dimanche 15 octobre 2017

Trupa Trupa : « Jolly new songs »



Sortie après sortie, l'itinéraire de Trupa Trupa s'apparente à un conte de fée pop et contemporain. Il y a deux ans de cela, Trupa Trupa était inconnu au bataillon, cantonné à sa ville de Gdsank (Pologne). Et puis par chance, hasard, accident ou sérendipité, leur excellent album « Headache » est sorti chez nous faisant sensation dans le petit cercle pop indé. Ce nouvel effort sort dans un contexte différent. « Headache » nous a pris par surprise. Maintenant le groupe est attendu. Et le gant est relevé, haut la main. D'emblée le groupe nous semble plus audacieux, bâtissant des structures musicales complexes et alambiquées (« Against breaking heart of a breaking heart beauty ») œuvre d'une formation sans œillères et n'ayant pas froid aux yeux. Et on n'est alors pas loin de penser que le groupe a habilement intégré les influences psychédéliques et progressives à son œuvre (« Love supreme » sans aucun rapport avec John Coltrane). Mais l'album frappe fort en conciliant les contraires. Il y a tout d'abord cette évidence mélodique, cette ligne claire qui surplombe l'album (« Coffin », « Mist », « None of us », « Only good weather ») et condense quarante années de pop. Assumant la prise de risque jusqu'au bout, le quatuor polonais prend ensuite un malin plaisir à pervertir ses propres compositions par le biais d'une guitare bien sentie, d'un virage musical aussi surprenant qu'habilement négocié ou d'une irrésistible et impressionnante montée en pression (l'incroyable « Jolly new songs », « Never forget »). Désarçonné, l'auditeur ne sait plus trop à quel saint se vouer avant de se laisser prendre au piège de cette pop aussi vicieuse que vénéneuse. Brillant.
Sortie le 27/10.
En concert le 27/10 à Nantes (Festival Soy) et le 28/10 à Vendôme (Rockomotives)

https://trupatrupa.bandcamp.com/
https://fr-fr.facebook.com/trupatrupa/
http://www.trupatrupa.com/


samedi 14 octobre 2017

Manolo Redondo : « Helmet On »



Voilà un album qui, dans un monde parfait, devrait faire l'unanimité et truster durablement les ondes. Mais, ne rêvons pas, rien de ceci n'arrivera et c'est bien dommage… A défaut d'entrer en « rotation lourde » sur les ondes FM, le disque restera en « rotation continue » sur notre platine. Et il y a d'excellentes raisons à cela. Pour commencer, la facture même de l'album qui s'apparente à une sacrée collection de chansons. Voilà, dit comme ça c'est tout bête et cela n'a l'air de rien mais c'est énorme. Depuis quand n'avez-vous pas accroché à une mélodie dès la première écoute ? L'album s'apparente ainsi à un travail soigné, bien produit, bien écrit, les mélodies accrochent l'oreille avec insistance (« Lo is the new hi ») et l'acoustique chaleureuse déployée ici transporte l'auditeur. En effet, la base de tout reste en l'espèce le folk et les guitares acoustiques délicatement arpégées (« Des Incas et des Khmers »). Mais l'album brasse large et convoque une foule d'influences insoupçonnées et que l'on imaginait incompatibles. On pense ainsi tour à tour à The Cure (« Best kept secret ») à Nada Surf pour cette façon toute personnelle de maîtriser l'électricité dans une sorte de violence paradoxalement douce (la coda d' « Alpinisme » ; car notre homme a aussi le bon goût de chanter parfois en français) voire même à une étrange connexion entre Nick Drake et Chris Isaak quand Manolo laisse exprimer son timbre de crooner (« Ten thousand days »). Un spectre d'influences large et pourtant rendu parfaitement cohérent grâce à un magnifique travail de « mise en sons ». Autour de la voix et de la guitare, c'est une multitude de détails que l'on découvre au fil des écoutes successives, ces synthés discrètement cold wave, ces bizarreries quasi psychédéliques qui déboulent sans crier gare (« Bigger Blow »), ces guitares électrifiées avec une justesse rare et cette rythmique débordante de feeling (« Lentement »). Il ne faut guère plus d'une écoute pour entrer de plein pied dans l'univers de Manolo Redondo qui possède cet art rare de stimuler l'imagination de l'auditeur. La marque des grands disques.

Sortie le 27 octobre.
https://fr-fr.facebook.com/ManoloRedondoMusic/
https://manoloredondo.wordpress.com/

jeudi 12 octobre 2017

Musiques Volantes #22


La 22ème édition du festival est placée sous le signe des monstres... Du 10 au 23 novembre à Metz et au-delà (Nantes, Luxembourg, Paris, Montreuil. Soirée de lancement le 19/10 à la REcyclerie (entrée libre).

mercredi 11 octobre 2017

Bill Charlap Trio : « Uptown, Downtown »



Accompagné de la doublette Peter (contrebasse) et Kenny (batterie) Washington (sans lien de parenté apparemment) le pianiste fait les beaux jours (ou plutôt les soirs) du Village Vanguard, le fameux jazz club new-yorkais. Rien d'étonnant dès lors que l'écoute de ce nouvel album nous projette dans le confort douillet d'un club, aux murs de briques rouges, dans un sous-sol enfumé. Installons-nous sur la banquette et laissons Charlap, le Maestro, nous guider derrière son clavier, tant les émotions affluent à l'écoute de ce nouveau disque. Séduisante, la musique du trio l'est assurément. A ce titre le morceau d'ouverture « Spring can really hang you up the most » est remarquable de rondeur et de délicatesse. Comme le reste de l'album qui n'oublie cependant pas de faire la part belle au swing sautillant, subtil et élégant (« Curtains », « Uptown, Downtown »), le tout dans un remarquable ascenseur émotionnel et délicat, les doigts glissant sur les touches d'ivoire. Du travail d'orfèvre, classique et facile d'accès, mais surtout soigné et solide, faisant son miel du Great American Songbook.

https://www.billcharlap.com/
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lundi 9 octobre 2017

Big Junior : « Osiris »



