jeudi 23 mai 2024

Peter Deaves, L’Archipel, 22 mai 2024.

Avant même de débuter le concert, Peter Deaves demande au public de lui réserver « une vraie entrée de scène », puis, le chanteur de descendre de l’estrade et le public de crier son prénom à corps et à cri. Pas une seule note de jouée et déjà un accueil triomphal et le public dans sa poche. Quel métier ce Peter ! Et la musique commence, en solo pour le premier titre et avec le groupe au complet ensuite et c’est un ravissement continu pendant une heure et demie. La musique de Peter voyage beaucoup, reste nostalgique de Liverpool tout en rêvant des Etats-Unis. Ce qui se ressent fortement dans l’instrumentation choisie : mandoline, violon, contrebasse, guitare et piano. Enlevez le clavier et vous avez affaire à une formation bluegrass. Ainsi, le petit miracle de son premier album continue sur scène où la diversité des influences s’amalgame dans un ensemble cohérent. Le tout est incarné à la perfection par Peter, charmant, drôle, d’une blondeur charismatique, et parfaitement en voix. Le chanteur est capable de stupéfiantes mutations, aussi grave d’un stentor mais également d’une grande douceur dans le chant. Le concert se termine dans l’euphorie générale, Peter, une pinte à la main, chantant « Bury me under the Mersey » au milieu du public dans une chaude ambiance n’ayant rien à envier à celle d’un pub irlandais. Une soirée à graver dans le marbre !

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samedi 18 mai 2024

Peter Deaves : « Ceol Agus Grá »

 




Surtout ne pas se fier aux apparences. Avec son titre en gaélique (« Ceol Agus Grá », soit « Musique et Amour », un titre bienvenu en cette époque troublée) et sa photo de pochette prise de vue à la chambre, il serait aisé de croire que le premier album du chanteur britannique est un disque de ballades irlandaises. Il n’en est rien et, si la guitare folk constitue bien le cœur battant de l’album, ce dernier est surprenant de diversité. Tout s’articule autour des six cordes acoustiques, un instrument dont Peter joue avec virtuosité, et qu’il enlumine suivant ses envies. L’orchestration se révèle luxuriante : mandoline, banjo, cordes, lap-steel, piano, contrebasse, accordéon, bugle, flûte irlandaise… Et le disque de passer de la country (« The Long Green River », manière de Johnny Cash cajun) aux ballades (le fantôme de Leonard Cohen plane sur « Quarter Past » alors que « My Oh My » évoque plutôt Nick Drake), au point d’offrir un véritable panorama des musiques folk à lui tout seul. Dans ce contexte seule « Gasoline », aux accents britpop (les influences conjuguées de Radiohead et de Coldplay sont un peu trop présentes pour notre goût personnel) fait figure d’exception. Enfin, même s’il est éloigné de sa terre natale depuis bien longtemps (il est actuellement installé du côté de Fontainebleau), le cœur de Peter Deaves bat toujours suivant le rythme des flots de la Mersey et le dyptique, niché au milieu de l’album, « Liverpool »/ « Bury me under the Mersey » (aux sonorités irlandaises pour le coup), vient le rappeler avec émotion. « Liverpool i’m missing you » chante-t-il dans un hommage déchirant à sa ville natale digne de Nick Drake. De très haute facture mélodique, un tel assemblage de musiques aussi diverses ne peut tenir debout que grâce au chant ample et émouvant. Aussi, il est impossible de terminer cette chronique sans souligner que Peter Deaves, en plus d’être un songwriter fin et raffiné, est aussi un immense chanteur.

En concert le 22 mai à l’Archipel.

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vendredi 10 mai 2024

Nicolas Paugam : « La Balade Sauvage »

 


Son album précédent s’intitulait « La délicatesse » et dans un subtil contre-pied dont lui seul à le secret, Nicolas Paugam nous entraîne maintenant dans une fameuse « Balade Sauvage ». Comme le résume le chanteur dès le titre d’ouverture : « Je m’amusais ». Ainsi Nicolas Paugam s’amuse. Et plus qu’une référence au chef d’œuvre signé Terrence Malick, la balade sauvage en question s’avère surtout être une virée (sauvage, donc) sur les sentiers escarpés de la chanson française aux confins du rock’n’roll (Thibault Brandalise, le batteur d’Iggy Pop est de la partie). Pyromane des mots (la photo intérieure le montre bidon d’essence en mains devant le brasier) Nicolas Paugam marie son amour des mots, des textes un tantinet abscons, aux guitares abrasives ; le tout dans une juste mesure, c’est à dire suffisamment pour pimenter les chansons sans pour autant les faire entrer dans un costume qui ne leur sied guère. L’album relève par ailleurs une ambition musicale élevée trompettes et clavier Rhodes contrebalançant la puissance de la batterie, l’instrument par lequel l’étincelle s’allume. Dans ce contexte reprendre Georges Brassens (« Bécassine ») relève de l’idée de génie, l’impertinence des mots du grand Georges étant à l’avenant du traitement musical assez bluesy. Un album sauvage certes, mais surtout très attachant.





jeudi 9 mai 2024

Najoi Bel Hadj : « Wavering »

 


A l’image de sa sublime pochette, la chanteuse tourangelle nous gratifie d’un premier album tout en nuances et contrastes, aussi calme que tempétueux, en un mot chancelant (wavering en français). C’est ainsi une forme de grand écart qu’effectue l’album des accords de guitares délicats (sublimes « Liline », « Aminata ») ou de l’ambiance intimiste qui habite la magnifique « Si jamais », aux orchestrations électroniques des premières plages (un aspect auquel on adhère un peu moins, question de goûts personnels). Une chose ne change jamais en revanche, l’extrême sensibilité de la chanteuse palpable à son grain de voix et à ses capacités vocales hors du commun. Nichée au cœur de l’album, une piste fait ainsi figure de pépite cachée, « Here Below », propulsée de plus par un petit groove qui sied particulièrement bien à la chanteuse (un feeling que l’on retrouve également sur « Sometimes »). Qu’elle s’exprime en anglais (sur la majorité du disque), en français ou en arabe, fait preuve d’une grande délicatesse et bouleverse lorsqu’elle explore ses racines (« A Vava Inouva »). Un premier effort imparfait mais de haute facture dans sa deuxième moitié.

