Aussi improbable que cela puisse
paraître, James Taylor, songwriter cardinal des sixties et premier
artiste signé (en 1968) sur Apple, le label des Beatles, n'avait pas
sorti d'album original depuis « October road » en 2002.
Autant dire que l'événement est d'importance tant le personnage
compte. On se souvient avec émotion de sa participation (au banjo) à
l'enregistrement d' « Harvest », le chef d'oeuvre
signé Neil Young (1972) ou de « Sweet Baby James » son
chef d'oeuvre à lui sorti en 1970. Avec un tel vécu, James Taylor
n'est pas le genre d'artiste à se laisser influencer par les modes
ni le temps qui passe et préfère faire confiance à sa plume. Bien
lui en a pris. Son album est certes d'un classicisme absolu mais
n'est pas, loin s'en faut, dénué de qualités. Sur la pochette
James pose à l'arrière d'un truck vintage sur lequel on devine le
reflet d'une fôret. Tout l'album est résumé là. Un album
tranquille, laid back, au son naturel, enregistré au coin du feu
dont les arpèges folk résonnent avec douceur à nos oreilles et
dont les meilleurs moments, « Montana », « Snow
time », « Before this world/Jolly Springtime »
n'auraient pas dépareillé sur les classiques des années 1970.
Parfois, James enrobe le tout d'une petite touche de country,
« Today, today, today » , « Watchin'over me »
et les fidèles de cette page savent à quel point nous sommes
sensible à ce genre d'arguments. Enregistré en compagnie de fidèles
(dont le batteur virtuose Steve Gadd) James Taylor accouche d'un
classique instantané, fin et élégant. Et même si la chose ne
brille pas par son originalité, c'est tout de même une sacrée
bonne nouvelle !
mercredi 15 juillet 2015
mardi 14 juillet 2015
Tortured Soul : « Hot for your love tonight »
Originaire des Etats-Unis, le trio
Tortured Soul a vécu un drame personnel, le décès de son clavier
Ethan White, en mars dernier juste avant la sortie de ce troisième
album. Pas encore marqué par la tragédie, le trio a livré un album
particulièrement festif, dansant, à équidistance du funk 80s et
des sonorités électro voire house plus modernes. Intitulée « Hot
for your love tonight », la chose ne laisse que peu de place à
l'ambiguité. Le track listing est ainsi particulièrement éloquent :
« Dirty », « I don't need your love tonight »,
« Girl (take a break backstage) », « Take me to
your house » et on en passe... On retiendra le chant plutôt
soulful du chanteur (également batteur) John-Christian Urich Pour le
reste, la musique est plutôt orientée club constituant la bande
originale des petits cochons, prêts à chauffer, du samedi soir...
lundi 13 juillet 2015
Jay W. McGee : « Good Feeling »
Le revivalisme soul, dans la lignée
des productions Daptone, à base de groove 60s, de percussions et de
cuivres déchaînés n'a de cesse de faire des émules ces derniers
temps. Jay W. McGee préfère lui se consacrer à une période plus
tardive et méprisée, les années 1980, où la Great American
Black Music se drapait d'atours dansants puisés dans le funk et la
disco. Il faut dire que notre homme a de quoi tenir. Vétéran des
années 1980, McGee a sorti deux albums en 1981 et 1988 avant de
tomber dans l'oubli. Pour sa première sortie depuis 25 ans, Jay a
donc repris les choses là où ils les avait laissées. Un funk
dansant, entrainant, groovant en sourdine et justement dosé (c'est
à dire pas trop) en synthés qui ne sonnent ni dâté ni kitsch
(exploit!). Le tout se situant dans la lignée du Gap Band.
S'adressant aussi bien à la tête qu'aux jambes de ses auditeurs,
McGee n'oublie pas de faire passer quelques messages (« Danger ! »).
Parmi les compositions les plus intéressantes citons le groove
langoureux et sexy de « Make time for love » alors que
« Do it right now » et « Look here in my heart »
trahissent, basses slappées ou non, les racines soul, gospel et jazz
de sa musique. Ce qui sied particulièrement bien à son grain de
voix fragile et éraillé, toujours sur le fil de l'émotion.
dimanche 12 juillet 2015
The London Souls : « Here come the girls »
2012, un an après la sortie de leur
premier album, The London Souls s'apprête à rentrer en studio
lorsque le chanteur Tash Neal, victime d'un accident de la route, est
laissé entre la vie et la mort. Après une longue convalescence, le
leader remis sur pattes, sort enfin ce deuxième disque trois ans
après les premiers enregistrements. Presque trois ans trop tard
est-on tenté de penser, dans un premier temps, tant la formule du
duo rock a fait des émules dans la foulée du succès délirant
rencontré par The White Stripes puis The Black Keys. Mais cela
serait aller trop vite en besogne que de résumer The London Souls à
un succédané des groupes précités. Tout d'abord parce que même
les titres les plus énervés du disque (« All tied down »)
sont loin de dépasser les sommets de sauvagerie des premiers Black
Keys. Suivant sa propre route, le duo préfère une approche plus
distancié, plus pop. Ensuite, l'univers des London Souls est riche,
très riche, on y entends du folk (« Hercules »,
« Isabel ») ou un rapprochement avec les musiques Noires,
blues ("Honey"), soul et même jazz ("How can i get through") ! The London Souls, bien mal
nommé puisque originaire de New York et autant Londonien que
l'auteur de ces lignes, parsème le tout d'influences psychédéliques
(« Alone ») avec une large palette d'arrangements
dépassant de très loin le simple duo guitare/batterie. Mais
qu'importe le style abordé, le cœur du groupe bat toujours suivant
le rythme binaire du rock n'roll. Seulement ce dernier est
suffisamment bien emballé pour empêcher The London Souls de tomber
dans l'écueil de la sensation éphémère, livrant un album
intemporel qui veillira certainement bien.
samedi 11 juillet 2015
Delaurentis
Un peu plus tôt dans l'année nous
avait fait connaissance avec Cécile Delaurentis, jeune chanteuse
recrutée par Marc Collin dans le cadre de son projet neo trip hop
Bristol. Quelques semaines plus tard et la jeune musicienne est de
retour avec un premier EP sous son nom propre. Six titres et Cécile
s'impose comme un jeune talent à suivre. L'EP s'ouvre avec
« Sparrow », plutôt orientée trip hop, rappelant que la
jeune femme a probablement du retenir quelques leçons de sa
collaboration avec Marc Collin. Bien loin de se cantonner à un seul
style, Delaurentis ne tarde pas à naviguer ensuite vers d'autres
rivages, l'acoustique « The Angel », dans un grand voyage
musical maintenant le cap vers une mélancolie contagieuse. Un ep à
l'atmosphère sombre mais douce, entre chien et loup, où le chant
plaintif de Cécile nous prend par la main et nous guide.
vendredi 10 juillet 2015
Leo Bud Welch, La Maroquinerie, 8 juillet 2015
![]() |
| (c) Aubrey Edwards |
Agé de 83 ans, Leo Bud Welch est l'un
des derniers maîtres du Mississippi Blues encore parmi nous. Autant
dire que sa venu dans la petite salle de la Maroquinerie a tout de
l'événement immanquable. Il est environ 21h30 lorsque la silhouette
voûtée par les années de Leo fait son apparition sur la gauche de
la scène avant de rejoindre sa chaise posée au milieu de la scène,
sa guitare Les Paul rose à paillette, décorée de stickers à son
nom, sous le bras. D'emblée il apparaît que si Leo accuse le poids
des ans, ces derniers n'ont aucune prise sur sa dextérité musicale.
