samedi 17 novembre 2018

Dirty Deep : "Tillandsia"



Devenu un power trio, Dirty Deep a décroché la timbale en embauchant le vénérable Jim Jones comme producteur de ce cinquième album. C'est lors de l'excellent festival Les Nuits de l'Alligator que les musiciens ont fait connaissance et c'est tout bénef pour le groupe qui, depuis ses débuts, se fait fort de délocaliser le bayou en Alsace mélangeant les influences blues et garage sur un mode déglingué. Bien qu'Anglais, Jim Jones partage les mêmes obsessions comme le prouvent les expériences rythmiques menées aussi bien avec la Revue qu'avec Righteous Mind et c'est donc sur ce plan que l'influence du producteur se fait le plus sentir. Il se dégage ainsi une sorte de transe voodoo, perceptible dans les patterns de batterie, de ces nouvelles compositions qui, mélangée au guitares cradingues, à l'harmonica inspiré et au chant écorché, la marque de fabrique du trio, fait des merveilles sur ce copieux album de 14 titres joué avec une fougueuse passion. Attention, le résultat est contagieux.
En concert le 03/12 à Paris (La Boule Noire)


mardi 13 novembre 2018

Marlon Williams + Ryan Downey, Le Nouveau Casino, 10 novembre 2018.

Marlon Williams (c) Cathimini


Marlon Williams et Ryan Downey (c) Cathimini

Chouette plateau, très cohérent, de valeurs montantes venues des Antipodes. On commence par l'Australien. Au vu de sa prestation dépouillée il est bien difficile de jauger du potentiel du chanteur : une voix et une guitare (électrique ou folk). Il est certain que tout cela doit prendre une autre ampleur sur disque. On peut néanmoins affirmer qu'il possède une voix, grave et quelque part lourde de sens, magnifique qui a scotché tout le monde en moins de trente secondes. Il se dégage quelque chose intrinsèquement émouvant de ce chanteur. 

(c) Cathimini

On continue dans une veine similaire avec le Neo-Zélandais Marlon Williams que l'on avait quitté sur une magnifique impression aux dernières Eurockéennes de Belfort. Le set commence tranquillement par deux titres en piano solo. D'emblée, pris par la douceur de sa voix, le public est sous le charme. Ce type possède une faculté incroyable, celle d'imposer le silence. L'émotion est forte, on entend les mouches voler entre les notes. Lorsque le reste du groupe arrive, guitare, basse et batterie, tous excellents, la chose prend une autre tournure. Marlon est un crooner, son univers baigne dans les années 1950, le fantôme de Roy Orbison n'est jamais bien loin. Mais pas question cependant de succomber à une quelconque mode vintage car la musique de Marlon est bien d'aujourd'hui, traversée de visions psychédéliques (cf. les arrangements de synthés baroques et bizarres) et de violents éclairs garage lorsque les guitares ferraillent ensemble (cf. "Party Boy"). Mais que cela soit en acoustique (cf. le rappel inédit « a simple blues song » comme il le dit lui-même) ou dans un contexte plus électrifié l'émotion reste palpable dans son chant angélique. Et, pour ne rien gâter, Marlon dégage sur scène un charisme rare, la grande classe même fringué comme un sac et affublé d'un atroce mulet digne du pire des années 1980. Enfin, pour finir, soulignons le magnifique moment d'émotion que fut la reprise de « Jealous Guy » (John Lennon) en duo avec Ryan Downey où les voix des deux chanteurs s'emboîtent à la perfection. Magnifique. 

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lundi 12 novembre 2018

Cash Savage and The Last Drinks : « Good Citizens »



Déjà le nom nous attire, évoquant à la fois le titre d'un vieux western, le bourbon d'après minuit et les comptoirs enfumés à l'heure où les « bons citoyens » sont couchés depuis longtemps. Autant d'images, de flashs, confirmés à l'écoute de ce savoureux mélange entre torch song countrysante (« February ») et de rock garage savamment tourné. Dans son versant le plus sombre, la chanteuse, telle une Nick Cave au féminin, nous entraîne dans les tréfonds de l'âme humaine à grandes lampées de violons stridents et de vocaux écorchés (« Sunday », « Good Citizens »). Mais il y aussi quelque chose intrinsèquement rock rock’n’roll dans la démarche et l'attitude cette Australienne. Le groupe ne joue pas tant sur le volume, les watts et la distorsion sur les guitares, mais sur l'intention, la puissance et l'engagement. Chaque note pèse son poids dans ce paysage, cette plaine désolée se révèle entraînante, addictive, tourne en boucle dans l'oreille de l'auditeur pour mieux le tournebouler (cf. « Sunday », « Collapse »). Dans un contraste saisissant avec sa pochette bariolée, l'album est un sommet de noirceur, un disque éminemment nocturne qui n'a pas fini de tourner sur la platine les soirs de débâcle insomniaque. On adore. 

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dimanche 11 novembre 2018

Whodunit : « Memories from a Sh*t Hole »



En allant chercher le légendaire Jim Diamond, désormais installé dans notre Hexagone, pour lui confier la production de leur nouvel effort, les quatre « frères » de Whodunit ont eu le nez creux. Avec tact et un indéniable savoir-faire, le producteur a su magnifier la musique du groupe. Au départ il était un quatuor garage/punk fort en décibels et c'était déjà magnifique. Loin d'arrondir les angles, ce nouvel effort les redessine. Une ambition musicale revue à la hausse, des influences blues clairement assumées (« Devil Blues », « Waiting ») et un soin particulier porté aux arrangements, de l'harmonica (le blues déglingué « You fuck my wine »), du piano électrique, des claviers autant de petites touches, discrètes mais fondamentales, permettant au groupe de varier sa palette vers des sonorités surf (« Jungle Fever ») ou, plus généralement, psychédéliques (« Because you're mine »). Le groupe aurait pu se prendre en route. Bien au contraire, en maintenant intacte la puissance brute du groupe (« Room 204 »), Diamond a su le faire évoluer sans pour autant le dénaturer (« Redrum »). Il en résulte une petite merveille de garage rock addictive et attachante (« Salvation »). La déclinaison scénique de ce nouveau répertoire promet d'être explosive. 

