samedi 16 avril 2022

Mélodies pour Gainsbourg, La Dame de Canton, 14 avril 2022.


Daniel et Gilbert, les deux organisateurs des agapes du soir, nous avaient prévenus en ouverture de la soirée en envisageant cette dernière comme un voyage au cœur du corpus Gainsbourgien. Le lieu s’y prête particulièrement, une jonque sur le Seine, un écrin boisé, patiné par le temps et exotique. Ne manque plus que Corto Maltese fixant l’horizon de son regard sombre et on s’y croirait. Ils sont donc quatorze, issus de la scène indé parisienne, à se succéder, une reprise après l’autre. Un programme chargé mais harmonieux en dépit des incessants changements de plateau et autant de scènes cocasses. On commence avec Gilbert reprenant « Ford Mustang » accompagné de S.am (le nouveau nom de scène de Sarah Amsellem), laquelle se glisse à la perfection dans le rôle de Brigitte Bardot. Une mise en jambe avant les choses sérieuses quand la guitariste Lisa Portelli rejoint S.am. Une configuration guitare/voix assez inédite pour la chanteuse (qui a plutôt l’habitude de s’accompagner au piano ou au ukulélé). Se glissant avec malice dans les interstices laissés vacant l’une ou l’autre, la performance est riche d’enseignement. Se concentrant sur le chant, sans se polluer l’esprit à devoir jouer d’un instrument, S.am déclenche des torrents d’émotion. Un moment de grâce suspendu, sous le soleil exactement, dans les reflets mordorés du jour finissant, le soleil se couchant sur la Seine, magique ! On retiendra de cette soirée, le charme de Pauline Drand (« La Chanson de Prévert » qui sera reprise une deuxième fois en compagnie du chanteur de Collateral), la fureur fuzz psychédélique de la Bestyons (Olivier Azzano et Armelle Yons qui a ressorti sa flûte traversière pour la première fois depuis 20 ans) dont les éclairs électrise « L’homme à tête de chou » entrecoupé d’un petit bout de « Je suis venu te dire que je m’en vais » ou la basse de François Puyalto, la longue dérive psyché de « Variation sur Marilou ». En reprenant « Sorry Angel », Guilhem Valayé étonne (il sera d’ailleurs le seul à aller piocher dans cette période honnie, les années 1980, musicalement médiocre, ou en Gainsbarre, Gainsbourg n’était plus que l’ombre du lui-même). Et pourtant, seul à la guitare, tirant la substantifique moelle de la chanson, Guilhem en soustrait une beauté absente de l’originale. Grand moment ! S’il était un animal, le duo Pur-Sang serait incontestablement un Crazy Horse filant à travers les plaines, en direction de la ville fantasmée « New York USA », le temps d’une cavalcade folk rock échevelée. Le public est emballé. Pour être tout à fait exhaustif, Robi et Lembe Lokk ont complété la soirée avec charme et beaucoup d’humour pour la seconde nommée. Enfin, tout ce beau petit monde s’est retrouvé pour le grand final « La javanaise » reprise en cœur par le public refusant de quitter le navire, dans un grand moment d’émotion partagée.

vendredi 15 avril 2022

Natalia M. King + Roxane Arnal, New Morning, 13 avril 2022.



En première partie on retrouve la jeune Roxane Arnal, que l’on avait connu au sein du duo Beauty and The Beast, qui défend vaillamment son projet solo en dépit de vents contraires, problème de micro, guitare quasi-muette, mais la guitariste garde le sourire en toute circonstance, simplement contente d’être sur scène. Envolées classiques du piano, contraste entre batterie plutôt swing jazz et groove funk de la guitare, le premier album solo de la chanteuse, annoncé sur le label Dixiefrog, dont plusieurs extraits on été dévoilés, s’annonce plutôt bien !

En arrivant sur scène, Natalia M. King, nous promettait « de l’amour, des voyages et du blues » ! Le contrat est amplement rempli ! Le rendu live se caractérise par une élégance de tous les instants. La contrebasse en impose, le batteur pratique le geste avec une précision clinique tout faisant montre d’un feeling de tous les instants. Le piano aux accents classiques s’envole, par contraste, l’orgue injecte une dose de groove acide bienvenu. Enfin, ils sont deux à se partager les guitares, dont Natalia, également très à l’aise en français. Le blues, mâtinée de swing jazz, est classieux, élégant, et est incarné à la perfection par la voix rauque de Natalia. Un superbe moment !

mardi 12 avril 2022

The Dead South, La Cigale, 11/04/2022.


C’est une vision assez incroyable qui nous accueille, celle d’une salle de La Cigale (toujours aussi belle deux après notre dernière visite la faute à qui vous savez) archi-pleine pour un concert de bluegrass ! Improbable, un public français, suffisamment béotien pour hurler de ridicules « yee-haw » à chaque fois qu’un banjo pointe le bout de son manche (soyons honnêtes, cela ne sera heureusement pas le cas ce soir), se rassemble en masse pour un concert de cet idiome si américain et si éloigné de notre culture, dans le fond c’est assez réconfortant. Les Canadiens de The Dead South, donc, se présente à quatre, uniquement équipés d’instruments à cordes comme le veut la tradition. La petite originalité se présente sous la forme d’un violoncelle, tenu en bandoulière comme s’il s’agissait d’une guitare, qui présente l’avantage, « deux en un », de remplacer et la contrebasse et le violon. Banjo, mandoline, guitare, ainsi qu’une grosse caisse complète le dispositif. Les musiciens sont alignés sur le devant de la scène, un micro chacun, et de grandes lampes, figurant d’anciennes lampes à pétrole du far-west, se tiennent sur le bord de la scène derrière les fameuses lampes. Dans le mur du fond, quatre toiles en forme de vitraux ajoutent une note gothique. Enfin, le tout est surplombé par le logo du groupe. La prestation révèle une dichotomie entre l’approche classique du bluegrass (une surprise tant le groupe casse les codes sur disque) et un éclairage high-tech nappant la salle de lumières sophistiquées rouge ou verte. Rapidement le groupe emballe le public sur un rythme infernal, les intros sont plutôt calmes avant que la cavalcade se déchaîne assez rapidement. Les quatre musiciens chantent, des voix de gorges plutôt rocailleuses. Une sorte de fièvre s’empare du lieu au fur et à mesure que la soirée avance, les musiciens martèlent le sol de coup de pieds, toujours en rythme à qui mieux-mieux, épris d’ivresse musicale, frappent les cordes avec intensité. Les passages calmes, violoncelle à l’archet alternent avec la transe, ce fût une magnifique soirée !

samedi 9 avril 2022

Pur-Sang : "Darling"

 


"Tu pars sans un mot, voir si le monde est beau", quel programme promis par le duo ! Le monde est-il beau ? Vaste interrogation à laquelle il est difficile de répondre mais, néanmoins, une chose est certaine, une chanson aussi belle aide à le rendre moins moche. Attention les Darlings, le premier album de Pur-Sang sort le 13 mai.


Roméo Blanc + Emma Sand + A Forest Man & The Elements, La Dame de Canton, 7 avril 2022.