Deuxième EP pour le groupe lyonnais qui nous invite à un sacré cocktail musical qu'il nomme eux-même la « Hip Wave ». Bien évidemment c'est l'influence hip-hop qui saute aux oreilles notamment grâce à un flow coulé et mélodique (« Jump zone », « Osiris »). Mais, c'est lorsqu'ils se décident à chanter (« Born to cry ») que Big Junior nous étonne faisant preuve d'un étonnant éclectisme, tout comme la musique qui, sans négliger le beat hip hop, fait la part belle aux mélodies chassant sur le terrain de la pop électro parfois mu par une énergie rock (« Shoot to breeze »). On regrette toutefois l'orientation ostensiblement dance de l'ensemble qui nous empêche d'adhérer totalement au projet.

http://bigjunior.fr/
https://fr-fr.facebook.com/bigjuniorofficiel/








jeudi 5 octobre 2017

George Thorogood : « Party of one »



Connu, depuis les années 1970, pour son blues très musclé et finalement assez proche du rock n'roll, "Bad to the bone" comme il le disait autrefois, George Thorogood surprend son monde avec ce nouvel album en solo intégral. L'exercice n' a rien d'évident. Sur un mode introspectif, George Thorogood revisite son histoire musicale et reprend des titres qui l'ont touché, ont parfois été autant d'éléments déclencheurs, avec pour seul accompagnement une guitare, un harmonica et quelques percussions. Une belle occasion de rendre hommage à ses aînés saisie au vol. Mais solo ne signifie aucunement acoustique, ni répétitif. Au contraire, en alternant acoustique et électricité, même seul, Thorogood livre un effort aux nuances variées, rendant ainsi hommage aux différentes tendances qui, mises bout à bout, font le blues. Outre le bon goût affiché (Robert Johnson, Willie Dixon, Johnny Cash, Dylan, les Stones) l'occasion est riche pour nous de découvrir l'artiste sous un jour nouveau, plus intime, et de (re)découvrir des classiques (cf. « One bourbon, one scotch, one beer ») qui ont fait sa gloire sous un angle différent. Attachant.

https://www.georgethorogood.com/
https://www.facebook.com/georgethorogood/

mercredi 4 octobre 2017

Expo Pop Collection

(c) Javier Mayoral courtesy Arts Factory

Voici une exposition que l'on attend avec impatience et une curiosité grandissante. Du 11 octobre au 17 novembre la galerie Arts Factory accueille 80 artistes et 300 œuvres dans un grand croisement des genres, des icônes de la musique aux affiches détournées de cinéma d'improbables séries B. Le tout formant un panorama à 360° de la culture pop. Alléchant et immanquable !

Vernissage le 10/10 de 17h à 21h.
Du 11/10 au 17/11 
Galerie Arts Factory
27 rue de Charonne - 75011 Paris
www.artsfactory.net


(c) Kata Billups courtesy Arts Factory – « elvis and the beatles », 2001
acrylique sur toile – 60 x 45 cm



(c) E.A. Heavy courtesy Arts Factory – « blood of jesus », 2001
affiche peinte sur sac de toile (ghana) – 150 x 100 cm







Nico Duportal & His Rhythm Dudes : « Dealing with my blues »



Et là, alors que l'on pousse la touche play et que la musique commence à résonner, on se dit que vraiment quelque chose ne tourne pas rond et que, dans le fond, cela devient assez désespérant. Non pas que le nouvel album de Nico nous file le cafard, loin s'en faut ! Simplement, ce nouvel effort nous rappelle qu'il se passe des choses fantastiques dans ce pays, dans un assourdissant silence médiatique. Car, oui ce nouveau disque est formidable et personne (ou presque) n'en parle. Tout est finalement dans le titre, « Dealing with my blues » nous aide définitivement à gérer le notre (de blues). Blues donc, mais pas que, Nico a eu la riche idée d'infuser une dose de rockabilly dans sa note bleue. On adore le jump général de la chose, le swing rond de la contrebasse, les cuivres de bon aloi et l'orgue pour la touche gospel et soulful. Et puis il y a la beauté brute et sèche de la chose, ces guitares balancées sans fioritures excessives et la voix éraillée (notez bien la petite brisure soul dans le fond de la gorge) qui se fond parfaitement dans le tout. La tonalité d'ensemble est rétro et baigne dans un ambiance délicieusement 50s, mais il nous semble bien plus important de souligner la fraîcheur de la musique plutôt que son côté vintage, même si ce dernier participe pleinement au charme dégagé par le disque. Un album qui donne la pèche ! 

http://www.nicoduportal.com/
https://fr-fr.facebook.com/Nico-Duportal-his-rhythm-dudes-224237994269268/

dimanche 1 octobre 2017

Lux : « Super 8 »



On l'attendait depuis longtemps, le voilà, le premier album de Lux, au contenu totalement original, sans aucun titre repris de leur premier EP, saluons l'effort pour commencer. Lux rêve donc en super 8 ainsi que semble l'indiquer le titre. Pour continuer dans la métaphore cinématographique, « Super 8 » (l'album) ressemble à ces petits films indépendants US, que l'on affectionnait tant dans les années 1990. Pas de gros moyens mais fait avec beaucoup de cœur, voire d'amour, et dégageant un charme certain dès la première écoute. Rien que du très classique cependant, des guitares (folk ou électriques), une voix, la basse et la batterie. Sans rechercher à tout prix à participer à la course à l’échalote du vintage, on sent bien que les musiciens ont baigné dans cette culture rock des années 1960 et 1970, un certain sens du classicisme qu'ils interprètent à leur tour. Le tout est assez sage, les décibels sont maîtrisées (« Damaged », « While waiting »), mais cela leur convient particulièrement bien. La voix ronde et mélodique de la chanteuse Angela Randall brille de mille feux alors que Sylvain Laforge, à la guitare, maîtrise son sujet. Pas d'effets de manche superflus, pas de saturation assommante, Lux se fait fort de remettre au goût du jour des notions telles que la mélodie et le songwriting. Le guitariste en particulier brille dans ce contexte, mettant sa virtuosité au service de la chanson et non l'inverse (« Rough Translation », « Island ») alors que Julien Boisseau (basse) et Franck Ballier (batterie) offrent une assise rythmique solide, feutrée à l'occasion ou groovy sans ostentation. Il en résulte un album sonnant comme un classique immédiat, pensé pour durer et être réécouté (pas la moindre des qualités à l'époque du streaming jetable) au charme évident. Pas la grande révolution mais un album très soigné, produit au millimètre et intrinsèquement attachant. Voilà un disque qui ravira tous les fans du classic rock. On y reviendra, ça c'est sur…

