vendredi 17 mai 2019

Paalma Welcomes You



Cet EP inaugural à vocation psychédélique voit la jeune formation rompre avec les codes en vigueur. Minorant la partie rock de l'équation (encore que « Las Paalmas »…) pour une approche plutôt pop mettant en valeur les synthés au détriment des guitares. En ce sens ce premier effort est plus proche dans l'esprit de Tame Impala que de la cohorte des suiveurs vintage, le disque prenant également ses distances avec le modèle 60s/70s. Ceci étant posé que nous propose l'EP en question ? Une longue dérive aérienne, voix éthérées et nappes synthétiques cotonneuses, qu'une batterie dynamique empêche de sombrer dans une douce léthargie parfois traversés d'éclairs électriques (« Las Paalmas »). Et soulignons le chant en français (« Bleu ») assez rare dans ce contexte et plutôt bienvenu, dont le texte cryptique épouse parfaitement les courbes psychés du groupe. Un vol de courte durée, 20 minutes, mais en tous points agréables (cf. les virtuoses et sinueuses « Announcement » ; "Nag Champa"). Prêts à planer ? 

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jeudi 16 mai 2019

Rebelles Rebelles #2

Après une première expérience il y a un an, j'ai de nouveau eu l'immense plaisir de retrouver Lucie à Lille pour une nouvelle émission de Rebelles Rebelles mettant en valeur les chanteuses d'ici et d'ailleurs ! Encore merci Lucie pour ton accueil, on remet ça quand tu veux !

mercredi 8 mai 2019

Eric Bibb : « Global Griot »



Entre blues et folk, à la fois prolixe et élégant, Eric Bibb a vu la lumière lors d'un voyage en Afrique de l'Ouest. Sa musique a été profondément marquée, transformée (cf. la relecture de son propre « Needed time »), par la découverte du continent, ce qui avait déjà donné un album formidable, « Brothers in Bamako » en compagnie de Habib Koité, sorti en 2012. Mais l'humanité, profonde et débordante, d'Eric l'a souvent vu s'intéresser, se soucier, du sort de l'autre, celui que l'on nomme pudiquement l'étranger, et un album récent, « Migration Blues » (2017), mettait en parallèle le sort d'un réfugié fuyant Alep à celui d'un esclave au temps des plantations. Ouvert sur le monde et délivrant un message humaniste, positif et plein d'espoir sans tomber ni dans la béatitude ni dans le misérabilisme, on ne saurait mieux décrire ce nouvel effort, copieux, un double album de vingt quatre titres qui résume parfaitement le cheminement artistique de son auteur. On retrouve ainsi toutes les qualités d'Eric, sa voix chaude et profonde, son toucher fin et délicat à la guitare acoustique, le long d'arpèges dignes d'un orfèvre. L'élégance naturelle de ses compositions est rehaussée du son des instruments africains (kora, n'goni, percussions) et il se dégage une sorte d'évidence mélodique, aussi précieuse et fragile que le cristal, de ce nouveau disque. Un nouvel album enregistré sur trois continents (Europe, Afrique ainsi que son Amérique natale) en compagnie des complices habituels (Michael Jerome Browne, le guitariste Staffan Astner, Habib Koité, son épouse Ulrika etc...) et au gré des rencontres de passage. Un voyage magnifique orné, de plus, d'une sublime pochette signée du peintre Jean-Paul Pagnon. 

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mardi 7 mai 2019

Jessie Lee and The Alchemists



Nouveaux impétrants sur la scène blues hexagonale, la chanteuse Jessie Lee accompagné de son groupe, les biens nommés Alchemists, déboulent avec un premier album relevant d'une alchimie rare au fort goût de revenez-y. Arrêtons nous un instant, pour commencer, sur la chanteuse Jessie Lee, également guitariste émérite de son état. Son charisme naturel et sa voix sont évidemment pour beaucoup dans le charme dégagé par la formation. Il y a aurait beaucoup à dire sur son chant, son coffre profond, l'assurance et l'autorité naturelle dégagée par sa voix, posée à la perfection. Autour d'elle on retrouve un quatuor classique, guitare, basse, batterie et claviers. Les quatre musiciens, une composition après l'autre, dessinent le parfait écrin pour la voix de Jessie. Un crossroad où le blues (non dénué d'émotion cf. « I don't need to say » ; « I want you to stay ») se pare d'atours funky à la Meters (« In my cat's shoes » ; « Lord I miss you ») tout en se perdant, le long des chemins détournés, au gré d'une jam typiquement sudiste (les dix minutes de « Still in the desert ») dans la lignée des Allman Brothers et autres Black Crowes. Le classique de Robert Johnson « Come on in my kitchen » en ressort tout tourneboulé ! Le cadre est parfait pour que la virtuosité du guitariste Alexis Didier, son feeling et ses soli inspirés, puisse s'exprimer à plein, bien soutenu par une section rythmique qui déboîte sévère (Julien Audigier à la batterie, Laurent Cokelaere à la basse) et bousculé par les roucoulades soulful et groovy de l'orgue (Laurian Daire). Excellente découverte

https://jessieleeandthealchemists.fr/
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lundi 6 mai 2019

Straytones : « Beware, dark lord ! Here comes the bell-man »



Attention, danger ! En seulement deux véritables titres, entrecoupés d'une sorte d'interlude mi-fantomatique mi-spatial au milieu qui fait le lien de manière fluide, ce trio nous retourne littéralement. Groove infernal, mené tambour battant, sur un tempo d'enfer, guitare fuzz vissant le cerveau de l'auditeur, chant venu comme d'outre tombe pour l'aspect étrange de la chose ; nous voilà biens, plongé en plein chaos rock garage ! C'est une véritable tornade qui s'empare des enceintes ! Car, le grand mérite des Ukrainiens est de proposer un rock garage psychédélique, intemporel plus que simplement nostalgique, sans en occulter la dimension heavy et hypnotique. Un équilibre fragile mais qui lui donne une accroche irrésistible, évidente, addictive dès la première écoute. Nous voilà pris entre deux feux. Sur la durée d'un album, à ce rythme, la chose paraît épuisante et excitante à la fois… Manière de dire que l'on attends la suite… 

https://straytones.bandcamp.com/
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samedi 4 mai 2019