Son clair, Leo balance les notes et de suite, la maroquinerie prends
des airs de juke joint, le public, composé en majorité de vieux
hippies, réagit immédiatemment sifflant, criant, exhortant Leo à
qui mieux-mieux. Ce dernier prie d'euphorie se lève alors de sa
chaise pour une rare tentative de duck walk à la Chuck Berry. Leo
balance ses accords avec une grande précision rythmique, c'est net,
carré et surtout très puissant : quel swing dans la main
droite ! Des vieilles scies mille fois entendues comme « sweet
home Chicago » ou « Got my mojo working » en
ressortent transfigurées, rajeunies, même si Welch semble parfois
un peu esseulé. Une section rythmique pour dynamiter encore plus
l'ensemble aurait été la bienvenue... Quant à la voix de Leo,
profonde et érraillée, elle respire le vécu. Il ne fait aucun
doute que son chant vient réellement de l'intérieur. Sur la fin de
son deuxième set, Leo a été rejoint par ses invités à la
deuxième guitare. On passera rapidement sur Faris, très décevant,
pour s'attarder sur le jeune Marceau qui a fait des miracles à la
six cordes. Ce dernier envoie ses notes avec beaucoup d'assurance et
prends visiblement beaucoup de plaisir un énorme sourire barrant son
visage. La connexion avec Welch prends sans peine, les deux musiciens
se complétant parfaitement et esquiveront quelques pas de danse pris
dans la chaleur du moment. C'est alors que notre voisine de la fosse
sautera les fusibles, hurlant et sautant, avant de nous présenter
ses plus plates excuses, désignant du doigt le jeune guitariste :
« C'est mon fils ! ». Voilà une note guillerette et
mignonne parfaite pour clotûrer cette chouette soirée.
jeudi 9 juillet 2015
Eurockéennes de Belfort 2015.
C'est devenu au fil du
temps l'un de nos petits rituels de l'année, nous voilà de retour
aux Eurockéennes de Belfort, pour la quatrième année consécutive.
Un véritable plaisir de retrouver le superbe site du Malsaucy, sa
plage, ses étangs, le bar du boulot dans le sous bois avec vue sur
l'étang de la Veronne, le tout situé au pied des Vosges. Une
édition caniculaire, aride, sèche et poussièreuse où la bouteille
d'eau bien fraîche et la crème solaire ont été nos meilleurs
alliées du week-end. Affolé par le thermomètre, qui régulièrement
dépasse les 40°, on s'est d'abord demandé ce que l'on était venu
faire dans cette galère. Les doutes se sont envolés dès notre
entrée sur le site, le demon de la musique avait repris le dessus...
Vendredi 3 juillet
2015 : On se prend un petit coup de chaud d'entrée avec la soul
vintage à souhait de St. Paul & The Broken Bones qui se place
dans la droite lignée du meilleur des productions Daptone. Dynamique
et plein de groove, cuivres rutilants, le groupe met bien en valeur
la voix extraordinaire du chanteur Paul Janeway. Ce dernier, blanc
comme un linge, growle comme James Brown : incroyable ! Sur
les derniers titres la guitare prend plus de place délivrant
quelques riffs biens sentis apportant une orientation garage rock pas
désagréable du tout à la revue soul. Une belle découverte pour
commencer le week end ! Direction ensuite la petite scène
intime du club loggia où l'on retrouve la Française Laetitia
Sheriff. Trio atypique (batterie et deux guitares) Laetitia et son
groupe ravive la flamme d'un rock anglophile dans notre hexagone.
Suivant les configuration on pense à Placebo (deux guitares bien
énervées) ou à Pink Floyd grâce aux synthés vintage.
Charismatique et pleine d'énergie, Laetitia possède de plus un joli
grain de voix. Un jeune talent à suivre. On change drastiquement
d'ambiance ensuite avec le Ghanéen King Asiyoba : la diversité
c'est le grand plaisir de ces gros festivals d'été ! Armé de
son kologo (une guitare traditionnelle à deux cordes) King Asiyoba
délivre une musique essentiellement rythmique accompagné par une
armée de percussionnistes, la transe n'est pas bien loin. C'est
alors que déboule sur la grande scène la première tête d'affiche
de cette année, Royal Blood, tout auréolé du succès remporté par
son excellent premier album. On compare souvent les Anglais aux White
Stripes et autres Black Keys sous prétexte qu'il s'agît d'un duo.
Le raccourci est un peu facile car dans les faits Royal Blood délivre
un rock, certes bluesy, mais beaucoup plus lourd que ses congénères
Américains. Cela marche à la perfection sur le tube imparable
« Figure it out » malheureusement le reste du répertoire
manque parfois un peu d'impact dans sa transposition scènique. En
outre le line up est étonnant puisque simplement constitué d'une
basse et d'une batterie (heavy mais pleine de groove). L'utilisation
de boucles dans le fond et d'une multitude d'effets sur la basse
donne cependant l'illusion parfaite d'une guitare. Excellent groupe
néanmoins auquel il faut juste laisser le temps de se construire un
répertoire solide. On reste ensuite sur la grande scène pour
retrouver Ben Harper. Après une petite escapade en compagnie du
bluesman Charlie Musselwhite, Harper retrouve son groupe fétiche,
les innoncent criminals. Situé au croisement de différentes
musiques qui nous sont chères, blues, rock, folk et reggae, Harper
nous plonge dans une ambiance langoureuse et séduisante au groove
soyeux grâce aux percussions chaudes et à l'excellent bassiste aux
interventions toujours judicieuses. Certains de ses plus vieux fans
seront cependant déçus par l'aspect mécanique de sa prestation.
Après vingt ans de carrière, Harper a perdu en intensité et en
fraîcheur ce qu'il a gagné en professionnalisme (à l'américaine).
Alors que la nuit tombe (mais pas la température) la scène du club
loggia prends des allures de dancefloor déchaîné avec le quatuor
bisontin Cotton Claw. Aligné derrière leur pupitre (une disposition
qui rappelle C2C), chacun derrière son pad, les quatres membres de
Cotton Claw balancent le son, entre électro et hip hop, tout en
s'agitant en rythme, histoire d'assurer le show : dansant !
On termine cette première soirée en compagnie des français de The
Do. Après des débuts plutôt marqués par le folk, le duo a
effectué un spectaculaire virage électro pop sur son deuxième
effort salué par la critique. Comme pour se débarrasser d'une
formalité, le groupe entame directement avec son tube « on my
shoulders » dans une version piano électrique/voix bien
différente du reste de son set. Les trois musiciens de complément
font ensuite leur apparition en arc de cercle derrière la chanteuse
Olivia. L'utilisation d'une batterie électronique mêlée à la
basse donne un son très mat, comme en sourdine, particulièrement
attrayant, c'est la meilleure configuration pour ce groupe (du moins
celle que l'on préfère). D'une manière générale, la pulsation
rythmique tient un rôle capital dans cette nouvelle formule du do,
chacun étant équipé de petits pads, en sus des claviers,
complétant le beat binaire et bestial de la batterie électronique.
La chanteuse Olivia rayonne de beauté et de charisme, la connexion
avec le public est intense. Son grain de voix fragile et cristallin
caresse les compositions. Un très beau set pour finir la soirée...
Samedi 4 juillet :
Un petit tour par la scène de la plage s'impose pour bien commencer
l'après-midi en compagnie de Forever Pavot, formation à cheval
entre le rock psyché et la musique de film, le tout exhalant un fort
parfum des 60s. Emile groove derrière ses claviers vintage bien
soutenu par une batterie et des percussions funky, excellent !
