samedi 17 août 2019

Equipe de foot : « Marilou »



Un peu juste pour jouer la gagne à la Coupe du Monde, le duo est, en revanche, parfaitement outillé pour faire le match sur le terrain du rock. Car, oui, et on ne rigole pas svp, il y a bien un groupe de rock nommé Equipe de foot qui joue en ce moment près de chez vous et ce n'est pas une blague. Plutôt influencé par le grunge et les années 1990, le duo propose une version de l'idiome influencé par la pop dont ils ont gardé un goût certain pour les mélodies (« Not About Wrinkles ») et qu'ils s'amusent ensuite à traîner dans un bourbier de guitares abrasives (« Funny Wife ») entre lo-fi et rock garage (cf. le dyptique formé par l'intro « OPMT » et « The dictionnary guys »). Tour à tour touchant (cf. « Marilou ») et/ou galvanisant Equipe de foot évolue dans une zone grise entre des textes assez sombres (l'album tourne autour du thème de la Camarde) et une musique euphorisante. Deux pôles faisant contraste et qui font tout le sel de cet effort réjouissant. 



vendredi 16 août 2019

Buck : « Among your fears »



« You can get away » affirment-ils dès le titre d'ouverture, tu parles ! S'affranchissant des règles et des styles, le duo basse (Xavier Soulabail) et batterie (Clément Palant) Buck, hypnotise l'auditeur et il devient très difficile de s'en sortir. A la source de tout on retrouve, une fois de plus, le blues. Un blues poisseux et collant, noir à souhait, servi par une voix de gorge, grave, idoine pour ces histoires de meurtre (« My murder ») et de fin du monde (« Last night boogie »). La basse bourdonne, vrille le cerveau alors que, s’agitant habilement sur les fûts, les baguettes font monter la tension avant l'explosion finale. Agrémenté d'un saxophone, hurlant comme aux plus beaux jours des Stooges, et d'un orgue, le duo se voit ouvrir de nouveaux horizons. Il plane comme un air de Morphine (la basse blues slidée, le saxophone) sur l'album (cf. « A Bullet »). De Joy Division et de cold wave également (« Blackshirts », « Get Away », « My murder ») aussi surprenant que cela puisse paraître. Un grand écart stylistique mené sur un tempo punk (« Pull the trigger », « Last night boogie ») comme une manière de ZZ Top dopé aux amphétamines. Un grand disque ! 




jeudi 15 août 2019

Cécile McLorin Salvant & Sullivan Fortner, Sunside, 13 Août 2019.


Talent exceptionnel, la jeune Franco-Américaine n'a eu aucun mal à faire salle pleine, pour deux sets à la suite, dans ce Paris quelque peu déserté, de mi-août. Assis au deuxième rang du petit club de Châtelet, à à peine un mètre de la chanteuse, on mesure l'immense privilège de pouvoir assister d'aussi prêt à une prestation de Cécile dans ce club intime. En la personne du pianiste virtuose Sullivan Fortner, Cécile a trouvé autant le compagnon de jeu idéal que la formule idoine pour faire briller de mille feux son immense talent. Car, il va sans dire, que l'Américaine possède une belle voix, mais cela n'est rien sans son immense travail d'interprétation. Et c'est bien de cela dont il est finalement question, un talent d'interprète qui redonne tout son sens à la définition du mot. Une présence physique tout d'abord, les pieds fermement ancrés dans le sol, Cécile chante, alors que le haut du corps, à partir des épaules, cherche à s'élever jusqu'aux étoiles. Le regard ensuite, les yeux révulsés, totalement investie, rieurs ou graves lorsque le sens de la chanson le réclame, son interprétation est tellement intense qu'elle s'approprie totalement le texte, redonnant beaucoup de poids, de sens, aux mots écrits par d'autres. La diction enfin, parfaite, la chanteuse est non seulement parfaitement francophone, sans le moindre accent, mais retrouve même les intonations titi parisiennes du répertoire des années 1930 qu'elle chérit visiblement. La formule piano/voix, dépouillée à l'extrême, est celle qui lui convient finalement le mieux, une présence musicale plus fournie aurait tendance à obérer les magnifiques intonations de la chanteuse. Un concert précieux et débonnaire ou chacun choisit, à tour de rôle, les chansons jouées et chantées tant en français qu'en anglais. L'audience est scotchée sur place, on ressort un immense sourire aux lèvres. Et tant pis si dehors il pleut, notre petit cœur est bien au chaud. 


lundi 12 août 2019

Hat Fitz & Cara : « Hand it over »



Grand classique du début du 21ème siècle, la formule duo guitare/batterie, désigne souvent des groupes de rock teintés de blues. Hat Fitz & Cara renverse la problématique et serait plutôt un pur groupe de blues qui s'amuse, parfois, à pervertir le sons des guitares (« ADHD » ; « Under Wing »). Ainsi le duo met à profit sa mixité pour mieux brouiller les pistes. Les guitares et autres banjos, aux cordes délicatement piquées, déversent leur feeling transcendant les enceintes (« Step Up », « City Lights ») ; l'alternance entre la voix douce et aérienne de l'Irlandaise Cara Robinson contraste avec le timbre de gorge, plus rugueux, de l'Australien Hat Fitz (cf. « Trimmed and Burning »), alors que le violon épars apporte un soupçon de ruralité mélancolique (« Harbour Master »). Le tout baigne dans une ambiance rurale, très roots, convoquant de nombreuses images mentales telles que le souffle chaud du vent du désert australien apportant une pointe d'aridité sur la verte lande d'Irlande. Entre le vert et le sable, cet album désigne autant un voyage en soi qu'une magnifique découverte. 
http://www.hatfitzandcara.com/
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dimanche 11 août 2019

Bruit Noir : « II/III »



Zizanie dans le métro. Après vingt ans de carrière, le duo Pascal Bouaziz et Jean-Michel Pires (par ailleurs cheville ouvrière de Mendelson) dresse le bilan comme on voyage dans le métro, les titres défilant comme autant de stations : « Le Succès » (bon, visiblement cette dernière n'a jamais été desservie), « L'Europe », « Partir » signifiant la fin du trajet, et « Paris » un règlement de compte en règle (et un clin d’œil vache adressé à Daniel Darc au passage) comme à une réponse à « La Province » du premier disque. Fielleux, Bouaziz déverse sa bile au fil des titres, parfois drôle, dans un genre d'humour noir, et paradoxalement irritant, le chanteur nous questionne : une sacrée tête à claque, oui, mais touchante (« Romy », « Partir »). Autre moitié du duo, Jean-Michel Pires emballe le tout de son fameux bruit noir, un mélange d'électronique minimale anxiogène et de cold wave industrielle (« Des Collabos »), constitué de nappes soutenues par un rythme réduit à un simple battement. Une démarche expérimentale éloignée du songwriting classique et qui finit d'assommer l'auditeur décontenancé par un album brûlot en forme de coup de poing dans l'oreille qui se termine, ironiquement, avec l'arrivée à la station "Bonne Nouvelle". 



