lundi 3 novembre 2014

Nour Harkati : « Dive »



Jeune artiste d'origine Tunisienne, Nour Harkati est arrivé en France en 2011 grâce à un visa « Compétences et talents ». Trois années plus tard et le chanteur sort son premier album « Dive », titre résumant sa philosophie de vie : le plongeon. Plongeons donc dans ce grand bain de musique ! Passé le premier titre « Big open sky », un peu trop fade (simple question de goût), l'affaire démarre réellement. Deux composantes se dégagent de la musique de Nour, d'un côté le folk, il est éternellement accompagné d'une guitare acoustique (« Between sunset and the dark », « Doesn't matter what i sing »), et de l'autre la soul music (« Deep water », « Down to the river »). Loin de se regarder en chiens de faïence, les deux genres fusionnent dans un ensemble mélodique et harmonieux. Mais surtout Nour possède une voix, avec une petite fissure dans le fond de la gorge, typique d'un soulman en devenir, évocatrice et porteuse d'émotions. Emotion palpable sur les morceaux les plus intimistes (« Julie », « From Paris to love », « Brother ») avec toujours beaucoup de pudeur. Un premier effort à fleur de peau. A découvrir...
http://nourharkati.com/
En concert le 5/11 à Paris (Sunset Sunside)

dimanche 2 novembre 2014

Slow Joe & The Ginger Accident : « Lost for love »


Découvert en 2010 par la grâce d'un 45 tours miraculeux, Slow Joe le crooner indien au 71 printemps est de retour avec un deuxième album, toujours accompagné des français du Ginger Accident. On ne fini pas de s'ébaudire sur la résurection de ce chanteur au parcours chaotique, entre drogues et alcool, qui s'improvise en successeur d'Elvis à l'automne de son existence. Le premier album a été acclamé un peu partout par une critique en extase, reste à savoir si cet état de grâce peut se prolonger... Cette fois-ci, le guitariste Lyonnais Cédric de la Chapelle à mis les petits plats dans les grands pour accompagner son crooner cabossé. Des arrangements de cordes, de cuivres, des petites touches world (« Hum diya ») : tout démontre ici une ambition musicale revue à la hausse. Malheureusement, et il s'agit là de la seule chose que l'on peut éventuellement regretter, au détriment d'une démarche moins immédiatement rock. Un titre cependant fait le lien entre les deux disques : « Cover me over », reprise quasi à l'identique du premier album mais cette fois ci en duo avec Yael Naim. Le rock psychédélique millésimé qui a fait la réputation du Ginger Accident n'est cependant pas oublié :  « The Mulberry Bush », « The Eye of death », « She's all women » ou la très belle « Gimme no direction », signée du bassiste Alexis Morel Journel rassureront le fan du binaire sixties. L'accompagnement musical est idéal pour illustrer les textes, un peu sombres, à la Tom Waits, du chanteur « Trop vieux pour être aimé » (cf. « Too old to be loved »), et à qui «le monde n'offre pas de desserts » (cf. « No caramel custards ») ; ce dernier s'affirmant au passage « fils des ténèbres » (cf. la ballade intimiste « Waters of loneliness » qui clôture l'album et marque le retour éphémère de Lucas Spirli qui fût membre du groupe à ses tout débuts). Une réussite musicale de plus à mettre au crédit de ce chanteur de talent (et du jeune groupe qui l'accompagne) découvert sur le tard. 

En concert le 4 novembre à Paris (New Morning).

samedi 1 novembre 2014

Whodunit + The Lords of Altamont, Le Batofar, 30/10/2014

The Lords of Altamont


Joli plateau garage rock en ce jeudi soir sur la péniche rouge du Batofar, amarée à deux pas de la bibliothèque François Mitterrand. On commence avec le quatuor vétéran des Whodunit, tiré à quatre épingles, chemises blanches et cravate noire. De facture relativement classique et ancré dans les années 1960, les Whodunit font leur petit effet tant l'énergie déployée est phénoménale ! L'occasion de revisiter quelques idiomes bien aimés, du rock n'roll, un peu de surf music, la nécessaire dose de blues survolté. Une excellente première partie exécutée avec maestria par des musiciens affamés, jouant comme si leur vie en dépendait et, surtout, connaissant leur affaire sur le bout des ongles. La soirée commence plutôt bien...


Alors que l'écran placé derrière la scène diffuse des extraits de films de motards des années 60/70, un bruit de moteur étourdissant se fait entendre. Le quatuor des Lords of Altamont débarque, l'enfer mécanique nous tends les bras. Les Lords, ce sont quatre types aux gueules patibulaires, sapés de cuir noir façon gang de bikers. La formule est somme toute assez classique, du bon garage rock gras à souhait délivré avec une efficacité sans pareille. Le petit ingrédient supplémentaire, le plus qui entraîne l'affaire dans une toute autre dimension, c'est l'orgue vintage. Une petite dose de groove pour contrebalancer la violence de la guitare et de la section rythmique dopée à l'adrénaline. Un peu à l'étroit sur la scène minuscule (pas de gogo danseuse hélas) et assez basse de plafond, le chanteur à l'organe puissant, Jack Cavaliere, un peu cornaqué, assure le show autant que possible, balançant son orgue d'avant en arrière comme une planche de surf. Le groupe enchaîne les titres quasiment sans temps mort, telle une course poursuite effrenée sur une autoroute Californienne. Ca va vite, ça joue fort, ça fait du bien ! Les musiciens impressionnent par leur mise en place, d'une régularité métronomique, le répertoire s'en retrouve magnifié. Chaque titre prends des allures de petite bombe à la terrible déflagration. Une excellente soirée.
http://www.reverbnation.com/whodunittheband
http://lordsofaltamont.com/
https://www.facebook.com/LordsOfAltamont

vendredi 31 octobre 2014

The Black Angels : « Clear lake forest »



Pas forcément les plus connus du grand public, les Texans, originaires d'Austin, The Black Angels, sont un des groupes les plus respectés de la mouvance psychédélique actuelle. Parmi leurs hauts faits d'armes, citons la collaboration avec le légendaire Roky Erickson, l'âme damnée des 13th floor elevators, groupe chéri par tous les amateurs de rock sixties. Ca vous classe les musiciens. Du haut calibre...

D'abord sorti, en édition limitée, à l'occasion d'un disquaire day, leur EP « Clear lake forest » se voit gratifier d'une sortie officielle. Sortie pour le moins heureuse puisque le disque en question est excellent. Tout d'abord commençons par préciser qu'avec sept titres et pas loin d'une demi-heure au compteur, ledit EP est assez fourni, un véritable mini-album. Musicalement, si les Black Angels n'inventent rien de fondalement neuf, ils ont moins le bon goût de le faire avec classe. Le soin, maniaque, porté au son les mets instantanément au niveau des mètres étalons des années 1960. Les guitares sont cristallines, l'orgue chaud (« The flop »), la section rythmique groove à point, c'est un véritable voyage dans le temps, un enchantement... Bien évidemment tout cela nous ramène à des références classieuses du rock garage/psychédélique des années 1960. Aucune faute de goût à déplorer. Même leurs références sont marquées du sceau du bon goût et on ne manquera pas de noter que le disque se termine avec un clin d'oeil appuyé au Velvet Underground (« Linda's gone »). Si avec cela vous n'êtes pas convaincus...

