vendredi 23 février 2018

Bette Smith : « Jetlagger »



Bette Smith, c'est d'abord une voix, inoubliable, qui emporte littéralement l'auditeur et, accessoirement, un cauchemar de chroniqueur tant il est compliqué de décrire un timbre pareil, rauque et aigu en même tant avec, dans le fond la gorge, une petite fêlure, typiquement soul, transpirant le vécu de l'interprète. Autour de cette voix, unique en son genre, le décorum vintage est impeccable et donne l'illusion d'un album inédit des 70s (râté, le disque est bien actuel, enfin, de 2017). Sur ce premier album la New-Yorkaise prône une version très rock, les guitares bien mises en avant (« I found love » ; «I will feed you ») au point de sonner comme les Rolling Stones de 1972 ("Moaning Bench"). Mais à cette énergie urbaine (normal pour une New-Yorkaise) vient se transplanter une pointe du Sud  par le biais de cuivres tranchants et bien sentis (« Mainchild ») dans la lignée des BellRays et autres avatars soul/rock (Mother's finest). Alors, ce disque, une petite merveille ? Pour être tout à fait honnête, non, pas tout à fait. Le problème viendrait plutôt de l'exécution. Enregistré dans les conditions du live, l'enregistrement retranscrit parfaitement l'excitation et l'adrénaline des séances, drapant la soul d'un côté sauvage et animal. Mais le disque souffre du défaut de ses qualités à savoir une interprétation parfois approximative (« Flying sweet angel of joy », la fin abrupte de « I will find you » et de « Mainchild ») et un kitsch maladroit transpire par moments de compositions un peu trop alambiquées par ailleurs. Quelques zones d'ombres qui viennent ternir un exercice soul de haute volée, pas avare de bons moments (« Durty hustlin' »), et assez satisfaisant en l'état. Une belle promesse pour l'avenir quoi qu'il en soit… 

En concert le 1er mars à Paris (Sunset)
www.bettesmith.net
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jeudi 22 février 2018

Gaspard Dasonville



Le chant dans la langue de Molière, éternel rocher de Sisyphe de la scène française, vient de se trouver un nouveau héraut en la personne de Gaspard Dasonville. Le risque est grand de tomber sous les fourches caudines de « la variété », horreur absolue, qui n'a cependant pas l'air d'effrayer notre jeune musicien. Ainsi, sa musique déborde d'un feeling blues (« Dilemne exquis ») parfois réhaussé d'un piment rock n'roll délicieusement suranné évoquant les années 1950 (cf. « Marilyn ») parfois mélancoliquement folk, « Nord au Sud », dans une veine plutôt britannique. Le décorum est là, et l'amalgame avec le chant en français fonctionne plutôt bien quelque soit le genre abordé (un indice sur un futur ecclectique ?) Si on reste plus circonspect sur le titre d'ouverture, « La grande Ourse », l'ensemble est d'une tenue suffisamment haute pour que l'on s'autorise à considérer son auteur comme un espoir. A suivre… 

http://www.gaspard-dasonville.fr/
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mercredi 21 février 2018

Levitation Free : « The world is in your hands »



Derrière la sublime pochette, représentation onirique d'éléments déchaînés (cf. la vague), Levitation Free, offre une proposition musicale fidèle à son patronyme : c'est à dire dégagée de l'attraction terrestre. Une sorte de croisement entre mélodies psychédéliques et dream pop qui n'est pas sans rappeler la relecture de l'idiome psyché de Tame Impala (le chant maniéré, la basse). Point de nostalgie centrée sur les années 1960 (l'age d'or du psyché) ici mais un grand creuset où se mélangent les influences, porté par des nappes de synthés (« The world is in your hands ») et des guitares au son travaillé dans le moindre détail (cf. « Paranoia »). Dans l'air ou porté par les flots, la musique de Levitation Free s'élève au-dessus des contingences matérielles emportant l'auditeur dans son doux songe le long des quatre plages de ce disque en forme de voyage immobile. 


mardi 20 février 2018

Louis Arlette : « Sourire Carnivore »



Le moment est venu pour Louis Arlette. L'ancien ingénieur du son d'Air sort son premier album fruit d'une longue période de maturation et de travail. « Le moment est venu » c'est aussi le titre de la première chanson qui ouvre le disque sur une mélodie entre mélancolie et espoir. Titre après titre le disque distille un poison aussi subtil que vénéneux, l'univers de l'artiste se dessine une chanson à la fois. Les guitares acérées (« A notre gloire », « Le naufrage », « Avalanche ») rapprochent l'artiste d'une esthétique rock sombre et teintée d'arrangements électroniques (thèse accréditée par la pochette clin d'oeil à She Wants Revenge) alors que les textes, mystérieux, où la foi en l'avenir n'est jamais frontale, assument l'héritage de la chanson (mais du rock aussi) français. Un grand écart risqué mais pleinement assumé par l'artiste qui risque de faire de lui un personnage clivant dans le petit microcosme du rock français aux contempteurs aussi nombreux que les soutiens. En attendant, voici un album parfaitement « mis en sons » (ce qui était attendu vu le CV du principal intérressé) alternant les séquences lumineuses (magnifique « Jeux d'or », « A la dérive ») et dark. Un ovni sur la scène française. 
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lundi 19 février 2018

Nine Inch Nails : « Add Violence »



Il peut sembler, de prime abord, très surprenant qu'à ce niveau de notoriété et à ce stade de leur carrière (30 ans d'existence) Nine Inch Nails soit de retour avec un nouvel EP. Une forme de désaveu du format album ? La nécessité farouche d'occuper le terrain sous peine de sombrer dans l'oubli ? D'une durée de 27 minutes, la chose s'apparente plus à un mini-album de cinq titres et, avant toute nouvelle considération, réjouissons-nous de cette nouvelle sortie de ce groupe mythique qui nous accompagne depuis les années 1990. Habituel partenaire de Trent Reznor, notamment dans ses aventures cinématographiques dans le domaine de la BO, Atticus Ross se voit promu comme membre du groupe, un duo donc, et officiellement crédité comme tel sur la pochette. De ce nouvel EP on retient deux facettes. D'une part la maîtrise, virtuose, des synthés (« Less Than », « The Lovers ») qui créent une ambiance sans pareil et ramènent le groupe sur le terrain d'une cold wave, sombre et angoissante. De l'autre on retrouve une attaque déraisonnée des guitares (Add Violence, tout est dit dans le titre cf. « Not Anymore ») d'un groupe qui expérimente de plus en plus autour de son matériel : la dantesque (12 minutes) « The background world », placée en clôture, tellement barrée que sa coda laisse croire que la platine est déréglée. Cette dernière pièce vaut à elle seule le déplacement. 

