mardi 4 août 2020

Rodolphe Burger : « Environs »



Le huitième album de l'ancien chanteur de Kat Onoma, une des voix les plus indispensables de la chanson française, part d'une vieille carte géographique, de la région de Colmar (celle d'où est originaire le chanteur), dont le nom des villes a été effacé par le passage inéluctable du temps. Chinée aux Puces de Clignancourt par Fred Poulet (musicien et réalisateur de son état) et offerte à son ami Rodolphe, le singulier objet a suffisamment intrigué le chanteur au point de lui inspirer un disque entier. Un album d'errance où le chant voyage de langues en langues (français, anglais et welche, le patois local) et au-dessus duquel plane le fantôme de Serge Gainsbourg (cf. le titre d'ouverture « Bleu Bac »). L'auditeur est quant à lui baladé par une musique nomade aux sons incertains, vaguant de l'acoustique chaleureuse à l'électronique cotonneuse, bercé par l'ambiance nocturne qui se dégage de cette remarquable collection de chansons, cohérente et hantée de bout en bout. Une musique nomade, voire mutante, mais qui se souvient parfaitement de sa genèse comme le prouve les reprises, chipées chez Sam Cooke (« Lost & Lookin »), Grant Lee Buffalo (« Fuzzy ») ou Can (« Mushroom »), et parfois traversée de violents éclairs, blues ou reggae, électriques (« Ba Ba Boom Time »). Enfin, comment ne pas être submergé par l'émotion alors que résonne la voix du regretté Christophe, capturée pour l'éternité dans « La Chambre », chère à Kat Onoma, qui clôt ce magnifique, envirant (du verbe envirer, tourner sur soi-même), album. 

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lundi 3 août 2020

New Favourite



La genèse du groupe est pour le moins insolite puisque cette dernière à eu lieu à 1 500 kilomètres de l’Hexagone, à Ostrava (République Tchèque), où Alex (chant, guitare) a rencontré, par pur hasard, Aurélien (batterie, chant) alors que les deux musiciens étaient en tournée avec leurs groupes respectifs. C'est une fois de retour en France que les choses sérieuses commencent ! Par sérieuses, comprendre en l’occurrence, lourdes tant le groupe, devenu trio avec l'addition de Pierre à la basse, sait y faire en matière de boucan et d'amplification saturée. Comme un écho du passé, la musique du groupe prend racine dans le hardcore entre chant étranglé et déflagration électrique. Mais, mettant de côté toute considération stylistique, le trio sait aussi être sensible aux mélodies et ménager ainsi de l'espace pour l'émotion, une respiration afin de mieux descendre l'échelle des watts. Le chant des possibles grand ouvert, le trio n'a pas peur de dévoiler ses aspirations classic rock voire pop avec, toujours, cette énergie à revendre incarnée par une batterie en équilibre, entre vélocité et martèlement. Point de chapelles par ici, donc, mais de nouveaux favoris pour (presque) tous. Accrocheur !

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samedi 1 août 2020

Ciné Music Festival du 5 au 23 août 2020


Un été sans concert ni festival est certes bien triste, mais, voici peut-être la meilleure alternative pour voir quand même quelques concerts, cette année, au cinéma. Du 5 au 23 août, dans les cinémas des groupes CGR et Kinépolis on pourra revoir une sélection éclectique de quelques performances mythiques d'Amy Winehouse aux Eurockéennes de Belfort en 2007 à The Cure à Hyde Park (2016), du regretté Christophe à l'Olympia 2002 à "Imagine Lennon".

Infos et réservation :

https://www.cgrcinemas.fr/cine-music-festival/
https://kinepolis.fr/

jeudi 23 juillet 2020

The DeNiro's : « Surfin' in Love »



On connaissait tous le principe du concept album. Le sextet toulousain pousse le bouchon encore plus loin, offrant un album concept illustrant le concept du groupe. Il suffit de jeter un œil sur le patronyme de la formation pour deviner quelle est la célébrité qui l'a inspiré, ce premier album étant une interprétation surf rock des meilleurs rôles dudit acteur, chaque chanson étant inspirée d'un film. Vous suivez toujours ? Oui ? Tant mieux alors, car il ne reste plus qu'à se délecter de la surf music déjantée, primesautière, bourrée d'humour au second degré du groupe ! Toujours prêts pour la déconne, frais et plein d'allant, les musiciens prennent néanmoins leur musique très au sérieux ! On en veut pour preuve la production soignée de la galette et les nombreux clins d’œils vers le rock garage/indé (« Bleach Please » ; l'excellente "Buddy Bobby") voire la pop psychédélique pastiche des Beach Boys (« Ride ») ou bien encore le slow kitsch du morceau titre ; une bonne blague illustrant le sens de l'humour qui anime la troupe ! Autant de genres qui, mine de rien, enrichit et fait sortir des sentiers battus la proposition musicale de ce groupe rafraîchissant et de saison ! 