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mercredi 8 mai 2024

Phanee de Pool : « Algorythme »


Il n’y a pas à dire, mais s’il y a bien une chose qui nous redonne le sourire en ce bas monde, c’est bien les disques de Phanee de Pool ! Une assertion qui ne sera pas démentie par le dernier album en date de la Suissesse ! A mi-chemin de la chanson et du slam (voire du rap), cette dernière n’a pas son pareil pour saisir l’esprit de l’époque ou les petites aventures, heureuses ou non, du quotidien en irrésistibles chansons à la bonne humeur ravageuse. C’est ainsi tout un univers espiègle, ludique et décalé, pas très éloigné de celui de Rachel des Bois, que découvre l’auditeur à l’écoute de cet album, brocardant l’addiction au téléphone portable (« Algorithme ») ou déclarant sa flamme à son chien (« Le chien de Pool »), avec Léone, le propre chien de la chanteuse en guest. Un autre invité fameux sur cet album est son compatriote Henri Dès, immense bonhomme de la chanson française, le temps d’un choc des générations particulièrement savoureux (« Dites Henri »). Enfin, l’album est porté par une véritable ambition musicale, grand orchestre et citation de Chopin ou Debussy à la clef, l’écrin parfait pour le chant expressif et élastique de la chanteuse, également très à l’aise dans un contexte plus scandé. De la belle ouvrage.

En concert le 15 mai et le 12 juin à l’Archipel.

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dimanche 5 mai 2024

Howlin’Jaws + Bad Juice, Le Trabendo, 4 mai 2024.



Venue de Strasbourg, c’est au duo guitare/batterie Bad Juice (une fratrie) qu’il revient d’ouvrir la soirée. Un court set d’environ une demi-heure ouvertement rock’n’roll, guitare saturée au son vintage et batterie survoltée. A noter une petite originalité, c’est le batteur qui chante. Le rendu en concert est plus brut, en ce sens plus proche des Black Keys et autres White Stripes, que sur disque où le groupe réussit à s’émanciper de ces clichés. Son nickel et compositions solides, avec autant de répétition hypnotique que d’amplis dans le rouge, on passe un très bon quoique court moment en leur compagnie.

S’ils ne sont pas frères dans la vraie vie, les trois membres des Howlin’ Jaws se comportent comme tels sur scène. Débutée au lycée, leur aventure continue encore à ce jour et, alors qu’ils sont encore dans la vingtaine, les trois musiciens ont passé au moins dix ans, la moitié de leur vie, à faire de la musique ensemble. Autant dire que, lorsqu’il se présente sur scène, le trio constitue un bloc de béton inattaquable aussi robuste qu’un granit breton. La connivence entre eux propulse la musique et leur sauve la face en cas de pain forcément inattendu. Se jouant avec maestria de la tension/détente, de l’accalmie après le chaos électrique (on inversement) le trio traverse la contrée psychédélique tout en transportant le spectateur. Ainsi la soirée débute par un son de boite à musique enregistré avant un « Half awake, half asleep » dantesque à la coda en forme de solo de batterie signée Baptiste Léon (costard bleu Las Vegas et lunettes de soleil façon Elvis) ravageur. Même les titres du premier album sont passés au filtre psyché, gagnent en longueur et sont totalement re-imaginés (cf. « Heartbreaker ») solo de guitare (Lucas Humbert) tout en maestria à la clé. Derrière sa basse le chanteur Djivan Abkarian n’est pas en reste et saute comme un cabri. Le trio profite de l’occasion, la date est d’importance pour le groupe dans une salle à la jauge importante, pour revisiter les coins peu utilisés sur scène de leur discographie à l’instar de l’excellente « The Sting ». Enfin, les harmonies vocales du groupe sont très travaillées et passent très bien la barrière du live. Attention, le groupe (que l’on retrouvera dans une semaine en première partie des Black Keys au Zénith) grossit à vue d’œil, est déjà énorme et ce n’est que le début !

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samedi 4 mai 2024

Oisín Leech + Malo Texier, L’Archipel, 3 mai 2024.



Commençons par saluer la première partie assurée par la jeune chanteuse Malo Texier. S’accompagnant seule à la guitare, électrique son clair ou folk, cette dernière fait preuve d’une certaine maîtrise vocale grâce à son chant élastique et expressif, tout en français, une rareté chez les chanteuses inspirées par la soul. Son jeu, tout au doigt sans médiator est fin, tantôt empreint de swing jazzy, tantôt fait d’arpèges délicats. Le rendu scénique est assez chouette.

Alors que sur l’écran dans le fond (rappelons que l’Archipel est également une salle de cinéma, l’artiste saura s’en souvenir au moment de reprendre « Pat Garrett et Billy le kid » de Bob Dylan) défilent un montage représentant les peintures de l’artiste Sinéad Smyth, qui a également illustré la pochette de l’album, le duo Oisín Leech (chant, guitare, harmonica) et Tony Garnier (contrebasse) prennent position sur la petite scène. Nous sommes instantanément saisis par la beauté mélodique du concert. Les cordes des instruments sont délicatement arpégées, il se dégage de la musique un sentiment double à la fois mélancolique (Nick Drake n’est jamais bien loin cf. « October Sun ») et d’une grande sérénité. A l’opposé de ce que laisse supposer ses mélodies, Oisín Leech se révèle assez drôle sur scène, parsemant le concert de nombreuses anecdotes datant de l’époque où il gérait un club folk en Irlande (le bougre est bavard!) Le spectateur, bercé par l’évidence mélodique des accords échappés de la guitare, aura voyagé, en musique, jusqu’à la pointe nord de l’Irlande, vue sur l’océan, où l’album a été enregistré.