C’est seul, chapeau sur la tête et guitare acoustique en mains que se présente Roméo Blanc à qui il revient d’ouvrir les agapes indés organisées sur la jonque. Mélangeant anglais et français, la musique de Roméo se caractérise par une grande douceur, dans les arpèges délicats, également incarnée par son chant mélodieux. Inspirée par ses voyages en Mongolie ou en Nouvelle-Zélande, la musique de Roméo rêveuse, baladeuse et poétique, rêve des grands espaces et ce même lorsqu’il chante des chansons composées pendant le confinement. Une belle découverte.

https://romeoblanc.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/romeoblancmusic/


Sur un mode plus électrique, la musique du quatuor Emma Sand Group, s’inscrit dans une veine bien particulière, à la fois folk et cinématographique, les arpèges s’échappant de la guitare d’Emma font voler la poussière, on se croirait dans un western de Sergio Leone, mais rappelle plus sûrement le très bel album sorti par Valparaiso, il y a quelques années. Mais sous la surface se cache également un groupe de rock redoutable, mené par la guitare machiavélique de Frank, expert en déconstruction sonique et rythmique, grâce à une attaque sèche des six cordes (la section rythmique est à l’avenant). Ne renâclant pas non plus devant les expérimentations tortueuses, le groupe possède une qualité rare, celle de savoir se jouer du silence, qui apporte beaucoup de relief à la musique.

https://emmasand.bandcamp.com/

https://fr-fr.facebook.com/EmmaSandBand/


On termine enfin avec A Forest Man & The Elements, projet qui a bien évolué depuis les premiers morceaux folk solo sortis sur la toile pour devenir un véritable groupe aux contours fuyants. Axé sur les guitares, la musique du groupe laisse autant la place aux nappes synthétiques qu’aux cavalcades échevelées de la guitare solo. De tous les éléments en question, celui du groupe est sans conteste l’eau (ça tombe bien on est posés sur la Seine) tant le groupe navigue en eaux troubles entre rock progressif et psychédélique, on note également une pointe de cold wave lorsque les synthés sont à la manœuvre. Hélas, le dernier morceau (une odyssée d’un quart d’heure) sera amputé de cinq minutes afin de respecter les horaires, générant une fin un peu abrupte. Belle découverte néanmoins dont on attend la première sortie discographique.

https://www.facebook.com/aforestmanandtheelements/




mercredi 6 avril 2022

Oslo Tropique

 


Sorti l’an dernier, le premier d’Oslo Tropique, parce que c’est le jour où les palmiers pousseront à Oslo que l’on comprendra que nous sommes dans la merde, impose d’emblée sa patte sur le rock français. Un alliage subtil dont la puissance percussive prend d’emblée à la gorge (cf. « Les Grands Palaces » ; « Un pavé dans l’écran ») où basse, batterie et guitares martèlent le cerveau. Mais pas dénué d’aspirations mélodiques pour autant (« L’amour et ses fantômes ») renforcé par le chant, en français soulignons-le, mélodique, clair et sensible, qui apporte contraste et distanciation par rapport aux assauts soniques, expérimentations (« Aquarium ») et autres tentations bruitistes auxquelles cède le groupe. De bon augure avant le premier album dont la sortie est prévue pour le 20 mai prochain. On en reparlera à coup sûr !

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lundi 4 avril 2022

The Dead South : « Easy Listening for Jerks – Part 1 & 2 »





Signe des temps, c’est en privilégiant un format court actuellement en vogue, l’EP, que les Canadiens ont décidé de commercialiser leur nouvel effort. Ce dernier se compose de deux disques, une partie 1 et une partie 2, contenant respectivement, 6 et 7 chansons, soit 13 compositions au total, le compte est bon, nous avons bel et bien un nouvel album entre les mains ! Point d’erreur possible, la chose a beau s’appeler « Easy Listening », nous sommes éloignés au possible de la variété 60s/70s. The Dead South reste fidèle à son idiome fétiche, le bluegrass (pour rappel, la country des collines jouée exclusivement sur des instruments à cordes, sans batterie ni harmonica par exemple). Un genre codifié à l’extrême, très ancré dans la ruralité étasunienne, à laquelle le groupe canadien est étranger (bien que proche géographiquement) et qu’ils ont, jusqu’ici, adapté à leur goût en le teintant de rock’n’roll. Ainsi, le premier disque, concentré sur les reprises de classiques du genre, offre une surprise de taille en respectant à la lettre la tradition. Banjo, contrebasse, mandoline, guitare acoustique et violons sont de sortie pour une virée de haute volée, voire une cavalcade vu le tempo rapide imposé, dans les grands espaces. C’est à la fois aéré, la musique respire le vent des collines, et dépaysant, tant la musique est propre à nourrir les rêves de voyages. Le deuxième EP, est en revanche beaucoup plus proche du son typique des Dead South, plus rock’n’roll, le battement rythmique est plus lourd, l’attaque franche des cordes rapproche le quatuor de la scène punk (« Chop Suey »). Le choix des reprises est à l’avenant, concentré sur des titres pop/rock, la plus marquante du lot reste « People are Strange » (The Doors). Les deux EP sont complémentaires et s’emboîtent naturellement l’un dans l’autre. L’ensemble offre une vue panoramique du talent du groupe canadien.

En concert le 11 avril à Paris (La Cigale)

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dimanche 3 avril 2022

Celestial Burst : « The Maze »

 


Fruit d’une longue période de maturation, ce premier (et pour l’instant unique) EP du duo est sorti en 2020, soit huit années après la formation du groupe. Le disque s’appelle « The Maze », le labyrinthe ou le dédale en français, et cela sied à merveille à leur approche musicale. D’abord parce que les six titres qui le compose, s’étalent tous entre cinq et huit minutes (à telle enseigne que ledit EP peut-être considéré comme un album à part entière). C’est un fait, Alexis (guitare) et Kenza (chant) aiment les titres longs, les productions soignées, les ambiances éthérées, les arpèges délicats desquels ressort un étrange mysticisme, et sur lesquelles s’envole la voix aérienne et mélodique de la chanteuse Kenza Laala. Mais parce qu’il a été biberonné au métal Alexis Lustenberger ne rechigne pas sur les attaques franches de guitares, qui apparaissent comme autant de traits saillants, en contrepoint du chant, et soulignant le climat progressif recherché par le groupe. Rien de fondamentalement métallique, pas plus d’écoute en forme de grand huit où l’auditeur passe par toutes les couleurs (enfin presque cf. « First Flight » !), mais un ensemble cohérent où la saturation s’invite de manière harmonieuse et où les décibels sont savamment contrôlés (cf. « The Maze », la deuxième piste). Tout un univers, entre apaisement (« Obédience » ; « Anna ») et angoisse sourde aux relents psychédéliques (« First Flight ») qui n’est pas sans rappeler les Hollandais de The Gathering, et cela tombe bien, leur ex-chanteuse, la sublime Anneke Van Giersbergen, est invitée sur le dernier titre. Un dernier mot enfin pour souligner la sublime pochette, signée de l’artiste Sarah Benkirane, et qui justifie l’achat d’un disque physique.

https://celestialburst.com/

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samedi 2 avril 2022

Dirty Sound Magnet : « DSM III »

 


Attention, le redoutable trio suisse, qui nous avait déjà impressionné au temps de son précédent album, est de retour et cela risque de faire du bruit, au sens premier du terme, tant le groupe a décidé de lâcher les décibels sur ce nouvel effort ! Ainsi, DSM s’inscrit dans une veine particulière du psychédélisme, à base de guitares survoltées, une variante particulièrement heavy du rock garage. Mais ce n’est pas tout, privilégiant les formats longs, le trio atteint une sorte de transe hypnotique, qui en fait voir de toutes les couleurs à l’auditeur. Car même dans les moments supposément calmes, le groupe ne peut décemment pas être à fond du début à la fin (cf. « Meet the Shaman »), les musiciens maintiennent une sorte de pression permanente particulièrement sensible dans le traitement des batteries. Un battement sourd omniprésent qui maintient la tension. Pour le reste, on assiste là à une explosion dans tous les sens, de décibels, des guitares et des batteries, mais aussi de créativité, les groupe exploitant dans les moindres recoins toutes les possibilités offertes par ces compositions au long cours (seulement huit titres composent ce nouveau disque). Un sacré trip en perspective.

