jeudi 2 avril 2020

Robin McKelle : « Alterations »



Redonnant tout son sens à son titre, altération qui signifie la modification d'une note, Robin McKelle prend de la hauteur de vue sur son nouveau disque, offrant une vision panoramique des chanteuses qui l'on influencé, de Janis Joplin à Amy Winehouse en passant par, aussi surprenant que cela puisse paraître, Lana Del Rey. La collection de reprises est certes une démarche classique dans le jazz, mais cette nouvelle livrée se distingue par l'unité que l'artiste a réussi à donner à ces titres venus d'horizons divers. Une fine équipe de musiciens, entretenant savamment un sentiment d'intimité prégnant (cf. "No ordinary love"), entoure la chanteuse qui renoue ici avec les cuivres et autres orgues, proscrits sur son précédent album, l'acoustique « Melodic Canvas ». La prise de risque caractérise également ce disque, Robin McKelle n'ayant pas hésité à modifier à l'envi les compositions pour les faire coller à son univers. On notera ainsi une reprise très étonnante de « Mercedes Benz », très orchestrée, à l'opposé de l'original, a cappella de Janis Joplin. La chanteuse joue ainsi sur du velours : du tapis de notes composé de soli enlevés au groove délicat (cf. « Jolene »), tout est sur mesure pour son chant élastique, entre puissance et émotion. Les planètes sont alignées faire de ce disque un excellent moment d'écoute pour l'auditeur, transporté dans le confort cosy d'un club New-yorkais, cher aux origines de la chanteuse. Pas de mauvaise surprise donc, mais un disque solide tel que Robin McKelle a l'habitude d'en proposer depuis le début de sa carrière. 

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mercredi 1 avril 2020

Joulik : « Envol »



L'envol. Existe-t-il plus belle promesse, à l'heure actuelle, que celle d'un envol ? Cet ailleurs, pour l'instant inaccessible, le trio Joulik se fait fort de nous le faire atteindre. Le parti est pris d'une sonorité acoustique ; celui de l'orchestration, atypique, est assumé : accordéon, violoncelle, guitare, oud et mandole. Les cordes sont délicatement frottées, arpégées, le souffle chaud de l'accordéon se fait sentir ; les voix et les langues se mélangent alors. Français, italien, portugais, wolof ou ladino (langue vernaculaire tombée en désuétude mélange d'hébreu et d'espagnol). En sons et en mélodies, en rythmes et en pulsations, Joulik efface les frontières et les différences. De l'Afrique au Moyen-Orient, en passant par l'Amérique Latine et les Balkans, Joulik trace la route d'un voyage imaginaire et fantasmé. Tout juste manque-t-il la silhouette sombre de Corto Maltese scrutant l'horizon d'un air pensif. Les adjectifs affluent alors : délicat, mélodique, doux et apaisant, dépaysant et exotique. Autant de mots jetés dans cet océan de notes, autant de tentatives dérisoires pour tenter une description. La promesse était belle, le plus beau restant qu'elle ait été tenue. Un album apaisant. 
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mardi 31 mars 2020

Bai Kamara Jr & The Voodoo Sniffers : « Salone »



Entre l'Afrique qui l'a vue naître, en Sierra Leone (Salone en langue krio), et l'Europe (Angleterre, Belgique) qui l'a vu grandir et exister sur le plan musical, Bai Kamara Jr ne saurait choisir. Autant en faire un album, ce qu'il réussit aujourd'hui avec grâce et élégance ; son disque le plus personnel à ce jour. Renouer le lien entre le blues et ses racines africaines, tracer la ligne qui partirait des griots africains pour rejoindre un coin de rue à Chicago en passant par le delta du Mississippi, l'idée est loin d'être neuve et certains s'y sont essayés avec une réussite certaine (Eric Bibb, Mighty Mo Rodgers). On pourrait tenter de rapprocher cet album de ce que l'on connaît, de Bombino à Tinariwen, du blues africain mais l'idée n'est finalement pas si judicieuse que cela. Chez Kamara, l'Afrique est un écho lointain, une terre qui, forcément, lui est chère mais qu'il a quitté prématurément, sans jamais y avoir joué la moindre note. Une présence fantomatique qui le hante sans véritable présence palpable. Son album sera donc à son image et aura un pied dans chaque continent. Un disque de blues acoustique, remarquablement écrit et produit, dont l'africanité résidera dans l'utilisation, judicieuse, de percussions diverses et variées conférant la sensation d'un album habité et hypnotique. L'amalgame harmonieux fonctionne merveilleusement bien avec l'écriture et l'interprétation raffinée de Kamara. Sublime. Une grande réussite à classer entre Eric Bibb et le premier Keb'Mo. 