http://www.nin.com/


dimanche 18 février 2018

Ronan K : « From Grey »



Ainsi tout part du gris. Premier album donc pour ce duo Nantais qui se fait fort sur ces neuf titres inauguraux de défendre une vision particulière du folk. Point d'arpèges délicats ou d'envolées aériennes ici (même si "She left you" nous fait un peu mentir) mais au contraire une attaque brute et terre à terre des cordes qui évoque le sud des Etats-Unis (la countrysante « Look at the fireflies ») mais où subsiste parfois un rien, quasi-imperceptible, de culture celte (« The Fall », « 1922 ») et une pointe de noirceur (cf. « Blacksad », « Just say no ») qui colle parfaitement à la voix de gorge du chanteur Ronan. Fortement arrangée (guitares, banjo, harmonica, basse, clavier, un mystérieux banjitar et de la batterie sur quelques titres) la musique de Ronan K distille avec parcimonie un poison vénéneux et tout indiqué pour la période hivernale. Intemporel. 

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dimanche 11 février 2018

'Ndiaz : « Son'Rod »



Le patronyme choisit par le quatuor trahit bien les origines bretonnes du groupe. Mais à l'image des marins bretons quittant le port pour voir le monde, 'Ndiaz fait voyager sa musique autant qu'il renouvelle les musiques celtiques banissant l'influence folk de l'équation : pas le moindre instrument à cordes ici. Mais au contraire une musique, l'album est instrumental, qui se balade sous l'influence conjuguée du jazz et de ce que l'on nomme (à tort) la world music. Turquie, Brésil, Roumanie, Inde autant de pays où renbondit la musique de 'Ndiaz et que l'on perçoit dans les notes subtilement distillées par les percussions, cuivres et accordéon. Le tout mélangé avec cette saveur unique de l'ambiance celte qui respire la mer, le vent et le grand large. Un album virtuose en forme de voyage immobile. A écouter en relisant Corto Maltese. 

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Black Cat Crossin' : « Too many things to light »



Blues rock ou rock blues ? La question n'a pas fini de nous tarauder l'esprit à l'écoute du premier album de ce groupe venu d'Alsace. Car, il s'agit ici de distinguer le fond et la forme. D'emblée le disque présente tous les artefacts classiques du garage-rock, avec tout ce que cela suppose de guitares sauvages, saturées et de chant écorché. Mais ce feu intérieur qui le consomme, le quintet le met au service d'un répertoire trahissant une compréhension du gospel (cf. « Rockafeller Shake », « The Sun », « Mercy ») et un feeling blues, au-dessus de la moyenne et, en l'espèce bien servi, par le dialogue entre la guitare et le clavier, piano (« May 1968 ») ou orgue pour un surplus de groove dévastateur (« Paper mache boy », "Jump for joy"). Les textes, qui sont comme autant de chroniques sombres de l'âme humaine, participent pleinement à l'ambiance du disque comme le lien manquant entre Tom Waits et Bror Gunnar Jansson. A noter enfin pour finir une jolie chanson acoustique, « Nothing grows », ajoutant une couleur supplémentaire, entre folk et country, à ce très bel album en forme d'excellente surprise. 

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samedi 10 février 2018

Sunflowers : « Castle Spell »



Venu du Portugal, le duo Sunflowers frappe fort avec ce deuxième album. Un deuxième effort intrinsèqment psychédélique. C'est à dire dingue, halluciné, dément, chaotique. Faire un disque « comme à l'époque » de la fin des années 1960 (l'âge d'or du psychédélisme) serait trop facile et la démarche trop étroite pour deux cerveaux aussi créatifs que dérangés que ceux des Sunflowers. Le duo part d'une base très simple, des riffs de guitare puissants qui scotchent littéralement le cerveau (l'ouverture démentielle de « The Siren », « Monomania ») rappelant vaguement la surf music. C'est ensuite que la chose dérape hors des sentiers battus, quand tout un tas de bruitages bizarres, comme issus d'une bonne vieille série B d'horreur, viennent s'agglutiner ; une créativité débridée l'oeuvre de deux têtes malades. La musique pourrait en ressortir polluée, elle est au contraire magnifiée. Car le groupe n'a pas son pareil pour composer des petits classiques en puissance où se mêlent, dans un chaos savamment organisé, pop, punk, rock garage, surf music et peut-être même un soupçon de blues, mettant ensuite sa créativité au service de titres solidement écrits. C'est sur le temps long, vers les sept minutes, que la fonctionne à plein régime, un élan nécessaire que le groupe exploite à plein avant de partir en vrille. Et d'emporter l'auditeur dans sa folle cavalcade. 

https://thesunflowersmusic.bandcamp.com/
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jeudi 8 février 2018

Ignatus [e.pok], le Café de la danse, 06/02/2018.


La soirée commence avec le chanteur/pianiste Jérôme, « Ignatus », qui se félicite de la météo hivernale et de la neige, tombée en abondance, recréant le paysage du « Détroit de Béring », la grande réussite de ce nouveau projet. A mi-chemin de l'avant-garde électro et de la chanson pop en français (le piano, la guitare) [e.pok] (re)définit un univers singulier et bien à lui. Le lieu, intime, est particulièrement bien choisi pour ce concert, le grand mur de pierres blanches dans le fond de la scène offrant le cadre idéal pour les projections spectaculaires qui sont parties prenantes de la création. L'auditeur est ainsi projeté dans l'univers du groupe, tour à tour tendre (« Lire le matin »), (sur)réaliste (« Florida », « Un travail ») et pourtant retranscrit de manière fantasmée. Ignatus et ses haïkus hilarants (« J'ai frôlé la vie dans un accident de routine ») ainsi que la maîtrise des musiciens apportent un contrepoint humain aux projections hi-tech qui auraient pû faire basculer l'ensemble dans une sorte de froideur, à l'instar de la musique balance parfaite entre électricité et électronique. La guitare illustre bien le propos tantôt classiquement rock et tantôt totalement expérimentale. L'équilibre entre deux opposés, la balance fragile, est décidément la grande affaire d'Ignatus et de son nouveau groupe [e.pok]. 

https://www.projetepok.com/

lundi 5 février 2018

Deva Mahal + Automatic City + The Goon Mat & Lord Benardo, Les Nuits de l'Alligator, La Maroquinerie, 30 janvier 2018.