En concert le 6 avril à Paris (Supersonic)

http://dirtysoundmagnet.com/

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vendredi 1 avril 2022

Junkyard Crew : « Life Slides »

 


Et si le cœur de Junkyard Crew était créole ? Car, finalement, à bien écouter, on réalise rapidement que la créolité habite la musique du groupe (« Piti Filé Gumbo ») aussi bien dans le redoutable battement de section rythmique, mélangeant batterie (Antonin Leymarie) et percussions, assurées par le Réunionnais David Doris, que dans le sousaphone, un instrument emblématique de la Nouvelle-Orléans, joué par Jean Crozat. C’est ainsi une véritable ferveur qui anime la formation (« Death Comes Creeping » ; « La Facture » ) proche de la transe hypnotique. C’est un fait, la soul et le funk ne sont jamais vraiment éloignés des préoccupations du groupe, influences habilement mêlées au blues, par la grâce des guitares et cigar box slidées au bottleneck ("That Grin Of Yours"), le tout dans une ambiance poisseuse à souhait (« The Wrong Thing ») évoquant une virée dans les marais. Enfin, en la personne de Manouche Fournier (également guitariste), le groupe tient une voix polyvalente, aussi à l’aise dans le chant que dans le flow hip hop qui habille certaines compositions (l’euphorisante « Watcha Gonna Do »). Dépaysant !

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jeudi 31 mars 2022

JACOB : « Metamorphosis »

 


Un harmonica croise le battement lourd et ténébreux de la batterie, rien d’anormal vous venez de pénétrer dans l’univers baroque de Jacob (a.k.a Jaypee & The Cannibal Orgasmic Band) ! Autrefois artiste solo, Jaypee-Jaypar a décidé de transformer son projet en formant un véritable groupe. Une sacrée bande de cintrés aux contours fuyants où la voix caverneuse, intrinsèquement métallique, du chanteur fait le grand écart entre le blues et le heavy métal, de quoi faire bondir les puristes d’une esthétique comme de l’autre (cf. « Son of bitch » qui lâche les décibels après une intro acoustique) ! Sans oublier de mentionner que le folk fait aussi partie des préoccupations principales du groupe, qui compte une violoncelliste dans ses rangs, flirtant avec la country (la très réussie « The Loser Song ») tout en faisant preuve de délicatesse (« Lonesome Bastard » ; « Rain » ; "In my Realm"). Comme quoi, en dépit de l’univers très sombre du projet (cf. la pochette) derrière la voix de gorge et le chant râpeux, se cache un cœur qui bât au rythme de la musique. Tant de diversité aurait pu finir par poser un problème de cohérence mais il n’en est finalement rien, le groupe trouvant dans chaque chanson le petit dénominateur commun qui finit par rendre l’ensemble cohérent. Peut-être en décidant, avec ou sans saturation du son, que le mieux était de tout jouer avec la même énergie, amplis crachant les décibels sous la main ou non. Surprenant et réussi.

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lundi 28 mars 2022

Jesper Lindell : « Twilights »

 


Un grain de voix suintant le vécu, légèrement éraillé d’une petite cassure soul, au fond de la gorge, des cordes de guitare folk arpégées avec délicatesse, un groove lent et alangui de la batterie, il y a des signes qui ne trompent pas. Ainsi, ce nouvel album du songwriter s’impose comme une évidence, venue, surprise, de Suède, mais que l’on jurerait sortie du studio de feu Levon Helm à Woodstock (bon on y presque, Amy la fille du regretté batteur du Band chante sur le disque). Jesper Lindell donc s’inscrit dans un croisement très précis, là où le folk rencontre la soul, le tout surmonté de légères touches country, autant d’inspirations bien éloignées de sa terre natale, mais qu’il a su s’approprier avec talent et feeling. Après avoir passé une partie de la pandémie à l’hôpital, pour un problème de santé étranger au Covid, et l’autre partie dans son studio entouré de son groupe, Jesper est simplement content d’être là, de jouer et de chanter. Et cela s’entend ! Une joie de jouer qui irradie d’un bout à l’autre de l’album, sensible dans les grandes rasades chaudes de l’orgue (« Dance » en duo avec Theo Lawrence) et terriblement évocatrice des grands espaces et des herbes folles se balançant au gré du vent dans le soleil couchant. Car il n’est finalement question que de cela, d’un disque proche de la nature et à écouter au bord d’un feu de camp, tel que celui figuré sur la pochette.

En showcase (gratuit) le 29/03 au Walrus (19h)

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jeudi 24 mars 2022

Delvon Lamarr Organ Trio : « Cold as Weiss »

 


Un an après son éclosion internationale, le trio est déjà de retour, avec un nouveau batteur, Daniel Weiss et c’est une excellente nouvelle ! Troisième album studio (le quatrième en tout) pour le groupe et le signe que l’inspiration, ainsi que l’excellence du geste musical qui les anime, ne se tarit pas le moins du monde. En résumé, ce nouvel effort, est la suite exacte du précédent, sans la moindre révolution et les ingrédients utilisés sont toujours les mêmes, guitare, batterie et orgue, exclusivement instrumental, mais qu’importe puisque la qualité est au rendez-vous et la formule fonctionne ! En effet, insérer le disque dans le lecteur, c’est la promesse d’un excellent moment, porté par la douce euphorie, et le groove irrésistible, de la musique. « Feel good music » appelle-t-on la chose, tenez-vous le pour dit ! Situé à la lisière du funk, du blues, du jazz et de la soul, le Delvon Lamarr Organ Trio, propage ses bonnes ondes dans un style intemporel, ou subsiste une pointe d’acidité psychédélique à la Jimi Hendrix (cf. « Big TT’s Blues »). Et puisque la bonne nouvelle n’arrive pas seule, le trio débarque enfin sur scène chez nous dès le mois d’avril, grand moment en perspective !