mardi 6 août 2019

Volutes : ▷ 2.4 - √ - ◀◀




Au terme d'engagé, galvaudé au fil des années, le trio préfère celui de « citoyen ». Volutes, un groupe citoyen donc, c'est à dire avant tout conscient du monde qui l'entoure et des dérives qui sont, hélas, notre quotidien : le terrorisme (« Syriana »), le climat social tendu à l'extrême (« Les nerfs à vif ») ou le millénarisme (« Le champs des signes »). Autant de thèmes qui généralement plombent la musique, une dérive récurrente du rock français depuis l'avènement de Noir Desir. Soucieux d'éviter l'écueil, le groupe joue la carte de la diversité osant des nappes électro ou des break hip hop avec une fortune diverse. C'est finalement lorsque ce bon vieux blues s'invite à la table (« Scarlett ») ou lorsqu'il réinvente le rock baroque des Doors à la mode punk du 21ème siècle (« Le champs des signes ») que Volutes laisse apercevoir un potentiel encore imparfaitement exploité. 

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lundi 5 août 2019

Brisa Roché : « Low Fidelity »



C'est la divine surprise de notre été, Brisa Roché a enregistré un nouveau disque ! Une sortie pour le moins inattendue et pas vraiment prévue au planning. Fidèle à son titre, le contenu en est acoustique et pour le moins dépouillé. Et dans le fond, c'est pour le mieux et c'est très bien ainsi ! De Brisa et sa guitare, il se dégage quelque chose d'unique, une âme (« California Man », « Summerelo ») qu'un interventionnisme extérieur ou une production plus lourde aurait fini par obérer. Le disque possède ainsi le charme de ces choses enregistrées au débotté, au naturel. Comme une perle échappée du Laurel Canyon des sixties ou du Haight-Ashbury de la même époque, l'album convoque de nombreuses images mentales, on se surprend ainsi à rêver des grandes étendues de l'Ouest Américain, on rêve d'un disque enregistré au fin fond d'une grange abandonnée quelque part dans l'ouest. Magnifiques arpèges de guitare folk, voix éthérée et légère (cf. "Can't Stand"), l'album évoque d'emblée un sentiment d'intimité avec la musique et coule de source, une chanson après l'autre. Brisa a fait du manque de moyen une force créatrice et prolonge ainsi le travail d'introspection et de retour aux sources (cf. « Daughter of a Teacher ») entamé avec son album précédent, le déjà magnifique « Father ». Un album lumineux que l'on n'a pas fini d'écouter en regardant le soleil se coucher.

https://brisaroche.bandcamp.com/album/low-fidelity
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dimanche 4 août 2019

G. Lolli : « Chiaroscuro : The truth and its shadow »



Faux Italien mais vrai Français, G. Lolli (aka Dr Geo) nous livre la bande originale d'un polar transalpin imaginaire, enregistré à Biarritz, et plus vrai que nature ! Ces ballades, dont certaines dépassent à peine la minute, moites ou oppressantes, entièrement instrumentales, conjuguent avec maestria les influences du jazz et du funk ; le tout composant une bande son au fort pouvoir évocateur, faisant travailler l'imaginaire de l'auditeur et justifiant ainsi pleinement le sous-titre de l'album : « Library music for a cinematic journey ». Guitariste habile, maîtrisant aussi bien les arpèges acoustiques que la brûlante pédale wha-wha, Dr. Geo a mis les petits plats dans les grands pour assouvir ses ambitions cinématographiques : arrangements luxuriants, de cordes, de vents, de percussions endiablées, de piano électrique, sont ainsi mis au service d'une musique au-dessus de laquelle plane l'influence des années 1970 à laquelle il fait honneur, égalant ainsi ses maîtres, Ennio Morricone ou Nino Rota. Ni revivaliste, ni nostalgique, mais tout simplement intemporel. Saluons enfin pour finir la magnifique édition vinyle de l'album servie dans une superbe finition marbrée or et noir. 

https://specific.bandcamp.com/album/chiaroscuro
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samedi 3 août 2019

Lloyd : « Black Haze »



Comment faire du neuf avec de l'ancien ? Interrogation classique qui anime pléthore de groupe de rock depuis un quart de siècle, on ne compte plus le nombre « de meilleur album des Beatles depuis la séparation des Beatles ». Et si on se concentrait, plutôt, sur les chansons ? A ce petit jeu, Lloyd tire son épingle emmenant les influences, parfaitement digérées des années 1970, là où ne les attendait pas. L'album est du genre tortueux, rien que le titre d'ouverture, « Dreams Overture » flirte avec les dix minutes. Et que s'est-il passé entre-temps ? Tellement de choses ! Quelques influences du blues, bien cachées dans le creux d'une guitare slidée avec inspiration, et un télescopage massif des guitares puissantes qui se fracassent souffle pop épique typiquement 70 (Supertramp, Pink Floyd, ce genre de choses) incarné par des choeurs et même quelques synthés, le groupe n'ayant pas peur d'insuffler une légère dose électro vintage dans sa musique. Si l'on prend en compte également une certaine appétence pour les ballades et la pop psychédélique (au sitar), on entrevoit seulement le début des possibilités offertes par la créativité de la formation. Pensée, réfléchie, la musique de Lloyd pourrait facilement tomber du mauvais côté de la barrière, vers le kitsch grandiloquent, un écueil facilement évité par une production au cordeau. Une question reste cependant en suspens : comment retranscrire sur scène, à trois, un univers aussi riche et onirique ? 



vendredi 2 août 2019

Shayna Steele : « Watch me fly »



A quel point la musique est-elle le fruit d'une expérience de vie personnelle ? Cruciale, fondamentale et passionnante, la question se trouve au cœur du nouvel album de la chanteuse. Longtemps, cette dernière a été cantonnée au second plan, au fond de la scène. Cette choriste, anonyme mais chantant magnifiquement bien, c'est Shayna ! Cette dernière a, des années durant, enchaîné les collaborations prestigieuses et autres prestations dans des comédies musicales. Aujourd'hui la belle vole de ses propres ailes (cf. le titre) et le voyage promet d'être spectaculaire ! Tout débute par un rimshot nerveux de la batterie qui, d'emblée, place la chanteuse sur le terreau, fertile, du jazz swing (« Be », « Baby be mine »), racé et élégant, voire du blues (cf. « Treat me good ») mais, toujours, mâtiné d'une forte dose de groove soul (« Shadow »). La reprise de « That's what love will make you do » est à ce titre exemplaire dans une veine New-Orleans/Meters. Une variété d'atmosphères qui constitue le décorum de l'album et dans lequel se fond, avec grâce et élégance, la chanteuse aussi à l'aise dans un registre puissant que dans le feulement sexy. Du vécu débordant des cordes vocales, la chanteuse est également co-auteur de la majorité des compositions. De quoi parachever l'invitation à découvrir son univers au travers de cet album en forme de divine surprise. 