Parce qu'il a fait le coeur de sa programmation des idiomes qui nous sont chers (le blues, la soul, la country, le rock garage et psyché), nous chérissons particulièrement le festival des Nuits de l'Alligator et on ne compte plus les bons moments passés dans le sous-sol de la Maroquinerie et ses piliers de briques rouges derrière la scène…

Cette année encore, le festival nous a dégotté une bonne surprise avec le duo belge The Goon Mat & Lord Benardo. Contrairement à d'autres duos fameux point de formule guitare/batterie ici mais une sorte de one man band (guitare et batterie) augmenté d'un harmonica. Le duo s'est fait une spécialité du blues cradingue, très rock n'roll dans un esprit pas si éloigné des productions du label Fat Possum (RL Burnside, T-Model Ford etc.) Ici la guitare et l'harmonica rivalisent de distorsion, l'écrin idéal pour la « grosse » voix de gorge du chanteur. Particulièrement dévastateur en live…

Le deuxième album d'Automatic City avait été un coup de coeur sur cette page l'été dernier. Et la performance du soir ne fait que confirmer tout le bien que l'on pense d'eux. Automatic City fonctionne sur une dualité. D'un côté nous avons une guitare, saturée, sauvage, un aspect sale contrebalancé par la contrebasse instrument classieux par excellence. On avoue un énorme coup de coeur pour les élégantes percussions afro-cubaines qui propulsent le groupe dans une autre dimension entre world et vintage. Et quel groove irrésistible ! Le répertoire du groupe fait la part belle au blues bien sûr mais sans négliger ce petit piment rock n'roll et une pointe d'expérimentation (machines discrètes, theremin) qui fait tout le sel de la chose. Magnifique concert, magnifique album, magnifique formation !

On termine enfin avec la chanteuse Deva Mahal, particulièrement impressionnante vocalement parlant, son timbre de gorge respire le vécu, qui nous offre un exercice soul de haute volée, vintage certes, mais sans pour autant négliger l'apport du hip-hop, perceptible dans le rythme de la batterie. On regrette toutefois une dérive disco sur un titre, un petit pas de travers, bien mince en regard de la qualité de l'ensemble. Une belle découverte.

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dimanche 4 février 2018

Delgrès + Patrick Ruffino, Festival au fil des voix, l'Alhambra, 29 janvier 2018.


Par sa capacité à tisser des ponts entre les cultures tout en privilégiant des formes musicales qui nous sont chères (soul, blues, jazz), le festival Au Fil Des Voix s'est imposé comme un des rendez-vous incontournables de l'année. Preuve nous en est donné cette année encore avec ce magnifique plateau, intelligemment programmé, réunissant Delgrès et Patrick Ruffino. 

Le trio Delgrès, quelle magnifique découverte ! Mené par Pascal Danaë, Delgrès (nommé en hommage au colonel Louis du même nom) joue un blues chanté en créole sur un groove dévastateur rappelant celui de la Nouvelle-Orléans, savoureux programme en perspective ! La formation est à la fois classique (guitare, batterie) et originale puisque la basse est remplacée par un soubassophone (un énorme tuba) ; instrument faisant le lien avec les fanfares et autres second-line de la cité du croissant. La guitare, slidée le plus souvent, se fait joueuse virant du côté saturé du rock n'roll (un titre est décalqué sur « Whole lotta love » de Led Zeppelin). Mais le groupe est aussi très à l'aise dans un registre plus émotionnel, intime et jazzy lorsque le bugle remplace le tuba. Prenant, dansant mais aussi profond, si on ne comprend pas forcément les paroles, on saisit très bien en revanche les émotions, Delgrès nous a littéralement séduits, vivement l'album ! 

Direction l'Afrique pour la suite en compagnie du bassiste Patrick Ruffino. Excellent instumentiste (basse et contrebasse), chanteur au grain de voix chaud et charmant, Patrick Ruffino fait voyager sa musique, mélangeant sa culture africaine au sons occidentaux, blues, funk ou rock, sous l'égide des années 70, influence parfaitement intégrée et transfigurée. Là encore une très belle découverte faisant le grand écart entre morceaux dansants, dévastateurs et chansons plus intimes.

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jeudi 1 février 2018

Miraculous Mule + Hoboken Division + Escobar, La Boule Noire, 26 janvier 2018.


Un mois et demi s'est écoulé depuis notre dernier concert en décembre 2017, il était plus que temps de mettre fin à ce sevrage typique des débuts d'année.

Escobar sera donc le premier groupe vu sur scène en 2018 par votre serviteur. Et quel groupe ! Si l'on a pris l'habitude ces dernières années des duos guitare/batterie pratiquant une sorte de garage/blues hérité des défunts White Stripes, Escobar reprend la formule à son compte pour un rendu plus proche du punk et du grunge. Le batteur s'échauffe tranquillement (enfin façon de parler) en faisant le tour de son kit tout en frappant ses cymbales alors que le guitariste fait monter la pression tout en larsen. Il faudra au groupe un ou deux titres pour se chauffer avant de lâcher les watts pour de bon. Et c'est parti ! La dynamique entre les deux musiciens est impressionnante. Se cherchant constamment du regard, un air de défi dans les yeux, les deux musiciens se chauffent mutuellement jusqu'à atteindre des sommets ravageurs d'intensité. La pression rock à son maximum, on en ressort lessivés !

