lundi 16 juillet 2018

Undervoid



Dieu sait si sur cette page on ne s'est jamais privé de vilipender Noir Désir et leur esthétique rock/poétique/sombre qui s'est propagée telle une peste bubonique musicale sur la scène rock hexagonale au point de rendre toute autre sorte de tentative obsolète, devenant au fil des années une sorte de modèle unique déposé. Pourtant avec Undervoid on a peut-être trouvé l'exception qui confirme la règle. Cette EP démarre sur les chapeaux de roues avec un titre en forme de coup de fouet, « Révolutionne » où le groupe révolutionne (c'est le cas de le dire) le genre en y injectant une bonne dose de groove garage par le biais d'une pédale wha-wha maîtrisée à la perfection, le tout chanté dans la langue de Molière. Le pied ! Espoir confirmé avec « S'y essayer » dans la même veine, tout en syncopes funky de la batterie. En comparaison les deux autres titres semblent un peu plus fades englués dans le modèle Noir Désir (« Hasard ») ou dans un son plus heavy en (dignes) héritiers de la fusion (on pense à Lofofora) des années 1990 (« Tout Faire »). Mais que tout ceci semble prometteur ! 

Www.undervoid.fr
www.facebook.com/undervoid


dimanche 15 juillet 2018

Interview avec Michelle David




A peine une heure avant de monter sur la scène de la plage, Michelle David se pouponne dans la coulisse devant un équipement de fortune. Encore relativement inconnue dans nos contrées, Michelle a cependant déjà chanté devant un public français « C'était à Saint Paul » se souvient-elle. Ce qui ne l'empêche pas d'être littéralement sous le charme du site du Malsaucy, presqu'île entourée de deux étangs au pied des Vosges « Le paysage est magnifique, je me sens très excitée ». Ce passage aux Eurockéennes s'annonce prometteur, tous les voyants sont au vert pour faire d'elle la grande révélation soul de ces quatre jours « Je suis nouvelle pour tout le monde, je suis là pour prendre la température, essayer de créer une petite sensation. » On peut s'étonner cependant de la présence d'une artiste aussi marquée par le gospel dans un festival de rock : « Le groupe a été mis sur pied par les deux guitaristes, Onno Smit et Paul Willemsen. Nos racines sont dans le blues, la soul, le jazz et le rock rock’n’roll. On essaye de rendre hommage au gospel en y ajoutant de nouvelles couleurs. » La chanteuse prend sa présence atypique avec beaucoup d'humour : « J'ai déjà fait un festival de heavy-metal et c'était fabuleux (rires). J'essaye d'embarquer tout le monde avec ma musique, de toucher le cœur des gens. Je chante pour tous ceux qui croient en l'amour. Je raconte ma vie, mes épreuves car je n'aime pas utiliser le mot "échec". J'espère donner au public ce dont il a besoin. » Lorsqu'on lui fait remarquer qu'en 2014 on avait assisté sur cette même (superbe) scène de La Plage à la Daptone Super Soul Revue (il s’agissait d'ailleurs de nos derniers concerts de Sharon Jones et de Charles Bradley tous deux décédés depuis) son visage s'éclaire : « On était supposés faire sa première partie mais elle est décédée et ça ne s'est jamais fait. Ensuite, on devait ouvrir pour Charles (Bradley, ndlr) mais il est parti aussi, on s'est arrêté là (sourire triste). Je me reconnaissait tellement en Sharon (Jones, ndlr). J'ai 52 ans, tu sais, c'est incroyable pour moi de laisser une marque, tellement le milieu est jeune. Commercialement parlant, nous vivons dans un monde de pop music. Il n'y a pas de juste milieu, aussi il est important de ne jamais abandonner. » 

Le troisième album de Michelle David, « The Gospel Sessions vol. 3 » sortira à l'automne. 

Propos recueillis le 6 juillet 2018 à Belfort.

Un grand merci à Michelle, à Yazid Manou et à Clémence Prieur pour leur gentillesse et leur disponibilité. 



vendredi 13 juillet 2018

Eurockéennes de Belfort, 5, 6, 7 et 8 juillet 2018


Deux ans que l'on était pas revenus à Belfort, quelle joie de retrouver le site du Malsaucy, la scène de la Plage, le bar du boulot et la loggia dont la programmation a été la plus consistante du week-end. Après quatre jours, commencés sous la pluie pour finir en canicule, voici nos conclusions. Ah oui on est désolés d'avoir raté Beth Ditto et les Viagra Boys... 

LES RÉVÉLATIONS : 

Marlon Williams : L'évidence mélodique d'Elliott Smith conjuguée à une voix d'ange entre Jeff Buckley et Chris Isaak (pour la note fifties), le tout rehaussé d'une pointe de ruralité bienvenue via un art consommé du vibrato de guitare et du bottleneck, un peu de piment garage et psyché pour relever le tout, pas de doute, le Néo-Zélandais à tout bon ! Au point d'imposer le silence, un exploit rare dans un festival où le public n'hésite pas à réclamer, bruyamment, sa dose de décibels. 

Warmduscher : le quatuor garage venu d'Angleterre conjugue avec une classe infinie expérimentation un peu barrée et électricité démoniaque auquel la basse ajoute un groove énorme, un excellent moment. 

Cigarettes after sex : Le spleen atmosphérique des Cocteau Twins et une basse énorme digne de Simon Gallup (The Cure), tout cela prend également une autre dimension sur la (superbe) scène de la plage, sous une pluie battante, conférant à l'ensemble une dimension onirique dépassant très largement le cadre musical. Une expérience quasi-mystique. 

Dream Wife : Jeune quatuor féminin venu d'Angleterre entre pop et punk, soit des mélodies jouées à fond la caisse. Frais et enlevé à défaut d'être original. Excellent sur scène. 

Michelle David : Soul de grande classe, intemporelle, la chanteuse à la fois vétérante (la cinquantaine entamée) et débutante (trois albums) fait montre d'un tempérament de feu et d'une énergie presque inépuisable portée par un discours positif. Variant les plaisirs à deux guitares (sans basse) ou avec basse et guitare, batterie et cuivres, la chanteuse nous a offert un superbe moment de groove parfait pour le cadre enchanteur de la Plage, sous un soleil revenu. La relève de la regrettée Sharon Jones est assurée... 

