samedi 31 octobre 2026

Dear Pola

 


Appelons cela un album de saison. Dear Pola, et sa manière de folk épuré, épouse parfaitement l’automne et ses journées raccourcies rythmées par le rythme des feuilles mortes, jaunies, tombant lentement des arbres. Ces huit pistes possèdent quelque chose de réconfortant. Des arpèges de guitare classique, cordes en nylon, qui réchauffent l’âme et la voix mélancolique de la chanteuse. Doux et apaisant, réconfortant, rien qu’avec ça, vous avez un album formidable. Mais ce n’est pas tout. L’album impressionne par sa faculté à capter le moment et à encapsuler l’auditeur dans cette douce bulle de spleen. L’artiste invite l’auditeur dans son intimité, le rythme de la musique semble adopter celui d’un battement de cœur, l’illusion d’une présence physique est parfaite. Et puis il y a le reste les teintes électroniques, discrètes et toujours à propos, offrent une texture supplémentaire, les bruits accidentels et inattendus (très discrets rassurez-vous) et conservés sur bande, offrent une atmosphère unique, un supplément d’âme. Et à la fin un exploit rare et impossible, celui d’un album d’une densité folle en dépit de son dépouillement.

https://dearpola.bandcamp.com/

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vendredi 30 octobre 2026

Olivier Rocabois : « Mutual Admiration Society »

 


Sur la pochette de ce nouvel album, au-loin, semble figurer une manière d’île désertique. Un fantasme de paradis perdu, celui de la mélodie intemporelle, sur lequel Olivier Rocabois règne en prince. Ce n’est pas ce nouvel album, le cinquième, qui nous contredira. Olivier est ambitieux, ce nouvel effort convoque (enfin du moins en apparence) les grands moyens, quitte à en paraître suranné (le pianoforte), classique (les cordes) ou exotique (les marimbas). Un décorum riche et à propos, le tout au service de l’obsession de l’artiste : la mélodie. Celle qui reste en tête, cette matière rare qui s’attache autant aux oreilles qu’à la platine, qu’elle refuse obstinément de quitter. Comme chez les Beatles ou les Beach Boys, pour citer deux influences assez évidentes, Olivier n’a pas peur d’emprunter des chemins de traverses. Sans peur ni du dénivelé, ni de l’escarpement desdits sentiers, l’artiste s’autorise quelques sorties de pistes, salutaires. Ses mélodies serpentent, se permettent quelques détours surprenants (« Consolation Row » ; « I See Her Everywhere ») ; le musicien finit par atterrir sur un terrain sur lequel on ne l’attendait pas (« Mutual Admiration Society » ; « March 12th – We Are the Krill »). Toujours à la recherche d’un âge d’or perdu qu’il tente de rattraper, inspiré par le vingtième siècle, Olivier Rocabois sait être épique sans être grandiloquent, jamais passéiste mais toujours intemporel.

Sortie le 6/11

En concert le 13/12 au Petit Bain

https://allif.bandcamp.com/album/mutual-admiration-society

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dimanche 25 octobre 2026

Feutre : « Les Grands Ensembles »

 


Preuve de la grande richesse de la pop française depuis quelques années, hélas sans grand écho médiatique, Feutre sort son deuxième album « Les Grands Ensembles » au titre inspiré par le décor d’enfance (les HLM de Sarcelles) du bassiste Michaël Korchia. Si la pochette évoque l’ambiance délicieusement surannée des années 1970, la musique se révèle beaucoup plus riche qu’un simple revival nostalgique. Bien évidemment Feutre n’est pas étranger à la musique des années 1970, le son de la basse (rond et mis en avant comme sur « Melody Nelson ») et l’utilisation de claviers vintage (Rhodes, orgues) ancre la musique dans cette période avec des résultats spectaculaires (la merveilleuse « Adam », « Ma Jolie » étonnamment funky). Plus généralement la production précise et millimétrée, la volonté d’exploration sonore y afférent n’est pas sans rappeler Bertrand Burgalat ou, plus généralement, les sorties du label Tricatel (cf. « Les Grands Ensembles »). Mais Feutre trouve également son identité dans l’envoûtement du chant éthéré d’Elsa Leroyer ou dans les guitares obliques de Jérôme Excoffier (pas un manchot soit dit en passant), le petit grain de sable qui déséquilibre l’ambiance volontiers planante du groupe (« Eté 82 ») pour y ajouter un soupçon de piquant qui donne tout son sel à l’affaire (« Gold Mine »). Une belle réussite !

