et 90. Deux influences parfaitement digérées ici, ces six titres s'avérant plus intemporels que nostalgiques. Des années 80, le groupe garde un certain spleen, pas nécessaire flagrant au premier abord, mais lancinant, perceptible dans quelques nappes de claviers ou un désenchantement perceptible dans la voix (cf. « Elastic », « Angels Fall »). De la décennie suivante, les années 1990, le groupe a retenu surtout la pèche, la patate, de la power pop de l'époque (cf. « Sweet Love », « Innocent » à la limite du stoner). De l'énergie et des guitares qui dépotent et qui constituent, dans le fond, le cœur de l'affaire, le spleen et la retenue agissant comme un vernis posé sur les compositions (« Ghost Crisis », « Never let you go »). Le visuel de la pochette, une muscle car épurée, en impose. Et traduit finalement bien la chose : attention à manier avec précaution, sinon gare au danger. 

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mercredi 8 août 2018

Nine Inch Nails : « Bad Witch »



Un début et une fin. Avec ce nouvel EP, le duo Trent Reznor et Atticus Ross achève une trilogie entamée avec « Not the actual events » en 2016, poursuivie avec « Add Violence » l'an dernier et terminée ici. Une fin. Et un début car à l'écoute du disque le sentiment qu'un cycle se termine pour le groupe se fait jour. Friand d'expérimentations en tout genres, le duo pousse le bouchon assez loin, et accouche d'un disque déstabilisant à plus d'un titre. Depuis longtemps, Reznor tente d'inoculer une dose de groove (une conséquence des ses années à La Nouvelle Orléans ?) dans sa musique toujours estampillée industrielle. Là, Reznor est passée à l'étape suivante, celle du free jazz : le saxophone fantôme de l'instrumental « Play the goddamned part », le chant crooner de « God break down the door » et de « Over and out ». Comme il a toujours su le faire avant, Reznor incopore ces éléments dans sa musique pour l'enrichir sans la dénature tout à fait, mais suffisamment pour lancer une sorte de défi à ses fans. Ainsi, le disque enchaîne les coupures brutales, les éclairs de guitare d'une violence inouïe, les rythmiques tordues et les nappes de claviers biscornues et malsaines (« Shit Mirror », « Ahead of ourselves »). Tout un décorum mis en place pour sublimer le pessimisme extrême de Reznor : l'humanité court à sa perte, il en est pleinement conscient (« Shit mirror »), en conclut qu'il ne peut pas être de ce monde (« I'm not from this world ») et signe finalement un disque en forme de bande originale de l'apocalypse. Nihiliste comme à ses plus belles heures. Et pourtant l'ep annonce un nouveau cycle pour le groupe, plus cinématographique et d'une certaine manière plus aéré (« I'm not from this world », « Over and out »). Enfin, si nous survivons à la catastrophe annoncée… 

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mardi 7 août 2018

ECS BROGH'N



Voici un étrange objet. Visuel abscons, aucun mention des titres nulle part, aucun crédit et ce nom de groupe imprononçable... Avant même d'avoir écouté la moindre note le disque éveille un sentiment ambivalent entre crainte et curiosité un tantinet malsaine. On sent la chose inquiétante. Puis vint le moment d'insérer le disque dans le lecteur. Et là le choc. La musique, d'obédience métallique est-il besoin de le préciser, est d'une brutalité extrême. La voix, gutturale au possible, égrène des paroles inaudibles, incompréhensibles, d'où quelques mots se dégagent tantôt en français, tantôt en anglais. Puis vint la deuxième plage (toujours pas de titre) expérimentale, une sorte de fusion jazz/métal déglinguée, la voix émet des sons s'harmonisant aux guitares. Le tout semble avoir été capté sur le vif, une sorte d'happening sonore. Arrivé à ce point deux solutions. Soit le décrochage complet, soit on s'accroche. On opte pour la deuxième solution et on plonge alors dans un abîme de perplexité et de noirceur. Quelque fois l'horizon s'éclaire, le temps de quelques mesures moins brutales. Un disque manifeste autant fascinant, qu'effrayant, un pavé jeté dans la mare de nos enceintes. Faites du bruit.

