mercredi 31 décembre 2025

Johnny Blue Skies : « Passage du désir »

 


Un patronyme pour le moins énigmatique et un titre d’album qui fleure bon la France et Paris. Et c’est d’ailleurs avec un air d’accordéon évoquant une capitale qui n’existe plus que débute l’album. Le tout semble trop typique pour être vrai et pour cause ! Le fameux Johnny Ciel Bleu n’est autre que le nouveau nom d’artiste de Sturgill Simpson, un musicien de country alternative bien connu, de retour après une longue période d’abstinence. Nonobstant une pochette « parisienne », l’album est bel et bien un disque de country/americana/bluegrass pur sucre mais façon Sturgill Simpson. C’est a dire à la manière d’un artiste qui autant à cœur de s’inscrire dans une lignée patrimoniale que de s’en défaire. Ainsi, l’idiome revu et corrigé par Simpson se teinte d’une couleur planante, aérienne, les nappes de lap-steel en guise de piste de décollage (les huit minutes et quelques de "One for the road") et d’une tentation soul (« Jupiter’s Faerie ») voir rock au-dessus desquelles plane la voix du chanteur. Produit et arrangé avec soin, cordes à l’appui, « Passage du désir » rappelle surtout l’immense auteur/compositeur qu’est Simpson. Recommandé.



mardi 30 décembre 2025

Floo Flash : « Rose Bonbon »

 


Il y a des noms plus évocateurs que d’autres. En nommant son EP « Rose Bonbon », du nom d’une défunte discothèque mythique située dans le sous-sol de l’Olympia, Floo Flash nous replonge en pleine nostalgie eighties. Et pour cause, Floo Flash n’est autre que la nouvelle incarnation d’une formation mythique du rock français des années 1980, signée chez New Rose et ayant assuré les premières parties de pointures internationales telles que U2 ou REM ! Passé depuis longtemps à autre chose, c’est en exhumant une antique cassette de 1985 (sur laquelle on retrouve le titre « Mon Idole » présente sur ce nouvel EP) qu’Hervé Paul (guitare et chant) a senti l’impérieuse nécessité de relancer son groupe. Et c’est donc avec une certaine émotion que l’on découvre ce nouveau disque, un peu comme on traverserait une passerelle imaginaire entre le passé et le futur. D’obédience power pop, énergique et justement dosé en guitares, l’EP trahit son appartenance aux années 1980, notamment palpable dans les textes du groupe. Mais en appliquant à sa musique une production et une dynamique tout à fait moderne, le trio évite intelligemment le passéisme rance. Ces cinq titres sont autant de petites bombes pop, prêtes à faire pétiller les oreilles. Champagne ! Espérons que ce nouvel EP marque un véritable nouveau départ pour Floo Flash et ne reste pas un coup d’épée dans l’eau. A coup sûr, ces musiciens ont encore beaucoup à offrir.

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lundi 29 décembre 2025

The Guilteens : « Heavy Letters »

 


Entre autres originalités, ce quartet venu d’Irlande, possède la particularité de compter un guitariste / trompettiste en son sein. Loin d’être anodin, ce détail dénote la volonté de sortir des lieux communs pour s’ouvrir à de nouveaux horizons. Ce premier EP nous en apporte la preuve manifeste mélangeant, avec bonheur, le spleen downtempo atmosphérique (« Born Evil ») et le psychédélisme (« Saviour » peut-être le meilleur titre de cette courte livrée) flirtant à l’occasion avec le grand écart expérimental (« Further Down The Channel »). Le tout baigne dans une délicieuse ambiance 90s (« The Monolith »). Concentré sur quatre titres l’EP peut désarçonner l’auditeur tant il donne l’impression de sauter du coq à l’âne. Cependant, l’ensemble est suffisamment prometteur (et produit avec beaucoup de soin) pour que l’on s’autorise à attendre la suite avec curiosité.

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samedi 27 décembre 2025

Dom Mariani : « Apple of life »

 


Voici un album inattendu ! Les nostalgiques des années 1980 se souviennent certainement des Stems, fine fleur du rock garage/psychédélique australien et de leur album « At first sight, violets are blue » (1987). Contre toute attente revoici leur leader Dom Mariani revêtu d’un nouveau costume, celui d’un songwriter power-pop. Mais on ne se refait jamais totalement et l’idiome, revu et corrigé par l’Australien met définitivement l’accent sur le côté « power » de l’affaire, à l’aide de guitares vitaminées (« Apple of life », petit clin d’œil aux Beatles, également en rappel sur la sérigraphie ornant le cd). Dans ses meilleurs moments, l’album n’est pas si éloigné de Big Star (« World on its head ») voire d’un Bowie (« Sad state of affairs »), c’est dire le niveau auquel évolue Mariani. De solides compositions auxquelles la présence d’une lap-steel apporte une petite touche americana du plus bel effet (« Where do lovers go » ; « Jangleland » ; "Jealous Love"). Classique dans sa forme, les 11 plages qui composent l’album font montre d’un impeccable savoir faire à l’ancienne. La confirmation de l’excellence du songwriter, hélas trop méconnu par chez nous. On rêve d’en avoir la confirmation sur scène.

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Romain Podeur : « Le bordel à l’intérieur »

 


Romain, que l’on avait connu autrefois sous le nom de Candide, entame un nouveau projet sous son nom propre dont il s’agit du premier album. Aussi improbable que cela puisse paraître, ce disque inaugural est le résultat de la rencontre entre Romain et Steve Hewitt, l’ancien batteur de Placebo (!) que le chanteur/guitariste qualifie comme « le bon batteur, celui qu’il fallait ». On ignore ainsi par quel miracle les deux compères se sont retrouvés dans le même studio, mais toujours est-il que la paire a enregistré l’intégralité de l’album en duo - une première pour le batteur peu habitué de la scène française - au fil des allers-retours de Romain dans le Surrey. Néanmoins, la connexion a belle et bien eu lieue et l’apport du batteur semble indispensable pour apporter cette touche rock essentielle. Les amplis chauffent, les aiguilles dans le rouge, tous les curseurs sont montés d’un cran : les guitares se font plus abrasives (« Un peu de tout ça »), le chant également (cf. « Comme la Joconde » ; « Sous le viaduc de Morlaix » où le chanteur est poussé dans ses retranchements suivant la pulsion rythmique) et, sans Hewitt derrière les fûts, il y a fort à parier que l’album serait tombé dans le côté obscur de la chanson pop (« On dit oui à tout » ; « Mon Himalaya » présente en deux versions électrique puis acoustique). Si c’est « le bordel à l’intérieur », fort est de constater que sur le plan musical, Romain garde les idées claires. Son nouvel effort est de très haute tenue, produit avec soin (« Chacun son odyssée » sous influence Beatles), aux textes et aux mélodies soignés ("Chérie, Chérie" ; "Jamais Assez"), ce qui n’est pas antinomique avec la haute énergie rock’n’roll déployée. Preuve en est faite sur ces 13 plages.

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jeudi 25 décembre 2025

Loudon Wainwright III, L’Archipel, 22 décembre 2025.