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mercredi 1 mai 2024

Thee Sinseers : « Sinseerly Yours »

 


Premier album pour le groupe, très étendu, comprenant neuf musiciens, mené par Joey Quinones. Disque à la beauté intemporelle, enregistré dans les conditions du live, « Sinseerly Yours » transporte l’auditeur à son écoute. Avoir enregistré au préalable une poignée de single pour Penrose, la sous-division californienne de Daptone, a donné de solides bases à Joey Quinones, qui a transporté tout son savoir faire vintage dans l’enregistrement de ce premier album. On y retrouve le feeling qui nous avait subjugué à la découverte des albums de Sharon Jones ou Charles Bradley. Cette patte solidement ancrée dans les meilleurs sources du passé tout en renouvelant un genre éternel. Les conditions d’enregistrement du live apportent un supplément d’âme, un bout de fragilité capté sur bandes, une émotion débordante. L’album se révèle à la fois cohérent dans son esthétique et varié à la fois. Le chant choral et haut perché ancre le disque dans une esthétique soul/pop à la Motown à laquelle Quinones ajoute son propre background culturel latino. Doux, délicat, mélodique et romantique (« Don’t call me baby ») l’album brille aussi par ses poussées de fièvre latine aux sons des percussions ("Talking Back"). Bien plus que des nouveaux Dap-Kings, un groupe superbe, un superbe album.

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dimanche 28 avril 2024

Los Guayabo Brothers : « Psychotropical »

 


Voici un album comme on en avait pas entendu depuis longtemps. Venue de Colombie, la musique de Los Guayabo Brothers se présente comme un mélange entre folklore colombien et rock psychédélique. L’idée semble originale, mais à l’écoute, ce nouvel album ressemble à ce que proposait Santana à la fin des années 1960. Dans les faits, l’amalgame paraît imparfait et ce disque s’adresse plus aux amateurs de musique latine qu’à ceux de rock psychédélique. La musique des Guayabo Brothers est intrinsèquement latine, avec force percussions, trompettes, et même une flûte de pan sur « Origins » ; agrémentée de temps à autre d’une saillie de guitare fuzz ou de passages plus planants, qui sont autant de respirations dans le cours d’un album aux sonorités festives, ensoleillées et dansantes. Le chant est essentiellement en espagnol et un peu en français, aussi, surprise, sur « El Francer » le temps d’un texte assez grave. La formation XL, sept musiciens, devrait faire des ravages sur scène.

En concert le 2 mai au Studio de l’Ermitage.

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samedi 27 avril 2024

The Darts : « Boomerang »

 


Fondé sur les cendres des Love Me Nots par la chanteuse et claviériste Nicole Laurenne, le quatuor féminin The Darts sort son, déjà, quatrième album. Et pour en paraphraser le titre, on serait tenté d’écrire que l’auditeur se prend un sacré retour de boomerang à son écoute. Fidèle à une esthétique garage rock et à son instrument fétiche, l’orgue farfisa qui faisait déjà le sel de son groupe précédent, Nicole et sa bande continuent sur la même lancée. On y retrouve cet irrésistible alliage entre le groove de l’orgue et la puissance des guitares, comme un trait d’union entre soul music et punk. Un grand écart parfaitement incarné vocalement par la chanteuse au registre assez large et aussi à l’aise dans un contexte soulful (« Pour Another ») que hurlé (« Your Show »). L’autre ingrédient terriblement excitant de ces nouvelles chansons réside dans le psychédélisme (« Liar », « Welcome To My Doldrums », « Night ») dont le groupe donne une version baroque et déglinguée, tout en multipliant les clins d’œil aux Doors et à Ray Manzarek. Pétrie d’influence sixties la musique des Darts n’en reste pas moins ouverte à de multiples influences la new-wave façon Devo (« Pour Another ») ou la surf music (« You Disappoint Me »). Nullement nostalgique ni revivaliste, The Darts nous livrent un nouvel album en forme de classique rock’n’roll immédiat.

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vendredi 26 avril 2024

Nadine Khouri + Maví Lou, L’Archipel, 25 avril 2024.



Nos pérégrinations du soir nous mènent à l’Archipel, un vieux cinéma qui propose de plus en plus de spectacles et notamment, régulièrement, des concerts. Le lieu impose ainsi une ambiance particulière, public assis, scène située juste à côté de la porte d’entrée (les artistes peuvent voir les gens entrer et sortir avant la fin depuis la scène) et bar dans le fond, auquel il vaut mieux éviter de se rendre une fois le set commencé sous peine de déranger tout le monde. Bref, les allées et venues des uns et des autres forment un drôle de folklore dans la salle. En attendant sur scène nous attendent deux voix merveilleuses. Commençons par la chanteuse Maví Lou, de retour en France après un long exil étasunien et qui va sortir son premier EP sous peu. Jouée en duo de guitares (une électrique aux nombreux effets sonores et une acoustique) la musique est d’une grande délicatesse. Aux arpèges soyeux de l’acoustique répondent le son vaporeux de la guitare électrique dans une sorte de bulle pop, folk et cotonneuse, un doux cocon musical dans lequel il fait bon se lover, bercé par la voix aussi douce que la soie de la chanteuse, qui de plus possède beaucoup d’humour. Superbe moment !

Au risque d’être incompris, nous sommes ici tentés d’écrire que le silence occupe une place prépondérante dans le rendu scénique de la musique de Nadine Khouri. Le silence et au-delà la façon dont les musiciens sculptent ce silence de leurs notes pour faire ressortir l’émotion. Chez Nadine Khouri et son groupe (Boris Boublil aux claviers et Marion Grandjean à la batterie) l’important n’est pas d’étourdir le public sous les décibels mais plutôt de jouer à bon escient, donnant finalement autant d’importance à la note jouée qu’à celle qui est retenue. Creuser le temps au maximum du tempo, effleurer les cordes de la guitare ou les touches du clavier rêveur au bon moment, celui qui va permettre à l’émotion de se déployer au fil des notes. Usant de moult effets sur sa guitare, Nadine nous plonge dans un univers onirique prolongée par sa voix éraillée. L’effet atteint son climax lorsque son ami Adrian Crowley, plutôt rare sur les scènes françaises, vient rejoindre la chanteuse sur scène pour un enchaînement de titres assez exceptionnels. Emue, douce et émouvante, le sourire éternellement gravé sur son visage, Nadine Khouri nous a ravis une heure et demie durant.