En concert le 6 mai à Paris (New Morning)

https://delvonlamarrorgantrio.com/

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mercredi 23 mars 2022

Fred Chapellier : « Straight to the point »

 


Après deux années de pandémie, et d’incertitudes liées, Fred Chapellier, qui avait pourtant émis le souhait d’arrêter sa carrière sous son nom propre, remet la main dans le pot en allant droit à l’essentiel, « Straight to the point » ; «Si ça doit être mon dernier album, je ne veux rien y mettre d’inutile » abonde-t-il, droit au but, donc. Derrière sa facture simple et classique, point de superflu, tel est le mot d’ordre, ce nouvel album est un petit chef d’œuvre en forme de quintessence de tout ce qui fait l’art du guitariste / chanteur. Point de superflu, ne signifie en rien un album ascétique et décharné. Bien au contraire, accompagné de ses acolytes habituels, Billy Brice, Neel Black ou Alain « Footballer » Rivet, Chapellier met le cap vers la note bleue, mettant l’accent sur l’émotion avant tout le long d’un album blues, certes, mais aux effluves variées allant de la soul au R&B. Les arrangements de cuivres caressent l’oreille, la voix de Fred regorge d’émotions et le musicien surprend même en reprenant Gladys Sunlight & The Bips (« I’ve got to use my imagination »). A noter enfin deux instrumentaux, « Juliette » et « Racing with the cops », prouvant que le musicien en a suffisamment sous le manche (Dutronc ne s’y est pas trompé) pour poser un climat, une ambiance, sans le moindre mot. Superbe, comme d’habitude !

En concert (avec Grant Haua en première partie!) à Paris (New Morning) le 23/03

https://www.fredchapellier.fr/

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dimanche 20 mars 2022

Trank : « The Ropes – Monolith Edition »

 


Le quatuor français donne une seconde vie à son premier album « The Ropes » avec cette édition « monolithique », sous la forme d’un luxueux digipack agrémenté d’un deuxième disque. Mais, commençons par le début, soit le premier album du groupe. Evoluant dans des sphères assez sombres, Trank tend de nombreuses cordes (ropes) qui ramènent à une scène dark étasunienne allant de A Perfect Circle (les signes cabalistiques ornant le cd rappellent l’atwork du premier album du groupe mené par Billy Howerdel et Maynard James Keenan) à Nine Inch Nails. Sans appartenir tout à fait à la mouvance métal, Trank n’a peur ni des décibels, ni des guitares saturées, mais apporte un contrepoint intéressant en compensant la puissance des guitares par des arrangements soignés et des nappes synthétiques planantes. Quelques titres apaisés (« Refugee ») finissent d’emballer l’album d’un voile délicat et subtil, produit à la perfection. Tout un univers en réalité incarné par la voix déformée et filtrée du chanteur Michel André Jouveaux plongeant l’auditeur dans un abîme d’étrangeté. Bien mieux qu’un disque bonus, le deuxième cd est une relecture complète de leur premier album. Proposés dans un ordre différent, soit un tout nouveau tracklisting, les titres de l’album ont été totalement remixés. Une relecture qui offre un angle d’écoute différent, plus radical, dans une ambiance électro industrielle, encore plus proche de Nine Inch Nails que l’album original, mais également de Depeche Mode. Une double sortie ambitieuse et franchement impressionnante compte-tenu du statut indé du groupe.

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vendredi 18 mars 2022

Jay and The Cooks : « Dried up dreams »

 


A peine un an après la sortie de son effort précédent, le groupe Jay Ryan est de retour avec un nouvel album en suite directe du disque précédent (le même artwork a été recyclé, cette fois en pochette intérieure du cd). On en veut pour preuve cette nouvelle reprise, adaptée en anglais cette fois, du « Je suis venu te dire que je m’en vais » (« I just came to tell you that I’m going ») de Serge Gainsbourg. Une reprise à l’image de ce nouvel album, entièrement chanté dans la langue maternelle de l’artiste, l’anglais, après l’effort francophone précédent. Si au passage l’album perd de son originalité (et l’artiste de son unicité) le geste musical reste impeccable, entre rock’n’roll / blues rageur (« Chew the cud » ; « Poor everybody ») et country/folk rocailleuse (« Frontline worker blues ») ; le tout convient à merveille au timbre de gorge, éraillé, du chanteur, dont le vécu transcende les cordes vocales. Les mandolines et contrebasses sont de sorties, tout ceci représente une magnifique nouvelle dans le paysage musical hexagonal !

https://www.jayandthecooks.com/

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jeudi 17 mars 2022

Euphrates Ride : « Therapy »

 


Si derrière chaque grand disque se cache histoire, alors pour le coup, nous avons des choses à raconter ! C’est alors qu’il est hospitalisé dans une clinique psychiatrique pour dépression sévère que David Mauro (aka Rigil Kent) compose cet album, poussé par un soignant, Lewis Féraud, lui-même musicien et qui finira par jouer sur le disque, persuadé que la musique est la seule sortie possible de la maladie. C’est à sa sortie de la clinique, en 2021, une fois remis (enfin on l’espère pour lui), que l’album est enregistré à La Ciotat. Conçu comme un journal de bord de la maladie il y avait fort à craindre d’un disque chaotique et bruyant. Étonnamment il n’en est rien, passé l’intro anxiogène, David Mauro accouche d’un album pop lumineux (« Every Single Grain of Sand has A Mass »), ponctué de virgules électriques, bienvenues, à la guitare faisant le lien entre les influences psychédéliques et progressives des années 60/70 (il y a un peu de Syd Barrett en lui cf. « Gathering the Waves ») et le son saturé et contemporain du rock stoner (« Trans Part I et II »). Dans un cas comme dans l’autre, il est question de répétition hypnotique et d’envoûtement par la musique. Un album en forme de voyage, dans lequel il est bon de se perdre en route, dans les méandres…

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mercredi 16 mars 2022

Cherry Pills : « Blackjack »

 


La basse gronde et imprime un rythme entêtant, le moins que l’on puisse dire est que le premier album du trio part sur les bons rails. Anciens membres de Cheyenne, Marine, Christophe et Nicolas se sont réinventés sous ce nouvel alias en forme de pilule à la cerise pour notre plus grand bonheur. Concassé, compact, le trio fait le maximum et délivre un album à l’effet semblable à deux doigts collés dans la prise d’électricité, électrochoc assuré. Mais la plus grande réussite du trio réside dans cette capacité à jouer sur la retenue, l’électricité est savamment maîtrisée, l’énergie débordante canalisée, le groupe sent à merveille quand il est opportun de lâcher les chevaux pour de bon, l’interaction entre musiciens joue à plein. Le résultat est euphorisant, mené tambour battant par une section rythmique d’enfer, et ce merveilleux son étouffé de la batterie. Sans affection particulière pour le passé, les années 60, 70 ou autres, sans jouer la moindre carte nostalgique, le groupe nous délivre en dix titres une galette intemporelle prouvant que ce bon vieux rock’n’roll est increvable !