Sacré Loudon ! Annoncé au débotté, Loudon Wainwright s’est produit sur la scène de l’Archipel, trois jours avant Noël, alors que l’on pensait que toutes les salles de concert de la capitale étaient fermées pendant la trêve des confiseurs. Seul avec une guitare folk empruntée à un ami (un certain Michel) Loudon a tenu la scène pendant près de deux heures revisitant ainsi les quelques cinquante années de sa carrière. Du folk, un peu de blues, un peu de country constituent le sel d’un concert en roue libre en partie improvisé. L’Américain s’est ainsi laissé aller, assez rapidement, au petit jeu des suggestions auprès du public, soit autant d’occasion de ravir le public de son sens de l’humour ravageur (cf. ses tirades sur les mots de passe ou la conspiration adulte concernant le Père Noël), instaurant ainsi une connexion quasi intime avec le public. Un concert à la fois émouvant lorsqu’il s’est agi de rendre hommage aux disparus qu’hilarant (« on souffrira ensemble ironise-t-il sur l’absence de bar dans la salle rouge du bas), le tout dans un ambiance débonnaire et à la bonne franquette. Quelle meilleure manière de finir cette année de concerts ?

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mercredi 24 décembre 2025

The Hives forever forever The Hives

 


Les Hives pour toujours ! Près de trente ans (et oui!) après leurs débuts, force est de constater que les Suédois n’ont jamais vraiment dérivé de leur ligne, sans pour autant lasser, un petit exploit en soi, qui fait qu’aujourd’hui leur nouvel album s’écoute comme on écouterait un best-of. En résumé voici un album qui file sur une autoroute sonique, guitares abrasives et tempo échevelé à l’appui (« They can’t hear the music »). L’affaire est pliée en une petite demi-heure environ et entre-temps l’auditeur à l’impression d’être passé à la lessiveuse. Quelques détours par le punk (« O.C.D.O.D. ») et la new-wave énervée (« Legalize Living ») se greffent sur le rock garage teinté de hard-rock seventies (on note une discrète citation d’AC/DC) typique du quintet (« Roll out the red carpet »). Intrinsèquement rythmique, énergique par essence, le groupe réussit à mettre en valeur son sens de la mélodie (« Born a rebel ») maintenant un équilibre constant dans ses compositions. Sans pour autant surprendre, creusant toujours un peu le même sillon, The Hives réussit pourtant à nous scotcher les oreilles, une fois encore, dans ce style fort en décibels, qui nous ravit, et dont ils sont l’un des plus dignes représentants.

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dimanche 21 décembre 2025

Great Lake Swimmers : « Caught Light »

 




Ainsi, le nouvel album du groupe mené par Tony Dekker, voit ce dernier « chercher la lumière ». Et, sans prendre trop de risques, on pourrait bien affirmer qu’ils l’ont bien trouvé, cette fameuse lumière. Alors certes, depuis une vingtaine d’années, les Canadiens ont aligné les albums remarquables avec une admirable constance. On devrait finir par avoir l’habitude. Mais la musique a ceci de magique que l’on ne se lasse jamais des belles choses. Et ce nouvel effort ne dévie pas de la règle. Des guitares folk, de la lap-steel : une fois encore les Great Lake Swimmers nous transportent, en musique, vers les grands espaces fantasmés dans ce territoire nord-américain qui, en musique du moins, ne cesse pas de nous faire rêver. Emprunt d’émotion, le chant de Dekker attrape l’auditeur par l’oreille dès le morceau d’ouverture « One more dance around the sun » pour ne plus lâcher l’auditeur. Ni passéiste, ni révolutionnaire (on s’en fout un peu à vrai dire) juste d’une beauté intemporelle, ce nouvel album est aussi beau qu’un couché de soleil.

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mercredi 17 décembre 2025

Gaspard Royant + Bobbie, La Maroquinerie, 16 décembre 2025.

Elle nous avait charmé avec son premier album, « The Sacred in the Ordinary », en 2024, aussi c’est avec une certaine émotion que l’on découvre Bobbie sur scène pour la première fois. Seule avec sa guitare folk, cette dernière s’attaque à un exercice pour le moins compliqué. En dépit des limitations de la formule qui, soyons honnêtes, ne rend pas vraiment justice à la richesse harmonique de son album, la magie qui entoure la musique de l’artiste fonctionne à plein. Sa voix est superbe et résonne magnifiquement, avec émotion, entre les murs de La Maroquinerie. L’impression de voyager dans le temps vers un lieu, Laurel Canyon, et une époque, les sixties, fantasmés, est palpable. L’artiste nous a réservé deux surprises, une nouvelle composition pleine de promesse pour la suite, et une reprise, de très haute facture en dépit du stress et des doutes de l’artiste, de sa chanteuse préférée, la grande Joni Mitchell. Un très beau moment.

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C’est une tradition entamée l’an dernier, au Petit Bain, avec laquelle on renoue avec bonheur en ce mardi soir : le concert de Noël de Gaspard Royant ! Déjà, parce que, en dehors de Gaspard, on ne voit pas très bien qui, dans ce pays, peut se livrer à l’exercice, périlleux, des chansons de Noël avec autant de bonheur artistique. C’est donc dans un décor à l’avenant, des guirlandes partout, et tout de rouge vêtu, que Gaspard nous souhaite de joyeuses fêtes, chapeau, pardessus et fausse neige sur les épaules. Entouré de ses amis, Bobbie, Héléna Noguerra, Talisco, Aurélie Saada (une ex-Brigitte) et Julien (le chanteur/guitariste des excellents After Geography) et autour d’un répertoire allant du folk au rock’n’roll sauvage que Gaspard à fait honneur à cette période de fête. Le concert fut joyeux, festif, et, dans la joie et la bonne humeur, Gaspard à fait montre de tout l’étalage de son talent vocal, charmeur, un véritable crooner (et on ne dira jamais assez à quel point ce statut est atypique sur la scène hexagonale) ! Entouré d’un groupe top niveau, dans lequel se distingue le merveilleusement sobre guitariste Laurent Blot, également capable de fulgurances soniques dingues, Gaspard nous offert un cadeau de Noël bien à lui : un duo inédit de son nouveau groupe, Ravage, formé en compagnie d’Aurélie Saada, dont on devrait reparler bientôt. Et en attendant, joyeuses fêtes !

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vendredi 12 décembre 2025

Little Barrie + Charb-On, Point Ephémère, 2 décembre 2025.



C’est un très beau plateau, cohérent, complémentaire et plein de promesses, qui a été réuni au Point Ephémère en ces premiers jours de décembre. On débute avec le trio français Charb-On. On vous avait déjà entretenu du premier EP du groupe et voici maintenant venu le temps du grand test live. Profitant de la flexibilité de leur formation, entre une originale version à deux guitares et batterie ou une autre, tout aussi originale, guitare, claviers et batterie, le trio pousse les murs du blues pour les agrémenter d’hypnotisme séduisant, de groove entêtant ou plus généralement de guitares abrasives poussant les aiguilles du potentiomètre dans le rouge. Le blues fondateur du groupe se pare ainsi de nouveau atours, au parfum Tex-Mex (l’EP a été enregistré à Austin au Texas ce qui a semble-t-il profondément influencé leur son), avec une apparition surprise du chant en français, ou bien encore, classiquement rock’n’roll. Le passage sur scène confirme donc tout le bien que l’on pensait du groupe, définitivement une formation à suivre dans le paysage hexagonal.