En concert le 17/11 à Paris (Black Star)
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samedi 10 novembre 2018

The Jones : « Silver Faces »



On dira pudiquement de The Jones qu'ils ont de la bouteille. Comprendre que ces musiciens ont suffisamment vécu pour avoir connu, en direct, un certain âge d'or du rock'n'roll que l'on datera vers les années 1970. Suffisamment vécu pour s'être pris en pleine poire la déferlante Rolling Stones et Dr Feelgood, deux influences majeures planant au-dessus de ce nouveau disque. Et aujourd'hui assez nostalgiques et (surtout) passionnés pour sortir les guitares de l'étui, monter le son de l'ampli et y aller. Franchement. On ne dira pas de ce nouvel album qu'il va révolutionner le genre. Mais la chose a été concoctée avec tellement de soin (une ligne de basse au groove irrésistible ici, un saxophone élégant là, « Shake ») que tout amateur de bon vieux rock'n'roll ne peut rester insensible au feu intérieur consumant The Jones. Et tant pis si la chose semble un peu passéiste, tant le plaisir est immédiat. Un album fait à l'ancienne, des chansons solides, jouées avec soin et passion, quelques influences venues du blues et, dans une certaine mesure du jazz, pour la note élégante, un groove constant du début à la fin (l'orgue et le piano) et des guitares rudement bien troussées un peu partout et voilà de quoi nous faire la journée. L'Angleterre n'aurait pas fait mieux, merci. 

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vendredi 9 novembre 2018

Rumble un film de Catherine Bainbridge et Alfonso Maiorana.



Tout a commencé avec trois accords. Saturés et terriblement addictifs, trois accords qui ont façonnés l'avenir, rendu envisageables le punk et le métal. Trois accords qui ont scellés le changement d'époque. Derrière la guitare se tient Link Wray, un pionnier du garage/surf, tout de cuir noir vêtu et, d'un coup d'un seul, c’en est fini des chemises à fleurs hippies. Le titre instrumental s'appelle Rumble et donne aujourd'hui son nom à un remarquable documentaire consacrés à l'apport, considérable, des musiciens amérindiens dans les musiques populaires étasuniennes. Car Link Wray était amérindien et, hélas, bien peu de gens s'en souviennent… Quel est le point commun entre Jimi Hendrix, le bluesman Charley Patton, la chanteuse de jazz Mildred Bailey, le batteur de métal Randy Castillo, le remarquable guitariste Jessie Ed Davis, Buffy Sainte-Marie et Robbie Roberston (The Band) ? Tous sont amérindiens, et tous sont portraiturés, ainsi que quelques autres, dans ce film à vocation panoramique. Et il s'agît là peut-être du seul reproche que l'on peut adresser au métrage, ce côté un peu patchwork, sautant du coq à l'âne, d'une époque à l'autre. Un défaut récurrent de ce genre de productions transversales mais un défaut bien maigre au regard du reste. Richement documenté en images d'archives, fort de témoignages émouvants évoquant d'ubuesques destins (Jessie Ed Davis, Randy Castillo), nous découvrons ce film comme on feuillette un livre d'Histoire en redécouvrant des chapitres totalement occultés. Une véritable plongée dans une facette cardinale mais méconnue de la culture populaire. Et pour finir on avoue un petit faible pour le chapitre consacré à la Nouvelle-Orléans (sur ce point précis on peut également conseiller un autre remarquable documentaire « Black Indians » au sujet parallèle, actuellement en salles). Saluons enfin en guise de conclusion la mémoire de John Trudell, interviewé dans le film et, hélas, décédé en 2015, à qui "Rumble" est dédié.

http://www.rumblethemovie.com/accueil

jeudi 8 novembre 2018

Fragments Folk un film de Thomas Lincker



Renz
Le métrage s'ouvre par un plan panoramique sur la plage et l'océan. Par ce qu'elle est le tenant d'une tradition séculaire, qu'elle peut se jouer n'importe où sans amplification, la musique folk a toujours été associée à la nature. Ce que ne manque pas de souligner le documentaire, multipliant les travellings le long des routes, les plans ou vues aériennes sur la forêt et les étangs et les rivières ; faisant régulièrement l'aller-retour entre la France et les Etats-Unis. Une dizaine de musiciens, tous émergeant ou en développement, sont ainsi interviewés et tentent d'expliquer ce lien intime et invisible qui relie l'environnement immédiat et la musique, l'influence de l'un sur l'autre en soulignant l'héritage politique et social du genre depuis que Woody Guthrie et quelques autres en ont posés les bases au siècle dernier. Enfin, et il s'agît peut-être là du trésor de ce film, chaque entrevue est entrecoupée par de magnifiques séquences live où le genre acoustique et dépouillé apparaît dans toute sa splendeur et son intimité. Un ravissement et un film précieux qui ravira tous ceux qui, à l'instar de l'autre de ces lignes, ont toujours envisagé la musique comme un voyage immobile. 