Sortie le 6 octobre.


samedi 30 septembre 2017

Benjamin de Roubaix : « Chansons d'Amour ! »



Fils de l'illustre François de Roubaix, un grand nom de la musique de film des années 1960/1970, Benjamin partage avec son Père un goût pour les voyages et l'exotisme et un don certain pour mettre ces derniers en musique. Mais là s'arrêtent les comparaisons. Car après un premier album instrumental («L'homme des Sables ») dans les pas du paternel, Benjamin s'essaye à la chanson sur son deuxième disque et ces dernières sont forcément « d'amour ». Ainsi donc « Chansons d'Amour !» est un disque qui voyage, de Nouméa à l'Afrique en passant par l'Amérique Latine, au gré des arpèges délicat des guitares acoustiques et des percussions exotiques. S'il fallait qualifier le musicien (multi-instrumentiste guitare, trombone), on dirait de lui qu'il est cool, tranquille (il suffit de le rencontrer pour s'en persuader), un sorte de JJ Cale, qui gratouille sa guitare alanguie, chante tranquillement pas vite de sa voix mélodique et parfume ses chansons d'effluves jazz exotiques. Sa musique est à son image et on écoutera son disque tout l'hiver en rêvant aux prochaines vacances.

http://www.benjaminderoubaix.fr/
https://www.facebook.com/benjamin.d.roubaix

vendredi 29 septembre 2017

Hotel : « Express Checkout »



Le titre de disque nous invite à quitter les lieux au plus vite. Pas sur cependant que l'on ait envie de se séparer tout de suite. Premier EP donc pour cette formation formée autour du duo Anne et Victor. Cinq chansons, assez variées, sont au menu entre titres chaloupés, (« Silence Turner ») et ambiances plus feutrées, alanguies (« Macadame », l'atmosphérique « Ma Rivière », peut-être la plus belle du lot). Bilingue, aussi bien à l'aise en français qu'en anglais, Hotel produit un pop ouvragée, un peu psyché (« Blue Bamboo Rocketship » sous influence Tame Impala), parfois progressive (« Ma Rivière » qui sonne comme un inédit d'Air) et un peu rétro, tendance 80s. Le genre de disque à écouter dans un bar (d'hôtel, pardi!) sous un néon rose fluo (« Makin the rules », « Blue Bamboo Rocketship »). Mais on retient surtout cette habileté à mixer et guitares et claviers, à faire cohabiter électricité et électronique. Belle ouvrage.
https://www.facebook.com/hotel.band

jeudi 28 septembre 2017

Fleurs de Paris de France de Griessen


Artiste pluri-disciplinaire (musicienne, actrice, aquarelliste...) France de Griessen ajoute une corde supplémentaire à son arc et publie, le 25 octobre prochain, son premier livre. Partie à la rencontre de plusieurs fleuristes parisiens (17), l'auteure tend à porter un autre regard, plus artistique, sur la profession. Richement illustré (d'après les extraits que l'on a pu lire, ce beau livre s'annonce magnifique) par l'artiste (photos et aquarelles) et truffé de références culturelles à la musique ou au cinéma, l'ouvrage illustre, en creux, le lien que France de Griessen a toujours entretenu avec la nature.

"Fleurs de Paris" de France de Griessen
Editions AAM, Collection "L'âme romantique d'une ville"

Par ailleurs la dernière exposition de l'artiste, "Aux rêveurs les mains pleines", est visible jusqu'au 11 octobre prochain à l'Arrosoir (80, rue Oberkampf, 75011).

Chapelier Fou : « ! »



En attendant son nouvel album (sortie prévue le 20/10) et histoire de fêter dignement ses dix ans, le Messin revisite sa propre histoire le temps de cette compilation fleuve (18 titres, 80 minutes) regroupant ses trois premiers Eps, enregistrés en 2007 (à l'exception de « Al Abama » et « Hahahahaha ? ») et sortis entre 2009 et 2012. Pour l'occasion, Chapelier Fou a totalement repensé son travail, en termes de tracklisting et d'artwork ; les titres ayant également été remixés et remastérisés. L'occasion pour nous de constater que, depuis ses débuts, l'univers onirique de Chapelier Fou a toujours été extrêmement abouti et qu'il n'a pas son pareil pour délivrer des petites pièces addictives avec la juste dose d'expérimentation (« Le grand n'importe quoi » qui rappelle Kraftwerk). En effet, la balance est délicate entre électronique, légèrement froide, entêtante et répétitive (« Trèfle », « Right place and time left »), et chaleur acoustique (la rêveuse magnifique « Horse ») comme le souligne le violon mélancolique qui orne parfois ses compositions (« Darling, darling, darling... », « Doodling hands », « Postlude ») et fait le lien avec la musique de film des années 1970. Et si le digne héritier, fils illégitime, de François de Roubaix c'était lui ?

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http://www.chapelierfoumusic.com/

mercredi 27 septembre 2017

DAAU : « Hineininterpretierung »



Relativement méconnu dans nos contrées, ce groupe belge au patronyme allemand absolument imprononçable fête ses 25 ans d'une manière assez originale, réenregistrant 20 pièces marquantes de son répertoire sur ce nouvel album, certains anciens membres faisant même leur retour pour l'occasion. Habitués que nous sommes au rock et aux grosses guitares, la proposition musicale, sophistiquée, complexe et expérimentale de DAAU peut, de prime abord, désarçonner l'auditeur. Car, point d'amplis en surchauffe ici, mais du violoncelle, de la clarinette et de l'accordéon, entre autres, au service d'un répertoire n'évoquant rien de vraiment connu, ni de franchement défini, mais plutôt une myriade d'influences diverses discrètement évoquées ici et là. Le geste et l'intensité dégagée peut rappeler celle d'un groupe punk-rock («Drieslagstelsel 1 et 2», « Voodoo Sim », « Waltz Delire ») ; l'acoustique chaleureuse de la contrebasse, présente de loin en loin, nous ramène du côté du free jazz (« Berlin-Deventer-Antwerpen », « Lounja la gazelle ») mais l'intention générale reste orientée vers une sorte de musique classique délocalisée dans les Balkans (cf. l'accordéon d' « Orange »). Sans oublier une paire de « chansons » rudement bien troussées (« Gin & Tonic ») servies à merveille par une voix rocailleuse à la Tom Waits (« Highway Tiger »). C'est donc à un corpus particulièrement riche et complexe que se frotte l'auditeur et il ne fait nul doute qu'un temps d'adaptation est nécessaire et une écoute répétée requise. Mais, difficile de ne pas succomber au charme de cette musique, pour le coup franchement originale, et, surtout, voyageuse. C'est ainsi mille images mentales qui se bousculent à l'écoute de cet album qui n'a pas fini de faire travailler l'imagination. Pour les rêveurs de tout bords…