Place ensuite à Hoboken Division, groupe que l'on suit longtemps sur cette page mais que l'on découvre en live pour la première fois ce soir. Devenu un trio depuis l'adjonction d'un batteur, Hoboken Division est totalement transfiguré par cet ajout. La dynamique est totalement différente et la batterie live insuffle une nouvelle énergie à ces compositions certes très rock mais avec un feeling blues au-dessus de la moyenne. L'électricité est plus filtrée que chez Escobar, Mathieu et son toucher de guitare délicat (au doigts et sans médiator) distillant une sorte d'agressivité feutrée, l'énergie rock est ainsi totalement canalisée, ce qui n'empêche nullement nos musiciens de sortir de scène totalement en nage. Un petit mot pour finir sur la chanteuse, également excellente bassiste, qui sert à merveille les chansons de son joli timbre.

Vint ensuite les Anglais de Miraculous Mule, qui derrière des atours vintages, et une incroyable collection de guitares demi-caisse, distille un blues dans une réinterprétation des plus modernes où la guitare se mêle aux boucles pour créer un tout hypnotique et assez psychédélique dans l'esprit, bien soutenu par une basse ravageuse. On pense à Little Barrie en plus aventureux. Belle trouvaille que ce groupe !

jeudi 25 janvier 2018

We Are The Line : "A Cold Place"

Le Premier clip de We Are The Line, réalisé par Astrid Karoual à la Station-Gare des Mines, s'appelle "A Cold Place" et il est en ligne.

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mardi 23 janvier 2018

Babel



Babel, lieu biblique où les peuples et les langues se mélangent. Il en va de même de ce groupe, entité hétéroclite au sein de laquelle se croisent des musiciens de tous horizons (DJ, violoncelle, claviers). La musique qui ressort de cet agrégat est pour le moins originale, entre beats hip-hop, sonorités électro et la voix qui oscille entre chant et déclamations slam. L'auditeur ressort un poil chamboulé de cet ep (4 titres) où le classique violoncelle côtoie les stridences électroniques. L'amalgame fonctionne cependant assez bien sur la mélancolique « Solo » ou le grand huit « Bless(e) you ». Babel tiendra-t-il la route sur la longueur d'un album ? La question reste en suspens pour l'instant...

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mercredi 17 janvier 2018

Interview avec Benoît (Dr Groov')




Retrouver le goût de l'objet dans un monde numérique dématérialisé, tel est l'objectif affiché de DR. GROOV'. La chose se présente comme une boîte à pizza déposée dans la boîte aux lettres (la périodicité dépend de la formule choisie). Au menu : un vinyle, des goodies, un livre ou un dvd (dédicacés), toujours en rapport avec le monde de la musique : c'est un régal pour les oreilles ! Une initiative qui redonne du baume au cœur que nous explique Benoît, le fondateur de la start-up...

Quel est le principe de DR. GROOV'  ? 

Benoît : Le modèle des box mensuelles DR.GROOV’ est assez identique à ceux des autres box (beauté, vin…). On s’abonne, ou on offre un abonnement, soit mois par mois sans engagement, soit pour une durée de 3, 6, ou 12 mois. Plus on s’engage plus les prix sont attractifs. Il faut s’avoir que le prix des vinyles ont fortement augmentés ces dernières années, et que grâce à DR.GROOV’, à partir 21 euros / mois, soit le prix moyen pour un vinyle, on reçoit un vinyle plus des objets, des livres, et plein d’autres choses. Ce qui nous permet d’être à de tels prix c’est le fait d’être en relation directe avec les artistes, un peu à l’image des circuits courts dans l’alimentaire. 

Comment est né ce projet dr.groov' ?

B. : DR.GROOV’ est le prolongement naturel d’un blog musical que je tenais depuis 2009 (http://www.chroniquemusicale.com ) où l’idée était de mettre en avant des artistes talentueux qui n’étaient pas assez reconnu par le grand public. 

Ce qui m’a fait passer le pas pour créer DR.GROOV’ c’est 3 principaux constats : 

- Malgré le streaming, ces millions de chansons à portée de téléphone, ces playlists personnalisées, la recommandation humaine reste hyper importante pour découvrir de nouvelles musiques 

- L’envie de mettre la musique qu’on écoute en perspective, que ce soit à travers les bio, les track by track qu’on édite dans les box, à travers les livres qu’on propose 

- Dans un monde dématérialisée, un besoin de retour à l’objet, au bel objet, à l’objet original, le vinyle, le livre 

Comment choisissez-vous les disques qui sont inclut dans la box ? Y-en-a-t'il pour tous les goûts ?

B. : Lorsque nous choisissons un disque, c’est avant tout un coup de cœur. Nous écoutons plusieurs heures de musique par jour, et sommes sans cesse branchés sur les dernières nouveautés et sur les sorties physiques à paraître. Ensuite nous nous interrogeons si ce dernier peut entrer dans la ligne éditoriale de DR.GROOV’, une musique de qualité, non mainstream, éclectique et pouvant plaire à nos abonnés. Enfin, il faut aussi trouver des artistes qui ont du temps à nous consacrer pour la dédicace de leur album !

Girls In Hawaii et Kid Francescoli pour la pop, de la pop-rock anglais et ses instants psychés pour la prochaine box, Cabadzi pour la musique urbaine, Rone pour la musique électronique, nous essayons de varier les plaisirs au maximum.

 Il y aura toujours un vinyle dans la box ?

B. : Le vinyle fait partie de l’identité de l’entreprise, il suffit de voir son logo pour s’en apercevoir. C’est un objet que l’on ne peut dissocier de l’offre. S’adresser à un public qui ne connait probablement pas l’artiste est une chose intéressante. Le vinyle, par sa taille qui permet de sublimer la pochette, donne forcément envie d’être posé sur la platine même si l’artiste ne nous est pas familier. Et quand on sait que l’objet est dédicacé, comment s’en priver ?

Ce projet est-il une réponse à la dématérialisation de la musique et au streaming ?

B. : C’est effectivement une réponse à la dématérialisation de la musique. Mais on part du principe que le streaming n’est pas notre adversaire, bien au contraire. Nous avons déjà proposé à nos abonnés une offre d’essai à Bustle Music, un service de streaming équitable. Le streaming, désormais accessible facilement, a redonné goût aux consommateurs de se diriger vers l’offre physique et de s’adonner à quelques plaisirs… Un abonnement à DR.GROOV’ par exemple. Si le streaming est vu comme quelque chose de froid, nous essayons du mieux possible de réhabiliter le lien entre l’auditeur et l’artiste.