http://theblackangels.com/

mercredi 29 octobre 2014

The Oath



Ne faisant rien comme tout le monde, le duo Germano/Suédois The Oath annonce sa séparation un mois après la sortie de son premier album. Un disque qui, au lieu de célébrer en grandes pompes les débuts, scelle la fin (prématurée ?) de l'aventure. Et c'est bien dommage, car les deux musiciennes, la guitariste Linnea Olsson et la chanteuse Johanna Sadonnis, avaient des arguments (musicaux s'entends) à faire valoir. Lookées en combinaison cuir noir intégrale, façon Suzie Quattro dans les 70s, les deux blondes ont, comme tous leurs collègues du label Rise Above, l'ombre de Black Sabbath qui leur plane au-dessus de la crinière. Du métal donc, racé et puissant, héritier du son old school des années 1970, genre qui constitue leur fond de catalogue. Comme les copains, The Oath excelle dans des compositions assez longues, mettant en exergue leurs inspirations psyché et progressives (« Silver and Dust »), riches en breaks et autres ponts relativement tortueux et parfois même, divine surprise, mélodique (cf. « Leaving Together » ) ! Toutefois, le duo délaisse parfois ses aspirations musicales pour revenir à une forme de rock n'roll plus simple dont l'immediateté rappelle la scène pré-punk des années 1960, le MC5 ou les Stooges (« Night Child », « Black Rainbow »). Pris dans sa globalité, l'album constitue un très bon compromis à équidistance du rock n'roll et du heavy metal. Le genre de disque à même de plaire à tout le monde ou presque. Dommage cependant que cela soit, déjà, le dernier du groupe...


lundi 27 octobre 2014

Death Penalty




Fraîchement signé dans le roster du label Rise Above, Death Penalty est le nouveau groupe du guitariste Gaz Jennings (Cathedral). Conforme à la ligne éditoriale du label (Electric Wizard, Uncle Acid etc...), le fantôme de Black Sabbath plane au dessus de ce disque. Ce qui en l'espèce est plutôt un gage de qualité. Death Penalty œuvre donc un style de métal old school fleurant bon le gros son des années 1970. Grâce à sa chanteuse, la Belge Michelle Nocon, Death Penalty attaque le mur du son suivant un angle féminin relativement inédit. La belle voix, ample, de Michelle, qui rappelle celle d'Anneke l'ex chanteuse de The Gathering, fait toute la différence et apporte un contrepoint intéressant au mur de guitares dressé par M. Jennings. L'apport mélodique est évident et appréciable. C'est ce recul, cette distanciation qui permet de distinguer Death Penalty de la masse. Oeuvrant dans le style doom, Death Penalty apprécie les compositions assez longues et privilégie un angle psyché/progressif hypnotique. Pour le reste, le disque est à apprécier pour ce qu'il est. Un excellent album de rock n'roll, fort gouteux en guitares, riche en breaks, soli et autres ponts assez inventifs. Ca n'a peut être l'air de rien dit comme ça mais c'est déjà beaucoup !

samedi 25 octobre 2014

The Rentals : « Lost in Alphaville »



Il fût un temps, pendant les années 1990, où Matt Sharp fût un musicien à la mode. Bassiste et co-fondateur de Weezer (un groupe qu'il a quitté en 1998) pendant la meilleure période de ces derniers et en parallèle, leader de The Rentals, formation plus new-wave, qui en 1995 a décroché un tube avec l'excellente « Friends of P. ». Après un deuxième disque avec les Rentals « Seven more minutes » en 1999, Sharp est tombé peu à peu dans l'oubli. Ses activités se sont fait plus discrètes, notons tout de même un album en solo (disponible un temps sur CD Baby) et, surtout, le coffret « Songs about time » ambitieux projet protéiforme comprenant des chansons, des photos et des films dont on retrouve les meilleurs pièces musicales, retravaillées, sur ce nouvel effort, le premier sous l'alias Rentals depuis 15 ans. Le groupe a également été renouvelé et la recrue la plus spectaculaire se nomme Patrick Carney, batteur des Black Keys de son état. Ce nouveau disque s'ouvre donc avec « It's time to come home », titre pour le moins approprié tant la sensation de retour semble pregnante pendant les 40 minutes que dure ce nouvel enregistrement. C'est avec plaisir que l'on retrouve les Rentals et on constate que la recette n'a que très peu bougée en dépit des années : un savant alliage entre l'orgue Moog, plutôt typé années 1980, (« Seven Years »), guitares énormes délivrant un prototype de gros son typique des années 1990 (« Thought of sound ») et choeurs féminins. Si la formule musicale est quasi identique, l'homme en revanche a beaucoup changé. Et gagné en maturité, surtout. La différence se fait sur une somme des petits détails : le son est énorme, l'écriture musicale plus précise favorise les « hooks » mélodiques et les paroles dévoilent une sensibilité inédite. Lorsque le cocktail est bien dosé, il se révèle particulièrement corsé. The Rentals n'a pas son pareil pour délivrer des tubes intemporels : « 1000 seasons », « Damaris », « Song of remembering » (Joey « Pixies » Santiago à la guitare, quand-même!!) avec la dose de nostalgie nécessaire sans tomber dans l'excès. Enfin avec « The Future », placée en clôture, Sharp réussit son feu d'artifice final en entraînant son groupe sur un terrain nettement plus expérimental. Un retour aussi inattendu que réussi.

http://therentalsmusic.tumblr.com/

vendredi 24 octobre 2014

Loren Connors : « Portrait of a soul » (Réédition)




Personnage énigmatique au parcours difficile à retraçer, Loren Connors (né à New Haven, Connecticut en 1949) a sorti environ 80 albums, sous differents alias (Guitar Roberts, Loren Mazzacane etc...) depuis ses débuts en 1978. Largement méconnu du grand public, le musicien est pourtant un pilier des musiques expérimentales, et compte quelques fans célèbres parmi les membres de Sonic Youth (Lee Ranaldo, Thurston Moore) et Tortoise (Jim O'Rourke), ce qui à l'écoute de sa musique n'a dans le fond rien de surprenant. Plus étonnant, la maladie de Parkinson, diagnostiquée en 1992, n'a en rien ralenti son rythme de travail. Sorti à l'origine en l'an 2000 et oublié depuis, son album « Portrait of a soul » vient d'être réedité avec une nouvelle pochette et un mastering inédit. Un disque que Connors lui-même considère comme le plus personnel. Purement instrumental, le concept du disque s'articule autour d'un cycle de 24 heures mis en musique. Ainsi, les 14 premières plages constituent un suite sobrement intitulée « Day ». La soirée, « Evening » s'étend des pistes 15 à 19 ; la nuit « Night » tombe à la plage n°20. Enfin, les trois derniers morceaux (numérotés 24, 25 et 26) sont une aube nouvelle (« Dawn »).

Loren Connors, fait partie de ces artistes inclassables et ce disque ne ressemble finalement à rien de vraiment connu. Entièrement instrumental, enregistré avec très peu de moyen juste des guitares avec quelques effets d'écho, l'album aligne de petites pièces musicales, assez courtes, qui ont toutes la particularité de se couper brutalement. Un effet de style assez perturbant qui, au début, fait croire que le lecteur est brusquement tombé en panne. On ne peut pas être plus éloigné d'un songwriting classique, cette notion même semble en l'espèce être désuète, et il ne serait en rien étonnant que la musique ici présentée ait été improvisée. Différentes sources nous apprennent que Connors seraît influencé par le blues et la musique Irlandais, influences totalement indétectables ici. En fait l'artiste a réussi cette prouesse relativement rare, celle de s'approprier totalement son instrument au point de créer son propre langage personnel. Calme, planante, profonde, la musique de Connors est propice à l'imagerie mentale et évoque des paysages infinis et désertiques. Un charme auquel les rêveurs de toutes sortes ne devraient pas rester insensibles...
Pour se procurer le disque cliquez ici


mercredi 22 octobre 2014

Powersolo : « The real sound »