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lundi 22 juillet 2019

Emma Sand : « Door to door »



De part son acoustique chaleureuse, Emma Sand (contrairement à ce que le nom laisse supposer il s'agît bien d'un groupe) fait partie de ces projets à vocation cinématographique propres à stimuler l'imaginaire de l'auditeur. Piste après piste, au détour d'une guitare délicatement piquée ou de cordes glissées avec soin, pris dans les méandres vaporeuse du chant délicat, l'auditeur/spectateur voit ainsi une foultitude de paysages défilant au fur et à mesure que l'on avance dans le disque. Parler en l'espèce d'influences ou d'un cousinage, plus ou moins lointain, avec Valparaiso, n'est pas nécessaire tant ce trop court EP (6 titres) irradie d'une lumière qui lui est propre. Un feeling prégnant ou la délicatesse côtoie la tension sous-jacente (« Door to door »), soulful (« Silver Ashes ») jusqu'à l'ultime note, dans le moindre geste des musiciens. A l'instar de celle représentée sur la (superbe) pochette, ces six pistes représentent bien une toile, un tendre piège, dans lequel nous sommes conviés pour nous perdre, avec délectation. Un magnifique voyage, vivement la suite ! 

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dimanche 21 juillet 2019

Binic Warm Up Party, Petit Bain, 20 juillet 2019.



Circonscrit dans un périmètre entre blues/punk, garage/psyché et folk/rock, situé en bord de mer sur la plage ou le port le Binic Folks Blues festival a tout pour nous plaire. Avant les festivités du week-end prochain, on en a eu un petit aperçu avec quatre artistes de l'édition 2019 du festival qui se produisent en avant-première sur la scène flottante du Petit Bain. Le week-end du 26 au 28 juillet va être chaud en Bretagne ! 

On commence avec la délicieuse Saba Lou, assise sur son tabouret sa guitare électrique demi-caisse sur les genoux, qui nous balade de sa voix sucrée de jolies chansons folk électriques bien troussées. Le set gagne encore en charme lorsque la chanteuse troque sa guitare pour une basse et rejointe par deux comparses (guitare, ukulélé et/ou caisse claire jouée au balais), charme rétro évident et une bonne dose de swing, parfait cocktail pour débuter en douceur. 

On monte tout doucement en décibels avec les Australiens de Shifting Sands. Dégaines de vieux hippies (longs cheveux blancs et tatouages délavés) surfeurs, lookés en provenance de la plage (chemisettes à fleurs, tongs), le quintet est visiblement ravi de jouer sur « a boat » ce qui leur va particulièrement bien au teint (rappelons que le Petit Bain est une barge flottant sur la Seine). Quintet bicéphale (guitare acoustique, guitare électrique, piano, batterie) Shifting Sands fonctionne sur deux niveaux de lectures. La base reste le folk un tantinet mélancolique voire désabusé, un fond mélodique parfaitement incarné par la guitare acoustique (qui assure la rythmique en lieu et place de la basse) et le piano (joué par une pianiste au regard triste) alors que la batterie dynamite la dynamique générale du groupe et que la guitare électrique ajoute un peu de piment rock'n'roll voire un soupçon de ruralité (via des cordes délicatement slidée) à toute cette affaire. Le chanteur possède une voix extraordinaire, de gorge, grave et éraillée, le vécu coule à flot de ses cordes vocales. Magnifique découverte que ce groupe mais un set frustrant car trop court (à peine 30 minutes). Aisément le coup de cœur de la soirée, on repart avec le vinyle sous le bras ! 

A partir de ce moment la soirée monte franchement en pression et en décibels avec le trio Beechwood présenté depuis un an et demi comme les sauveurs du rock new-yorkais. Impeccablement looké et coiffé, le power trio a visiblement passé autant de temps chez le coiffeur ou dans les friperies que chez le disquaire. Pas forcément un mal tant, autant sur le plan visuel que musical, le trio rappelle les grandes heures du punk-rock débutant de 1977. Une belle énergie donc parfaitement restituée même si un peu convenue. Il y a quand même quelque chose d'un peu perturbant à les voir passer les Kinks à la moulinette. 

On termine enfin dans le chaos total en compagnie de ce fou lubrique de King Khan (sapé comme dans le film « Cruising » de William Friedkin) qui vient présenter son nouveau projet, le groupe punk Louder Than Death, le micro dans le slip (en cuir bien sûr) à l'avant ou à l'envers suivant son envie du moment. Un grand malade donc mais à en constante recherche de chaleur humaine et qui a passé à peu près autant de temps dans la fosse, au contact direct du public, que sur scène. Un énergie punk chaotique, pas toujours bien canalisée, mais laissant apercevoir de temps en temps de magnifiques éclairs cold (« Erased World »). Un grand moment de déglingue rock'n'roll comme de coutume avec ce chanteur aussi à l'aise que dans son costume de soulman. 

https://www.binic-folks-blues-festival.com/





mercredi 17 juillet 2019

Nico Chona and The Freshtones



Caréné comme une bonne vieille muscle car, cet album ne manque pas d'arguments pour faire groover la voie rapide. En gros pour résumer, on y trouve tout ce qu'on aime bien faire résonner aussi bien dans l'autoradio (cf. l'intro d'« Again and again ») qu'à la maison. Du rock'n'roll nerveux mais qui n'a pas oublié de faire swinguer l'auditeur (cf. « Wheels of obsession ») ou, dans un étrange grand écart, de jolies ballades acoustiques (« Again and again », « The Heat »). Bien évidemment, comme il est de coutume entre gens de bon goût, la chose est teintée de fortes effluves de blues et de boogie (« Screen Boy »). Ainsi, au fil des titres, le groupe épate par la variété des ambiances mais aussi cette capacité à maîtriser arpèges folk et gros son au sein du même morceau, une intro calme avant une coda déchaînée, imaginant l'improbable trait d'union entre Neil Young et Led Zeppelin. Rythmiquement aussi solide que du ZZ TOP (cf. "Black Sky Man") le disque est aussi une sacrée collection de soli déchaînés de guitare ou d'harmonica, porté par un chant expressif, parfaitement crédible dans la langue de Shakespeare. L'album parfait pour rêvasser en regardant le paysage défilant sur le côté, en route pour les vacances… 


mardi 16 juillet 2019

The Heavy : « Sons »



Bien qu'étant une des formations rock les plus excitantes d'Angleterre depuis leurs débuts en 2007, le quatuor The Heavy fait un peu figure d'exception dans une perfide Albion obnubilée par les Beatles et/ou la scène mod. Point de revivalisme ici, mais plutôt des influences venues d'outre-Atlantique et clairement affichées du côté de la soul (« Fighting for the same thing ») et du rhythm'n'blues (l'excellente « Better as one ») ou du hip-hop (le tonitruant « Heavy for you » qui ouvre les débats), voire éventuellement du reggae que le groupe mixe avec brio au gros sons des guitares (« Fire » ; "A whole lot of love") ; le tout forme une sorte de pendant masculin des BellRays, incarné à la perfection par le chanteur caméléon Kelvin Swaby qui module sa voix en fonction des ambiances. Un cocktail musical foncièrement estival qui trouve ici son incarnation la plus aboutie, portée par le simple plaisir du jeu. Un disque solaire à l'enthousiasme contagieux ; il y a bien de quoi afficher des mines réjouies (une première pour le groupe) sur la pochette ! 