Sortie en VOD et DVD le 10/11/2018

http://fragmentsfolk.com/
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FRAGMENTS FOLK - BANDE ANNONCE from Thomas Lincker on Vimeo.

mercredi 7 novembre 2018

Miegeville : « Longue Distance »



De l'art du rebond inattendu, jamais là où on pourrait l'attendre Matthieu Miegeville s'adonne à la fois au punk (PSYKUP, My Own Private Alaska) ou au jazz au sein des Black Painters. C'est donc autant par goût du risque et de la diversité que par nécessité que Matthieu s'est (un peu) éloigné des guitares pour son tout premier projet en solo. Entre la chanson française et l'électro, Matthieu garde en lui la puissance de son chant, tout en la modulant pour rendre justice à ses textes, justes et cryptiques et tout en évocations émouvantes apportant ainsi un vécu tourneboulant l'auditeur. On pensait la connaître par coeur mais la voix est ainsi la grande révélation de ce premier EP solo révélant une nouvelle facette (de plus) inattendue. 

https://twitter.com/milkamiegeville
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En concert le 27/11 à Paris (Supersonic)

lundi 5 novembre 2018

Yoann Minkoff et Kris Nolly : « Leaving Home »



Ils sont deux, et si la pochette les présente dos à dos, c'est bien main dans la main que le duo avance. Si le duo guitare/beatbox n'est pas une nouveauté (cf. Heymoonshaker) le présente duo s'impose comme un double en négatif du groupe britannique. Là où les anglais ont une approche électrique et assez dark (parfois proche du dubstep), Yoann et Kris font l'inverse : leur EP est acoustique, aérien et planant. De vrais faux jumeaux. En plus d'une occasion leur musique, entre folk et blues, très roots, évoque l'Afrique. Question de rythme, d'ambiance, de chaloupement. Et les rythmiques, finement exécutées à la bouche, de Kris apportent un soupçon d'étrangeté (comment sort-il ces sons qui évoquent l'électro ?) contrastant avec le jeu, naturaliste, de guitare acoustique. Tout est pourtant parfaitement naturel, organique mais ne sonne pas toujours comme tel, grâce au beatbox, un plus incontestable en matière d'originalité. Le résultat est frais, ensoleillé, enjoué… 

https://www.facebook.com/yoannminkoffmusic/
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samedi 3 novembre 2018

Etienne Jaumet : « 8 Regards Obliques »



Le regard oblique du titre est celui que pose le musicien sur son idiome de toujours, le jazz. Influence matrice, qu'Etienne ne se prive jamais de propager dans les compositions de son propre groupe Zombie Zombie. Et une excellente occasion de retrouver son instrument de prédilection, le saxophone. Partant du principe qu'il ne sert à rien de refaire ce qui existe déjà, et très bien par ailleurs, Etienne a basé son disque sur un choix esthétique fort : celui d'un enregistrement quasi-solitaire entre machines, saxophone et boîtes à rythmes obtenant des sonorités électro pas si éloignées de celles de Zombie Zombie. Se privant de batterie, et donc de swing organique, une composante fondamentale du genre, Jaumet prend un risque, celui de s'aliéner une partie du public puriste qui ne manquera pas de pousser des cris d'orfraie à l'écoute du résultat. A tort très certainement tellement le disque intrigue : une toile progressive, expérimentale et électronique, mi-ambiante, mi-anxiogène, pratiquant le grand écart entre angoisse et zénitude (« Ma révélation mystique ») et se révèle même ludique et rigolote à l'occasion (« Theme from a synphony ») développant un groove étrange en maîtrisant à perfection les possibilités offerte par la boîte à rythmes (l'excellente « Nuclear War », l'envoûtante « Shh Peaceful »). Un regard oblique, certes, mais ensorcelant.

En concert le 27/11 à Paris (New Morning)

vendredi 2 novembre 2018

Cuisine et Confessions, Bobino, 1er novembre 2018



Fidèle à ses créations entre questionnement existentiel et performance physique (« Traces », « Séquence 8 », « Réversible »), la compagnie montréalaise les 7 doigts s'interroge maintenant sur la cuisine. Qu'ils soit liés à des souvenirs d'enfance ou de famille, qu'ils soient constitutifs d'un point de ralliement pour exilés, le repas, la nourriture occupent une place particulière dans la vie de chacun. Ainsi, derrière les acrobaties, la recette, subtile, entre théâtre, cirque, danse et musique se cache en fait un véritable questionnement métaphysique (cf. les confessions du titre) voire sociétal lorsque des spectateurs choisis au hasard sont invités sur scène à faire connaissance autour d'une table alors que la troupe s'active à s'en démantibuler les membres tout autour. On savait les athlètes des 7 doigts doués pour les roulades et autres sauts ahurissants, le chant, la danse et la musique, le basket-ball ou le skateboard, on découvre maintenant qu'ils savent aussi cuisiner. On en veut pour preuve les pâtes et le gâteau à la banane, cuisinés sur scène pendant le spectacle (également un ravissement pour les narines) et offerts au public en guise de banquet final. Miam ! 

Jusqu'au 12 janvier 2019 à Paris (Bobino)
http://7doigts.com/
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jeudi 1 novembre 2018

Paul Collins : « Out of my head »



Pionnier des scènes power pop et DIY avec The Nerves à la fin des années 1970 et The Beat dans les années 1980, Paul Collins est de retour avec un nouvel album solo. Après plus de quarante ans de carrière et de nombreuses désillusions sur le business, sans jamais avoir pu se départir de l'anonymat qui fait de lui un artiste culte, on peut se demander à quoi bon insister ? La réponse est dans ce disque qui derrière des atours modestes se révèle profondément attachant. Un disque à l'ancienne, qui ne paie de mine de prime abord mais pétri de qualités mélodiques et qui dessine, en creux, une synthèse du parcours artistique de son auteur entre power pop (« Go ») titres acoustiques (« In and out of my head ») et madeleines rétro (« Just to bad you're leaving ») surpiquées d'une pointe de garage/surf sur le fil d'une guitare « fuzzée » avec une inspiration jamais prise en défaut (« Midnight Special »). Pris comme tel, l'album ne paie pas de mine, sans autre ambition que de faire passer un bon moment à l'auditeur. Mission réussie au-delà des espérances et c'est un énorme accomplissement. A écouter les yeux fermés en rêvassant aux palmiers et aux plages californiennes. 