Place ensuite à des revenants que l’on attendait plus, le trio britannique Little Barrie. Toujours ensemble depuis 20 ans (ou presque) Lewis Wharton (basse) et Barrie Cadogan (prodigieux guitariste méritant une plus ample reconnaissance) sont désormais accompagné du batteur Malcolm Catto, plus habitué de la scène groove/soul au sein du groupe Heliocentrics. Des années et des années se sont écoulées depuis la dernière fois que l’auteur de ces lignes avait vu Little Barrie en concert (2012). Que le groupe a évolué depuis ! Qu’il semble loin le temps ou le trio s’ébrouait dans un savoureux cocktail entre rock garage et blues tout en swing ! Au fil du temps, des albums, et de la découverte des possibilités offertes par les pédales d’effet par le guitariste Barrie Cadogan, le trio a ainsi évolué vers des paysages de plus en plus psychédéliques voire abstraits ! Ainsi l’apport du batteur Malcolm Catto, qui n’a rien perdu de sa souplesse groove, s’avère fondamental pour appuyer cette sensation de transe psychédélique, relativement inédite, dans le son du groupe. Bien soutenu par le groove solide de la basse, toujours aussi rock’n’roll, la voie est ainsi pavée pour les envolées de guitares de Barrie, entre fulgurances soniques abrasives et sinuosité psychédélique, les fameuses pédales d’effets à l’appui, une approche qui colle particulièrement bien avec le chant de tête du guitariste. Baigné dans des effets de lumière virevoltante, le public, fort nombreux, a pu ainsi tripper une heure et demie durant, à peine perturbé par les difficultés techniques récurrentes rencontrées par le groupe. Ma foi, on peut appeler cela une soirée réussie !

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jeudi 11 décembre 2025

Loudon Wainwright III en concert le 22 décembre à l'Archipel

 


C'est Noël avant l'heure, le légendaire chanteur folk, Loudon Wainwright III sera en concert à l'Archipel le 22 décembre !

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samedi 29 novembre 2025

Fallen Lillies : « Cran »

 


Du cran il en a fallu à Hélène, Laura, Marine et Ludivine, les quatre musiciennes formant les Fallen Lillies, pour oser se lancer et faire péter les amplis dans le rouge. Ce deuxième album, les musiciennes l’ont concocté en compagnie de Fred Duquesne, grand spécialiste es décibels, de l’hexagone. Il en résulte un album à la fois fort en guitares saturées, quitte à flirter avec le métal, double pédale et chant guttural (mais féminin toujours) à l’appui. Mais aussi une certaine audace dans les arrangements (on pense notamment à « Plaisirs Amers » ou cette manière de grand huit tout en tension/détente qu’est « Rouge Chaos ») ainsi que le parti pris des textes en français, qui restent toujours intelligibles (pas forcément une évidence dans le monde du métal). Pas question en effet de se planquer par facilité derrière l’anglais. Non, non, ces filles ont du cran, et font passer quelques messages biens sentis sans se priver du plaisir de le chanter « Haut et Fort ». Tant mieux !

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vendredi 28 novembre 2025

Healthy Junkies : « Listen to the mad »

 


Venu de Londres, ce quartet a pourtant un petit quelque chose de chez nous en la personne de sa chanteuse Nina Courson, française exilée à Londres depuis 20 ans. Deux décennies d’exil qui n’ont pas effacé la pointe d’accent français qui donne un charme particulier à son chant et dont elle use avec brio. Une originalité de plus pour le groupe qui, bien qu’anglais, semble (et sonne) plutôt américain et dont les racines sont plutôt à rechercher entre punk et grunge. Autant dire que cela dépote, ce qui n’est pas pour nous déplaire, mais sans pour autant négliger l’écriture de vraies (et bonnes chansons) ce qui ne gâche rien. Ainsi cette collection de gros riffs et de guitares abrasives, addictives à souhait, ne tourne pas vain et trouve un sens dans la qualité des compositions et de ses refrains accrocheurs (« Now or Never » ; « Tinnitus »). L’autre aspect prégnant est cette faculté du groupe à maîtriser et de se contenir avant la grande explosion de décibels (« Media Whore »). Un moyen de garder l’auditeur sous pression et de se jouer de la tension/détente. Car loin de se contenter de mettre les amplis dans le rouge, Healthy Junkies sait aussi lever le pied (« Solitaire ») et avec « Son and a daughter » nous livre une étonnante pépite teintée de reggae, pour le coup, très british dans l’esprit. Album ample, solide et copieux, 15 titres, « Listen to the mad » offre bien d’autres trésors cachés, qui se dévoilent au fil des écoutes, et que l’on vous invite à découvrir.

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https://www.healthyjunkies.co.uk/







jeudi 27 novembre 2025

Steve Tallis : « Memory Ghost »

 


Artiste culte s’il en est, l’Australien Steve Tallis enregistre des disques depuis 1979 et a accompagné quelques superstars mondiales telles que Bob Dylan, Van Morrison ou B.B. King. Une pointure donc, mais largement méconnue, la majorité de ses albums étant parus sur de petits labels indépendants, sa discographie se retrouvant dès lors assez difficile d’accès. Ce nouvel effort va donner pas mal de migraines aux chroniqueurs, tant il est difficile de savoir par où commencer ! En effet ce bon vieux Steve a vu les choses en grand, voire, en très très grand. Gargantuesque, ce nouvel album est triple et se décompose en trois cds. Un premier disque en duo avec un batteur, un deuxième enregistré en trio (avec basse et batterie), et, pour finir, le troisième disque est en solo. Chaque disque compile entre 18 et 25 titres, et dépasse l’heure de musique. Pantagruélique, donc ! Un véritable festin de blues à l’os, rêche et abrasif (même en acoustique) où l’artiste flirte avec les musiques du monde, cherchant la transe rythmique, tel un chaman blues se risquant même à cappella (« Rosie ») . De nombreux titres réapparaissent sur les trois disques dans des versions différentes (« Bite the bullet », « I beg your pardon », « Two sides of every story ») donnant à l’ensemble des allures d’expérimentation géante. L’écoute de ce nouvel effort relève de l’expérience mystique et emporte littéralement l’auditeur, 66 titres durant, sans temps mort ni faible, quel exploit !

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mercredi 26 novembre 2025

Martin Dupont : « You Smile When It Hurts »

 




Martin Dupont, un patronyme somme toute assez commun, banal même, derrière lequel se cache un groupe qui ne l’est pas. Un petit rappel s’impose. Né au début des années 1980 à Marseille, Martin Dupont est un groupe pionnier, quoique relativement confidentiel, des mouvement cold et new wave français. En sommeil depuis 1987, et la priorité donné par Alain Seghir (le fondateur du groupe) à sa carrière de chirurgien, Martin Dupont renaît de ses cendres avec ce nouvel album et, mine de rien, il s’agît d’un petit événement dans le rock français ! En effet, bien qu’oublié du grand public, Martin Dupont s’est au cours des années bâti une petite réputation culte underground dans le milieu des musiques électroniques grâce à des reprises, remixes, samples, album hommage ou utilisation de leurs morceaux dans des bandes originales de films d’horreur (« Cuckoo ») ou non (« Chanson douce » de Lucie Borteleau). La voie était donc toute tracée pour une reformation avec un nouveau line-up comprenant les historiques Alain Seghir et Beverley Jane Crew et les nouveaux venus Sandy Casado, Thierry Santoni et Olivier Leroy. Et maintenant ce nouvel album ? Et bien disons qu’il y a deux aspect principaux dans ce nouvel effort. D’une part, Martin Dupont donne l’impression que le temps s’est arrêté et délivre quelques pépites sombres toutes droit sorties des années 1980 (« Arabian Night », « Dreamin », « Time », « Reality ») synthés analogiques et chant dark, traînant et limite goth, à la clé. Mais Loin de se contenter de jouer, avec brio, la carte nostalgique, Martin Dupont a élevé le niveau de ses ambitions musicales avec ce nouveau disque. Une oreille entre deux mondes, « You Smile When It Hurts » ouvre les débats avec classe, les synthés du groupe se mélangeant aux notes d’un orchestre classique, cordes et cuivres, qui intervient régulièrement tout au long du disque, pour un résultat saisissant. Et il ne s’agît là que de la première perle qui ouvre un album particulièrement solide et consistant, de très haute tenue !