Pensez-vous redonner le goût de l'objet avec la box ?

B. : Tout à fait, mais au delà de redonner le goût de l’objet, nous essayons de créer un lien direct entre l’artiste et les auditeurs à travers la dédicace, la biographie, la présentation de l'album que nous incluons dans les box, mais surtout nous souhaitons créer des moments de plaisir, des moments privilégiés durant lesquels les abonnés allument leur platine, pose leur vinyle, s’installent confortablement et écoutent la musique proposée. C’est un peu l’occasion de s’offrir une fois par mois un peu de temps à soi et à la découverte de musique dans les meilleures conditions.

Propos recueillis par email le 16/01/2018.

mardi 16 janvier 2018

Useless : « Neglect »



Si nombreuses sont les formations à chercher l'inspiration dans le triangle d'or de la fin des années 60 et du début des années 1970, Useless déplace le curseur deux décennies plus avant. Vocaux écorchés, un soupçon d'expérimentation lo-fi dans le traitement des guitares, savamment saturées il va de soit, le groupe suisse se pose en digne héritier des années grunge et noise. Cependant, le contenu est tellement frais et enlevé que l'on ne saurait réduire l'EP (5 titres) à cet angle nostalgique, fort plaisant par ailleurs. Produit et écrit avec soin, joué avec autorité (cf. les circonvolutions de « Dreamer », l'intro à cappella de « Cerebral coma ») cet EP constitue de bien beaux débuts marqués d'un sceau intemporel. Une prometteuse et belle découverte.

https://weareuseless.bandcamp.com/album/neglect
https://fr-fr.facebook.com/weareuseless

lundi 15 janvier 2018

Pumarosa : « Piano sessions »



Les excellents Pumarosa (ou plus exactement la chanteuse de) sont de retour avec cet étonnant EP (disponible en digital uniquement). La chose nous surprend par sa nature minimaliste, une voix, un piano et c'est tout, étonnante pour un groupe ayant construit sa musique sur sa sophistication, un habile mélange des genres et un dynamique impulsée par la section rythmique (par nature absente de ce projet-ci). Ceci étant posé, maintenant, que penser de ces trois titres. Le fait est qu'il est maintenant nécessaire pour les groupes d'alimenter la machine digitale/numérique par tous les moyens possibles, d'où l'incessante inflation de vidéos et autres sessions acoustiques en tout genre. Il ne fait guère de doute que cet EP répond, mais avec talent, à cette problématique. Maintenant il est toujours intéressant d'écouter ces versions dépouillées. Car une bonne chanson se doit de tenir la route avec un simple piano et une voix. A ce titre, la superbe « Priestess » est toujours aussi hypnotique même réduite de moitié. Au fil des titres, une certaine vérité se dégage dans la voix d'Isabel Munoz Newsome. Pas question de se planquer derrière des artifices de production, un trafiquage quelconque ou un son à la mode. Non, il s'agît de jouer cartes sur table et de se sortir les tripes, là, tout de suite, maintenant. C'est, dans le fond, assez émouvant.

En concert le 17/01 à Paris (Point Ephémère)
https://fr-fr.facebook.com/pumarosamusic/
http://www.pumarosamusic.com/
https://pumarosamusic.lnk.to/PianoSessions





samedi 13 janvier 2018

Mike Brookfield : « Brookfield »



Après avoir arpenté, sa guitare sous le bras, les clubs de jazz de New-York, les comédies musicales du West End et s'être consacré à l'enseignement, via une chaine Youtube, Mike Brookfield trouve le chemin du studio, celui qui aurait dû être le sien depuis le début. Le visage taillé à la serpe, le musicien sort un album à son image, brut, parfois dur (« Zombie craze »), sans concession aucune. C'est surtout un disque comme on en fait encore rarement, celui d'un musicien virtuose mettant sa dextérité au service d'un répertoire de haute volée (« Beaten to death by the blues », "Hi class shoes", "Gun crime"). Un disque d'un autre époque comme en faisaient les grands anciens, les Clapton, Hendrix, Jeff Beck ou les mésestimés Robin Trower et Jessie Ed Davis. Car il va sans dire que notre homme connaît ses classiques et ce n'est certainement pas un hasard si son album débute avec un titre intitulé « A message for Willie Johnson ». Ce nouvel effort, Mike Brookfield l'a conçu en petit comité avec l'aide du parolier Eamon Carr et du batteur Andrew Lavery, Brookfield se chargeant de tout le reste, histoire d'assurer la pérennité de sa vision. Un album hautement personnel, où la variété des climats et des ambiances trouve une unité dans le flot délié de la six cordes, avec deux balises en guise de repères : le blues (dans une version très électrifiée, quasi électrocutée) et le classic rock, une poussée de fièvre hard rock, les potentiomètres dans le rouge, pour pimenter la chose. L'album sent la transpiration, le duo de musiciens bataillant avec ses instruments jusqu'au petit matin, les cordes et les amplis triturés jusqu'à leur dernier souffle. 

https://www.mikebrookfield.com/
https://www.facebook.com/Mike-Brookfield-GuitaristTeacherComposer-149740618435675/
https://twitter.com/mikebrookfield

mardi 9 janvier 2018

Festival au fil des Voix du 29/01 au 14/02


Comme chaque année, l'ouverture culturelle du Festival au Fil des Voix permet de commencer l'année de bien belle façon dans le cadre intime de l'Alhambra. Un coup de cœur en vue cette année pour le trio blues/rock Delgrès (le 29/01), originaire des Antilles et dans l'esprit de la Nouvelle-Orléans...

Zombie Zombie le 2 février au Palais de la Porte Dorée



Zombie Zombie commence l'année par un concert dans un cadre inhabituel : le Palais de la Porte Dorée...