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mercredi 31 octobre 2018

My Josephine : « Out of the blue »



My Josephine, venu de Montpellier, remporte l'adhésion avec ce copieux EP de huit titres, frais, enlevé et plein de charme où même les maladresses sont touchantes. La formation a un grand atout dans sa manche : celui de savoir transcender les limites matérielles. Ainsi le groupe ne compte que deux membres : Marie qui chante et joue de la contrebasse et John, guitariste de son état. Un minimalisme transcendé qui fait la force du duo. Loin de marteler l'auditeur, la musique du duo procure une sensation d'intimité immédiate, on ferme les yeux et on ressent, presque physiquement, les doigts des musiciens attaquer les cordes. Et surtout, les arrangements rêches et près de l'os, laissent l'espace nécessaire à l'auditeur pour faire travailler l'imagination : on se prend à imaginer le duo enregistrer au fin fond d'une grange ou dans une cave, une ampoule nue pendant au bout d'un fil électrique. L'engagement du duo est total, tout juste si les enceintes ne transpirent pas en même temps que les musiciens, infusant un esprit rock'n'roll 50s (cf. « Savage child », « Twist of fate ») dans un univers marqué par le jazz, le blues et le maloya réunionnais (cf. le chant en créole). Dans une sorte de grand mouvement circulaire, le duo réunit ainsi l'élégance du jazz swing (« Crazy World »), le feeling de la note bleutée (« Out of the blue ») et un soupçon de créolité (« J'aspire ailleurs », « Mama ou la pa tonm byin ») constituant un trait d'union rêvé entre la Réunion et la Nouvelle-Orléans. Charmant duo. 

Www.myjosephine.net
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mardi 30 octobre 2018

Anne Darban : « Plutôt me rendre »



Il fut un temps où chanter en français relevait d'une certaine classe, une idée où l'élégance de la langue se fondait avec bonheur dans des arrangements audacieux digne des anglo-saxons. C'était les années 1970. Une époque révolue dont Anne Darban, dont le deuxième EP sort ces jours-ci, adopte les contours pour mieux les détourner. Point de revivalisme ici, mais plutôt une visée à plus long terme ; l'intemporalité qui donne naissance à une œuvre. Anne Darban chante en français, des textes un peu cryptique où l'on sent pointer à l'arrière-plan une pointe de romance frustrée et mélancolique. Sa voix éthérée, caresse l'oreille et se fond à merveille dans des arrangements classieux, classiques : guitares, un piano léger et émouvant, une batterie sourde, mate, et une basse pleine et ronde psyché 60s. Le tout dessine une toile enchanteresse, hypnotique et planante, progressive voire menaçante à l'occasion (la baroque « Un dimanche à la mer », « Les couleurs »), où le timbre délicat de la chanteuse apporte la touche finale. Emouvant. 
Sortie le 9/11https://fr-fr.facebook.com/annedarban/
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En showcase le 9/11 à Paris (Le Walrus) et en concert le 15/11 à Paris (Le Motel)

lundi 29 octobre 2018

The Morlocks : « Bring on the mesmeric condition »



Intimement lié aux années 60 et 70, le rock garage, marotte habituelle de l'auteur de ces lignes, a une longue et riche histoire dont l'écriture se continue bien au-delà de son supposé âge d'or. Formation méconnue du genre, The Morlocks, en est le parfait exemple. En voici donc le nouvel effort, le septième, huit ans après le précédent et trente trois ans après le premier, sorti en 1985, bien après les sixties donc époque fantasmée dont ils revêtent élégamment tous les attributs. Pochette superbe entre psychédélie, op et pop art où un œil, apparaissant en filigrane, semble nous contempler depuis le passé. Une nostalgie dont le quintet fait ses choux gras en en épousant les contours. Le disque aurait aisément pu sortir il y a cinquante ans et rivalise sans peine avec les classiques du genre. Guitares acides et abrasives, chant écorché, un soupçon de groove (cf. « Time to move » sous influence Stones) pour relever le tout, voici le genre d'album que l'on a entendu mille fois et dont il est pourtant impossible de se lasser. Au travers de fulgurances aériennes des guitares, l'urgence se fait ressentir sur tous les titres. Avec un feeling imparable en sus qui fait ralentir le groupe à bon escient (« No one rides for free ») ou ressortir les guitares acoustiques (« Heart of Darkness ») et l'harmonica (« Down Underground »la touche bleue toujours de bon goût) pour contrebalancer et apporter un semblant d'équilibre à l'album. Le reste n'est qu'éclair électrisant, le Graal du rock rock’n’roll euphorisant (« High Tide Killer », « Easy Action »), parfaitement incarné ici en une grosse demie-heure. Du miel pour nos oreilles… 

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dimanche 28 octobre 2018

Bordelophone, Le Studio de l'Ermitage, 27 octobre 2018.

(c) RG

Sur la scène du studio de l'Ermitage, Bordelophone fête la sortie de son premier album en ce samedi soir. Bordelophone signe la rencontre entre une guitare rock (flirtant avec le métal) et une section rythmique transpirant le swing et le jazz par tous les pores. Un trombone, instrument assez inhabituel dans le rock s'il en est, assure la transition. Bordelophone sur scène c'est le grand huit assuré, d'une extrême à l'autre, entre swing (« 445 ») et guitare saturée, attaque frontale (citant Led Zeppelin ou Rage Against The Machine) saturée de décibels et envolées progressives délicates et pleines de grâce (cf. « Apollo 13 »). Le swing en ligne de mire surtout lorsque la contrebasse et de sortie et qu'un percussionniste vient se joindre aux agapes le temps d'un formidable duels de cogneurs avec la batterie. L'énergie circule ainsi telle un vers rampant s'incrustant dans des recoins inattendus, se nichant dans les accélérations fulgurantes de la guitare ou de la batterie. En dépit de son nom évocateur, l'affaire est parfaitement structurée et les musiciens, soudés, particulièrement inspirés, créatifs, offrant des versions lives sensiblement différentes de celle du disque ainsi que quelques nouveaux morceaux. Sur « Jambon de Bruxelles » le public est en délire et saute en rythme avec le trombone, signant ainsi une magnifique démonstration de rock groove qui, pour une fois, ne singe pas les années 70 mais les recycle avec habileté (cf. le riff de Led Zeppelin recrée avec inventivité). Quelle soirée ! 