mardi 21 juillet 2020

TV Sundaze : « On The Balcony »



A l'instar du surfeur qui chope la vague sans trop savoir où cette dernière va le mener, les musiciens de TV Sundaze s'emparent de la surf music avant de se jeter dans l'inconnu. Que le son déferle et advienne que pourra ! Et en l'espèce, le ride, plus que réussi, nous jette dans les bras de la sunshine pop, incarnée par un chant mélodique et délicat (cf. « Spencer Hill »), agrémentés de quelques picotements garage dans le manche de la guitare (« Sad N Soaked » ; « Supermarket »), et d'un soupçon de bizarrerie psychédélique dans les arrangements (cf. « Dry Flowers »). Autant de genres musicaux plus ou moins associés à l'été et convoquant nombre d'images mentales chez l'auditeur où il est question de soleil, de vagues, de sable et de palmiers, parfaitement raccord avec la jolie pochette « fruitée », colorée de tons chauds et signée Mae Berte. Notre disque de l'été ! 

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https://tvsundaze.bandcamp.com/releases



lundi 20 juillet 2020

Les Blousons : « Biknits »



Ecouter Les Blousons c'est revivre un certain age d'or du rock français ! Une explosion de décibels où se télescopent les influences du rockabilly au rock garage sans se soucier le moins du monde de copier un modèle anglo-saxon mais plutôt de l'adapter à la langue française. Pas le moins du monde obsédé par le passé et l'authenticité vintage à tout prix, Les Blousons sont plutôt soucieux de préserver la flamme du rock'n'roll. Que cette dernière soit incarnée dans du rock garage inspiré des sixties, du punk de la décennie suivante ou dans des groupes stoner plus contemporain importe finalement peu. « Qu'importe le flacon tant que l'on a l'ivresse » semble nous dire le groupe qui se contrefiche des étiquettes. Dans ce grand brassage des genres, une caractéristique fait le lien : l'énergie que les musiciens mettent à défendre leur musique, presque au point de faire transpirer les enceintes ! Contagieux et addictif, un album brûlant ! 

https://superapeslabel.bandcamp.com/album/biknits
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dimanche 19 juillet 2020

Benjamin Biolay : « Grand Prix »

Biolay passe la seconde, et tel un bolide rutilant, sort un nouvel effort à l'imagerie rétro et surréaliste (cf. le mécanicien en feu à l'arrière plan), comme une scène que l'on jurerait sortie d'un vieil album de Michel Vaillant. Ce nouvel album est donc marqué par l'univers de la course automobile, une influence que l'on retrouve jusque dans les titres des chansons : « Comme une voiture volée », « Grand Prix » (un titre hommage au pilote Jules Bianchi), «Ma Route », l'instrumental « Virtual Safety Car », « Interlagos » (du nom du circuit cadre du Grand Prix du Brésil). Une courbe habilement négociée par le chanteur qui retrouve une seconde jeunesse au volant de son bolide, comme si la vitesse avait soufflée un grand courant d'air sur sa musique. On ne souvient pas, en effet, de titres aussi rock qu'« Idéogrammes » (par exemple) dans le corpus du chanteur. Des guitares rutilantes ornent ces nouvelles chansons trahissant les influences anglo-saxonnes de Biolay (cf. « Comme une voiture volée » sous obédience Interpol) que l'on avait fini par oublier, masquée par le succès massif et populaire. Un album donc les mélodies et les rythmes peinent à cacher le profond désenchantement des paroles et la mélancolie du temps qui passe (« Si je t'avais rencontré avant, quand j'étais jeune et charmant » ; « Je ne veux pas qu'on se leurre, on m'oubliera peu à peu » ; "Chaque jour ma vie est plus courte que la veille"). 