Attention dans les chaumières, tremblez, les Danois frappadingues de Powersolo sont de retour ! Powersolo c'est un groupe attachant que l'on avait rencontré pour la première fois, il y a quelques années de cela, sur la scène de la Maroquinerie en première partie des BellRays. Le nouvel effort s'intitule « The real sound » et il est difficile de trouver titre plus approprié. Powersolo, c'est le genre de groupe pour qui le temps n'existe pas. Deux gars qui, au 21ème siècle, s'échinent coûte que coûte à faire de la musique comme dans les années 1950, 1960 ou 1970. Le vrai son, le rock n'roll quoi ! Et ça fait du bien ! Bien entendu suivant une telle ligne le duo ne peut que piocher dans des idiomes chéris par l'auteur de ces lignes. On y trouve du rockabilly (« Boom Baba Do Ba Dabba », « Big Lips »), du garage rock bien balancé (« Sasquatch », « The leather suit ») voire de la surf music (« Two headed woman ») ou de la country déglinguée (« New fashioned girl »). Ces deux derniers morceaux, plus mesurés et calmes apportent un peu de distanciation dans la cacophonie générale. Seule chanson en français, « Des filles », sonne comme du Dutronc sous extasy : le blues n'est jamais bien loin... La liste des titres, faîte d'onomatopées, est évocatrice. Powersolo cherche l'efficacité immédiate et apporte un second degré salutaire grâce à son sens de l'humour imparable hérité du cinéma de série B. Voici l'album idoine pour faire les fous lors d'une beach party, la bande sonore idéale d'une fête d'Halloween. Conseillé à quiconque aime le rock n'roll mais aussi le swing.



mardi 21 octobre 2014

Vinny Vegas : « The big white whale »



Originaire de Baltimore, le quintet Vinny Vegas sort son premier album après cinq ans d'existence. Mettant l'accent sur la sensibilité, Vinny Vegas s'ouvre une brèche originale dans un registre rock indé puissant mais mélodique et surtout émotif. Une émotion que l'on entend en particulier dans la voix du chanteur Scott Siskind qui nous entraîne dans une sorte de grand huit émotionel sur le bien nommé « Highs and lows » qui ouvre le disque. Un morceau assez long, fait de hauts et de bas, dès le premier titre la barre est placée assez haut. Alors certes le contient son lot de guitares énormes et de gros son (« From the top of the stairs ») mais l'important se situe dans les arrangements. Le clavier est un véritable atout, le piano apporte une touche mélodique plutôt agréable (« Patterns Weave », « Rubber sternum » ce dernier titre virant au free jazz grâce au saxophone). Ailleurs les nappes de claviers enluminent les compositions (« Claws ») les entraînant sur un terrain hypnotique, mélodique et inattendu (« Sleeping cliffs »). Décidément ces musiciens sont très talentueux. La production du disque est très propre, sans aspérité et c'est la seule chose que l'on pourrait éventuellement leur reprocher : un manque de piment rock n'roll, un petit grain de folie pour bousculer un peu ces compositions un peu trop sages dans l'ensemble. Le disque est néanmoins réussi dans un genre pop/rock indé et le groupe très prometteur...




lundi 20 octobre 2014

Spoon : « They want my soul »


Scandaleusement méconnu de ce côté ci de l'Atlantique, généralement assez mal porté sur les choses du rock, les texans de Spoon sont pourtant l'un des meilleurs groupes indie actuellement en activité qui, en 2007, avait accouché d'un chef d’œuvre au titre complètement idiot « Ga ga ga ga ga ». Formé en 1994, Spoon a donc sorti fin août son huitième album, le premier après un break de quatre années. Dans l'intervalle la troupe menée par le duo Jim Eno/Britt Daniel s'est adjoint l'apport d'un clavier, Alex Fischel dont l'apport est assez sensible sur « Inside out », « Let me be mine » et « New York Kiss ». Le disque démarre fort avec un « Rent i pay » tout en guitares tendues et nerveuses, une certaine idée du bonheur ! On retrouve un peu plus loin avec « Outlier » leur sens particulier du groove, de la basse en particulier, qui se mélange à merveille aux guitares rêches. Tout au long du disque le chant écorché, sur le fil, de Britt Daniel fait des miracles. Les trois ingrédients majeurs de Spoon sont ainsi résumés. Loin de pratiquer l'attaque frontale, Spoon excelle dans ces ambiances en clair/obscur. La musique de Spoon n'est jamais vraiment violente, cette dernière notion serait plutôt sous entendue même sur un morceau plutôt acoustique comme « I just don't understand ». Tractée par une section rythmique plutôt du genre nerveuse, la machine Spoon est ainsi lancée à plein régime parfois traversée d'éclairs de guitares venus d'on ne sait où (« Knock Knock Knock », « They want my soul »). L'écoute de cet excellent disque est conseillée à tous les nostalgiques du rock des années 1990 de Weezer et autres Nada Surf.

En concert le 6 novembre au Trabendo (Paris). Attention notez bien cette date, les concerts de Spoon sont très rares en France, leurs passages se comptent sur les doigts d'une main...

dimanche 19 octobre 2014

Ruthie Foster : « Promise of a brand new day »



Au fil de sa carrière, entamée à la fin des années 1990, Ruthie Foster sera passée par différents stades, rhythm & blues, gospel ou soul. Une constante toutefois, un ancrage profond dans les musiques telluriques étasunienne et un attachement indéfectible au blues. Forte d'une dizaine de pièces, sa discographie vient s'enrichir avec ce nouveau disque produit par la bassiste Meshell N'Degeocello qui tient également la quatre cordes tout au long de l'album. Fidèle à sa réputation N'Degeocello a donné un angle résolument contemporain et moderne aux compositions, plutôt ancrées dans la tradition, de Foster. La balance est ici idéale, la dynamique parfaite. Le chant de Ruthie Foster, découlant du gospel (cf. « Let Me Know », « The Ghetto ») est parfaitement mis en valeur. La production confère à l'ensemble un groove chaleureux (« My kinda lover », « Outlaw ») et une identité forte en dépit des va et viens stylistiques entre blues, gospel et soul music. Un exemple, l'enchaînement « Second Coming », une petite pépite folk, et « It might not be right » que l'on jurerait sortie d'un studio de Memphis dans les années 1960. Le reste de l'album est à l'avenant et est particulièrement réussi.

http://ruthiefoster.com/

jeudi 16 octobre 2014

FM LAETI : « For the music »



Bien que la chanteuse Lætitia soit souvent mise en avant sur le matériel promotionnel du groupe, entre autres les pochettes de disques, FM LAETI est pourtant bel et bien un groupe formé du duo François-Marie Dru et Lætitia Bourgeois, dont le deuxième album sort ces jours-ci. FM LAETI donc nous avait estomaqué il y a trois ans avec un premier effort, savant alliage de soul music à l'ancienne mâtinée d'instrumentations africaines. Ce deuxième disque marque un changement de direction vers des sonorités synthétiques, héritage plus ou moins heureux des années 1980, et approche pop (« Ping Pong ») culminant avec la reprise, complètement inattendue de « Run run run », chipée chez Phoenix ! Rétrospectivement le morceau d'ouverture sonne ainsi comme une formidable déclaration d'intention : « Wanna dance » ! Pourtant malgré l'efficacité de l'ensemble et les rythmiques disco/funk endiablées, la révolution attendue n'a pas lieu. Il s'agirait plutôt d'une évolution. Appelons cela le changement dans la continuité. Le duo ayant trouvé le moyen de caser ces nouvelles orchestrations sans altérer leur imparable sens du groove (« The night has begun to call »). Le chant sensuel de Lætitia assurant par ailleurs le liant entre les deux disques. Ce nouvel effort réserve également quelques moments de soul tendre, « You inspire me », « Tell me a story », « We go slow », qui n'auraient pas dépareillées sur l'album précédent. Placée en clôture, « The Cove », son chant en langue vernaculaire et ses arrangement caribéens rappelle également le premier album (le duo « Coco »). Une pierre de plus dans une discographie qui commence à compter dans la soul hexagonale.
En concert le 24/11 à Paris (Nouveau Casino)