En concert le 25/10 à Paris (La Machine du Moulin Rouge)
http://theheavy.co.uk/
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https://twitter.com/theheavy

dimanche 14 juillet 2019

Louder Than Death : « Stop und fick dich ! »



Le chanteur de ce nouveau groupe, « plus lourd que la mort », est bien connu de cette page puisqu'il est nul autre que King Khan, une sorte de James Brown déjanté habillé de plumes comme le regretté Dr John, qu'on a l'occasion d'entendre ici dans un nouveau contexte, plus punk. Un cocktail garage/punk qui sied particulièrement bien à sa voix éraillée, toujours sur le fil, les cordes vocales sur le point de céder aux assauts des guitares abrasives. Les autres membres du groupe, issus de Magnetix, des Shrines (le groupe habituel de King Khan) et des légendaires Spits, s'y entendent donc en matière de boucan mais atteignent ici une sorte de point aussi sensible qu'inédit, délaissant le rhythm'n'blues et la soul, marottes habituelles de King Khan, pour des influences cold wave, début des années 1980, comme le laisse entendre les lignes de basse (on pense en particulier à celle d'« Erased World », "Strange Way"). Le tout, joué dans la foulée d'une section rythmique au sprint, certains titres dépassent à peine la minute, constitue un cocktail explosif de guitares déjantées et de chant éclaté. Grand moment de déglingue scénique en perspective. 
En concert à Paris le 20 juillet (Petit Bain) 

mercredi 10 juillet 2019

Eurockéennes de Belfort, 4, 5, 6 et 7 juillet 2019.


LES RÉVÉLATIONS : 

The Hu (jeudi 4 juillet, Loggia) : Alors ça, on ne l'aurait jamais crû, même avec l'imagination la plus débridée ! The Hu, groupe parfaitement inconnu, débarque de sa Mongolie natale équipé d'instruments baroques (mais tellement beaux) jouant une musique qui l'est tout autant, manière de folk mâtiné de métal symbolisant la rencontre de deux mondes ! Hyper percussif (un tambour traditionnel double la batterie) et usant d'instruments traditionnels (dont une sorte de vielle jouée à l'archet) The Hu trouve la juste dose d'agressivité pour rendre accro sans assommer le spectateur. Mortel ! 

Jambinaï et la Superfolia Armada (vendredi 5 juillet, Loggia) : Avant de plonger la tête la première dans le post-rock et le métal atmosphérique, Ilwoo Lee, leader du groupe coréen, a étudié en profondeur la musique folklorique de son pays natal. Il en résulte un groupe fonctionnant à différents niveaux de confrontations. Entre, en premier lieu, la mélancolie mélodique de l'haegeum (une sorte de violoncelle miniature) et la force percussive du geomungo (une cithare jouée avec des baguettes). Entre, ensuite, les instruments traditionnels et un trio métal classique (guitare, basse et batterie). Et pour finir, la rencontre des musiciens français (Olivier Mellano, guitare, Erwann Keravec, cornemuse, Yann Gourdon, vielle à roue). Une magnifique création exclusive du festival alternant entre climats apaisés et/ou dark, franchement prenants, et de fulgurants éclats de guitare électrique. Superbe ! 

88Kasyo Junrei (dimanche 7 juillet, Loggia) : Depuis fort longtemps le Japon est réputé pour ses formations hybrides et débridées. Nouvel exemple nous est donné avec ce prolifique trio au mélange baroque allant du hard-rock au psychédélisme en passant par la case punk. Emphatique, exubérant, speedé, enthousiaste, sans conteste le concert le plus fou du week-end. 

Fontaines D.C. (jeudi 4 juillet, Loggia) : Les Irlandais affolent les compteurs depuis quelques mois, l'occasion nous est ainsi donnée de juger sur pièce, on n'a pas été déçus ! Avec un air je m'en foutiste de ne pas y toucher, le guitariste à lunettes tire limite la tronche, le groupe balance ses hymnes punk avec conviction. Excellent ! 

Idles (vendredi 5 juillet, Greenroom) : Précédés d'une réputation flatteuse à laquelle ils ont fait honneur, les Anglais ont donné une performance incroyable et débridée, électrique où la violence atteint un stade quasi expérimental. Le nuage de poussière soulevé par le public pogotant donne un air apocalyptique fort à propos à l'ensemble. 

MNNQNS (vendredi 5 juillet, La Plage) : Proximité avec la côte aidant, les Normands sont probablement le plus britannique des groupes français. Climat cold wave classieux et fureur punk, le cocktail parfait ! 

Julia Jacklin (dimanche 7 juillet, Loggia) : La petite scène nichée entre les arbres s'est finalement révélé la plus consistante du week-end ! Une nouvelle preuve avec cette jeune Australienne. Si le concert commence de façon trop calme et répétitive, avec le premier titre, un bon coup de sang de l'excellent batteur réveille tout le monde. On est vite gagné par le charme de ses compositions folk/alt-country jouées sur un ton indie pop. Très chouette. 

Bigger (jeudi 4 juillet, La Plage) : Quasiment local de l'étape, le quatuor avait la lourde tâche d'ouvrir les débats. Mission réussie haut la main grâce à des compositions où la pop ultra mélodique du groupe est viciée avec génie par l'interprétation survoltée du guitariste Damien Félix (également moitié du duo Catfish) et du batteur Antoine. Enfin, un chanteur anglophone, Kevin l'irlandais, est un plus incontestable lorsque l'on prétend chanter dans la langue de Shakespeare sans sombrer dans le ridicule. Excellent set ! 