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lundi 14 mars 2022

Virage : « Daleco »

 


Si la musique est pleine de virages, alors le groupe du même nom a décidé de les enchaîner dans une sorte de grand huit proprement assourdissant. Les membres de Virage sont au nombre de deux, on y retrouve le batteur Cyril Gilibert et, plus étonnant, l’accordéoniste François Castiello (Bratsch, Lalala Napoli). Une recette somme toute assez simple mais au résultat étonnant, sous influence électro et particulièrement sensible dans la pulsion donnée à la musique par la batterie. François Castiello utilise son instrument, multipliant les effets sonores, comme un peintre dispose de sa palette, toujours à la recherche de nouvelles couleurs, dans un grand raout psychédélique. Transe, expérimentations et hypnotisme sont les mamelles nourricières de la musique du duo qui ne ressemble à rien de connu. Une expérience unique en son genre, intense, dont on ressort rincé et c’est peut-être là que se situe la limite de la démarche. Dans ce contexte, une composition cinématographique telle que « Labyrinthe » fait du bien, repose, et ajoute de la profondeur à l’album. Il n’empêche, l’effet doit être saisissant en concert !



dimanche 13 mars 2022

Chichi et Banane : « Littérature de Ficelle »

 


Faisons plus ample connaissance avec nos nouveaux amis. Chichi (déclamade) et Banane (guitare, banjo, percussions, basse) sont originaires de La Ciotat (Bouches du Rhône), une ville et son mode de vie qu’ils chantent avec passion et enthousiasme. Qu’il s’agisse du « O Central » (un bar du centre ville), de l’Escalet (la place du bal du samedi soir) ou de la déveine d’un pêcheur malchanceux le duo n’a pas son pareil pour faire voyager l’auditeur dans sa ville natale en musique et en mots, l’effet est garanti ! Pour accompagner la déclamade de Chichi, Banane fait le pari d’une musique acoustique où l’écho du blues et de la country résonne dans la guitare, le banjo ou la contrebasse. Un disque plein de charme présenté dans le luxueux écrin d’un livre-disque de 36 pages, magnifiquement illustré à l’encre, publié en collaboration avec la librairie Au Poivre d’Âne, sise dans le vieux port. Accent chantant du Midi et banjo, voici le disque idéal pour un dimanche pluvieux !

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samedi 12 mars 2022

Fabulous Sheep, La Boule Noire, 10 mars 2022.

 

Le poing brandi en l’air, le groupe de Béziers fait son entrée sur scène, 15 jours avant la sortie de son nouvel album « Social Violence » prévue pour le 25 mars prochain. Le premier effort du quintet avait fait forte impression en son temps et la prestation scénique de ce soir ne fait que confirmer le bien que l’on pense d’eux. Passée au révélateur de la scène la musique de Fabulous Sheep prend de l’épaisseur. Il serait facile de n’entendre en eux que bruit et fureur post punk dans un cocktail énergique où les giclées acides du synthés sont contrecarrées par des attaques brutes et sèches des guitares le tout mené tambour battant, sur un tempo infernal respectant les trois minutes. Il y a bien évidemment de cela et à ce petit jeu les musiciens, tout comme les spectateurs, pourraient bien être foudroyés sur place débordés par une telle intensité ; le quintet n’est pas du genre à faire semblant et l’énergie déployée semble être décuplée par l’engagement social du groupe et les raisons profondes qui l’ont poussés à se lancer dans le grand bain du rock. Pour l’heure c’est avec surprise que le groupe dégaine un harmonica et, dans le même état d’esprit, le saxophone apporte une couleur différente à la musique à telle enseigne qu’il n’est pas déraisonnable d’entendre chez eux des échos lointains venus du blues ou du jazz, le temps de quelques ballades calmant un peu l’ambiance. Carré engagé et efficace, Fabulous Sheep s’impose comme l’une des meilleures formations de l’hexagone. Ne ratez pas leur nouvel album !

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mercredi 9 mars 2022

Les Deuxluxes, Centre Culturel Canadien, 07/03/2022.

 

Le duo québécois fête son retour dans l’hexagone par une date de prestige (et complète) dans le cadre, très officiel, du Centre Culturel Canadien, sis au sein de l’Ambassade du Canada. Une prestation à laquelle on a assisté le masque sur le nez, conformément à la législation en vigueur au Canada, à laquelle nous sommes soumis dès lors que nous pénétrâmes dans l’enceinte du bâtiment, après avoir franchi, bien entendu, les contrôles de rigueur (un peu comme à l’aéroport). Un cadre très officiel donc, inhabituel pour un concert de rock, qui a quelque peu figé le public, assez timide en début de concert. Mais peu importe, car sur scène, se trouve les Deuxluxes, un groupe québécois qui n’a pas son pareil pour faire monter l’ambiance. Ils sont donc deux, Étienne Barry que l’on retrouve à la guitare et à la batterie rudimentaire (grosse caisse, caisse claire, cymbale) façon one man band et l’exubérante Anna Frances Meyer au chant, à la guitare ténor (une guitare miniature à 4 cordes) et à la flûte. Les Deuxluxes évoluent dans un périmètre resserré entre rock garage et rock psychédélique où les influences sixties règnent en maître. Ce n’est pas pour rien qu’ils s’attaquent aux « Loose » des Stooges ! Une mission dont ils s’acquittent avec énergie, passion et beaucoup d’humour déjanté. Un bon moment, pédale fuzz, wha-wha et son saturé à go-go, le public ne s’y trompe pas et les réserves du début de concert tombent au fur et à mesure. En tout cas, après, Le Nombre, Chocolat ou les Hôtesses d’Hilaire, voici un nouveau groupe Canadien avec lequel se délecter, preuve de la vitalité du genre chez nos cousins francophones d’outre-Atlantique.

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dimanche 6 mars 2022

No Money Kids, Le Trianon, 03/03/2022

 

Dans le cadre sublime du Trianon, entouré de faux palmiers et d’un néon rose fluo reprenant le nom du groupe accroché dans le mur du fond, une déco so eighties on se croirait dans Miami Vice, les No Money Kids, en trio avec batteur, ont donné une prestation enthousiasmante ! L’électronique légèrement mise de côté, du moins pour la soirée, les musiciens se sont souvent retrouvés dans une configuration classique du power trio, guitare, basse et batterie. Le résultat est limpide, aussi tranchant que le rock, aussi profond que le blues, les deux mamelles nourricières de leur musique. Aux soli rageurs de la guitares se sont malgré tout ajoutées quelques nappes synthétiques et autres thérémine créant une structure étrange et planante, un contrepoint étonnant à l’électricité ambiante propulsant le rock et le blues dans une autre dimension.

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dimanche 27 février 2022

NO MONEY KIDS

 



La formule du duo guitare/batterie a fait bien des émules, depuis le début des années 2000, dans la foulée du succès mondial rencontré par les Black Keys et autres White Stripes. S’ils sont bien deux, Félix et JM (aka No Money Kids), ont repris la formule à leur compte mais suivant un angle des plus personnels. Tout d’abord en jouant de la multiplicité des instruments ne se cantonnant pas uniquement aux guitares et batteries. De cette ouverture, aux claviers notamment, découle naturellement un éclectisme musical plus électro, mêlant guitares d’inspiration blues ou rock aux nappes planantes, parfois au sein du même titre, entraînant l’auditeur dans un drôle d’ascenseur. La réflexion vaut également pour le chant qui s’aventure parfois dans la scansion rap. Ainsi des gamins sans argent (mais pas sans amis cf. les featurings de The Toxic Avengers ou Charles X sur le deuxième album) on ne peut dire qu’ils sont au sens strict un groupe de rock ou de blues mais un subtil agrégat n’appartenant qu’à eux dont la seule constance semble être l’approche lo-fi et DIY acharnée. Lo-fi, car en dépit de tous les moyens mis en œuvre, leur musique conserve ce côté bancal et bricolé (cf. « Dear Friend »). Trois albums sont sortis de cette savante cuisine (les pochettes des deux derniers sont en présentation en début de post) et la suite immédiate s’écrira sur scène où leur sens de l’ampleur sonore et le petit je ne sais quoi clubesque de leur musique devrait offrir de beaux moments festifs.