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lundi 30 mars 2020

Joseph Martone : « Honey Birds »



Avant même l'instant magique, celui où on appuie sur le bouton play, le chanteur fascine : un nom que l'on jurerait tout droit sorti des Sopranos, une vie passée entre les deux rives de l'Atlantique, entre les États-Unis (New York City, Little Italy) qui l'on vu naître et l'Italie, la vraie, où il vit actuellement. Quand il ne chante pas, Joseph Martone exerce la profession de viticulteur, dans la région napolitaise où il a élu domicile. Voilà de quoi garnir encore un peu sa légende. Car, sur le seul plan musical, Martone est plutôt excellemment bien parti. Son timbre de voix caverneux est, à lui-seul, la promesse d'une odyssée musicale mémorable. Surtout quand celle-ci accompagne un blues ténébreux (« The deal ») où traîne l'influence de Nick Cave. Ailleurs, on ressent ici et là les influences du folk (« Trust » ; « Same old same old » ; « Declared war ») du western spaghetti ("Firefly" comme un inédit d'Ennio Morricone) ou du rock'n'roll (« St. Christopher ») passées au tamis d'arrangements scabreux évoquant la bande originale d'un film noir dérangé que l'on imagine réalisé par David Lynch. L'album brille par une absence d'oripeaux, concentré intelligemment sur l'essentiel, chaque piste brille tel un rai de lumière dans le noir cultivant, au fil de l'écoute, l'intimité avec l'auditeur. Une œuvre au noir, passionnante de bout en bout.

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samedi 28 mars 2020

L'Epée : "Diabolique"



Entamée avec « Shadow People », le dernier album en date des Limiñanas, la collaboration entre ces derniers et Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre) prend une tournure nouvelle avec la formation de ce tout nouveau groupe dans lequel on retrouve également Emmanuelle Seigner (déjà présente aux agapes précédentes). Sans toutefois ne jamais s'éloigner des lignes créatives de leurs autres projets, garage et psychédéliques, ces « nouveaux impétrants » se distinguent du tout venant par une approche orientalisante avec, comme principaux ingrédients, des percussions et de la basse marocaine. Porté par une batterie d'obédience velvetienne, l'école Moe Tucker, très portée sur le tome basse avec peu de cymbales, l'impressionnant magma sonore ainsi crée révèle un groove en sourdine, compact et presque étouffant, répétitif, hypnotique et magnétique. Le chant féminin, parfois parlé, apporte un peu de légèreté, et beaucoup de contraste, en français, presque naïvement yéyé. Excellent et tranchant !
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vendredi 27 mars 2020

Cypress Hill : « Elephant on acid »



On savait depuis longtemps le trio de Los Angeles amateur de fumette et militant engagé pour la légalisation de leur péché mignon. Mais là, en inventant un son inédit et hybride, à mi-chemin du hip-hop et de la psychédélie ; c'est à ce demander ce que Dj Muggs et ses acolytes ont bien pu inhaler. Près de trente ans après leurs débuts et neuf albums, le groupe légendaire du rap west-coast a trouvé une nouvelle brèche à ouvrir dans leur univers dark. L'ambition musicale est à la hausse et le groupe ouvre ses rangs à des collaborations inédites, des chanteurs égyptiens, des sitars et tablas indiennes (ce dernier point les rapprochant, paradoxalement, de Tool). Le tout se mélange à l'influence latino, au rythme anxiogène et au flow ténébreux, artefacts typiques du son du groupe depuis ses débuts, constituant un background dramatique contrebalancé par le chant soul de la lumineuse chanteuse Brevi, invitée sur trois titres (cf. "Reefer Man"). Avec ces pistes aux titres fleurant bon les sixties (« Band of Gypsies » ! « Stairway to heaven »!) l'ombre du rock n'a jamais autant plané sur Cypress Hill sans que cette influence nous saute directement aux oreilles. Ombre et lumière, trip-hop ambiant et jazz avant gardiste, se mélangent ainsi dans un album hypnotique qui marque toute l'évolution du trio depuis les années 1990. Un trip ambitieux. 

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jeudi 26 mars 2020

Kimberose : « Chapter One »



Voici le premier chapitre des aventures musicales de Kimberly Kiston-Mills. Après une longue période d'hésitation, Kimberly ose enfin le chant : Kimberose ! Pour un premier effort, ce dernier déborde d'une maturité impressionnante. La voix est posée parfois grave dans un registre quasiment rageur (cf. « I'm sorry ») ou séductrice dans une ambiance plus intime (cf. « Reason » ; « Waiting for you ») ; le chant devient ainsi l'incarnation idéale d'émotions dégringolant en cascades au fil de l'écoute. Musicalement, le geste est très sûr dans un registre soul mâtiné de jazz, alternant l'introspection (cf. la reprise de Leadbelly « Where did you sleep last night ? ») et l'invitation funky à la danse (« About us » ; « Strong Woman ») ; le groove est, quelque soit le contexte, toujours solide et sert de base à de belles interventions des claviers (piano ou orgue) inspirées et soulful. Clairement ancrée dans un registre soul, la musique de Kimberose ne se contente pas de recycler les lieux-communs vintage, avec plus ou moins de talent, comme tant d'autres mais embrasse le genre, et ses enjeux, à bras le corps pour un résultat frais et original, respectant l'idiome sans le dénaturer et évitant l'écueil du plagiat. Un premier album consistant et solide, hautement recommandable. Espérons que la suite de l'histoire fera honneur à ces excellents débuts. 