Le set à peine fini, alors que l'on déménage le matériel, le dj
Jonathan Toubin débarque sur l'avant scène avec sa caisse de 45
tours sous le bras, histoire de ravir le public de quelques perles
60s bien senties. Un bon moment. Vint ensuite Grunge, trio au nom
follement original, l'ancien projet de Guillaume Brière (The Shoes)
et de Anthonin Ternant (The Bewitched Hands). Lookés 90s, affublés
de casquettes portées à l'envers, le trio plagie allègrement
Nirvana, mêmes plans, mêmes accords... Bien exécuté dans une
veine nostalgique mais difficile de prendre tout ça au sérieux...
Quelque temps après sur la grande scène déboule Seasick Steve,
accompagné de son fidèle batteur et de sa collection de guitares
bricolées. Toujours aussi efficace dans un style rock blues minimal
mais bien envoyé. Dommage cependant que son set se renouvelle aussi
peu. Profitant d'une collaboration avec le festival nippon summer
sonic, c'est alors une tripotée de formations japonaises que l'on
voit prendre d'assaut le site du Malsaucy. On commence par la
révélation The Bawdies, quatuor vintage à mi-chemin du mersey beat
et de la scène mod matiné de soul music (leur reprise de Ray
Charles est pour le moins renversante). Bouillants d'énergies les
quatre musiciens bondissent dans tous les sens, exhortant le public,
c'est le plus gros pogo du week end ! Le chanteur hurle a qui
mieux mieux, les influences anglaises et américaines sont
parfaitement digérées pour un rendu original. The Bawdies, notre
premier coup de cœur du week end ! Toujours sur la scène du
club loggia vient ensuite les très intriguants Bo Ningen. La musique
est difficile a décrire on y entends un peu de métal, des
réminiscences post rock psychédéliques et autres joyeusetés punk.
Les morceaux sont plutôt longs avec énormément d'échos sur les
guitares, le chant est assuré en japonais. On n'est pas trop sur non
plus de l'identité sexuelle des musiciens (à part le batteur qui
arbore une barbe). Les cheveux longs, drapés dans des combinaisons
de couleurs (rouge, bleue etc...) façon Bioman masquant les formes
on ne sait pas trop si l'on a affaire à des hommes ou des femmes.
Pas dénué de qualités cependant mais vraiment très bizarre. Une
formation probablement plus appréciable dans un autre contexte. Un
petit mot pour finir sur le concert d'Etienne Daho qui pour
l'occasion a mis une dose de guitare rock et de synthés new wave
dans sa musique. Les vieux tubes résonnent ainsi de manière fraîche
et originale et c'est tout un pan de notre jeunesse qui défile
devant nos oreilles. Tout de noir vêtu, Daho possède une façon
bien à lui d'incarner différents styles allant jusqu'à la « Disco
queen ». Et pourtant c'est toujours bien son style inimitable
que l'on reconnaît d'emblée. Classique mais surtout classe et
élégant.
Dimanche 5 juillet :
Les gros festivals ont cet avantage, il y en a un peu pour tout les
goûts les amateurs de gros son iront s'abreuver chez les Australiens
hardcore de Parkway Drive puis des punks de Slaves. Pour notre part,
d'humeur plutôt paresseuse on penchera plutôt pour le blues
africain de Songhoy Blues et la soul de Sinkane. On commence donc
avec les Maliens du quatuor Songhoy Blues passé sous les fourches
caudines de Damon Albarn. Le cocktail est assez efficace : ce
qu'il faut de musique ternaire mâtiné d'influences Africaines avec
ce que cela suppose d'hypnotisme. Le public réagit plutôt bien et
on a tôt fait d'être noyé dans un nuage de poussière soulevé par
les pas de danse des spectateurs. On est comme dans un écran de
fumée. Il se passe quelque chose d'intense avec le public qui
reprend en cœur le refrain de « Petit Métier » alors
que les musiciens quittent la scène. Emouvant. Direction ensuite le
magnifique site de la plage pour la soul de Sinkane. Grâce à une
formule à deux guitares, Sinkane traîne sa soul sur un terrain
psychédélique ce n'est pas pour rien que les chanteur et batteur
arborent des tee-shirts du Grateful Dead. Puis la musique prend un
tour jazzy et funky voire même rock grâce aux interventions
sauvages du guitariste au look de surfeur (plutôt approprié pour un
musicien évoluant sur la plage). Pas mal du tout, on apprécie ce
moment ! Il était temps ensuite de s'adonner aux joies du rock
n'roll et en l'espèce on est plutôt bien servi par le garage/stoner
des Eagles of Death Metal. Groupe venu du désert californien mené
par l'extravagant Jessie Hughes, EODM joue un rock sauvage et violant
évoquant ce qu'il faut de blues. Si les influences 70s font
pleinement partie du patrimoine (cf. la reprise de « Stuck in
the middle with you ») celles ci sont rendues avec une rage
typique du 21ème siècle. Le set se termine par un duel de guitares,
Flying V d'un côte, Gibson ES 335 blanche demi-caisse de l'autre,
assez jouissif quoiqu'un peu longuet. On applaudie quoi qu'il en
soit. Un petit quart d'heure de battement, soit le temps nécessaire
pour traverser le site et retrouver notre plage chérie pour profiter
des Alabama Shakes. Magnifique formation, que l'on avait découvert
ici même il y a trois ans, menée par l'impressionnante chanteuse
Brittany Howard, les Alabama Shakes trempent dans la tradition Blues,
soul et rock typiquement sudiste. La section rythmique attaque le
groove dans un genre particulier, tout en sourdine et au ralenti, où
chaque note revêt une importance capitale, impressionnant ! Le
terrain ainsi balisé laisse ainsi toute latitude au guitariste pour
explorer différents idiomes du blues au punk en passant par la soul.
Un orgue aussi discret que cardinal rajoute une petite couche de
groove par dessus, l'affaire est emballée avec beaucoup de soin et
on est conquis. A n'en point douter, avec son deuxième effort
« Sound & Color » la troupe quitte le cercle des
simples revivalistes 70s pour entrer dans celui, beaucoup plus fermé,
des nouveaux classiques. Excellent. On termine enfin notre week end
de marathoniens du son avec Electric Wizard. Ames sensibles
s'abstenir. En vingt ans de carrière Electric Wizard est devenu une
référence du doom métal. Soit un genre de métal, lourd,
hypnothique, progressif et fondamentalement malsain, Black Sabbath
constituant la référence ultime du genre. Pour mieux illustrer le
propos, le quatuor anglais joue sous un écran géant sur lequel est
diffusé des vidéos SM et de bondage vintage issus d'on ne sait quel
film clandestin des 70s. Le groupe est célèbre pour n'utiliser que
du matériel des années 1960 et 1970 et refuse tout apport
technologique moderne : voilà une formation qui sait jouer !
Le martèlement sourd de la batterie et les riffs lourds nous
vrillent le cerveau alors que dans la chaleur moîte de la nuit les
premiers éclairs font leur apparition dans le ciel, ce qui ma foi
semble tout indiqué pour illustrer le concert de ces chantres de
l'apocalypse. C'est alors que le chanteur Justin Osborne salue la
foule d'un définitif : « See you in hell » !
In hell, peut-être pas, mais l'année prochaine ça on l'espère !
mardi 7 juillet 2015
Leo Bud Welch le 8 juillet à la Maroquinerie
Le bluesman du Mississippi Leo Bud Welch, qui à 83 ans vient de sortir son deuxième album, sera à la Maroquinerie demain soir pour présenter ce nouvel effort. Faris, musicien touareg, assurera la première partie, bâtissant un pont imaginaire et musical entre le désert Africain et le delta du Mississippi. Le temps d'une soirée la Maroquinerie sera transformée en juke joint, la soirée s'annonce torride !