https://www.facebook.com/Feutre.pop/

https://band.link/Feutre




William pears : « Out of our system »

 


L’expression anglaise « out of our system » signifie se débarrasser d’un souci, un problème encombrant. Ceci posé en préambule, revenons à notre sujet du jour, william pears, qui n’est pas le patronyme d’un chanteur mais bel et bien le nom d’un groupe, un fameux quatuor qui faisait figure de lueur d’espoir dans le paysage pop français des années 1990 alors que ce dernier, à l’époque, s’apparentait plutôt au désert des Tartares (les choses ont fort heureusement bien évolué depuis). William pears donc, auteur de deux albums dans la deuxième moitié des années 1990 qui ira jusqu’à s’ouvrir une porte à l’international avant de décider de faire une pause en 2005 (après un concert au Cavern Club de Liverpool, excusez du peu). Une histoire somme toute assez banale, ponctuée en l’espèce de trois petits points de suspension, le présent album, le troisième, enregistré entre 2001 et 2002 et jamais sorti. Le voilà donc ce fameux grain de sable que william pears devait « évacuer de son système ». Vingt et une années se sont écoulées depuis et alors que les bandes semblaient à jamais évaporées, dans le grand vortex alimentant la légende des albums perdus, les quatre membres originaux du groupe remettent la main sur le trésor oublié, retravaillé et remixé avant une sortie publique. L’histoire aussi belle soit-elle ne serait toutefois pas complète si ce fameux troisième album n’avait pas été à la hauteur des réussites précédentes du groupe. Réjouissons-nous alors que cet album est une réussite éclatante, mélodiquement riche ! Si le cœur du groupe reste la guitare, qu’elle soit électrique (« Heaven ») ou non (« Pop tears anymore »; « Candy Floss »), le quatuor a réussi à évoluer intégrant un ici un clavecin (« Wonderful World Of Adults ») ou un synthé étonnamment funky là (« Sirens ») sans pour autant trahir son univers et l’évidence mélodique qui le caractérise. Un trésor révélé, comme la redécouverte d’un vieil ami perdu de vue depuis longtemps. William pears a pu « évacuer de son système » cet album qui lui a encombré l’esprit depuis longtemps. Nous sommes, pour notre part, heureux de pouvoir l’accueillir dans le notre.

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samedi 24 octobre 2026

Loner Deer : « Wildflowers »

 


Une voix grave, une guitare jouée avec beaucoup de subtilité, et une ambiance générale évoquant, pêle-mêle la forêt, la montagne, la nature ou les grands espaces (cf. les chants d’oiseaux qui ouvrent « Mullein Scent »), Loner Deer coche toutes les cases généralement associées à la musique étasunienne, l’Americana. A ceci près que Loner Deer est français, originaire de l’est de la France. Ce nouvel album, le deuxième, s’articule autour de deux éléments forts : sa voix, de gorge, fort vecteur d’émotions et sa guitare, folk, qu’il gratte ou arpège suivant les occasions. Tous le reste autour relève de l’ornementation pour gagner de la profondeur et de la substance, quelques notes d’un piano fantomatique, une batterie déstructurée (« 1988 ») ou une basse occasionnelle voire un harmonica discret. Autant d’éléments qui sortent l’artiste d’un contexte folk pur et dur pour se rapprocher de la pop et apposer une lumière contemporaine sur un genre séculier. L’ensemble est suffisamment évocateur et puissant pour être qualifié de réussi.