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mercredi 25 mars 2020

58 Shots : « French Rock Revolution »



Depuis leur premier album « Don't mess with the lion » un clin d’œil à leur ville natale de Belfort sorti en 2015 (chronique ici), on avait un peu perdu de vue le groupe 58 Shots. Cinq ans après le gang est de retour en pleine forme et il y a fort à parier que dans l'intervalle les musiciens n'ont que peu sortis le nez, et leurs oreilles surtout, de leur collection de vinyles vintage certifiés 70s, dont l'influence est prégnante. On trouve un peu de tout ici, du riff sec et claquant à la AC/DC en ouverture (« French Rock Revolution »), une bien nommée « Zeppelin Song » (si, si) et un peu de Deep Purple partout dans l'utilisation virtuose de l'orgue hammond pour renforcer l'aspect vaporeux et psychédélique du groupe (« I'm sorry », « Man of Sorrow »). Une forme d’allégeance de la part des musiciens qui ne doit cependant pas occulter les qualités intrinsèques des Belfortains, l'énergie, la virtuosité (cf. l'acoustique « Like the son you want me to be » qui prouve que ce disque n'est pas que saturation et décibels rageurs) et un savoir-faire indéniable. Un pur moment de rock'n'roll comme dirait l'autre. 

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dimanche 22 mars 2020

Christopher Paul Stelling : « Best of luck »



Ce nouvel album du songwriter étasunien ouvre un nouveau chapitre dans la carrière de son créateur. L'aventure a débutée sur scène alors que Christopher part en tournée, en première partie de Ben Harper. Ce dernier, enthousiasmé par son cadet, lui propose une collaboration. Et c'est ainsi qu'est né ce nouvel effort produit par M. Ben Harper en personne. La présence de ce dernier se révèle tellement prégnante que sa personnalité déborde sur celle de l'artiste qui n'a jamais sonné aussi cool et relax. Même façon de faire passer ses messages en douceur ; même l'intonation de son chant rappelle Harper. Délicat et alangui, nourri d'arpèges de guitare acoustique suffisamment évocateurs pour délocaliser l'auditeur au milieu des grands espaces. Il se dégage de ce nouvel effort un magnétisme quasiment cinématographique puissant et une évidence digne d'un classique immédiat. Un grand album qui fait du bien ! 

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samedi 21 mars 2020

Bebly : « ULDO »



Actif depuis dix ans, 3 albums et 2 eps au compteur, le trio francilien renoue avec l'urgence rock telle qu'on la pratiquait dans nos contrées au mitan des années 1990. L'ombre de Noir Désir et de ses textes cisaillés plane donc sur cette nouvelle livraison avec ce que cela comporte de batteries explosives et de guitares, fortement électrifiées, à l'avenant. Un flot continu de décibels qui ne constitue pourtant qu'une facette de la formation qui, lorsqu'elle débranche les amplis, ouvre la porte à l'émotion vive, palpable, décrite avec une douloureuse, et pudique, justesse (cf. « Ce que la vie me confisque » ; « Erreurs de jeunesse »). 

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vendredi 20 mars 2020

Los Orioles : « Vacances à Mer »



Voilà un titre qui laisse rêveur par les temps qui courent (et ce en dépit du jeu de mot : vacances amères) ! Confinés que nous sommes, dans une chambre, pas forcément avec vue d'ailleurs, on se laisse prendre au piège tendu par le duo suisse, et ce avec plaisir et délectation ! La proposition musicale, un savant mélange de rock garage et psychédélique mâtinée de percussions exotiques, a l'immense mérite de nous faire voyager en musique le long de rivages imaginaires aux plages bordées de palmiers. Hypnotisme, guitares fuzz et rythmes africains sont au menu entretenant un intriguant contraste avec le chant en français. On apprécie déjà ce genre de choses en temps ordinaire, doux euphémisme que d'affirmer que c'est encore plus le cas aujourd'hui ! 

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jeudi 19 mars 2020

Not Your Animal : « Not Rock and Roll »



En intitulant son EP « Not Rock and Roll », cette bande de petits cachottiers tente, maladroitement, de cacher son jeu. Un stratagème qui ne résistera pas à la première minute du disque et du torrent de guitare qui s'abattent sur « Reason to love » à mi-chemin du grunge et du rock garage (on croit déceler un soupçon d'Eddie Vedder dans l'intonation), deux idiomes auxquels le groupe à le bon goût d'associer une touche d'americana (cf. « Abracadabra » ; « Cannibal »). Le quatuor appelle cela de l' « eco-core » un sous-genre dystopique témoignant du long suicide collectif de l'humanité qui prends soudainement une résonance particulière en cette période, inédite, de confinement généralisé. Donc, pour finir, Not Your Animal, c'est du rock'n'roll, du bon, et un animal à découvrir d'urgence ! 

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mercredi 18 mars 2020

Jeanphilip : « Phonétique / Le Plafond »



En deux titres, le Québécois Jeanphilip (Tanguay) illustre, avec brio, toute l'excellence du rock québécois et l'influence positive de la proximité de la frontière étasunienne sur ce dernier. Dans le genre de power pop francophone, difficile en effet de trouver mieux, et ce en deux titres seulement. La première plage de l'ep « Phonétique » est un petit bonheur de rock incisif et rentre dedans. La face B « Le Plafond » agît en miroir opposé mettant l'accent, un tantinet mélancolique (cf. les arrangements de cordes), sur une mélodie alanguie. Excellent ! 

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vendredi 13 mars 2020

Nada Surf, La Cigale, 11 mars 2020.