mercredi 15 octobre 2014

PHOX



Composé de sept membres et originaires du Wisconsin, les Américains de PHOX prennent à malin plaisir à nous tourner en bourrique avec ce premier album aux contours difficilement définissables... PHOX tout d'abord, c'est une formidable chanteuse, Monica Martin, au timbre diaphane, hypnotique et terriblement évocateur, parfait pour les ambiances de fin de nuit. Une voix de conteuse qui fait le liant du disque. Car musicalement, c'est un peu foutraque, de la pop indé au rock psychédélique (« Laura »), pastichant la bossa nova entre deux (« Calico man »), PHOX part un peu dans tous les sens. Mais attention foutraque ne veut pas dire bordélique. Les compositions sont abouties et en place mais les arrangements étonnent (la trompette d' « Evil »). Plus d'une fois l'auditeur est étourdi par les étranges chemins de traverse pris par les musiciens : tiens, un banjo reggae, quelle drôle d'idée (« Slow motion ») ! Lorsqu'il se maintient sur une ligne directrice, PHOX accouche de chansons formidables (le folk « 1936 »). Mais l'album a ceci de fascinant que l'on ne sait jamais trop à quoi s'attendre au détour d'un couplet au fil d'orchestrations qui ont le chic pour arriver tel un cheveu sur la soupe (l'intro de "Kingfisher" qui sonne comme de la musique de chambre). Pourquoi pas après tout ? Loin d'être un produit de consommation courante, vite écouté, vite oublié, PHOX nécessite une écoute attentive et répétée pour bien en saisir toutes les nuances...

En concert à Paris (Badaboum) le 19 novembre

mardi 14 octobre 2014

Charlie : « Les fleurs sauvages »



Charlie. Derrière le patronyme androgyne se cache une jeune chanteuse que l'on avait repéré il y a déjà quatre ans avec un premier album de pop soyeuse. Après une longue période de maturation, Charlie est donc de retour avec un deuxième effort plus affirmé. Au fil du temps, l'univers musical de Charlie s'est affiné. La tonalité générale de l'album est beaucoup plus roots au détour d'un harmonica bleuté « Le naufrage », de guitares plus rock (« Tout ce qui brille »), sans excès toutefois, ou lorgnant vers le folk et la country, « Bleu », « Chercheur d'or », le morceau qui ouvre le disque. Si la tonalité musicale, un peu poussiéreuse, porte en elle un goût d'Amérique, ce dernier est compensé par le chant en français emportant l'ensemble vers un ailleurs fort peu visité par la scène française. Difficile, au fil de l'écoute, de ne pas tomber sous le charme de cet album. Simple, car confectionné avec des moyens volontairement limités (en gros guitare, piano, basse et batterie), le disque dégage une chaleur et un sentiment d'intimité très appréciable, souligné par la voix douce et mélodique de Charlie qui nous susurre dans l'oreille. On imagine quelque chose de très naturel, un enregistrement dans une grange ou dans une cabane perdue dans la foret. Une belle réussite...


lundi 13 octobre 2014

Boogers : « Running in the flame »



Adapte forcené du Do It Yourself, bricoleur invétéré, démarche que l'on retrouve jusque dans le graphisme, particulièrement hideux, du disque, attention, tremblez dans les chaumières : Boogers sort son troisième album. Un troisième effort, qu'il a cette fois pris le temps de mûrir, contrairement à ses habitudes. Amoureux fou de la pop, probablement nostalgique des années 1990, Boogers a l'obsession du gimmick qui tue, de la mélodie assassine. Une sorte de champion de la démangeaison cognitive, cet effet pervers de la pop, qui nous fait siffloter une mélodie que l'on n'arrive pas à se sortir de la tête quand bien même on déteste la chanson en question... Donc, sur ce nouvel effort, Boogers assume totalement son amour immodéré pour la (power) pop qui prend différentes formes. « Goin downtown » résume à elle seule la chose passant d'une intro folk/country à un final rock à guitares à base de gros son. En la matière « Showtime » vaut également son pesant de décibels punk. Nostalgique, la reprise reggae d' « Oh my love » est teintée d'effets électroniques rappelant les saveurs douces amères de l'enfance. Protéiforme dans son expression, Boogers va même jusqu'à assumer un penchant peu avouable pour la danse music sur « Don't want me », plage finale du disque. Notons également pour finir, une première tentative de chant en Français sur le punk déglingué « Dis-moi pourquoi ». Un artiste décidément inclassable, c'est ce qui fait son charme...
En concert le 20 octobre à Paris (Divan du monde)


jeudi 9 octobre 2014

The Legendary Tiger Man + Catfish, La Maroquinerie, 7 Octobre 2014


Superbe plateau d'une rare cohérence blues en ce mardi soir dans la superbe petite salle de la maroquinerie. On commence par le duo jurassien Catfish. Sacré alliage de personnalités entre le placide Damien et l'explosive Amandine. Les regards échangés entre deux morceaux par les protagonistes en disent long sur le respect mutuel qui les anime. Et cela s'entend ! Bien loin de se confiner à la simple formule guitare (jolie Gretsch demi-caisse) + batterie, Catfish multiplie au contraire les configurations Amandine passant de la basse à la batterie, laquelle est divisée en deux (la grosse caisse et la charleston pour Damien, le reste pour Amandine). Il en résulte un son de batterie assez mat avec très peu de cymbales. A cette formule très roots, Catfish ajoutent quelques notes électro grâce à un petit synthé aux interventions rares mais judicieuses. Un frottoir et quelques percussions gadgets complètent la panoplie. Catfish maîtrise tous les fondamentaux, le bottelneck, l'harmonica et la puissance vocale de la diva Amandine vous transporte au fin fond des marais. Enfin le groupe est aussi à l'aise en électrique (et vive le lâché de watts!) version garage qu'en acoustique, arpèges et émotion à fleur de peau. Même une simple configuration harmonica et voix vous donne des frissons dans le dos. Notons que beaucoup de nouveaux titres furent joués, probablement en rodage avant un deuxième album dont on est en droit d'attendre beaucoup. Assurément, un groupe à suivre...

On continue ensuite avec The Legendary Tiger Man, le projet solo de Paulo Furtado, par ailleurs leader de Wraygunn. Fait exceptionnel, le Tiger Man qui d'ordinaire se produit en solo intégral est cette fois-ci accompagné de deux acolytes : un batteur et saxophone baryton. Le sax apporte une note jazzy, remplaçant la basse, et d'un coup c'est le fantôme des regrettés Morphine qui vient hanter la salle. Le batteur, exceptionnel de puissance, apporte beaucoup de profondeur, propulsant le trio dans une sorte de transe impossible à atteindre en solo (on se souviendra longtemps du final rock n'roll!). Pas encore tout à fait au point, le trio se paye une bonne tranche de rigolade lorsque les deux musiciens additionnels se plantent régulièrement sur un pont. Le saxophoniste jette alors un billet de 20 euros à son leader en guise d'amende ! Cependant c'est Paulo en solo qui assure la majorité du show. Assis, sa Gretsh demi-caisse sur les genoux, derrière sa grosse caisse de batterie, Paulo égraine ses compositions entre blues et garage rock n'roll sans oublier de rendre hommage à quelques grands noms (« 20 flight rock » d'Eddie Cochran). Également conteur, récitant des textes entre chaque titre à l'instar d'un Tom Waits, Paulo intègre une dimension cinématographique dans son travail : un écran dans le fond projette des petits films illustrant les chansons. Ecran qui permet à Lisa Kekaula et Asia Argento de faire une petite apparition virtuelle. Paulo a surtout eu la bonne idée de faire un peu de ménage dans l'attirail qui l'équipe d'ordinaire sur scène (exit le kazoo et l'engin bizarre qui servait à faire des distorsions sonores) pour un résultat beaucoup plus roots au final. Il subsiste seulement un micro au son distordu qui apporte une note étrangement intime. Ce fut une excellente soirée.