Hubert Lenoir (samedi 6 juillet, La Plage) : Cela commence tranquillement sur un air de jazz avant que les choses ne s’accélèrent brutalement sous les assauts de la guitare. Jouant de l’ambiguïté sexuelle, ses airs glam rock androgynes, ne sont pas sans rappeler le Bowie première période 70s (cf. le saxophone) ou Lou Reed. Efficace mais un peu trop surjoué, pas encore tout à fait mature, le Québecois (passé par l'émission La Voix, version locale de The Voice) constitue néanmoins une belle promesse pour l'avenir. 

LES VALEURS SÛRES : 

Stray Cats (dimanche 7 juillet, Grande Scène) : Eux, au moins, assurent le job avec classe, efficacité et sans prétention aucune ! Les « punks à chats » revisitent leur grands classiques avec swing suivant la guitare inspirée de Brian Setzer et le swing incomparable du batteur Slim Jim Phantom (toujours debout derrière son kit) et de la contrebasse (un instrument rare dans le cadre du festival) de Lee Rocker. Remerciements éternels ne serait-ce que pour avoir fait résonner un peu de ce bon vieux Eddie Cochran sur le site du Malsaucy. Chapeaux bas, Messieurs ! 

Rival Sons (vendredi 5 juillet, La Plage) : La vue magnifique sur le lac du Malsaucy et les Vosges à l'arrière plan baignant dans la lumière orangée du soleil couchant ne saurait occulter la constance du groupe californien usant à merveille des codes du hard-rock 70s. Et même si tout cela flirte d'un peu trop près avec Led Zeppelin, les qualités d'écriture et d'interprétation nous ont fait passer un excellent moment sur la plage salué par une belle ovation amplement méritée. Et quelle voix, quelle guitare ! Magique ! 

Slash feat. Myles Kennedy and The Conspirators (jeudi 4 juillet, Grande Scène) : On ne rigole pas mais l'ex-Guns, que l'on croyait à la retraite, retiré des affaires, possède d'excellents restes ! Riffs efficaces, virtuosité contrôlée évitant les excès et bien secondé par un excellent groupe, le tout suffit à notre bonheur du jour. Un peu longuet et lassant sur la fin quand-même. 

Suprême NTM (jeudi 4 juillet, Grande Scène) : On avoue, forts contrits, qu'on les avait un peu oublié et leurs disques prenaient gentiment la poussière mais la prestation du soir nous a fait une sacrée piqûre de rappel ! Galvanisé par la scène, le duo n'a rien perdu de son acuité, après deux décennies de silence discographique, une punchline après l'autre, tour à tour touchant ou percutant. Mais faut-il s'en réjouir tant la chose paraît dans le fond totalement déprimante ? Un concert survolté sublimé par une scénographie spectaculaire et les scratches incisifs. Détail amusant, une brigade de la Police assiste en toute discrétion à une bonne moitié du set, s'éclipsant juste avant la bien nommée « Police » ! Un show dantesque devant une foule immense ! Y'a du monde sur la corde à linge ! 

Frank Carter (samedi 6 juillet, Greenroom) : Showman exceptionnel, suffisamment roublard pour se mettre le public (nombreux) dans la poche, il fût le seul (du moins à notre connaissance) à remercier le service de sécurité, le personnel des différents bars œuvrant sur le site ; tout comme à inviter la gente féminine à venir crowd surfer en toute sécurité. Grand bonhomme et punk-rock de facture classique mais ô combien efficace. 

ON A ÉTÉ UN PEU DÉÇUS : 

Interpol (jeudi 4 juillet, Greenroom) : Aïe, aïe, aïe, mais que se passe-t-il ? Entre problème de sons et répertoire qui commence à tirer la langue (« Say hello to the angels » massacrée sur un tempo beaucoup trop punk) la magie d'antan semble bien loin. On s'ennuie tellement que l'on part avant la fin. Le groupe nous rattrape par l'oreille le temps d'un « Stella », c'est déjà ça... 

Weezer (samedi 6 juillet, Grande Scène) : Le constat est rude mais nos idoles d'adolescent ont sérieusement pris du plomb dans l'aile, entre albums misérables (« Pacific Daydream », le récent « Black Album » que l'on n'a toujours pas réussi à écouter en entier) et prestation gâchée par de nombreux problèmes sonores. Il est certes toujours sympa de réécouter les tubes de l'époque bleue (« My name is Jonas », « Undone », « Say it ain't so »), verte (« Hash Pipe », la bien nommée « Island in the sun ») voire rouge (« Pork and Beans ») mais, navré, même pour la déconne au 36ème degré, on n'adhère absolument pas à l'inanité des reprises 80s (« Africa » de Toto, « Take on me » d'a-ha). On s'attendait à mieux et il s'agît là d'un doux euphémisme. 

Smashing Pumpkins (Grande Scène, dimanche 7 juillet) : Le retour de Jimmy Chamberlin derrière la batterie fait certes du bien mais le répertoire du groupe a bien mal vieilli et semble atrocement ampoulé de nos jours. La formation à trois guitares (James Iha reprenant sa place aux côtés du valeureux Jeff Schroeder) passe plutôt bien, c'est une agréable surprise on s'attendait à pire. Bon, allez, ça n'était pas si mal que ça. 

LE COUP DE CŒUR DU WEEK-END : 

The Psychotic Monks (samedi 6 juillet, Loggia) : Totalement possédé par le son, au point de faire peur à la sécurité, le quatuor nous a embarqué dans une odyssée en forme d'ascenseur émotionnel où les guitares se font tour à tour addictives, hypnotiques ou expérimentales. Un voyage au cœur des émotions entre dark et psyché où la poussière soulevée par la foule en train de sauter a donné un air apocalyptique du plus bel effet. Quel concert ! Une prestation remarquable saluée par un tonnerre d'applaudissement et des mercis spontanés lancés par le public alors que le groupe remontait sur scène ranger ses instruments. Le coup de cœur du week-end, sans hésitation !

dimanche 30 juin 2019

Frédéric Lo + Bill Pritchard, Le Café de la danse, 27 juin 2019.


« Barefoot Bill is coming to town », une antienne sonnant comme le titre d'un western, mais qui décrit bien la condition d'un Bill Pritchard ayant perdu ses « boots » dans les loges et qui se présente pieds nus accompagné de son guitariste Mike. Une petite demi-heure en duo de guitares durant laquelle le Britannique égrène les titres de ses albums, récents ("Midland Lullabies") comme anciens, une configuration légère qui met en valeur le côté intemporel de ses chansons, leur immédiateté pop et leur nostalgie aussi, une fois débarrassées de leurs encombrants oripeaux. Une originalité, Bill au piano, une première depuis « 16 saisons ». Musicien trop rare par nos contrées, dont il parle couramment la langue, on profite de cet instant privilégié dans une salle intime, à taille humaine. 