C'est au terme d'un arrangement rocambolesque que le concert s'est tenu. La jauge complète de la salle de La Cigale affichant 1400 places, 400 de plus que le maximum autorisé (drastiquement descendu à 100 depuis) consécutivement à la pandémie de COVID-19, le groupe, connu pour sa générosité avec le public, a décidé d'assurer deux sets, à 19h puis à 21h, pour contenter tout le monde et éviter l'annulation pure et simple. Concrètement, la fosse est ouverte normalement, seule une poignée (une dizaine tout au plus) de spectateurs ont trouvé refuge au balcon. De quoi assurer un semblant d'ambiance au cœur de cette soirée surréaliste. On se souvient ainsi que le dernier concert du groupe auquel on avait assisté se tenait au Bataclan fraîchement réouvert après le drame que l'on sait. On se souvient que la dernière fois que l'on avait croisé Matthew, le chanteur, pour une interview, c'était le 4 décembre 2019 à la veille d'une très longue grève. Voilà le groupe qui redébarque en pleine pandémie, appelons cela le privilège de l'âge, ces formations qui nous accompagnent depuis tellement longtemps qu'elles en deviennent une sorte de baromètre des différents événements rythmant nos vies. Ainsi le concert file droit et le groupe ne prends guère le temps de se répandre préférant jouer, qui s'en plaindra ? Le set commence de manière inhabituelle par un solo de batterie d'Ira, les musiciens arrivant au compte goutte les uns après les autres pour ainsi donner corps au premier titre, « So much love ». Beaucoup de tubes, certains plus revisités depuis un certain temps nous semble-t-il (« Hi speed soul ») et une alternance entre morceaux « énervés » (« The Plan ») mettant en valeur la collection de Fender de Matthew qui a abandonnée les Gibson) et calmes (« Inside of love », « Blonde on Blonde », « Hyperspace ») dont la mélancolie est renforcée par l'apport prépondérant de Louie Lino aux claviers, le nouveau membre du groupe depuis le récent album « Never not together ». Le show s'est terminé avec « The Blankest Year » dont le refrain « Fuck it i'm gonna have a party » résonne avec acuité en ce mercredi soir. 

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samedi 7 mars 2020

Matthieu Miegeville : « Est-Ouest »






Si depuis un certain 10 janvier 2016 nombreux sont ceux à rendre hommage à David Bowie, Matthieu Miegeville le fait à sa façon privilégiant la démarche plutôt que le style. Point de référence au regretté Ziggy sur ce premier album en solo mais plutôt une similitude de cheminent à travers les affres de la création. Ainsi, on a connu Matthieu punk, chanteur de métal au sein de ses groupes Psykup, Cancel The Apocalypse et My Own Private Alaska ou « jazzman » (on insiste sur l'importance des guillemets en l'espèce) au sein du duo Black Painters le temps d'un magnifique (et hélas unique pour le moment) album. Le projet solo de Matthieu se fera donc dans la langue de Molière et une mutation de plus pour le chanteur. Situé aux confins de la chanson et de pop teintée d'électronique, c'est bel et bien le timbre (de gorge et accrochant immédiatement l'oreille) si caractéristique du chanteur, qui incarne l'élément rock de l'équation au travers de son interprétation intense et fiévreuse de ses textes poétiques entre révolte (« Les Portes ») et nostalgie doucereuse, « Tu chantais », qui clôt ce court (8 titres) premier album de haute volée. 
https://www.difymusic.com/miegeville

vendredi 6 mars 2020

Bottle Next : « Drift »



Sur le catalogue de leur label, Le Cri du Charbon, le duo apparaît sous la dénomination hard folk. Une association pour le moins audacieuse pour un groupe qui ne l'est pas moins tant il est rare de croiser ce genre de projet hybride allant d'une extrême à l'autre ; du folk au métal. Il était fois une batterie (Martin Ecuer) et une guitare (Pierre Rettien). Jusqu'ici l'histoire est bien connue, ce qui l'est moins c'est l'étrange mélange des genres pour un duo aussi à l'aise avec ou sans ampli crachant un flot de décibels saturés et un guitariste/chanteur au timbre guttural, Pierre, jouant également du saxophone, dans un style inimitable de brio expérimental, histoire d'ajouter une note de fusion free jazz à la confusion ambiante. Car le groupe à également le goût de l'expérimentation des compositions à rallonge (seulement 9 titres sur ce deuxième album) aux multiples et labyrinthiques tiroirs, partant dans de surprenants développements. Il apparaît néanmoins à l'écoute que Bottle Next reste fondamentalement un groupe de rock/métal pur et dur agrémentant sa musique d'arrangements fous du folk au jazz. Si tous les éléments étaient déjà présents sur le premier EP du groupe (voir ici) ce dernier a, avec le temps et l'expérience, réussi à unifier le son dans un tout cohérent en dépit de la variété des ingrédients qui le compose. Un tour de force, osé et délectable, somme toute assez réussi, qui nécessite de ne pas avoir froid aux yeux. 