En concert le 4/12 aux Trans Musicales de Rennes et le 13/12 à Montreuil (Bal Chavaux)

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mardi 25 novembre 2025

Charb-On : « The Austin Sessions »

 


Le grondement du boogie qui ouvre le disque possède quelque-chose d’impressionnant avant que la scansion de la batterie, dans un roulement groove typique de la Nouvelle-Orleans, ne se mette en route. Ah ça, pour charbonner, ça charbonne ! Groove et son gras, saturé, le mélange est imparable : bienvenue dans ce premier EP des Bordelais ! Une collection de cinq titres inauguraux que le groupe est allé graver sur cire de l’autre-côté de l’Atlantique, à Austin, dans le studio Electric Deluxe Recorders, propriété d’Adrian Quesada (Black Pumas). Loin d’être un détail, l’enregistrement a permis d’imprimer une couleur musicale étasunienne plus vraie que nature au disque, qu’ils contrebalancent habilement par quelques textes en Français, dans un étrange mélange entre-deux unique. Un peu à l’image de leur musique, subtile alliage d’influences blues dans un habit électrique abrasif et saturé, apanage habituel des groupes de rock lourd. Le boogie shuffle ainsi obtenu se révèle particulièrement hypnotique (cf. « Me and my 44 » ; « Loco »). Ravages sur scène attendus…

En concert le 2/12 au Point Ephémère (première partie de Little Barrie et Malcolm Catto).

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dimanche 23 novembre 2025

Manu Lanvin + Fallen Lillies, Le Bataclan, 21 Novembre 2025.



Il est toujours un peu particulier, voire même délicat, de revenir au Bataclan… Une semaine après les célébrations du dixième anniversaire de cette funeste soirée, les décibels vont de nouveau résonner, assez fort, entre ces murs meurtris…

On commence donc avec les Fallen Lillies, un groupe de quatre filles dont le premier album, « Cran », est sorti le mois dernier (on y reviendra bientôt), et qui sont parfaitement conscientes du lieu et du contexte dans lequel elles jouent. Au fil d’un set lourd et électrique, flirtant avec le métal et mené de manière énergique, les musiciennes n’auront de cesse d’en appeler à la mémoire des victimes et se font un devoir de jouer pour ces dernières. Une prise de conscience qui ne plombe absolument pas l’ambiance mais donne de la profondeur à une prestation qui reste enthousiasmante.

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Après avoir accompagné le regretté Calvin Russell pendant plusieurs années (auquel il rendra un hommage acoustique poignant au cours de la soirée) Manu Lanvin (comme le chocolat précise-t-il avec humour) mène dorénavant sa barque en solo. Son nouvel album « Man on a mission » est sorti cet automne dont on fête la sortie ce soir au Bataclan. Nous sommes d’emblée saisis par l’ampleur sonore de l’artiste, fin guitariste, accompagné par une formation large : claviers, deux cuivres, batterie et percussions, sans oublier la basse tenue par Nicolas Bellanger (A l’Ouest) également accompagnateur de Paul Personne. Comme ce dernier Manu évolue dans un genre hybride fait de rock musclé et de blues assaisonné de groove grâce à la présence judicieuse des deux cuivres. S’il peine parfois à convaincre sur disque, la prestation live de Manu est nickel chrome ! Deux heures de rock’n’roll servie avec passion, enthousiasme et énergie, entrecoupées de quelques intermèdes acoustiques bienvenus. L’artiste n’a de cesse d’en appeler à l’énergie collective et à la solidarité, réservant quelques moments émouvant, réclamant des claquements de mains et autres mains en levées en l’air. Un besoin de contact qui le mènera à finir son set dans la fosse au milieu du public, sa guitare finissant même dans les mains d’un spectateur. Un grand moment de partage rock’n’roll.

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samedi 22 novembre 2025

Je t’aime + Une Vraie Gothique, Supersonic Records, 20 novembre 2025.

La soirée débute par une découverte, celle du duo Une Vraie Gothique, qui porte assez bien son nom, vraisemblablement venu de l’Est de la France. Composé d’une chanteuse, qui bien que s’exprimant en Allemand entre les morceaux est semble-t-il française, et d’un chanteur, également en charge d’envoyer le son, Une Vraie Gothique pratique une musique électronique, dark à souhait, entre synth-wave 80s, EBM et post-punk, servie par un chant, en français et en allemand, à deux voix hanté, aux textes nourris de leur expérience personnel. Leur proposition musicale est assez hypnotique et dans l’ensemble plutôt chouette.

https://www.facebook.com/people/Une-Vraie-Gothique/


De manière assez incompréhensible, nous n’avions pas eu l’occasion de recroiser le trio Je t’aime depuis la sortie de leur formidable doublette « Passive / Aggressive » de 2022. C’est donc in-extremis pour la dernière date de leur tournée, suivant la sortie de leur dernier album « Useless Boy » que l’on retrouve le trio sur la scène du Supersonic Records, particulièrement bien remplie. Le line-up du groupe a également évolué depuis la dernière fois et c’est désormais une guitariste, Louise, qui remplace Tall Bastard. Devant un public nombreux, et dévoué à la cause, le trio nous a livré une prestation énergique et enthousiasmante suivant les lignes de basses énormes de Crazy Z, digne descendant de Simon Gallup, et le chant étranglé d’un Dboy survolté. Bien qu’ancré dans les années 80, le répertoire du groupe est varié et alterne entre le spleen aérien des Cure de 1989 ("Marble Heroes" comme un inédit de l'époque « Disintegration »), guitares surchargées d’électricité (« Dirty Tricks »), cold et synth wave pop (« Blood on Fire »). Bien que d’appartenance dark, Je t’aime sait également faire bouger les foules et le prouve avec « Dance », un dernier rappel appelant à la danse (« You’ve got to dance before you die »). Comme quoi nul n’est besoin d’être caverneux pour être crédible, et un concert estampillé gothique peut aussi être festif et enjoué. Ce fut en tout cas une belle soirée.

https://jetaime-music.bandcamp.com/

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Romain Podeur, The Mixtape, 19 novembre 2025.

Il y a une vie après Candide ! Après trois albums sous pseudonyme, le chanteur-guitariste poursuit son parcours musical sous son véritable patronyme et un premier album sous son nom. En attendant, c’est dans le cadre cosy de The Mixtape, à la fois disquaire et concept-store, niché dans le chouette et typique quartier de la butte Montmartre, que l’on découvre ses nouvelles compositions, jouées pour l’occasion en duo avec son fidèle guitariste Guillaume. Sans préjuger de la qualité de l’album (que nous n’avons pas encore écouté soyons honnête), il n’est, à première vue, pas évident de faire la distinction entre ce nouveau projet et le précédent. Le musicien possède une « patte » personnelle, signe de qualité, que l’on retrouve ici. A savoir ce mélange savant entre chanson d’extraction française (aux textes de qualité) et influences pop-rock d’obédience anglo-saxonne (l’Angleterre en particulier n’est jamais bien loin « Comme la Joconde » rappelle les Kinks, une descente similaire à « Sunny Afternoon » en intro). La formule live à deux guitares (une folk et une électrique, son clair) biaise un peu le regard. A n’en point douter, le disque est différent. Néanmoins c’est avec une belle énergie, et un enthousiasme qui fait plaisir à voir, que Romain défend son nouveau répertoire. Ce dernier attaque les cordes de sa guitare folk comme s’il se tenait devant un mur d’amplis saturés, et ses qualités vocales sont à l’avenant. C’était un chouette moment, un peu court, une grosse demi-heure, qui donne envie d’en écouter plus. Affaire à suivre…

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Roadrunners, La Maroquinerie, 16 novembre 2025.