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lundi 25 septembre 2017

Expo après la répète du 6 au 21/10


Et après la répète, que se passe-t-il, les groupes une fois rendus à la "vie civile" ? Epineuse question à laquelle le photographe Alexandre Bré tente d'apporter une réponse tout au long de 12 portraits, saisis sur le vif, en noir et blanc. Textes rédigés par la rédaction de Songazine (plus votre serviteur) et vernissage le 6 octobre prochain avec les excellents The Saintcyr en showcase. Début des hostilités à 19 heures.

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Exposition "Après la répète"
Du 6 au 21 octobre 2017
Galerie Stardust
37, rue de Stalingrad, 93310 LE-PRE-SAINT-GERVAIS
Métro Hoche, ligne 5

vendredi 22 septembre 2017

Beauty and the Beast, Théâtre Clavel, 21 septembre 2017.

(c) Régis Gaudin

(c) Régis Gaudin

Une fois n'est pas coutume, c'est sur une scène de théâtre, et non dans une salle de concert à proprement parler, que l'on a retrouvé Beauty and the Beast. Un choix particulièrement pertinent en l'espèce tant le duo cultive l'art de la comédie par le biais de petites mise en scènes notamment sur leur chanson d'amour (intitulée « J'me casse »!) où les musiciens s'échangent leurs instruments au cours de la même chanson. Car si ils ne sont que deux, Roxane et Michel, multiplient les différentes formules : contrebasse, guitares, ukulélé, mandoline, kazoo et un mini kit de batterie. Tout un attirail propre à mettre en valeur la diversité de leurs influences, du blues au jazz, en passant par une note rétro frenchy chic, évoquant la chanson française à base de textes décalés et inspirés par les petits tracas du quotidien. Le tout dans une ambiance fraîche, légère et humoristique. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour une soirée réussie. Comme ils l'avaient promis, le concert s'achève avec une pointe de hard rock : une reprise d'AC/DC (« Highway to hell) à la mandoline, dans la lignée des Hayseed Dixie !

mercredi 20 septembre 2017

Lukas Nelson and Promise of the Real



Fils de la légende Willie Nelson, on avait repéré Lukas Nelson et son groupe Promise of the Real l'an dernier en backing band du grand Neil Young. On a largement fait pire comme parrainage. Et c'est bien dans les pas de ces deux grands de la musique, et plus généralement dans la lignée des songwriters des années 1960/1970, que s'inscrit Lukas et son groupe, produisant un délicat mélange au mitan du folk, de la country et du rock. Mais ce disque est un véritable effort de groupe et rappelle l'approche jam de certains groupes de ces mêmes années. Ainsi, la musicalité et la précision du geste des musiciens est assez impressionnante et, surtout, mise au service d'un répertoire de haute volée, finalement bien plus intemporel que nostalgique. Au fil des plages, Lukas dévoile aussi un séduisant grain de voix, riche et tout en nuances, avec une petite brisure dans le fond de la gorge, débordante de feeling, laissant transpirer le vécu et les émotions, qui sert à merveille ses textes ancrés dans le quotidien. Si vous avez aimés récemment les Magpie Salute ou le Tedeschi Trucks Band, il y a de fortes chances que vous succombiez également au charme de ce sublime album...
En concert le 19 octobre à Paris (Café de la Danse)

Otherkin, bientôt en France...

(c) Gregory Nolan
Grande nouvelle ! Ils nous avaient séchés sur place l'an dernier aux Eurockéennes de Belfort, les Irlandais d'Otherkin seront bientôt de retour en France pour deux dates, le 1er décembre au Cargo (Arles) et le lendemain, 2 décembre à la Mécanique Ondulatoire (Paris). Le premier album du groupe, "Ok" sortira quant à lui le 29 septembre prochain.

dimanche 3 septembre 2017

Grit : « Shred of tales »



Dans la foulée de deux excellents Eps (chroniques ici), Grit continue sur son excellente lancée. On retrouve donc, avec bonheur, ce rock racé, mâtiné de power pop, qui pour une fois ne se revendique pas des années 70 mais trace sa propre voix, en équilibre entre décibels envoyés avec conviction et des petites audaces sonores dans les arrangements qui suffisent à élever le tout au-dessus de la moyenne (cf. « Sister », "Divided by two"). Une batterie solide (« Ready or not ») et une voix manquant de s'étrangler sur chaque titre complètent le tableau. Mais le quatuor impressionne surtout par son entregent, son énergie dévastatrice et cette tension sous-jacente qui habite les morceaux et semble sur le point d'éclater à tout moment. Un album d'excellente facture et un groupe à découvrir.