PALAIS DE LA PORTE DORÉE / CONCERT / ZOMBIE ZOMBIE from ROCKII films on Vimeo.

lundi 8 janvier 2018

R. Missing : « Unsummering »



Premier mini album pour ce mystérieux duo venu de New-York. Si l'on en croit leur biographie, les deux membres du groupe, le musicien Toppy et la chanteuse Sharon Shy viennent tous les deux de la scène rock indépendante. Et cela s'entend sur les six titres de cet effort inaugural. Si R. Missing œuvre dans le genre électro, le groupe n'oublie pas cependant ses origines rock incluant dans sa musique de nombreux éléments évoquant pèle-mèle les années 1980 et les mouvements cold et dark wave. Cependant, il n'est nullement question ici d'un quelconque revival. Délaissant le côté clinquant des eighties, R. Missing préfère mettre l'accent sur l'ambiance. Il se dégage ainsi un côté envoutant et hypnotique, magnifiquement incarné par la voix diaphane et sublime de la chanteuse (« Kelly was a Philistine », « Unsummering ») sans oublier de rythmer un peu la chose pour éviter de sombrer dans la léthargie (« Deeper Holes », « Birthright »). Plutôt qu'un hasardeux remake des années 80, le disque évoque plus une version électronique de groupes comme Interpol, Motorama ou Editors (celui du premier album), reprenant à son compte cet aspect cotonneux, minimaliste en quelque sorte, et cette vague glacée de synthés vaporeux. Une formation électro propre à séduire les fans des Cure ou de Joy Division. A découvrir…

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dimanche 7 janvier 2018

County Jels : « Working on the farm »



Sorte de super groupe de l'ombre, les quatre musiciens de County Jels (Eric Sauviat, Sébastien Chouard à la guitare, le bassiste Laurent Cokelaere et Julien Audigier, le batteur) ont tous accompagné quelques stars de la chanson française. Leur groupe, County Jels, est une sorte de retour à la source : le rock n'roll, le blues. Et on se pince pour croire que ce groupe est français, vraiment ? Ce n'est pas très compliqué, avec « Working on the farm », les County Jels ont sortis l'album idéal pour la voiture, enfiler les kilomètres le long d'une highway en ligne droite, traversant un désert poussièreux, bordé par les cactus, sous un soleil de plomb et un ciel céruléen. Chez les County Jels, pas d'effet de manche, ni de virtuosité gratuite. Chaque note jouée a du sens, chaque piste déborde d'un feeling traduisant une compréhension du blues et du rock n'roll au-dessus de la moyenne. Du blues et du rock n'roll car pour nos quatre desperados, l'un ne va pas sans l'autre, le groove de l'un rencontre l'énergie (canalisée et jamais débordante) de l'autre. De l'art d'attaquer les cordes sans trop en faire (« Lucie »). Autant de qualités mises au service d'un répertoire 100 % original, qui, c'est assez rare pour être souligné, n'est pas ridicule en anglais, et produit avec un soin extrême : nos oreilles sont aux anges !

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samedi 6 janvier 2018

Dätcha Mandala : « Rokh »



Tout commence par un break de batterie funky. Le début des années 1970, rêvées, fantasmées, pour horizon, le trio Datcha Mandala, que l'on avait déjà repéré sur nos radars grâce à un excellent EP (sur lequel on a découvert la mélancolique « Misery » que l'on retrouve ici), nous invite à grand bain de musique. Trois composantes sont au menu : des guitares rageuses et saturées (« Anâhata », « Uncommon Travel »), pour autant de démonstrations de virtuosité, des délires psychédéliques en pagaille (« Have you seen the light ? »), et qui prennent tous leurs sens dans des compositions au long cours au-dessus des cinq minutes, et enfin une note de blues nécessaire (l'excellente « Da Blues ») pour le bon goût de la chose. Titre après titre (huit au total), l'album s'impose comme la bonne surprise de la fin 2017. L'influence de Led Zeppelin plâne au-dessus de ce disque, les vocalises du chanteur rivalisent avec celles du Robert Plant du début : qui aurait pû imaginer la France capable de produire un groupe pareil, même à Bordeaux ? Un point d'orgue pour finir, la dantesque « Loot », placée stratégiquement en toute fin de programme, signe des grands disques, douze minutes au compteur (qui dit mieux?) en forme d'ascenseur émotionnel speedé, dont l'auditeur ressort tout chamboulé.


vendredi 5 janvier 2018

The Lords of Altamont : « The Wild Sounds of The Lords of Altamont »



Attention, tous aux abris, The Lords of Altamont sont de retour pour semer la terreur sur vos enceintes ! Dans le fond, rien de plus normal pour un groupe au patronyme aussi sulfureux. Venus de Californie, The Lords of Altamont sont probablement la plus belle chose qui nous soit arrivée en termes de rock n'roll garage. Si l'on considère le rock n'roll comme une pièce de monnaie, alors The Lords of Altamont en sont le côté pile (chant écorché, guitares rageuses) et le côté façe (le groove de l'orgue et de la section rythmique). Le yin et le yang. Ainsi la dynamique qui anime le groupe est délicate et en constant équilibre. Plutôt que de sombrer dans un chaos fracassant de guitares, The Lords of Altamont cherche la musicalité et dégaîne en « Take a walk » et «(ain't) Revolution » autant de modèles de psychédélisme teinté de punk (si, si cela existe). Une fois de plus, ce nouvel effort baigne dans cette ambiance bikers (les guitares rugissent comme les gros cubes) teintée de fétichisme sixties, plus proche de celui des pré-punks de Detroit, que du flower power en dépit de la proximité géographique. Prêts à faire rugir les moteurs ?

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jeudi 4 janvier 2018

Utro : « Third Album »



Pour ceux qui l'ignorent, Utro est le projet parallèle de Motorama, un formidable groupe cold wave. Mêmes influences, mêmes musiciens, une différence de taille cependant, Utro chante exclusivement en russe, la langue natale des musiciens. Loin d'être un détail, l'utilisation du russe change considérablement la donne. Ecouter ce nouvel effort d'Utro, c'est un peu comme tomber dans une faille temporelle ou naviguer dans un entre-deux bizarre enveloppé d'une aura mystérieuse où même si on ne comprend pas le moindre mot, on réussit tout de même à ressentir les émotions véhiculées par cette voix lointaine et blafarde. Musicalement, Utro se place sur un plan parallèle à Motorama, pratiquant avec brio ces ambiances cold wave, très marquées par les années 1980, mais plus expérimentales. La batterie applique un rythme implacable, au point de sonner comme une boîte à rythme, les lignes de basse sont envoûtantes et comme distantes ; on reste scotchés par le son glacial des synthés (que l'on imagine antiques) le tout est à la fois envoûtant, hypnotique quoique ténébreux (la guitare, en revanche, occupe un place réduite). Comme chez Motorama, Utro donne son plein potentiel sur des formats très courts, autour des trois minutes, ce nouvel album, huit titres, est d'une concision bienvenue. Et il n'en faut guère plus pour succomber aux charmes et au mystères de l'Extrême-Orient, comme dans une vieille BD de Corto Maltese.