Voilà un retour que l’on n’attendait plus ! Quelques trente années après leur séparation, les Havrais, dans la foulée de la réédition vinyle (déjà sold out) de « Sales Figures » (1995) l’ultime album de leur discographie, remontent sur scène, pour deux soirs dans une Maroquinerie, archi-complète depuis des mois. C’est dire si ils étaient attendus au tournant. Un défi remporté haut la main par Frandol et sa bande, qui nous ont livrés une prestation électrique, enthousiasmante et excitante au possible devant un public chaud bouillant. Il faut dire que le quintet n’a rien perdu de ses qualités : guitares rageuses (« Couteau Naïf »), batterie euphorisante et claviers pour un soupçon de groove garage rock bienvenu, tous les éléments sont en place pour mettre en valeur la voix de Frandol qui ne bouge pas en dépit des années. De la pop (« L.A. Party ») au garage sixties, la prestation du soir est une manière de revisiter l’histoire du rock d’ailleurs mais aussi de chez nous. C’est en effet une grande célébration du rock normand, dans la joie, la bonne humeur et l’électricité, grâce aux invités de la soirée : le claviériste Gene Clarksville (le co-fondateur des Roadrunners) parti ensuite rejoindre les Dogs ou Cyril Doche que l’on voit habituellement aux côtés des excellents François Premiers. Si l’on s’en tient au plan prévu, les choses devraient en rester là pour les Roadrunners. Mais ne perdons pas espoir, comme l’affirmait Frandol au terme de deux heures de show bouillantes : « Never say never ». Car il serait infiniment dommage de voir un groupe de ce niveau rester à l’arrêt. Depuis combien de temps n’étions pas sortis d’un concert aussi galvanisés ? En attendant, quel retour !

dimanche 16 novembre 2025

Gloria + The Big Idea, Petit Bain, 12 novembre 2025.

En pratiquement dix ans d’existence, Gloria entretient une aura mystérieuse qui entoure le groupe, un voile intriguant que son absence scénique ne fait qu’entretenir. Ainsi, la soirée se révèle d’importance, totalement absent lors de la sortie de son deuxième album, le groupe foulera ce soir une scène parisienne pour la première fois depuis 8 ans ! Et, pour l’auteur de ces lignes, il s’agît d’une première ! Très discrets, Gloria est pourtant l’une des plus fines lames psychédéliques de l’hexagone. Une formation atypique mené par trois chanteuses et passée de la psychédélie sixties bon teint à une forme musicale plus dark, mâtinée d’atmosphère orientale, entretenue au bouzouki turc utilisé avec parcimonie, mais à bon escient, sur scène. D’emblée la prestation se révèle envoûtante, les trois chanteuses, à l’unisson, pratiquent une chanson de geste sensuelle et hypnotique à l’avenant de la proposition musicale où se mêlent guitare wha-wha, basse sixties ronde, groove de la batterie et claviers lysergiques. Le spectateur est totalement emporté, un set de très haute tenue.

https://www.facebook.com/gloriagirlgroup


Changement de registre par la suite avec The Big Idea, en provenance de La Rochelle. Formation atypique, The Big Idea n’a jamais rien fait comme tout le monde. Leur premier album « La Passion du Crime 3 » (2017) était un coffret composé de 4 cds et, dans le même ordre d’idée, le groupe n’a pas hésité en 2021 à s’embarquer sur un voilier, Le Grand Vésigue, afin d’y enregistrer un album, en pleine mer ! Impossible pour eux de faire d’envisager la musique de manière habituelle. Ainsi donc le groupe se révèle libre, tout le monde chante et, mis à part le batteur qui reste à sa place du début à la fin, les six membres s’échangent les instruments : basse, claviers ou guitares. Des contours flous et flottants, à l’instar de leur proposition musicale déstabilisante, pour qui n’a pas l’habitude, passant du post rock à des envolées jazzy, trompette à l’appui. Et pourtant, le groupe se révèle tour à tour enjoué et festif, dans un déluge de décibels, voire même touchant lors du rappel.

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dimanche 2 novembre 2025

Dafné Kritharas : « Prayer and Sin »

 




Fruit d’une longue période de maturation, quatre longues années se sont écoulées depuis son dernier disque, ce troisième album voit la proposition musicale de la chanteuse considérablement évoluer. Après deux albums consacrés au répertoire traditionnel, la chanteuse ose, pour la première fois, dévoiler ses compositions personnelles, dont deux en français, renforçant ainsi l’aspect multi-culturel de sa musique, en accord avec son histoire personnelle écrite entre la France et la Grèce. La pochette montre également l’évolution de l’identité visuelle de son projet, plus sombre et agrémentée d’une typographie, une peu trompeuse, digne d’un groupe punk gothique. Rien de tel à l’écoute. Enfin presque. Car si la chanteuse, loin de hurler à la mort, continue de caresser délicatement l’oreille de sa voix douce, la musique semble plus sombre, légèrement teintée de rock et d’électro (« Kaigesai » ; « Xapa »), qu’elle amalgame délicatement avec ses habituelles sonorités grecques et orientales, qu’elle affectionne tout particulièrement. Passant d’une délicate caresse acoustique (« Prayer & Sin ») à une déflagration sonique (ou inversement) ce nouvel effort s’écoute comme on traverse les émotions, un voyage musical faisant fi des frontières, marqué par la joie et la peine. L’émotion à fleur de peau toujours mise en avant. On en ressort bouleversés.

En concert le 19 janvier 2026 au Théâtre du Châtelet

https://www.facebook.com/dafnekritharasofficial/







The Freaky Buds : « Western Smoke »

 


Les couleurs chatoyantes et le design 50s de la pochette ressemblent à une carte postale envoyée par le groupe nantais. De fait, plus qu’un deuxième album, ce nouvel effort des Freaky Buds s’écoute comme le résultat d’une aventure au long cours. C’est que nos gars ont vu les choses en grand ! Cette fameuse authenticité, le groupe l’a trouvé auprès de Kid Andersen au sein de son Greaseland Studio, qu’ils ont rejoint après un road-trip à travers la Californie. Un moment fondateur de leur inspiration. Le reste relève de la magie. A cette excellente collection de compostions, ancrées dans le blues et la tradition, Kid Andersen a su apporter un grain et une profondeur incroyables, une sorte d’abrasivité qui faisait tout le sel d’un RL Burnside par exemple. A la fois rugueux, hypnotique, et portant porté par le groove (« Nothing to lose »), ce nouvel album a vu les Freaky Buds viser en plein dans le mille. Placée en toute fin de programme « She’s nineteen years old », enregistrée en compagnie d’Alabama Mike, fait figure d’exception dans ce cocktail de guitares et d’harmonica en fusion, ce qui explique sa position en clôture d’album, comme une cerise placée en bonus au sommet d’un gâteau électrique. C’est une réussite complète.