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samedi 2 septembre 2017

Carousel Vertigo, Dr Feelgood les Halles, 01/09/2017


Hier soir, dans la petite salle surchauffée au sous-sol du bar rock des Halles, le bien nommé Dr Feelgood, les franco-américains Carousel Vertigo présentaient, en live, leur nouvel album (chronique ici) à paraître le 29 septembre prochain et tant pis pour les grincheux qui réclament, toute la soirée durant, « le troisième titre du premier album ! ». Car avec ce nouvel effort, Carousel Vertigo s'impose comme une terrible machine à rock n'roll, le terme est choisi avec soin, en l'espèce, le roll à toute son importance, comme ils le prouvent en reprenant avec maestria Chuck Berry. Le fond reste très marqué par le hard rock des années 70, Led Zeppelin (le guitariste Jansen arbore un magnifique tee shirt millésimé 1977 du groupe) et Deep Purple (cf. l'orgue). Pourtant sans rien renier de son appétence pour les décibels qui font tâche, le quartet fait preuve d'une ouverture intéressante vers la musique noire américaine, l'harmonica endiablé nous ramène vers le blues alors qu'une mini section de cuivres, sax et trompette (sept musiciens sur la minuscule scène, ça se bouscule!) viennent apporter un supplément de swing et de soul. Les titres s'enchaînent comme des perles énergie et bonne humeur sont au rendez-vous, on passe une bonne soirée et suivant les mots du guitariste Jansen : « On transpire ensemble, c'est cool ». A la guitare, Vince, le chanteur, et Jansen s'échangent les positions rythmiques et solistes lorsque le groupe attaque « Don't take it to the heart », le moment émouvant de la soirée comme l'explique, en anglais, Jansen : « On pensait en avoir fini avec le nouvel album et puis il y a eu la fusillade au Bataclan. J'ai tourné autour du riff, puis Vince et les autres gars sont venus et en une journée on avait fini la chanson ». Un moment extrêmement émouvant en fin de cette très belle soirée de rock et de roll.

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Peter Perrett : « How the west was won »



Déjà, en 1978, à la tête de son groupe The Only Ones, Peter Perrett, en bon fan de Bob Dylan et du Velvet Underground, faisait figure d'exception au sein de la scène punk anglaise. L'âge aidant, Peter laisse maintenant libre cours à ses obsessions musicales avec ce deuxième album solo qui paraît vingt ans après le premier (« Woke up sticky », 1996) et un long combat contre les addictions diverses qui ont grandement parasité sa carrière et sa vie personnelle : c'est le come-back surprise de l'année ! Et il est réussi haut la main ! Le temps a ceci de formidable, il nous débarrasse du superflu et nous invite à ne retenir que l'essentiel. Dans le cas de Peter, il s'agît de la musique. Ce nouvel album est formidable, les titres s'enchaînent comme autant de classiques instantanés, sans ostentation aucune, articulés autour des guitares, basse et batterie, petites perles pop qui attendaient sagement de voir le jour. Intemporelles, les chansons sortent aujourd'hui comme elles auraient pu être enregistrées à la fin des années 1960 dans le sillage de celles de ses idoles dont l'influence est particulièrement prégnante sur ce disque. Un merveilleux sens de l'épure qui n'est pas sans rappeler deux autres come-backs récents (et très réussis aussi), ceux de Bill Pritchard et de John Cunningham. A (re)découvrir.

Peter Perrett, live sur le plateau de Nulle Part Ailleurs, en septembre 1996 : 

vendredi 1 septembre 2017

Cory Seznec : « Backroad Carnival »



Globe trotteur infatigable et bien décidé à ne rentrer dans aucune case prédéfinie, Cory Seznec est de retour, avec un deuxième album sous le bras, enregistré après un séjour de trois ans et demi en Ethiopie. Pour autant, notre homme ne s'est pas jeté à corps perdu dans la musique africaine mais a plutôt décidé d'inclure cette dernière (au sens large) dans ses influences au même titre que le blues, le folk, la soul ou la country. Un agrégat musical somptueux que l'on retrouve ici dans toute sa splendeur et servi avec passion. Le risque d'un album patchwork, décousu a été intelligemment évité par l'artiste grâce à sa qualité d'écriture et une interprétation hautement personnelle des différents idiomes précités, mélangés avec une maestria rare. Peu importe, en effet, la diversité des styles abordés, l'essentiel étant que le disque possède une véritable âme, une personnalité qui s'exprime soit à travers les cordes d'un banjo (« Hawk on a haystack », « Let it all go ») ou d'une guitare congolaise (« Tattered Flag »). Ainsi, c'est toute son humanité que l'artiste nous donne à écouter le long de ces dix plages, son expérience (« Colette bar & restaurant ») et ses voyages aussi (« Zanzibar (Ebb & Flow) »). Et lorsque cette dernière est servie par une telle qualité d'écriture, d'interprétation (« Sell you my soul », « Pigeon man ») et une production privilégiant un son intime et chaleureux, la proposition musicale ne peut être que de très haute tenue. A écouter d'urgence.

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jeudi 31 août 2017

Red Beans & Pepper Sauce : « Red »



Venu de Montpellier, Red Beans & Pepper Sauce sort son nouvel album sobrement intitulé « Red ». Rouge, donc, comme le feu et la passion, autant de qualificatifs idoines pour décrire ce disque chaud comme la braise. Rouge également comme les aiguilles du potentiomètre, prêtes à exploser. En la personne de Jessyka Aké, la formation a trouvé la chanteuse idéale pour servir son propos. Une chanteuse dont la voix, suave et soul, nous donne des frissons (cf. « Smiling child ») dix titres durant. Son grain de voix se glisse parfaitement dans l'univers du groupe, intrinsèquement ancré dans le gros rock n'roll millésimé 70s, où les guitares grasses (« Glitter city ») côtoient ici un harmonica blues roots ("Dead Spell") ou un pont sous influence funk/soul là. La meilleure incarnation se trouve certainement dans « Half world changeling » et « Smiling child » où le groupe enchaîne sous coup férir boogie bouillant et un pont soul et clavier psyché, comme un trait d'union entre heavy rock et black music (cf. « Flyin'high »). Blues énervé, soul électrique ou tout simplement rock n'roll, Red Beans & Pepper Sauce retrouve tout le sel qui faisait le charme des BellRays et Noisettes, naguère. Une descendance dans laquelle s'inscrit Red Beans & Pepper Sauce, mais, avec un nom de groupe pareil, pimenté à souhait, on n'en attendait pas moins d'eux.