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samedi 18 juillet 2020

Giuda : « E.V.A. »



Originaire d'Italie, Giuda fait office d'anomalie dans le roster du label Rise Above Records, spécialisé dans les groupes métal qui ressemblent plus où moins (voire beaucoup) à Black Sabbath. Rien de tel chez Giuda dont les influences penchent plutôt vers le versant glam du pop rock entretenant une savant dichotomie entre l'écriture des chansons et l'interprétation de ces dernières. Nous sommes donc en présence d'un album pop avec ce que cela suppose de mélodies sucrées et addictives. Mais ces dernières sont jouées par un vrai groupe de rock'n'roll que l'on imagine jubiler à l'idée de lacérer la pop gentillette un riff de guitares saturées après l'autre. On pense en particulier au batteur, véloce, faisant le lien entre disco beat et hard rock à grands coups de cymbales frappées à la volée. Inspiré par l'espace, son exploration et sa conquête (une thématique très sixties/seventies) Giuda ne se prive pas du plaisir d’agrémenter sa musique de lampées de synthés analogiques acides pour la note rétro-futuriste. En cohérence avec ses influences 70s Giuda rappelle les grandes heures du glam pré-punk des New York Dolls à Kiss en passant par les premiers Bowie. Réussi, entraînant et servi avec une chouette pochette ! 

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vendredi 17 juillet 2020

Giöbia : « Plasmatic Idol »



Alors que se déploie les nappes synthétiques glaçantes du premier titre, « Parhelion », l'auditeur frissonne ; les souvenirs remontent à la surface, comme transposés sur un film d'horreur inédit exhumé des années 1980 servis par une bande originale imaginaire signée John Carpenter. Autant de références dont usent les Italiens de Giöbia pour nous plonger dans un cauchemar anxiogène. Riche en synthés analogiques mais pas exempte de guitares non plus (cf. « In the dawn light »), la musique se niche dans un interstice très mince entre psychédélisme (« Haridwar ») et cold wave synthétique ; influences principales sur lesquelles plane l'ombre du métal doom et stoner. Soit une terre vierge au mitan des années 1970 et 1980. Un exercice de style qui donne sa pleine mesure dans des compositions au long cours, un véritable labyrinthe musical dans lequel l'auditeur aventure une oreille à ses risques et périls. Composé avec hardiesse et produit avec un soin maniaque jusqu’au moindre son, c'est franchement réussi. Et la pochette est magnifique ! 

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jeudi 16 juillet 2020

Vertige : « Populaire »



Alors que le regard se pose sur la magnifique pochette, impossible de ne pas penser aux années 1970 et en particulier à la couverture de l'album « Camembert électrique » de Gong. Mais finalement, après écoute, le duo composé de Robin Feix (ex-bassiste de Louise Attaque) et de Jérôme Coudanne (ex-chanteur et guitariste de Deportivo) offre bien mieux qu'une banale resucée des seventies : une véritable expérience en soi ! Conçu à distance entre Brighton et Barcelone, où sont exilés nos musiciens, ce premier effort donne corps au concept de « pop radicale » conçu par les deux compères : textes en écriture automatique (cf. « faudrait pas mourir avant d'avoir fumé tout le sac de beuh de tes parents » ; « toutes les drogues se synthétisent »), orchestration minimale (claviers, boîtes à rythmes, guitare et basse) et des compositions brèves, autour des deux minutes, allant du punk (l'excellente « Matinée ») aux échos psychés (« Tournesol » ; la très latine « Bassonica ») et cold wave (« Zorro » ; « Corcovado »). Simple et efficace, il se dégage de ces compositions un magnétisme hypnotique (« SM » ; les magnifiques « Galaxie » et « Paname Airlines ») porté par des lignes de basses énormes et un chant suave. Inspiré par la notion de mouvement, le disque est parsemé de bruits d'ambiances, de train ou d'annonces d'aéroport ; laissez votre imaginaire travailler et embarquez pour ce magnifique voyage en sons et en mélodies. 
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mercredi 15 juillet 2020

Orqid : « Tenderness »



Autrefois berceau du grunge et de groupes garage barrés (The Sonics), autant de genres chers à nos oreilles, Seattle possède néanmoins une scène musicale riche et variée dont un nouvel exemple nous est donné à travers l'électro vaporeuse de Tom Butcher, aka Orqid (l'orchidée en français). Et il faut très certainement avoir grandi dans cette univers froid et humide, entre océan et forêt, pour donner naissance à une musique aussi évocatrice du spleen. La musique d'Orqid n'est pas vraiment pour la danse tant le groove qui s'en échappe est abstrait (cf. "Our love"). Il s’agirait plutôt d'un disque propice à la rêverie dont les multiples notes « bipées » résonnent telles des gouttes de pluie au milieu de nappes synthétiques froides, évoquant une version moderne de la cold wave, éthérée, hypnotique et mélancolique à la fois. Orné d'une magnifique pochette multicolore, le vinyle est sublime dans une finition bleu pastel marbré de rose. 