https://www.lonerdeer.com/

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Alex Amen : « Sun of Amen »

 


C’est finalement une sensation assez rare qui nous saisit à l’heure de découvrir le premier album de ce jeune songwriter. Âme ancienne dans un corps jeune, Alex Amen, 26 ans, nous offre une proposition musicale qui n’est ni d’hier, ni aujourd’hui, mais totalement hors du temps, tant elle semble intemporelle. Les chansons de ce jeune musicien résonnent en nous comme si elles nous accompagnaient depuis toujours, quand bien-même nous les découvrons pour la première fois. Osons la comparaison, il y a du Bob Dylan en lui. Au programme, très peu d’électricité, quasiment pas de batterie, l’album sonne comme si le musicien avait réuni tout son petit monde pour enregistrer dans une cabane nichée au fond des bois à l’image de la forêt luxuriante qui orne la pochette de l’album. Peu d’électricité donc mais du violon, des cordes, du banjo, de la mandoline, de la contrebasse, de la pedal-steel et même de la flûte ; le tout pour déchiffrer ce terreau immense, l’Americana, qui englobe tout, du folk à la country. Le résultat est au-delà de toutes les espérances, mélodique, évocateur, doux et apaisant, comme dégagé des contingences matérielles. Une sacrée belle œuvre d’une maturité impressionnante pour un jeune musicien de 26 ans seulement. La révélation de l’année !

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samedi 17 octobre 2026

The Bones of J.R. Jones + One Eared Boy, Petit Bain, 16 octobre 2026.

One Eared Boy n’a peut-être qu’une seule oreille mais, fort heureusement, deux mains qu’il utilise à fort bon escient pour jouer de la guitare, et magnifiquement bien ! A l’instar de son chant de gorge écorché, son jeu de guitare électrique (une Jazzmaster), abrasif dresse un portrait corosif du folk électrique, propre à transformer l’idiome en champ de mine musical. C’est lorsque le chanteur se saisit d’une guitare demi-caisse que la douceur des arpèges s’invite en douce dans le paysage. Alternant arpèges et attaque franche, le musicien livre une partition complète et riche en émotions.


Délaissant le parti-pris synthétique, eighties, de son dernier album, The Bones of J.R. Jones retrouve ses racines folk, americana et bien plus encore. Ainsi, débarquant en trio, avec basse et batterie, le musicien nous délivre d’entrée un uppercut électrique, proche d’un rock garage brutal, pour commencer le concert. Séché sur place, le spectateur ne l’avait pas vu venir ! En attendant, c’est euphorisant, quel pied ! Le reste du set fera place à plus de mesure, le banjo ou l’harmonica s’invitant également à la fête. Le synthé, assuré par le bassiste, restera discret dans ses interventions, voire le plus souvent, complètement muet. A noter pour finir une chouette et émouvante reprise de Springsteen (« My Hometown ») en solo acoustique intégral et une version dépouillé à l’os de « Savages », issue de son dernier disque. Très belle soirée.


https://www.facebook.com/TheBonesofJ.R.Jones/

BlauBird + Siân Pottok, le 360, 15 octobre 2026.



Pour son retour sur une scène parisienne, alors-même qu’elle en pleine préparation d’un nouveau disque, BlauBird est accompagné de son mari Olivier Slabiak (violon) et de Rémi Fox (saxophone), elle-même s’accompagnant au piano. C’est pourtant debout au tout devant de la scène que la chanteuse débute le concert, sans micro, a cappella, faisant une démonstration de son art vocal, hérité de son passé de chanteuse lyrique. Ainsi, le concert commence sur une note classique, un chœur sur un poème de Goethe, avant un surprenant virage électronique le temps de l’adaptation de « Demain, dès l’aube... », poème de Victor Hugo mis en musique. C’est ensuite que le concert trouve sa vitesse de croisière, acoustique et intime, entre piano, violon et saxophone, cet endroit sacré où les langues se mélangent s’amalgament harmonieusement - français, allemand, espagnol, mais aussi yiddish et arabe (cf. « Fairuz ») - dans cet élan humaniste et empathique qui la caractérise. C’est, comme toujours, d’une émotion intense, qui prend à la gorge, et que ses nouvelles chansons, dévoilées ce soir, ne trahissent pas. On ne ressort jamais tout à fait indemne de cet émouvant voyage au pays des souvenirs et de la mémoire.