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jeudi 5 mars 2020

Acquin : « Bareback »



Le regard taquin déchirant une cible sur la magnifique pochette (signée Iannis Pledel) n'est pas le moindre trésor de ce premier effort de l'artiste. Musicien de formation classique, avant de passer à l'écriture de chansons, Acquin a gardé de son passé d'instrumentiste une forme d'élégance, un geste classieux (cf. « Groupe » ; « Mieux » ; « Parallèle ») qui se retrouve dans ses compositions aux textes cryptiques (cf. « Bareback ») incarnés par le chanté/parlé au timbre profond de l'artiste ; dans la droite lignée tracée jadis par Etienne Daho ou Daniel Darc. Parfaitement agencé par Frédéric Lo qui a su trouver la juste distance pour magnifier la musique d'Acquin, pratiquant une violence feutrée, sourde et paradoxalement douce, entre pop, rock et chanson française mâtinée arrangements froids et électroniques (cf. « Gender Bender »). 
En concert à Paris (Trois Baudets) le 23 mars. 
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mercredi 4 mars 2020

Tangled Tape : « Back & Forth »



Prenant le contre-pied de la scène soul dominante de l'époque, celle célébrant le son vintage, les Toulousains justifient et leur patronyme et le titre de leur album tout au long de cette livraison inaugurale de 13 titres. Tangled Tape, donc, que l'on pourrait traduire comme cassette (audio) abîmée ou enchevêtrée. L'album s'intitule « Back & Forth » soit aller-retour. Tout est ainsi dit et ce dès les étranges premières notes évoquant le bruit d'une cassette coincée dans un lecteur. Ce premier effort voit le groupe entremêler les styles, dans un aller-retour constant entre soul, reggae/dub, R’n’B ou hip hop, plaçant le groove feutré au cœur de ses préoccupations ; débordant de feeling. Orchestrée brillamment, l'album est un savant et harmonieux dosage de sonorités organiques, de synthés analogiques et de beatmaking incarné avec grâce par la voix suave de la chanteuse Ornella Mesplé-Somps. Une réussite ! 

En concert le 19/03 à Paris (Le Hasard Ludique, première partie de Moonlight Benjamin)
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mardi 3 mars 2020

Aziz Sahmaoui & University of Gnawa : « Poetic Trance »



Mené par l'ancien leader de l'Orchestre National de Barbès, le nouvel album de la formation élargie, qui compte jusqu'à neuf musiciens, se révèle être un passionnant voyage en musique(s) où les cultures se rencontrent et dialoguent, du Nord à l'Ouest de l'Afrique, mais aussi avec l'Occident. En effet le groupe ne saurait être réduit à sa dimension exotique, trop réductrice, et il est impossible d'ignorer les énergies rock (« Janna ifrikia » ; « Ganga sound of Mbirika ») et pop (« Nouria ») qui l'animent et que l'on retrouve dans la composition même de la formation où deux guitares côtoient la kora, le n'goni et la mandole. Au repli communautaire actuellement en vogue, Aziz Sahmaoui oppose sa solution : jouons, chantons ensemble, arrêtons de continuellement nous regarder en chien de faïence dans la peur perpétuelle de l'inconnu. Comme l'affirme l'artiste sur ce nouvel effort : « la peur est l'ennemie de la raison ». 

En concert le 25 mars à Paris (La Cigale)
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samedi 29 février 2020

Duplessy & Les Violons du Monde, le Café de la Danse, 27 février 2020.



Ils sont cinq, disposés en arc-de-cercle, contrebasse, guitare et les fameux violons du monde, que des instruments à cordes incarnant une disposition qui, dans l'esprit, rappelle le bluegrass. Guitariste intrépide et infatigable voyageur en musique(s), Mathias Duplessy s'est donc entouré d'un string band, composé d'instruments dérivés de la vielle ou du violon venus de destinations aussi lointaines et exotiques (du moins vu d'ici) que la Chine ou la Mongolie. Au menu donc une épopée musicale aux lointaines ramifications jazz manouche, folk ou country/western, rendant hommage à ces idiomes et à la musique de films d'Ennio Morricone. C'est ainsi un souffle tantôt chaud, tantôt froid qui traverse le public en équilibre entre la mélancolie qui émane des « violons du monde » et le guitariste survolté, possédé par le rythme et la musique, aux éclairs véloces et autres accents virtuoses, dégageant une énergie folle et ce sans le moindre ampli à l'horizon. Magnifique. 



lundi 24 février 2020

City Woodpeckers : « Some days »



A en juger par la photo qui orne l'intérieur de la pochette, nous dirons pudiquement des membres des City Woodpeckers qu'ils ont de de la bouteille et non pas parce que ladite photo est prise dans un bar (ah ah!) En musiciens d'expérience le quatuor a donc décidé de se faire plaisir en célébrant ses musiques préférées, probablement à l'origine de la passion du groupe, du gros rock seventies teinté de blues, de reggae et, croit-on déceler, un je ne sais quoi vaguement punk dans le chant (une affaire d'intonations probablement). Autant d'idiomes fantasmés sur la pochette, une skyline épurée évoquant une Amérique chimérique de New York à Chicago. Et tant pis si le chant se heurte parfois sur la barrière de la langue, l'énergie déployée ici et l'enthousiasme contagieux du groupe se chargera bien de faire plier les grincheux. Pas foncièrement original, mais pas banal non plus, voici le prototype du feel good record et cela nous fera bien la journée, le soir aussi, été comme hiver. Merci les gars ! 

https://citywoodpeckers.com/
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dimanche 23 février 2020