Robert Ellis : « Texas Piano Man »



Texas Piano Man, avouez-le, le titre sonne plutôt bien à nos oreilles. Costard blanc, chapeau de cowboy assorti, posant avec son instrument de prédilection au beau milieu d'un désert aride, le gaillard Robert Ellis attire la sympathie avant même d'avoir entendu la moindre note de musique. A l'écoute, excellent album mais assez éloigné des influences country que l'on croyait deviner à la découverte de la pochette. En l'espèce on penche plutôt pour Elton John, circa 1970, et un sens de l'humour dans les paroles que n'aurait pas renié Ben Folds, autre pianiste émérite. Plus pop que country donc, mais dont les influences baignent dans les années 1970 pour un résultat épique transpercé d'éclairs de guitare électrique fulgurants (« Nobody smokes anymore », l'excellente « Passive Agressive », « There you are ») alternant avec des passages tendres voire mélancoliques (« Father », « Let me in », « Fucking Crazy »). Un grand écart permanent mais toujours groovy (la basse est à se damner du début à la fin) et le genre d'album qui nous met de bonne humeur, remarquablement produit et soigné dans les moindres détails (la finesse de la batterie, on entend le moindre feulement de cymbales, les percussions de bon aloi, ajoutant un soupçon de groove exotique). Recommandé.




vendredi 3 mai 2019

Lisa Melissa & The Mess : « The Message »



Le Suprême l'affirmait avec force il y a 20 ans (environ) : « Pour que cela sonne funky, il faut que cela vienne de la Seine-Saint-Denis » ! Leçon retenue avec brio par le label Q-Sound Recordings, structure basée à Bobigny, mettant un point d'honneur à sortir des albums produits en analogique, un cousin éloigné de Daptone Records, juste à côté de chez nous ! La dernière découverte en date de l'aventureux label est la chanteuse Lisa Melissa. Cette dernière possède une voix comme on les aime, douce et forte à la fois, un registre large et d'une grande expressivité, taillé pour la soul music, le vécu coule de ses cordes vocales mâtiné d'un petit vernis pop. Pour accompagner la chanteuse, le quartet a taillé un sublime écrin où la soul sert de façade (sublime « Backstabbers », "Puzzle"), dévoilant peu à peu une profondeur de champ inédite où se bousculent les influences. De l'intro rappée de « Message One » à la très classieuse et jazzy « Stay Around », en passant par cette guitare saturée et garage rock qui s'incruste à la volée partout où elle peut semant un bazar inspiré dans les compositions (« Crazy », "La nuit m'appartient"), l'univers du groupe est particulièrement riche et se distingue ainsi du tout-venant vintage. Et pourtant l'album est d'une constance remarquable et cohérent d'un bout à l'autre. Moralité : jamais tu ne te perdras tant que le groove tu suivras ! 

http://www.qsoundsrecording.com/
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jeudi 2 mai 2019

La Poison



Soyons clair, en matière de musique on préférera toujours les esprits aventureux au confort des formules toutes faites. Et matière de cocktail détonnant, et nous semble-t-il assez inédit, le cas qui nous occupe aujourd'hui, le trio La Poison, se pose là. La Poison donc, un choix assez étonnant comme nom de groupe, sur lequel plane un parfum sulfureux et qui semble cacher quelque chose d'assez dangereux. Le contenu du disque est à l'avenant car, avec un impressionnant abattage, La Poison s'est mis en tête de se faire rejoindre les extrêmes. A savoir, une guitare rock'n'roll (on insiste sur le roll) en diable et des claviers froids, hérités de la cold/new wave des années 1980, le tout dominé de la tête et des épaules par la voix profonde de la chanteuse Moon. Les amateurs de guitares seront servis, les fans d'électro aussi ! Pour être tout à fait honnête, on mentirait en affirmant que l'on adhère sans réserve aucune au projet. Car en dépit de ses nombreuses réussites (notamment la tentative soul de « Mrs Dane ») qui émaillent le disque, les titres les plus marquants sont ceux où la guitare dynamite le tout de l'intérieur par le biais de quelques riffs bien balancés entre blues, rock garage sauvage, punk et rockabilly (« Smash you up », « 5.6.2016 », « Shake it », « Wanted Girl »). Cependant, nos oreilles restent imperméables à l'orientation électro/club un peu trop ostentatoire à notre goût dans les arrangements (« Open your eyes »). Une affaire de goût personnel sans doute mais peut être aussi le signe que le projet est à ce jour plus prometteur que réellement abouti, ce qui est normal attendu qu'il s'agît d'un disque inaugural. Une direction un peu plus affirmée, le sentiment de dispersion nuisant à la cohérence générale est prégnant, n’aurait pas fait de mal non plus. Une proposition musicale singulière, attachante en dépit de ses défauts, dont on suivra l'évolution avec curiosité dans les mois à venir. Car à ce point ont est sûrs d'une chose : les concerts s'annoncent explosifs… 

En concert le 6 juin à Paris (La Boule Noire)
https://www.la-poison.com/
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mercredi 1 mai 2019

Junior Rodriguez : "Starting from Nowhere"