Sortie le 21 septembre.

mercredi 30 août 2017

Automatic City : « Bongoes & Tremoloes »



Pour son deuxième album, Automatic City, a mis le rythme au cœur de ses préoccupations. Comme Curtis Mayfield naguère, Automatic City est tombé sous le charme des percussions. Ces dernières mélangées aux sons blues et rhythm and blues du groupe génèrent un véritable envoûtement musical auquel il est difficile de résister. Le groove s'en retrouve bien sûr renforcé mais se drape également d'une aura à la fois mystérieuse et exotique, évoquant tour à tour la Nouvelle-Orléans, La Havane voire l'Afrique (« Satisfied ») donnant tout son sel à cet album. Quelque chose d'unique en son genre classe et rétro en même temps. Les plages s'enchaînent et la magie procurée par l'ambiance hypnotique si particulière du disque perdure. Un must à n'en point douter, à écouter pour accompagner une virée nocturne dans le bayou.

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mardi 29 août 2017

Rock en Seine 2017


(c) Christophe Crénel

Voici venu le temps de Rock en Seine et pour trois jours on retrouve notre petite bulle musicale, coupés du monde, où l'univers tourne autour de questions hautement existentielles telles que « Bon on va voir qui : At the drive-in ou Cannibale ? » (la réponse à l'insoutenable suspense se trouve un peu plus loin dans cet article). Petite revue d'effectif…

Vendredi 25 Août
Cannibale (c) Victor Picon
The Pretty Reckless (c) Olivier Hoffschir

On commence tranquillement (façon de parler) avec The Pretty Reckless, tout de noir vêtus, menés par la chanteuse Taylor Momsen. Reprenant à son compte l'héritage du hard rock des années 1980, le groupe livre une prestation calibrée pour la scène d'un grand festival. Fort en décibels, envoyés avec un professionnalisme certain mais manquant tout de même un peu d'âme. De plus, désireuse de couper avec son image d'actrice hollywoodienne, la chanteuse (et ex-star de la série Gossip Girl) surjoue son rôle de bad girl des « f-word » plein la bouche… Nous voici ensuite en route à la découverte d'un territoire inconnu, la nouvelle scène Firestone, sponsorisée par la marque de pneus du même nom, et décorée comme une station service vintage. Amusant, certes mais pas forcément idéal pour la musique, la scène, minuscule, est loin d'afficher le même standing que les autres. Ce qui n'empêche pas d'y voir des groupes de qualité, comme Cannibale (fin du suspense) signés sur Born Bad, le label qui nous empêche de sombrer dans la monotonie. Et là Born Bad a fait fort. Cannibale vient de Normandie, ses membres affichent un âge certain (la quarantaine) et ils sont tombés dans la marmite des musiques africaines et caribéennes, influences qu'ils mélangent avec des guitares fuzz et autres claviers vintage produisant un rock garage/psychédélique exotique et fort en goût. Un trip hallucinant ! On termine notre première (petite) journée par une virée sur la scène Ile-de-France, qui a la particularité de ne présenter que des artistes en développement originaires de la région sous une tente intime et décorée comme une petite salle de concert de banlieue. L'occasion pour nous de découvrir en live le duo (guitare/basse) No Money Kids pratiquant un blues/rock original où la batterie est remplacée par une boîte à rythme. Des boucles électro apportent une note planante sans pour autant dénaturer le fond très roots de la chose. Belle découverte.

Samedi 26 Août
Frustration (c) Olivier Hoffschir
Ulrika Spacek (c) Olivier Hoffschir 
Lysistrata (c) Olivier Hoffschir
The Kills (c) Christophe Crénel

La découverte, le groupe surprise, que l'on ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, et qui devient notre préféré, bref, le coup de cœur, c'est la grande joie des festivals. Celui de cette année est arrivé à l'aube du deuxième jour en la personne des Anglais d'Ulrika Spacek. Groupe étrange, aux contours peu définis, la formation anglaise évolue à la marge de l'indie rock, dans lequel on retrouve des accents post rock atmosphériques et progressifs et un trio guitares shoegaze. Pas tout à fait garage ni psyché, simplement unique en son genre. Tirant son nom d'une pièce de théâtre antique Lysistrata est un trio particulièrement énergique. Face à face, le guitariste et le bassiste se font front, se nourrissant l'un l'autre. Intense dans un registre pas si éloigné de la scène noise des années 1990. Un petit tour ensuite sur la scène Ile-de-France qui a la particularité ce jour de mettre à l'honneur des groupe de lycéens via le dispositif « Première Seine ». On retrouve le trio féminin Dragon's Daugther, une formule punk/rock assez classique, pas encore aboutie, normal vu le jeune âge des musiciennes, mais emballante de fraîcheur et d'enthousiasme. Une prestation assez touchante. Dans la lignée de leur prestation aux Eurocks il y a un an, The Kills sont désormais quatre sur scène. L'ensemble gagne en épaisseur et leur compositions aussi. Détour obligatoire ensuite vers la scène de la cascade pour retrouver la soul millésimée de Lee Fields, lequel fait figure de survivant entre la disparition cruelle de Sharon Jones l'an dernier et la maladie de Charles Bradley. Lee quant à lui est dans une forme épatante. Vêtu d'une veste jaune à paillettes du plus bel effet, Lee arpente les sentiers de l'âge d'or de la soul, fortement empreinte d'influences des années 60 et 70. Le vécu, d'un réalisme saisissant, coule de ses cordes vocales, groove pêchu grâce aux interventions des cuivres, un brin de psychédélisme dans la guitare, tout est là pour faire de ce moment un intermède divin ! Passer du coq à l'âne c'est tout l'art d'un festival. A l'autre bout de l'échiquier, et sur la scène de l'industrie, on retrouve les français de Frustration et leur horde de fans hardcore, qui les suivent partout. Pour qui ne les a jamais vus, découvrir Frustration sur scène est un choc. Le son des synthés est puissant, énorme, assommant. Jamais très loin de la cold wave, Joy Division en tête, les Français apportent leur touche personnelle par le biais d'une guitare garage et rock n'roll en diable contrastant avec l'apparente froideur de la section rythmique et des claviers. Le résultat est dantesque, le public est K.O, il va nous falloir un petit moment pour nous remettre…