https://www.facebook.com/thelegendarytigerman

Clementi



Ancien leader des confidentiels Meubles Orange dans les années 1990, Clementi fait son retour sur la scène musicale avec ce premier effort éponyme. Pour ce comeback, Clementi a rapidement fait le choix de l'autoproduction afin de conserver un contrôle total sur son œuvre. Bien loin de la pop des Meubles Oranges, Clementi se rapproche avec ce disque d'un certain idéal de la chanson française. Apôtre d'une démarche minimale, l'album s'articule autour de trois éléments seulement : une vieille guitare acoustique, quelques chœurs féminin et le chant de Clementi (et quelques percussions sur « Tourner quand même »). Point d'effet de manche, pas d'entourloupe de producteur ou de gros son, ici, tout n'est qu'acoustique chatoyante et délicats arpèges de guitare. De fait, Clementi revient à la base et à ce qui importe le plus dans le fond : La chanson, soit une mélodie et un texte. En ce sens Clementi valide une des théories de l'auteur de ces lignes : l'acoustique est le juge de paix ultime pour évaluer une composition. En l'espèce, le test est passé haut la main. Ce contexte dépouillé permet de mettre en valeur la finesse d'écriture de Clementi aussi bien musicale que pour les textes mélancoliques et doux amers à la rime riche (A noter « J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans » poème de Charles Baudelaire mis en musique). Un travail d'orfèvre, à l'opposé des canons actuels, qui réclame de l'attention et de l'écoute pour être pleinement apprécié. On n'est pas loin de penser que le vinyle et l'impossibilité de sauter les titres ou de revenir en arrière aurait été le support physique idéal pour en apprécier toutes les nuances. Aussi doux qu'un rayon de soleil, ce disque intemporel est très probablement un classique en devenir...
En concert gratuit le 27 octobre à Paris (le Pop In, 105 rue Amelot, Paris XI)
Pour se procurer l'album cliquez ici

mercredi 8 octobre 2014

Gaelle Buswel : « Black to Blue »



Jeune artiste originaire de la région parisienne, Gaelle Buswel sort son deuxième album « Black to Blue » grâce au soutien d'une plateforme de financement participatif. Entre blues, rock et folk, ce nouvel effort exhale un fort parfum d'Amérique dans la lignée des classiques du rock des années 1970, visiblement une source d'inspiration première pour l'artiste. Aussi bien à l'aise en version acoustique (« Confessions and lies », l'émotion à fleur de peau de « Somehow ») qu'électrique (les très enlevées « I don't need nobody » et « Secret door »), Gaelle fait montre de belles qualités vocales, son grain de voix profond et chaleureux, parfois un peu cassé, s'adapte à tous les contextes. Musicalement, le disque se rapproche de l'idée que l'on pourrait se faire d'un « album de route » : jolies compositions, groove tranquille de l'orgue et, régulièrement, un solo de guitare inspiré (Michaal Benjelloun) pour le piment rock n'roll. En résumé, c'est une grande variété de paysages qui vient aux oreilles à son écoute (la note mexicaine de « Black to blue », la pedal steel country de « Black delta dirt »). De plus, la belle sait s'entourer, Elliot Murphy, Neal Black et JC Pagnucco sont venus passer un coup de main sur « The Weight ». Quant à Patrick Rondat il honore de sa présence « For you », le fantomatique bouquet final du disque. On peut toutefois regretter le parti pris pop de la production, extrêmement propre, manquant un peu d'aspérité et lorgnant au final un peu trop vers le rock FM (lâche toi sur les guitares, bon sang!). Plutôt copieux, 14 titres, ce disque n'aurait pas non plus souffert d'être un peu plus court. Des défauts somme toute relativement mineurs compte tenu de l'excellente tenue générale de l'ensemble. Un disque très attachant.

En concert le 16 octobre à Paris (La flèche d'or)

mardi 7 octobre 2014

Nina Attal : « Wha »



Petite prodige du blues à l'age de 16 ans, Nina Attal, 22 ans désormais, a évolué vers une musique beaucoup plus funky. Son premier album, autoproduit, « Yellow 6/17 » avait laissé un goût mitigé. Certes frais et sympathique, mais une œuvre de jeunesse avec ce que cela suppose de maladresse. Son nouvel effort, « Wha » est sorti le 29 septembre dernier. Ce coup ci, Nina a mis les petits plats dans les grands, s'exportant aux studios avatar de New York City, afin de saisir l'essence du groove. La genèse de l'enregistrement remonte à une première partie de Nile Rodgers. Nina tape alors dans l'oreille du bassiste Jerry Barnes (Chic). Ce dernier fait jouer son carnet d'adresse et en deux temps trois mouvements, Nina se retrouve à la tête d'un backing band de rêve. Outre Jerry Barnes (basse) on retrouve Steve Jordan (batteur d'Eric Clapton) et Bashiri Johnson (percussionniste de Michael Jackson). Bref, des pros à même d'encadrer le talent brut de Nina. Et la formule fonctionne. Sans jamais perdre la fraîcheur qui la caractérise, celle de ses 22 ans, Nina évolue sur un terrain soul/funk qui n'est pas sans rappeler les grands crus du genre et qui évite intelligemment l'écueil de la pop qui obère régulièrement nombre de tentatives. Ici, tout sonne authentique. Les claviers sont chaleureux, les cuivres apportent le peps nécessaire, guitares (Nina et Philippe Devin) et section rythmique sont à l'avenant. L'album déroule son groove, tranquille (cf. « Back from the hole ») parfois teinté de funk plus musclé (« Bring me back that love »). Mais le plus étonnant reste la maturité vocale de l'artiste, en net progrès sur ce plan, qui sonne comme une diva de Detroit ou de Memphis (cf. « Everything you say »). Une alternative crédible aux canons étasuniens du genre. A découvrir...
http://www.ninaattal.com/

lundi 6 octobre 2014

The Dedicated Nothing : « Dawn to dusk »



Surfant la crête d'une énorme houle de guitares, nos quatre surfeurs Biarrots, The Dedicated Nothing sont de retour avec un premier album en bonne et due forme. 10 compositions donc, en forme de marée noire par une nuit de pleine lune, un sentiment qui de Joy Division à Interpol a déjà été maintes fois éprouvé auparavant. Car vous l'avez compris, ils ont beau être surfeurs et de Biarritz, lorsqu'ils empoignent leurs instruments, les Dedcats font (presque) tout sauf de la surf music. Ils se situeraient même plutôt à l'opposé. Leur rock serait plutôt empreint des années 1980/1990, à base de guitares énormes (« Hopes ») sur une section rythmique puissante et carrée. Et ça commence plutôt fort avec un enchaînement « When we were kings »/ « You want to know » à forte teneur en watts, déployant une énergie dingue. Ailleurs, le quatuor provoque un sentiment de spleen, ralentissant le rythme comme sur les arpèges délicats de « Dawn to dusk » ou sur la belle mélodie de « Love me girls » présentée ici dans une nouvelle version très différente de celle de l'EP. « Mind Love » résume à elle seule chose, effectuant un mouvement de balancier entre une intro plutôt calme suivi d'un torrent de guitares. Dans le même ordre d'idées citons « Leaving you » au pont pratiquement punk. Entre énergie et mélodie, les Dedicated Nothing maîtrisent toutes les composantes d'un rock d'influence anglo-saxonne qui, s'il n'a rien de fondamentalement original, est rudement bien balancé...


