samedi 24 septembre 2016

RavenEye : « Nova »



Après un EP dévastateur, le surpuissant trio Anglais RavenEye est de retour avec un premier album en bonne et due forme. Guitariste passé par le blues, influence encore assez prégnante sur l'EP, Oli Brown délaisse ses premières amours au profit d'un son plus massif et direct. Quelque part entre le rock garage des années 60 et le hard/heavy des décennies suivantes, RavenEye trouve son bonheur dans une ambiance délicieusement rétro remettant au goût du jour les soli grandiloquents sans jamais tomber dans la parodie stérile et il s'agît là d'un petit exploit (épique « Supernova »). Dopé par une section rythmique véloce et cependant pleine de groove, la guitare trouve là un terrain idéal pour s'exprimer sans retenue. Le groupe fonctionne selon une dynamique alternant la tension et la détente (cf. « Inside ») entre couplets agressifs au possible et refrains progressifs où traînent encore malgré tout quelques restes de blues ("Oh my love"), comme quoi on ne se refait jamais tout à fait. Entre Blues Pills et Rival Sons, RavenEye trouve ainsi son créneau et il ravira tous les fans de six cordes et de gros son.
En concert le 3 octobre à Paris (Flèche d'Or)



vendredi 23 septembre 2016

The Black Painters : « All the sad and stupid songs of all time seem written for me now »



En musique, comme en tout autre chose, la confrontation d'univers différents donne des résultats, étonnants, intéressants, souvent inoubliables. The Black Painters est un de ces groupes formés par un heureux concours de circonstance, un hasard, une sorte de sérendipité musicale. D'un côté, on retrouve Matthieu Miegeville, chanteur d'obédience métal connu pour donner de la voix dans des formations aussi radicales que My Own Private Alaska ou PSYKUP. A l'autre bout du spectre se trouve Rémi Panossian un pianiste œuvrant dans un registre jazz. Quelles étaient les chances pour ces deux musiciens de se retrouver ensemble dans un même studio d'enregistrement si ce n'est par hasard ou par accident ? En acceptant de sortir de leurs zones de confort respectives, les deux protagonistes se sont mis en danger et ont gravé sur bande un disque extraordinaire, une sorte d'hybride, tout à fait inédit, entre jazz et punk. Entre le rien et l'infini, Rémi et Matthieu ont réussi à trouver une sorte de terrain d'entente pas si neutre que ça. Le disque est d'une puissance inouïe (« J.A.M.O.T. ») où l'orage et la tension gronde dès la première seconde (« Drink On »). A peine posé sur la platine, on sait déjà que l'on tient une perle rare évoluant sur une ligne fragile à la fois totalement classique, on y entends guère que du piano et de la voix, mais intrinsèquement originale. Un album rock, heavy, voire même violent par moments, sans la moindre note de guitare ! Et sans jamais renier non plus le swing hérité de la moitié jazz du duo (la magnifique « Paris May »). Voilà le genre d'album que pourraient graver Trent Reznor et Maynard James Keenan s'il leur prenait un jour l'idée folle de faire un disque piano/voix. Ce risque Rémi et Matthieu l'ont pris et la récompense est à la hauteur. Bien plus qu'une simple curiosité, une réussite éclatante.

jeudi 22 septembre 2016

Alister : « Mouvement Perpétuel »



Manière de Dandy égaré au 21ème siècle, Alister reprend à son compte l'héritage de la pop française, délaissé par une pléthore de groupes, trop occupés à baragouiner dans un anglais approximatif. Alister, donc, sort son troisième album et il s'intitule « Mouvement perpétuel », comme une sorte de métaphore de l'histoire de la musique populaire, dans un mouvement en perpétuel renouvellement où tout se recycle, il y a toujours un fantôme qui traîne, une mélodie qui en rappelle une autre. En l'espèce, Alister s'en sort bien. Très bien même. La production est soignée aux petits oignons, les arrangements, audacieux, picorent dans le catalogue des musiques populaires, un peu rock (« Fils de »), beaucoup de pop, de la chanson au piano (« Les filles entre elles », "Philoscaline") et même un soupçon de disco (ne fuyez pas!) sur « Avant/après ». Rythmiquement parlant, la chose est très solide, sur des tempi plutôt élevés, portés par une basse énorme (instrument qui est finalement mis plus en avant que la guitare) et entretient un contraste assez intéressant avec le chant, traînant, détaché et légèrement nasillard, quelque part entre Gainsbourg et Bashung. Un décalage que l'on retrouve entre le fond et la forme, dans cette manière détachée de balancer des paroles piquantes et bien senties (« Fils de », « Je travaille pour un con »). C'est à la fois subtil et percutant. Avec « Granny smith » Alister nous offre une ode, un poème d'amour à la pomme, le genre de chanson décalée et rafraîchissante que l'on entend plus guère de nos jours. Mais c'est dans ses moments les plus baroques et psychédéliques que l'album finît par nous séduire pour de bon, la magnifique « Cathédrale » (d'obédience Polnareff) ou « Honni soit qui mal y pense » (qui rappelle plutôt Gainsbourg). Un disque de haute tenue.
En concert les 27/09 et 11/10 à Paris (Les Trois Baudets).

Fantastic Negrito, Petit Bain, 20 septembre 2016.



On avait eu, il y a quelques semaines de cela, l'occasion de s'extasier sur le premier album, terriblement classe de Fantastic Negrito. L'artiste vient de prendre une toute nouvelle ampleur à nos oreilles après sa prestation dévastatrice sur la scène du Petit Bain. Cela commence par un riff de guitare ravageur, soutenu par une nappe d'orgue gorgée de groove, ce dernier élément souligné par une batterie d'une puissance incroyable mais au swing hors pair. Et puis il y a Xavier, le chanteur, follement charismatique, aux pas de danse extatiques, qui ravit le public des anecdotes héritées de sa vie passée (visiblement il a trempé dans des trafics un poil louches) mais qui n'a également de cesse d'alerter le public sur la violence latente pourrissant la vie de ses concitoyens étasuniens. De la musique avec une conscience, la définition même de la soul. Transcendant les genres musicaux auxquels il s'attache, Fantastic Negrito pratique un explosif cocktail à base de groove et de puissance. Le genre de mélange à mi chemin du rock garage, du blues et de la soul (avec un soupçon de hip hop dans les rythmiques) que l'on associe généralement à la scène garage, on pense à des groupes comme les BellRays ou les Dirtbombs. Une claque musicale longue d'une heure et demie. Et le public qui balance les bras en rythme et applaudit à tout rompre. Ne vous y trompez pas, il s'agit d'une révélation scénique majeure.

dimanche 18 septembre 2016

Nick Waterhouse : « Never Twice »