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mardi 14 juillet 2020

Untitled With Drums : « Hollow »



Il existe, entre la puissance abrasive du métal et les aspirations hypnotiques du rock progressif, un fin interstice dans lequel se gouffre le groupe de Clermont-Ferrand. Leur premier album exhale un fort parfum des années 1990 dont ils ont parfaitement intégré les codes, alternance entre tension, dans un tonnerre de guitares, et accalmie, incarné par le chant lancinant qui renforce l'aspect planant, apporté par les synthés discrets, de leur musique. Influences qu'ils restituent à la perfection en y ajoutant une touche plus contemporaine influencée par le post rock (ou punk on ne sait plus trop à la fin). S'il y a bien un aspect sur lequel le quintet mettra tout le monde d'accord, c'est la puissance sonore et le soin extrême apporté au son, maniaque et produit au millimètre. Et c'est finalement là que réside la limite de l'album, dans cette impression d'écouter des impétrants studieux et appliqués mais dont on peine à deviner la personnalité, voire la créativité. Il n'en reste pas moins un disque de rock carré et efficace qu'il faut accueillir avec bienveillance car il s'agît, ne l'oublions pas, d'un effort inaugural. Et fort en batteries qui plus est, mais ça, le patronyme de la formation le laissait deviner. 

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dimanche 12 juillet 2020

Les Marquises : « La Battue »



Contrairement aux îles dont ils empruntent le nom, Les Marquises (le groupe) sont loin de convoquer des paysages idylliques de couchers de soleils sur mer turquoise dans leur musique. Ce serait même plutôt l'opposé : une musique d'enfermement, conçue en petit comité, aux origines incertaines. Car si le titre d'ouverture « Bare Land » possède un petit air baroque du « Bal des Laze » de Polnareff, le reste de l'album détonne dans le paysage francophone et déroute l'auditeur. A la fois expérimentale et grandiloquente, la proposition des Marquises marie rythmes tribaux, orgues hypnotiques, synthés glaçants et textes cryptiques. Entre angoisse pure (« La Battue » ; "Head As A Scree") et fascination ("White Cliff"), l'oreille de l'auditeur vrille et balance, baladée dans ce disque labyrinthe, paradoxalement strident et minimal à la fois, nourri d'émotions contradictoires. Difficile d'en ressortir indemne. 

https://lesmarquises.bandcamp.com/album/la-battue
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samedi 11 juillet 2020

Sarah Amsellem : « Sesame »



Quelle année pour Sarah ! Elle, qui a attendu si longtemps avant de trouver enfin l'intonation juste, pour se lancer en solo avec un premier album miraculeux, vient, à l'occasion du disquaire day de sortir un nouvel EP, soit sa troisième sortie en l'espace d'une année ! Ce nouveau disque, composé de quatre chansons, marque une nouvelle étape pour la chanteuse qui, pour la première fois, ose le chant intégralement en français. Et il plane comme un petit air de Marie Laforêt sur ce nouvel effort, majoritairement acoustique, où la chanteuse se révèle douce et poétique. Et pourtant, pratiquant un savant contrepoint avec la musique, les paroles laissent deviner un univers autrement plus tourmenté que les délicats arpèges de ukulélé le laissent supposer (cf. « Fleur Sauvage ») de prime abord et, finalement, pas si éloigné de l'approche « wild folk » chère à France de Griessen. 

https://sarahamsellem.com/
https://kuronekomedia.lnk.to/Sesame
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mardi 7 juillet 2020