Le multi-instrumentiste Junior Rodriguez, que l'on a notamment connu comme batteur auprès de Dick Rivers, s'est lancé dans une sacré aventure. Partir seul, sa guitare sous le bras, quelques percussions éparses et du matériel succinct d'enregistrement. Direction l'Islande pour enregistrer une chanson, seul, désespérément seul, dans les étendues désertique, la nature sauvage de l'île de l'Atlantique Nord. A mi-chemin du rock psyché/atmosphérique et de l'enregistrement de terrain, au contact direct avec la nature, la démarche n'est pas sans rappeler celle de Molécule et ses albums enregistrés sur un chalutier en pleine mer ou au Groenland. Junior Rodriguez est rentré un documentaire dans sa valise destiné à un diffusion sous la forme d'une web série, la promesse d'images magnifiques, en prélude à un nouvel album...
https://www.juniorrodriguez.com/
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mardi 30 avril 2019

Automatic City : « Triple Ripple »



La découverte de la magnifique pochette de ce troisième album frappe par la nouvelle charte graphique du groupe. Fini le design minimaliste et épuré, hérité des années 1950, place au noir et blanc mi-gothique / mi-vaudou, une ambiance gitane que n'aurait pas renié Jim Jones en personne et son Righteous Mind. A elle seule la promesse d'un sacré voyage. Mais à l'écoute, peu de choses changent et c'est finalement tant mieux tant on est persuadés que ce groupe avait, dès le début, mis le doigt sur la formule magique. Et si changement il y a, c'est pour le mieux car jusqu'ici Automatic City, en dépit de toutes les réussites qui ont émaillées leur parcours jusqu'alors, n'avait jamais réussi à mettre aussi bien en sons son blues et toutes les influences éparses qui le composent. Il y a tout d'abord cette sensation de touffeur qui enveloppe la musique, le sentiment prégnant qui transforme l'écoute de l'album en plongeon la tête la première dans une marmite vaudou bouillonnante. Et c'est parti pour le grand saut dans le temps et à travers les époques ! L'amalgame entre les guitares garages, toujours tranchantes qu'elles soient électrifiées ou non, le groove infernal des percussions exotico-orientalistes et le délire rétro-futuriste du thérémine et autres joyeusetés électroniques du même acabit n'avait jamais aussi bien fonctionné qu'ici. Le résultat est tortueux, psychédélique, hypnotique ! Un album entraînant, sexy, exotique et aventureux au-dessus duquel plane un parfum de soufre et un soupçon de danger. Vous voilà prévenus ! 

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dimanche 28 avril 2019

Booze Brothers, Black Star, 25 avril 2019.



Si l'on s'amuse à dresser une rapide typologie du rock celtique en France, le Celtic Social Club serait rock'n'roll alors que Doolin' seraient les tenants d'une tradition folk. Les Booze Brothers sont quant à eux, résolument punks comme le prouve leur concert du soir, une première dans Paris intra-muros pour eux alors qu'ils écument les scènes depuis 20 ans. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire et la prestation du soir, à cinq sans le bodhran hélas, prouve que cela valait bien le coup d'attendre. En effet il ne faut pas très longtemps pour que le public s'échauffe pour de bon transformant la fosse en zone de pogo infernale, qui n'effraie pas Rémi l'accordéoniste venu se mêler à la foule, signe d'un concert festif pour un groupe dont l'humanité n'est pas un vain mot comme le montre la chaîne humaine créé à l'initiative des musiciens invitant les spectateurs à se tenir par la main. Etonnant d'ailleurs ce contraste entre les thèmes abordés sur le disque, plutôt sombres (Booze ou Blues Brothers?), et cette invitation à lâcher prise et faire la fête, qui ressemble à une invite à danser sur les braises… On pensera ainsi souvent à Rage Against The Machine et à la scène fusion des années 1990, une influence chez ce groupe, une affaire de voix mais aussi de guitare, un sens de l'attaque contrebalancé par une maîtrise parfaite de l'idiome celte traditionnel de l'accordéon, de la flûte et du bouzouki (magnifique intro acoustique du premier titre de la setlist). Soulignons enfin pour finir le sens du métissage des Booze Brothers qui chante en quatre langues différentes, le français, l'anglais, l’occitan (la langue du sud-ouest où le groupe est basé) et même le polonais (langue maternelle de Kuba, le nouveau guitariste). La musique celtique est finalement le socle sur lequel le groupe est bâti, un genre qu'ils se chargent de faire voyager et d'emmener ailleurs. Mission réussie au-delà des espérances en l'espèce. 



samedi 27 avril 2019

Très Court International Film Festival


Le cinéma ne nécessite pas forcément d'énormes moyens. Pour preuve le Très Court International Film Festival qui a l'originalité de présenter une centaine de films de moins de quatre minutes. L'événement se tiendra du 7 au 16 juin, simultanément et partout (A Paris, les 15 et 16 juin au forum des images) et dans le monde entier (en ce qui concerne la France, 15 villes sont concernées).


mercredi 24 avril 2019

Arabella



Le nom de la formation grenobloise peut venir, au choix, de l'opéra de Richard Strauss (peu probable cependant) ou d'un titre des Artic Monkeys. L'écoute du premier EP du quatuor fait pencher la balance vers la deuxième solution, nos Grenoblois ayant été, sans doute, biberonnés au rock anglais du début du millénaire. Une formule concoctée à base de guitares tranchantes mûes par une dynamique contemporaine (« Arabella ») et des arrangements lorgnant du côté de la pop (« We've got it ») ; le tout bien mis en voix et tiré vers le haut par une batterie survoltée (« Hello »). L'écriture est fraîche et enlevée, comme sur la très chouette « Summertime Again », pile dans le timing pour être le tube de l'été. Vitaminé et énergique. 

https://www.difymusic.com/arabella
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mardi 23 avril 2019

Booze Brothers : « The Lemming Experience »