Le titre « Never twice » peut laisser supposer que Nick Waterhouse est décidé à ne jamais refaire deux fois le même album. Pour autant, ce troisième effort ne déstabilisera pas les fans de Nick. On pourrait même parler de retour aux sources, ce nouvel album marquant les retrouvailles avec Michael McHugh, le producteur de ses débuts. Toujours fidèle à ce son vintage qu'il aime tant, ce nouveau disque marque cependant une nouvelle étape dans la carrière de Nick Waterhouse, creusant encore un peu plus profondément le sillon rétro. Délaissant (un peu) la soul et le rhythm n'blues de ses débuts (« The Old Place »), Waterhouse élargit son spectre sur ce nouveau disque s'ouvrant à de nouvelles inspirations venues du jazz (on note les participations du flûtiste Bob Kenmotsu et du saxophoniste Ralph Carney) ; de l'art d'innover en restant fidèle à soi-même. Ludique, l'album multiplie les clins d’œil (« It's time » rappelle « Love letters » de Metronomy, « Tracy » sonnant comme du Ray Charles). Le résultat est somptueux, très riche (à l'image des huit minutes aventureuses de « Stanyan Street », l'instrumental « Lucky Once »), et pratique un swing ouaté, nourri aux percussions latines, avec élégance. Un album nocturne, idéal pour les longues soirées de l'hiver…
Sortie le 30 septembre


vendredi 16 septembre 2016

Desert Mountain Tribe, l'Alimentation Générale, 15 septembre 2016.



C'était le petit événement du jour pour tous les fans de rock psyché, Desert Mountain Tribe a joué à Paris et cela s'est passé dans le petit bar de l'alimentation générale. On avait déjà dit (par ici) tout le bien que l'on pensait du premier album du groupe, un des plus puissants venu d'Angleterre depuis bien longtemps. Sur scène le trio ne perd rien de cette proverbiale puissance et réussit, à trois seulement, à couvrir un large spectre d'émotions. La musique est ainsi faite, de montées en puissance, suivies de descentes vertigineuses, d'arpèges délicats auxquels succèdent des attaques féroces de guitare. La basse est tenue par Philipp, et derrière son air emprunté, gauche, son instrument joue un rôle prépondérant. A travers le filtre de nombreux effets fuzz, Philipp réussit à donner l'illusion d'une deuxième guitare (un peu comme chez Royal Blood) qui, mélangée à la vraie guitare de Jonety, bâtit un impressionnant mur du son. Derrière sa batterie, Felix, l'air de ne jamais vraiment se départir de sa rigueur toute germanique, tient la baraque d'une main de fer, les temps sont appuyés, creusés au maximum, ponctués de descentes et de breaks. A ce niveau là, la transe n'est jamais bien loin. Ce groupe mériterait amplement de sortir du circuit confidentiel des bars pour s'attaquer à de plus grosses scènes. Ils en sont largement capables. Et c'est là tout le mal qu'on leur souhaite.


jeudi 15 septembre 2016

The Fleshtones : « The band drinks for free »




Véritable institution du rock underground US, The Fleshtones est de retour… Avec un 21ème album ! A ce jour, le groupe fait figure d'exception. Depuis leurs débuts en 1976, ils n'ont jamais cessé de jouer, de tourner, d'enregistrer, même lorsque le chanteur Peter Zaremba officiait sur MTV comme présentateur de l'émission « Cutting Edge » durant les 80s. Pas une année blanche en 40 ans de carrière, ça force le respect ! Sans hit majeur à son répertoire, les Fleshtones ont passé leur carrière loin des spotlights de la gloire, sans jamais décrocher la timbale auprès du grand public tout en gagnant le respect de leurs confrères. Des musicians's musicians, ayant influencé une pléthore d'autres groupes. Ils sont encore là, dans une forme éclatante, leur fans, peu nombreux mais loyaux, accrochés à leur basques. Ils ont survécu à tout, à la fermeture du CBGB (où ils ont débuté), au 11 septembre 2001 (ils sont parmi les derniers groupes à avoir jouer au Windows on the world, le restaurant qui était situé au dernier étage du world trade center). Avec un tel passé rock n'roll, il ne faut pas s'attendre à une grande révolution musicale. Aujourd'hui, ils seraient plutôt du genre à adopter une posture tournée vers le passé, reprenant Ten Years After ou lançant une petite pique à Rick Wakeman (le clavier de Yes). Le groupe possède son savoir-faire, sa manière de sonner qu'il répète à l'envie depuis les seventies. Le véritable miracle étant de toujours faire, peu ou prou, le même disque tout en gardant fraîcheur et enthousiasme pour finalement ne jamais lasser l'auditeur. On retrouve donc ici toutes les qualités qui ont fait des Fleshtones un de nos groupes fétiches : orgues acides, guitares sur-vitanimées, influences venues du blues, de la soul, du rock n'roll et un soupçon de power pop plus affirmé que par le passé, moins brut de décoffrage (« How to make a day »). A noter avant de finir la participation, judicieuse, de Lisa Kekaula, la chanteuse de nos BellRays adorés, sur la relecture de « Love like a man » (Ten Years After). Avec son nouvel album, attachant sans être majeur, sous le bras, le groupe a bien mérité de boire des coups gratuitement !

mercredi 14 septembre 2016

Spring King : « Tell me if you like to »



Après des années à se débattre dans les affres du « Do it yourself », les Mancuniens de Spring King sortent un premier album aux antipodes de la tradition musicale (Joy Division, Smiths, Stone Roses, Oasis) séculaire de la vénérable cité du nord de l'Angleterre. En effet, ce premier effort est avant tout une affaire d'équilibre, celui délicat sur lequel repose leur musique, au croisement de la pop et du rock garage assez enlevé, pratiquant une sorte de pop déglinguée jouée à 200 à l'heure, le pied au plancher avec réussite : le morceau titre "Tell me if you like to" se révélant même franchement addictif. L'album démarre sur une note urbaine, les potards à fond dans le rouge, avec un « City » suivi d'un « Detroit » aux guitares dévastatrices. Force est de constater que tout au long de ces dix plages, la tension ne retombe jamais vraiment, même les moments plus apaisés (« It's so dark / Take me away») brûlent d'un feu intérieur menaçant de s'embraser à tout instant. C'est finalement les paroles qui relient Spring King à Manchester, renouant avec une certaine mélancolie propre à cette ville du nord de l'Angleterre (Smiths, Joy Division) contrastant avec les mélodies plutôt festives. C'est une belle découverte.
En concert le 30 septembre au Point Éphémère.

mardi 13 septembre 2016

The Computers : « Birth/Death »



« Je crois que je suis arrivé en ce monde un peu triste », ainsi commence ce nouvel album des Computers sur une note gospel légèrement dramatique. « Birth/Death » puisque c'est ainsi que se nomme ce nouvel effort comme la naissance d'un nouveau groupe découlant de la disparition de l'ancien. C'est un nouveau départ pour les anglais qui n'ont plus peur d'aborder des thèmes plus sombres, comme, par exemple, un réveillon en solitaire (« NYE ») : tu voulais connaître les nouvelles, t'as le blues (« Want the news, here's the blues »)! Musicalement, les influences du rock n'roll, des années 50, s'effacent peu à peu au profit d'une nouvelle approche : un peu moins de piano, des beats nouveaux (« Mother »), c'est toute la dynamique qui animait jusqu'à présent les Computers qui est remise en cause avec ce nouveau disque. Qui aurait pu imaginer un titre comme « God only knows » ? Le quintet n'a pas eu peur de tout rénover du sol au plafond, mais, cependant, la rage qui anime le groupe est toujours intacte mais s'exprime différemment (« This ain't right »). Pas dénué d'intérêt, « Birth/Death » a ses bons moments (« Pound for pound », « Crucifixed on you ») mais « Love Triangles, Hate Squares » reste notre album préféré des Computers et quelque chose nous dit que cela n'est pas près de changer…


dimanche 11 septembre 2016

The Jayhawks + Joana Serrat, Le divan du monde, 9 septembre 2016.