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jeudi 25 avril 2024

BAD JUICE

 





Ayant le vent en poupe depuis le début des années 2000, la formule en duo batterie/guitare est devenue peu à peu un cliché rock du 21ème siècle, entre-autre grâce au succès rencontré par des groupes nommés en noir (The Black Keys) ou blanc (The White Stripes). Dans l’imaginaire collectif s’est imposée l’image du duo rock garage, pédale fuzz et batterie frénétique. Un groupe (un duo donc) vient bousculer la donne et il est français : Bad Juice, originaire de Strasbourg ! Les deux derniers albums du groupe « Stack-O-Lee » (2019) et « Amour Noir » (sortie le 17 mai 2024) rendent obsolètes tous les clichés mentionnés auparavant. Friands d’influences anglo-saxonnes, le duo n’hésite pas à faire appel à des noms prestigieux pour produire ses albums, le New-Yorkais Matt Verta-Ray (Heavy Trash) ou la Britannique Gemma Ray. Autant de collaborations qui ont permis au groupe de percer le plafond de verre et intégrer des sonorités allant de la new-wave (« Amour Noir ») aux balades teintées de country (« Wichita Country ») tout en restant fidèle à une esthétique rock’n’roll aux formes variées, de la power-pop au blues. Chez Bad Juice, on retrouve un peu tout ce que l’on aime, joué avec enthousiasme et passion, un véritable road-trip en musique dans un décor de western fantasmé. A découvrir sur les trois albums du groupe !

En concert le 4 mai au Trabendo en première partie des Howlin’Jaws.

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mercredi 24 avril 2024

Cécile McLorin Salvant et l’Orchestre national d’Île-de-France, Maison des Arts de Créteil, 23 avril 2024

De son propre aveu, la chanteuse franco-américaine a plus l’habitude des big band que des grands orchestres symphoniques. L’exercice lui sied pourtant à merveille. Ainsi, l’Orchestre national d’Île-de-France (quarante musiciens) a donné une carte blanche à la chanteuse pour composer le programme au gré de ses envies. Au programme du classique attendu : George Gershwin (pour un intermède instrumental), Kurt Weill (l’Opéra de quat’sous), le merveilleux Michel Legrand (Devant le garage, extrait des Parapluies de Cherbourg) ou bien encore Frank Sinatra et Duke Ellington. Et puis des pièces moins connues de Stephen Sondheim ou Billy Strayhorn. Cécile McLorin Salvant ne s’est pas attaquée à l’exercice toute seule et est accompagnée (en sus de l’orchestre) de son propre trio, le fidèle et inamovible pianiste Sullivan Fortner, extrêmement délicat et talentueux, le contrebassiste David Wong et le batteur Kush Abadey. Les deux univers se rencontrent, s’amalgament, le trait d’union entre envolées classiques (vents, cordes et un pupitre de percussions) et swing jazz est parfait. Mais tout cela ne serait rien sans le charisme et l’élégance vocale de Cécile, aussi à l’aise pour chanter en anglais qu’en français qui transporte l’auditeur dans un univers de comédie musicale digne de l’âge d’or d’Hollywood. Non seulement Cécile chante à la perfection avec ce qu’il faut de coffre et d’émotion, mais incarne littéralement les textes avec moult contorsions et expressions du visage. Sa diction est également parfaite. Un talent immense, une des plus grandes chanteuses de sa génération.

lundi 22 avril 2024

Oisin Leech : « Cold Sea »

 


Appelons-cela le pouvoir d’évocation de la musique. Dès les notes inaugurales de son premier album solo, Oisin Leech, la moitié de The Lost Brothers, nous transporte. Porté par la grâce des arpèges délicats des guitares acoustiques et autres contrebasses, l’auditeur rêvasse à un endroit isolé et paisible. Peut-être est-ce la verte Irlande, le comté de Donegal, où l’album a été enregistré ? Mais peut-être est-il mieux de laisser son esprit vagabonder là où bon lui semble à l’écoute de cette douce mélopée. D’une infinie délicatesse et aussi à cause de la mélancolie palpable qui s’en dégage, la musique d’Oisin Leech n’est pas s’en rappeler les heures iconiques du folk anglais, en particulier Nick Drake. Mais Leech est un musicien d’aujourd’hui qui colore ses chansons de nappes vaporeuses électronique pour en accentuer l’onirisme. A l’instar de la sublime pochette qui l’orne, l’album, composé de titres suffisamment courts pour empêcher toute monotonie mais assez longs pour prendre l’auditeur par les sentiments, est semblable à une peinture tant il est évident que quelques accords suffisent à Leech pour dessiner des paysages sonores éthérés. On aurait tort de s’en priver.

En concert le 3 mai à l’Archipel.

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samedi 20 avril 2024

Britti : « Hello, I’m Britti »

 


Ce premier album de la chanteuse Brittany Guerin (aka Britti) vient, à merveille, contredire le lieu commun selon lequel la soul serait située à l’exact opposé de la musique country. Plutôt que de diviser la musique étasunienne en idiomes supposément blancs ou noirs, il conviendrait plutôt de distinguer les musiques urbaines et rurales, différencier le nord et le sud. Le sud, on imagine que Britti le connaît bien. Originaire de Bâton-Rouge (Louisiane), ayant tenté sa chance à la Nouvelle-Orléans pendant un temps, avant de tomber dans les fourches caudines de Dan Auerbach à Nashville et de son excellent label Easy Eye Sound. La patte experte de ce dernier a tissé l’écrin parfait pour le chant ouaté, intriguant et, avouons-le, terriblement sexy de la chanteuse. Un spectre assez large allant de la pure balade country (« Back where we belong ») délicatement soulignée de lap-steel, à la soul ("There ain't nothing") en passant par la charmante country-soul d’ouverture « So tired » en forme de trait d'union entre les deux univers. Le tout dessine un paysage rêvé où le chant regorgeant de feeling se frotte aux guitares et aux claviers soulful, développant un groove délicat. Quelques éléments pop subtilement glissés ça et là rendent le gumbo digeste et assez facile d’accès pour toutes les oreilles peu habituées à ces sonorités typiquement étasunienne. Une réussite.