lundi 6 août 2018

Robin Foster : « La Forêt / Ma Unan »



Robin Foster fait partie de ces anglo-saxons, exilés dans l’Hexagone et qui font les beaux jours de nos oreilles. Ce nouvel EP se veut un hommage à sa terre d'adoption et à la forêt. Et c'est l'esprit de la forêt, tantôt sombre et inquiétante, mais également havre de paix, qui habite les cinq titres de ce nouvel effort. Cela commence par un grondement, une nappe de clavier, sourde et menaçante avant qu'une guitare teinté de blues ne fasse son entrée en son. Et c'est dans cet entre-deux, ambivalent, entre quiétude et intranquillité, que le disque fait son petit bout de chemin. La musique est ample, cinématographique, traversée d'éclairs lyriques (le chant de Madelyn Ann en langue bretonne sur « Ma Unan ») singuliers et mystérieux, post-rock rehaussé de légères touches électroniques de bon aloi. A noter une magnifique reprise aérienne, du classique du Velvet Underground « Oh ! Sweet Nuthin » (Sigur Ros n'aurait pas fait mieux) en compagnie de Pamela Hute qui a eu le bon goût de signer l'artiste sur son propre label My Dear Recordings. 

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dimanche 5 août 2018

The Blind Suns : « Offshore »


(c) Antoine Villiers


A en croire la pochette de ce nouvel album, l'océan, les grands espaces, le surf et la quête de liberté sont autant d'éléments constitutifs du groupe The Blind Suns. Mais là, ou on pouvait s'attendre à un disque rétro et ensoleillé, le trio étonne par sa démarche. Car oui si il est bien question de surf music ici, en partie grâce à quelques parties de guitares inspirées qui parsèment l'album (cf. « Ride »), la reddition qui est faite de l'idiome est bien loin des clichés. A la plage ensoleillée, le groupe préfère les gros rouleaux sous un ciel orageux. Ainsi l'ambiance du disque est plutôt froide, entre synthés cold wave (cf. « Brand new start ») et nappes brumeuses de guitares atmosphériques (cf. « Hush », "Offshore") rappelant le shoegaze. Le tout forme un étrange agglomérat faisant le lien entre les années 1960 (le rock psychédélique, la surf music), les années 1980 (la cold et la new wave) et les années 1990 (le shoegaze). Un album assez bizarre dans le fond, inclassable, loin des clichés et de la nostalgie dont la voix, diaphane et éthérée, de la chanteuse Dorota (d'origine polonaise) renforce la singularité. A découvrir ne serait-ce que pour la fabuleuse « Texas Sky » avec Dirty Deep en invité, que l'on n'attendait pas du tout dans un tel contexte, pour un résultat évoquant Jesus and Mary Chain ou le Black Rebel Motorcycle Club. Une affaire de grand écart stylistique, toujours…


samedi 4 août 2018

BIJOU Dauga : « Sans pitié – En public »