On commence par souligner la prestance de la jeune Joana Serrat, artiste Catalane, originaire de Barcelone que l'on a pu admirer en première partie. Seule avec sa guitare en main, Joana nous a fait voyager le long de routes imaginaires, sur un mode tantôt mélancolique, cordes arpégées, tantôt sur une dynamique plus enlevée les cordes frappées à pleines mains. Visiblement un peu impressionnée par le lieu, son harmonica a failli tomber en plein morceau, la pauvre en était toute contrite, Joana nous a ravit, une petite demi-heure durant, par la variété de paysages qu'évoque sa musique nerveuse et rêveuse à la fois. Tout chez elle est suggéré plutôt que violemment affirmé et se joue sur la retenue. Si les fantômes du passé ne rôdent jamais bien loin, Joana ne recycle pas le folk sixties à l'envie pour autant et réussit à exprimer des émotions personnelles par le biais de sa guitare. Un beau moment et un jeune talent à suivre…

Le show commence avec l'enregistrement du carillon d'une église. « Ce sont les cloches juste sous ma fenêtre à Minneapolis » affirme le chanteur Gary Louris. Les Jayhawks et la France, c'est une histoire en pointillés, la chronique d'une romance ratée tout simplement par ce que les Jayhawks sont très rarement venus nous voir (on a retrouvé les traces de passages au Hot Brass, l'actuel Trabendo, en 1995 et à la boule noire en 2000). Les occasions de voir ce groupe en concert en France étant extrêmement rares autant dire que la prestation du soir revêt un caractère exceptionnel… C'est donc tout ébahis et les yeux grands ouverts que l'on a admiré pendant près de deux heures ce groupe fantastique. En effet les Jayhawks sont avant tout un assemblage d'excellents musiciens, le bassiste Marc Perlman en particulier nous a impressionnés par son sens du placement, le groove inné de ses lignes et la puissance avec lesquelles ces dernières sont délivrées. Le batteur Tim O'Reagan possède un art de la descente à l'avenant : cette section rythmique pratique un swing puissant à toute épreuve !

Lorsqu'on évoque les Jayhawks et ce style de country/rock/folk, les clichés abondent sans tarder, il est alors question de ruralité, de CSN, bla bla bla... Très clairement, les Jayhawks boxent dans une toute autre catégorie. Bien loin d'être de simples revivalistes, le quintet mené par Gary Louris transcende les traditions en injectant une bonne dose de modernité noisy (tout à fait étonnante) dans ses guitares, à la limite du showgaze expérimental, tout en restant fidèles au format chanson. Idem pour les claviers, dont les boucles sont utilisées avec à propos, évitant toute surenchère, toujours à bon escient : c'est fort ! Comme le disait Gary Louris : « On devrait revenir plus souvent ! »...


samedi 10 septembre 2016

Hildebrandt : « Les Animals »



Pas tout à fait un nouveau venu, (Wilfried) Hildebrandt a sorti trois albums avec son groupe COUP d'MARRON avant de se lancer en solo. De son groupe Wilfried a gardé un certaine appétence pour le verbe, l'écriture dans la langue de Voltaire ce qui ne manque pas de le placer comme un héritier, ou plutôt un nouveau héros de la chanson française dépoussiérée.

Si la pochette un brin rétro, sur laquelle il trône tel un Lee Hazlewood, évoque celle d'un vieux vinyle, la musique d'Hildebrandt se joue de tous les clichés généralement associé au « vintage ». De re-création il n'est point question ici. Il s'agirait plutôt de réinventer la chanson (cf. « Gracias »). Mélanger le verbe en français à un habillage musical savamment étudié, à la fois synthétique et organique (voire acoustique cf. « C'est jamais loin »), mettant sur un pied d'égalité une guitare nerveuse et entraînante (« Les animals », la meilleure du lot) et des arrangements hérités de la scène électro (« Vos Gueules »), sans jamais se départir du format chanson, se situant à l'exact croisement du rock, de la pop et de la chanson. Une belle réussite.

vendredi 9 septembre 2016

Joana Serrat : « Cross the Verse »



Jeune talent, Joana Serrat s'exprime dans un idiome bien éloigné de sa Catalogne natale, que l'on résume par le terme d'Americana, majoritairement acoustique, entre folk et country. Autant de genres auxquels elle apporte sa sensibilité européenne donnant sa propre version de la chose, (cf. « I saw you », « I Follow you child »), délicate (cf. « Saskatoon », « Cloudy hearts ») et parfois colorée de teintes sombres et fantomatiques (« Lonely hearts Reverd », qui ouvre l'album sur une note dark pas forcément représentative). Ailleurs, ce ne sont que guitares arpégées avec soin et bottelneck glissés avec précision (« Flags », "Solitary Road") parfois rehaussé d'une envolée pop aux guitares nerveuses (« Tug of war »). Enregistré à Montréal avec l'aide précieuse d'Howard Bilerman (un ex d'Arcade Fire) ce troisième album rappelle un chef d’œuvre du folk/rock Canadien « The trinity session » des Cowboy Junkies (1988) reprenant à son compte la lenteur assumée, l'hiératisme conférant un caractère sacré à ce disque. Avec ce nouvel effort Joana Serrat assume sans complexe l'héritage des filles à guitare, ajoutant une nouvelle lignée à cette tradition entamée dans les années 1960. C'est une belle découverte.
https://www.facebook.com/JoanaSerrat
https://twitter.com/joanaserrat
En concert le 09 septembre à Paris (Divan du Monde, première partie des Jayhawks)

jeudi 8 septembre 2016

The Jayhawks : « Paging Mr. Proust »