Mais un fantôme plane au-dessus de la scène ce soir, Daniel Darc, descendu de son nuage pour nous faire un coucou depuis l'au-delà, « un ami commun » dixit Bill, qui après avoir enregistré un disque en duo avec lui (« Parce que ») à la fin des années 1980, a connu la renaissance artistique auprès de Frédéric Lo qui a produit le disque du come-back (« Crève cœur ») au début des années 2000. Il est, quelque part, beau de voir les deux artistes collaborer ensemble le temps d'un album (« un truc fou » d'après Frédéric) qui sortira dans le courant de l'année, formant une sorte de trilogie prolongeant les deux albums cités précédemment. 

Pour l'heure, nous redécouvrons Frédéric Lo, producteur côté mais chanteur méconnu, dont le troisième album et le premier depuis des lustres, « Hallelujah » est sorti ce printemps. D'emblée on est frappés par sa voix, ses intonations, son parlé/chanté quelque part entre Daho et Daniel Darc. Ce soir Frédéric est accompagné d'un groupe de musiciens prodigieux, un merveilleux batteur, Christophe Deschamps, aux descentes redoutables dont l'association avec la basse au bourdonnement énorme fait des étincelles, un guitariste à la classe rock rock’n’roll, clavier et violoncelle pour la note classique et la mélancolie contagieuse. Ainsi accompagné la musique fait des allers retour entre pop et chanson, un soupçon de cold wave également, le tout constitue un univers des plus séduisants surlignés par plusieurs duos de prestige (Alex Beaupain, Florent Marchet et Alain Chamfort en invités). Quelques sommets d'émotions atteints lors des différentes reprises de Daniel Darc effectuées par les deux principaux protagonistes (« La pluie qui tombe », « Pauvre Petite » etc.) qui ont présenté en exclusivité, et en guise de rappel, trois chansons de l'album à venir. On en ignore encore le titre à l'heure actuelle, mais le morceau final est extraordinaire dans sa version live, on attends la suite avec impatience !

Magma, Philharmonie, 26 juin 2019.


Sur la scène de la Philharmonie de Paris, plus habituée aux concerts classiques, Magma, qui fête son demie-siècle cette année, a trouvé l'écrin idéalement taillé à sa démesure. Le groupe mené par le batteur Christian Vander, c'est un peu l'objet musical non identifié qui survole le paysage rock français depuis 50 ans. Magma, c'est avant tout un batteur virtuose, nourri au jazz et qui a préféré garder la liberté formelle du genre plutôt que de le respecter à la lettre. Mais c'est aussi une écriture empruntant aux compositeurs classiques et aussi, parfois, une puissance sonore propre à attirer un public métal (comme on a pu le constater lors du deuxième set). Autant de facettes mises à jour une par à une, le long de la performance du soir, trois heures trente de spectacles découpé en deux entractes. Ainsi la formation élargie à mis les grands moyens, huit chanteurs/chanteuses, un véritable cœur d'opéra se répondant l'un à l'autre, des cuivres et deux pianistes virtuoses rappelant l'ancrage classique du zeuhl, le nom qu'ils ont donné à leur musique. C'est donc à une performance au long cours, aussi ambitieuse qu'une odyssée musicale à laquelle le public est convié. Une foule totalement hypnotisée par l'emphase dégagée sur scène et qui se réveille, comme on sort d'un doux songe, par des applaudissements fervents et une clameur méritée, une véritable ovation saluant la fin de chaque set. Ce n'est pas seulement trois heures et demie de concert que l'on fête mais les cinquante ans d'un mythe !

lundi 24 juin 2019

Trio Corrente : « Tem que ser azul »



Composé du pianiste Fabio Torres, du bassiste Paulo Paulelli et du batteur Edu Ribeiro, le Trio Corrente est parti enregistrer ce nouvel album en Italie. L'occasion était belle pour les Brésiliens de questionner ainsi la notion de latinité sur ce nouvel effort en forme de lien tissé entre le passé, une source d'inspiration primale, et aujourd'hui. Se concentrant sur ses forces acoustiques et électriques, son sens du swing ; sans cliché aucun ni renfort superfétatoire, le trio célèbre le jazz brésilien en suivant son inspiration et, force est de le constater, une virtuosité superlative ne prenant jamais le pas sur l'émotion. Osant au passage quelques surprenant détours, flirtant avec le free-jazz, se gardant toutefois de franchir la rédhibitoire ligne jaune. L'auditeur est ainsi convié à un véritable voyage, déroulant un tapis de notes, comme autant de petits grains de sables le long de cette plage bordant notre baie musicale imaginaire. Un album lumineux et estival, qui s'il ne réinvente pas la roue l’interprète avec un souci constant d'émotion, conférant à cet album un réel plaisir d'écoute, et au-delà, un régal pour les sens. 

http://triocorrente.com/
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dimanche 23 juin 2019

Magma : Zëss



Alors que le groupe fête son cinquantième anniversaire cette année (une date de prestige est prévue à la Philharmonie de Paris le 26 juin prochain) sort cette année le nouvel effort du groupe aux origines fort lointaines. Entamée dans les années 1970, la composition « Zëss » n'avait jamais été achevée à ce jour. Ce disque revêt donc une grande importance dans la carrière du groupe. La composition, culte, au long cours (38 minutes environ) constitue donc ce nouvel album, découpé en plusieurs plages dans sa version CD, même si l'album ne contient qu'un seul titre. Il s'agît là de la quintessence de l'art fantasmagorique de Magma, un véritable choc, un fleuve tourmenté, mélangeant les langues, le français et le kobaïen (la langue propre du groupe qu'ils ont inventé) empruntant à la fois au classique, au jazz ou au rock progressif ; fidèle à son image de seul groupe au monde à jouer au Hellfest comme au festival Jazz à Vienne. Accompagné de l'Orchestre Philharmonique de Prague, la troupe de Christian Vander (qui, pour une fois, délaisse le siège du batteur) livre une œuvre de grande ampleur à la fois rêveuse et anxiogène, hypnotique et traversée de brusques envolées lyriques jusqu'à l'emballage final. Une démonstration de virtuosité baroque dont on ressort relativement chamboulés. 

En concert le 26 juin à Paris (Philharmonie)
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lundi 17 juin 2019

Thomas Hellman, Le Théâtre de l’œuvre, 11 juin 2019.