En concert au Trianon le 3 mars 2022.

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samedi 26 février 2022

Howlin’Jaws + Alvilda, Les Nuits de l’Alligator, La Maroquinerie, 25/02/2022.



La deuxième soirée du festival débute avec Alvilda, tout jeune quatuor de jeunes musiciennes, qui n’a pour le moment sorti qu’un seul 45 tours (quatre chansons) rapidement épuisé. Il faut dire que le groupe a tout pour séduire derrière ses nombreux tatouages. Chantées en français, les chansons d’Alvilda possèdent ce charme typiquement français, comme un lien entre les yéyés des années 1960 et les jeunes gens modernes des années 1980. Quelque chose d’intrinsèquement pop, vitriolé par une attaque punk de tous les instants, genre par lequel elles sont passées, particulièrement perceptible dans la batterie, au taquet, et dans les attaques sèches des deux guitares. Frais et énergique, une belle découverte saluée par force applaudissements obligeant les musiciennes, à court de titres, à reprendre la première chanson « Négatif ».

Après un imbroglio dû à un bouton d’alerte malencontreusement enclenché ayant pour conséquence la mise en route de la sirène d’urgence et provoquant l’évacuation de la salle (le bar à cocktail gratuit à base de Jack Daniels, c’était pas forcément une bonne idée les gars) ; la soirée à pu reprendre son cours normal.

Et heureusement, car c’est un groupe particulièrement classieux, les Howlin’Jaws que l’on retrouve sur scène. Quelle classe et quelle leçon de rock’n’roll donnée par le trio ! Débuté dans le rockabilly, il en reste encore un peu (cf. la contrebasse) le trio continue son parcours dans une veine très sixties Kinks/Beatles. Le chant est remarquable, séduit, le guitariste aux interventions toujours justes et pleines de feeling, la batterie mène le tout tambour battant. On imagine les heures de travail et de répétitions derrière pour arriver à un tel résultat, intemporel dès leur premier album ! Le public se déchaîne alors que le guitariste visite régulièrement la fosse, pour la première fois depuis la reprise des concerts, on retrouve un peu ce qui faisait le sel de la vie d’avant. Merci !

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Ariane Moffatt, Le Café de la Danse, 22/02/2022

 

Cela fait exactement six longues années que la Québécoise n’était pas revenue en France. Un retour attendu, et qui s’est effectué avec un nouvel album sous le bras, le sublime « Incarnat », un disque de confinement, minimaliste et articulé autour du piano et de la voix de la chanteuse. La déclinaison scénique dudit album se fait dans les mêmes conditions, seule sur scène, équipée de quelques instruments. Seule, certes, mais avec une arme secrète (il paraît même qu’il s’agît d’une invention française!), un cadre laser accroché sur le mur du fond de la scène et qui fait basculer le show dans la quatrième dimension : séparant la scène d’un mur de lumière, plongeant le spectateur au milieu de rayons lumineux roses, ou envahissant la salle d’une lumière d’un bleu céruléen, parsemé de quelques nuages de fumée, imitant le ciel et donnant l’illusion d’un vol plané, l’effet whaou est garanti ! Musicalement le spectacle s’est déroulé en plusieurs parties, débuté de manière mélancolique, seule au piano (on note une reprise de Leonard Cohen) et à peine agrémenté de quelques sons électro préenregistrés avant de basculer dans une partie plus festive où Ariane, toujours seule, s’accompagne aux synthés, plus dansant mais plus psychédélique également. Enfin, pour les rappels, Ariane enfile l’improbable (au vu de tout ce qui a précédé) costume de la rock star, guitare vintage demi-caisse et grosse caisse au pied, pour un final rock endiablé. Et finalement on retiendra qu’Ariane n’a besoin que des 88 touches de son piano pour vous retourner le cœur.

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jeudi 24 février 2022

Théo Charaf + Jerron Paxton + Left Lane Cruiser, Les nuits de l’Alligator, La Maroquinerie, 20/02/2022.


A la fois solaire et intense, c’est seul sur une chaise et armé de sa guitare que Théo Charaf se présente sur scène. Paradoxal pour un artiste à l’univers assez sombre mettant son malaise en chanson (cf. « Vampire »), triturant sa voix pour en faire ressortir de vibrantes émotions caressant délicatement et avec feeling ses cordes. Une force se dégage du musicien qui impose le silence parmi le public, c’est assez impressionnant, totalement hypnotisé par la performance hiératique. Comme sur son remarquable premier album solo, c’est en toute fin de set que l’électricité fait son apparition, très certainement une porte ouverte pour le futur. C’est dans ce genre de moment que l’on réalise à quel point l’expérience du concert nous avait manqué. Ainsi, il est difficile de contredire Théo lorsque ce dernier affirme, avec force et justesse : « Aux chiottes les streams » !

Théo Charaf nous avait prévenus en quittant la scène, « vous n’êtes absolument pas prêts pour ce qui va se passer » et encore il était en-dessous de la vérité. Le Louisianais Jerron Paxton, relativement méconnu, est la grande révélation de la soirée ! Seul sur scène, mais multi-instrumentiste surdoué (guitare, banjo, piano, harmonica, violon) Jarron Paxton assure tout à lui tout seul ! Il lui suffit de souffler dans son harmonica pour simuler le passage d’un train et faire voyager le spectateur à travers le sud des Etats-Unis. Voix soulful, chaque geste, chaque note jouée par le musicien est empreint d’un énorme feeling et d’une musicalité sans pareille, entre folk, blues et country. A découvrir absolument !

Enfin, au regard de tout ce qui a précédé sur scène, la présence du duo Left Lane Cruiser a quelque chose de quelque peu décalée. Apparu au début des années 2000 dans la foulée des duos aux patronymes noirs (Black Keys) ou blancs (The White Stripes) prétendant remettre le blues au goût du jour sous couvert de rock garage, Left Lane Cruiser a inversé la problématique mettant la note bleue au cœur de ses préoccupations. On en veut pour preuve le fait que le duo débute son set en reprenant R.L Burnside mais aussi que le batteur, debout derrière un kit minimaliste, soit également équipé d’un frottoir. Déglingué, cradingue, fort en notes saturées, Left Lane Cruiser reprends avec brio l’esthétique du label Fat Possum et, plus généralement, du Hill Country Blues. Aussi excellent soit-il, on peine un peu à rentrer dans l’univers du duo tout penaud que nous sommes après les chocs musicaux précédents.

Sons d’hiver, Maison des Arts, Créteil, 19/02/2022


Il en aura fallu de la résilience aux organisateurs de Sons d’hiver pour, après deux ans d’arrêt forcé, pour organiser coûte que coûte ce dernier week-end de concerts, perturbé à la dernière minute par une grève massive dans les transports en commun. Soirée du vendredi annulée, on aura hélas perdu Anthony Joseph dans la manœuvre, les artistes ont été reportés au samedi pour un programme assez chargé. Et ce n’est rien de le dire, débutée à 19h, cette dernière soirée s’achèvera quasiment cinq heures plus tard, sur le coup de minuit !