https://www.thefreakybuds.com/

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samedi 1 novembre 2025

Miles Kane : « Sunlight in the shadows »

 


Ce sixième album du rocker britannique scelle sa rencontre avec Dan Auerbach, qui vient de le signer sur son label, rencontre qui pourrait s’avérer pour la suite du parcours du chanteur. En effet si le chanteur possède un talent inné, il s’est parfois perdu en cours de route signant des albums décevant. Rien de cela ici. Enfin dirigé correctement, Miles Kane propose un album compacte (37 minutes) cohérent de bout en bout au-dessus duquel plane le fantôme de T-Rex (« Electric Flower »). On y retrouve la patte d’Auerbach, qui a tant fait de merveilles auprès d’autres artistes, qui réussit à rendre hommage sans pour autant tomber dans le pastiche, accouchant de classiques immédiats. La recette fonctionne à merveille pour Miles Kane, qui de plus, a trouvé un soutien de poids en la personne du guitariste Barrie Cadogan (Little Barrie), ce virtuose méconnu, auteur de formidables saillies électriques, entre psychédélisme (« Always in over my head » ; « My Love ») et glam (irrésistible « Blue Skies »), rehaussée d’une pointe de groove tranquille bienvenu (« Without You »). Un album de très haute facture.

https://mileskane.com/





dimanche 26 octobre 2025

BB & The Bullets : « High Tide »

 


Ne jugez pas un livre à sa couverture dit l’adage populaire. Avec sa balle fièrement affichée, cet album semble promettre son lot de guitares saturées et de rock puissant à la fibre douteuse. Aussi, les futurs auditeurs de ce premier album du power trio néo-zélandais, ferait mieux de l’oublier cette fameuse pochette. En effet, si la promesse rock et rentre-dedans, affichée est tenue, c’est en partie seulement, en dépit d’un filiation esthétique avec ZZ TOP. Et c’est tant mieux ! Le trio vaut beaucoup mieux que ça ! En infusant une bonne dose de blues dans sa musique par le biais de reprises bien senties (« Born under a bad sign », « Walking the dog », « The Thrill is gone »), alternées avec des compositions personnelles, le trio dépasse très largement les promesses affichées faisant montre d’un instinct, d’un feeling, qui tempère les assauts électriques. Et c’est beaucoup mieux ainsi !

https://www.facebook.com/bbandthebullets/

https://rocknhall.bandcamp.com/album/bb-the-bullets-high-tide




vendredi 24 octobre 2025

Prima Kanta : « In a purple time »

 


Harpe électro-acoustique, clarinette ou saxophone, violon et piano : la composition de Prima Kanta est pour le moins étonnante, et ressemble plus à celle d’un ensemble de musique de chambre qu’à un groupe de jazz. Et pourtant ! Décidant de se passer de basse et de batterie, et donc de ce feeling « swing » propre au jazz, Prima Kanta s’ouvre à de nouveaux horizons. L’influence de la musique répétitive se fait sentir à l’écoute de ce nouvel effort qui laissera perplexe quiconque aime à ranger les musiciens dans des cases. C’est ainsi une succession de motifs lancinants qui composent ce deuxième album du groupe, à mi-chemin des courants avant-gardistes ou expérimentaux, sur lesquels les musiciens aiment à broder, empruntant des chemins de traverses, alternant entre hypnotisme, calme et exaltation à la recherche de cette « Sombre Lumière », pour citer l’une des plages les plus réussies, qui voit le groupe flirter avec la bande originale d’un thriller imaginaire. L’album pourrait être qualifié de « cinématographique » dans la mesure où c’est un véritable monde mis en musique, un univers parallèle qui s’ouvre à nos oreilles. Son écoute relève de l’exploration au long cours (eu égard à sa durée, une heure environ) où les trésors cachés, nichés dans mille et un détails, se révèlent au fur et à mesure des écoutes successives. Les surprises et la beauté vous attendent au détour de chaque note. Beau et surprenant.

https://www.facebook.com/primakantamusic





jeudi 23 octobre 2025

François Puyalto : « Malrevert »

 


Bassiste issu des milieux jazz et chanson, cofondateur avec Laure Slabiak (BlauBird) du projet Tyger Tyger centré sur la chanson baroque, François Puyalto donne à entendre, sur ce nouvel album, une nouvelle facette de son talent : celle de guitariste folk. Malrevert, donc, un endroit perdu, lieu-dit niché quelque part au sommet du plateau ardéchois, est le refuge de François Puyalto qui aime à s’y ressourcer, à l’abri du bruit, du fracas et de la folie qui agite ce bas monde. C’est également là où ce nouvel album a été imaginé voire rêvé tant le disque semble serein et apaisé. Car ce nouvel album voit le chanteur revenir à l’essentiel : de la guitare (folk, bien sûr), du banjo (un autre de ses instruments de prédilection), de la contrebasse et tout un tas de percussions bricolées (peaux de banjo frottées, cajon détourné, bois de contrebasse frappé : visiblement on s’amuse en enregistrant avec François!) Mais soucieux de la qualité musicale de son ouvrage final, François Puyalto compense l’aspect bricolo de son album par des arrangements particulièrement ouvragés, avec quatuor à cordes ou cuivres (assurés par Michel Schick), et une vaste palette de styles allant du blues (« Big Flaque ») au Brésil (« Où tu veux »). Mais aussi doux soit-il, cet album fini par être rattrapé, en fin d’album, par une forme d’engagement, engrangé par la colère sociale suggérée, telle une engeance inévitable (cf. « Lutte des Classes », « Everest »). Un entre-deux subtil dans lequel François Puyalto excelle.

En concert le 5 et 6 novembre au Théâtre de l’Ile Saint Louis

https://www.puyalto.fr/

https://www.facebook.com/francoispuyaltochansons/




mardi 21 octobre 2025

Romain Fitoussi : « Enpire (Spiritus Corpus) »

 


Romain Fitoussi est à la fois guitariste, bassiste et saxophoniste. Mais sur cet EP c’est surtout le compositeur que l’on écoute. Une petite explication s’impose. Au départ il était cette mélodie « Spiritus Corpus » assez entraînante, entêtante et enjouée. C’est ensuite que les choses se compliquent un tantinet. En effet, le compositeur s’est amusé à proposer plusieurs versions : une dépouillée au piano solo (interprétée par Marie Jouhaud), une autre interprétée par le quatuor à cordes, les Enfants d’Icare et une dernière semblable à l’originale (qui bizarrement apparaît en deuxième piste) mais agrémentée du chant de Simo Bouamar. En creux, la démarche souligne toute la versatilité de la composition qui passe, suivant les versions, du classique au jazz/funk. Etonnant.

https://www.romainfitoussi.com/




lundi 20 octobre 2025

Monkeys on Mars

 


Formation hybride fusionnant deux groupes, les Français de Mars Red Sky et les Suisses de Monkey 3, Monkeys on Mars s’imagine comme un super-groupe à la formation XXL comprenant (entre autres) deux batteurs et deux bassistes. Chacun de leur côté de la frontière, les deux groupes ont en commun de s’imposer comme des poids-lourds locaux dans un style similaire aux contours flous entre vol plané progressif et violentes déflagrations électriques. C’est dire si l’auditeur est prêt à en voir (et à en entendre) de toutes les couleurs sur ce premier EP collaboratif ! Deux titres seulement et 24 minutes de musique ! C’est ainsi, le septet aime prendre son temps, ses aises, pour instaurer un climat, souvent intranquille et mû par une tension quasi-permanente, faussement calme et régulièrement dynamité par des assauts réguliers des guitares et les coups de butoirs impressionnants des deux batteries conjuguées. Le lien entre le heavy metal et le rock progressif.