La photo a vieilli, on l'a sans doute un peu oubliée. Mais à la fin des années 1970, la France avait une scène rock rock’n’roll de haute tenue : Little Bob Story, Dogs et Bijou. Ce dernier avait nos faveurs, pour sa capacité a amalgamer les tendances : mod, blues ou pub rock, peu importait dans le fond, Bijou avait la fièvre et le démon du rock rock’n’roll chevillé au corps. Et contrairement aux autres groupes précités, chantait en français sur des compositions soutenant, haut la main, la comparaison avec le sacro-saint modèle anglo-saxon. Là, dès 1981, Bijou mettait la clé sous la porte en même temps que ses membres tombaient peu à peu dans l'oubli. Et puis, Philippe Dauga, le bassiste/chanteur, tentait tant bien que mal de relancer la machine. Il y eut un 45 tours en 1988 (Passage Souterrain/Lola) resté sans suite. Puis un nouveau line-up « SVP » (sans Vincent Palmer, l'emblématique guitariste devenu journaliste à Rock n'Folk) mais avec le batteur Dynamite Yan. Puis sans ce dernier pour cette formule Bijou Dauga. Enregistré live à Annemasse, l'album ouvre, dans un premier temps, la boîte aux souvenirs reprenant les titres du trio d'origine : « Danse avec moi », « C'est un animal », « Je connais ton numéro de téléphone ». La première séquence donne le frisson, on retrouve les chansons avec un grand plaisir. Le rendu est parfait et les nouveaux venus Frantz Grimm (guitare) et Fred Maizier (batterie) se glissent sans peine dans les baskets des anciens, ce qui n'avait rien d'évident. Mais, probablement parce qu'il refuse d'être ancré dans son passé et aussi parce que sa carrière ne se résume pas à son trio, Dauga dégaine ses nouvelles compositions et les raretés issues de son œuvre en solo. Soyons honnêtes, on découvre cette nouvelle facette du guitariste avec ce live. Mais les compositions tiennent le coup. Sans chercher à réinventer l'eau chaude, Dauga fait ce qu'il réussit de mieux : du rock rock’n’roll, c'est simple et ça marche à tout les coups. L'excitation est la même qu'il y a quarante ans, imparable (« Descente aux enfers », « Au nom de l'amour ») ! A noter une chouette reprise de « Harley Davidson » (à la grande époque, le trio avait collaboré avec Gainsbourg, cf. « Betty Jane Rose ») et une virée très réussie du côté du blues « C'est encore l'automne ». Intemporel, le disque transcende la nostalgie, c'est un tour de force ! La sélection des titres est d'une grande homogénéité, les musiciens impeccables, le répertoire apparaît plus dense en live au point que l'excitation passe à travers les enceintes. Voici le disque parfait pour relancer la machine de ce grand bonhomme oublié du rock français. 
Sortie le 31/08.
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vendredi 3 août 2018

Céline Tolosa : « Vendredi Soir »



Nous sommes donc vendredi soir et le moment semble idéal pour évoquer le nouvel EP de la chanteuse, six titres qui marquent une évolution notable de la direction musicale de l'artiste. Le fond, celui de la cover girl nostalgique, une vision romantique des sixties, reste mais la forme diffère ; mettant l'accent sur les synthés new-wave, tout en maintenant un noyau dur organique (« Dis-moi », « Les Beaux Garçons »). En ce sens ce nouveau disque rappelle Etienne Daho et Arnold Turboust qui, à l'époque, avaient réinterprété le mythe yé-yé en le mettant au goût du jour synthétique. Céline Tolosa a grandi dans une famille de comédiens, sa voie première, qu'elle a abandonné pour s'adonner à la musique. Il en reste un fond aujourd'hui car Céline habite, et interprète littéralement sa musique. En ce sens la reprise de « L'amour en fuite », chipée chez Souchon mais aussi (surtout) chez François Truffaut (extraite de la bande originale du film du même nom) prend tout son sens. Ailleurs, Céline nous fait un grand numéro de charme (cf. « Dis-moi » : aïe aïe aïe, on est à deux doigts de tomber en amour là!) ou donnant des accent de film noir au « Beaux Garçons », dont l'ambiance rappelle la bande originale d'un polar 70s signée François de Roubaix ou Philippe Sarde. Mais le thème de prédilection de Céline reste Paris, son spleen, sa solitude, ses désillusions, les trottoir arpentés de la ville que l'on adore mais que l'on rêve pourtant de quitter (cf. « Bahia »). Ainsi l'ep collectionne les mots touchants évoquant une mélancolie paradoxalement joyeuse. Voici un magnifique disque nocturne, un voyage en musique, que l'on prendra plaisir à réécouter tous les soirs de la semaine… 
Sortie le 5 octobre.