Black Strobe : « Godforsaken Roads »



En solo ou sous l'alias Zend Avesta, Arnaud Rebotini est un acteur majeur de la musique électronique dans notre hexagone ; musicien et producteur, sa patte « glacée » avait notamment fait des merveilles sur l'album de Rafale. Aux commandes de Black Strobe depuis une quinzaine d'années, Arnaud laisse libre cours à sa passion du rock (voire du métal par moment) et du blues. Conscient qu'il n'a ni le vécu ni la légitimité (ceci est dit sans offense) pour concurrencer BB King et autres John Lee Hooker sur leur propre terrain, Rebotini préfère intégrer le blues comme une influence première en matière de composition plutôt que de jouer l'imposture et se faire passer pour un bluesman pur. Black Strobe est ainsi un groupe aux contours fuyants, limite expérimental, cherchant à concilier la passion de la guitare ternaire avec celle des synthés analogiques. Le groupe n'est pas sans rappeler Depeche Mode (attention, celui de « Personal Jesus »), où une guitare ternaire ferraille dur contre synthés et autres boîtes à rythmes, un peu comme si Nine Inch Nails s'était mis en tête de faire un album de reprises de Muddy Waters. Les Doors du 21ème siècle. L'album brille par son côté oblique, les chansons ménageant de nombreuses surprises, une passage très rock succédant à un interlude électro plutôt froid et vice-versa ; le plus intriguant étant certainement cette reprise entièrement synthétique du « Folsom Prison Blues » de Johnny Cash. Au fil du disque, Rebotini laisse également apercevoir de belles qualités vocales. Tel un stentor, son timbre de gorge, profond est idéal pour incarner ce genre de répertoire. Finalement, il n'y a guère que les puristes de tout bords pour ne pas apprécier la démarche.

samedi 4 octobre 2014

The Angry Cats : « Rock n'riot in town »



Power trio parisien, The Angry Cats sort un deuxième EP qui devrait en défriser plus d'un. Si la base des Angry Cats reste le rockabilly, avec ce que cela suppose de swing par le biais d'une section rythmique à se damner -ah cette basse sur « Fly away from the nightmare » !!!!- rapidement les cinq titres présents ici dévoilent un entrelacs d'influences toutes plus rock n'roll les unes que les autres. Dans les Angry Cats on entends aussi une dynamique punk, du blues déjanté voire même un soupçon de metal stoner et tout ça rien que dans les quatre minutes de « Rock n'riot in town » (la chanson). Fait exceptionnel à aucun moment la sauce ne semble indigeste, tout découle de source avec une grande cohérence. Et parce que le trio n'est pas une bande de bourrins la tête coincée dans un ampli invariablement réglé sur 12, l'EP se termine sur une note country/folk aussi inattendue que bienvenue («He who laughs best laughs last »). Il est décidément très attachant cet EP...
www.theangrycats.com

vendredi 3 octobre 2014

Marie-Flore : « By the dozen »



Après un premier EP folk/acoustique, Marie-Flore passe à la vitesse supérieure avec un album inaugural plutôt abouti. Ce premier album, Marie-Flore l'a voulu fidèle à son image soit un disque de songwriter certes, mais enluminé d'arrangements pop entre lignes de claviers (la psyché « Loud dark crowd ») et guitares parfois nerveuses (« Fancy me ? »). Certains grands noms nous reviennent en mémoire au fil de l'écoute, impossible de ne pas penser au Velvet Underground (la progression harmonique d'« All mine »), aux Cure (« Number Them ») voire aux chanteuses folk des années 1960 (« By the dozen », « Shifting sand », une grande réussite). Velouté et délicat, à cheval entre plusieurs époques sans jamais en plagier aucune, l'album est également assez intimiste. Le nombre des intervenants est limité, entretenant une proximité avec l'auditeur qui sied particulièrement bien à la voix diaphane de la chanteuse qui donne l'impression de nous chuchoter les paroles dans le creux de l'oreille. Le cocktail fonctionne et entre autres réussites citons « Empty walls » qui a tout du mini tube, à la fois accrocheur et entraînant. Un disque d'ambiance, remarquable de cohérence, entre chien et loup, à écouter au crépuscule ou au petit matin, et par lequel il convient de se laisser bercer. Un talent à découvrir...
En concert le 17 octobre à Paris (Divan du Monde – Mama Festival)
http://www.marieflore.me/

jeudi 2 octobre 2014

Haley Bonar : « Last war »


Après des débuts marqués par le folk et la country (seule "Eat for free" placée en clôture rappelle ces influences), la toute jeune trentenaire américaine Haley Bonar change radicalement d'orientation musicale sur son quatrième effort. Le regard dorénavant tourné vers les eighties, Haley a eu le bon goût de garder ce que la décennie avait de meilleur : une certaine idée du spleen et de la mélancolie. On y retrouve ainsi un peu de ce qui faisait le charme des albums des Cure, Joy Division ou Smiths de l'époque. Le disque entier est porté par des lignes de basse énormes dignes de Simon Gallup comme sur le morceau titre « Last war », grande réussite, merveilleusement hantée de l'album. Ailleurs, c'est le grain de voix diaphane, les nappes synthétiques et les guitares fantomatiques qui font des merveilles (cf. « Heaven is made for two »). Il serait ainsi aisé de parler de disque d'ambiance ou d'atmosphère sombre si une approche pop ne venait pas contrebalancer la relative noirceur de l'ensemble. Car « Last war » est également un disque « girlie », accrocheur sans ostentation (le très rock « Woke up in my future », la pop de « Bad reputation »), il est cependant inutile de chercher le tube FM ici, il n'y en a point, Haley a en effet beaucoup mieux à offrir. Enfin nous remercions Haley d'avoir mis de côté l'insupportable martèlement des batteries de l'époque au profit de rythmiques plus légères et bien plus agréables. Une très bonne surprise ce nouveau disque qui renoue avec la durée, idéale, d'un vinyle.



mardi 30 septembre 2014

Orange Blossom : « Under the shade of violets »



Porté disparu depuis 2005, le duo Carlos Robles Arenas (batterie) et PJ Chabot (violon), aka Orange Blossom, est de retour. Nouveau disque donc, mais surtout, une nouvelle voix, celle de la chanteuse Hend Ahmed (28 ans) dénichée au Caire. Il serait aisé de ranger la musique d'Orange Blossom dans la case « world » mais on se gardera bien d'effectuer de tels raccourcis, beaucoup trop réducteurs pour un disque et un groupe de cette ampleur. Certes la musique d'Orange Blossom procède d'un grand voyage, celui déjà qu'il a fallu effectuer pour l'enregistrement : L’Égypte d'où est originaire la chanteuse Hend Ahmed, Aman (Jordanie) pour enregistrer des chanteurs traditionnels, Cholet enfin pour travailler avec l'orchestre du conservatoire. Mais avant de tomber dans le grand bain des musiques dites « du monde », Carlos et PJ ont eu des parcours qui les ont vu passer par des groupes de rock. Et c'est finalement un peu de tout cela que l'on entends chez Orange Blossom, le fruit d'expériences diverses où le chant majestueux en langue vernaculaire vogue sur un tapis fait de cordes classiques et de percussions orientales usant d'une mélancolie contagieuse et prégnante (« Ya sîdî », « Jerusalem », « Good Bye Kô »). Insaisissable, se jouant de tous les contrastes la musique d'Orange Blossom vous retournera le cœur, « Mexico » à l'acoustique vénéneuse. Un peu plus loin, une écriture électro/pop/rock se confronte aux vocalises orientales, l'étonnante « Pitcha » aux différents mouvements comme autant de tableaux bien distincts. Et le tout se termine dans un déluge de décibels, le groupe payant son tribut au rock et à l'électro (« The Nubian », « Black box », "Pink Man") ayant nourri son adolescence. Finalement on écoute Orange Blossom comme on feuillette un vieil et précieux album photo conservant les images d'un voyage fondateur, le regard nostalgique...