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vendredi 19 avril 2024

Nadine Khouri : « Another Life »


Des changements de vie, « Another Life », Nadine Khouri en a connu plusieurs au cours de son existence. Née au Liban, ayant grandi en Angleterre avant de finalement s’installer en France, à Marseille. La phrase « Another Life », qui donne son titre au disque s’impose donc ainsi comme un leitmotiv lancinant traversant l’album. Outre le titre éponyme, la phrase revient par deux fois, flottant telle une ombre, au cours de ce deuxième effort de la chanteuse, en fin de programme, dans les chansons « Song of a caged bird » et « Box of echoes ». Le cœur de l’album bat ici : au gré des vicissitudes de l’existence, du vertige (« Vertigo »), des disparitions (« Briefly Here »), des fantômes (« Visitations ») et, en fil rouge, l’exil. Des thèmes forts émouvants que Nadine raconte de sa voix, grave et légèrement fêlée au fond de la gorge. La production, confiée à l’immense John Parish, est à l’avenant. Délicate et précise, comme s’il s’agissait de capter sur la bande un moment rare et précieux, un cérémonial qu’il serait malvenu de perturber. Hanté et habité, l’album dégage une magie rare (« Broken Light ») et une émotion palpable du moindre accord de guitare, du piano épars jusqu’au battement délicat de la batterie. Un album bouleversant.

En concert le 25 avril à l’Archipel

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jeudi 18 avril 2024

Malted Milk : « 1975 »

 


Absent depuis quatre ans et leur EP « Riding High », le groupe nantais est de retour avec un nouvel album de huit titres, au goût de trop peu compte-tenu de la qualité superlative dudit album. Frôlant la cinquantaine (le titre correspond à son année de naissance), Arnaud Fradin, tête pensante de la formation depuis le début, peut logiquement s’interroger, sur l’état du monde en règle générale, ou sur la pertinence de continuer dans un monde ne jurant plus que par l’écoute digitale. C’est auprès de l’Italien Marco Cinelli (leader des Cinelli Brothers) qu’Arnaud, qui plus est en grande forme vocale (cf. « I’m possible »), a retrouvé la lumière. Ce dernier intervient en tant que conseiller artistique, co-auteur de la plupart des titres et, surtout, arrangeur. Sa présence donne un véritable coup de fouet à la musique du groupe qui tâte de la puissance rock (« Love for yourself ») pour la première fois, presque un sacrilège pour une formation ne jurant que par le blues et la soul, ou funk sur le titre d’ouverture « 1975 », groovy, dansant et euphorisant à souhait. Ces quelques extras viennent pimenter avec bonheur un cocktail qui, comme d’habitude, tourne comme sur des roulettes depuis plusieurs années. Feeling, groove, émotions et puissance sonore viennent tour à tour chatouiller les oreilles des auditeurs pour le plus grand plaisir de ces derniers. Une réussite supplémentaire à mettre au crédit de Malted Milk, assurément l’un des meilleurs pourvoyeurs de soul actuellement en circulation en France.

En concert le 31 mai à la Maroquinerie.

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JJ Milteau : « Key to the highway »

 


Sa carrière stoppée nette par la Covid, JJ Milteau s’imaginait à la retraite, rangé des harmonicas. Mais c’était faire peu de cas de la passion et, c’est avec l’aide de son comparse Johan Dalgaard (avec qui il anime une fois par mois l’émission Bon Temps Rouler sur TSF Jazz) que JJ a remis le couvert. Un nouvel album où il est pour la première fois accompagné (sur un titre) par son fils Toma à la batterie et quelques autres suspects habituels, les chanteurs Harrison Kennedy, Michael Robinson, Mike Andersen ou Carlton Moody. Au menu deux titres originaux et six reprises étonnantes plutôt puisées dans le répertoire rock (« Sunshine of your love ») ou folk (« Maggie’s farm », « Love the one you’re with ») et enregistrées, surprise, sans la moindre note de guitare, une rareté pour un disque de blues ! C’est aussi un signe de l’évolution de Milteau vers un registre plus soul, dans la lignée de Donny Hathaway, avec une prédominance des claviers, la promesse d’un moment langoureux passé en compagnie de ce disque. C’est un véritable plaisir de retrouver le phrasé si caractéristique de JJ à l’harmonica. Une réussite à savourer confortablement installé.

En concert le 21 mai au New Morning.

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vendredi 12 avril 2024

Ka & The Blue Devils : « Anywhere »

 


Évidemment, le nom du groupe, Blue Devils, ne laisse que peu de doute quant aux intentions musicales du groupe. Ce qui n’est pas sans signifier que ce deuxième effort du groupe est cousu de fil blanc. Loin s’en faut ! A peine le disque entamé, déjà, un première surprise nous saisi alors que le groupe développe un groove infernal sur « A piece of my heart » (sans rapport aucun avec Janis Joplin) clavier soulful à l’appui. S’il est entendu que Ka & The Blue Devils est un groupe de blues, les musiciens ont décidés de s’amuser et de picorer le plaisir là où il se trouve. Dans la soul ou le funk (cf. la première plage) ou dans un rock’n’roll 50’s rutilant comme un gros cube (cf. « Halley Blues ») et là réside une autre surprise, dans le chant en français, qui est presque plus convaincant qu’en anglais, servi par la chanteuse Ka (Carole Crimi), au registre étendu et au coffre impressionnant. Au final, onze titres, propres et carrés, sans temps morts et aux ambiances variées, parfaitement produits. Ka & The Blue Devils n’a pas la prétention d’avoir inventé la roue. Ils savent néanmoins la faire tourner avec un indéniable talent. Un album au plaisir d’écoute immédiat et à l’enthousiasme communicatif. A découvrir.