83-Year-Old Mississippi Bluesman Leo "Bud" Welch from Foster Visuals on Vimeo.
jeudi 2 juillet 2015
Six Organs Of Admittance : « Hexadic »
Décidément, il était écrit que
jamais Ben Chasny ne fera les choses comme tout le monde. Déjà,
avec son autre groupe, une machine redoutable nommée les Comets on Fire, Chasny et co avaient réussi une fusion improbable, le trait
d'union manquant entre Pink Floyd, Nirvana et Sonic Youth. Vous
imaginez le truc ? Il n'est d'ailleurs pas interdit de penser
que Avatar (2006), le dernier album en date des Comets on Fire fait
partie des disques les plus importants de la décennie 2000. Ayant
bien du mal à imaginer la suite, les Comets on Fire sont (pour
l'instant) réduit au silence. Ce qui laisse toute latitude à Chasny
pour s'occuper de son projet personnel : Six Organs of
Admittance. Bien loin des canons habituels du rock, ce nouvel album Hexadic est complètement fou. D'inspiration free, la
batterie bat la mesure dans son coin alors que la guitare explore des
sons et des textures inusitées, le plus souvent suivant un mode
instrumental et saturé. Au mieux expérimental, mais le plus souvent
erratique, Hexadic est un objet bizarre, conceptuel,
redéfinissant les frontières du rock noisy. Arrivé à ce niveau il
n'est même plus question de chansons, couplets et refrains devenant
des notions désuètes dans l'esprit torturé de Chasny. Album culte
en devenir chez les amateurs de bizarreries avant-gardistes et de sensations fortes.
mercredi 1 juillet 2015
Kissinmas : « Definitely »
Après le remarqué « Regrets
EP » (chronique ici) sorti il y a déjà quatre ans, Kissinmas
est de retour avec un premier album en bonne et due forme. Biberonné
au rock anglais depuis le début, Kissinmas trouve peu à peu sa
signature sonore sur ce premier long entre guitares insicives et
arrangements cold (« Your only love ») et new wave/pop
aux claviers (« Old wave »). Remarquablement produit, le
disque fourmille d'une impressionnante richesse sonore et
d'arrangements nets et précis (« Love song »,
« Obsession »). Indéniablement, l'album possède une
saveur, un goût fort en bouche et le groupe brille en délivrant de
petites pépites pop dansantes que l'on retient facilement (« This
shower ») riche en hooks mélodiques. Ainsi, le groupe évite
l'écueil de la production datée ou kitsch propre aux groupes
émulant les années 1980 réservant une place de choix aux guitares
dans le mix. Cette classification années 80 serait trop
réductrice pour le groupe par ailleurs amateur de rock n'roll et de
guitares saturées. Si cette décennie constitue une influence
certaine pour le groupe (« Say it »), ce dernier paie
également son tribut aux Beatles (« Cliché ») et brille
également dans un registre garage/Mersey beat (« Ocean beach
break », « Can't you see ») qui ravira tous les
amateurs de rock n'roll nerveux. C'est cette grande diversité
d'ambiances qui fait le charme de l'album. Hélàs, un regret, le
disque est trop long, 17 titres, c'est beaucoup. Pas évident en
effet de garder l'attention de l'auditeur sur la longueur. Une
mission dont s'acquitte imparfaitement l'album qui n'aurait pas
souffert d'être plus court.
mardi 30 juin 2015
Le Zets : « Deadweight »
Suivant l'adage populaire, la pomme ne
tombe jamais bien loin de l'arbre. A l'écoute du tout premier album
de Le Zets, on peut affirmer sans prendre trop de risques que le
talent non plus. Arrivé à ce point, une petite explication
s'impose. Originaire de Phoenix (Arizona), le duo Le Zets est mené
par la chanteuse Margo Swann qui n'est autre que la fille de Nicole
Laurenne, l'hyperactive front woman des Love me nots, Zero Zero et
autres Motobunny. Après avoir été nourrie de décibels et de gros
son depuis l'enfance, la jeune Margo franchit le Rubicon à son tour
et s'approprie l'héritage familial avec son style bien à elle.
Situé dans un pré carré magique entre stoner, garage rock et même
blues (à condition toutefois de bien tendre l'oreille) le Zets a
tout pour faire saliver l'amateur de rock n'roll. La guitare de
Richard Romero est un élément cardinal de la séduction exercée
par le Zets. Inspiré et incisif (« Lovely eyes »,
« Little blue dress », « Burning Brides »
aïe, aïe, aïe !!!), Mr Romero s'impose au fil des titres
comme l'un des meilleurs guitaristes entendus ces derniers temps
pouvant aussi bien tenir le tempo en sourdine d'une main de fer que
lâcher les décibels dans une déchaînement infernal ou même
partir en vrille (« Burning Brides »). Les claviers et
autres orgues sont utilisés plus parcimonieusement que chez les
groups précités, cependant leur apport, à la fois discret mais
juste, suffisent pour insuffler ici un supplément de groove (« Show
me some love ») ou une note étrange évoquant la bande
originale d'un film de science fiction (« Red Death Mobile »).
L'album est plutôt varié alternant les morceaux lourds et les
explosions d'énergies, limite punk, dépassant à peine la minute
trente toujours dans une ambiance assez marquée 70s. Quelque soit le
contexte la jeune Margo assure au chant, même en acoustique (la très
étonnante « LOBS »), voilà une jeune chanteuse au
timbre très prometteur. Alors certes tout ceci n'a rien de
fondamentalement original mais qu'importe, avec ce premier album très
réussi Le Zets nous apporte notre dose d'adrénaline rock n'roll :
on a trouvé notre disque de l'été !
lundi 29 juin 2015
King Ayisoba : « Wicked leaders »
Véritable star dans son Ghana natal,
King Ayisoba, joueur de kologo (une guitare traditionnelle à deux
cordes) sort son troisième album. Entièrement acoustique, le disque
est une véritable fusion incandescente, un bouillonnement musical
porté par des percussions endiablées, un chant choral où les voix
se répondent (ce qui n'est pas sans rappeler le rap à plusieurs
flows) et des arrangements baroques (flûtes, instruments
traditionnels) à la limite du free jazz (« Akolbire »).
Le kologo se révèle à l'occasion être un instrument
particulièrement puissant et hypnotique (« Wicked leaders »,
« Mbhee », "Asa'ala Daandera"). Fait pour la danse, la transe, l'album est
chaud comme la braise, au point que l'on sent le soleil sortir par
les enceintes. Ce qui ne doit pas occulter l'engagement de l'artiste
et, à ce titre, l'incompréhension des paroles relève d'une
terrible frustration. Et pourtant c'est sur sa facette plus intime
(« Yele Mengire Nbo Se'ena »), plus délicate, que le
disque séduit véritablement comme si l'émotion transcendait les
mots. A recommander à tous les auditeurs en mal d'exotisme.