Le visuel de la pochette a beau être magnifique, il est, dans le fond, loin d'être engageant. Ces silhouettes déshumanisées tombant d'un ciel noir d'encre à la Turner seraient-elles une métaphore de la situation du monde à l'heure actuelle, ou du moins la vision de cette dernière que se fait le groupe ? Un suicide collectif ? Vu la noirceur des thèmes évoqués le long de l'album, tout le porte à le croire. A cette sinistrose ambiante, le groupe oppose un cri de rage mû par l'énergie du désespoir, perceptible dans l'attaque punk du folk celtique (cf. « She ain't the one »), renouant ainsi avec l'ambiance typique du groupe. Sur ce point précis, la formation toulousaine n'a rien à envier aux grosses cylindrées internationales type Dropkick Murphys, on aura même tendance à préférer le présent album au dernier effort des Bostoniens (« 11 short stories of pain and glory ») à l'approche punk trop linéaire. Rien de tels chez nos Frères Gnôle qui, sans être avare de guitares saturées, n'ont pas oubliés d'être ambitieux sur un strict plan musical, mêlant les guitares énormes à l'accordéon, au bodhran (une percussion typique du folk irlandais) et au bouzouki (une sorte de mandoline également typique du folk celtique). Entre autres réussites citons « Not afraid to try », un titre où l'amalgame fonctionne à la perfection : les instruments dialoguent et se répondent dans un chaos festif, un grand moment ! A l'opposé, « Thousand are sailing » prouve que le groupe est également très à l'aise dans un contexte acoustique, plus apaisé, du moins en apparence, car la colère rode, sous-jacente, rentrée et menaçante. La boucle est bouclée, les extrêmes se rejoignent. Quelques années après l'excellent album de Doolin' voici une autre excellente galette celtique made in Toulouse à se mettre sous la dent. La Ville Rose capitale du rock celtique en France, qui l'eût cru ? 

En concert le 25/04 à Paris (Black Star)
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lundi 22 avril 2019

In Volt + Jessie Lee and The Alchemists, New Morning, 17 avril 2019.


On commence par un joli coup de cœur pour la chanteuse Jessie Lee et son groupe The Alchemists qui ont ouvert avec maestria la soirée. Les deux pieds biens solidement ancrés en France mais le cœur quelque part en vadrouille quelque part au sud des Etats-Unis, la chanteuse et son groupe nous ont fait voyager en musiques dans un périmètre circonscrit entre le funk façon Meters et l'esprit jam blues/rock qui animait jadis les Allman Brothers et autre feu Black Crowes. Formation étonnante dont certaines compos originales ressemblent comme deux gouttes d'eau à un inédit des Meters alors que la seule reprise au programme, « Come on in my kitchen » de Robert Johnson, est totalement méconnaissable. Le groupe aime également prendre son temps (cf. l'esprit jam) et, alors que la fin s'approche dangereusement Jessie annonce qu'il ne reste plus que deux titres, « mais comme avec nous chaque chanson dure dix minutes il nous reste encore un peu de temps », ah ah !!! 

On a pour coutume de dire, un peu trivialement, qu'un groupe envoie le steak. In Volt, quant à eux, emmène la chose à l'étage supérieur et déménage la boucherie au grand complet ! Dès les premières notes, et alors que le chanteur se présente sur scène entravé dans une camisole de force (!), le son fait rage et la guitare balance des riffs dévastateurs, bien soutenue par une section rythmique au cordeau, entre puissance et groove titanesque. Du gros son donc au programme mais pas que, puisque derrière les watts se cache un feeling blues latent. Et lorsque les amplis sont partiellement débranchés, le temps d'un intermède acoustique, tout le talent du groupe explose aux oreilles des spectateurs faisant ressortir les qualités d'écriture puisqu'il est impossible de se cacher derrière un mur du son factice. Un groupe festif ayant le charisme et les idées pour assurer le show sans grand moyens (cf. mention spéciale aux têtes de morts géantes) développant une certaine idée du fun rock'n'roll. Enfin, le rappel, avec les membres de Jessie Lee and The Alchemists en guests, le temps d'une reprise de Bob Dylan (« Rainy Day Woman #12 & 35 ») fait ressortir une passionnante opposition de style entre le guitariste des Alchemists, marqué par le blues et le jam rock des Allman Brothers, et l'attaque plus métallique de celui d'In Volt. Ces deux là devraient monter un projet parallèle ensemble, nous serions curieux d'écouter le résultat… 

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Elisapie, La Boule Noire, 16 avril 2019.

D'aucuns, et ils sont nombreux, à vouloir faire rentrer la musique dans des cases seront bien à la peine avec la chanteuse Inuit… L'album nous avait charmé, la découverte sur scène a donné une nouvelle ampleur à l'artiste. L'intention de fond est rock'n'roll sans aucun doute mais pour atteindre l'objectif Elisapie aime à prendre les chemins de traverses. Déjà l'accompagnement est inhabituel, un batteur et deux guitares (sans basse). Ensuite, entre nappes synthétiques rêveuses (sur le premier titre) et éclairs autant expérimentaux que bruitistes (limites grunge par moments) de la guitare lead, le tout a donné un nouveau relief à la musique de l'artiste que l'on a pris, un temps, au début, pour une chanteuse folk. Ce qu'elle est également dans le fond comme le prouve le très délicat rappel en duo, chanté en français. Un éclectisme que l'on retrouve aussi dans le chant, subtil jonglage entre l'anglais et langue vernaculaire et, au final, un sacré, et magnifique, périple musical qui nous en a fait voir de toutes les couleurs. 

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dimanche 21 avril 2019

Teleferik + Bafang Ibabemba, Black Star, 11/04/2019.