Bonbon Noir



Curieux patronyme que celui de ce nouveau groupe, alliage contre-nature d'univers à la fois sombre et enfantin, dont le premier effort accompagne la sortie du roman graphique du même nom. C'est donc en mélodies que Bonbon Noir accompagne les aventures d'Anita Black, le personnage principal de l'ouvrage. Une œuvre particulièrement cinématographique alliant le souffle épique des compositions d'Ennio Morricone (cf. les échos western du titre d'ouverture « Grand Opening ») au sentiment mélancolique et étrange (cf. « An absolute beginner ») émanant des bandes originales d'Angelo Badalamenti (le compositeur du thème du Twin Peaks de David Lynch). Le tout s'amalgame avec bonheur dans les influences rock'n'roll (cf. « Bullrock Island ») et psychédéliques à visée planante du groupe (« Shadow in the sails »). Dans un monde parfait, la chose aurait constitué un magnifique livre-disque orné, qui plus est, d'un magnifique pochette. Hélas, la chose ne sort qu'en digital. Dommage. 

https://www.bonbon-noir.com/
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dimanche 5 juillet 2020

Cheyenne : « Surprends-moi »



Surprends-moi, le titre de leur premier album, pourrait également être le credo de ces Grenoblois qui, bien qu'il s’agisse d'un effort inaugural, affichent tous un CV fort de nombreuses collaborations. Fortement imprégné d'un modèle pop-rock anglo-saxon, Cheyenne trouve sa personnalité en se démarquant. Surprends-moi, donc ! Outre deux chansons mélangeant le français et l'anglais, le quatuor trouve fraîcheur et personnalisation dans les arrangements électroniques et une rythmique qui pousse vers le dancefloor (cf. « Surprends-moi » ; la bien nommée « Quand je danse »). Ceci pour le versant pop de l'affaire, sans occulter la nature intrinsèquement rock de la chose, entre riffs de guitare énormes (« Sexy driver » ; "Burning") et basse monstrueuse (cf. « So bad »). Mené par une chanteuse dont la forte personnalité se devine dans le chant affirmé, Cheyenne est une boule d'énergie dans le paysage rock d’ici. Une surprise aussi bonne qu'un courant d'air frais d'après confinement. 

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samedi 4 juillet 2020

Clavicule : « Garage is dead »



C'est parce qu'il arrive bien tard après le pic de la mode du rock garage que les Rennais ont décidé d'intituler leur premier effort « Garage is dead ». Car si d'après eux le garage est mort, il présente néanmoins de beaux restes, voire même une nouvelle incarnation dans ce premier effort au croisement de plusieurs courants et influences, pas forcément connotées années 1960. Du garage, le groupe garde une appétence particulière pour la fuzz et, généralement, tout ce qui fait du bruit. La rythmique serait plutôt punk et l'utilisation fréquente du tome basse par le batteur renforce l'impression de lourdeur pachydermique aussitôt contrebalancée par des doubles croches redoutablement véloces sur la caisse claire. Traversée de puissantes roulades surf (« Today »), de guitares écorchées grunge (« Cab »), et d'inspirations instrumentales expérimentales (« My Time »), comme une manière de post punk psychédélique, la proposition musicale de Clavicule est belle et bien d'un autre ordre, évitant toute tentation nostalgique. Le groupe présente, à première vue, toutes les caractéristiques de la tornade scénique, et, puisque nous sommes dans « le monde d'après », on espère pouvoir le vérifier bientôt ! 

http://www.claviculeband.com/
https://clavicule.bandcamp.com/
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vendredi 3 juillet 2020

Bons baisers du Malsaucy



Il n'aura échappé à personne que dans ce fameux "monde d'après" de nombreux actes culturels se déroulent désormais en ligne... Et c'est ainsi, aussi triste et improbable que cela puisse paraître, que le seul report des Eurockéennes cette année sera celui de cette vidéo, d'à peine deux minutes, que l'on a découvert hier, émus, à l'heure exacte où le festival des Eurockéennes de Belfort aurait dû débuter. Cette courte notule où les presque locaux Last Train jouent dans une presqu'île déserte accompagnant en musique la création d'une fresque monumentale et éphémère de l'artiste Saype. Ah nostalgie quand tu nous tiens ! Avoir connu le magnifique site du festival, le soleil couchant sur la scène de la plage, le bar du boulot perdu dans le sous-bois et l'audacieuse programmation de la scène du club loggia, et se dire que l'on est partis pour une année complète de disette... Ne reste plus qu'à se consoler avec cette vue, de drone, à couper le souffle de la presqu'île du Malsaucy en ayant le cœur serré.