Longtemps les Jayhawks ont été le groupe d'une hydre à deux têtes, Mark Olson et Gary Louris. Leur musique était le résultat d'une magnifique complémentarité, un guitariste acoustique/harmoniciste d'un côté (Olson) et un autre guitariste, au son électrique et furieux de l'autre (Louris). Entre délicatesse folk et fulgurances fuzz, la musique des Jayhawks offrait un panorama à 360° de tout ce que l'on aime dans le rock étasunien, l'album « Hollywood town hall » (1992) faisant office de chef d’œuvre, un peu oublié de nos jours. Puis Olson est parti, revenu, reparti. Le groupe s'est séparé, rabiboché, trente ans après leurs débuts, les Jayhawks sont toujours là, sous la férule du seul Louris. Même amputé de son co-fondateur (l'historique bassiste Marc Perlman est par contre toujours là, lui) les Jayhawks sont toujours capables de très beaux moments de musique. Seul à la manœuvre, Louris emmène le groupe sur un terrain différent mais similaire. Les influences country et folk s'effacent peu à peu ("The devil is in her eyes" ressemble toutefois au Jayhawks d'avant) au profit d'une démarche plus ouvertement rock voire indie (« Lost the summer »), un apport de Peter Buck (ex-REM) qui a co-produit le disque ? Ailleurs (« Leaving the monster behind », « Pretty roses in your hair ») le groupe évoque toujours les grands espaces et la route empruntant une voie hybride entre pop et americana (« Isabel's daughter », l'étonnante « Ace » délicatement noise). A la fois novateur et fidèle à leur tradition, les Jayhawks sont de retour avec un chef d’œuvre de plus. On n'en attendait pas moins de ce groupe, une valeur sûre établie depuis de longues années…
En concert le 9 septembre à Paris (Divan du monde)

Interview avec Vincent Delsupexhe (Tennessee Paris)








Le 15 septembre prochain est à marquer d'une pierre blanche. En effet, ce jour verra l'ouverture d'un nouveau lieu consacré au blues. Voici quelques questions posées à Vincent Delsupexhe, Co-fondateur du Blues Rules Crissier Festival, président de l'association Blues Rules France, et D.A. bénévole de ce nouveau Blues Club de Paris, le Tennessee Paris


Quelles sont vos motivations pour ouvrir un bar blues à Paris, pensez-vous combler un manque ? 
Vincent Delsupexhe : Ouvrir un bar à Paris était le souhait de Jim (Halimi, Propriétaire du Tennessee Paris depuis juillet 2016, manager du Pub Great Canadian depuis 10 ans, ndlr) depuis longtemps, puis il y a eu cette opportunité de reprendre le Tennessee Jazz Club, ancienne belle scène du quartier latin depuis 1989 malheureusement tombant dans l'oubli...

Quant à moi (Vincent) je souhaitais depuis longtemps pouvoir promouvoir à Paris la musique live (surtout le Blues), sans vraiment savoir comment, ni où.

Comment les choses se sont-elles décidées ? 
VD : Après une visite des lieux et malgré la masse de travaux à apporter, Jim décide que ce sera là, son bar !

Et parce que nos enfants fréquentaient la même crèche on a discuté de tout, de rien, de nos métiers et passions respectifs et il m'a parlé de ce projet, m'a demandé si je pouvais lui donner un coup de main pour refaire vivre la scène et le challenge m'a plu !

Quelles sont vos ambitions pour ce nouveau lieu ? 
VD : Sur un plan purement artistique, j'aimerai que l'esprit du lieu soit le même que celui du festival Blues Rules que j'ai monté il y a 7 ans avec Thomas (Lécuyer, ndlr) en Suisse. Un endroit où viennent jouer des musiciens talentueux qui ne passent pas à la radio, qui sont boudés par les gros festivals, qui tournent de bar en bar, qui jouent pour les gens... Bref un lieu de rencontres et de découvertes.

L'idée serait aussi d'accueillir des musiciens de plus grande renommée, faire des after-show accoustique après leur concerts dans les grandes salles parisiennes, prêter le lieu les après-midis (et les soirées) pour des mini-showcase, des interviews sorties des chambres d'hôtel...
Etre un lieu mis à disposition pour des cours de musique collectifs...

Accueillir deux fois par semaine un Stand up 100% in English "Explicit French" à partir du 26 septembre, tous les lundi à 19h et les vendredi à 20h30.

Etre un lieu pour les familles où les dimanche la salle du bas serait réservée aux enfants, et pourquoi pas y faire des activités artistiques !

Mais avant tout être le Blues Club de Paris !

Pouvez-vous nous décrire l'endroit ? 
VD : Le lieu est sur 2 niveaux, une salle en rez-de-chaussée avec un long comptoir, des coins cosy et une grande table centrale, pouvant accueillir 80 personnes qui est restée ouverte durant tous les travaux cet été, et en sous-sol la scène dans une salle pouvant accueillir un peu plus de 50 personnes, qui elle ouvrira le jeudi 15 septembre pour notre première soirée, avec Rene Miller et Johnny Montreuil.

On a voulu ce lieu sans trop de fioritures, simple comme un bar de Nashville, les néons Coors en moins. Un Dive bar où l'on se sent à l'aise.

Et puis, cette pompe à bière en forme de Fender, c'est quand même classe !

Pensez-vous vous ouvrir à d'autres styles de musiques annexes (rock n'roll, soul etc...) ? 
VD : Le Blues a ouvert d'autres styles de musique ! La célèbre phrase de Willie Dixon "The Blues are the roots, the rest are the fruits*" en est la meilleure explication.

Donc au Tennessee Paris on ne sera pas sectaire, vous aurez du Blues bien roots, mais aussi du Old Time, du Rock, de la Folk (un peu), du Bluegrass et du Hillbilly, éventuellement du Jazz, sans oublier des courant plus récents dérivés eux aussi du Blues avec du Stoner soft ou du Blunk pas trop appuyé... sans oublier des DJ vinyls mixant des vrais tubes de blues et rock ! bref on va essayer de faire ce qui est fait depuis 2010 au Blues Rules : un lieu de découvertes musicales autour du Blues.

Donc au programme, au moins 3 concerts gratuits par semaine, de 20h30 à 23h, et pour le mois de septembre ça donne :

Jeudi 15 : Great opening! avec Rene Miller + Johnny Montreuil

Lundi 19 : The Cuckoo Sisters (Old Time & Hillbilly)

Mardi 20 : Steve Tallis (Blues Shaman Australian Griot)

Mercredi 21 : Dr. David Evans (Downhome Blues from Memphis)

Vendredi 23 : Tarq Bowen (Rhythm & Blues - UK)

Lundi 26 : The Dad Horse Experience (Keller Gospel)

Mardi 27 : BlackGrass (Cabaret rock & Garage jazz)

Mercredi 28 : Yom From Mars (Blues & Rock)

Voilà pour septembre, et octobre suivra le même rythme d'enfer ! (normal pour la musique du diable)

*"Le Blues est les racines, les autres musiques en sont les fruits"

Infos pratiques :
12, rue André Mazet, 75006 Paris - France
bar@tennessee.paris
Tél. : 01 71 50 45 83
Un grand merci à Vincent et à Nicolas Miliani ! Propos recueillis par email le 08 septembre 2016.

mercredi 7 septembre 2016

Mondo Generator + Bukowski + Loading Data, La Maroquinerie, 5 septembre 2016.