Il arrive de temps en temps, mais cela est suffisamment rare pour être souligné, qu'une soirée à la programmation particulièrement bien pensée nous emmène littéralement ailleurs. Tel fut le cas au Black Star, lieu que l'on découvre par la même occasion, où le plateau a réuni le blues africain de Bafang Ibabemba et Teleferik

Bafang Ibabemba se présente comme un duo rock/blues, guitare et batterie, tel que l'on en connaît pléthore depuis le début du millénaire. Mais le duo affiche une véritable originalité en lorgnant plus vers l'Afrique (on pense à Tinariwen) que vers le delta du Mississippi. Un véritable choc entre l'énergie garage qui anime la chose (cf. le groove puissant du batteur déguisé en Touareg) et la guitare évoluant dans des gammes évoquant le désert. Un duo charismatique et festif. 

Changement de décor avec le groupe suivant, Teleferik, encore un duo, même si ce soir il se présente en formation complète à quatre, et direction l'Orient, le Liban, pays de cœur et terres des origines de la chanteuse Eliz. Après trois longues années d'attente Teleferik sort son deuxième album et semble heureux et impatients de partager ses nouvelles compositions sur scène. Alors que la voix majestueuse d'Eliz s'élève et emplit l'air diffusant des effluves orientales dans la petite salle. Les longs regards et les sourires échangés entre Eliz et Arno (le guitariste) en disent long, et bien plus que n'importe quel discours, sur la complicité musicale qui unit ces deux là. Teleferik évolue sur un ligne fine, comme un téléphérique imaginaire reliant un monde musical à l'autre. Le groupe carbure à la batterie d'Olivier (par ailleurs batteur de Jesus Volt) dont la force de frappe n'altère en rien le groove et qui trouve un complément parfait en la guitare d'Arno aux lignes saturées, et pleines de feeling, entre blues, garage et psyché. Derrière son air stoïque de ne pas y toucher, le clavier Sami déboîte les compositions d'un groove oriental dévastateur, entamant un dialogue avec la guitare, questions et réponses, en tous points passionnant. Et puis il y a le chant en arabe libanais (le français et l'anglais étant les autres langues utilisées) qui a lui seul incarne les valeurs d'acceptation et de tolérance défendues par la formation. Un chant doux, passionné et surtout précieux, durant cette époque troublée et donnant une image de la langue arabe autre que ce discours nihiliste semant la mort et la destruction. Un chant qu'il est urgent de faire résonner entre les murs du Bataclan. 

En concert (avec Lux) le 13/06 à la Boule Noire
https://www.teleferikband.com/
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mardi 9 avril 2019

Les Nuits Secrètes du 26 au 28 juillet 2019


La Bonne Aventure Festival les 22 et 23 juin 2019


Binic Folks Blues Festival du 26 au 28 juillet 2019


Ô joie, Ô bonheur, la programmation pour le Binic nouveau est arrivée ! Festival gratuit et date incontournable pour tout amateur de rock'n'roll le Binic Folks Blues met une fois de plus en valeur les talents en développement de la Bretagne à l'Australie, offrant de nombreuses sessions de rattrapage (la majorité des groupes jouent deux à trois fois au cours du week-end, un casse-tête de moins) et le tout quasiment les pieds dans l'eau au bord de la plage !

lundi 8 avril 2019

Musical Ecran


Nos amis Bordelais ont de la chance ! Jusqu'au 14 avril se tient dans la ville la cinquième édition du festival de documentaire musicaux. Au programme quelques premières françaises (Desolation Center, Milford Graves Full Mantis, Silvana, Peret, yo soy la rumba, From Toilets to Stages) et des nouveautés (Eric Clapton : Life in 12 Bars, Rudeboy : the Story of Trojan Records, Daniel Darc : Pieces of My Life, Where are you João Gilberto)

Bonne projection !
www.bordeauxrock.com

dimanche 7 avril 2019

The Psychotic Monks : « Private Meaning First »



Le disque commence calmement, très calmement, un long silence introduit la chose puis quelques notes de piano et de violoncelles apparaissent sur lesquelles se pose un chant traînant. En dépit du calme apparent, l'auditeur sent qu'il se passe quelque chose, un sentiment mêlé d'excitation et d'anxiété. Œuvre au long cours, privilégiant les formats longs jusqu'au final dantesque d' « Every Sight » (15 minutes), ce nouvel album est découpé en chapitres et nous conte une histoire. Laquelle ? Celle d'une perte de contrôle, d'un pétage de câble en règle, une métaphore qui rappellera certainement des souvenirs à quiconque ayant eu la chance d'expérimenter le groupe dans son élément naturel, sur scène, en concert. Au fur et à mesure que les titres défilent, on constate à quel point il est fascinant de voir le groupe évoluer et se transformer. Et dire qu'il n'y a pas si longtemps, au début, on prenait le groupe pour une formation psychédélique. D'influence blues, il ne reste plus grand-chose aujourd'hui. Du psyché, un peu, dans une approche oblique, dans cette façon de se jouer du temps, de travailler la longueur et de vriller le cerveau de l'auditeur (et les oreilles aussi) avec ces motifs de guitares répétitifs et cette batterie qui monte lentement en pression (cf. « A Coherent Appearance », « Emotional Disease »). Mais le son du groupe se fait également plus sombre (« Minor Division ») et transforme le disque en une marmite bouillonnante, chauffée à blanc aux sons des albums de Sonic Youth et de Pere Ubu, faîte de montées et de descentes tout aussi vertigineuses l'une que l'autre, avec un soupçon d'expérimentation réduisant la musique à un squelette rythmique fait d'attaques sèches de guitares saturées ou de batterie.
En concert le 11 avril à Paris (La Maroquinerie)
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jeudi 4 avril 2019

Elisapie : "Una"