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samedi 27 octobre 2018

The Sore Losers : « Gracias Señor »



Redoutable formation belge, The Sore Losers nous avait estomaqués avec son formidable « Skydogs », sorti en 2016, sorte de grand écart entre Black Sabbath et le garage psychédélique. Deux ans après les Belges sont de retour avec ce nouvel effort et, si les influences des années 1970 constituent toujours le cœur de l'affaire, on ne peut que constater une évolution notable dans le son et la démarche du groupe. Ainsi, avouons-le, nous avons été plutôt désarçonnés par « Dark Ride », le premier single dévoilé, un titre hybride disco/pop et un spectaculaire contre pied de la part d'un groupe ayant fait du gros son lourd son mètre étalon. Le reste de l'album n'offre pas un bouleversement aussi spectaculaire mais la tendance globale reste tout de même dans l'effacement progressif des watts, d'une baisse générale des décibels, au profit d'une démarche plus policée et pop. Ce qui le grand mérite de remettre la mélodie et le geste musical au centre des débats et nous offre quelques magnifiques moments tels que l'accrocheur boogie d'ouverture « A little more », qui constitue une sublime entrée en matière, l'abrasif « Little Baby », dans la lignée de l'album précédent ou « Denim on Demin » pop ensoleillée aussi douce qu'un couché de soleil californien dans un film des années 70. Un effort d'excellente facture de la part d'une formation qui a su évoluer en douceur en restant fidèle à sa ligne directrice. Et qu'est-ce qu'on dit ? Merci, messieurs. 

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vendredi 26 octobre 2018

Ponteix : « J'orage »



D'ici (cf. le chant en français) et d'ailleurs (le Canada), d'hier et d'aujourd'hui, les Canadiens de Ponteix débarquent avec un EP aux contours flous et multiples où les influences du passé sont transcendées par une production contemporaine au soin maniaque. Une proposition musicale forte, tourbillonnante et labyrinthique, symbolisée par une affirmation étrange au sens mystérieux : « J'orage »… Et si l'orage bouillonnait dans l'esprit de nos musiciens ? Et si derrière les ambiances éthérées, progressives, nourries de nappes synthétiques et d'arpèges de guitares (magnifique « J'orage »), pointait une angoisse sourde ? Une cocotte-minute sur le point d'imploser ? Dans la lignée de Karkwa ou des enregistrements solo de Louis-Jean Cormier, Ponteix réussit à marier harmonieusement envolées lyriques de synthés, une guitare aux lignes déliées et chant (en français sur trois titres) évanescent. De la belle ouvrage, comme ils l'affirment eux-mêmes : « Je pars à la dérive » à l'écoute du disque… 

http://www.ponteixmusic.net/
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jeudi 25 octobre 2018

Clelia Vega : « Slanting Horizon »



A peine posé sur la platine, ce nouvel EP, enserre l'auditeur dans sa toile enchanteresse et, au final, hypnotique (cf. « Silencio »). Un voix s'élève, un arpège nous caresse les tympans et nous voilà totalement pris au piège, coincés dans ce charmant dédale. Mettant en exergue des instruments tels que le piano, le violoncelle et la guitare folk, six cordes qui constituent le cœur de sa démarche artistique, la jeune Clelia Vega peint, titre après titre, un toile rêveuse et un tantinet mélancolique à la saveur automnale éthérée, qui colle à merveille avec son timbre de voix à la rondeur mélodique et délicate. La justesse de l'interprétation, la délicatesse générale qui se dégage de la chose et le soin porté à l'écriture et aux arrangements parfois étonnants (cf. « Wywlaimt ») classe immédiatement ce « Slanting Horizon » dans le haut du panier, celui des intemporels. Un avant-goût précieux dont on attend la confirmation sur le nouvel album de la chanteuse dont la parution est prévue pour début 2019. 

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mardi 23 octobre 2018

Nana Adjoa : « A tale so familiar »



Nous avions quitté Nana Adjoa sur un entre-deux un peu frustrant, entre tentations électroniques et soul acoustique, le temps d'un EP touchant de maladresse. Quelques mois ont passés et la chanteuse hollando-ghanéenne est de retour avec une proposition musicale nettement mieux aboutie au charme vénéneux. Remarquable de constance et d'unité cette nouvelle livraison de quatre titres fait montre d'un univers en pleine maturation. Produit avec soin, ces nouveaux titres mettent particulièrement en valeur la voix de Nana qui vient nous caresser les oreilles avec délicatesse. Entre passé et présent, la démarche de Nana s'affine et pourrait se traduire comme une écriture classique enluminée par des arrangements électroniques cotonneux et une dynamique contemporaine. Le base, le cœur, la soul reste humaine et acoustique (cf. « Dooa ») mais le tout déborde d'inventivité dans les arrangements. Des petits bip bip foisonnants et qui font basculer le tout dans une autre dimension sans pour autant altérer la substantifique moelle folk intimiste de la chose (« Simple Things », « Simmer Down »). Un disque que l'on écoute comme on feuillette un album photo de famille en constatant, attendri, que les enfants grandissent. Emouvant. 

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lundi 22 octobre 2018

MNNQNS : « Advertisement »



Les voyages forment la jeunesse et ce n'est certainement pas Adrien, leader de MNNQNS (mannequins sans les voyelles) qui nous contredira, lui qui a lancé son groupe au retour d'un échange universitaire à Cardiff (Pays de Galles) plongé dans l'effervescente scène rock locale. Aujourd'hui, fait rarissime et exceptionnel pour un groupe français, MNNQNS est signé sur un label de la perfide Albion (FatCat). Et à l'écoute, le groupe ne manque pas d'arguments pour remporter l'adhésion. Il se dégage de ces quatre titres une urgence, entre Bloc Party et les Strokes des débuts (attention, hein!) qui se fait sentir à travers un chant écorché (faux accent cockney impeccable) et des guitares abrasives (« If only they could », « Bored in this town »). Un petit air cold se fait également sentir dans les arrangements au clavier (« Tiger on a leash »). Évidemment la nostalgie du début des années 1980 est tentante. Mais la qualité d'écriture et la fièvre qui se dégage de ces quatre plages place le groupe au-delà dans la catégorie du dessus, celle des intemporels. Des débuts prometteurs à confirmer sur le long terme… 