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jeudi 11 avril 2024

Nadine Khouri : "The Night Will Keep Us Warm"

 


Deux semaines tout pile avant de fouler la scène de l'Archipel, Nadine Khouri nous gratifie d'une chanson inédite. Comme à son habitude, la chanteuse nous envoûte de sa voix suave et de sa guitare aventureuse. Si on ignore encore si la nuit à venir nous gardera au chaud, la chanson en tout cas fait d'ores et déjà chaud au coeur. 

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The Reed Conservation Society + Natacha Tertone + Corde, Petit Bain, 10 avril 2024.

Quelques semaines après avoir sorti un premier album, chanté en entier dans la langue de Molière, The Reed Conservation Society continue sa révolution copernicienne en se présentant pour la première fois en quatuor, avec une vraie section rythmique, basse (Nicolas) et batterie (Cédric). Un changement loin d’être anodin et qui bouleverse la donne d’un groupe qui jusqu’à présent nous avait séduit par son atmosphère folk psyché délicate et ouatée. Un feeling qu’ils ont su garder intact sur certains morceaux (« Aux Rochers Rouges ») alors que d’autres (« Astronomy Divine ») ressortent transfigurés par ce véritable coup de fouet en forme de cure de jouvence. Cet aspect rock est hautement appréciable et la coda discoïde, le pied au plancher, du « Mont de piété » (en duo avec Natacha Tertone) restera longtemps dans la mémoire collective. Pour le reste Stéphane (guitare et voix) et Mathieu (guitare et trompette) font montre de leur virtuosité habituelle, entre arpèges délicats et trompette dégainée à l’occasion, chassant sur des terre mexicaines fantasmées. Un set de très haute tenue par un groupe en perpétuel mouvement.

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La scène du Petit Bain a été par la suite le lieu d’un petit événement, la renaissance scénique de Natacha Tertone pour son premier passage parisien depuis l’an 2000, année de la sortie de son premier, et pour le moment unique, album qui vient tout juste d’être réédité en digital, procédé balbutiant en 2000. Contrairement à l’époque, le groupe, autrefois un trio, se présente dorénavant en duo avec le batteur multi-instrumentiste Bruno Mathieu, l’unique rescapé de l’aventure. Une économie de moyens dopée par une instrumentation diverse, et parfois bricolée, flûte, glockenspiel, boite à musique et claviers divers. Les qualités vocales de Natacha sont intactes et transportent l’auditeur dans son univers entre candeur et brusques accès de fièvre électrique. Si le concert ne fut pas avare de bons moments (notre préféré restera ce rappel au débotté en allemand, joué en toute simplicité) on sent le projet encore en rodage, il ne s’agît après tout que de leur troisième concert après 24 ans de pause. Espérons pouvoir les retrouver, plus aguerris, très prochainement. Les occasions ne devraient pas manquer, un nouvel album étant annoncé pour l’an prochain.

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Avouons-le nous n’avions jamais écouté le trio lillois Corde avant ce soir, et la description qui nous en avait été faîte, évoquant à la fois le folk instrumental et le post-rock, nous laissait pour le moins perplexe. Aussi antinomique que puisse paraître la chose, c’est pourtant bien de cela qu’il s’agît, Corde symbolisant la rencontre de l’acoustique (le violon) et des claviers et autres boucles électro sur tempo flirtant avec un bpm techno. Accompagné d’un flot incessant d’images projetées sur le mur du fond, nous sommes proches d’un ciné-concert, le trio propose un véritable voyage, d’ailleurs le groupe utilise autant le mot « histoires » que « morceaux » pour décrire sa musique, en terra incognita musicale ; dans lequel on croit déceler quelques inspirations celtiques (le violon). Climats et atmosphères alternent du plus doux et éthéré, à de brusques accélérations dues à la batterie et à la basse électrique. Une proposition musicale ambitieuse, forte et très dense, qui nécessite du temps et une écoute répétée, au calme et posée, pour être pleinement digérée et appréciée. Rares sont les groupes à projeter une telle ambition, utilisant un instrument lead, le violon, assez inusité dans le post-rock, nous la saluons et l’apprécions à sa juste mesure.

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mardi 9 avril 2024

Parlor Snakes : « Cut Shadows »

 


« C’est la vie des groupes » ont coutume de dire les musiciens confrontés aux changements incessants de line-up. Depuis 2011, année de sortie de leur premier album, la route a été longue pour les Parlor Snakes, le groupe n’a pas échappé à la règle et a changé de section rythmique à chaque nouveau disque avant de finalement se résoudre à admettre, lors de l’enregistrement de leur album précédent, qu’intrinsèquement le groupe se résumait au duo Eugénie Alquezar (clavier, chant) et Peter Kryznowek (guitare) qui ont à eux deux signés la totalité du corpus du groupe. Une prise de conscience qui a grandement fait évoluer la proposition musicale du duo, l’éloignant, dans la forme seulement, du rock fiévreux et reptilien des débuts, pour ouvrir la porte aux boîtes à rythmes (sur trois titres), laisser le champ libre aux synthés d’Eugénie, beaucoup plus présents qu’à l’accoutumée, et, enfin, pousser Peter le guitariste à jouer de la basse, un instrument dont il n’avait pas l’usage jusqu’alors. Dès les premières notes de ce quatrième effort (cf. « To begin again » au titre prophétique), le groupe hypnotise à grandes lampées synthétiques (« Voices » ; « Eyes on the machine » à la coda tourneboulante), contrecarrées par une guitare toujours électrisante (« City Burns »), lorgnant, sans nostalgie aucune, vers la cold wave des années 80. Dans ce nouveau contexte, la voix d’Eugénie dévoile des ressources, haut perchées dans les aigus notamment, qu’on lui ignorait totalement. Un album envoûtant finalement beaucoup plus mélancolique (« 100 miles from the shore ») que réellement froid ou dark et, quoiqu'il en soit, une sublime réussite.

Sortie le 19 avril.

Showcase le 16 avril (Balades Sonores) et en concert le 13 juin (Petit Bain).