Leon Bridges : L'autre artiste soul du jour programmé, lui, sous le chapiteau Greenroom. Un univers moins brut de décoffrage que Michelle David, moins funk et plus soul avec une grande élégance héritée des années 1970. Quelques passages langoureux sont magnifiques mais s'accordent mal avec le plein air, doit être superbe en salles. 

Caroline Rose : Lorsqu'elle a la tête à l'endroit, globalement quand on la tient éloignée de la flûte à bec, et qu'elle a décidé de jouer, Caroline Rose fait les choses très bien. Un univers complètement barge (le rouge omniprésent, le costume de scène totalement foutraque) entre pop psyché et garage rehaussé de synthés eighties du plus bel effet, la prestation la plus déjantée du week-end. Excellent. 

Truckks : Jeune formation originaire de Vesoul, une ville voisine, les membres de Truckks fêtent leur bac, fraîchement obtenu, sur scène. Ca tombe bien les musiciens ont tous l'air de s'être échappés du cours d'EPS. Musicalement très intéressant pour son improbable croisement entre hardcore et expérimentations de guitare psyché, le groupe manque encore de maturité sur le plan vocal, et a encore beaucoup de boulot au niveau du chant. Néanmoins prometteur. 

Touts : Power trio irlandais entre punk et mod, une énergie dévastatrice (ah cette reprise de Gloria). Pas mal du tout. 

LES VALEURS SÛRES : 

Seasick Steve : Sous le chapiteau greenroom, Seasick Steve se produit désormais en trio. Un certain Luther Dickinson fait son apparition alternant basse et guitare. Fin instrumentiste, excellent soliste, ce dernier apporte un contrepoint élégant à l'énergie brute déployée habituellement par Steve et son batteur Dan propulsant le tout dans une nouvelle dimension. Le nouvel effort de Steve sort en septembre, on a hâte ! 

The Limiñanas : La fructueuse et judicieuse collaboration avec Anton Newcombe sur le dernier effort du groupe a propulsé ces derniers dans une toute autre catégorie. Une magnifique collection d'instruments vintage (les claviers et une magnifique strat orangée) sont autant d'excuses pour des expérimentations psychédéliques complètement folles sublimées par une énergie rock n'roll de tous les diables. Un pur moment de bonheur sur la scène, boisée, de la loggia qui a finalement offert la programmation la plus homogène du week-end. Magnifique. 

ON A ÉTÉ UN PEU DÉÇUS : 

Prophets of Rage : Trois quarts de Rage Against The Machine, un peu de Public Enemy et un peu de Cypress Hill, tout ce beau monde réuni sous l'alias opportuniste de Prophets of Rage, reprend les titres des uns et des autres sans surprise ni réel enjeu… Symptomatique d'une vague nostalgique qui s'est emparée du rock et qui désormais s'étend aux années 1990. Assez triste dans le fond. 

Liam Gallagher : Entouré d'une bande de professionnels consciencieux assurant le boulot avec sérieux Liam Gallagher tente de faire revivre les grandes heures d'Oasis reprenant un répertoire dont il n'est pas l'auteur (« Some might say », « Supersonic », « Morning Glory ») et quelques titres de son répertoire personnel (« Wall of glass » plutôt de bonne facture). Le tout inspire un ennui poli, de la mélancolie, une nostalgie un peu tristounette, pas franchement la grosse éclate. Il manque quelque chose. Un peu plus d'investissement personnel des musiciens peut-être. Seul moment d'émotion, le final accoustique « Live Forever » et « Wonderwall » au refrain repris en coeur par la foule, on finit avec des frissons, quand-même… 

LE CONCERT DU WEEK-END : 

Sans contestation Nine Inch Nails ! Un Trent Reznor en pleine possession de ses moyens, totalement investi dans sa musique entraîne l'auditeur dans une spirale qui dépasse très largement du simple cadre musical ! On a plané très haut, entre ambiance apocalyptique, angoisses, et moments tendres (le « Hurt » final acoustique) ou émouvants (« I'm afraid of Americans » en hommage à Bowie) faisant au passage preuve d'une magnifique polyvalence entre électricité et électronique avec ou sans guitare et batterie. Superbe !

jeudi 12 juillet 2018

Binic Folks Blues Festival, les 27 28 et 29 juillet 2018


C'est le dilemme habituel des festivaliers, on va voir quel groupe quand ils sont plusieurs intéressant à la même heure ? A Binic, la question ne se pose pas car la majorité des groupes assurent deux à trois concerts sur les différentes scènes du site. Une programmation tip top entre blues (Mark Porkchop Holder, Dirty Deep) et rock psyché/garage (Kaviar Special/Carambolage, Black Boys on Moped). Pas de véritable tête d'affiche, certes, mais plein de bonnes choses à découvrir dans la scène indé (34 groupes pour 52 concerts). Le tout sur le port de Binic (donc en bord de mer) et c'est gratuit ! Que demander de plus ? On s'y retrouve ?

lundi 9 juillet 2018

Les Nuits Secrètes, les 27, 28 et 29 juillet 2018


La nouvelle édition du festival Les Nuits Secrètes se tiendra du 27 au 29 juillet dans les Hauts de France. Un festival dont la grande originalité est de proposer, en sus des scènes habituelles, des concerts dans des lieux atypiques, souvent tenus secrets, d'artistes surprises dont l'identité est dévoilée à la dernière minute. Ceux qui aiment sortir des sentiers battus ont rendez-vous le dernier week-end de juillet dans le Nord de la France...
http://www.lesnuitssecretes.com/
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mardi 3 juillet 2018

Lux, Péniche Antipode, 29 juin 2018.