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dimanche 21 octobre 2018

Belako : « Render me numb trivial violence »



Ils furent, l'été dernier, l'un des rares motifs de satisfaction de la dernière édition de Rock en Seine. Le groupe basque Belako débarque donc dans nos contrées avec cet album, mature et étonnant, aux multiples surprises (cf. le reggae électro « Strangers in a box »). Dans une époque où ranger la musique dans des tiroirs est la norme, Belako ne rentre dans aucun en particulier. Et pourtant les influences, pour résumer de My Bloody Valentine aux Cure, sont là, pas forcément reconnaissables, noyées dans un croisement expérimental géant où des guitares bien senties (« Two faced simulation »), entre noise et attaque métal, croisent des nappes glaçantes de synthés cold wave flirtant avec l'électro («Stumble / Stumble 2»). Le tout sous la houlette d'une section rythmique, remarquable en toute circonstance, et de la voix, charmeuse, de la chanteuse Cristina. Dans ces meilleurs moments il se dégage une véritable euphorie d'écoute, résultante directe du plaisir de jouer (cf. « Over the edge ») alors que, parfois, le disque se pare d'atours à la fois planants et glacés (« Stumble / Stumble 2 »). Une manière de souffler le chaud et le froid qui fait tout le charme de la formation qui, fidèle à ses racines, se fend ça et là de quelques titres chantés en langue basque (« Hegodun Baleak 2 »). Une pointe d'originalité exotique (du moins vu de ce côté-ci des Pyrénées) et de charme supplémentaire, et au final, une excellente surprise. 

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samedi 20 octobre 2018

Barton Hartshorn : « Twelvemonth »



Moins d'un an après nous avoir estomaqués avec son, remarquable, premier album, l'Anglais exilé en France, Barton Hartshorn (du nom de sa ville natale) est de retour avec un deuxième album surprenant. En effet, dès son deuxième disque, Barton se permet un pas de côté avec ce deuxième effort, la bande originale d'un livre (« Necessary to life » de Louisa Leontiades), destiné à devenir un film pas encore tourné et inspiré par le séjour du musicien sur une île suédoise au large de Gothenburg, un endroit sauvage ou du moins tel que l'on s'imagine à l'écoute. Première surprise, le disque commence par deux morceaux instrumentaux, et on commence à saisir l'enjeu se cachant derrière. L'album est un effort introspectif, enregistré quasiment en solitaire (ou presque) et inspiré par une nature balayés par des vents sauvages que l'on entend d'ailleurs en filigrane. Ajoutons-y un soupçon d'expérimentations (« Drive your moped across the sea », « I give to you » sous influence new wave eighties, « Middlepoint ») et on obtient un album déroutant, à mille lieues de la pop californienne 70s de son premier disque. Seulement deux titres, « You can't help what you turn into » et « Out of my reach », retrouvent, un peu, les accents ensoleillés de « I died of boredom and came back as me ». Mais le reste, pour peu que l'on accepte de se laisser bercer, ne manque pas de charme. Car, à l'écoute, l'album se révèle automnal (« ECG », le terme anglais signifiant électrocardiogramme), délicat, un soupçon mélancolique et, surtout, folk (« The Dust »). Au fil des titres, on découvre finalement une nouvelle facette de ce musicien talentueux qui réussit, en quelques accords enchanteurs et inspirés, à poser une ambiance, un climat, un paysage et à, littéralement, transporter l'auditeur au cœur de la nature tourmentée. 

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mercredi 17 octobre 2018

William Z. Villain, Le Café de la Danse, 16/10/2018

(c) Cathimini


(c) Cathimini

(c) Cathimini
Décidément William Z. Villain est un drôle de zozo ! Armé de sa magnifique guitare à huit cordes et accompagné de l'excellent batteur Lucien, un français embauché pour l'occasion, l'Américain, qui parle le français de mieux en mieux, nous a donné un concert sur courant alternatif. William, c'est tout d'abord une personnalité vive, débordante, un type bouillonnant et plein de vie. Le genre de qualités qui s'exprime dans sa musique, qui part parfois dans tous les sens dans un bouillonnement créatif incontrôlable. Sur scène, c'est pareil ! Impossible pour lui d'imaginer une performance « classique », il lui est quasiment obligatoire de faire le clown, d'haranguer la foule (en français) de se transformer en professeur de chant, l'air faussement sévère, pour le public, entre deux blagues hilarantes. Un type adorable en somme qui, même s'il s'est calmé, en fait toujours beaucoup. Trop peut-être au détriment du déroulement de la musique qui souffre un peu de ces (nombreux) moments de flottements. C'est en tout cas un grand plaisir de le voir jouer avec un batteur capable d'insuffler ce groove du sud qui imprègne sa musique au point d'en devenir une composante essentielle. Et quelle voix ! On ne peut que tout pardonner à un type nous chavirant d'émotion lorsqu'il entonne la magnifique « Her Song » en clôture.


(c) Cathimini






Viagra Boys, Le Point Ephémère, 15 octobre 2018.