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lundi 8 avril 2024

Rosaway : « Girl(s) »

 


Déjà repéré avec un premier EP en 2020, le duo atypique composé de Rachel Ombredane (voix et flûte) et Stéphane Avellaneda (batterie) est de retour, avec un premier album en bonne et due forme. En choisissant un motif boule à facettes pour orner son disque physique, le duo donne une indication certaine sur ses intentions. Festif et enjoué, ensoleillé, une manière de contrebalancer la profondeur du propos, l’album, conçu comme un hommage à la gent féminine, remet au goût du jour une période mésestimée, et régulièrement oubliée des amateurs de soul : les années 1980. S’il est majoritairement question de groove disco, funk et électro (« Simplement moi » ; « Corinna »), l’album explore également une facette jazzy (« Blue Skies ») alors que le chant de Rachel ancre définitivement la chose dans la soul. A noter enfin deux curiosités : une reprise méconnaissable de « Saint James Infirmary », un clin d’œil de Stéphane à son passé sur la scène blues (qui ne manquera probablement pas de faire bondir les puristes) et le français qui fait une apparition impromptue (mais appréciable) sur trois titres : « Simplement moi », « Blue Skies » et « Midnight ». Voici en tout cas le disque idéal pour groover sur la plage au soleil, l’album de l’été est en avance.

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dimanche 7 avril 2024

Michelle David & The True Tones : « Brothers & Sisters »

 


Une forme de nostalgie nous serre le coeur à l’écoute du nouvel album de la chanteuse étasunienne, exilée de longue date aux Pays-Bas. Un groove dévastateur au charme suranné irrésistible, alimenté avec force percussions, un grain de voix puissant, n’hésitant pas à crier à l’occasion et, pour finir quelques coup de cuivres bien sentis, comme autant d’uppercuts dans les oreilles, les points de comparaison avec la regrettée Sharon Jones (décédée en 2016, il y a déjà huit ans !) abondent. Orphelins nostalgiques de la chanteuse, voici de quoi vous sustenter ! Accompagné de son groupe hollandais, devenu The True Tones après avoir débuté sous le nom de Gospel Sessions (un nouveau patronyme qui dans le fond ne change pas grand-chose à l’affaire) la chanteuse scintille de mille feux avec ce nouvel effort. Mais au-delà de la comparaison flatteuse avec Sharon Jones, Michelle David exprime une personnalité différente de son modèle qui lui est propre, dans un registre allant du blues (« More Grace » ; « Peace ») à la pop girl group (« Miracles ») aux accents plutôt ancrés dans les années fin 1950, début 1960. En dehors du groove emportant tout sur son passage, les ballades doucereuses et mélancoliques (plutôt regroupées en fin de programme) sont l’autre genre nourricier de ce nouvel album à la production aussi méticuleuse et réussie que celles du label Daptone. Une réussite !

En concert au Cabaret Sauvage le 11 juin 2024.

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jeudi 4 avril 2024

Nadine Khouri en concert le 25 avril à l'Archipel


La sublime folk aérienne de la chanteuse libanaise Nadine Khouri sera à savourer sur la scène de l'Archipel le 25 avril prochain.

 RESERVATIONS

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Natacha Tertone : « Le grand déballage » (2000)

 


Et dire que l’album débute par ce titre, involontairement prémonitoire, intitulé « Les occasions manquées » ! Sorti en 2000, ce premier, et pour l’instant unique, album a valu à la Lilloise quelques honneurs, des passages aux festivals des Inrocks, Chorus 92 ou Dour, et des chroniques élogieuses. Et puis plus rien. Tensions artistiques avec les membres de son groupe, son label B pourquoi B parti en carafe, Natacha a progressivement abandonné la musique, laissant en plan un deuxième album inachevé. Et puis, vint la renaissance artistique inattendue. Cette année 2024, on l’a écouté chanter avec ses amis de The Reed Conservation Society, avant de retrouver la scène le temps d’une tournée et la sortie annoncée d’un nouveau disque pour l’année prochaine.

En attendant nous pouvons nous délecter de la réédition de ce fameux premier album dont l’écoute nous plonge dans un entre-deux étrange. Tout d’abord parce que quelques indices indiquent le passage du temps (cf. « Les cartes postales à deux francs ») sans pour autant que l’album ne subissent l’outrage de ce dernier. Le fait est que la proposition musicale de Natacha Tertone est suffisamment singulière, forte en personnalité, pour ne rentrer dans aucune case et éviter tout vieillissement prématuré. La question se pose au fur et à mesure que l’auditeur progresse dans sa (re)découverte de l’album. Qu’est-on en train d’écouter au juste ? De la chanson française ? De la pop indie et lo-fi (« C’est ») cédant parfois aux accents rock bruitistes de guitares déchaînées (« Déjà le temps) ? Un peu tout en même temps en fait, et, mis bout à bout, un univers singulier, un labyrinthe musical dans lequel il fait bon se perdre, se met en place devant nos oreilles ébahies. Avec une constante, cette mélancolie prémonitoire qui prend à la gorge (« Tous ces moments ») et qui, 24 ans après, n’a rien perdu de son acuité. Et puisqu’on en est aux vœux pieux, souhaitons à Rachel des Bois de ressortir des limbes à son tour…

En concert le 10 avril au Petit Bain (première partie de The Reed Conservation Society)

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mardi 2 avril 2024

Hoboken Division : « Psycholove »

 


Sept ans après la sortie de leur dernier album, Hoboken Division est de retour avec un nouvel album tourneboulant au possible et une formule considérablement renouvelée. Élargissant leur horizon le trio ne fait plus du blues une obsession au sens strict même si ce dernier à laissé une trace sur "Twice as Sharp". Ayant plongé avec délice dans le monde merveilleux des pédales d’effets et autres claviers, le guitariste Matthieu Cazanave s’en donne à cœur joie réveillant au passage quelques fantômes, ceux du Velvet Underground, de Jesus and Mary Chain ou des Stooges. A ces influences fortes en décibels, le groupe ajoute une note psychédélique de bon aloi (« Psycholove ») ou un orgue assez dark (« Legion ») qui vrille le cerveau et les oreilles de l’auditeur. Jouant avec brio de la répétition hypnotique (« Never stand still » ; « Fool Moon ») sous la houlette du batteur Thibault Czmil, l’album prend à la gorge. Le chant habité de Marie Rieffy (en français à la Jacqueline Taïeb sur « Jackie ») ajoute la dernière couche, celle, fatale, qui fait succomber. L’auditeur exsangue n’a alors plus d’autre choix si ce n’est de s’abandonner à ces compositions obsédantes. Signalons enfin la sublime pochette (comme d’habitude) signée Jean-Luc Navette qui a pour l’occasion abandonné son noir et blanc habituel pour une touche de rouge incarnant à merveille l’incandescence de ce nouvel effort vénéneux.