En concert le 3 juillet aux
Eurockéennes de Belfort.
https://www.facebook.com/kingayisobaofficialdimanche 28 juin 2015
Outfit : « Slowness »
Tout auréolé du succès d'estime
rencontré par son premier effort, le quintet est de retour. C'est
l'heure tant redoutée du toujours « difficile deuxième
album ». Intitulé « Slowness », ce dernier annonce
la couleur sans ambages. Ce disque sera l'apologie de la lenteur,
composé en grande partie de ballades. Et de fait, le gang de
Liverpool a mis les petits plats dans les grands, soignant chaque
composante de l'album, fait d'arrangements luxuriants. On se jette
donc dans l'album en confiance, les titres passent, on attends
l'étincelle qui ne viendra finalement jamais. Apprêté, l'album est
fait d'ambiances langoureuses, plongeant l'auditeur dans cet
entre-deux bizarre, trop lisse, sans aspérité, manquant cruellement
de piquant. Feutrée, la musique étouffe. Alors certes, le
piano sonne magnifiquement bien, Andrew PM Hunt chante avec la classe
d'un crooner mais les synthés rutilants finissent par franchement
agacer : « Boy », "Genderless", « New Air » qui a le malheur
d'ouvrir les débats.
https://www.facebook.com/outfitoutfitoutfit
samedi 27 juin 2015
Tedmo Festival : « Theatrum Mundi »
Le moins que l'on puisse dire, c'est
que Tedmo Festival porte plutôt bien son nom. En effet, le premier
effort du sextet Strasbourgeois est un véritable festival de musique
pour les oreilles de l'auditeur. Pratiquant le mélange des genres
avec brio, Tedmo Festival emporte l'auditeur dans son univers bien
particulier où les guitares métalliques croisent le fer avec des
cuivres (trompette et saxophone) plutôt jazz/ska. Un peu de piano par
ici, des compositions échevélées par là et l'auditeur est
transporté en plein barnum. C'est le big bazar ! Le fait que
l'on n'est jamais au bout de ses surprises à l'écoute de cet album
tant au niveau musical, qui piochent allégrement dans différents
genres quitte à prendre des chemins détournés, que des paroles au
sens de l'humour potache (« Daubestep ») pratiqué dans
la langue de Molière (« Bal des Cannibales »). A n'en
point douter, le sens de la fête du groupe doit prendre toute son
ampleur sur scène. A découvrir...
jeudi 25 juin 2015
Red Money : « Chase Me »
Il est de ces disques qui, parfois,
réveillent de bons souvenirs aux oreilles de l'auditeur dès que les
premières notes s'échappent des enceintes. Incontestablement,
« Chase Me », l'effort inaugural du duo Red Money fait
partie de ce lot choisi. Le regard fixé au-delà de l'Atlantique,
Red Money revisite quelques idiomes bien aimés entre douceur folk
aérienne (« New Orleans », « Sweet Joe ») et
rock puissant et musclé aux relents de blues (« 24-7 »)
et de garage « sale » (« Waker », « Chase
Me »). L'utilisation, parcimonieuse, d'une boîte à rythme
donne également une couleur inédite à la musique, rapprochant le
groupe de la scène punk à synthés du début des années 1980. Le
duo s'est trouvé une excellente chanteuse en la personne de Laure
Laferrerie, son timbre chaud, profond et séduisant - écoutez là
sussurer sur « Poison » ou « 24-7 » - incarne
à la perfection l'ambiance nocturne de l'album. Les images se
bousculent dans le subconscient de l'auditeur : clubs
minuscules, enfumés, des murs de briques rouges... Ce premier disque
constitue des débuts plus qu'honorables. A découvrir...
mercredi 24 juin 2015
M. Poupard : « Canaux »
Pianiste, guitariste et chanteur de
formation classique, Matthieu Poupard sort son premier EP sous son
nom. Situé au croisement de différentes cultures, la chanson
française, le folk anglo-saxon, M. Poupard est adepte d'une démarche
peu commune où se croisent acoustique pure et liberté musicale.
Liberté est bien le maître mot ici. Tout au long de ces quatre
titres, Poupard tente, le plus souvent avec succès, de s'éloigner
autant que possible des canons habituels de la chanson
refrain/couplet. Point de structures alambiquées ici, il s'agit de
laisser la musique respirer : « Sort de ton palais des
glaces » ainsi que Matthieu le chante sur le morceau éponyme.
Autour d'un noyau dur composé d'une batterie ferme mais légère, du
piano et de la guitare (souvent acoustique) Matthieu redessine ainsi
les contours des chansons et peint un joli tableau de poésie
musicale où la façon de déclamer les mots compte autant que les
notes. Plus dure, « Carnaval Cannibale », est la seule à
se rapprocher des structures rock(abilly) que l'on aime tant sur
cette page. Quatre titres, comme suspendus, au dessus desquels plane
l'ombre du Van Morrisson époque Astral Weeks.
matthieupoupard.bandcamp.com
jeudi 18 juin 2015
Close Talker : « Flux »
Avec son deuxième album, le quatuor
Canadien renoue avec un genre d'indie pop faisant la part belle aux
ambiances et aux climats. La précision rythmique (de la batterie en
particulier) qui caractérise le groupe est mise au service de
compositions amples où guitares et nappes synthétiques
s'entremêlent dans un ensemble harmonieux. A mi chemin entre le math
rock et le songwriting pop. Privilégiant ainsi les chemins de
traverses, tortueux si possible, et les ruelles de la pop, Close
Talker accouche d'un album aux multiples surprises.
Cinématographique, la musique semble tout indiquée pour illustrer
les photos illustrant l'album : des paysages infinis, des lacs,
des forêts et la montagne en arrière plan. Plutôt agréable même
si l'ensemble manque parfois un peu de nerfs.
https://www.facebook.com/closetalkerbandmercredi 17 juin 2015
Lux
Formé autour de la chanteuse
Américaine, française d'adoption, Angela Randall et du guitariste
Sylvain Laforge, Lux nous arrive avec ce premier ep de cinq titres.
Contrairement à bon nombre de groupes contemporains, Lux ne s'est
pas lancé dans une quête désespérée du son « vintage »
ou « seventies ». Lux se contente d'écrire de bonnes
petites chansons, intemporelles et rien que ça, c'est déjà énorme.
Situé dans un crossroad bien particulier, Lux laisse transparaitre
ça et là des influences venues de la pop, du rock, du blues
(« Radio Static ») ou du folk (« Winter in New
York », « Gare Saint-Lazare »). Du classique, du
solide. L'écriture et simple et limpide, de la pop/folk song de
bonne facture que Sylvain s'amuse sciemment à « salir »
de sons et soli de guitares bien sentis (« In the end »).
Au dessus de cette mélée savamment produite et agencée, plane la
voix, ronde, chaude, haut perchée quand cela est nécessaire,
d'Angela qui n'est pas sans rappeler les grandes chanteuses des
années 1970 Stevie Nicks et autres Joni Mitchell. Le tout manque
peut être un peu de surprise ou de folie mais il n'empêche, ce
disque inaugural est rudement bien foutu et procure un réel plaisir
d'écoute. Attachant et à suivre.
Ron Sexsmith, le new morning, 15 juin 2015.