Lux était de sortie en ce vendredi soir dans le cadre associatif accueillant et détendu, à mille lieues de l'esprit parisien, de la Péniche Antipode, un cadre estival particulièrement approprié, afin de fêter dignement la sortie de la sublime édition vinyle de leur premier album « Super 8 » (sans rentrer dans des détails techniques rébarbatifs, le vinyle a demandé de nombreux efforts au groupe, un mastering spécifique et une technique de pressage old school pour un son optimal) limitée à cent exemplaires (enfin 99 parce qu'on en a récupéré un au passage). Donc, performance du soir se déroule dans une configuration hybride, on a connu Lux en duo acoustique ou en full band électrique. S'ils sont toujours quatre, la chanteuse Angela est ce soir accompagné de deux guitaristes et d'un bassiste. Peut-être bien la meilleure configuration possible pour permettre à la voix d'Angela de briller sans être noyée dans les décibels, qui a en outre l'avantage de mettre en valeur l'écriture du duo, sans tomber dans un son brut âpre et trop rêche. Un nouveau guitariste additionnel, Nico fait son entrée en scène (c'est son troisième concert). Sobre mais efficace, il soutient les chansons permettant au guitariste principal Sylvain de se lancer dans des interventions, soli, enluminant les chansons, tâche dont il s'acquitte avec son feeling habituel modulant le son avec beaucoup d'attaque et d'entrain. Enfin dernière pièce du puzzle le bassiste Julien (le seul à être en électrique) apporte le soutien rythmique, ses lignes, discrètes, se faufilent dans les entrelacs laissés libres par les compositions avec beaucoup d'inspiration. Au chant, Angela, fait montre de sa classe new-yorkaise habituelle avant de se faire piéger par une climatisation sournoise placée juste dans l'axe de la scène et lui coupant, littéralement, soudainement la voix. Sylvain se lance alors dans le chant lead avec moins d'assurance et beaucoup d'improvisation (J'ai oublié les paroles lance-t-il en rythme et en souriant). Et Angela de se transformer en coach vocal chargé de lui apprendre les paroles en direct. Heureusement que toutes ces péripéties arrivent sur le dernier titre. Pas de quoi gâcher le concert donc, le meilleur du groupe que l'on ait vu à ce jour.

jeudi 28 juin 2018

Glass Museum : « Deux »



Deux, comme le nombre de membres que compte ce groupe belge. Deux, c'est aussi, bizarrement, le titre de cet EP qui n'est pas le deuxième mais le premier du duo formé de Martin Grégoire et Antoine Flipo, un pianiste et un batteur. Bien loin de placer la musique sous cloche, comme un musée de verre, le duo prône au contraire l'esprit aventureux des pionniers. Situé aux confins du jazz et du classique, la musique du duo franchit parfois le Rubicon du rock (l'attaque quasi-métallique de « Shadow's faces » et « Tribal coffee ») et parsème ses compositions d'arrangements électroniques, qui ne dénaturent pas le caractère intrinsèquement acoustique de l'affaire, mais, au contraire, lui fait gagner en épaisseur tout en conférant un semblant d'étrangeté fantomatique (cf. « Opening », « Waves », « Electric Silence »). C'est ainsi à un fort beau voyage au pays du son auquel nous sommes conviés. Le plus touchant reste ce transfert d'énergie entre les instruments et le dialogue, sans paroles mais avec force notes, entre les deux protagonistes. A la frontière de l'expérimental, certes, mais beau, très beau. 
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mercredi 27 juin 2018

Ginkgoa : « One Time »



Après de longues années de silence, Ginkgoa est de retour. Enfin presque. Car la formation actuelle n'a plus grand-chose à voir avec celle qui nous avait charmé par son swing et sa fraîcheur en 2011, à tel point qu'il aurait peut-être été judicieux de changer le nom du groupe. Désormais étroitement associé à l'écriture, la chanteuse Nicolle Rochelle chante l'intégralité des compositions dans sa langue maternelle, l'anglais, mais il ne s'agît là que d'un détail. Entendons-nous bien, la volonté de changement et la peur de la redite est parfaitement légitime chez un artiste. Que l'on aime ou pas (ce qui est notre cas) on ne peut que saluer la prise de risque. Le problème en l'espèce étant que, chez Ginkgoa, cette volonté d'évolution se traduit en une sorte de long dérapage incontrôlé en terre inconnue. Martèlement des machines, qui écrase dans l’œuf toute tentative de swing, synthés pompiers, criards et de mauvais goût, rappelant les pires heures de la techno des années 1990 (« One time », « What we do »), on peine à reconnaître le songwriting raffiné d'Antoine Chatenet (« Got to gimme », franchement). Le swing si frais du groupe n'apparaît plus qu'en filigrane, et tellement lointain (« Boy Bounce », « Don't give a damn »), comme un reliquat d'un passé révolu. En cherchant le changement à tout prix, le groupe a perdu son identité, son originalité pour finalement produire une musique eurodance standard, du R'N'B comme il s'en écoule au kilomètre de l'autre côté de l'Atlantique. Un producteur tiers ou une oreille extérieure pour accompagner l'évolution du groupe fait clairement défaut ici. Une passade ou une nouvelle orientation sur le long terme ? 

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mardi 26 juin 2018

Salon du disque des Puces les 30/06 et 01/07


We are the line : « Songs of light and darkness »



Collectif aux contours assez flous, mystérieux au possible, We Are The Line, mené par l'intriguant JD, est de retour avec un deuxième EP quelques mois après un « Through the crack » d'ouverture assez séduisant. Composé en même temps que leur premier, ce nouvel effort en est à la fois la suite et un début d'aboutissement. Une suite car arrivé au deuxième disque, le groupe affine sa patte, dark, électro, sous influence de la cold wave 80s, tout en assumant une prise de risque expérimentale à l'image de tous ces petits bruitages bizarres qui émaillent les compositions tout en soulignant le propos. Car chez We are the line, tout est suggéré. Plutôt que d'attaquer frontalement l'auditeur dans un déluge de décibels, JD préfère plonger ce dernier dans un entre-deux assez malsain. La musique est comme placée sous une chape de plomb. La menace, sourde, plane au-dessus de ce disque et ce même dans ses moments les plus atmosphériques (cf. « An hymn for them all », « Untold story »). Ainsi l'ep se résume en une longue montée en tension, un crescendo interminable, jusqu'à une explosion finale qui ne vient finalement pas, plaçant l'auditeur dans un état de frustration douloureux. Mais qui a cependant l'avantage de maintenir le mystère, conférant au disque son côté très addictif, poussant à la réécoute le temps d'en résoudre toutes les énigmes, et de trouver, éventuellement, la lumière dont il est question dans le titre (pour notre part on cherche encore). De quoi largement tenir jusqu'à la prochaine livraison du groupe… 

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dimanche 24 juin 2018

Thomas Hellman : « Rêves américains, tome 1 »



Encore relativement peu connu de ce côté-ci de l'Atlantique, Thomas Hellman, québécois de son état, est l'auteur d'une œuvre pléthorique entre musique et littérature. Intitulé « Rêves américains », son nouveau disque, le sixième, est à mi-chemin entre la musique et le projet à vocation éducatif. Sur un fond musical acoustique, entre folk et country, de très haute tenue et très soigné, l'artiste nous conte l'histoire de la ruée vers l'or, par le bas, c'est à dire en évoquant le sort des petites gens, quand la multitude des destins personnels, mis bout à bout, écrivent le grand livre d'histoire. Mi-chanté et le plus souvent parlé, le projet entre en collusion avec l'histoire personnel du musicien, né à Montréal d'un père américain et d'une mère française. De quoi rêver encore à l'Amérique, comme l'indique le titre, une chose assez rare depuis deux ans… 