La merveilleuse chanteuse inuit Elisapie sort un nouveau clip, très émouvant, tourné dans un noir et blanc sépulcral, racontant son adoption. A retrouver pendant sa tournée :

11/04 : La Poudrière - Belfort (90)
12/04 : Case à chocs - Neuchatel (CH)
13/04 : Run Ar Puns - Chateaulin (29)
16/04 : La Boule Noire - Paris (75)
18/04 : Auster Club - Berlin (GER)
19/04 : La Batterie - Guyancourt (78)
20/04 : Printemps de Bourges (18)
21/04 : Chato D’o - Blois (41)
25/04 : Printival - Pezenas (34)
21/07 : Les Vieilles Charrues - Carhaix (29)

Bandit Bandit : "Maux"



Une virée nocturne en moto, une clope fumée devant l'Hôtel de la Plage, vision surréaliste d'un polaroïd animé, pour son premier clip, Bandit Bandit collectionne les images hallucinantes parfaitement à l'unisson de leur musique psychédélique et heavy à la fois. Menée par un riff de guitare addictif vrillant le cerveau, le titre donne envie de suivre de très près les aventures du duo. A bientôt, donc...

mercredi 3 avril 2019

In Volt : « Free »



Une guitare acérée déchire l'air (cf. « Free »). Ce nouvel effort d'In Volt nous permet de renouer avec un sentiment que l'on aime bien, celui d'un véritable groupe de rock'n'roll qui n'a pas oublié les racines du blues et dont l'avalanche de décibels ne peut altérer le groove (cf. « New Time »). Ce dernier avance masqué mais est présent à tous les étages. Dans la batterie véloce. Dans la guitare qui déboîte avec agilité et un feeling incontestable. Et, enfin, dans la voix exubérante du chanteur. Les racines de la chose sont ancrées dans un espace temps bien défini, situé entre la fin des années 1960 et le début de la décennie suivante, et dont le groupe assure le continuum, découlant en ligne droite de formations telles que Led Zeppelin ou AC/DC. Alors, certes, tout ceci n'a rien de bien original et constitue le tout venant du rock depuis 25 ans et l'émergence des Black Crowes. Mais les dernières réticences se lèvent devant une telle débauche d'énergie et d'enthousiasme. Voici un disque simple d'accès et qui donne envie de secouer la tête (les jambes aussi), dit comme ça, ça n'a l'air de rien mais qu'est-ce que ça fait du bien ! On s'incline donc devant la virtuosité, la variété des climats (ces ces bougres assurent aussi en acoustique cf. « Fake Love », gage de qualité). Le disque se termine, l'auditeur est exsangue et une évidence se fait jour : tant qu'il y aura de fidèles serviteurs pour le défendre de la sorte, le rock'n'roll ne mourra jamais. Un album intemporel. 

En concert à Paris le 17 avril (New Morning)
http://www.involt.fr/
https://www.facebook.com/INVOLTFRANCE








mardi 2 avril 2019

Andy Balcon : « Kiss Goodnight »



De ses années au sein de Heymoonshaker, Andy Balcon, à l'orée de sa carrière solo, a gardé une vision oblique des choses, l'habitude de faire du rock, du blues, autrement. Ce premier EP en solo s'inscrit donc dans la continuité, notamment sur le plan rythmique, du groupe. Impensable (du moins à ce jour) pour le musicien de s'inscrire dans une formule classique guitare/basse/batterie. C'est donc dans les sonorités électroniques et les synthés que Balcon est allé trouver de nouvelles sources d'inspirations prolongeant ainsi l'ambiance dark voire dubstep qui était déjà celle de Heymoonshaker (« Standing Sideways »). Mélangées à son timbre de voix rauque (qui n'a pas bougé) et à sa guitare puissante (« Kiss Goodnight ») l'effet est saisissant mais, dans un effet de balancier inverse, éloigne l'artiste du blues, ce que l'on peut regretter. De beaux débuts en solo cependant. 

En concert à Paris (Supersonic) le 9 avril.
https://www.andybalcon.com/
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lundi 1 avril 2019

Teleferik : « Blood Orange Sirup »




Alors que l'on s'apprête à découvrir le nouvel album de Teleferik et que les premières notes s'échappent des enceintes, une évidence se fait jour. Ce deuxième disque du duo, à la période de maturation assez longue, est un album où le groupe s'affirme et assume son identité, en résumé, tout le sel qui fait le charme, la magie et la fraîcheur du groupe. Pour ce deuxième effort, Teleferik a mis les petits plats dans les grands, est allé chercher Kenzi Bourras (Rachid Taha) et Rizan Saïd (Omar Souleyman), deux musiciens de haut vol qui ont arrangé le disque et a confié sa réalisation à Azzedine Djelil, afin de renforcer le côté oriental et arabisant de la musique, un aspect déjà esquissé sur le premier album. L'ambition était élevée, bâtir un pont entre l'Orient et l'Occident, car soit dit en passant, l'album n'a pas oublié d'être un disque de rock'n'roll, un vrai, pur et dur, aux racines ancrées dans le blues et la psychédélie des années 1970 (cf. « Just a woman », la baroque « You are poetry », « Queen of the harem »). Et cela donne des choses formidables lorsque la guitare, inspirée et abrasive, d'Arno engage une dynamique positive en se frottant aux arrangements faisant la part belle aux sonorités orientales (« Believe », « De l'autre côté ») ; l'amalgame fonctionne au-delà de toutes les espérances, la sauce monte au point de transformer la chanteuse Eliz (à l'aise dans trois langues, arabe libanais, français et anglais) en punkette prête à tout arracher sur son passage (« Hell in your arms », « Sarr Lezim »). Preuve de la polyvalence du duo, les musiciens n'hésitent pas à sortir de leur pré carré pour aborder d'autres rivages, new/cold wave (« Many Lovers ») ou franchement funky, dansant et festif (le formidable single « Khalifa n'shouf »). Mais la brillance musicale de l'album ne doit surtout pas occulter le fond de l'affaire, à savoir la profonde humanité qui anime le duo. Comment ne pas être ému par les paroles « De l'autre côté » ? Comment rester insensible à son message de paix, d'amour, de tolérance, que le groupe sait faire passer sans jamais être lourd ou plombant ? Et si vous alliez écouter ce qu'il se passe de l'autre côté ? 