Avec la régularité
d'un chronomètre Suisse, le Canadien Ron Sexsmith enchaîne les
albums depuis 1995, douze à ce jour. Sans jamais vraiment percer
auprès du grand public, Ron a acquis avec le temps un certain niveau
de respectabilité chez ses confrères auteurs-compositeurs, Paul
McCartney, John Hiatt ou Elvis Costello. Sa notoriété, assez
confidentielle, fait qu'à ce jour Ron se produit encore dans des
salles à dimension humaine, comme le new morning que le natif de
Toronto et son groupe de quatre musiciens (guitare, basse, batterie
et piano) investissent ce soir. Plutôt gauche et emprunté Sexsmith
fait montre d'un sens de l'humour assez particulier : « Cette
chanson s'appelle « Sneaking out the back door » (prendre
la fuite par la porte de derrière), c'était ma philosophie de vie
pendant quelques années ! ». Entre ballades folks un
tantinet mélancoliques et morceaux plus rocks et enlevés de son
dernier effort, l'excellent Carousel One (Ah "Getaway car" !!), Sexsmith
revisite sa discographie et offre la bande son rêvée pour une
ballade automobile sur une route d'Amérique du Nord. Juste avant un
passage acoustique en solo, le légendaire Steve Nieve (pianiste
historique des Attractions d'Elvis Costello) est venu faire un petit
tour derrière le clavier le temps d'une relecture de « Everyday
i write the book », son jeu de piano, virtuose, est toujours
aussi aérien, un pur moment de grâce musicale, comme suspendu. Une
bien belle soirée et une ambiance chaleureuse en dépit d'un public
un peu clairsemé.
http://www.ronsexsmith.com/
https://www.facebook.com/ronsexsmith
lundi 15 juin 2015
Tahiti 80 : « Coldest summer remix EP »
Dans la foulée de leur excellent album
Ballroom, Tahiti 80 sort pour l'été un EP de remix de Coldest
Summer. On attend généralement peu de ce genre
d'entreprise, qui ressemble fort à un truc de monomaniaques.
S'enfiler cinq fois de suite le même morceau, dans des versions
différentes certes... Cependant, l'EP nous donne à entendre des
choses intéressantes. Vue par le prisme de Reflex, Coldest summer
prend des allures groovy et sacrément funky. Dans un monde parfait,
c'est la bombe dancefloor de l'été. Les excellents Dorian Pimpernel ont choisi une option différente, retravaillant le morceau en
profondeur ajoutant de nouvelles parties de leurs chers claviers
vintage. Coldest summer prends alors des atours de rock psychédélique
made in Canterbury à la fin des années 1960. On en attendait pas
moins de Dorian Pimpernel mais ça fait du bien quand même. On
termine enfin par la version de My Tiger Side qui fait de Coldest
Summer un morceau ambiant abstrait servi par une voix fantomatique
digne du Madchester de la fin des années 1980, psyché façon Stone
Roses. Cinq versions différentes pour autant de pistes d'écoutes,
c'est amusant de constater le nombre d'incarnations de la même
chanson. Ca reste quand même un truc de monomaniaque.
http://tahiti80.com/dimanche 14 juin 2015
Bosco Rogers : « French Kiss EP »
Puisant sa source dans le rock n'roll
et le garage des années 1960, le duo Bosco Rogers accouche de quatre
titres furieux sur son deuxième EP. Le ton est donné dès le
« Banana Socks », d'ouverture qui scelle la rencontre
entre Bo Diddley et la scène psychédélique. Fort. On monte encore
d'un cran dans l'intensité avec « Buttercup », une
petite décharge d'adrénaline d'à peine une minute quarante. Le MC5
version express. « French Kiss » explore une autre source
d'inspiration pour le groupe, le rock psychédélique, chant
d'imprécateur éthéré, orgues tombés de l'espace et guitares
fuzz, tout y est pour le grand délire hallucinogène collectif.
« Shelter » clôture cette nouvelle livrée sur une note
plus douce et planante. Un atterissage en douceur pour l'auditeur
passé par toutes les couleurs à l'écoute du disque. Vivement
l'album.
vendredi 12 juin 2015
Alexis and the Brainbow : « A young gun »
Sur la pochette du disque, une bulle de
chewing gum remplaçe le projectile s'éjectant de l'arme. Un peu à
l'image de la musique d'Alexis and the Brainbow qui entre pop psyché
et électro se crée une brèche originale. Un savant alliage de
sonorités entre chant éthéré, nappes synthétiques planantes et
répétitives et rythmes dansants (mention spéciale à la basse très
élastique). Les compositions sont complexes et partent souvent dans
des directions inattendues avec de brusques changements de cadence,
la basse toujours, ajoutant à l'occasion un soupçon de rock dans
l'équation (« Flow »). Assez surprenant, l'ep se révèle
tellement riche que plusieurs écoutes sont nécessaires pour en
faire le tour. Enivrant.
En concert le 22 juin à Paris (les
trois baudets)
jeudi 11 juin 2015
Jesse Malin : « New York Before The War »
N'importe qui l'ayant vu en concert ne
peut que garder un souvenir énamouré du personnage. Charismatique,
régalant le public de vannes et autres petites anecdotes respirant
le vécu, Jesse Malin, performer né, fait le bonheur des spectateurs
dans les (petites) salles du monde entier. Aussi, c'est avec une joie
non feinte que l'on découvre son nouvel effort, après cinq longues
années de silence. Comme l'indique le titre dudit album « New
York before the war », Jesse est installé dans la grosse pomme
et son parcours musical l'a mené du punk (son groupe s'appelait D
Generation) au songwriting folk. Le nouveau disque est à son image
et on y retrouve, pêle-mêle, du punk sonique (« Turn up the
mains »), des ballades sombres et tourmentées au piano (« The
Dreamers », « She's so dangerous ») et des petites
merveilles de rock classique d'inspiration seventies, « Addicted »,
« Bent Up » et « The year I was born »
(d'inspiration Byrds), les bijoux de cette nouvelle livrée. Sa
carrière entammée au début des années 1990 l'a vu collaborer avec
quelques grands noms comme Bruce Springsteen ou Ryan Adams. Jesse en
a gardé un carnet d'adresses bien garni que l'on retrouve sur le
roster convoqué pour l'enregistrement entre autres Wayne Kramer (le
MC5 quoi!!) auteur du solo de « Freeway » et Peter Buck
(REM) à la guitare sur « I would do it for you ». Un
effort solide œuvre d'un songwriter talentueux et méconnu. A
(re)découvrir.
http://www.jessemalin.com/
https://www.facebook.com/jessemalin
mardi 9 juin 2015
Natalie Prass
Premier album pour
cette jeune artiste Américaine. Ce disque représente d'ailleurs la
première sortie d'importance pour Spacebomb, le label fondé par
Matthew E. White (hormis les disques du boss bien entendu). Entre
soul music et pop, l'univers musical de Natalie Prass n'est pas sans
convoquer certains fantômes du passé. Si le créneau de la soul
vintage est bien encombré ces temps-ci, Natalie retrouve une
certaine fraîcheur sur ce disque, bien éloigné des canons du
revivalisme brut de décoffrage, façon Daptone. Là où les
thuriféraires de Brooklyn dressent la puissance d'exécution en
vertue cardinale, Matthew E. White préfère tisser une toile
élégante très richement arrangée en cuivres et en cordes. Un
écrin soyeux pour la voix plutôt typée pop de Natalie qui n'a pas,
soyons honnêtes, le coffre d'une Sharon Jones et dont les racines
seraient plutôt du côté de Dusty Springfield. Les recettes ainsi
appliquées ne sont pas sans rappeler les propres albums de Matthew
E. White, les magnifiques Big Inner et Fresh Blood. De qualité au
moins égale, le présente effort oscille entre groove délicat
(« Bird of Prey ») et mélancolie symphonique
(« Christy »). Elégant et délicat à l'image de son
interprète.