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mercredi 3 janvier 2018

Henri Caraguel : « Back to my best beaches »



Le design minimal et épuré de la pochette pourrait faire penser à l'album « Boys don't cry » de The Cure. Mais, en l'espèce, la comparaison est déplacée au point que ce court EP pourrait s'inscrire comme une œuvre opposée à celle des Anglais. Spécialiste des instruments à cordes, notamment de la lap-steel qui occupe une place prédominente ici, Henri Caraguel met en sons ses souvenirs de bords de mer. Et le résultat est délicieux ! Ces quatre plages (le terme est pour le moins approprié) naviguent entre charme rétro, teinté d'américana, et exotisme acoustique (Hawaï n'est jamais bien loin), rythmé par le roulement délicat des vagues, samplées pour l'occasion. Il se dégage de ces quatre titres une candeur enfantine, une sorte d'innoncence rafraîchissante qui rappelera à chacun ses propres souvenirs de chateaux de sable. En quatre titres et douze minutes chrono, Henri Caraguel nous offre un peu de chaleur à se mettre entre les oreilles et le meilleur des remèdes au froid et à la pluie. A écouter tous les matins avant de prendre le métro ! 

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mardi 2 janvier 2018

Nick Garrie : « The Moon & The Village »



Qui sait si on ne tient pas là une nouvelle belle histoire de résurrection, un conte de fées comme l'industrie musicale sait parfois en écrire (cf. Rodriguez) ? En 1968, Nick Garrie, alors jeune homme, donne quelques concerts sur la Côte d'Azur avant d'être repéré par Lucien Morisse, ancien directeur général d'Europe n°1 et patron du label Disc'AZ, le découvreur de Polnareff, qui lui offre sa chance. Son premier album « The Nightmare of JB Stanislas » sort en 1969, uniquement en France sans rencontrer le moindre succès, et devenir au fil des années une pièce rare recherchée des collectionneurs. S'en suit pour le musicien une vie de roman qui l'aura vu alterner les boulots avant de renouer, de manière assez inattendue, le fil de son histoire sur le vénérable label Tapete (le refuge de Bill Pritchard et de Lloyd Cole entre autres). Dès le premier titre la pureté cristalline de la musique se fait jour. Touché de guitare acoustique délicat, arrangements classieux et soignés (cordes, vents, piano), Nick Garrie s'inscrit dans la tradition du folk britannique avec tantôt un soupçon de mélancolie à la Nick Drake (« Early morning in the garden », « My dear one ») tantôt une point d'excentricité so british (« Bacardi Samuel ») ; autant de qualités bien servies par une qualité d'écriture constante et de haute volée (notons au passage un titre en français : « Ma petite Catherine »). La remarquable concision du disque, 26 minutes donc sans temps morts ni trop plein, renoue avec la durée d'écoute d'un bon vieux vinyle et permet à Garrie de se réinscrire, encore un peu plus, dans le droit fil de L'Histoire. Seule la voix de Nick semble trahir un peu le passage des années, trahissant le subtil détachement du vieux routier à qui on ne la fait plus. Un classique instantané, un album intemporel, qui s'apprécie encore plus sur un support physique.

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lundi 1 janvier 2018

Lhasa : « Live in Reykjavik »



Ce premier janvier marque le huitième anniversaire de la disparition (à l'age de 37 ans) de Lhasa de Sela, chanteuse que l'on redécouvre avec cet enregistrement live à Reykjavik. A l'époque (2009), ce concert devait donner le top départ d'une tournée mondiale dans la foulée de la sortie de son troisième, ultime et éponyme, album. Il n'en sera finalement rien, la tournée sera annulée après l'annonce de sa maladie qui, hélas, s'avérera létale. Pour cette tournée, Lhasa avait assemblée une équipe de quatre musiciens, réduite et soudée : guitare, basse, batterie et harpe. Une orchestration classique et minimaliste dont le grand mérite est de remettre la voix de Lhasa au centre du jeu et de faire ainsi ressortir toute l'émotion de cette dernière. La chanteuse se savait-elle condamnée ? En tout cas, son chant charrie à lui seul une douleur, une émotivité qui ne peut laisser de marbre. Personnage étonnant, nomade, Lhasa était née aux Etats-Unis d'ascendance latino-américaine avant son installation à Montréal. Un parcours de vie digne d'un roman qui lui avait donné l'opportunité de s'exprimer (et de chanter) en trois langues : l'anglais, l'espagnol et le français en incorporant des éléments de ces trois cultures différentes, qu'elle avait su s'approprier, dans sa musique. Ainsi, le jazz, le blues et le folk ne sont jamais bien loin sans que l'on puisse pour autant classer sa musique dans aucune des trois catégories tant son rendu est unique, parsemé d'influences latines. Un melting-pot de musiques parfaitement rendu ici grâce à l'instrumentation intime rendant toute sa place à la note jouée en sourdine dans un émouvant silence. Lhasa aura traversé notre galaxie musicale telle une comète. Seulement trois albums (tous réédité en vinyle et dans un coffret intégral sorti pour les fêtes) excellents de bout en bout sans la moindre faute de goût. Mais si vous ne deviez posséder qu'un seul disque de Lhasa, c'est celui-ci tant il constitue un magnifique hommage dont la pochette est un auto- portrait de la chanteuse. Sublime, cet album vous retournera le cœur.

dimanche 31 décembre 2017

Sepultura : « Roots »