En concert le 12 mai à La Boule Noire.

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lundi 1 avril 2024

Sunn O))) Le 6 avril à l'Elysée-Montmartre


 

Le duo de guitaristes Stephen O'Malley et Greg Anderson se produira en version minimale sur le scène de l'Elysée-Montmartre samedi prochain. Grand voyage immersif dans le son en perspective...

Billetterie

vendredi 29 mars 2024

Térez Montcalm : « Step Out »

 


Qualifiée de « plus rock des chanteuses de jazz », qualification qu’elle réfute, Térez Montcalm est, avant toute chose, une remarquable chanteuse à la voix fêlée et rocailleuse, dans un registre proche de Janis Joplin, un aspect hélas un peu trop forcé sur ce nouvel album, tant son timbre unique ne laisse pas indifférent, dans un sens ou dans l’autre. Se considérant elle-même avant tout comme une interprète (ce qui ne l’empêche pas de signer quelques titres de sa plume), la chanteuse, éclectique à l’aise aussi bien dans le jazz, la soul que le rock, brille naturellement dans le domaine de la reprise. Et c’est précisément dans cet exercice de la reprise que s’inscrit l’identité québecoise de la chanteuse. Le Québec ce territoire francophone isolé en Amérique du Nord, situé au confluent de plusieurs cultures, où le français et l’anglais s’amalgament. Exactement ce que l’on retrouve sur le nouveau disque de la chanteuse que l’on voit s’attaquer aussi bien aux caciques de la chanson française, « J’attendrai » de Claude François (qui n’est autre que l’adaptation française de « Reach out, I’ll be there » des Four Tops) qu’aux classiques du rock anglais (« She’s not there » des Zombies) ou américain (« Trouble » d’Elvis Presley). Entouré d’un trio de musiciens (guitare, basse et batterie) absolument remarquable, les mêmes que l’on retrouve sur scène, la chanteuse, également guitariste, donne une nouvelle jeunesse à ces classiques, méconnaissables, et mus par une énergie contemporaine ne négligeant pas le swing et le groove. Ainsi, l’excellente impression laissée par le disque sera confirmée par le concert du 26 mars au Studio de l’Ermitage où l’aspect un peu forcé du chant sur disque sera atténué, pour le plus grand bien de la musique. En sus des titres ci-dessus mentionnés, la chanteuse, dotée d’un sens de l’humour ravageur, s’attaquera également à une version française de « Fever » (différente de celle de Marie France) ainsi qu’à Jimi Hendrix ! En résumé toutes les musiques que l’on aime dans la même soirée, cette dernière ne pouvait qu’être réussie !

https://terezmontcalm.net/

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mardi 12 mars 2024

Gjenferd : « Starless »

 




Il est probable qu’en appuyant sur la touche play, l’auditeur ne s’attendait pas à ça… Tout droit venu de Norvège ce single de Gjenferd se pose là en termes d’odyssée musicale. Loin des codes imposés par l’industrie musicale la chanson dure sept minutes, soit largement le temps pour le groupe d’explorer toutes sortes de facettes de leur art. Ainsi après une intro marqué par le métal et le doom lancinant, le groupe s’échappe dans une longue dérive psychédélique, comme dans les 70s, où se croisent métal et blues, orgue acide et groovy à l’appui avant le coup de rein final. C’est du grand art !

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lundi 11 mars 2024

Monseigneur : « Nous ne vieillirons pas ensemble »



C’est dans la mince frontière séparant le psychédélisme (cf. les percussions en intro) au rock puissant chargé en guitare sous influence Led Zeppelin, que s’engouffre avec bonheur Monseigneur avec tout premier single. Le texte en français (c’est, hélas, suffisamment rare pour être souligné) rappelle le regretté Alain Bashung. S’il est difficile d’affirmer après un seul titre que nous tenons là la nouvelle pépite du rock français, notre curiosité est définitivement éveillée.

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vendredi 8 mars 2024

Maxwell Farrington & le SuperHomard : « Please, Wait... »

 


La collaboration entre l’hyperactif chanteur australien exilé et le musicien français avait fait des étincelles en 2021 avec un album de très haute tenue suivi d’un EP d’excellente facture sorti quelques mois plus tard ; deux sorties couronnées d’un succès critique sans appel. Autant dire que le duo était attendu au tournant avec ce deuxième album en commun. Loin d’évoluer dans les mêmes sphères, ce nouveau disque marque une évolution stylistique significative. Moins immédiat, moins facile d’accès, le duo délaisse la pop/folk primesautière des débuts pour une sorte de sophistication froide proche, dans l’esprit, de Scott Walker. Une évolution perceptible dans le chant de Maxwell Farrington, plus crooner que jamais. Pour le reste, le SuperHomard (Christophe Vaillant pour l'état civil) sort le grand jeu : piano, envolées de cordes, une pointe synthétique discrète de temps en temps, clavecin. La production est à n’en point douter classieuse (la merveilleuse « Postprandial Promenade » enluminée par la présence de la non moins merveilleuse Nadine Khouri) ; nous saluons la prise de risques tout en regrettant que les nouvelles compositions ne soient plus aussi euphorisantes.

En concert le 30/05 à La Maroquinerie

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