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http://www.thomashellman.com/

samedi 23 juin 2018

Joel Sarakula : « Love Club »



Manière de crooner à la voix d'ange tombé dans une faille temporelle, Joel Sarakula évoque un passé musical autant adoré qu'honni : les années 1980. Le décorum est planté, bienvenue au Love Club, ses néons rose fluo et ses palmiers en plastique pour un voyage musical savamment agencé, entre roucoulades de percussions sexy, saxophone aguicheur et synthés analogiques, évoquant aussi bien la blue eyed soul (« Dead heat », « Theme from the love club »), le funk électro des eighties ("Coldharbour man", "Parisian woman") que la pop FM de Steely Dan (« Understanding »). C'est dire si la chose est finement produite. Idéal pour accompagner les longues soirées d'été… 

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vendredi 22 juin 2018

Quiet Dan : « When the earth was flat »



Il s'appelle Dan et son monde est plat... Pour son premier album, Quiet Dan s'est enfermé deux hivers dans une maison perdue dans la forêt picarde en compagnie de deux amis musiciens : Antoine Reininger (basse et guitare) et Mathieu Penot (batterie et claviers). Inspirés par la proximité avec la nature et emportés par la vibration, les trois musiciens décident rapidement d'improviser l'enregistrement de l'album sur place et sans aide extérieure, une sacrée gageure dont le trio se sort avec les honneurs. Au-delà de la musique, les musiciens ont réussi à capter sur disque l'ambiance de la maison picarde, une sorte de calme (quiet), de sérénité habitent les compositions au-dessus de laquelle plane pourtant une menace sourde (cf. « Crocodiles »). Un peu à l'instar de la nature, inspirante, bienveillante durant la journée, violente et menaçante à la nuit tombée. Intrinsèquement, la musique de Dan est folk, fondamentalement acoustique (la superbe « Quiet children », le blues « Elmore Leonard left Detroit » comme autant d'inédits des seventies) mais ouverte sur son époque à l'image des arrangements légèrement électroniques qui parsèment le disque çà et là ou de ces guitares qui forcent le ton pimentant le tout d'une pointe de rock bienvenue. Le tout forme un superbe agglomérat de folk, pop, rock et blues, idéal pour accompagner un couché de soleil estival. 

https://danspage.bandcamp.com/
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jeudi 21 juin 2018

Michael Wookey : « Hollywood Hex »



Il est de ces disques qui vous bousculent, vous secouent pour au final vous laissez pantois, limite K.O. Cet état dubitatif, le nouvel album de Michael Wookey l'atteint non pas par la puissance sonore, classique, commun et trop facile, mais par un soupçon de dinguerie caractérisée débordant du cadre. Il ne fait aucun doute cependant qu'à la base, les chansons composées par Wookey sont pour le moins classiques entre folk et rock (cf. « Bane », « Living by the sea »). C'est ensuite que tout se joue lorsqu'il s'agît d'enluminer ses compositions. A la lumière blanche, Wookey préfère la noire transformant son disque en cabinet de curiosité baroque à l'instar du Tom Waits des années 1980 (cf. « Do right fear no man »). Wookey c'est le spécialiste du petit grain de sable qui empêche le tout de tourner rond, le génie du cabossage, de l'art du dérèglement. C'est le toy piano qui ouvre « Sailor », c'est la basse subtilement dissonante de « Red Hot Dollars », c'est la sensation d'apesanteur qui enrobe « Long live the meadows » et « Hollywood Hex » d'un voile fantomatique et planant, transportant l'auditeur dans un manoir gothique à la Tim Burton. En totale contradiction avec l'époque, qui veut tout et tout de suite, Michael Wookey est un musicien qui réclame du temps, de l'attention. Un grand disque, pas nécessairement facile d'accès, dont la beauté se dévoile par couche et écoutes successives pour peu que l'on soit disposé à lui accorder l'égard qu'il mérite. Le voyage le mérite amplement. 

http://www.michaelwookey.com/
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mercredi 20 juin 2018

Steve Earle le 2 juillet au Trabendo


C'est une première depuis trois ans, le légendaire songwriter Steve Earle sera de retour sur une scène parisienne, une date unique en France, le 2 juillet prochain au Trabendo !



Andrew Sweeny : « Free The Prisoners »



Il y a des disques, qui, comme ça, par hasard et presque par effraction, s'invitent dans vos vies au point de devenir un fidèle compagnon. Bien qu'il soit encore un peu tôt pour en juger, on est prêt à parier que le nouvel album d'Andrew Sweeny, « Free The Prisoners », est plutôt bien parti pour tourner en boucle sur la platine et ce pour une durée indéterminée. Canadien de naissance et installé de Paris depuis 2003, Andrew Sweeny est fréquemment comparé à Leonard Cohen. Il faut dire que le Canadien fait figure de coupable idéal : littéraire, universitaire, lorsqu'il ne chante pas, Andrew enseigne à l'Université ou écrit, des chansons ou des essais, cultivant un amour des mots et des tournures procurant à sa musique une dimension poétique que l'on peut effectivement rapprocher de celle du regretté Leonard. Et c'est d'ailleurs la première chose qui frappe à l'écoute du disque, la qualité d'écriture, la finesse des arrangements, l'élégance classieuse dégagée par les compositions. Mais là, où Cohen cultivait une certaine austérité (dans les albums des années 60) qui s'est ensuite transformée en noirceur vers la fin de sa vie ; Sweeny se distingue de son aîné par son ambition musicale. Ainsi, ce dernier n'hésite pas à entraîner ses compositions aux confins du blues (« Killing the Lion », « You are my heart » dans une certaine mesure et pour le coup d'obédience très Cohennienne) et du rock (« Human Love ») ou usant de cordes à vocation classique caressant délicatement l'oreille (« Lucinda »). L'utilisation d'instruments recherchés (le cor anglais, le bodhran, une percussion irlandaise) finissant d'envelopper la chose d'une légère touche celtique du meilleur effet (« Refugee », « Stainless Ship »). Tout, dans cet album, respire la classe et redonne toute sa dimension au geste musical et à sa pureté (cf. les délicats arpèges ornant « Show Me »). Magnifique. 