Débutée en 2015, la série « Rêves américains » (deux albums à ce jour) constitue le grand œuvre de l'artiste québecois. Projet à vocation pluri-disciplinaire, la déclinaison scénique de l’œuvre se situe très exactement à mi-chemin du concert et du théâtre. L'ambition en est très élevée, raconter, en une suite de chansons, des compositions personnelles mais aussi des titres traditionnels traduits en français, l'histoire des Etats-Unis d'Amérique de la ruée vers l'or à la crise de 1929. On est parfois assez éloignés du concert classique, Thomas Hellman lâchant parfois sa guitare et son harmonica pour se transformer en acteur, donnant ainsi lieu à d'impressionnantes mutations de sa voix. Son charisme naturel (et celui de ses deux acolytes également) transporte littéralement le spectateur. Sur la petite scène de l'ancien théâtre de l’œuvre, un lieu un peu éloigné de la circulation, le musicien a trouvé l'écrin idéal pour son spectacle, sonorisé et éclairé à la perfection, permettant une grande variété d'ambiances au fur et à mesure que le spectacle avance. Musicalement, le trio œuvre dans un genre hybride entre folk et country, parfaitement restitué par les trois musiciens, se basant sur des instruments acoustiques (contrebasse, batterie, banjo, guitare, piano, harmonica) parfois très inattendus, à l'image des percussions à base de papier journal, déchiré en rythme, tout un art. Parfaitement maîtrisé dans les moindres détail, le spectacle est une réussite. 

http://www.thomashellman.com/
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https://twitter.com/ThomasHellman

lundi 10 juin 2019

Le Choc du futur, un film de Marc Collin



Paris, 1978. Une jeune musicienne semble décidée à créer autrement, fatiguée par le rock, les guitares et même les salles de concerts. Alors même qu'elle flanche lors d'une commande pour la publicité, elle bade une nouvelle boîte à rythme révolutionnaire et invente le son de l'avenir. Non sans se heurter à de nombreuses difficultés liées au patriarcat ambiant et à la nature innovante de sa démarche... 



Issu de la vague french touch des années 1990, membre des groupes Ollano (un seul album, mais quel album magnifique !) et Nouvelle Vague, Marc Collin connaît la musique. Pour son premier film, en forme de faux biopic, Collin n'a pas choisi la facilité en choisissant de recréer à l'écran les années 1970 tout en disposant d'un budget limité. Conséquence, la majorité de l'action est circonscrite à l'appartement, donnant à son métrage un air de huis-clos claustrophobie ne s'aventurant que très peu à l'extérieur. Cette réserve posée, Collin fait preuve d'une grande sensibilité qui fait merveille dans les scènes musicales (avec Corine, notamment), ainsi, la tendre complicité qui unit les deux protagonistes jouées par Alma Jodorowski et Clara Luciani à l'issue d'une répétition réussie est réellement touchante. Dans le même ordre d'idée, il s'échappe une sorte de poésie indescriptible des machines, fils, boutons et autre aiguilles de potentiomètres filmés, avec amour, par Collin. Rien que pour ces passages magnifiques le film vaut d'être vu par les mélomanes (fans d'électro ou non) même si l'intrigue traîne en longueur, au gré de très longues scènes de dialogue, et passe finalement à côté de son sujet. Un sujet ambitieux, les débuts de la musique électronique, et qui aurait nécessité des moyens d'une toute autre ampleur, inaccessibles pour un réalisateur débutant. Espérons toutefois que ce dernier n'en restera pas là, derrière la caméra s'entend, on se fait pas trop de souci en revanche pour son avenir derrière les synthés.

Sortie le 19 juin.




dimanche 9 juin 2019

Samana : « Ascension »



A l'instar de la longue (du moins selon nos critères actuels) plage de silence qui ouvre l'album, ce nouveau disque du duo s'impose à l'auditeur, à force de longueur. Une œuvre qui demande du temps. Ce temps qui semble au cœur des préoccupations du groupe, à force de l'étirer au gré de compositions alanguies et du chant féminin éthéré. Inspiré par une nature que l'on suppose verdoyante et que l'on imagine comme étant le cadre quotidien du groupe Samana prend l'auditeur par la main (ou les oreilles plutôt) le long des sentiers d'une americana sombre, à la fois rêveuse et dark. Ainsi le disque scelle la rencontre entre le picking country/folk, la guitare slide délicate, les arpèges et autres artefacts folk et des nappes électroniques comme échappées d'un rêve dream pop. Une invitation à briser la glace en quelque sorte, histoire de mieux discerner ce qui se cache en dessous. Calme et relaxant, le groupe n'a pas son pareil pour créer des climats propices à la rêverie entre apnée et apesanteur.

https://www.facebook.com/samanamusic/
https://samana.bandcamp.com/album/ascension

vendredi 7 juin 2019

Altin Gün : « Gece »



Si l'expression « mélange des cultures » à un sens, alors Altin Gün l'incarne à la perfection. Car, tout, dans ce groupe, appelle à la rencontre. Celles des hommes tout d'abord, des musiciens hollandais, pour la plupart issus du groupe de Jacco Gardner (dont le bassiste Jasper Verhulst, l'instigateur du groupe), et celle de Merve Daşdemir, une chanteuse turque, et de son compatriote chanteur Erdinç Ecevit. Ce deuxième effort du groupe est un chaudron bouillonnant où se croisent folklore traditionnel et rock psyché complètement barré, rehaussé de synthés vintage ouvrant la porte vers l'électro d'avant-garde du début des années 1980. Le tout est proprement hallucinant ! L'album est une collection de hits en puissance, tour à tour dansant, tendre ou euphorisant, incarné par un chant (féminin ou masculin) ensorcelant et un groove dévastateur, le pied au plancher, la guitare en vrille et les percussions qui démangent ! Sans jamais se départir non plus d'une certaine élégance, classe et groovy. On en ressort groggy mais surtout heureux. A peine un an après un premier album, « On », au fort goût en bouche, Altin Gün plane toujours au-dessus de la mêlée, dans sa bulle dans laquelle il fait bon se lover. 
En concert le 12/09 à La Cigale
https://fr-fr.facebook.com/altingunband/

jeudi 6 juin 2019

Johnny Montreuil : « Narvalos Forever »



D'abord, on tombe en arrêt sur la pochette, atypique, mais néanmoins superbe. Et puis le nom, Johnny Montreuil, nous interpelle. Vint ensuite le moment d'insérer le disque dans le lecteur. Et là c'est la claque attendue qui nous frappe les oreilles ! A l'instar du Renaud de la grande époque, Johnny Montreuil fait claquer la langue avec une gouaille inimitable, et redonne de la couleur, du peps, du swing (la contrebasse !) à cette banlieue souvent décrite comme grise et triste par ceux qui ne la connaisse pas. Remarquable de diversité l'album englobe toutes sortes de styles chers à nos coeurs : du rock'n'roll, du blues, du jazz manouche, un soupçon de country ; un agglomérat de genres que Johnny s'approprie avec sa culture de la banlieue, son parlé titi plus vrai que nature (« C'est des morts »!), et un usage de la langue française qui donne une remarquable cohérence à l'ensemble. « Narvalos Forever », c'est l'Amérique au bord du périphérique, un voyage en musique(s). « Narvalos Forever » c'est les routes poussiéreuses sous un soleil de plomb que l'on s'imagine alors que le métro s'approche de son terminus. Magnifique. 