Lee Fields (c) Christophe Crénel

Dimanche 27 Août

King Khan and The Shrines (c) Olivier Hoffschir

King Khan and The Shrines (c) Olivier Hoffschir

Deluxe (c) Olivier Hoffschir
Ty Segall (c) Olivier Hoffschir

C'est déjà le dernier jour, le mercure monte en flèche, les décibels aussi… On commence avec notre Olibrius préféré King Khan et son groupe The Shrines. Rhythm and blues, soul et blues sont au programme mais sur une note déjantée et portée par une énergie résolument punk. Beaucoup plus freaks que Lee Fields la veille, King Khan adjoint le geste à la parole enfilant une combinaison moulante (franchement pas super seyante) à plumes dévoilant l'envers de son anatomie… Avec des personnages comme lui, le festival ne risque pas de tomber dans la monotonie, tant mieux ! On peut presque en dire autant des Français de Deluxe qui prennent la suite sur la grande scène. En concert, la proposition de Deluxe est particulièrement aboutie. Melting-pot de musiques où se croisent funk, disco, hip-hop, électro et (quand-même) un peu de rock, Deluxe met le show en avant. Tout est fait pour favoriser l'interaction avec le public, différents membres du groupe prenant la parole pour exhorter le public à « surfer » (en gros, sauter, lever les bras en l'air etc.) Le tout sous le signe de la pilosité (ah les bacchantes du bassiste) partagée et même pour la chanteuse qui arbore un jupe en forme de moustache. Il nous a abasourdis il y a un an (aux Eurockéennes), Ty Segall est de retour ! Moins incisif que par le passé, Segall évolue en territoire mouvant entre garage et psyché. Entre guitares incisives et piano progressif, Segall se perd un peu en route et nous aussi, avant de se blesser à l’œil, un bout de baguette de batterie semble t-il, c'est dire si le batteur cogne. On est un peu déçus quand-même. Il y a peu, Mac DeMarco a sorti un album particulièrement relax suite à son déménagement en Californie. Il en va de même sur scène ou Mac s'amuse comme un petit fou, « peut-être un petit peu trop » selon ses propres termes, prenant la posture d'un chef d'orchestre déjanté, faisant accélérer son groupe au-delà du raisonnable, rendant son répertoire inécoutable. Débonnaire et amusant. Ils ont débarqués précédés d'une réputation flatteuse, The Lemon Twigs (en quatuor) font revivre la FM des années 70 entre guitare glam rock et psychédélisme flamboyant du clavier. L'intermède slow au piano casse un peu le rythme de la chose mais le set charme par sa nostalgie. Retour ensuite à la « station service » où Arnaud Rebotini, seul entouré des ses synthés vintage, fait danser la foule. Cela commence plutôt doucement avec des nappes planantes avant que les couches successives ne fassent tout exploser. Derrière ses claviers, le musicien semble comme happé, possédé, jetant de temps en temps un œil à la foule pour y puiser une nouvelle énergie. La communion avec le public semble totale. Un trip spatial 80s… On termine enfin notre week-end en compagnie du Villejuif Underground, un quatuor atypique où la batterie est remplacée par une boîte à rythme apportant une sorte de rectitude froide au déluge de guitare garage/fuzz. Le groupe attire la sympathie, son chanteur australien, showman assumé et déluré, n'hésite pas à se rouler par terre au milieu du public transformant l'instant en gros bordel rock n'roll quoi de mieux pour clôturer ces trois jours ?

Mac Demarco (c) Olivier Hoffschir
The Lemon Twigs (c) Victor Picon
Arnaud Rebotini (c) Christophe Crénel
Arnaud Rebotini (c) Christophe Crénel

jeudi 24 août 2017

Fabrizio Rat : « The Pianist »



Etudiant au conservatoire et impliqué en même temps dans différents projets techno et dance, Fabrizio Rat (The Pianist, c'est lui!) a longtemps caché sa double vie artistique aux uns et aux autres jusqu'à sortir ce premier album solo mariant à merveille ses deux passions. Glissant ses doigts avec virtuosité sur le clavier, Fabrizio Rat fait entrer le vénérable piano à queue dans une autre dimension. Car, et c'est rien de le dire, les sonorités développées ici n'ont rien de classique ni même d'identifiables. Usant de mille ruses, à base de scotch et de patafix, le musicien tire ici de son instrument des sons inédits, drapés dans un echo mystérieux (« Gould ») quelque chose tenant à la fois de l'identifiable et de l'inconnu (« Horowitz », « Michelangeli ») qu'il mêle ensuite aux puissantes rythmiques techno pour un résultat hypnotique et envoûtant faisant le grand écart entre la sourdine et le déferlement sonore. Mystérieux et séduisant.
https://www.facebook.com/fabriziorat.lamachina/

mercredi 23 août 2017

Mac DeMarco : « This old dog »



Notre slacker préféré est de retour et il a changé de vie en quittant la grisaille new-yorkaise pour le soleil californien. Cette nouvelle vie s'accompagne de deux découvertes majeures, un vieux synthé un peu cheap d'une part et une boîte à rythme, pareillement vintage, de l'autre. N'allez cependant pas croire que DeMarco a subitement viré électro. Bien au contraire, ce nouveau vernis constitue une couche supplémentaire dans sa musique et s'accompagne d'un virage acoustique (« My old man », « One another », « Still Beating ») étonnant dans ce contexte. Le synthé drape l'ensemble d'une note onirique et nostalgique évoquant de vieux jeux vidéos des années 1980 (« For the first time », « Dreams from yesterday », "On the level") et le soleil californien rayonne sur ce disque en lui conférant une note alanguie et laid-back. Tranquille et à la coule, à écouter en cette fin d'été pour prolonger la torpeur estivale. Et à vérifier sur pièce ce week-end à Rock en Seine.