En concert à Paris (Black Star) le 11 avril.
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dimanche 31 mars 2019

Nick Waterhouse, Petit Bain, 24/03/2019.


Il se dégage de la musique de Nick Waterhouse quelque chose d'élégant qui tient du sens de l'épure. La capacité à en dire finalement beaucoup en utilisant peu de notes, chacune d'entre elle ayant un sens profond, et donnant beaucoup de poids au silence qui l'entoure. La démarche fait sens sur scène où le musicien prend tout son temps avant que la machine ne s'emballe brusquement, comme le démontre le début du concert du soir. Du 20ème siècle, des années 50 et 60, Waterhouse a hérité du groove, du swing, sa musique ayant connu plusieurs incarnations entre soul, ryhthm and blues et jazz tout en maintenant intacte une flamme guitaristique héritée du rock'n'roll. En concert, la chose est proprement emballante et donne des fourmis dans les jambes en dépit du flegme affiché par le chanteur/guitariste. Entouré de ses cinq musiciens (orgue, batterie, basse, saxophone et chanteuse au timbre magnifique pour les chœurs) Waterhouse a délivré une performance en forme de voyage dans le temps, dépassant totalement le côté rétro (tout en l'incarnant parfaitement) pour atteindre un statut d'intemporel où chaque titre donne l'impression d'être un classique immédiat et/ou oublié. Le public, nombreux, le Petit Bain est plein comme un œuf, ne s'y est pas trompé couvrant le groupe d'un tonnerre d'applaudissement recouvrant parfois totalement les instruments. Magnifique soirée. 

https://www.nickwaterhouse.com/
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samedi 30 mars 2019

Elise and The Sugarsweets, Le Triton, 23/03/2019.


(c) Yann Charles

(c) Yann Charles


(c) Yann Charles
C'est dans le cadre chaleureux du Triton, sur la petite scène, intime et sympathique, qu'Elise and The Sugarsweets a fêté, en grandes pompes, la sortie de leur premier album. Cela commence par un groove soul énorme de l'orgue alors que la guitare inspirée d'Olivier tire la chose vers le blues voire, éventuellement, le rock'n'roll le long de ses soli inspirés et débordants de feeling. Dans l'entre-deux, la section rythmique solide maintient la balance avec célérité et efficacité. De la soul, du blues, du rhythm'n'blues, tous les genres sont incarnés à la perfection par la chanteuse Elise, à la voix autoritaire et qui, sur scène, se dépense avec toute l'énergie de ses vingt printemps et même pas peur de sauter, talons aux pieds ou non ! L'enthousiasme et la débauche d'énergie est telle qu'il est impossible de ne pas se faire aspirer par la formation qui nous entraîne dans son groove diabolique et nous vrille le cerveau et les oreilles. Infaillibles sur scène, un concert d'Elise and The Sugarsweets c'est toujours la promesse d'un bon moment ! On quitte la salle, un grand sourire sur les lèvres… 

https://www.facebook.com/sugarsweets.fr/
https://twitter.com/Sugarsweets_fr

(c) Yann Charles

(c) Yann Charles
(c) Yann Charles

vendredi 29 mars 2019

4dB + Alice's Mirror Quartet, Péniche Antipode, 22 mars 2019.


Puisque le cadre s'y prête, une très sympathique péniche flottant sur le bassin de La Villette, c'est à un magnifique voyage sur les mers du jazz auquel nous avons assisté. 

On commence avec Alice's Mirror Quartet, formation instrumentale, qui se présente en quintet contrairement à se que laisse supposer le patronyme du groupe, et qui se révèle excellent dans une facture acoustique, relativement classique : piano, batterie, contrebasse, saxophone et harmonica. Comme il est de coutume avec ce genre d'ensemble instrumentaux, les compositions, assez longues, laissent de nombreux d'espaces de liberté aux musiciens, autant d'opportunités de laisser la virtuosité de ces derniers s'exprimer. Dans ce contexte, l'harmonica apporte une touche inattendue et originale, évoquant la bande originale d'un vieux polar oublié des années 1970. Belle découverte. 

A l'autre bout de spectre se trouve 4dB, formation électrique (toujours instrumentale) située aux confins du rock progressif. Les claviers et autres synthés vintages mènent la danse sur une note tantôt électro-funk tantôt planante alors que la guitare (électrique il va de soi) transperce les pièces d'éclairs rock, lorsque la machine s'emballe pour de bon, dans la foulée de la très solide section rythmique, la musique du groupe déboîte sacrement. Ainsi la musique de 4dB se trouve être mouvante, vivante, passant d'un genre à l'autre, aux ambiances changeantes. Puisque nous sommes sur un bateau, nous pourrions dire qu'après avoir traversé une zone de turbulence nous avons finalement effectué un beau périple. 



jeudi 28 mars 2019

Yarol, La Maroquinerie, 20 mars 2019.