Des concerts à la maroquinerie, on en a vu un paquet au cours de ces dernières années. Mais en termes d'électricité, d'intensité et de décibels, il y a fort à parier que la soirée de lundi dernier reste dans les annales…

Loading Data

On commence avec une apparition miraculeuse, celle de Loading Data sur une scène parisienne, après plus d'un an de pause scènique. Auteur d'un album majeur (« Double disco animal style ») il y a trois ans, Loading Data est une machine bien rodée évoluant sur un équilibre subtil entre puissance d’exécution et finesse groove. Le jeu du batteur Robin résume à lui seul le son Loading Data entre force de frappe démentielle mais jamais dénuée de feeling, multipliant les descentes dans tous les sens sur les tomes. Le set est mené sur un train d'enfer, comme sur une highway traversant le désert, bien soutenu par une basse solide (la musicienne est de plus mimi comme un coeur) et par des guitares puissantes entre blues (un bottelneck fait une apparition sporadique) et métal, procurant une sensation d'hypnose rock ; il y a décidément quelque chose d'entêtant et d'hypnotique dans ce groupe. Et impossible de terminer sans évoquer le mystérieux chanteur, Lo, qui dorénavant se fait appeler Bible Jones. Grand (1,80 m facile sous la toise), carré d'épaules, impeccablement gominé, le visage taillé à la serpe, il y a chez lui quelque chose qui d'emblée vous laisse penser qu'il vaut mieux s'abstenir de faire le malin. Donnant l'impression d'avoir débarqué sur une moto vintage, une sorte de cow boy de la ville, Lo est, qui plus est, un  chanteur marquant doté d'un timbre inoubliable, grave et puissant, un véritable crooner rock. Une excellente formation que l'on espère revoir plus souvent sur scène. Hélas, il semblerait qu'aucune date ne soit prévue dans l'immédiat, rendant le concert du soir encore plus exceptionnel...

Lo, chanteur de Loading Data
A peine remis de nos émotions et voilà Bukowski qui déboule sur la petite scène de la maroquinerie. D'obédience skate/punk, il y a quelque chose de nostalgique dans ce groupe qui nous rappelle le début des années 2000. Carré, efficace mais pas foncièrement original, Bukowski reprend à son compte certaines formules éprouvées : faire asseoir le public par terre (on a fait la même chose à un concert d'Enhancer il y a des années) ou diviser le public de la fosse en deux pour que tout le monde se rentre dedans dans un pogo joyeusement bordélique (idem on faisait pareil avec Pleymo il y a bien longtemps). Cependant, on ne peut pas retirer à Bukowski son enthousiasme et sa sincérité à faire du boucan. Une formation attachante en dépit de toutes les grosses ficelles de sa musique.


Place pour finir au gros morceau de la soirée Mondo Generator, trio mené par le légendaire bassiste Nick Oliveri. Débuté au mitan des années 1990 comme un projet parallèle des Queens of the stone age, Mondo Generator a repris de l'importance dans la carrière d'Oliveri après son éviction de QOSTA. Continuant sa carrière dans un relatif anonymat (fini depuis belle lurette la couverture de rock n'folk) par rapport à ses ex-comparses, Nick Oliveri n'est pas à la recherche de respectabilité musicale contrairement à d'autres vieux potes (Dave Grohl). Non, non, Nick, lui, continue de gueuler dans le micro et de marteler ses quatre cordes sur les vieux tubes sur un mode plus punk que stoner. C'est à la fois la beauté de la chose, c'est grâce à des gens comme lui que le rock reste cette musique sauvage et dangeureuse, mais aussi sa limite…

lundi 5 septembre 2016

Pete Astor + Bill Pritchard, Le Petit Bain, 3 septembre 2016.


Bill Pritchard, Le Petit Bain, 3/09/2016 (c) Régis Gaudin

Pete Astor (ex-The Loft, ex-The Weather Prophets) et Bill Pritchard, deux songwriters, britanniques, de la même génération, celle des années 1980. C'est l'histoire de deux destins parallèles, celui d'un retour aux sources après une longue absence. C'est aussi une magnifique affiche pour débuter cette nouvelle saison de concerts. Pour son premier « vrai » concert depuis des lustres sur une scène parisienne, Bill Pritchard, très classe avec son chapeau doté d'une plume, se présente dans une formation trio assez inhabituelle comptant dans ses rangs son fidèle producteur Tim Bradshaw qui tient la basse avec sérieux et application et Mike Rhead (également présent sur l'album) à la guitare électrique (son clair), Bill se chargeant de la guitare acoustique et du chant. Ravissant ses plus anciens fans, Bill a régalé son public piochant sa setlist dans une sélection resserrée de quatre albums : « Three months, three weeks and two days » (1989, produit par Etienne Daho), « Jolie » (1991) et ses deux dernières sorties « A trip to the coast » et « Mother town hall ». Cette formation semi-acoustique fait ressortir la beauté intemporelle des chansons et des harmonies. Même si certains titres y perdent au change (« Vampire in New York » sans la couleur jazz qui fait tout son charme) d'autres y gagnent un éclat suranné propre à faire fondre les oreilles (« Saturn & Co » et ses harmonies vocales). Quel plaisir enfin de redécouvrir en live ces vieux titres : « Number five », la sexy/langoureuse « I'm in love forever », « We were lovers », « Tommy & Co », la mélancolique « Sometimes », « Romance sans paroles »… Et puisqu'on est à Paris, Bill ne pouvait pas quitter la scène sans un clin d'oeil au « good old » et regretté Daniel Darc, le temps d'un « Rien de toi » extrait de « Parce que » (album sorti en duo avec Daniel Darc en 1988). Un chouette moment de musique, hélas trop court, une petite heure qui passe trop vite, aussi charmant qu'une ballade dans un jardin anglais…
Bill Pritchard, Le Petit Bain, 3/09/2016 (c) Régis Gaudin
Un peu plus tard, Pete Astor, toujours svelte, a également ravi le public dans un style de pop plus électrique et proche du Velvet Underground, tout en dissonances, à la fois accessible et expérimental, entre passages calmes et brusques montées dans les décibels. La batteuse jouant debout sur un kit rudimentaire (une cymbale, un tome basse et une caisse claire), rappelant Maureen Tucker du VU. Une excellente soirée.

samedi 3 septembre 2016

Theo Lawrence & The Hearts



Ex-chanteur des Velvet Veins, Theo Lawrence est de retour, accompagné de son nouveau groupe The Hearts avec ce 45 tours inaugural. L'univers musical de Theo est en constante mutation à la fois fidèle à ce qui faisait le charme des Velvet Veins mais ouvert à de nouvelles sonorités plus orientées soul. L'objet est particulièrement classieux et produit avec grand soin, un subtil mélange de rock, blues et soul inspiré par les années 60 et 70 mais avec une dynamique contemporaine. La voix de Theo a également évoluée et laisse transparaître une petite cassure typiquement soul au fond de la gorge. Enfin, ce 45 tours est conceptuel, la face A « Heaven to me » est une histoire d'amour éternelle alors que la face B « All along » évoque une rupture. Belle maturité pour un artiste à la vingtaine à peine déflorée !