On débute donc avec William Parker et cette création ambitieuse « Trail of tears – A continuum 1492-2022 ». Il s’agît d’un poème symphonique, récit de la relocalisation des nations Cherokee et Choctaw, une thématique entrant forcément en résonance avec le destin tragique des réfugiés de nos jours. Pour illustrer son propos, le contrebassiste William Parker se repose sur une formation de grande ampleur, avec sections de cordes et de vents, des danseurs et un chœur où se mélange récitants, chanteuses et chanteurs. Le résultat est à la hauteur des ambitions élevées de Parker et passe allégrement du classique au jazz, de la poésie saupoudrée d’un soupçon de gospel lorsque les voix sont mises en valeur, parfois free et expérimental (cf. les déroutantes stridences des violons) mais mené avec un sens du swing remarquable. Superbe !

La soirée se poursuit ensuite avec Hamid Drake, rien de moins que l’un des meilleurs batteurs de jazz au monde, pour un hommage à Alice Coltrane (décédée en 2007) mêlant une fois encore musique et danse. Le jazz fougueux et expérimental du batteur virtuose s’agrémente également d’électronique (un musicien sur scène est équipé d’un ordinateur portable) lequel ajoute une note bizarre mais restant relativement discrète. Sorte de grand huit faisant passer l’auditeur par tous les états on ressort un peu exténué par la performance, et sa déferlante de notes, passant d’un swing surexcité à des moments plus planants, mais néanmoins magnifiques.

On en serait restés là-dessus que l’on aurait déjà passé une soirée des plus consistantes. Mais ce n’était pas encore fini puisque The Master Musicians of Jajouka ont ensuite fait leur apparition sur scène. Encore une performance contrariée, non pas par la grève mais par la Covid, entre pénurie de vaccins et ouverture tardive des frontières marocaines, le groupe s’est présenté à quatre membres au lieu des sept initialement prévus. Mais comptant sur le soutien du groupe précédent, celui d’Hamid Drake, les maîtres du Jajouka nous ont proposé un grand voyage entre Amérique et Maghreb imposant la musique comme langage universel. Il est d’ailleurs très émouvant d’entendre Hamid Drake (l’un des meilleurs batteurs au monde rappelons-le) parler avec déférence du percussionniste Mohamed El Attar, invitant le public à l’écouter attentivement car « que l’on joue du jazz, du rock’n’roll ou de la funk, il y a toujours quelque chose à apprendre en l’écoutant jouer ». Belle leçon d’humilité.

jeudi 17 février 2022

Ariane Moffatt : "Incarnat"

Dans un décor majestueux, se détache la silhouette d'Ariane Moffatt. La chanteuse québécoise a décidé d'innover avec ce "piano-film", un clip de 20 minutes, accompagnant la sortie de son album du même nom, où les tableaux s'enchaînent comme les éléments (eau, forêt) illustrant les différentes chansons interprétées avec grâce et émotion. De toute beauté !

En concert le 22/02 au Café de la danse.

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mercredi 16 février 2022

Cecilya, Le Triton, 12 février 2022.

 

D’origine barcelonaise, la jeune chanteuse Cecilya est arrivée en France, il y a deux ans, juste avant le confinement. Confinée, seule, dans une ville et un pays nouveau, la chanteuse en est ressortie avec un album qui rêve des grands espaces et de l’ouest des États-Unis. Entourée d’un groupe de pointures, la chanteuse, parfaitement francophone, dévoile son répertoire sur scène et pour la première fois ! Folk, rock, americana, un soupçon de blues sont les inspirations principales de la chanteuse auxquelles elle rend hommage de bien belle manière, pour un peu, on s’y croirait, on sent le vent et la poussière retomber dans le moindre solo, inspiré, de guitare ou de clavier. Dotée d’un joli brin de voix, tantôt frêle et tantôt affirmé, débordant de feeling et d’émotion, la chanteuse, de plus charismatique et drôle sur scène ce qui ne gâche rien, se révèle à l’aise dans tous les contextes, de l’émotion pure acoustique à l’électricité plus enlevée. Le public ne s’y est pas trompé, réservant des applaudissements nourris. Un talent à suivre, pourvu qu’elle reste encore un peu chez nous !

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samedi 12 février 2022

Sweet Gum Tree, La Boule Noire, 10/02/2022.

 

Le concert débute par un cérémonial assez impressionnant. Il est vrai que l’interdiction des concerts debout et les chaises de jardin installés à la va-vite dans la salle de La Boule Noire (dans laquelle on est assis pour la toute première fois) n’invite guère à la grande bamboche rock’n’roll. Qu’importe après tout, Sweet Gum Tree ne s’inscrit pas (ou si peu) dans ce registre et finalement, être assis, permet de mieux saisir toutes les nuances de la musique de l’artiste. Et Dieu sait si elles sont nombreuses ! Précis et méticuleux dans l’arrangement de ses chansons, pratiquant une forme d’élégance surannée dans sa musique, Arno Sojo fait revivre les grandes heures du rock psychédélique teintée d’aspirations progressives. Ainsi, qu’il le dit lui-même il embrasse à bras-le-corps le concept même de « douceur angevine » (lui-même est originaire d’Angers). Une touche de classe britannique emballe le tout, on y retrouve un peu du George Harrisson (circa « All things must pass ») dans l’utilisation du sitar et de diverses percussions et tablas indiennes. En fin de set, il nous gratifiera même d’une reprise de David Bowie, enregistrée en vue d’un album tribute à sortir prochainement. Pour le reste, accompagné d’un groupe remarquable (on note la présence d’un saxophone, instrument somme toute assez rare dans un contexte rock) et d’une collection de guitares à faire pâlir d’envie (Gretsch, Danelectro, Fender Jazzmaster, une très belle Gibson folk), Sweet Gum Tree laisse respirer la musique et plane à dix mille mètres au-dessus des contingences terrestres. Bon vol !

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mercredi 9 février 2022

Gizelle Smith : « Revealing »

 


Elle nous avait charmé, en 2010, avec un premier album en compagnie du combo deep funk allemand The Mighty Mocambos. Une décennie plus tard, les capacités vocales de la Britannique sont toujours là et le charme opère, par intermittence, et dans un genre sensiblement différent. Le début énergique de l’album (« Agony Road » / « Superstar ») nous prouve que c’est bien dans le rythme, le groove, que réside la préoccupation principale de la chanteuse. La musique suit une pulsation endiablée tout en prenant ses distances avec l’esthétique héritée des années 1960 qui la caractérisait jusqu’alors. La porte de l’invitation grande ouverte, disco, pop voire rock, pas toujours pour le mieux cependant (cf. la pale « The Girl who cried slow ») s’invitent à la fête sans oublier la soul qui reste le nœud gordien de toute cette affaire (« Better Remember » ; "Three Tiny Seeds", la meilleure de cette nouvelle livrée) que l’on retrouve dans le moindre de ses coups de gorge. Hélas le résultat est mitigé, parfois aseptisé, parfois fade, parfois victime de choix douteux au goût incertain (« Maybe Baby » ; « King of the Mountain »). Entendons-nous bien, qu’importe l’habillage, Gizelle Smith reste une vocaliste de haut vol et ce troisième album est d’une facture honnête. Mais elle nous avait habitué à mieux…