(c) Clémence Rougetet

(c) Clémence Rougetet

Un mois environ après la sortie de son premier album solo, sobrement intitulé Yarol, le musicien remet les pendules à l'heure dans une salle de La Maroquinerie pleine comme un œuf et aussi bouillante qu'une cocotte minute. De funk ou de synthés vintages, il en sera bien sûr un peu question au cours de cette prestation (cf. « Girls », « Caroline »), qui, par son intensité, rappelle les grandes heures de Black Minou. Guitariste incendiaire, et virtuose aussi, Yarol s'en est donné à coeur joie en compagnie d'un groupe de grande ampleur (basse, batterie, percussion, claviers et deuxième guitare) revisitant les idiomes qui lui tiennent à coeur du rock n'roll (l'anthologique medley final comprenant entre autres « Little Queenie » et « Satisfaction ») au blues (« Something gonna happen » en ouverture de set) en passant par l'afrobeat (« Sale » en compagnie de son frère Melvil à la basse) sans oublier de revisiter l'ensemble de sa carrière (« Barbès » de FFF ou la reprise en français de « Fortunate Son » - Creedence Clearwater Revival - chantée naguère par un célèbre barde d'ici que le guitariste a accompagné pendant dix ans). Pendant près de deux heures le musicien a laissé parler son enthousiasme, plongeant dans la foule tel un grand gamin de cinquante ans, exposant au grand jour la profonde humanité qui l'anime recherchant constamment le contact et la chaleur humaine auprès du public. Folle soirée, doux euphémisme ! 

https://www.facebook.com/yarolpoupaudofficial/


mardi 19 mars 2019

The Chainsaw Motel : « Bad trip and endless roads »



Une magnifique pochette d'inspiration cinématographique, entre gore et Tarantino, un nom de groupe en référence directe à « Massacre à la tronçonneuse » et un titre d'une grande puissance évocatrice (mauvais trip et route infinie), si avec tout ça on ne se fait pas un film… Et c'est donc sur une autoroute du rock imaginaire que nous trimbale le duo. Soleil de plomb, ciel d'un bleu céruléen et poussière qui se soulève sous les roues de la muscle car, le groupe compose la bande son idéal du road movie en technicolor et en cinémascope. Puisant son inspiration de l'autre côté de l'Atlantique, le duo compose des hymnes chargés en électricité où l'adrénaline est à son maximum. Nerveuse, tendue la musique du groupe fait le lien entre métal et stoner. Comme les deux faces d'une même pièce, les voix se répondent entre chant intelligible, « clair » (l'influence garage voire blues des années 1970) et voix gutturale typiquement métal (cf. « Decline » ; « Pursuit of happiness is a endless road »). Enfin dans cet océan de guitares saturées et de batteries lourdes comme le plomb, on retrouve un instant de répit le temps de « Story of a love story », belle et mélancolique comme le plus tendre des titres de Nirvana. 

https://thechainsawmotel.bandcamp.com/
https://www.facebook.com/thechainsawmotel/
http://www.thechainsawmotel.com/
https://twitter.com/Chainsaw_Motel

lundi 18 mars 2019

Crocodiles : « Love is here »



Après une période un peu « creuse » les Californiens reviennent squatter nos platines avec un nouvel effort en forme de retour aux sources. La bonne nouvelle que voilà ! Sur la, plus que fournie, scène garage actuelle, Crocodiles fait figure d'anomalie. D'abord parce que le groupe ne semble pas plus obsédé que cela par les sacro saintes années 1960. Rien que du très normal dans le fond finalement tant l'étiquette garage semble définitivement bien trop petite pour eux. Le cœur de la musique de Crocodiles c'est avant tout la mélodie, la pop (« Wait until tomorrow ») qu'il s'agît ensuite de pervertir, dans un juste mesure, afin d'obtenir ce résultat en équilibre, sur une ligne fine, déjanté juste comme il faut. Mais un peu plus loin, histoire de nous contredire, l'album part dans une toute autre direction totalement psychédélique, guitare fuzz et tout le tremblement, et nous colle les chocottes le temps de quelques pépites, planantes mais abrasives, aussi flippantes qu'un avion en rase motte sur le point de se crasher (« My far out friends », « I was a fly »). C'est évidemment fantastique ! Très bel album. 

https://crocodilesband.bandcamp.com/album/love-is-here

dimanche 17 mars 2019

Eiffel : « Stupor Machine »



La « Stupor Machine », selon une traduction au résultat aléatoire serait « une machine à stupeur », soit un truc vaguement défini mais dont on est cependant certain de l'inquiétant potentiel. De fait, sur une trame d'inspiration cinématographique, Romain Humeau, leader d'Eiffel aligne les visions horrifiques d'une société déshumanisée ou tout un chacun espionne l'autre par écrans interposés : « Kafka dans les tours » chante-t-il dans « Cascade », « The Manchurian Candidate » (titre original du film « Un crime dans la tête » de John Frankenheimer, 1962) ou le cri rageur (qui sied si bien à sa voix rocailleuse) de « Big Data ». En dix-huit ans de carrière, Eiffel a bien évolué et se dirige depuis quelque temps déjà vers une forme de rock plus brute, électrique, sous haute tension (« Migraine ») limite punk (« Manchurian Candidate ») qui colle parfaitement avec la thématique anxiogène du disque. Mais qui n'est cependant qu'une des facettes de l'album dans lequel on retrouve également de la tendresse (la très belle « N'aie rien à craindre », « Chasse Spleen », « Chocho »). Maîtrisant aussi bien les guitares abrasives que les arrangements au piano (la gainsbourienne « Hôtel Borgne »), Eiffel ne se départit jamais d'une tension fondamentale qui anime la musique y compris dans ses moments les plus délicats et même les guitares acoustiques sont maltraitées (cf. « Pécheur pécheur ») dans de violentes doubles croches. Un nouvel excellent effort en forme de pièce d’orfèvrerie musicale, parfaitement produite et mise en sons. Addictif. 

Sortie le 26 avril.
En concert le 14 novembre à Paris (La Cigale)


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