https://fr-fr.facebook.com/orangeblossomofficiel

lundi 29 septembre 2014

The Lords of Altamont : « Lords take Altamont »



Au départ conçu pour être le pendant californien du festival de Woodstock, le concert gratuit d'Altamont, qui a eu lieu sur le circuit automobile du même nom à quelques encablures de San Francisco à viré à la catastrophe. La date du 6 décembre 1969 restera à jamais comme l'une des journées les plus noires de l'histoire du rock n'roll qui s'est soldée par la mort de Meredith Hunter, jeune fan (18 ans) Afro-Américain assassiné par les Hells Angels chargés de la sécurité de l'événement. En sus, trois autres personnes ont également perdu la vie ce jour là de manière accidentelle. Comble de l'ignominie, le concert a été filmé (il s'agissait de concurrencer Woodstock, sur tous les plans) et à fait l'objet d'un documentaire morbide « Gimme Shelter » sorti en 1970. Un jour honni, qui, sans coup férir, a soldé en une seule fois les illusions hippies et le summer of love mettant un terme tragique aux années 1960. Avec le recul on peut également y voir la naissance du punk de la décennie suivante, un mouvement nettement plus violent voire nihiliste, comme annonciateur d'une histoire du rock qui s'écrira dorénavant dans le sang entre meurtres (John Lennon), suicides (Ian Curtis, Kurt Cobain) et autres tragédies diverses, généralement survenues à l'age de 27 ans...

Formé en 1999, l'excellent groupe garage rock The Lords of Altamont s'est pourtant inspiré du concert tragique pour trouver son patronyme usant de raisons restées obscures et que l'on suppose un tantinet provocatrices voire dérangeantes. Ce cinquième effort de la formation marque le 15ème anniversaire du groupe lequel s'offre pour l'occasion un album tribute au concept étrange puisqu'il ne s'agit ni de rendre hommage à un groupe ou à une œuvre en particulier mais au festival d'Altamont, reprenant pour l'occasion plusieurs chansons jouées ce jour là. Soit des reprises des groupes présents à savoir les Rolling Stones (les têtes d'affiches qui étaient absentes de Woodstock, rappelons-le), le Jefferson Airplane, Crosby Stills and Nash, Santana et les Flying Burrito Brothers. Également prévus à l'affiche le Grateful Dead a préféré se décommander à la dernière minute, sentant les événements tourner au vinaigre. Ce disque marque également le retour au bercail de plusieurs anciens membres puisque tous ont été invités (soit une vingtaine de personnes) à participer à l'enregistrement.

Entre guitares survoltées et giclées d'orgue acides, les Lords of Altamont ont toujours su se créer une identité sonore facilement identifiable faite d'agressivité mais aussi de groove. Un trait d'union entre rock, blues et soul music. Si la confrontation avec le répertoire des Stones est convenue (« Stray Cat blues », « Gimme Shelter »), elle n'en n'est pas moins savoureuse, les Lords poussant un peu plus loin le bouton de volume. Il est par contre franchement curieux, mais délectable, de voir comment le gang de bikers s'est approprié le folk psychédélique, féminin et délicat, du Jefferson Airplane. « 3/5 of a mile in 10 seconds » est méconnaissable. Idem pour « Black Queen », à l'origine une blues acoustique signé Stephen Stills. Un excellent album, conforme aux standards, élevés, du groupe, mais aussi une manière ludique de revisiter le répertoire des années 1960 comme on traverse l'histoire du rock n'roll...
En concert le 30/10 à Paris (Batofar)



vendredi 26 septembre 2014

The Impellers : « My Certainty »



On avait déjà évoqué sur cette page Les Impellers le temps d'un 45 tours (chronique ici). Voici le groupe de retour avec un album en bonne et due forme qui confirme l'excellente santé de la scène soul/funk de Brighton. Un album copieux (14 titres) qui n'est pas sans rappeler les productions Daptone, Sharon Jones en particulier, surtout lorsque la chanteuse au coffre puissant Clair Witcher entre en scène (spectaculaire « The routine »). Le tout se situe dans la droite lignée des classiques des années 1960 servie avec un copieux accompagnement à base de cuivres. Mâtinée de funk, la soul des Impellers met l'accent sur l'aspect rythmique avec forces percussions pour la note latine. En mode instrumental (« Veeber ») le groupe évoque plutôt le jazz et on pense alors à Sugarman 3. Solide et bien foutu à défaut d'être foncièrement original (le créneau soul vintage commence à être bien encombré...)

jeudi 25 septembre 2014

Theo Lawrence Electric le 2 octobre au Badaboum



Les Velvet Veins splittés, à la stupéfaction générale moins d'un mois après avoir enflammé Rock en Seine, le chanteur Theo Lawrence n'aura pas été long pour retomber sur ses pattes. Ce dernier évolue dorénavant en power trio, accompagné par le bassiste Olivier Viscat (ex-Velvet Veins également) et le batteur Louis-Marin Renaud. Ce tout nouveau groupe, nommé Theo Lawrence Electric se produira pour la première fois au Badaboum (avec Caravage) le 2 octobre prochain à 19h30.

CharlElie Couture : « Immortel »



Quatre ans après « Fort Rêveur » un album « étasunien », enregistré et produit à New York par Sean Flora, CharlElie Couture est de retour. Ce nouvel effort marque une sorte de retour, strictement musical, au pays pour CharlElie qui collabore dorénavant avec Benjamin Biolay. D'emblée, le résultat sonne moins marqué par le rock, et par extension le blues, que le disque précédent. Mais le perte en électricité brute est compensée par la musicalité de l'ensemble. Fort de climats variés, le disque est habillé avec élégance porté par des arrangements luxurieux de cordes (« Méchante envie »), de vents (saxophone ou flûte) et une acoustique chatoyante (« L'autre côté »). Tapie dans un coin, la bête rock n'roll ne peut toutefois s'empêcher de venir chatouiller CharlElie en deuxième partie de programme : « Broken », « La comédienne », « J'ai des visions » ou bien encore « Be an artist » à la forte saveur bleutée. Plus que jamais basé entre les deux rives de l'Atlantique, CharlElie clôture l'album avec un clin d’œil instrumental et jazzy à son New York d'adoption intitulé « A french man in New York ». Un disque certes classique, et quelque part sans surprise, mais solide, parfaitement réalisé et bien écrit avec ce ton doux-amer qui caractérise ses paroles. En résumé, du travail propre qui s'écoute avec grand plaisir.


mercredi 24 septembre 2014

Portrait Dorian Pimpernel



(c) Sylvere Hieulle

C'est au terme d'un véritable acharnement téléphonique (environ sept coups de fil reçus en l'espace d'une demie-heure) lors de la dernière édition de Rock en Seine que l'on a pu rencontrer Dorian Pimpernel. Où plus exactement, Jérémie Orsel, chanteur/guitariste de ladite formation et seul membre du groupe encore sobre (l'affirmation est de lui) à cette heure. Ah la dure vie de festivalier...