Précédé d'une réputation mi-sulfureuse, mi-flatteuse, les Suédois de Viagra Boys ont débarqué lundi soir dernier devant un Point Ephémère pas très loin d'afficher complet alors même que la bande vient à peine de sortir son premier album. Ils sont six sur scène mené par le charismatique leader, Sebastian Murphy, Américain de naissance, débarqué en Suède (le pays de sa maman) à l'âge de 17 ans. Le corps pratiquement entièrement couvert de tatouages, un peu à la mode des Yakuzas, (il est tatoueur dans le civil) le chanteur attise les regards et cristallise l'attention. Limite ingérable, ce dernier se révèle un punk à l'ancienne, qui picole, recrache sa bière sur le public quand il ne se la reverse pas sur le corps (évidemment il est torse nu dès le deuxième morceau) et se roule par terre, quoi de plus indiqué lorsque l'on éructe « Sports » ? A l'inverse de l'attitude old school du chanteur, le groupe possède ce petit ingrédient en plus qui suffit à l'élever largement au-dessus du panier du combo punk moyen. Une gamme étendue tout d'abord entre le souffle déchiré du saxophone et des nappes synthétiques glaçantes, qui transforme le groupe en trait d'union rêvé entre les Stooges (de Funhouse) et Joy Division. Derrière le bruit, la fureur, et les watts des amplis en fusion (ils sont très doués pour cela aussi) on distingue une finesse dans les arrangements, une démarche expérimentalement noise bien servie par des musiciens révoltés (le bassiste en particulier fait forte impression). Même le rappel, chaotique, du bruit à moitié improvisé, et finalement assez inutile ne parvient pas à doucher totalement l'enthousiasme du public. Ils sont en tournée française jusqu'à la fin de la semaine, ne les ratez pas ! Ah oui, on a aussi hâte d'écouter l'album… 

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dimanche 14 octobre 2018

William Z. Villain : « Stonedigger »



Si l'espace d'un moment (d'égarement) on a pu confondre William Z. Villain avec un bluesman, cette étiquette trompeuse, et trop réductrice, s'efface définitivement avec ce deuxième album. Aux itinéraires bien balisés, William préfère les embardées dans les à-côtés de la musique populaire. Ainsi, ce nouvel effort place l'auditeur dans la position d'un utilisateur ne sachant pas très bien régler son poste de radio qui reste coincé entre deux fréquences. Un effacement progressif des genres et des style qui laisse place à un flot créatif (pas forcément bien contrôlé, soyons honnêtes) visitant les musiques du monde, du sud particulièrement (calypso, tango, rebetiko). Même si la base reste ancrée dans les musiques raciniennes étasuniennes (le folk notamment), la voix adopte un phrasé hip hop faisant du chant, des mots et (surtout) du flow un ingrédient sonore comme un autre s'intégrant dans l'ensemble (« Boom goes boom », « Papertrail », « Homesick »). L'album se déroule en deux temps et, dans sa première partie, l’œuvre désarçonne, questionne, et réclame de nombreuses écoutes attentives pour bien en saisir la consistance, les enjeux et la beauté subtile. Mais la donne change à partir de la plage n°6. On assiste alors, ébahis, à un enchaînement de perles : « Stonedigger », la poignante « Decadence », « Something beautiful », « Cliff » et « I wonder » (un titre interprété au piano, une nouveauté au moins sur disque) : autant de tubes potentiels qui n'auraient pas dépareillés sur le premier disque. C'est un fait, William Z. Villain a mûri son art et sa musique même si la formule n'est pas encore tout à fait au point. Le musicien n'a pas encore sorti le grand disque qu'il porte probablement en lui mais il nous semble plutôt bien parti… 

En concert à Paris le 16/10 (le Café de la Danse).
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https://williamzvillain.bandcamp.com/album/stonedigger

samedi 13 octobre 2018

Johnny Mafia : « Princes de l'amour »



Johnny Mafia, le groupe, est de retour avec un deuxième effort qui, n'en déplaise à son titre très second degré, est toujours chanté dans la langue de Shakespeare. Donc ce nouvel album s'intitule « Princes de l'amour », et, au-delà, de l'humour (une composante essentielle du groupe comme en témoigne ses clips très séries B), ce titre symbolise toute la ferveur juvénile du quatuor et que l'on retrouve dans sa musique foutraque où se mélangent les influences, entre grunge et rock psyché (cf. l'écho qui habille les guitares) dans un joyeux foutoir, un chaos savamment organisé. Car l'énergie est ici fondamentale. Le son des guitares a grossi au point de dresser parfois un mur effrayant, la section rythmique mène la chose sur un tempo véloce, le chant part dans des embardées incontrôlables, bref, tout va bien ! L'écrin est en tout cas parfait pour ces petites bombinettes rock rock’n’roll dépassant à peine les trois minutes, le format idéal pour exprimer au mieux toute la fougue adolescente qui habite (encore) le groupe. Pourvu que ça dure… 

En concert à Paris (La Maroquinerie) le 30/11.
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https://johnnymafia.bandcamp.com/

vendredi 12 octobre 2018

Viagra Boys au Point Ephémère le 15/10


Cela se passe lundi soir au Point Éphémère et c'est énorme !

Woody Murder Mystery : « Lost in Beaucaire »



Perdu dans Beaucaire annonce le titre… Pour Baptiste Rougery, le musicien multi-instrumentiste tête pensante qui se cache derrière cette mystérieuse affaire, la question semble se poser autrement tant l'homme paraît perdu dans le son et les instruments. Il en résulte cette somme à la fois psychédélique et éthérée où les influences se croisent et mutent. Une basse ronde, comme dans les sixties, échappée de Melody Nelson (Serge Gainsbourg) sur la plage titulaire donnant corps à cet aspect général rêche, une production près de l'os et un je ne sais quoi de génialement foutraque généralisé qui nous ramène immanquablement au Brian Jonestown Massacre des années 1990, autant d'éléments qui nous donnent quelques précieuses indications sur les disques qui immanquablement constituent la discothèque de Baptiste. Une collection de très bon goût nous semble-t-il. Mais Woody Murder Mystery se distingue par une approche pop (les Beatles ne sont pas bien loin) gommant les notions de fuzz, de saturation et l'aspect garage auquel les groupes psychés sont souvent associés. A la place on retrouve de jolies mélodies planantes, parfois très brèves, parfois instrumentales mais toujours assez rock dans l'esprit plus que dans la forme. Encore une belle sortie signée Freemount Records. 

https://woodymurdermystery.bandcamp.com/
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mardi 9 octobre 2018

Lil' Red and the Rooster : « Soul Burnin' »