vendredi 2 septembre 2016

Loading Data : « Double Disco Animal Style »



Le temps a ceci de merveilleux, il fait remonter à la surface les jolies pépites alors que tant d'albums oubliables tombent justement aux oubliettes. Ce disque n'est pas récent, même s'il s'agit de la dernière sortie en date du groupe, il remonte à facilement trois ans, une éternité à l'échelle de l'industrie du disque, qui, tel un minotaure, n'a de cesse de lancer des nouveautés. Mais si on prend le temps de revenir sur cet album, c'est parce qu'il vaut le coup, croyez-moi, et dans un monde parfait, il serait même considéré comme un classique en devenir ; produit par Alain Johannes (Them Crooked Vultures) et pouvant se targuer de la participation de Nick Oliveri (ex Qotsa, Kyuss). A moitié Américain, à moitié Français, Loading Data est un sacré groupe, relativement rare qui plus est, formé en 1999, le groupe ne compte que trois albums dans sa discographie (celui-ci est le dernier en date), il n'en faut guère plus pour parler de "culte". La classification en serait le stoner, ce rock heavy venu du désert, mais la classification on s'en fiche un peu l'album est sacrément bon, c'est bien là l'essentiel. De fait, « Double disco animal style » respire la poussière, la chaleur écrasante, le soleil de plomb, ce disque est fait de l'asphalte dégoulinant sous la chaleur, le long d'une interminable ligne droite bordée de cactus. Du blues, le quatuor en garde le feeling, des cordes de guitares subtilement glissées pour mieux le pervertir ensuite à grands coups de watts dévastateurs (« Watt »). Toujours heavy, le groupe n'en oublie pas le groove, la section rythmique qui, tel le carburant faisant avancer la muscle car, envoie Loading Data dans la stratosphère, tout droit dans le mur du son. L'alliance entre le gros son et cette souplesse rythmique fait des miracles, le groove animant les premières plages (« Double disco animal style », « Give the rat a name ») est absolument terrible impossible de ne pas être scotché par cette batterie et ces guitares ravageant tout sur leur passage : « Gift », « Armaggedon » autant d'hymnes totalement imparables. Et puis il y a cette voix, caverneuse et comme venue d'outre-tombe, c'est celle du chanteur mystérieusement nommé Lo, digne d'un Tom Waits, un véritable crooner rock ténébreux prêchant au beau milieu du désert, se heurtant à un mur de guitares ; écoutez le éructer, répétant à l'envie « write your name in blood » pendant les dix minutes hypnotiques et hallucinantes de « On my heart »... Gentiment barré Loading Data parfume, en sus, son rock, sentant le pétrole, d'effluves psychédéliques baroques (« I'm not gonna take it », « Butterfly Shelf », « Round and round », « Midnight situation »). « Double disco animal style » qui s'annonce comme un sacré cocktail, tient toutes ses promesses. Un disque appelé à faire date par sa capacité à transcender les genres les plus codifiés. A écouter séance tenante pour quiconque aime le rock, le vrai.
En concert le 5 septembre à la Maroquinerie (Paris).


jeudi 1 septembre 2016

Shel : « Just Crazy enough »



Derrière l'acronyme SHEL se cache les initiales des quatre membres du groupe : Sarah, Hannah, Eva et Liza, quatre sœurs qui ont grandi dans un ancien camping abandonné transformé en ferme dans le Colorado. Une enfance teintée de bohème hippie que le quatuor a su transformer en musique. SHEL c'est avant tout un bouillon de créativité permanente qui ne se limite d'ailleurs pas uniquement à la musique puisqu'elles fabriquent elles-mêmes leur costume de scène. Quatre personnalités aussi fortes ne pouvaient pas se contenter à l'envi de répéter les mêmes formules toutes faîtes dans un sacro-saint respect du passé. Bien au contraire, Shel réussit à rendre hommage à ses influences (Beatles, Led Zeppelin, Harry Nilsson) tout en les transformant pour totalement se les réapproprier. Le résultat se traduit par un excellent album pop classique, intemporel mais contemporain accrochant l'oreille sans peine (cf. « You could be my baby », « Let me do ») parfaitement mis en sons par le maître Dave Stewart. Ah oui, surtout, n'oubliez pas d'écouter leur reprise d' « Enter Sandman » (Metallica), on ne vous en dit pas plus mais vous n'êtes pas au bout de vos surprises…

mercredi 31 août 2016

Rock en Seine 2016

Une chaleur accablante (c) Victor Picon

Vendredi 26 Août.

Déjà six ans que l'on parcours en long, en large et en travers le parc de Saint-Cloud à la fin de l'été. La rentrée est déjà là et Rock en Seine aussi, sous une soleil de plomb et une chaleur accablante…

Two Door Cinema Club (c) Victor Picon

Theo Lawrence & The Hearts (c) Olivier Hoffschir
The Strumbellas (c) Olivier Hoffschir
Brian Jonestown Massacre (c) Olivier Hoffschir