(c) Sylvere Hieulle
D'un abord sympathique, Jérémie commence par nous éclairer sur le patronyme du groupe, objet de multiples spéculations : « Dorian est un adjectif qualifiant un mode musical évoqué par Platon dont la définition est viril et conquérant, ce qui est plutôt ironique dans notre cas (sourire). Pimpernel, c'est le mot anglais pour désigner le mouron, une fleur. Les deux accolés ensemble sonnent plutôt bien, comme le nom d'un personnage fictif ». Comme bien souvent à l'origine de Dorian Pimpernel se trouve un musicien solitaire, Johan Girard, la cheville ouvrière du groupe, composant seul sur ses claviers : « En fait Johan composait des démos seul dans son coin et cherchait des musiciens pour assurer des concerts. Au départ je suis arrivé pour être le guitariste et faire des essais pour les chœurs. Finalement je suis le chanteur. Mais je ne suis que l'interprète des compositions de Johan. Sur notre set list actuelle, il n'y a qu'un seul titre que Johan n'a pas écrit seul. ». La « moonshine pop » de Dorian Pimpernel se singularise par son extrême sophistication tant sur le plan mélodique qu'harmonique. Le fait est que le groupe rappelle beaucoup les productions (anglaises notamment) de la fin des années 1960 (en vrac citons les Zombies, Left Banke, King Crimson ou bien encore l'école de Canterbury) ainsi que le krautrock de la décennie suivante sans pour autant tomber dans l'écueil de la pâle copie. Une démarche que le groupe qualifie « d'anti naturalisme », où les claviers imitent les instruments acoustiques : « l'artificialité doit s'entendre » insiste le guitariste. La seule utilisation du Variophon peut résumer la chose : « C'est un synthé Allemand actionné par le souffle. On l'utilise pour remplacer les instruments à vents ». Ainsi le chanteur nous confie la passion du groupe pour les claviers sans tomber dans le vintage à outrance : « Les claviers sont plutôt choisis en fonction de leur originalité et de leur rareté. Au final il y a autant de claviers anciens que modernes. C'est notre façon de créer notre univers musical personnel ». Bien évidemment la transposition sur scène d'un tel univers n'est pas chose aisée : « En fait on fonctionne à l'inverse d'un groupe de rock classique dont les morceaux sont bruts de décoffrage et peaufinés ensuite en studio. Nous, nos compositions sont très élaborées dès le départ et on doit les simplifier pour la scène. Il y a des arrangements que l'on ne peut absolument pas reproduire en concert. On est parfois obligé d'utiliser des bandes ». La seconde composante principale du son Dorian Pimpernel, c'est la basse. Une basse ronde, terriblement sixties, qui est pour beaucoup dans l'attrait exercé par le groupe. Le mélange avec les claviers n'est pas sans rappeler l'album « Triggers », le chef d'oeuvre signé April March, au point que l'on n'est pas loin de penser que Dorian Pimpernel aurait trouvé un refuge naturel chez Tricatel, le label de Bertrand Burgalat, sur lequel était signé April March à l'époque (2002, ndlr) : « En fait on a quelques liens avec Tricatel. Notre batteur, Hadrien Grange, était assistant ingénieur du son sur le premier disque des Shades, « le meurtre de Vénus » (sorti en 2008, ndlr). Quant à moi, Bertrand m'appelle de temps en temps pour des commandes, assurer des chœurs des choses comme ça... On ne se fréquente pas vraiment cependant. Je pense que Bertrand cherche surtout la singularité dans les projets qu'il signe. On aurait fait double emploi avec April March ou avec ce qu'il a pu faire lui-même en solo ». Faute de Tricatel, le groupe est finalement abrité par Born Bad, l'excellent disquaire devenu label et plutôt orienté sur le garage et le rock psyché (Wall Of Death ou les très prometteurs Forever Pavot). La signature de Dorian Pimpernel marque également une évolution douce de la ligne éditoriale du label : « Les premiers contacts avec JB (Wizz, le patron de Born Bad, ndlr) datent de 2004/2005 à l'époque où Johan tâtait du journalisme. On a sorti un premier 45 tours sur un autre label ce qui nous a rappelé à son bon souvenir. Il nous a mis au défi de lui fournir un disque en trois mois ». Une gageure que l'on imagine immense pour des musiciens aussi méticuleux. Alors que le temps qui nous est alloué arrive à son terme, il nous reste une question fondamentale à élucider : alors Dorian Pimpernel, plutôt Pet Sounds ou Sgt Pepper ? Beach Boys ou Beatles ? « Franchement au sein du groupe c'est du 50/50 ! » (rires)...

Propos recueillis le 23 août 2014 à Rock en Seine.
En concert le 1er octobre à Paris (Petit Bain) avec Forever Pavot et Orval Carlos Sibelius.

lundi 22 septembre 2014

Velvet Veins : « Bound to pretend »



Au fil du temps et la nostalgie aidant, peu à peu, les sixties, ou tout du moins le souvenir que l'inconscient collectif en a gardé, se sont imposées comme un age d'or du rock n'roll. Une époque riche et fertile utilisée depuis comme un mètre étalon à l'aune duquel chaque nouveau venu est plus ou moins comparé. Depuis 20 ans, une telle nostalgie a engendré un nombre incalculables de groupes « moines copistes », souvent sympathiques mais manquant cruellement d'ampleur et de personnalité. Et bien entendu, l'emballement récent et généralisé autour de tout artefact estampillé « vintage » n'a rien arrangé. Au milieu de cette cohorte de suiveurs, nos franciliens de Velvet Veins pourraient bien faire la différence. Car eux ont réellement saisi l'essence de la musique sixties. Pour résumer en deux mots : le blues. Que seraient devenus les Doors, les Rolling Stones, Led Zeppelin et autres Jimi Hendrix sans le blues ? On vous laisse juge...


En attendant, cette longue introduction passée, on en arrive à notre sujet du jour, le premier EP du jeune quatuor Velvet Veins, formation découverte une après midi pluvieuse à Rock En Seine le mois dernier. On vous a longuement entretenu du blues un peu plus tôt et cela tombe fort à propos puisque le premier EP des Velvet Veins déborde de la note bleue par tous les sillons (« Nation Sack »). Note à laquelle ils joignent un esprit aventureux, jam, typique de la décennie bénie. Riche en breaks, changements brusques de directions et autres surprises (« Arizona Ghost »), le disque tourne autour du blues qu'ils n'attaquent jamais frontalement mais qu'il marient à des couleurs funky (l'intro à la wha-wha de « Sweet Heat ») ou heavy, bien servi en cela par la voix, profonde et riche de mille nuances, du chanteur Théo et un instinct musical à toute épreuve au fil de soli inspirés. Plutôt que de chercher à en faire des tonnes pour épater la galerie, les Velvet Veins préfèrent privilégier la mélodie ce qui donne naissance à de jolies ballades « Opal » ou « Bound to pretend » qui ouvre les débats. Des débuts fort encourageant pour cette formation que l'on ne peut que vous conseiller de découvrir...  

lundi 1 septembre 2014

Meredith : «The shape of things to come »



Un énième duo batterie/guitare de plus ? Et bien non pas tout à fait. Si la formule du duo nous a habitué à chasser sur un terrain blues/garage, les français de Meredith ont choisi une tangente plutôt grunge. Et ça commence assez fort avec le morceau titre « The shape of things to come » : rythmique béton tendance lourde (Dave Grohl, sort de ce corps !), guitare puissante et chant, guttural mais intelligible, sur le fil : l'affaire part sur des bases élevées, les potards à fond dans le rouge. Un peu plus loin, « Let's say » et « Lou » prouvent que le groupe peut également baisser le volume de plusieurs crans mais violenter, toujours, un peu les mélodies, histoire de rester foutrement rock n'roll (la coda de « Lou »). C'est d'ailleurs une constante, un pattern que l'on retrouve régulièrement l'ep : après une intro assez calme, la tension va crescendo jusqu'à l'explosion finale de la guitare à la vitesse du gros son. «Meredith », une sorte de drone instrumental assez étrange et « Sober », le morceau le plus sensible du lot complètent cette collection inaugurale. Entre évidence mélodique et puissance d'exécution (parfois au sein de la même composition cf. « Sober ») Meredith se trace ainsi un chemin personnel sur la grande carte du rock. A conseiller à tous ceux qui aiment leur rock n'roll avec un fort goût en bouche...