https://twitter.com/andrewpgsweeny
http://travellingmusic.net/site/category/artists/andrew-sweeny/

mardi 19 juin 2018

Soirée des Monteurs associés au Luminor le 2 juillet


Dans le cadre de la fête du cinéma, l'association Les Monteurs Associés organisent une soirée visant à faire découvrir le métier de monteur, un art de l'ombre pourtant indispensable à la réussite d'un film. Le cadre magnifique du Luminor accueillera ainsi les débats le 2 juillet prochain avec au programme la projection du documentaire "Tenir la distance" (sur le montage du film "L'économie du couple" de Joachim Lafosse) suivie d'un débat/rencontre avec Yann Dedet, Katharina Wartena, Pauline Casalis et Julien Leloup, tous monteurs.

http://www.monteursassocies.com/2018/06/10/2-juillet-2018-dans-le-secret-de-la-salle-de-montage/

Johnny Mafia : "Big Brawl"


Assurément, les Johnny Mafia font parti de ces petits rigolos sans qui la vie serait bien triste. Ainsi, le groupe sort un nouveau totalement régressif (un plaisir coupable) mais limite cra-cra qui les voit s'amuser avec les codes du heavy-metal tout en restant fidèle à la ligne garage/punk du quatuor. Il s'agit du premier extrait de leur nouvel album, "Princes de l'amour", dont la sortie est prévue pour le 9 novembre prochain.
https://fr-fr.facebook.com/johnnymafiagroupe/
https://johnnymafia.bandcamp.com/

lundi 18 juin 2018

Melissa Bon : « Away »




Avec ce premier EP, la jeune chanteuse Melissa Bon réalise un grand écart aussi surprenant que réussi entre tradition et modernisme. Accompagnée (excellemment) du pianiste de jazz Alexandre Saada, la chanteuse parsème ses ballades soul/jazzy, au swing alangui et délicat, d'effluves électroniques tout à fait étonnantes dans un tel registre. L'amalgame est réussi au-delà de toutes les espérances de la caresse musicale («Blank », « Nomad ») au complet dépouillement (« Away »). La note biographique que l'on nous a fourni nous apprend que les deux premiers titres ont été écrits dans un avion entre New-York et Paris. Rien d'étonnant dès lors que le disque dégage un tel sentiment d’apesanteur, comme dégagé des contraintes terrestres. Quatre titres inauguraux, propices à la rêverie, en forme d'avant-goût d'un album intriguant. A suivre… 

https://fr-fr.facebook.com/melissabon30/

dimanche 17 juin 2018

Delgres : « Mo Jodi »



Pour Pascal Danaë, chanteur et guitariste de son état, il y aura un avant et un après Delgres, dont le premier album sortira à la fin de l'été. L'avant, c'est les kilomètres en voiture, anonyme, de concert en concert, étape initiatique évoquée dans « Vivre sur la route », avant c'est aussi les projets qui se terminent en queue de poisson jusqu'à toucher du bout des doigts le succès d'estime au sein du trio Rivière Noire (une victoire de la musique décrochée en 2015). Et puis il y a ce nouveau groupe, un trio encore, Delgres. A l'écoute du disque, il s'avère qu'il s'agît, très probablement, du projet le plus personnel du musicien. Il y a le nom tout d'abord, à la symbolique lourde, puisque c'est celui du Colonel Louis Delgrès, colonel d'infanterie de L'Armée Française, entré en rébellion contre l'esclavage et qui a préféré mourir explosé, en 1802, plutôt que de céder : « vivre libre ou mourir ». C'est, ainsi, un large panel d'émotions que met en musique le groupe sur ce premier disque : l'émotion palpable de « Mo Jodi », mourir aujourd'hui en référence à la figure tutélaire du Colonel évoqué plus avant, ou « Sere mwen pli fo » (« Serre-moi plus fort ») la plus bouleversante de toute, sur la difficulté de se dire adieu. Un album fort à n'en point douter, en forme d'exutoire pour le chanteur, qui évoque très largement son histoire familiale, écrite dans la Caraïbe (les revendicatives « Respecte nou », « Anko » et « Mr President »). Une musique aussi forte d'un point de vue émotionnel ne pouvait adapter qu'une seule forme, celle du blues, celles des bleus à l'âme, aux vertus curatrices particulièrement efficientes sur l'album. Un idiome que le power trio, adapte à son goût aux confins du rock garage (« Mo Jodi », « Mr President », « Ti Manmzel ») où la frappe puissante du batteur Baptiste Brondy fait des merveilles, et de la musique caraïbéenne, incarnée par le sousaphone (en lieu et place de la basse) de Rafgee qui, par sa présence même, tire de nombreux ponts en direction de la Nouvelle-Orléans. C'est dans ce grand écart musical que réside la grande réussite de cet album miraculeux, une réussite totale. 
Sortie le 31/08
En concert le 12/09 à Paris (La Maroquinerie)
https://fr-fr.facebook.com/Delgresband/
https://www.delgresmusic.com/



samedi 16 juin 2018

Rebelles, Rebelles

J'ai eu l'immense plaisir de participer à "Rebelles, Rebelles", émission animée par Lucie Baratte (l'auteure de Looking for Janis) sur Radio Campus Lille et consacrée aux chanteuses. L'occasion de présenter un panorama de la scène actuelle et un grand plaisir personnel. Cette émission un immense souvenir, merci Lucie pour ce moment magique !

samedi 9 juin 2018

8 : « Post Drunk Mime »



On l'a connu chanteuse de jazz ou de folk, on l'a vue frayer avec la scène électronique, Brisa Roché est la spécialiste des virages insoupçonnés. Un éclectisme qui, au final, compose une discographie riche, variée et passionnante. Sorti l'an dernier, ce nouveau projet, un groupe sobrement nommé 8 voit la Californienne, exilée depuis des lustres en France, s'acoquiner avec le producteur Ray Borneo pour un grand raout rappelant le meilleur des années 80. Soit une musique sombre, noire et tendue par des synthés dark (« I do wrong ») et des lignes de basses cold wave qui colle comme un gant de cuir au chant sexy de Brisa. Et pourtant, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, cet album est l'occasion pour la chanteuse de renouer avec ses racines rock n'roll par le biais d'une guitare cradingue et lo-fi évoquant à la fois le blues (la magnifique « Sugar »), le punk ("Never back") ou le rock garage (l'addictive « Help me go »). Volontiers hypnotique à l'occasion (« Don't fall », « Give me something ») voici un album mystérieux, excitant et passionnant de bout en bout. Une réussite.




vendredi 8 juin 2018

Eli « Paperboy » Reed and The High and Mighty Brass Band + Marcus Bonfanti, Le Flow, 06/06/2018.