Nada Surf : « Never Not Together »



C'est suffisamment rare pour être souligné mais depuis leurs débuts, en 1996, les New-yorkais n'ont finalement que très peu déçu et, en cela, le quatuor fait hommage au titre de ce nouvel effort « Never not together » qui résume un peu l'état de notre relation avec eux, qui nous accompagnent en sons et en chansons depuis tant d'années. Et pourtant, que d'évolutions depuis les attaques soniques de « Popular » (1996) ou de l'album « Proximity Effect » (1998) produit par Fred Maher (du groupe Massacre). Depuis quelques années Nada Surf, à l'origine groupe de power-pop sorti d'un garage, a mis au point sa formule misant sur les mélodies rehaussées subtilement d'attaque de guitare subtilement dosées (la folk/grunge "Mathilda" ; « Something I should do », un titre rappelant leurs débuts orné de spoken word comme un clin d'œil au tube « Popular »). Rien de bien révolutionnaire au final mais une formule bien rodée permettant de produire des albums d'excellente facture voire mieux (cf. le chef-d’œuvre « Let Go » de 2002) ; des disques que l'on retrouve avec un plaisir à chaque fois renouvelé, l'ensemble formant un corpus des plus respectables et faisant du quatuor un des rares survivants des nineties. Ceci étant posé, ce nouvel album voit le groupe sortir de ses sentiers battus, point de virage électro mais quelques prises des risques au niveau des arrangements ambitieux (une grande place accordée aux claviers, des violons, du saxophones, et un chœur de voix enfantines) ; de quoi enluminer avec originalité des compositions toujours écrites avec grand soin (« Crowded Star ») et marquées par les paroles bienveillantes du chanteur Matthew Caws. Sur la magnifique photo ornant l'intérieur de l'album, le groupe pose au pied d'un arbre, dans un sublime paysage de collines dans la magnifique lumière du soleil couchant comme un parfait résumé de cet album apaisé et réconfortant. 
En concert à Paris (La Cigale) le 11/03 https://fr-fr.facebook.com/NadaSurf/

Moonlight Benjamin au Hasard Ludique, le 19/03


Moonlight Benjamin, la magnifique prêtresse vaudou blues/garage rock haïtienne sera en concert le 19 mars prochain dans le cadre étonnant et magnifique du Hasard Ludique (une ancienne gare réhabilitée). Immanquable !

Tony Allen : The Source



Batteur de légende, compagnon de route de Fela Kuti (l'inventeur de l'afrobeat), le Nigérian Tony Allen revient sur cet album à la source de son inspiration : le jazz (et soyons chauvins, nous sommes heureux qu'il ait fait appel à des musiciens français pour enregistrer!) Ces onze nouvelles compositions, instrumentales et situées au confins du jazz et du funk (« Wolf eats wolf » ; « Cool Cats ») sont toutes bâties autour de la batterie de Tony, son sens unique de la syncope swing et de son jeu à la fois fin, félin et musclé. Ce qui confère à ces sessions un feeling jam, improvisé, composé de long solo dilués et de brusques éclairs be-bop et afrobeat (cf. « Tony's Blues », on ne se refait pas!) Tapi dans le coin, tel une petite souris, temoin privilégie et passager clandestin, l'auditeur déguste (dans le meilleur sens du terme) pendant plus d'une heure de la grande musique ! Un album à la coule, au groove alangui, à l'image de sa magnifique pochette. 

http://tonyallenafrobeat.com/
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mardi 18 février 2020

Lee-Ann Curren : « Shapes, Colors »



Découverte l'été dernier à Rock-en-Seine, l'ex-Betty The Shark peaufine son projet solo avec cet EP inaugural de quatre titres. Le disque s'intitule, en français, couleurs et formes et convient assez bien à cette musique hybride évoluant à cheval entre plusieurs courants. Justement dosé entre électricité (les guitares de « Two », notre préférée, sont assez incisives) et pop électronique (la progressive « Conversations ») l'EP dégage un feeling profond, électro/psychédélique (« White Lies », teinté d'influences eighties) à la mélancolie prégnante, bercé par un rythme aussi lancinant que les vaguelettes d'un océan calme. Cette mélancolie dévastatrice, parfaitement servi par le grain de voix grave et profond de la chanteuse, accroche le cœur de l'auditeur au point de rendre la musique particulièrement attachante. Le blues de la surfeuse restée trop longtemps à terre ? 

En concert le 18/03 à Paris (le pop-up du label)
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lundi 17 février 2020

The Mystery Lights + King Biscuit + Rod Hamdallah, Les Nuits de l'Alligator, La Maroquinerie, 16/02/2020


Une guitare, une basse et une batterie, Rod Hamdallah n'a finalement pas besoin de grand-chose pour faire revivre cette flamme, ce frisson rock'n'roll. Mélange habile de blues et de rock garage, un soupçon de soul, le cocktail est classique mais solide ; délivré avec classe et, surtout, de l'énergie à revendre ! Un saxophone invité sur quelques titres et quelques reprises, chipées chez Junior Kimbrough ou dans le répertoire classique de la Nouvelle-Orleans, renforcent l'ancrage blues de la musique. Le set est court mais ô combien vivifiant ! Superbe découverte. 