En concert à Paris le
18 juin (Maroquinerie) et le 30 Août (Rock en Seine)
lundi 8 juin 2015
PihPoh : « Toi »
Découvert aux
Eurockéennes en 2013, le jeune rappeur Belfortain, Pihpoh est de
retour avec un nouveau maxi de trois titres. Et c'est un tout nouveau
jour pour l'artiste. Une nouvelle approche musicale tout d'abord,
beaucoup plus live, à l'image de la sublime « Toi »,
flirtant avec le jazz, on pense à Oxmo Puccino ou de « Mec
branché », titre beaucoup plus énervé qui évoque, un peu,
la scène néo-métal française du début des années 2000. Mais
surtout ces trois morceaux mettent en lumière une plume pleine
d'humanité et de bienveillance toujours prête à s'émouvoir. Une
approche finalement pas si éloignée que ça d'une certaine idée,
noble, de la chanson française. Spécialiste des textes à double
tiroirs, Pihpoh, aborde par des chemins détournés grands sujets de
société - « Mec branché » évoquant l'euthanasie sans
avoir l'air d'y toucher – ou les petits tracas du quotidien comme
l'inspiration (« Toi ») et la routine (« Laisse
moi »). Ces trois titres passent trop vite, on a hâte
d'écouter plus longuement le Pihpoh nouveau.
vendredi 5 juin 2015
Kate Miller-Heidke : « O Vertigo ! »
Après trois albums soutenus par la
major Sony, l'Australienne Kate Miller-Heidke a dû plonger dans les
méandres du financement participatif afin de sortir son nouveau
disque. Il s'en dégage un album porté par un fort plaisir du jeu,
un véritable effort de pop moderne. Ancienne chanteuse d'opéra,
pianiste émérite devenue pop star, le parcours de l'Australienne a
de quoi dérouter. Même musicalement, il est parfois difficile de
deviner où va nous mener la facétieuse Kate tellement son disque
est varié et riche de différents styles. L'atout de Kate serait
plutôt sa voix, on fond littéralement à l'écoute de « Rock
this baby to sleep ». Merveilleuse interprète, cette dernière
place ses cordes vocales au centre de tout, les sceptiques devraient
écouter ses vocalises sur le morceau titre. Pour le reste, Kate
accouche d'un album richement produit, picorant l'inspiration au fil
de l'eau passant de l'électro mélancolique (la magnifique « Yours
was the body ») à des morceaux pop légèrement surannés
tendance 80s (« Share your air »), en passant une petite
couche de rock et de hip hop par dessus (l'entraînante « Drama »
en duo avec le rapper Drapht). Arrivé à mi-parcours, Kate
Miller-Heidke nous étonne encore en mettant la pédale douce :
« Jimmy », « Sing to me » classiquement
pop/rock, « What was i to you ? », « Lose my
shit » pop dépouillée au piano, sans gros effets de
production. Une artiste inclassable, insaisissable mais qui possède
la faculté rare de nous transporter par la grâce de ses seules
capacités vocales.
mercredi 3 juin 2015
Le A : « Pale Echo »
Le A, derrière le mystérieux
patronyme se cache une formation bordelaise composé de trois filles
et un garçon officiant derrière les fûts. Entre pop psychédélique
et rock shoegaze, le A n'a pas son pareil pour composer une toile
mystérieuse. La musique du A ressemble à un paysage variant selon
les saisons. Une vaste plaine tantôt apaisée sous un soleil radieux
parfois traversée d'éclairs lorsque le temps vire à l'orage. Tout
au long des cinq titres (dont un "Louise" chanté en français) composant cet EP, le quintet varie les
ambiances toujours entre ces deux pôles : le calme et la
tempête, le chaud et le froid. Des nappes synthétiques planantes et
rêveuses avant un tonnerre de guitares. Les voix féminines et
éthérées jouent un rôle prépondérant dans cette ambiance
faussement sereine. A l'écoute, les émotions se bousculent chez
l'auditeur entre douceur et puissance mais toujours à fleur de peau.
http://www.le-a-music.fr/Quelques anciens clips :
mardi 2 juin 2015
Tony Guerrero y El Diablitos : « Come hell or high water »
Entre plage et désert, le guitariste
Tony Guerrero et son groupe El Diablitos (Don Griswold à la
batterie, Brett Edelen à la basse) invente la bande son d'un film
sans image. Et oui, aujourd'hui, il est question de musique
instrumentale. Dans le petit panthéon personnel du guitariste, le
rock n'roll et la surf music occupent une place de choix. Influences
premières qu'il mélange au gré de ses inspirations avec des
sonorités latino/mexicaines ou western. Il en résulte un album
tantôt nerveux tantôt apaisé mais toujours ensoleillé évoquant
pèle mèle chez l'auditeur la chaleur, les cactus, le soleil, la
poussière et les vagues. La bande original d'un road-movie de
Tarantino ou de Robert Rodriguez restant à tourner. Chez Tony
Guerrero, quelques notes suffisent à évoquer un climat, une image
(« Undertow »). L'absence de mots (à l'exception de
quelques vocalises sur le dernier titre) interpelle l'imaginaire de
l'auditeur. Fermez les yeux, écoutez et imaginez la suite... C'est
beau.
http://eldiablitos.com/lundi 1 juin 2015
Alex Winston : « Careless »
Après un premier album sorti en 2012,
Alex Winston est de retour avec ce nouveau clip. L'univers musical
d'Alex évolue pas à pas, et s'affirme encore un peu plus avec
« Careless », dans une lignée pop synthétique digne de
Kate Bush. Efficace et addictif dès la première écoute, la chanson
se déroule suivant un tempo euphorisant avec en prime de jolies harmonies
vocales. Si le reste de l'album est de ce niveau, Alex est partie
pour la gloire.
https://www.facebook.com/AlexWinstonOfficial
https://www.facebook.com/AlexWinstonOfficial
Great Lake Swimmers : « A forest of arms »
Groupe nomade par excellence, les Great
Lake Swimmers ont, une fois de plus, beaucoup voyagé dans leur
Canada natal pour enregistrer ce nouvel album (le sixième), visitant
des lieux insolites tels que la grotte et la caverne de Tyendinaga
(Ontario) ou le chalet studio perdu dans les collines et les chemins
sinueux près des rives du lac Ontario. Une transhumance qui convient
bien à leur folk pastoral, naturel et empreint de considérations
écologiques. La nature, véritable partie prenante de leur musique,
transparaît au fil des plages composant ce disque serein et apaisé.
La bande son idéale pour voyager sans quitter son canapé !
Très richement orchestré avec force violons et banjo, l'album se
révèle délicat à l'écoute (« Don't leave me hanging »)
sans jamais être lénifiant, le quintet montant le son à l'occasion
(« One more charge at the red cape »). Doux mais
dynamique, très soigneusement produit, c'est une belle réussite.
dimanche 31 mai 2015
The Madcaps LP
![]() |
| (c) Virginie Strauss |
Formé en 2013 à Rennes, les Madcaps
s'installent peu à peu dans le garage hexagonal. Après un premier
EP très marqué par le rockabilly, le quatuor change, très
légèrement, de route. Toujours aussi rock n'roll, les Madcaps
tentent sur ce premier album en bonne et due forme de concilier leur
puissance électrique rock avec une sensibilité mélodique pop
héritée des années 1960. Une démarche qui n'est pas sans rappeler
leur collègues de label, Volage. Et cela donne des choses étonnantes
à l'image de cette flûte qui orne « I knew it all » (le
titre d'ouverture). Sans jamais baisser le volume des guitares
(l'amateur du rock pur et dur sera servi), le groupe s'amuse avec les
codes du psychédélisme (« Emily Vandelay ») pour mieux
faire bouger les lignes. Outre les guitares rêches, le disque est
riche d'harmonies vocales à la Beach Boys et de petites trouvailles
insolites et baroques (claviers, guitares acoustiques, percussions
etc...) qui ajoutent autant de couleurs à la palette. Mené sur un
tempo infernal, l'album dure une petite demie heure, The Madcaps
jouent la carte de l'efficacité maximum. Tout cet arsenal est mis au
services de chansons qui, sans déborder d'originalité, sont bien
écrites et riches en fausses pistes et en hooks mélodiques aisément
mémorisables (« Too good to be true », "Moon Night"). Loin de se
contenter du revivalisme de circonstance, les Madcaps donnent une
nouvelle jeunesse à ce genre de rock très daté grâce à une
production moderne et dynamique. Une belle réussite. Et si la France tenait là ces Allah Las ?