Célia Millat : "L'Astéroïde"



Extrait du premier EP de Célia Millat, dont la sortie est prévue pour la rentrée, "L'Astéroïde" est une jolie pastille acidulée, dont les couleurs nostalgiques très années 1980 se parent de mélancolie douce-amère...

jeudi 2 juillet 2020

Benjamin Schoos : « Doubt in my heart »



Enregistré au sortir d'une période personnelle douloureuse, ce quatrième album du Liégeois relève d'un insondable paradoxe : un effort intime et, très probablement, son disque le plus personnel (il assume seul toutes les parties instrumentales) mais aussi un album où Benjamin est totalement muet et préfère laisser le micro à de nombreux invités anglo-saxons : « un disque que je pourrais moi-même écouter » comme le résume l'artiste belge. Ainsi, pour contrer toute la noirceur entourant son existence, Benjamin a recherché la lumière partout où il le pouvait. Il en résulte un album lumineux, entre psychédélisme et sunshine pop aux doux accents soul langoureux. Point de nostalgie revivaliste pour autant, le subtile alliage des synthés analogiques et de l'acoustique des guitares produit un album intemporel transcendant totalement les influences du passé qui le compose. Ainsi, chacun trouvera son jardin secret, sa petite bulle de bonheur personnel à l'écoute de ces neuf compositions, reposantes et apaisées. 

https://benjaminschoos.co.uk/
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mardi 30 juin 2020

Tequila Savate y su Hijo Bastardo : « Samba Apocaliptica »



Alors là, attention ! La voix de gorge savamment avinée qui nous offre la bienvenue, dans un espagnol plus vrai que nature, dans cet album suffit à nous mettre en garde, tous les signaux en alerte : nous sommes bien en présence d'un immense moment de déglingue rock'n'roll ! Ainsi, la « samba » auquel le titre fait référence semble une vue de l'esprit, l'essentiel réside dans le qualificatif qui suit : apocalyptique ! Pas plus mexicain que l'auteur de ces lignes, mais vrai nancéien en revanche, Tequila Savate nous concocte un cocktail fort en bouche, où les guitares saturées le dispute à une trompette rageuse et autres percussions (pour la note latine) dans un fracas garage/punk de bon aloi, parfois enluminé d'un éclair de bizarrerie au thérémine (toujours une bonne idée le thérémine!) et au banjo. A l'instar d'un fameux breuvage dont le groupe chante les louanges (la tequila), le résultat fait tourner la tête. Vous voilà prévenus ! 
https://tequilasavate.bandcamp.com/
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lundi 29 juin 2020

Junior Rodriguez : « Stellar Dream »



Le premier titre de l'album « Starting from nowhere » s'ouvre sur des bruits de pas dans la neige islandaise, ceux du musicien, souvenir d'un road trip solitaire en camping car sur l'île durant lequel le titre fût composé et enregistré ; une sacrée aventure relatée dans une web série dont on s'était fait l'écho l'an dernier. Un titre dont le cheminement ressemble finalement assez bien à celui du musicien, explorateur et aventurier du son, qui n'a de cesse de redéfinir le rock psychédélique au gré de ses inspirations, envies ou trouvailles du moment. Lesquelles vont des guitares saturées, quitte à flirter avec le métal (cf. les rageurs « Stellar Dream » et « Dali was a liar »), aux bricolages garage, bruts et artisanaux (cf. « Just like you ») en passant par les bulles cotonneuses, planantes et rêveuses (« My love, my friend » ; « Sur les toits de Montréal »). Ouvert et refermé par deux morceaux de bravoure dépassant les huit minutes (« Starting from nowhere » et « Heavens Curse ») cet effort épique est à la fois une gageure et une réussite éclatante, surtout lorsque l'on réalise que l'album, à l'exception de quelques chœurs et d'un solo de guitare, est un disque intégralement solo où Junior Rodriguez, également connu pour avoir été le batteur de Dick Rivers, assume tous les instruments ! L'éclosion d'un talent hors-norme à n'en point douter ! 

https://www.juniorrodriguez.com/
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samedi 27 juin 2020

Dust Lovers : « Fangs »