On avait bien aimé le premier album des Normands de King Biscuit, aussi attendait-on la suite avec une curiosité certaine. Et on est au final un peu circonspects devant la déclinaison scénique de la chose. D'abord puisqu'il n'y a plus trace de violon, un instrument qui avait l'avantage d'ouvrir le champ des possibles. Ensuite si la basse jouée au clavier apporte un groove intéressant, le clavier flirte parfois dangereusement avec le kitsch. Le groupe a, par-contre, gardé un impeccable sens du foutraque qui fait des ravages, par intermittence hélas, sur certains titres au groove dévastateur. 

Attendus comme le loup blanc, les New-Yorkais de The Mystery Lights sont la première signature du label Wick, la sous-division rock de Daptone Records. De quoi faire saliver tant les roublards de Brooklyn appliquent au rock garage/psyché les mêmes recettes que celles qui ont tant marchés dans le domaine de la soul. Soit un son plus vintage que nature et instruments d'époque garantis. Dans les faits la chose ressemble peu ou prou à ce que propose les Black Lips, énergie punk revigorante et, hélas, même propension à sombrer dans le chaos voire le ridicule (non mais quelle idée de jammer sur « Californication » en plein milieu du set!) Brillants lorsqu'ils sont concentrés sur leur sujet mais un peu trop brouillon par moments, le quintet a brillé par intermittence, dommage. 

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dimanche 16 février 2020

Boucan : « Déborder »



Porté par une instrumentation originale (contrebasse, guitare ou banjo et trompette), le trio Boucan fait souffler un vent de fraîcheur sur la scène hexagonale aux confins de différents genres musicaux à priori antinomiques. L'album s'appelle « Déborder » et si débordement il y a, c'est bien celui de la créativité du groupe. Jugez plutôt. La contrebasse et la trompette nous ramènent immanquablement au jazz, dont l'ombre plane sur le disque. Mais pas le jazz classique que l'on écoute confortablement installé dans un canapé. Plutôt celui des outsiders, celui des musiciens s'attaquant au genre sans en être des étudiants virtuoses, on pense à Tom Waits ou à Morphine, ce groupe fabuleux des années 1990 disparu trop tôt (cf. « Ca va déborder »). En cela, Boucan est punk (cf. « Ha ha ha »). C'est à dire enthousiaste, plein d'un swing festif n'excluant pas une certaine forme d'engagement. Celui qui donne envie de sauter à pieds joints et de gueuler dans le micro. Faire du boucan à partir d'une instrumentation majoritairement acoustique n'est pas le moindre tour de force de cet album réjouissant ! Sorti l'été dernier, fin août, ce premier album est peut-être déjà le chant du cygne pour le groupe après le décès tragique du trompettiste Piero Pépin au début du mois. Hommage lui soit ici rendu. 

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samedi 15 février 2020

Daddy Long Legs : « Lowdown Ways »



Découvert sur scène, aux Nuits de l'Alligator, il y a quelques années, le charme de Daddy Long Legs, un trio qui a pourtant tout pour plaire, n'avait, à l'époque, pas agi sur l'auteur de ces lignes. La donne pourrait cependant changer avec ce nouvel album, le cinquième du trio new-yorkais, tant ce dernier aligne les perles. Fonctionnant sur courant alternatif, le trio est à la fois un groupe de folk/blues ou de rock garage suivant que la guitare soit branchée ou non. Nul besoin d'artifice, seul compte l'engagement des musiciens, total et perceptible, dans le moindre geste, ce qui se révèle assez impressionnant. Ainsi, l'instrumentation est pour le moins réduite, une guitare, une batterie rudimentaire (une grosse caisse, un tome basse, une caisse claire, aucune cymbale) et un chanteur soufflant avec rage dans l'harmonica. Le son circule ainsi suivant des fréquences très basses qui confèrent son caractère, crasseux et bricolé, au disque, entretenant l'illusion d'un album enregistré avec trois bouts de ficelle entre une grange et une cave. Le tout sied à merveille au chant grave et puissant, de gorge et éraillé. Une flaque sonore de boue rurale dans laquelle il fait bon sauter à pieds joints. 

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vendredi 14 février 2020

Bernard Adamus + Kelly Finnigan, Les Nuits de l'Alligator, La Maroquinerie, 13/02/2020


Du lourd à La Maroquinerie ! Pour sa quatorzième édition, le festival des Nuits de l'Alligator nous a concocté un plateau au petits oignons, dont ils ont le secret, à la fois éclectique et cohérent couvrant un spectre large allant du folk blues à la soul music, autant de genres qui nous tiennent à cœur… 

On commence avec le Québécois Bernard Adamus, grande vedette dans son pays natal, en dix ans de carrière, encore un peu méconnu dans nos contrées. Possédant ce petit grain de folie décalée, typique des artistes québécois, Adamus met son humour ravageur et corrosif (cf. « T'es aussi conne que ta pauvre mère ! ») au service de compositions situées à l'exact croisement du blues, du jazz (cf. la contrebasse), du folk et de la country (cf. le banjo) ; le tout chanté de son timbre de gorge et en français, langage fleuri québécois à la clef, hostie ! Entre deux démonstrations virtuoses sans l'air d'y toucher et sans se prendre au sérieux, Bernard nous emmène en virée au milieu de son obsession habituelle pour l'hiver (le vrai, le québécois!) Une belle découverte saluée par des applaudissements nourris de l'audience, sous le charme du charismatique duo ! 