samedi 30 mai 2015
Super Furry Animals : « Mwng » (Réédition)
15 ans après les faits, on se demande
encore quelle mouche a bien pu piquer la bande de Gruff Rhys. Petit
rappel des faits. En l'an 2000 les Super Furry Animals ont sortis
trois albums qui ont dans l'ensemble plutôt bien marchés, au point
d'en faire de serieux outsiders sur la scène britannique. C'est
alors que sort « Mwng » disque qui a la particularité
d'être chanté dans leur langue maternelle : le gallois (pour
la petite histoire, il s'agît d'ailleurs de la meilleure vente de
tous les temps pour un album chanté dans cette langue). Un sacré
risque pris par le groupe, celui de se couper de son public qui, dans
sa grande majorité, ne comprends pas un traitre mot à ce qui se
trame ici : Ymaelodi A'r Ymylon ! Et pourtant, petit miracle
comme seule la musique peut nous en procurer, la magie opère.
Réalisé avec les moyens du bord et un budget dérisoire, le groupe
mené par Gruff Rhys se concentre sur l'essentiel : les
chansons. Il y a, en effet, comme une évidence mélodique qui de se
dégage de cette effort, très riche et très varié sur le plan
musical. « Drygioni » ouvre les débat de manière assez
nerveuse, une attaque punk, toute guitares dehors qui ne dépasse pas
la minute trente. On tape tout de suite dans le dur avant de prendre
le contrepied total avec la jolie comptine folk « Ymaelodi A'r
Ymylon » et ses harmonies vocales digne des Beach Boys.
L'enchaînement qui arrive touche au sublime : « Y Gwyned
lau », sorte de torch song nocturne agrémentée d'une
trompette jazzy du plus bel effet : magnifique ! C'est
ensuite que déboule le joyau caché de l'album « Dacw hi »,
superbe chanson power pop portée par un riff de guitare inoubliable,
le groupe s'élève alors au niveau de Big Star, c'est dire !
Bien loin d'être une tentative celtique hasardeuse, « Mwng »
est au contraire une occasion rêvée pour les Super Furry Animals de
rendre hommage aux groupes solaires et lumineux qui ont écrit
l'histoire de la pop. Peu importe que l'on ne comprenne pas un mot
cela n'empêche nullement d'en saisir les nuances et les émotions.
« Mwng » est la preuve éclatante que la musique est un
langage universel.
vendredi 29 mai 2015
Kamchatka : « Long road made of gold »
Kamchatka. Derrière le nom, un peu
barbare il faut bien l'avouer, se cache un redoutable trio Suédois
qui jusqu'ici nous avait un peu échappé alors que le groupe sort
son sixième effort. Il est facile de remonter les racines de
Kamchatka qui se situent dans les formations reines des années 1960
et 1970. Loin de se contenter du simple revivalisme, le trio pousse
le bouchon (et les potards des amplis) assez loin. La dynamique et la
production sont tout ce qu'il y a de plus moderne. Le son est ample
et énorme à la fois, normal, il a été concocté par Russ Russell
(un producteur habitué des groupes de métal extrême genre Napalm
Death). Kamchatka séduit par son opiniatreté à trouver de
l'originalité sans pour autant franchement dévier de sa route. On
pense au banjo de « Take me back home », le titre
d'ouverture, qui prends des allures country, ou aux influences blues
qui fleurissent dans le jeu de guitare de Thomas Andersson (« Long
Road »). Les Black Crowes ne sont pas très loin. Ailleurs, le
groupe est adepte d'un rock puissant et musclé (« Made of
Gold », « Dynamo », « Slowly drifting away »)
mais avec un réel savoir faire. Loin de se contenter des formules
toutes faites, le trio joue les têtes brûlées avec ses
compositions, partant dans des expérimentations heavy/psychédéliques
à base de guitares barrées sur un beat surpuissant (« Mirror »).
Quant à « Rain », le morceau explose la pop de
l'intérieur. Fort. Voici un groupe tout à fait à même de
réconcilier les nostalgiques avec le rock d'aujourd'hui.
jeudi 28 mai 2015
58 Shots : « You don't mess with the Lion »
Gare aux coups de griffes ! Avec
son premier album « You don't mess with the Lion », le
quatuor Belfortain 58 Shots remet au goût du jour un rock racé et
puissant situé dans la droite lignée des groupes des années
1960/1970 qui ont écrit la légende de cette musique. 58 Shots c'est
tout d'abord une science du riff de guitare imparable et un sens du
risque calculé, Cédric (le guitariste) n'hésitant pas à partir
dans des directions parfois assez inattendues. Gros son, sens de
l'attaque et du timing, le disque enfile les riffs et autres soli de
six cordes comme autant de perles. Classique rock, heavy ou infusé
d'influences blues grasses à souhait, quiconque aime la guitare se
doit d'aimer ce disque ! Evidemment un tel déchaînement de
notes ne tient la route que si la section rythmique tient la baraque
ce qui est le cas en l'espèce (cf. « She's a chick with a
dick », « No need to call me back », le funk groovy
de « You won't drive me insane »). La basse bourdonne
dans son coin alors que la batterie collectionne les breaks : ça
dépote sec ! Un petit mot pour finir sur Arthur, le chanteur,
qui vocalise puissament dans les aigus avec Robert Plant (Led
Zeppelin) et Brian Johnson (AC/DC) pour modèles. Pas foncièrement
original, certes, mais exécuté avec maestria, le disque se révèle
une bonne surprise (de plus) en provenance de l'est de la France. A
découvrir.
mercredi 27 mai 2015
William Elliott Whitmore : « Radium Death »
![]() |
| (c) Chloe Millward Whitmore |
Issu d'une famille de fermiers de
l'Iowa, William Elliott Whitmore, a d'abord découvert la musique par
le prisme de la country dont il reste des traces dans son jeu de
guitare (cf. « Trouble in your heart ») ou dans son
utilisation du banjo (cf. la magnifique « Civilizations »).
Plus tard, la découverte de la scène punk des années 1980 jouera
un rôle déterminant dans l'évolution musicale de William qui peu à
peu cède au charme des sirènes électriques bien aidé dans sa
tâche par son cousin Luc Tweedy, producteur et propriétaire des
Flat Black Studios sis à Iowa City. Au fil de l'écoute de son
nouvel effort, le septième déjà après douze ans de carrière,
William s'impose comme une sorte de Neil Young avec ou sans Crazy
Horse à lui tout seul. Capable de rêverie acoustiques sentant la
paille à plein nez et évoquant des champs à perte de vue (« Can't
go back ») comme de fulgurantes attaques chargées
d'électricité à en perdre haleine (« A Thousand Deaths »,
« Don't strike me down »). Sa voix de gorge profonde et
éraillée, sentant le vécu, la terre, tout ça, le classe d'emblée
dans la lignée des grands songwriters et rappelle parfois Steve
Earle. Situé au croisement de différentes cultures, entre tradition
rurale folk country et irrévérence punk rock, William Elliott
Whitmore ravira aussi bien les fans de Seasick Steve ou les
nostalgiques de Calvin Russell. Excellent.
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