La première partie fût assurée par le bluesman Marcus Bonfanti, un sacré personnage, cheveux longs et accent traînant du Sud comme débarqué par hasard. Seul avec sa guitare demi-caisse qui respire le vécu, le chanteur s'est débattu avec de gros problèmes de son sur le premier titre aux allures de rodage avant que les choses sérieuses ne démarrent vraiment. Une prestation hélas trop courte, 20 minutes, pour se faire une idée et surtout des moyens limités, seul avec une guitare, difficile de sortir des sentiers battus. Néanmoins beaucoup de feeling transpire de la musique, à écouter sur disque pour se faire une idée plus précise. 

Déjà dix ans de carrière pour le guitariste soulman Eli « Paperboy » Reed de retour sur la scène (flottante, il s'agit d'une barge flottant sur la Seine) du Flow, un cadre atypique et magnifique pour fêter la sortie de son récent (et déjà introuvable) album en compagnie du High and Mighty Brass Band que l'on découvre pour l'occasion. Bien qu'originaire de Brooklyn, New York, tout dans ce brass band évoque la Nouvelle-Orléans et ses seconds lines, de la ferveur mais aussi de l'émotion, idéal pour chauffer la salle et ça tombe bien puisque c'est à eux que revient ce privilège en attendant l'entrée en scène du chanteur. Lequel se présente, boîtant bas, la jambe enserrée dans une prothèse, résultat d'une sortie de scène sautillante à Madrid quelques jours auparavant… Dommageable mais il en faut plus pour abattre Eli qui prend la chose avec beaucoup d'humour, les chorégraphies fûrent inoubliables sur le premier titre. Cette collaboration sonne comme une petite révolution musicale pour le chanteur qui rompt ainsi avec ses habitudes, plus de basse ni de clavier mais un rythme infernal mené par la batterie et les percussions et beaucoup plus de cuivres qu'auparavant, sa musique, qui repose moins sur sa guitare, n'a jamais sonné aussi funky ! Les anciens titres subissent ainsi une cure de jouvence sans pour autant être dénaturé, et dans ce nouveau contexte, la guitare nous apparaît de plus en plus blues. La fin du show fût fantastique. Au milieu de la fosse et du public, les musiciens en cercle entourent le chanteur (sans sa guitare) aux allures de prêcheur gospel, un moment rare et privilégié au contact de l'artiste. 

http://www.elipaperboyreed.com/
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https://www.facebook.com/highmightybrass 

mardi 5 juin 2018

La Bonne Aventure 2018


L'affiche est magnifique, on se croirait en Californie, et la deuxième édition du festival La Bonne Aventure, s'annonce plutôt bien entre concerts, parcours secrets (au nombre de 18), visites (9) avec les acteurs culturels du territoire et, cerise sur le gâteau, performances face à la mer !

Les 23 et 24 juin à Dunkerque.

https://www.labonneaventurefestival.com/

Manu Delago : « Parasol Peak »



Batteur repéré derrière Björk, Poppy Ackroyd ou Anoushka Shankar, l'Autrichien Manu Delago s'est lancé, en compagnie de sept autres musiciens, dans un drôle de défi : gravir les Alpes et s'arrêter à différents palier pour y enregistrer de la musique ! Une aventure rocambolesque qui trouve aujourd'hui son aboutissement sur deux supports : un film et un disque, la qualité d'enregistrement ayant dépassé toutes les espérances de son auteur. Si musicalement la chose évolue entre classique (le violoncelle) et musique contemporaine (percussions, cuivres), elle comble entièrement une notion à laquelle nous sommes particulièrement attachés, celle du voyage musical (il y a quelques temps nous avions craqué sur l'album techno de Molécule pour des raisons sensiblement similaires). Ainsi le film, que nous avons pu visionner en avant-première, est d'une beauté à couper le souffle entre montagne et forêt, et présente une collection d'images insolites, les musiciens les pieds dans la neige ou éclairés à la torche traduisant la folie du projet. Car, avouons-le, il faut quand même être légèrement cintré pour se lancer dans une expédition en montagne (comprendre avec mousquetons, fil d'Ariane et compagnie), culminant à plus de 3 000 mètres, un violoncelle sur le dos ! Et au final, le métrage soulève un point passionnant, celui de la confrontation entre la musique et la nature et comment l'une réagit à l'autre et la modifie, on pense notamment au vent qui, fréquemment, s'invite dans les arrangements. La Nature serait-il le plus grand artiste qui soit ? Eléments de réponse le 7 septembre prochain pour la sortie du film et du disque. 

Www.parasolpeak.com

samedi 2 juin 2018

Ella/Foy : « Walking in the space »



Sur le port de La Rochelle, le regard perdu dans le vide, Ella (Hélène Fayolle, chant, guitare, ukulélé) et Foy (Romain Deruette, contrebasse, guitare, chant, percussions) rêvent d'ailleurs. Un ailleurs peut-être inaccessible mais qu'il est cependant possible de toucher du bout des doigts en musique(s). Démonstration en est faîte tout au long des treize plages de ce premier album, au confins du folk, du blues et du jazz, majoritairement acoustique, et porté par le swing feutré de la contrebasse épousant élégamment les courbes délicates du chant, soulful et légèrement fissuré dans le fond de la gorge, d'Ella. Troisième membre du groupe, l'harmoniciste Bruno Tredjeu souffle le tout sur les routes du blues fantomatique (« Lazy Day », « Imparfait », « Nothing better to do ») où ils croiseront certainement Valparaiso, autres grands voyageurs en musiques. Piste après piste on tombe sous le charme de la formation, l'intimité immédiate ressentie en musique, qui semble avoir été enregistrée au fin fond d'une grange abandonnée au milieu d'une plaine désolée. Très bel album. 