En concert le 20 mars à La Maroquinerie

https://monkeysonmars.bandcamp.com/album/monkeys-on-mars

https://mrsredsound.com/index.php/artist/monkeysonmars/

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dimanche 19 octobre 2025

Bertrand Louis, La Manufacture Chanson, 15 octobre 2025.

Depuis qu’il a « osé » consacrer un album à la poésie de Philippe Muray (un poète anarchiste de droite), Bertrand Louis incarne une voix unique dans la chanson française, celle d’un franc-tireur aux textes corrosifs, un hussard de la chanson jugé infréquentable par certains ce qui lui vaut encore aujourd’hui un statut à « demi-compatible » avec certains médias qui rechignent à chroniquer ses disques. Le chanteur semble s’amuser de ce statut de trouble-fête et ne fait rien pour arrondir les angles, n’ayant de cesse d’épingler les travers de l’époque (le téléphone portable, les réseaux sociaux etc.), avec des mots choisis et un sens de l’humour incomparable, tel un improbable trait d’union entre Serge Gainsbourg et Didier Super. « A part la droite, il n’y a rien que je méprise autant que la gauche » chante Bertrand, mettant en musique l’effacement des repères actuels et balayant d’un coup ses supposées affinités politiques. Seul sur la minuscule scène de La Manufacture Chanson, entouré de sa guitare, d’un piano et de quelques claviers, Bertrand égrène les titres de son nouvel album dans un registre électro-pop, compensant l’absence de musiciens additionnels avec une énergie incomparable, incarnant, au sens premier du terme, tel un comédien, les personnages de ses chansons. « Un jour je serais lassé d’ironiser sur ce monde de merde » avoue le chanteur. De fait, c’est lorsqu’il se retrouve seul au piano avec pour compagnon la poésie de Baudelaire ou de Verlaine, que le chanteur émeut le plus. Musicien remarquable, pouvant passer de la tendresse à des éclairs aussi violents que la foudre, Bertrand Louis possède également les atouts pour s’imposer dans ce registre intimiste.

Dafné Kritharas, Festival de Marne, Théâtre Romain Rolland, Villejuif, 10 octobre 2025.

Artiste fascinante s’il en est, Dafné Kritharas, née d’un père grec et d’une mère française, fait de sa musique un voyage tenant à la fois de l’introspection familiale (le chant en grec à la recherche d’un père trop tôt disparu) que du pont tendu entre les cultures. Si la chose émeut sur disque (elle a déjà sorti 3 albums) c’est sur scène que la musique de Dafné prend réellement à la gorge. Chanteuse remarquable aux impressionnantes capacités vocales, c’est sur scène, pieds nus, que Dafné irradie, au milieu de ses musiciens. Elle virevolte, tournoie et danse, solaire bien que toute de noir vêtue. Et si ses chansons évoquent des destins tragiques, c’est pour mieux rayonner par la suite, comme une lueur d’espoir, la proverbiale lumière au bout du tunnel. L’espoir c’est bien là le maître mot, que la chanteuse trouve dans des mélodies ensoleillées, chaudes et rougeoyantes comme le soleil se couchant sur la mer Egée. Contrebasse (Pierre-Antoine Despatures) et batterie (Milàn Tabak) offrent une assise rythmique remarquable, parfois rehaussée de percussions orientales et empruntes de swing jazz. Au piano, Camille El Bacha révèle une personnalité musicale aventureuse, ses doigts défilent sur le clavier avec émotivité entre classicisme et électro. Enfin, derrière sa Stratocaster rose, le guitariste Louis Desseigne est la dernière pièce du puzzle et peut-être bien la plus versatile. Sa guitare se faufile dans l’improbable espace qui sépare les gammes arabisantes des (rares) éclairs rock. Prise dans sa globalité la formation dégage une force impressionnante qui semble faire vaciller la chanteuse. Dans le feu de l’action cette dernière dégage un charisme fou et paraît comme emportée par la musique, tourneboulée, parsemant son chant de cris d’encouragement vers les musiciens comme vers le public. Elle est tout aussi remarquable dans un registre plus dépouillé, piano/voix, intime et émouvant, en grec ou en français. Le concert se vit comme une grande fête, une bacchanale où le public est invité à danser sur scène lors du dernier rappel, dans la joie et la liesse. La musique, c’est la vie semble nous dire la chanteuse.

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Robert Finley, La Cigale, 9 octobre 2025.

En à peine dix ans de carrière, Robert Finley, s’est imposé comme un acteur majeur de la scène blues actuelle. Il faut dire qu’avec 71 printemps au compteur, l’homme n’a plus guère de temps à perdre. Les albums s’enchaînent avec une régularité métronomique que le chanteur semble prêt à défendre sur scène coûte que coûte pendant le temps qu’il lui est imparti. Ainsi donc ce soir, c’est la scène de La Cigale, quasiment complète, qu’il investit en compagnie d’un groupe remarquable de cohésion. Guitare, basse, batterie, claviers, affichant des looks de cow-boys, ainsi que sa fille, la chanteuse Christy Johnson. Comme le veut la coutume bien rodée dans ce genre de concert soul et blues, c’est au groupe seul qu’il appartient de chauffer la salle avant l’entrée en scène, triomphale, du chanteur. Et on chavire sous le groove dès les premières secondes sous les roucoulades soulful de l’orgue. C’est parti pour une heure et demie de régalade entre blues, soul et gospel. Les contre-chant poignants de sa fille Christy Johnson font basculer le concert dans la ferveur du gospel alors que le groupe pratique un groove expert et fort en bouche grâce aux interventions sublimes de la guitare et des claviers le long de soli inspirés. Sous son chapeau de cow-boy, Robert Finley n’est pas en reste, sa voix rocailleuse est à elle seule une voyage dans sa Louisiane natale, et il imprègne le concert affichant et la sagesse du vétéran (ses interventions parlées sont justes et émouvantes) et la jeunesse de ses 71 ans sautant à tout va dans une débauche d’énergie salvatrice. C’est beau et émouvant, profitons-en au maximum tant qu’il est là.

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dimanche 12 octobre 2025

L’Ambulancier, CSC Réberioux, Créteil, 4 octobre 2025.

Dès les premières secondes, Palem, a.k.a l’Ambulancier, annonce la couleur : « On va vous emmener en voyage dans une ville en Amérique, bienvenue à Manhattan ». De fait L’Ambulancier, déjà auteur d’un album d’un EP, tout deux très réussis, s’impose comme un projet entre-deux. Entre deux courants musicaux tout d’abord où cohabitent des guitares grunge héritées des années 90 et une batterie électronique, ainsi que des claviers, évoquant plutôt la synthwave de la décennie précédente, celle des années 1980. Une somme d’influences sommes toutes très anglo-saxonnes, entre les deux rives de l’Atlantique, mais, là encore, compensées par des paroles en français évoquant une ambiance urbaine et nocturne à bord d’une ambulance sillonnant à toute blinde les rues d’une mégalopole imaginaire : le french Manhattan. Une atmosphère survoltée donc parfaitement rendue par des musiciens très efficaces et qui se donnent à fond. Palem, le chanteur n’est pas le dernier à donner de sa personne, éructant et sautant dans tous les sens arpentant la scène de long en large. Carré et efficace, le groupe nous fait passer un excellent moment, s’essayant même à un moment donné au flow hip-hop avec une maîtrise aléatoire. Il s’agît là du seul (léger) bémol à une prestation par ailleurs excellente de bout en bout.