Grand succès à sa sortie en 1996 (2 millions d'exemplaires vendus), « Roots », grand classique du heavy metal signé Sepultura a bénéficié cette année d'une copieuse réédition, entièrement remastérisée et agrémentée d'un deuxième disque bonus de 17 titres. A l'époque de sa sortie, Sepultura se trouve au firmament du métal dans la foulée de deux albums couronnés de succès d'affilé, « Arise » (1991) et « Chaos A.D » (1993) avant que ne sonne pour le groupe brésilien l'heure du grand renouvellement en forme de retour aux racines. La démarche est relativement inédite pour un groupe métal et ressemble à celle de ces bluesmen qui vont rechercher une nouvelle inspiration du côté de l'Afrique. Le résultat est fondamentalement différent (il s'agît de thrash metal ne l'oublions pas) mais procède d'une même recherche identitaire. En l'espèce la fusion fonctionne au-delà de toutes les attentes. Il plane sur l'album une menace constante, la musique rugît, menaçante, inquiétante, telle un escadron de la mort survolant sa cible (« Lookaway »), avant qu'un déluge de percussions (assurées par Carlinhos Brown, omniprésent) ne s'abatte sur les musiciens (cf. « Ratamahatta »). Dans ce contexte, la dynamique qui anime le groupe relève de la lutte constante pour occuper le moindre espace disponible (cf. « Roots Bloody Roots », « Dusted »), la tension va crescendo et le quatuor en ressort galvanisé dans le sillage de la fratrie Cavalera. Au chant, Max s'arrache les cordes vocales sur chaque titre alors qu'Iggor fait subir les ultimes sacrements à sa batterie. Assumant la démarche jusqu'au bout, Max Cavalera et Carlinhos Brown se partagent le chant lusophone le temps de « Ratamahatta ». Mais l'essentiel est ailleurs. En mélangeant son métal dévastateur au chant des Xavantes, une tribu amazonienne, Sepultura touche là une corde sensible. Les éléments traditionnels apportent un incontestable supplément d'âme à la musique. Derrière le chaos, les décibels, le bruit et la fureur : les cœurs de quatre musiciens qui battent à l'unisson.

samedi 30 décembre 2017

Marquis de Sade : « 16.09.17 »



Dans la petite histoire du rock français, la date du 16 septembre 2017 restera dans les annales comme celle du retour, surprise, sur scène de Marquis de Sade. 40 ans après leurs débuts, séparés depuis 1981, ce come-back était autant inattendu qu'inespéré. Trois mois tout pile après le concert, à domicile à Rennes, forcément, le disque (CD/DVD) est déjà disponible dans les bacs avec une célérité peu commune. Sur scène, on retrouve donc l'ossature de Marquis de Sade le chanteur Philippe Pascal, le guitariste compositeur Frank Darcel, la section rythmique Eric Morinière/Thierry Alexandre ainsi que le saxophoniste Daniel Paboeuf. La touche play à peine enfoncée, la machine a remonter dans le temps s’enclenche et nous voilà de retour au siècle dernier. Point de célébration mortifère ici, les premières secondes de « Set In Motion Memories » suffisent à nous conforter dans l'idée que ce come-back était absolument pertinent. Le groupe n'a rien perdu de son tranchant. De quoi renvoyer les bambins de la cold wave 2.0, nostalgiques d'une époque qu'ils n'ont pas connue, à leurs chères études. Les guitares sont acérées ("Skin Disease"), la section rythmique pulse la chose avec efficacité et le charisme vocal de Philippe Pascal est à son zénith. Le groupe restitue à merveille l'ambiance froide de l'époque (cf. les synthés enveloppants de « Brouillard Définitif », « Rue de Siam ») et son aura mystérieuse (« Silent World ») alors que le saxophone nous ramène vers les racines stoogiennes de l'affaire (« Air Tight Cell »). Les titres défilent et on reste scotchés par l'intensité dégagée, la puissance de l'interprétation comme si les membres du groupe avaient un compte à régler depuis leur séparation, cette dernière ayant mis un terme prématuré à une aventure qui s'annonçait magnifique. Résultat : un grand disque de rock, un retour réussi au-delà de toutes les espérance à tel enseigne que l'on annonce un mini tournée pour 2018 (la participation du groupe au festival Art Rock, le 18 mai 2018 est déjà confirmée) ; quelle heureuse nouvelle !

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jeudi 28 décembre 2017

Strup : « Space is the place »



Mesdames et Messieurs, attachez vos harnais et prenez place à bord, le décollage est imminent. Aujourd'hui, Strup est aux commandes de notre vaisseau et se prépare à nous emporter au son de son « Galactik rock ». Entre autres mérites cet album possède celui, immense, de renouveler les idiomes psychédéliques (« W.I.T.S ») et progressifs (« Turbulences ») en évitant la mise en avant systématique des guitares au profit de synthés moog et d'arrangements soignés et inventifs pour peu qu'on y prête une oreille attentive. La rythmique classique, basse et batterie, équilibre la balance délicate de cet album (cf. « Whales in space ») naviguant entre deux eaux, regardant dans le rétro pour mieux aller de l'avant. Et c'est bien la première fois que l'on accepte aussi facilement l'autotune, gadget pour lequel on a fini par développer une véritable aversion. Peut-être parce que ce dernier est utilisé avec parcimonie et sert, intelligemment, le propos et l'ambiance générale du disque ? Et tout cela nous donne au moins deux bonnes raison de l'écouter.

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Bops



Avec ce premier album, les Rennais de Bops redonnent de nouvelles couleurs au rock garage. Sans influence aucune du Blues mais avec un œil du côté de la perfide Albion, les Bops vont rechercher l'inspiration du côté des grands noms du rock, passés comme présents, qu'ils prennent un malin plaisir à passer à la moulinette rock garage. Ainsi, « Mary » a un petit quelque chose des Kinks, la basse de « Mad Oyster » évoque plutôt les Cure et la scène cold wave alors que « No Voices » serait plutôt à rapprocher de la scène actuelle de San Francisco (Ty Seagall, Thee Oh Sees…) Mais arrêtons-là le petit jeu des comparaisons, car les Bops valent bien mieux que cela. En effet, une véritable personnalité se dégage au fil de ces douze titres et un art consommé de la tension/détente mettant alternativement en avant la mélodie, pour laquelle ils ont un talent certain (« Slit it », l'excellente « Jim ») ou le gros son (« Sing » part 1) speedé, dévalant le tube musical (« Sing » part 2). Et le tour de passe-passe fonctionne à tous les coups, il ne faut guère plus de trente secondes pour succomber au charme de cet album frais, enlevé et primesautier.

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