Brian Jonestown Massacre (c) Olivier Hoffschir
Jack Garratt (c) Olivier Hoffschir
On commence par des retrouvailles avec une vieille connaissance Theo Lawrence and the Hearts, que l'on avait découvert ici même avec son ancien groupe, les Velvet Veins, qui ont d'ailleurs joué leur dernier concert à Rock en Seine, sur la scène Île-de-France. C'était il y a deux ans et depuis, Theo a pris le temps de laisser mûrir son nouveau projet. Résultat, c'est avec l'aplomb d'un vieux briscard que Theo, toujours très classe, cheveux parfaitement gominés et chemisette à carreaux, a pris possession de la scène de l'industrie. L'artiste a évolué dans l'intervalle, on retrouve ses influences blues/rock 60s qui désormais se parent de nouvelles couleurs issues de la soul. La voix de Theo s'est également métamorphosée entre-temps. Une prestation très classieuse, hélas polluée par des problèmes de sons et une présence trop imposante de la basse qui a tendance à avaler toutes les autres fréquences (hélas ça ne sera pas la dernière fois du week-end, une conséquence de la canicule). On continue par un petit saut de puce en direction de la scène pression live pour découvrir The Strumbellas, une formation Canadienne assez nombreuse pratiquant un folk choral post-hippie. La présence du violon ajoute une note originale évoquant tour à tour la country ou le folk celtique. Assez plaisant… On continue dans cette veine post-hippie avec nos héros Brian Jonestown Massacre. Et désolé de le dire mais il s'agît là du plus mauvais concert donné par la troupe menée par Anton Newcombe (on en a vu un certain nombre) qu'il nous ai hélas été donné de voir. Pire encore, le groupe n'y est absolument pour rien. Mais on retrouve les problèmes de son évoqués plus avant, une présence trop forte de la basse, avalant toutes les fréquences. Dès que ce pauvre bassiste à la malheur de frôler une corde on n'entends plus rien, un véritable massacre (c'est le cas de le dire). Le même problème se reproduit avec la batterie (la grosse caisse et le tome basse). Une véritable cacophonie. On s'étonne encore qu'Anton Newcombe, pourtant coutumier du fait, n'ait pas piqué une crise de nerfs. On l'a déjà vu péter les plombs pour moins que cela… Faisons ensuite connaissance avec un véritable équilibriste du son Jack Garratt, un one-man-band d'un genre particulier entre pop et électro. Un main sur le synthé, l'autre sur la batterie Jack fait tout absolument tout seul et surtout, sait communiquer son enthousiasme avec le public ! L'apparition sporadique d'une guitare, jouée également par ses soins, ajoute une note heavy voire bluesy aussi étonnante dans ce contexte que bienvenue. Sa voix tirant plutôt vers la soul Jack mélange les influences pour un résultat autant unique que personnel. Rafraîchissant. On termine cette première journée avec Two Door Cinema Club. Le concert nous confirme ce que l'on savait déjà, les Irlandais sont nettement plus impressionnants sur scène que sur disque, les partis-pris de production très FM 80s ayant tendance à gommer leur agressivité naturelle. Le groupe trouve son équilibre entre synthés, datés, et un son de guitare personnel qui a fait leur fortune (cf. leur synchro très connu dans la pub). Le groupe a trouvé sa formule et la répète à l'envi, les nouvelles compositions jouées ce soir (le nouvel album sort en octobre) ne faisant que confirmer cet état de fait. Efficace à défaut d'être surprenant.

(c) Victor Picon

Kaviar Special (c) Olivier Hoffschir

La Femme (c) Christophe Crénel
L7 (c) Olivier Hoffschir
L7 (c) Olivier Hoffschir

Samedi 27 Août.

On commence la journée avec une grosse pensée pour Sharon Jones & The Dap-Kings qu'hélas on n'applaudira pas cette année après l'annulation pour raison de santé… L'après-midi débute par un énorme coup de cœur pour les Rennais de Kaviar Special. Leur prestation rageuse entre rock, garage, psyché et surf a réussi à créer l'illusion d'une plage en pleine banlieue parisienne. Il n'en faut pas plus pour s'attirer les vivas d'un public nombreux en plein cagnard. Enjouée, avec ce délicat équilibre entre swing rythmique et gros son, la prestation du groupe a durablement marqué les oreilles de votre serviteur. Excellent ! Ce soir La Femme vous donne du plaisir… Rassurez-vous, vous êtes bien à la bonne adresse, La Femme (de Biarritz) étant le groupe le plus bigarré du week-end, chevelure arc-en-ciel, bretelles tricolores, ce genre de choses. Un univers décalé et coloré qui se prolonge au niveau du son, la formation prenant un malin plaisir à brouiller les pistes entre surf music, new wave et électro-psychédélisme… Il faut imaginer quelque chose comme « Rebop » (Marie et les Garçons) repris par les Challengers (ou inversement), porté par un équilibre fragile entre les trois synthés et une guitare aux interventions sporadiques mais judicieuses. Une chose est sûre La Femme va à tout les coups nous donner beaucoup de plaisir pour de nombreuses soirées encore… Leur deuxième album sort ces jours-ci et on est curieux de l'écouter… C'était le rendez-vous immanquable pour tous les kids des 90s biberonnés au grunge : L7 est de retour ! Pionnières du mouvement riot girls, le quatuor de punkettes vieillit bien, toujours aussi abrasif après quelque trente années de carrière. On a bien kiffé (comprendre headbanggé) : c'était l'heure nostalgique du week-end ! Réservée aux groupes locaux en développement, la scène Ile-de-France, un chapiteau reproduisant le décor d'une salle de concert, a été le théâtre de nombreuses surprises ces dernières années (Marietta, Velvet Veins, Blackfeet Revolution etc.). Et encore une fois c'était là qu'il fallait être pour avoir sa dose de rock n'roll ! Le groupe s'appelle The Psychotic Monks et on avait déjà évoqué deux de leurs Eps auparavant. Entre les mains, jeunes mais expertes, des Psychotic Monks le rock n'roll devient cette matière éruptive, une boule de feu explosive prête à vous brûler les tympans et le reste. La petite demi-heure passe trop vite, en forme de grand huit, faîte de hauts et de bas, de passages calmes et aériens et de crashs spectaculaires, les yeux révulsés, les cheveux en pagaille. Un grand moment !

Blues Pills (c) Olivier Hoffschir
Kevin Morby (c) Olivier Hoffschir
Gregory Porter (c) Olivier Hoffschir

Gregory Porter (c) Olivier Hoffschir
Iggy Pop (c) Olivier Hoffschir


Dimanche 29 Août.


En bon fan de rock on attendait le moment avec impatience, la venue, toujours assez rare de Blues Pills en dépit de la présence de l'excellent guitariste français Dorian Sorriaux au sein de la formation. Entre psyché et hard rock, marqué par les sixties, Led Zeppelin n'est jamais bien loin, Blues Pills est l'un des meilleurs groupes dans le genre à l'heure actuelle (avec les Rival Sons) dont on parle hélas assez peu. La musicalité du groupe est extrême, la virtuosité à l'avenant, entre attaques de guitare et séquences planantes au clavier. L'audience est sous le charme de la chanteuse Elin Larsson, les pieds nus, et de sa combinaison moulante. On prend ensuite nos quartiers sur la scène de la cascade ou nous attend Kevin Morby, une magnifique plume entre pop et folk, excellent songwriter, héritier de Dylan. Afin de rendre le set live plus dynamique, Kevin et son quatuor optent pour une option électrique ce qui ne change pas fondamentalement la donne ni le pouvoir d'attraction de sa musique. Extrêmement bien écrite, ses chansons prennent la forme de petits bijoux indémodables gageons que sa musique vieillira bien. Vint ensuite l'heure de retrouver une présence étonnante en ces lieux, celle du jazzman Gregory Porter, mais un peu de swing ne fait jamais de mal. Saxophone, piano, autant d'instruments que l'on a peu eu l'occasion d'entendre ce week-end et qui font tous le sel de la musique de Gregory Porter. Showman né et chanteur au timbre impressionnant de puissance, Porter aurait dû nous combler si son set n'avait pas été pollué par ces problèmes récurrents de sonorisation de la contrebasse. Cette dernière avalant toutes les fréquences et transformant la musique, pourtant oh combien subtile et délicate de Porter, en imbuvable cacophonie. Une belle occasion de ratée, on enrage… Dernier survivant, qui l'eut crû, du trio formé avec Lou Reed et David Bowie, Iggy Pop a toujours la pêche et une furieuse envie d'en découdre. Revisitant avec panache sa carrière avec les Stooges (« I wanna be your dog » en ouverture) ou en solo (« Lust for life », « The Passenger ») Iggy devient une sorte de créature, animal rock sur qui le temps n'a pas de prise. Les compositions n'ont pas pris une ride et sont délivrées avec autant de patate qu'au premier jour. Enfin du moins au début du show. Toujours excentrique et prince du second degré Iggy multiplie les mimiques sur l'avancée de scène avec une fraîcheur qui fait plaisir : « S'il vous plaît la sécurité laissez-là monter sur scène »… En revanche se produire torse nu à son age semble au-delà du raisonnable… Mais tentez donc de faire entendre raison à Iggy… Un seul regret, le répertoire de son excellent dernier album (« Post pop depression ») est un peu délaissé au profit des vieux tubes. Dommage même si on est toujours heureux de réécouter ces grands classiques indémodables...