En concert le 29/06 à La Javelle (Paris)
https://www.facebook.com/ellafoylegroupe/
Www.ellafoy.fr



dimanche 27 mai 2018

Cannes Soundtrack 2018


Les lumières sont éteintes et le tapis rouge est remballé, le festival de Cannes s'est achevé il y a huit jours mais les prix restent. Le Cannes Soundtrack Award, huitième du nom, récompensant la meilleure musique de film a été attribué à Roma Zver et German Osipov, par ailleurs membres du groupe russe Zveri, pour le film "Leto" (L'été) réalisé par Kirill Serebrennikov, nous narrant l'histoire de Mike Naumenko, une rock star russe des années 1980, interprété par Zver lui-même. Ce dernier et les autres membres de son groupe sont à l'origine des prestations musicales du film, qui sortira sur nos écrans fin 2018. On a hâte de le découvrir...


Marquis de Sade, Villette Sonique, 26 mai 2018.


Comme un écho des biens décevantes premières parties (assurées par Anna Von Hausswolff et Exploded View) le show commence par des voix incantatoires accompagnées de plages synthétiques aussi planantes qu'angoissantes. Un écran géant occupe le fond de la scène diffusant d'étranges images de fœtus en noir et blanc, avant qu'ils ne fassent leur entrée en scène. « Nous étions Marquis de Sade » affirme le chanteur Philippe Pascal. Aussi surprenant que cela puisse paraître, en 2018, la foule, un peu clairsemée tout de même eu égard à l'immensité de l'endroit, s'apprête à faire un triomphe au groupe rennais, porté disparu depuis plus de 35 ans. Marquis de Sade, deux albums studios seulement mais une empreinte indélébile sur le rock français, due notamment aux collaborations avec Etienne Daho, au début de la carrière de ce dernier, et un art de la cold wave tenant le haut du pavé, soutenant la comparaison avec n'importe quel combo venu d'outre-Manche. L'album live sorti en fin d'année dernière nous l'avait appris avec classe, en 2018, le retour sur scène de Marquis de Sade est, en tout point, absolument pertinent. Les cheveux ont certes blanchis mais l'élégance, sobrement noire, reste. Elancé et charismatique, le chanteur Philippe Pascal envoûte la foule alors que le guitariste Frank Darcel participe à cet envoûtement général par le biais de sons lourds de guitare. Tout Marquis de Sade est ici résumé, l'ambiance lourde et pesante avant que la section rythmique et les guitares ne fassent sauter le bouchon sous pression. Les claviers et le saxophone apportent une note aventureuse faisant toute la différence avec le tout venant rock. Deux invités, viennent apporter leur soutien à la cause, Etienne Daho (acclamé par le public) ce qui était attendu et Pascal Obispo (mentionné pour la première fois sur cette page en onze ans d'existence et il n'est pas improbable que cela soit également la dernière) ; pas si surprenant finalement depuis que l'on a appris que la star de la variété était, à ses débuts, le bassiste de Senso une formation post MDS de Frank Darcel. Sous l'écran géant diffusant ses obsessions cinéphilique (Metropolis, l'acteur Conrad Veidt) le quatuor semble avoir enterré la hache de guerre, si l'aventure a été aussi éphémère c'est aussi parce qu'elle tenait plus de l'association de circonstance que de l'amitié durable entre les musiciens. Espérons que cela dure…

samedi 26 mai 2018

Kaviar Special : « Vortex »



Découvert par une après-midi de canicule à Rock en Seine, le groupe rennais avait, tout de suite, charmé l'auteur de ces lignes, par sa capacité à surfer la vague psychédélique. Ce nouvel album pousse le bouchon encore plus loin, au point que le groupe fait honneur au titre, se perdant, avec bonheur, et l'auditeur avec eux, dans le vortex du son. Le vortex, soit le tourbillon, le tournis qui prend les oreilles de l'auditeur une fois le disque posé sur la platine, le cerveau vrillé par les guitares, les vagues acides de fuzz et la batterie qui guide la petite troupe au sprint (« Bursting at the seams »). Titre après titre, le groupe se désinhibe avec délice, et l'auditeur aussi. Particulièrement addictif, l'album fait le grand écart entre garage/psyché hypnotique et répétitif (« Dead End ») ; et surf music/rockabilly/punk (« Bedroom », "The Draugr"). Un soupçon de ballade pop au charme rétro (« Back to school ») ajoutant de nouvelles couleurs à la palette, très complète, maniant avec autant d'habileté les ambiances planantes et les guitares saturées. Ah oui, la pochette est magnifique aussi. Plus qu'une réussite, du caviar ! 

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vendredi 25 mai 2018

Brisa Roché, Salle Palias, 24 mai 2018.

(c) RG

Magnifique chapelle située au quatrième étage d'un bâtiment, religieux, d'obédience polonaise, la Salle Palias fût l'endroit le plus improbable qu'il nous ait été donné de visiter cette année. Un lieu atypique qui convient bien à la chanteuse Brisa Roché qui fête, le temps de ce court show case, la sortie de son nouvel album « Father », le plus personnel de l'exilée américaine à ce jour. En position dangereuse, assise en équilibre précaire, sur une sorte de pupitre pas spécialement étudié pour, Brisa trône au balcon, perchée, comme à son habitude, seule avec sa guitare folk. Sa voix, absolument pas amplifiée, dégage une puissance incroyable, dans cette antre boisée ; le fantôme de Karen Dalton traîne quelque part, celui de Tim Buckley également. Ses maladresses à la guitare, c'est un exercice assez nouveau pour elle, sont attendrissantes et renforcent le charme naturel de la chanteuse. Le public, assis en contrebas, est sous le charme. Le nouveau répertoire de Brisa possède ce charme intemporel et son interprétation est à l'avenant, le public est pris au piège, dans cette sorte de machine imaginaire à remonter le temps et semble projeté dans un hootenanny des sixties. Brisa quant à elle, prise par l'émotion de ces chansons racontant sa vie, essuie quelque larmes, en pleine interprétation, la voie brisée. Le showcase est émouvant. Le disque sort aujourd'hui, la tournée débute bientôt, ne la ratez pas… 




Robin McKelle, New Morning, 23 mai 2018.