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mardi 8 février 2022

Jamie and The Numbers : « You don’t love me »

 


Dans le créneau, déjà bien encombré, de la soul vintage le groupe néo-zélandais a choisi d’occuper une place originale et pas uniquement parce qu’ils ont décidés de transformer, avec talent, le « Boys don’t cry » de The Cure en brûlot funk ! La chose démarre plutôt calmement, mais sur d’excellentes bases, dans une tonalité soul / rhythm’n’blues matinée de pop, façon Motown. Efficace, rétro, charmant à tous les niveaux, le groupe excelle grâce à la voix sublime de la chanteuse débordante de feeling et d’émotions nuancées. Mais, au fur et à mesure que l’on progresse dans la découverte de l’album, lentement mais sûrement, le piège se referme sur l’auditeur. Sans que l’on y prenne vraiment attention, subrepticement, le ton de guitares monte et l’air se charge d’électricité. Le groupe décroche un « The Seeker » (Pete Townshend – The Who) de derrière les fagots, enchaînée avec la fameuse reprise des Cure et l’auditeur, décontenancé, se retrouve dans un album de rock garage à la mode BellRays (dans le genre « The Fugitive » vaut aussi son pesant de groove) ! Entre soul, rock et folk aussi, comme le prouve la fin de l'album, le groupe ne choisit pas vraiment, alterne avec une efficacité égale ou, encore mieux, brouille les pistes avec talent. « Tu ne m’aimes pas » clament-ils ! Au contraire, bien au contraire, nous sommes aux anges !

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dimanche 6 février 2022

PM Warson : « True Story »

 


Dans la foulée de Nick Waterhouse, l’Anglais PM Warson, guitariste à l’instar de son compatriote James Hunter, débarque avec un premier album au charme rétro indéniable et au swing élégant. Avec ce premier disque, le Britannique renoue avec une forme ambitieuse (pas moins de quinze musiciens crédités sur la pochette) et un sens de l’ampleur musicale où orgues, cuivres et contrebasse sont de rigueur ; en total contraste avec la production au cordeau sans effet superfétatoire aucun mais où tous les éléments sont parfaitement en place. Un véritable régal où chaque coup de cymbale fait frissonner, apporte un feeling et un groove qui fait du bien. A aucun moment le costume ne semble trop large pour le jeune artiste, qui produit lui-même son premier album avec l’autorité d’un vieux routier, et c’est avec délectation que le chanteur enfile les habits du crooner 50s/60s, incarnant à la perfection les ambiances tour à tour jazzy, exotiques, blues/soul, rhythm’n’blues, teintée rock’n’roll pratiquées tout au long de l’album. Une réussite !

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vendredi 4 février 2022

Bror Gunnar Jansson : « Faceless Evil, Nameless Fear »

 


Les dernières nouvelles que le Suédois nous avait laissées, ne nous avaient guère inspirées (cf. l’album « They Found My Body in a Bag », 2019). Sans doute arrivé en bout de course, après 10 ans à arpenter les scènes en solitaire, assurant à lui seul guitare et batterie, Bror Gunnar Jansson a ressenti un besoin de renouvellement. Première révolution, le chanteur est désormais accompagné d’un groupe. Deuxième révolution, autrefois thuriféraire d’un blues roots et rétro jusque dans son look de scène, Gunnar a désormais ouvert son horizon musical et n’hésite pas à lorgner vers le rock voire le métal stoner. Un changement qui sied plutôt bien à son univers dark où rode les tueurs en série et autres malfaisants. C’est donc un prélude au violoncelle qui nous accueille dans ce nouvel effort, avant le déferlement de riffs lourds et envoûtants (« I Can’t » ; « Breathe »). Nous ne sommes certes plus dans le blues au sens strict du terme, mais son influence est toujours là, rôde dans l’arrière plan, prête à nous sauter à la figure (« Cancer »). L’autre plus incontestable réside dans le groove hypnotique apporté par une véritable batterie, loin du rythme simple assuré par le chanteur lui-même autrefois, et qui fait réellement évoluer sa musique. Un Gunnar nouvelle formule, remarquablement produit sans fioriture inutile, et sans aucun doute son meilleur album depuis longtemps.

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jeudi 3 février 2022

L’Eclair : « Confusions »

 


La confusion dont il est question dans le titre n’est qu’une vue de l’esprit, car dans les faits, ce nouvel effort du groupe suisse est parfaitement limpide, autant dans son intention que dans son exécution. Mis à mal, comme tant d’autres, par la pandémie, la formation XXL (on dénombre pas moins de 14 musiciens crédités sur le disque) s’est confinée en studio et, contrairement à ses habitudes, à pris le temps de poser sa musique. Le rendu final est conséquent, une heure de musique ! Un véritable trip éthéré à vrai dire, instrumental, où les influences se bousculent. Electro psychédélique (« P+R »), groove et progressif (« Cosmologies »), voire expérimental (« Transmission I et II »), sont autant d’étiquettes trouvant leur justification à l’écoute de ce nouvel album. Mélangeant les influences et les sons, L’Eclair confronte la démarche héritée des années 1970 (Can n’est jamais bien loin) aux réalités d’aujourd’hui (il y a aussi un peu de !!! dans leur démarche, l’agressivité punk en moins). Une conception de la musique qui se prolonge dans l’instrumentation où l’électronique s’amalgame avec volupté aux guitares électrique et à une batterie organique, qui donne un sacré coup de fouet à la musique, l’intention hypnotique donne le tournis ! Une réussite éclatante !

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mercredi 2 février 2022

Sweet Gum Tree : « Silvatica »

 


L’avantage, lorsque l’on est musicien sans être anglo-saxon, est que l’on peut facilement se projeter et fantasmer la culture d’outre-Manche ou Atlantique. Le fantasme est justement le principal moteur de ce nouvel album de Sweet Gum Tree, alias du multi-instrumentiste angevin Arno Sojo, qui nous propose avec ce nouveau disque un morceau de bravoure plus anglais (« Lifelines »), plus psychédélique (le sitar de « A bright interval »), plus progressif (la quasi expérimentale « Edgewise ») que nature. Un grand fourre tout en vérité, issus d’influences diverses pop, folk ou psyché qui en toutes en commun de se situer à la lisière des années 1960 et 1970 mais remarquable de constance grâce à un soin maniaque apporté à la production et incarné à la perfection par le timbre éraillé et mélancolique (l’Angleterre toujours) du classieux chanteur. Qu’il s’agisse de saxophone, de sitar ou de synthés, rien n’est trop beau pour tenter de sortir des sentiers balisés du rock, une forme de gageure pour un exercice aussi standardisé et ancré dans un passé idéalisé. Et pourtant, mettant l’accent sur son désir de création plutôt que sur la tentation nostalgique, Arno Sojo trouve la clef de l’originalité. Ainsi, son album, frais à l’écoute, s’avère finalement plus intemporel qu’autre chose. Et à l’instar d’un vieux vinyle, on y rentre comme dans un trip, à 10 000 mètres au-dessus des contingences terrestres. Bon voyage !

En concert le 10/02 à la Boule Noire.

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