(c) Christophe Crénel

dimanche 28 août 2016

Chuck Sperry de retour en France

 

Cela devient une bonne habitude, tous les ans au mois de septembre, Chuck Sperry est de retour en France ! Avec de nouvelles sérigraphies (sur papier et sur bois) sous le bras, le véritable héritier de la scène psychédélique des sixties, inspiré par l'art nouveau et les poster rock psyché des années 1960, exposera à la galerie l’œil ouvert du 15 septembre au 2 octobre.
http://www.loeilouvert.com/artiste/chuck-sperry
https://www.facebook.com/events/1785768444972259/

L’œil ouvert Marais - 74, rue François Miron - 75004 Paris - Métro St-Paul

L’œil ouvert République - 1, rue Lucien Sampaix - 75010 Paris - Métro République / Jacques Bonsergent

Interview with Bill Pritchard




This is your second record after a long break away from music and i think something has changed in your music in-between…
Bill Pritchard : I think that basically i came back to what i like to do which is guitar based pop using real instruments that i like and that evokes memories. We used real piano, horns and getting away from anything synthsized or electronic. It's very important.

Was that an input from your producer Tim Bradshaw on your music ?
BP : I've known Tim for a very long time. I needed somebody to translate my musical ideas into music. I would write the songs, get the bare bones of the songs. The skeleton. And he would dress the whole thing with skin. I suggest thing. For « Saturn & Co » i told him i wanted to sound mid-sixties B-Side Brigitte Bardot. That sort of thing. And then he goes, i understand that, let's do it ! I can do it.

Like « A trip to the coast », the new album is released on the Tapete Records label which happens to have an impressive roster of 80s songwriters. Lloyd Cole, Robert Forster...
BP : Yes, a big collection of them (smile).

How did you got in touch with that label ?
BP : I played a gig in France, and Vincent Lemarchand, a bass player in the band with me, asked me if i've got any stuff recorded. He has all my old albums. He listened to some demos made with Tim and some friends and he told me you've got to have this released. So i thought about it. A german fan suggested Tapete Records so i got in touch with them. The first label i've approached and they said yes. That is very rare (smile). Fantastic.

Funny thing is you often sings about France, songs like « Paname », « Mont Saint Michel », but you don't sing in French much…
BP : « Mont Saint Michel », i was there with my family. I was suddenly going through a bleak period in my life. That happens sometimes in life, you know. So i was there and it felt fantastic. Suddenly it all made sense to me. That's why the song is there. Interestingly i did a tour in Germany recently and i played « Rien de toi », a song from « Parce que » wrote by Daniel Darc. I've been singing that in french really enjoying it and i got good reactions. In Germany ! It's really strange. I did « Tout Seul » on « A trip to the coast ». The origin is a song by an American band from the 60s The Fugs. « Morning morning ». A french Canadian Richard Drouet wrote a french version, in the early sevneties and he brought this beautiful lyrics to it. I loved it so we did our version of it.


« Vampire in New York » has a very surprising jazz angle, almost New Orleans…
BP : I loved New Orleans jazz, Dr John, i love all that stuff. I've played with him once ! I never had the opportunity to do it. I wrote the song on the piano. We got some french people to do the trumpets, to get that New Orleans feel.

Do you like to fool around in the studio while recording ?
BP : I like to experiment especially with harmonies. I love the idea of being spontaneous. And also lyrics. I write lyrics down but i would change lyrical sentences depending on how it sounds. I like to play around changing an adjective or a verb.

Do you often shop in the « Deja vu boutique » ?
BP (laughs) : I'll tell you a secret. The « Deja vu boutique » is actually an hair dresser in Newcastle. I was driving and i saw the title « Deja Vu Boutique » on the left i thought what a brilliant thing ! So I used it. I'll send you a picture of the Deja Vu boutique. I must take a picture of that. In the middle of the midlands. What was the odd of that !

And what lies in the « 50 A Holy Street » ?
BP : 50A holy street is a place from Erfuhrt, Germany. I wrote it there i was there with a friend.

Some songs like « Victorious » are ambitious with a very big sound and it's quite opposed to « A trip to the coast » that was more intimate…
BP : We wanted to develop our sound. And we had more of an idea of what the overall sound was going to be because we knew we will released it. « A trip to the coast » was written and recorded over a long period of time without an idea of an end thing of releasing it. This time it was very specific and that was better for working together. We had a very good idea of what we wanted. For example we got a live drummer, we got horns in, we used different guitars and strings. We had an idea of what we wanted, that was the reason.

One of my favourite on the album is « Lily ann », i thought the song has some sort of a 60s Gainsbourg quality…
BP : Oh wow, thank you very much ! That is a really nice thing to say.


Actually thinking about it, it's a little like the Brigitte Bardot thing we talked earlier…
BP : Yes definetely. It has an very specific atmosphere like a Parisian club in a certain period when certain people used to hang around. You could just imagine Dani in her heyday. All the 60s style, that sort of vibe.

The last song, « The lamplighter » ends the album on an harder note. It reminds me the song « In june » for the previous album.
BP : It is strange because i had an repetitive piano beat. It was two songs put together. The second one worked with the first one. And we build it up, build it up and it felt like an natural conclusion to an album. I always think of albums. 12 songs 6 songs side one, 6 songs side two. I always think vinyl in my head. That was the natural finisher it had to be powerful.

Did you had an specific idea on how to sequence the songs ?
BP : I spent a lot of time sequencing. An album is a whole, two sides. Not as much as Carole King did with « Tapestry », she spent months. We spent a couple of nights over it.

How does it feels being back in Paris ?
BP : Absolutely fantastic. I sent an instagram on my way in saying : Brilliant Paris, why did i stayed away for so long ? It has an nice feel to it. I was heartbroken after what happened in Le Bataclan (sad). I had history there, i've played there years ago. I knew people who know people who were affected by what happened. I just thaught why ? I was just sad.

And how would you discribe your bound with France ?
BP : I think it's still there. I can't grow out of it !