Armé de son savoir-faire acquis au fil de collaborations prestigieuses, le CV long comme un jour sans pain (George Clinton, Monophonics), Kelly Finnigan déboule, son premier album en solo sous le bras. Un exercice soul de haute volée, festif et enjoué dans un registre moins dramatique que celui de son ancien boss, le regretté Charles Bradley. Alors que les cuivres roulent des mécaniques et que le groove s'active sous le rythme aux doigts de fées de notre homme Kelly à l'orgue, le public hurle, pète un câble et on en est qu'à la première chanson ! Voilà qui promet ! Le groupe est d'ampleur, deux guitares, basse, batterie, deux cuivres et deux choristes (dont la magnifique Britannique Gizelle Smith, chanteuse des Mighty Mocambos) ; les grands moyens sont de mises pour donner du corps aux compositions classieuses de Finnigan, à sa voix puissante, où se mêlent la joie et les peines donnant matière à exorciser son blues dans la danse. Magnifique !



mercredi 12 février 2020

Magon : « Out in the dark »



Pour son premier album solo, en pause du duo formé avec Charlotte, l'Israélien, résident français de longue date, s'attaque au rock psychédélique par son versant le plus pop. Dans les faits, cela donne un album court, concentré, avec des titres dépassant rarement les trois minutes, comme si Weezer ou les Pixies (cf. « Same House » ; « Third dimensional love ») étaient tombés dans un bain acide (« Landslide » ; « Song for Nimrod » ; « In the streets » ; « In the library »). En l'espèce, Magon réussit un petit tour de force : faire du DIY acharné la force créatrice de sa musique. Car, ici, c'est bien le minimalisme qui fait office de moteur et fait scintiller les mélodies ("Out in the dark"). Ni effets de manche, ni d'artifice de production : chapeau bas aux musiciens ! Que l'on parle de power pop, de punk ou de psychédélisme, l'immense énergie déployée ici prend différentes formes qui servent toutes à merveille le grain de voix éraillé du chanteur. Marier les contraires en un tout cohérent, ce n'est pas le moindre exploit de cet album délectable en tous points. 

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mardi 11 février 2020

Ceylon : « Où ça en est »



Avec son titre en forme de question, le duo composé de Louise et Tristan (on suppose que c'est eux sur la pochette) nous pose une interrogation fondamentale derrière son aspect tout bête. Où ça en est ? On est en droit de se poser la question et pour un bon petit moment encore alors que l'on part à la découverte de l'univers singulier du duo. D'obédience psychédélique, un genre en vogue dans nos contrées à l'heure actuelle, la musique de Ceylon aime les détours plutôt que les chemins sagement balisés. Inspirée par la musique de film, le duo aime à étirer ses compositions sur la longueur (seulement 6 titres sur ce premier effort) le temps de trouver les fameux détours évoquer plus avant. Et autant d'occasion d'alterner plages contemplatives et planantes (« Où le mal II », formidable) et brusques accélérations (des guitares, de la batterie), les potards flirtant dangereusement, intensément, avec la zone rouge (« Le Cinq » ; "Hamlet Roi") ; il nous semble même entendre un bout de jazz içi (« Où le mal I ») et là (« Le Cinq »). Loin d’éclaircir le mystère, les textes cryptiques, majoritairement en français svp, rajoutent une couche supplémentaire. Et avec ça on en est où mon ami ? Toujours dans la merde très cher, oui, dans la merde, mais avec un super album à écouter ! 

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lundi 10 février 2020

Pierre Daven-Keller : « Kino Music »



C'est une catégorie à part, celle des sorciers du son. Collectionneurs invétérés de vinyles et autres instruments d'époque, non pas par snobisme mais bel et bien dans le but de tirer de ces derniers la substantifique moelle de leur inspiration. En nommant son dernier album « Kino Music » (musique de film en allemand), Pierre Daven-Keller nous donne un sérieux indice. Il ne fait nul doute que les racines dudit album se trouvent dans les BO des années 1960 et 1970, celles signées des immenses François de Roubaix, Francis Lai ou Philippe Sarde de ce côté-ci des Alpes ou d'Ennio Morricone, ces dernières une fois traversées (« Cuore Selvaggio ») voire d'Alain Goraguer lorsque ce dernier s'acoquinait, composant les scores de productions à caractère pornographique (cf. « La fiancée de l'atome » hantée par les spectaculaires vocalises d’Héléna Noguerra). Exalant de puissantes effluves latines venues de la bossa-nova (« Intermezzo Retro »), les compositions quasiment toutes instrumentales (les invitées Héléna Noguerra, Claire Tillier, Arielle Dombasle ou Mareva Galanter vocalisent autant qu'elles chantent) brillent d'une évidence mélodique rare, aux arrangements touffus et fouillés, exécutés à la perfection et menés par une basse ronde et puissante toute droit sorti des sixties (« Dakota Jim » manière de BO d'un polar imaginaire) ; le tout entre en résonance avec le travail de Benjamin Schoos ou de Bertrand Burgalat voire avec le rock psychédélique de Forever Pavot. Grand album ni plus ni moins.