Il est de ces disques, souvent auto-produits, qui passent relativement inaperçus et qui pourtant, une fois posés sur la platine nous réservent d'excellentes surprises. Ainsi, Lil' Red and the Rooster est de retour avec une nouvelle tranche de bonheur gravée sur sillon. Ce que l'on aime par-dessus avec cet album, c'est sa capacité à nous faire voyager, à travers le temps, les époques, et les continents. Le disque baigne dans une ambiance délicieusement rétro, dans un cross-road prisé et précieux, au confluent des influences entre blues, jazz et une pointe de soul. La voix de la chanteuse Jennifer Milligan est magnifique, rauque ou douce au besoin, et, quelque soit le contexte, débordante de charme. L'accompagnement musical est à l'avenant, swing velouté mais contrebalancé par des guitares rêches mais néanmoins élégantes de l'excellent Pascal Fouquet tirant le fil de soli inspirés. Enfin dernier élément, discret mais essentiel à l'équation : le clavier. Qu'il s’agisse de nappes d'orgues soul soyeuses, ou de piano swinguant en diable, l'instrument fait basculer l'ensemble dans une autre dimension tout en apportant un supplément d'élégance (si toutefois cela était nécessaire) dans le moindre espace disponible. De quoi faire de cet album un classique immédiat dépassant de la tête et des épaules toute la triste cohorte des contrefacteurs.

https://lilredandtherooster.com/
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lundi 8 octobre 2018

Bombino : « Deran »



Enregistré au Maroc, ce nouvel album marque le retour du guitariste sur son continent d'origine, l'Afrique, après dix années d'exils successifs qui l'ont vu sa notoriété exploser sur le plan international via une liste de collaborations longue comme le bras (Robert Plant, Stevie Wonder, Keith Richards etc.) Mais qu'importe dans le fond, Bombino est resté le même, à savoir un musicien inspiré et conscient du monde qui l'entoure, un type à qui six cordes posées sur un morceau de bois suffisent pour être heureux. C'est ainsi un message de paix et d'espoir, dans une époque troublée, que partage le Touareg, une carte postale musicale de 10 titres inspirés et relaxants ; tout juste si la chaleur et le désert suintent à travers les enceintes. Bombino n'est jamais aussi inspiré que lorsqu'il est en Afrique. Le guitariste retrouve ainsi sa position de passeur, imaginant sa musique comme un trait d'union entre les cultures. Puisant aussi bien dans le terreau de la musique traditionnelle de son continent natal, dans le reggae qu'il adapte à sa personnalité (ce qui donne le Tuareggae) que dans les musiques occidentales (blues, funk, soul, folk), il réussit à trouver dans chaque style le point commun, la part d'humanité nécessaire, qu'il retranscrit ensuite avec une énergie rock, électrifiée, vivifiante et hypnotique (« Tenesse »). Un album inspirant, enivrant, tant l'artiste réussit à nous embarquer dans son sillage, son odyssée, sa croisade. 

En concert le 7/11 à Paris (Petit Bain)
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dimanche 7 octobre 2018

The Handsome Family + Lonny Montem et Guillaume Charret, Le Petit Bain, 4 octobre 2018.


La soirée, sur l'eau puisque Le Petit Bain est une barge posée sur la Seine, commence avec le duo Lonny Montem/Guillaume Charret qui décline sur scène son projet Tara enregistré en une semaine dans une maison auvergnate (d'où vient d'ailleurs le titre du disque). Un endroit très vraisemblablement d'une tranquillité inspirante si l'on en juge par les chansons qui ont été tirées de l'endroit. Nous voici donc parti pour une superbe odyssée musicale entre harmonies vocales et délicats arpèges de guitare. Un harmonica ou un banjo éparse apportant une note entre blues et country. Magnifique d'émotion, le duo nous happe littéralement sur un quai de gare enneigé (cf. « Little Lovers »). 

Changement d'ambiance ensuite avec The Handsome Family, groupe d'Albuquerque (Nouveau Mexique) qui s'est fait connaître il y a quelques années en signant le générique de la première saison du feuilleton True Detective. The Handsome Family, un groupe dont les compositions suintent la poussière et les cactus par tous les pores. On navigue à vue (puisque nous sommes sur l'eau) entre folk, rock et country alternative, autant de genres servis par une qualité de composition tenant le haut du panier et assurée par des musiciens virtuoses. Quelque part entre la fulgurance de Steve Earle et la démarche expérimentale des Jayhawks, The Handsome Family télescope les influences du passé (des années 50 à 70) avec une ferveur et un son contemporain pour un résultat dépaysant (enfin surtout vu de France) et ne manquant pas d'humour noir. Un groupe qui a tout bon ! 

http://www.handsomefamily.com/
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Brisa Roché, le Café de la danse, 3 octobre 2018.



Le concert commence avec les notes d'une basse naviguant en plein delay. Si le concert du soir se déroule en trio et le dernier album de Brisa Roché, le magnifique « Father », voit la chanteuse renouer avec l'idiome folk, cette réinterprétation se fera à sa manière, post moderne. Comme une funambule sur le fil, tirant un trait d'union entre le passé et le présent. Il en résulte un concert étonnant parsemé de nappes synthétiques fantomatiques, d'éclairs de guitare électrique limite garage (« 48 ») et de délicats arpèges acoustiques (« Holy Badness ») ou transparaît par intermittence la chanteuse de jazz qu'elle fut autrefois. Limitée par une technique rudimentaire « j'ai commencé à treize ans et je n'ai jamais progressé depuis » à la guitare, « c'est rare que je joue autant sur un projet » (signe de l'importance toute personnelle et particulière de ce dernier), Brisa inverse les rôles dans un tour de passe passe étonnant, la guitare folk étant cantonnée à un rôle rythmique alors que la basse prend, assez souvent, le lead et les soli. La performance du soir a été marquée par un rare et intense moment d'émotion lorsque Brisa interroge le public demandant quel est le parfum de votre amour perdu afin d'improviser une chanson. Un magnifique don de soi et d'humanité de la part d'une chanteuse qui chante aussi « pour nos disparus, nos amours perdus qui nous quittent jamais tout à fait mais deviennent des chansons et des poèmes »… 

http://www.brisaroche.com/
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