Sans Texas ni tronçonneuse (qui alourdissaient auparavant leur patronyme), les Dust Lovers sont de retour et prêts à faire mordre la poussière à l'auditeur. Car ce dernier se doit d'être prévenu à l'heure où il va aventurer une oreille dans ce nouvel album ! Si ledit objet véhicule la dose nécessaire d'adrénaline, souvent incarnée par des guitares rageuses en autant d'éclairs électriques, une sorte de vertige rock'n'roll s'empare de l'auditeur lorsque ce dernier réalise qu'il ne s'agît là que de la face visible d'un impressionnant iceberg rock. Il convient en effet de ne pas négliger les efforts consentis par le groupe pour donner de la substance à sa musique. Des échos cabaret qui hantent le titre d'ouverture « Negativity » au déstabilisant et semi disco « Night Cruising », en passant par les guitares fantomatiques de « Revelation », le trio multiplie les ambiances cinématographiques dignes d'un film d'horreur (cf. le diptyque « Higher Desire ») et finit toujours par retomber sur ses deux pieds rock'n'roll. Une manière d'honorer comme il se doit ses influences, hard et psyché 70s, sans les plagier ni les trahir. Du grand art ! 

https://fr-fr.facebook.com/DustLoversOfficial
https://texaschainsawdustlovers.bandcamp.com/



mercredi 24 juin 2020

Nicolas Haas : « Origine »



Réglure Séyès, photos de famille et étiquette autocollante, Nicolas Haas revisite sa tendre enfance sur ce nouvel EP. Nostalgique mais pas passéiste, les années 1970 et 1980 sont une source d'inspiration textuelle sans toutefois influer sur la musique. La proposition musicale de Nicolas est, en effet, à mi-chemin de la pop, de la chanson et de l'électronique (cf. « La peau ») cultivant un savant décalage entre le fond intime et le beat pregnant (« A l'origine ») ; le tout magnifiquement incarné, vocalement, par le chant délicat de Nicolas. Philosophique (« Je suis ») et touchant (« D'où je viens »). 

https://nicolashaas.bandcamp.com/
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https://www.nicolashaasbo.com/



mardi 23 juin 2020

Le Baratin de la Joie : "Just Free"




Ressuscité en 2018, Le Baratin de la Joie, toujours aussi mordant, présente, en duo avec Kemar (No One Is Innocent), un extrait de son futur album dont la sortie est prévue pour le mois d'octobre 2020. Il y flotte comme un air de fusion des années 1990 et de néo-métal de la décennie suivante, véhiculant un message qui reste tristement d'actualité.

Holy Bones : "Bad Preacher Song"




Mais, qui est ce drôle de type fringué en prêtre ? En plein confinement, par le truchement d'éclairages savamment étudiés, Holy Bones (aka le drôle de type fringué en prêtre) réussit à figurer un couché de soleil dans le wild west étasunien, un moment rare, entre chien et loup, dont la chanson est la bande son idéale. Hiératique.
https://fr-fr.facebook.com/holybonesgrenoble/
https://holybones.bandcamp.com/

lundi 22 juin 2020

François Premiers : « Franciscopolis »



C'est une histoire que l'on aime bien, celle de potes qui décident d'arrêter de se prendre la tête et de jouer pour le plaisir, communicatif en l'espèce, signant ainsi la quintessence du rock'n'roll. Manière de super-groupe havrais, François Premiers paraphe la réunion de deux figures marquantes de la scène havraise de la fin des années 1980 et du début de la décennie suivante : Frandol (Roadrunners, dont vous vous souvenez peut-être du « elle est partie à une L.A. party ») et François Lebas (Fixed Up, Backsliders, Asphalt Tuaregs). Entre power-pop et rock'n'roll garage psychédélique, ce 45 tours inaugural fait souffler une brise fraîche et rock'n'roll à travers les enceintes desquelles il émane un savoir-faire évident, signe de l'expérience des participants. Enfin, pour prouver que nous sommes entre gens de goût, la face B, « Don't put me on », a été piochée dans le répertoire des Flamin' Groovies. Que dire de plus si ce n'est que l'on espère pouvoir se délecter d'un album bientôt ? Car si la chose est du même niveau que ces deux premiers morceaux, c'est la perspective d'un sacré bon moment qui se dessine devant nos oreilles ébahies ! 

https://poseurrecords.bandcamp.com/

dimanche 21 juin 2020

Cut City : « Exit Decades » (réédition)