https://johnnymontreuil.com/
https://fr-fr.facebook.com/johnnymontreuil/

mercredi 5 juin 2019

Crusty Combo : "Jazz'n'roll"



Une fois n'est pas coutume, commençons par une question ? Quelle est la qualité principale que doit posséder un disque pour nous faire craquer ? L'auteur de ces lignes serait tenté de répondre par la capacité à développer un imaginaire, à emporter l'auditeur au point de transformer l'écoute en voyage immobile. Voici, résumée en quelques lignes, les pensées qui nous viennent à l'écoute de nos candidats du jour, le quatuor Crusty Combo. Ce dernier œuvre dans un genre assez particulier le jazz'n'roll. Oui, le jazz'n'roll, pas un vulgaire machin jazz-rock vaguement progressif. Non, car, finalement, le rock, le Crusty Combo n'en a cure, ce qui les intéresse réellement, c'est la partie roll de la formule. La pulsation, cette sorte d'énergie primale qui anime le groupe et pimente sévèrement le ternaire typiquement jazz. La virtuosité et les jams au long cours d'un genre (« Tickles and Tingles ») rencontre l'attaque brute de l'autre (« This cactus shouldn't be here », « Testicle Dance ») : l'amalgame fonctionne à la perfection. Ainsi, l'album fonctionne en miroir : la guitare saturée est juste à point (ce qui est suffisamment rare dans le jazz pour être souligné) alors que le violon (d'inspiration manouche en l'espèce) est un instrument peu usité dans le rock fut-il n'roll. Le tout forme un ensemble cohérent sur lequel plane, ce qui ne gâche rien, un ombre vintage. On en reviens alors à cette idée de voyage immobile qui ouvrait cette chronique, les images, en noir et blanc souvent, affluent à l'écoute du disque. Notre seule réserve concerne finalement les limites vocales, cruelles sur la reprise de Bob Dylan « Don't think twice it's alright », fort heureusement la grande majorité du disque est instrumental.

https://fr-fr.facebook.com/crustycombo/


mardi 4 juin 2019

Gliz : « Cydalima »



A l'instar des filtres de différentes couleurs accompagnant le disque, et permettant de dévoiler une foule de détails de sa magnifique pochette, ce premier album de Gliz se déguste et dévoile ses saveurs, l'une après l'autre, au fil des écoutes répétées. Et pourtant la chose démarre de manière classique : « The Cave » propose un son saturé et une batterie pleine de swing ; pas mal, on a l'impression d'être en terrain connu, sauf que cela n'est pas le cas. Il faut dire que le power trio n'a rien de classique. Point de guitare ici, mais un banjo parfois branché sur des pédales d'effet et un tuba (comme chez Delgres ou presque) en lieu et place de la basse. Ainsi équipé, le trio se glisse dans un interstice peu convenu au croisement des musiques roots (blues, country, soul, rock garage) et de la pop au lyrisme de la voix et de son chant expressif. Les yeux braqués sur les rétros (l'ombre de la décennie 60 plane sur l'album) mais résolu à aller de l'avant, Gliz réinvente le rock classique en utilisant des instruments qui ne le sont pas. Une belle route s'ouvre devant nous alors que l'album défile. Le point de départ est situé à Ivrey (64 habitants) dans le Jura. 
Sortie le 14 juin.
En concert à Paris (Bateau El Alamein) le 7 juin 

vendredi 17 mai 2019

Paalma Welcomes You



Cet EP inaugural à vocation psychédélique voit la jeune formation rompre avec les codes en vigueur. Minorant la partie rock de l'équation (encore que « Las Paalmas »…) pour une approche plutôt pop mettant en valeur les synthés au détriment des guitares. En ce sens ce premier effort est plus proche dans l'esprit de Tame Impala que de la cohorte des suiveurs vintage, le disque prenant également ses distances avec le modèle 60s/70s. Ceci étant posé que nous propose l'EP en question ? Une longue dérive aérienne, voix éthérées et nappes synthétiques cotonneuses, qu'une batterie dynamique empêche de sombrer dans une douce léthargie parfois traversés d'éclairs électriques (« Las Paalmas »). Et soulignons le chant en français (« Bleu ») assez rare dans ce contexte et plutôt bienvenu, dont le texte cryptique épouse parfaitement les courbes psychés du groupe. Un vol de courte durée, 20 minutes, mais en tous points agréables (cf. les virtuoses et sinueuses « Announcement » ; "Nag Champa"). Prêts à planer ? 

https://fr-fr.facebook.com/paalmaband/

jeudi 16 mai 2019

Rebelles Rebelles #2

Après une première expérience il y a un an, j'ai de nouveau eu l'immense plaisir de retrouver Lucie à Lille pour une nouvelle émission de Rebelles Rebelles mettant en valeur les chanteuses d'ici et d'ailleurs ! Encore merci Lucie pour ton accueil, on remet ça quand tu veux !

mercredi 8 mai 2019

Eric Bibb : « Global Griot »



Entre blues et folk, à la fois prolixe et élégant, Eric Bibb a vu la lumière lors d'un voyage en Afrique de l'Ouest. Sa musique a été profondément marquée, transformée (cf. la relecture de son propre « Needed time »), par la découverte du continent, ce qui avait déjà donné un album formidable, « Brothers in Bamako » en compagnie de Habib Koité, sorti en 2012. Mais l'humanité, profonde et débordante, d'Eric l'a souvent vu s'intéresser, se soucier, du sort de l'autre, celui que l'on nomme pudiquement l'étranger, et un album récent, « Migration Blues » (2017), mettait en parallèle le sort d'un réfugié fuyant Alep à celui d'un esclave au temps des plantations. Ouvert sur le monde et délivrant un message humaniste, positif et plein d'espoir sans tomber ni dans la béatitude ni dans le misérabilisme, on ne saurait mieux décrire ce nouvel effort, copieux, un double album de vingt quatre titres qui résume parfaitement le cheminement artistique de son auteur. On retrouve ainsi toutes les qualités d'Eric, sa voix chaude et profonde, son toucher fin et délicat à la guitare acoustique, le long d'arpèges dignes d'un orfèvre. L'élégance naturelle de ses compositions est rehaussée du son des instruments africains (kora, n'goni, percussions) et il se dégage une sorte d'évidence mélodique, aussi précieuse et fragile que le cristal, de ce nouveau disque. Un nouvel album enregistré sur trois continents (Europe, Afrique ainsi que son Amérique natale) en compagnie des complices habituels (Michael Jerome Browne, le guitariste Staffan Astner, Habib Koité, son épouse Ulrika etc...) et au gré des rencontres de passage. Un voyage magnifique orné, de plus, d'une sublime pochette signée du peintre Jean-Paul Pagnon. 

https://www.ericbibb.com/
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https://twitter.com/ericbibb