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samedi 4 octobre 2025

Tyger Tyger, Théâtre de l’Île Saint-Louis, 3 octobre 2025.

Après une année d’absence, Tyger Tyger, le projet baroque réunissant Laure Slabiak (BlauBird) et François Puyalto, fait son retour sur scène, dans le magnifique écrin du théâtre de l’Île Saint-Louis renaissant, nichée sur les bords de la Seine. Avec ses poutres apparentes en bois ancien au plafond et sa jauge intime dépassant à peine la cinquantaine de spectateurs, le Théâtre de l’Île Saint-Louis est le parfait écrin pour le spectacle du soir qui se vit comme un véritable voyage dans le temps. Les murs, rouges, anciens, du théâtre respirent le passé, le vécu, et vibrent à l’unisson du répertoire du duo reprenant des airs allant du 16ème (« L’ombre de mon amant ») au 20ème siècle (Barbara, Bashung, Gainsbourg et même Johnny Hallyday, si si!) Avec la grâce qui habite le moindre de ses mouvements et la distinction qui la caractérise, BlauBird est parfaite dans l’exercice. Ses capacités vocales, formée à l’école de l’art lyrique, lui permettent de renouer avec un contexte classique tout en s’en éloignant, et collent parfaitement au répertoire même lorsque ce dernier traverse la Manche (« Tyger Tyger » le poème de William Blake qui donne son nom au projet ou « Cold and Raw », une chanson traditionnelle anglaise du 16ème). Non seulement le chant de BlauBird est émouvant (une habitude) mais cette dernière est également drôle dans ce contexte particulier. Le spectacle n’est pas un simple concert mais est mis en scène, alternant chansons, textes parlés et mini sketches qui en disent long de la complicité musicale unissant ces deux-là. Car le spectacle ne serait pas une telle réussite sans l’apport fondamental de François Puyalto. Sa basse acoustique apporte une coloration folk à l’ensemble (il joue d’ordinaire en électrique) et son jeu formé au jazz, explore des gammes inédites d’une extrémité à l’autre du manche et se lance dans des embardées sauvages, empreintes de swing, slappées, jouées en accords ou en arpèges. Sa voix éraillée incarne également le parfait contrepoint du timbre raffiné de BlauBird. Enfin, la paire a assuré le représentation du soir sans la moindre amplification, point de micro ni d’ampli (la jauge réduite du lieu s’y prête particulièrement bien), et la performance à elle seule mérite d’être saluée. La musique du duo emporte l’auditeur et évoque la classe, la distinction et l’élégance d’une époque révolue.

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vendredi 3 octobre 2025

Bertrand Louis : « Stéréotype(s) »

 


Après avoir mis en musique la poésie, au fil d’albums consacrés à Baudelaire, Verlaine ou Muray, Bertrand Louis s’est décidé à observer le monde, son évolution et les travers y afférent (réseaux sociaux, écriture inclusive, militantisme écologique etc...) Après une période de réflexion l’artiste a enregistré ce nouvel album, seul, avec pour seuls compagnons ses claviers, sa guitare et diverses programmations. Bertrand s’est également amusé avec l’intelligence artificielle, pour générer d’improbables voix robotiques qui parsèment l’album d’injonctions comminatoires. Aussi improbable que cela puisse paraître le résultat est très réussi et fait basculer l’album dans une autre dimension, une terra incognita musicale, brossant un portrait acide et peu reluisant de l’époque. Il se dégage de ces chansons une ironie mordante, comme un portrait en creux épinglant l’idiotie et la bêtise actuelle en utilisant les mêmes termes que ces dernières ("Phobe"). C’est au travers de cet immense miroir déformant que Bertrand Louis observe le monde au point de flirter avec des imprécations orwelliennes (l’expression « Police de la pensée » est citée dans la mordante « Tavuskiladi ! »). On trouve dans cette dérision une forme de réconfort. Grinçant mais surtout drôle.

En concert le 15/10 à la Manufacture Chanson.

http://www.bertrandlouis.com/






jeudi 2 octobre 2025

The Delines + Johnny Irion, Supersonic Records, 30 septembre 2025.

C’est un magnifique plateau americana qui a été réuni en ce mardi soir sur la petite scène du Supersonic Records. On débute avec le méconnu (dans nos contrées) Johnny Irion qui, au vu de sa sublime prestation du soir, a tout pour devenir l’héritier le plus crédible de Neil Young. En effet Johnny possède un grain de voix de tête aussi léger que celui de son modèle et alterne, comme lui, titres poignants acoustiques et assauts rock brutaux avec un égal bonheur. Du country folk au rock massif chargé en décibels, tout lui réussit pratiquant le grand écart musical avec autant de brio qu’un Jean-Claude Van Damme. C’est enivrant ! Superbe découverte pour la majorité du public, une poignée d’initiés se souviendront qu’il avait déjà arpenté les scènes de la capitale, au sein de son groupe Dillon Fence, en 1995 en première partie des Black Crowes.

https://www.facebook.com/johnnyirionmusic

Scandaleusement méconnus également, The Delines, est de retour après un premier passage dans la capitale en 2022. Mettant à profit un line-up relativement atypique, incluant claviers et trompette, pour ce genre de musique racinienne, The Delines offre un regard particulier sur la musique étasuniennes. Empreinte d’envolées jazzy (cf. la trompette) et instaurant un climat apaisant grâce aux nappes synthétiques, la musique des Delines se veut contemplative et autant planante qu’évocatrice des grands espaces d’outre-Atlantique. Ainsi, le quintet pratique un swing ouaté, tout en délicatesse, porté par la magnifique voix de sa chanteuse. Guitare et claviers se partagent la part du lion pour un rendu apaisant et impeccable de bout en bout.

https://www.facebook.com/thedelines


Robert Finley : « Hallelujah ! Don’t Let The Devil Fool Ya »

 


Mû par un désir irrépressible de rattraper le temps perdu, après des années à végéter, Robert Finley, 71 ans, ne s’arrête plus ! Un album tous les deux ans, environ, depuis sa rencontre avec son producteur fétiche, Dan Auerbach : son cinquième effort sort ces jours-ci. Quel destin extraordinaire que celui de Robert Finley, consacré sur le tard ! Ce nouvel album ne déroge pas à la règle, il est excellent ! Accompagné par sa chanteuse de fille, Christy Johnson, auteure par ailleurs de contre-chant poignants, Finley livre un album habité par le blues, le gospel et la soul. Seulement huit titres au programme, mais quels titres ! Dépassant les sept minutes, les compositions propagent une fièvre contagieuse, habitées par la foi, hypnotiques et entêtantes. Ce qui n’empêche pas ces nouvelles chansons de pousser les aiguilles dans le rouge à l’occasion (« Holy Ghost Party »), portées par ce son caractéristique concocté par Auerbach et mettant magnifiquement en valeur le grain de voix, cassé et respirant le vécu, de Robert Finley. Une fois encore, le résultat est irrésistible.

Sortie le 10 octobre.

En concert le 9 octobre à La Cigale.

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