Dans la foulée de la sortie de son excellent « Melodic Canvas », la chanteuse américaine est de retour sur la scène du New Morning, qui l'a vu débuter chez nous, comme pour mieux sceller ses retrouvailles avec le jazz. Retrouvailles mais pas redite, tant la chanteuse a réussi ce changement dans la continuité, c'est à dire rester fidèle à une esthétique tout en réussissant à se renouveler. Pour mieux renouveler ses vœux avec l'idiome, Robin s'est entourée d'un groupe d'experts, l'orchestration diffère légèrement de l'album, pas de guitare, une batterie complète (remplacée par des percussions sur le disque) et un saxophoniste, ce dernier étant un peu en retrait. Deux musiciens semblent emballer la machine, le pianiste (et organiste) qui semble se tailler la part du lion multipliant les soli à l'envi avec classe et feeling, et le batteur au swing feutré, élégant et sobre. Très à l'aise dans la retenue, il est aussi capable d'accélérations aussi puissantes que fulgurantes. Enfin un dernier membre alterne basse électrique et contrebasse (parfois au sein du même morceau), si les interventions solo se font rare pour les quatre cordes, sa capacité à creuser le temps au maximum renforce le swing. Aussi bien entourée, Robin, parfaitement francophone, brille de mille feux et se met le public dans la poche. Sans piano, mais concentrée sur le chant, Robin interprète littéralement ses textes dans le sens ou quelques mimiques et autre clin d’œils complices agrémentent sa prestation et font ressortir son charisme naturel. Appliquée, la chanteuse module sa voix pour mieux faire passer l'émotion et le ressenti, si on peut toutefois regretter un excès de tremolo. Enfin le concert s'achève par un rappel extraordinaire de 20 minutes, du silence impressionnant au déchaînement de swing, qui verra le public passer par toutes les couleurs… Grande classe. 

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Très Court International Film Festival


mardi 22 mai 2018

Eli Paperboy Reed au Flow le 6 juin


Eli Paperboy Reed enflammera le Flow le 6 juin prochain en compagnie d'une impressionnante section de cuivres de dix membres ! Ca va tanguer sur la Seine !

Ben Folds à la Cigale le 30 mai


Pour la première fois depuis des lustres, Ben Folds (et son piano) seront de retour à Paris dans le cadre magnifique de la Cigale...

lundi 21 mai 2018

Robin McKelle : « Melodic Canvas »



Au terme d'un parcours artistique entamé en 2006 et qui l'a vu passer du jazz big band à la pop, sans oublier de passer par la case soul, Robin McKelle se réinvente une nouvelle fois avec ce nouvel effort, le septième, et le plus personnel de sa carrière. En effet, en plus de l'écriture et de la production, la chanteuse assume également la direction artistique de la pochette. C'est donc sous un nouveau jour que se présente l'artiste. Une grande idée donne le ton de l'album, l'absence de batterie au profit de percussions. Loin d'être anodin ce choix indique la direction de l'album, soit une baisse volontaire du volume sonore et du tempo général ainsi qu'une place moindre, mais toujours centrale accordé à la rythmique. Il en résulte un album intimiste, pratiquant un swing « en sourdine », délicat, élégant et languoureux, donnant l'illusion d'un disque enregistré, au coin du feu, quelque part dans un chalet éloigné, en petit comité. Ce disque marque aussi les retrouvailles de la chanteuse avec le jazz, quoique dans un style différent que par le passé. Et le changement lui va particulièrement bien, le contexte acoustique faisant ressortir le charme naturel et le charisme vocal de Robin, qui semble nous sussurer dans l'oreille dix titres durant. A noter pour finir, un dernier titre en français « Il est mort le soleil », placé en toute fin de programme, comme un clin d'oeil au pays qui l'a tant soutenu depuis une décennie. Excellent de bout en bout et plein de charme, voici le disque idéal pour les longues soirées d'été qui s'annoncent. 

En concert le 23 mai à Paris (New Morning)

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dimanche 20 mai 2018

La Danse du Chien : « Monsters and Mermaids »



Ce quatrième album marque le 20ème anniversaire de la formation qui, inexpliquablement, avait jusqu'ici échappé à notre radar. Intitulée « Monstres et Sirènes », le disque porte particulièrement bien son nom tant le groupe ne semble fonctionner que dans l'opposition. Tout comme le sel accompagne le poivre ou le Yin n'est rien sans le Yang, La Danse du Chien n'est jamais complète sans son contraire. Ainsi le groupe alterne reprises et compositions originales, blues fiévreux ("Sant'Antonio's Trigger") et rock n'roll mordant (« Diposophobia », « Lie to me » dont le saxophone rappelle les Stooges), le tout sans jamais affaiblir une impressionnante tension intrinsèque consanguine à leur musique (« Gone »). Expérimentations psychédéliques (« Still Waters »), torch songs nocturnes un rien baroques, que n'auraient pas renié Tom Waits (« Primitive », « Room 25 ») et rock n'roll cynophile (la reprise bien sentie d' « I wanna be your dog ») composent ainsi un passionnant patchwork, débordant de feeling, sorti tout droit de la gorge du chanteur, perceptible dans le souffle de l'harmonica ou dans le moindre pincement de corde. Magnifique album dont la superbe pochette vintage nous fait regretter cette époque pourrie où la promo ne se fait plus que par voie digitale… 

http://ladanseduchien.com/
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samedi 19 mai 2018

Volage : « Sittin' Sideways »



Voici, enfin, le deuxième album de Volage quatre ans après une première livrée nerveuse. Entre-temps, le groupe a appris à moduler son propos, prenant ses distances avec la scène rock garage, un créneau bien encombré par les temps qui courent, pour délicatement dériver vers des rivages power pop. Power est bien en l'espèce le terme le plus important, car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le groupe n'a rien perdu de son aspect tranchant (« Permanent Feeling », le grunge menaçant de « Spleen ») mais, désormais, canalise au mieux son énergie. Batteries tamisées, guitares sous contrôle et harmonies vocales soignées (« Whispers »), tout les signaux sont au vert pour une approche pop, mettant en valeur les mélodies (l'excellente « Fever »), sur lesquelles se drape parfois un voile mélancolique (« Sittin' Sideways ») contrastant amèrement avec le sourire éclatant arboré sur la pochette. Oui, Volage évolue et c'est une excellente nouvelle tant ce nouvel effort, à la production soignée dans les moindres détails, annonce des lendemains qui chantent pour le groupe. Attachant et addictif, la bonne surprise de ce printemps.
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vendredi 18 mai 2018

Gaëlle Buswel le 31 mai au Café de la Danse


Villette Sonique 2018



Rappel : la semaine prochaine c'est le festival Villette Sonique et, entre autres, le grand retour inespéré et tant attendu de Marquis de Sade sur une scène parisienne ! Youpi !

Henri Caraguel : "Les Arbousiers"

On avait beaucoup aimé son très dépaysant EP, Henri Caraguel nous revient avec un premier extrait vidéo vert et ensoleillé, ça fait du bien !