En concert le 27/08 à Saint-Cloud (Rock en Seine).
https://macdemarco.bandcamp.com/
https://www.facebook.com/MacDeMarcoBand/
https://twitter.com/msldemarco

Malia : « Malawi Blues / Njira »



Après quelques détours électroniques, en compagnie du Suisse Boris Blank, Malia revient à ses premières amours le jazz et la soul sur ce sixième album studio. Le choix de l'orchestration est volontairement restreint, et privilégie l'acoustique : piano, contrebasse, percussions diverses et une guitare éparse. D'emblée l'album nous plonge dans une atmosphère agréable et douce, bercé par la voix subliment éraillée de la chanteuse. L'acoustique se fait tour à tour chaleureuse et intime et nous caresse l'oreille, on s'imagine écouter la chose dans un petit bar, un club aux murs de briques rouges, lové dans une banquette. Pendant ce temps, la musique fait de nombreux allers et retours entre l'Afrique natale de Malia et son Europe d'adoption. Le chant alterne entre anglais et chechiwa (une langue vernaculaire), les mélodies se balancent entre jazz/soul classique et rythmes africains (« Love is holding both our hands », « Disgrace »). Entre les deux, Malia nous ensorcelle dans un grand numéro de charme vocal, son timbre dégage une émotivité puissante par le biais d'une petite fissure soul dans le fond de la gorge. Un très bel album à écouter de préférence la nuit tombée.

https://www.facebook.com/MaliasMusic/
http://www.jazzecho.de/malia/home


mardi 22 août 2017

O KA de Souleymane Cissé



C'est un fait sordide qui a donné naissance à ce documentaire du cinéaste malien, l'expulsion manu militari de ses quatre sœurs de la maison familiale (le titre « O Ka » signifiant notre maison en langue vernaculaire). Prenant le traumatisme comme point de départ, Souleymane Cissé signe un film étrange, entre deux eaux, questionnant les notions d'identité, de nationalité et d'appartenance tant familiale que géographique. Un film étrange car aussi poétique que cruellement réaliste, où la beauté éthérée de la nature, certains plans sont dignes de Terrence Malick, contrebalance la brutalité citadine. C'est enfin un regard alarmiste posé sur le Mali, miné par les querelles intestines et la corruption, le portrait d'un pays sombrant dans la guerre et la violence. Fort, beau et envoûtant. 
Sortie le 6 Septembre.

lundi 21 août 2017

Carousel Vertigo : « Revenge of Rock and Roll »



Avec son deuxième album au titre claquant et aussi percutant qu'une antienne, Carousel Vertigo, le groupe franco-américain l'affirme haut et fort : l'heure de la revanche a sonné ! Avec une précision millimétrée, les quatre musiciens trouvent la balance parfaite entre classic et hard rock. Une certaine appétence pour les décibels (« No more hesitatin' », « Hard Luck Lover ») au service d'un répertoire respectueux des mélodies (« Honey Do ») ou l'on retrouve quelques traces de soul (la voix du chanteur Vincent) et de rhythm and blues (les cuivres de « Revenge of Rock and Roll », le riff de guitare de « Jackie Run Run », « Hideaway » qui ressemble à un inédit des Black Crowes). Il émane de ces dix compositions un air intemporel, on plonge dans ce disque comme on feuillette un ancien album photo, avec un regard un peu nostalgique à l'évocation des souvenirs heureux mais ragaillardis et prêt à repartir à l'assaut. Un peu à l'image des quatre musiciens du groupe qui n'ont cure des modes et sont prêt à faire sauter les amplis pour défendre la musique qu'ils aiment et qui n'a pas d'âge, avec un enthousiasme communicatif dix titres durant. Dans le fond, qu'est-ce qu'un bon disque ? 45 minutes, suspendues et hors du temps, du soleil pour les oreilles. Mission pleinement remplie en l'espèce.

Sortie le 29/09/2017
En concert le 1er septembre à Paris (Dr Feelgood Les Halles)


http://www.carouselvertigo.com/default.asp

Exposition Riot Girls du 31/08 au 23/09/2017

(c) Nadia Valentine courtesy Arts Factory

Du 31/08 au 23/09 prochain la galerie Arts Factory va baigner dans une ambiance sulfureuse avec cette exposition collective organisée grâce au mécénat de l'association Clovis Trouille (1889-1975), le peintre anticlérical et antimilitariste. Quatre artistes seront ainsi exposées : Maya McCallum, Anne van der Linden, Céline Guichard et Nadia Valentine. Quatre univers graphiques différents mais unis dans la liberté et l'absence de tabou.

Galerie Arts Factory
27, rue de Charonne 75011 Paris
Du lundi au samedi 12h30-19h30.

samedi 19 août 2017

Pastors of Muppets : « Heavy Birthday »



Détournant habilement le titre d'un célèbre album de Metallica, Pastors of Muppets est un projet pour le moins étonnant et iconoclaste : un brass band spécialisé dans les reprises d'heavy metal ! La formation, 12 membres déguisés comme autant de stars du genre, s'est déjà fait repérer lors de la dernière édition du Hellfest avec ses relectures d'AC/DC ("Back in Black", étonnant), Black Sabbath (« War Pigs ») et autres Rage Against The Machine (« Freedom »). Et surprise, sans la moindre note de guitare, le brass band s'avère aussi lourd que ses modèles. Et voilà comment on pousse le potentiomètre dans le rouge, le souffle en guise d'ampli (cf. « Master's apprentices »). Chapeau bas. Original, décalé, un groupe à découvrir.

http://www.pastorsofmuppets.com/
https://fr-fr.facebook.com/PastorsofMuppets/
https://pastorsofmuppets1.bandcamp.com/
https://soundcloud.com/pastorsofmuppets

vendredi 18 août 2017

Zozophonic Orchestra : « That thing »



Ce nouvel album du Zozophonic Orchestra s'intitule « That thing ». Et « ce truc » tel qu'on l'imagine, cela serait le swing, le groove chaud et moite qui suinte de chaque plage de ce disque à tel point que l'on jurerait la chose échappée d'un bouge du quartier de Treme à La Nouvelle-Orléans. Le groupe est mené par Manouche Fournier, un musicien au parcours atypique, trompettiste devenu chanteur/guitariste d'un groupe aussi iconoclaste que lui. L'album est ancré dans les musiques afro-américaines au sens large, comme un carrefour où les différents genres se croisent et s'entremêlent. Tout part du rythme, funky en diable, bien servi par des cuivres puissants (« Dear. A ») ensuite, une guitare slidée évoque le blues (« Watcha gonna do », « Jealous Blues ») avant qu'un éclair rock garage ne transperce l'ensemble par le biais d'une guitare dévastatrice (« Little Baby »). Voilà le genre de disque qui fait du bien aux oreilles et à la tête mais potentiellement destructeur pour les hanches et les articulations !

Sortie le 25/08/2017

Www.zozophonic.com
www.facebook.com/zozophonicorchestra