Et dire que l'on était passé complètement à côté du premier album des Suédois lors de sa sortie initiale en 2006 ! Et c'est bien dommage tant le disque en question est excellent, déborde de qualités, et est tout indiqué pour qui aime son rock teinté de cold wave. Car de cold wave il est question dans l'écho des guitares et la voix de Max J. Hansson qui s'inscrit ainsi dans une longue lignée partant de Ian Curtis (Joy Division) jusqu'à Paul Banks (Interpol). Un souffle froid, parfois synthétique (« Anticipation ») que le groupe contrebalance par une section rythmique tranchante (la batterie est particulièrement véloce) et une attaque de guitare forcenée (« Manœuvres »). Trouvant le ton juste, sans trop d'emphase, la proposition musicale du trio se base sur des chansons courtes et nerveuses. Entre post punk et cold wave, on tient là une pépite magnifiquement rééditée dans un superbe vinyle finition transparente. Un travail de quatre ans pour le groupe, devenu depuis quatuor, qui vient, ô joie, ô bonheur, de se reformer. A (re)découvrir ! 

https://cutcity.bandcamp.com/album/exit-decades
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samedi 20 juin 2020

Lux : « Super 8 » (Réédition)



Pour Lux, le confinement s'est plutôt agréablement déroulé : « Tous les voisins sont partis dans leurs résidences secondaires, on a l'immeuble pour nous ! » nous a ainsi confié la chanteuse Angela lors d'une conversation téléphonique au début du confinement. Le groupe a mis cette période à profit pour faire évoluer sa musique : « On fait de la musique toute la journée, du coup le deuxième album est entièrement maquetté, on est prêt à rentrer en studio, il ne manque plus que l'argent pour l'enregistrement ». Et à ce titre, le duo vient de lancer une campagne de financement participatif sur internet afin de trouver les subsides, éternel nerf de la guerre… Dans l'intervalle on peut toujours se délecter de la réédition digitale du premier album, « Super 8 », augmentée de deux nouvelles chansons inédites, « Lay Low » et « Skin to skin », enregistrées en duo, lors d'un rapide retour en studio apportant une nouvelle dimension, plus acoustique, aux influences habituelles, classic rock, du duo et qui ne dépareillent pas avec le reste de l'album. Vivement la suite ! 

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/lux-the-band-production-album-2
https://www.facebook.com/luxtheband
http://lux-theband.com/

vendredi 19 juin 2020

Wh?land : « I-Elements »



En remplaçant le « y » de son patronyme par un point d'interrogation, Alex Mauillon, tête pensante franco-néerlandaise de l'affaire, renforce la nature intrinsèquement mystérieuse du projet. Wh?land (why-land) littéralement, la terre du pourquoi. Pourquoi, dès lors, s'enfermer dans un style ? Aucune en particulier semble nous dire Alex qui passe allègrement de la guitare folk, de l'harmonica aux nappes électro rêveuses. Entre organique et synthétique, la proposition musicale évolue de plages en plages tout en restant d'une cohérence remarquable. L'amalgame élégant des sons à pour but de créer une bulle, un petit nuage musical sur lequel se poser et planer à l'image de sa pochette en apesanteur. Raffiné. 

https://www.whylandmusic.com/
https://www.facebook.com/whylandofficial/



jeudi 18 juin 2020

Dustbreeders : « The Only House in Town »



Qu'un disque pareil ait été enregistré en plein confinement n'aurait été guère étonnant. Ce n'est évidemment pas le cas, l'enregistrement date de 2019, mais bon quand-même le titre, que l'on peut traduire comme la seule maison en ville nous met la puce à l'oreille. La seule maison en ville, c'est peut-être l'endroit où Yves Botz, Thierry Delles et Michel Henritzi (tous trois guitaristes et membres du groupe actif sur la scène noise depuis la fin des 80) se sont retrouvés, confinés, pour enregistrer l'étrange objet que voici. Un affrontement de guitares, de stridences et de larsens où le concept même de chanson semble dépassé, car, arrivé à ce niveau d'agression sonore, on ne parle même plus d'expérimentation ni même d'avant-garde. Car le disque se situe bien au-delà, dans un ailleurs guère fréquenté. Avouons-le la chose désarçonne et reste assez difficile d'accès. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour trouver la clé et il est plus que probable que certains décrocheront avant. Un regard sur la pochette nous offre cependant un semblant de réponse, dans la mer et dans le bleu céruléen du ciel, qui l'orne. Et si le groupe nous invitait à se débarrasser de nos œillères et à ouvrir notre horizon ? 
http://dustbreeders.canalblog.com/