https://www.facebook.com/blaubirdmusic



On se souvient que les deux chanteuses avaient partagé le micro, un soir à la Manufacture Chanson, un duo bien improbable tant leurs esthétiques respectives sont différentes, mais c’est Siân Pottok qui arrive par la suite sur scène. Jouant du n’goni, Siân Pottok (dont le nouvel album sort le 13/11) s’inscrit dans un registre afro et pop, un terreau fertile qu’elle mâtine d’influences jazz et soul, bâtissant un pont musical entre tradition et modernité, Afrique et Occident. La chanteuse est entourée d’un batteur, pour le groove, d’un saxophone (pour la note jazz) et d’un clavier (pour compléter sa panoplie musicale). Emprunt d’un message positif, pour la paix et appelant à la danse, la chanteuse nous a fait passer un excellent moment festif et coloré.

https://www.facebook.com/sianpottokmusic/


vendredi 16 octobre 2026

Loner Deer, Bateau El Alamein, 10 octobre 2026

Jeune impétrant encore peu connu, Loner Deer, se présente seul sur scène armé de sa guitare folk pour ce qui est sa première apparition sur une scène parisienne. Le Bateau El Alamein, flottant sur la Seine, à la décoration faite de plantes vertes et d’objets de récupération divers et vintage, constitue un fort joli cadre pour des débuts. Assez mature, au niveau de la voix, du jeu de guitare et du songwriting, Loner Deer présente un projet artistique déjà bien abouti et propre à faire voyager le spectateur du soir. Car, selon les propres termes de l’artiste, le set se présente comme un voyage en arpèges délicats au travers de ce continent fantasmé de l’autre côté de l’Atlantique. Alternant jeu en arpèges et attaque plus franche des cordes, Loner Deer varie les ambiances tout en maintenant l’émotion intacte, en particulier grâce à son chant de gorge, modérément rugueux et aux aspérités touchantes.

https://www.lonerdeer.com/fr

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https://lonerdeer.bandcamp.com/




jeudi 15 octobre 2026

The Bones of J.R. Jones : « Radio Waves »

 


Derrière l’acronyme un peu barbare, les os de JR Jones, se cache l’artiste Jonathon Linaberry qui sort ces jours-ci son quatrième album. Il fut un temps, naguère, où nous nommions la chose « heartland rock ». Un art subtil consistant à faire cohabiter guitares roots, d’inspiration rock, folk ou blues (cf. « Drive »), et synthétiseurs et autres boîtes à rythmes. Une faille subtile dans laquelle Bruce Springsteen ou John Mellencamp ont réussi à se glisser dans les années 1980 avec un succès massif et grand public non démenti, et dans laquelle The Bones of J.R. Jones (ou Israel Nash pour citer un autre exemple récent) tente à son tour d’exploiter, tout en gardant à l’esprit que les années 1980 sont loin derrière dans le rétro et qu’il convient de recouvrir le tout d’un vernis contemporain. La démarche peut sembler rébarbative et nous ne cacherons pas le fait qu’il nous a fallu plusieurs écoutes attentives pour en saisir à notre tour tout le sel et la beauté. Car c’est finalement de ça qu’il s’agit dans le fond. Si elles ne sautent pas forcément aux oreilles de prime abord, émotion et feeling, sont bien les forces motrices de ce nouveau disque et habitent les guitares délicates (« Ghosts », « Waste some time », « Heart Attack », « Hills »). Une réussite.

 En concert le 16/10 au Petit Bain

http://thebonesofjrjones.com/home

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