lundi 11 janvier 2021

Frédéric Michallet : « First Love Never Die. Dustroy, 15 ans de rock'n'roll ! »

 


Lorsqu'il s'est lancé dans la rédaction de son autobiographie, Frédéric Michallet n'avait certainement pas dans l'idée de faire de la grande littérature. Non, le guitariste de Dustroy, s'est lancé dans l'écriture comme en musique, en passionné, motivé par la volonté de bien faire sachant pertinemment, que, comme il l'avoue lui-même, « d'autres l'ont fait mieux que nous, c'est certain ! ». Ce qui n’empêche nullement le livre d'être absolument passionnant de bout en bout. La particularité du récit réside dans son momentum. Les membres de Dustroy, groupe apparu sur la scène grenobloise au mitan des années 2000, ont la quarantaine. Un âge critique où les rêves de gloire adolescents se sont envolés au profit d'un vie adulte, entre boulot et enfants, où le rock'n'roll revêt une importance particulière : un instant d'oubli, une soupape de décompression où l'on joue avant tout pour le plaisir de s'amuser, pour s'évader de la routine du quotidien. Puis, arrive le plafond de verre sur lequel on se fracasse tous. Les aléas de la vie et ses coups durs, séparations, licenciements, disparitions précoces ajoutent une épaisseur supplémentaire, le rock'n'roll devient alors une bouée de sauvetage. Tout cela Frédéric nous le conte par le menu. Lui-même victime d'un accident cardiaque fin 2019 a frôlé la catastrophe. Probablement l'incident qui a motivé la rédaction du livre, l'arrêt des concerts dû aux différents confinements et autres couvre-feux dégageant le temps nécessaire pour passer à l'acte. Un récit de vie d'une telle sincérité est forcément émouvant. Un petit mot enfin pour souligner la beauté du cliché ornant la couverture duquel se dégage toute la fureur de l'expérience « live ». Cela nous manque tout ça…

Frédéric Michallet, First Love Never Die, Les éditions du joyeux pendu, 200 pages, 16 euros.

http://leseditionsdujoyeuxpendu.com/

https://lesditionsdujoyeuxpendu.bigcartel.com/

https://fr-fr.facebook.com/dustroy/


lundi 4 janvier 2021

Xavier Belin : « Pitakpi »

 


C'est par une pulsation rythmique, aussi légère que swinguante, que le pianiste d'origine martiniquaise nous souhaite la bienvenue dans son album. En constituant son quartet (vibraphone, piano, basse, batterie) Xavier Belin a placé la rythmique au coeur de son travail. Virevoltante, légère ou appuyée, la pulsation est le centre de la musique. C'est elle qui guide la cavalcade des doigts de Xavier sur le clavier qu'il s'agisse de rendre hommage à son île natale, la Martinique (« Fanm Matinik Dou ») ou de reprendre Thelonious Monk (« Evidence »), tâches dont le groupe s'acquitte avec brio et inventivité. Mais au-delà, c'est le mariage des sonorités percussives conjuguées du piano, du vibraphone et de la batterie qui marque les imaginaires et stimule l'esprit. La musique devient alors cette forme libre qui voyage (le soleil des Caraïbes n'est jamais bien loin) le long de compositions fleuves (entre 5 et 9 minutes) explorant tous les possibles. A telle enseigne que l'on finit par se demander si ledit album a été composé durant des improvisations au long cours ? Plus qu'un voyage, une véritable expédition musicale. Le soleil brille toujours à l'écoute d'un tel disque.

Sortie le 16 janvier 2021.

https://www.facebook.com/pitakpimusic/




dimanche 3 janvier 2021

Ben L'Oncle Soul : « A coup de rêves » (2014)




A l'époque de sa sortie (2014) ce deuxième album de Ben L'Oncle Soul n'a, hélas, pas trouvé son public. Pour notre part, peu convaincu par un premier effort fade et un peu trop commercial à notre goût, ce disque était passé au-delà de notre radar. Mais les différents confinements sont passés par là et tout ce temps passé à la maison nous a au-moins donné l'opportunité de fouiller les recoins, ressortir les disques, trouver les pépites oubliées et, en l’occurrence, réévaluer à sa juste valeur cet album méritant. Une chronique du temps jadis... 

En intitulant son album « A coup de rêves », Ben avait certainement une petite idée derrière la tête. Enregistrer aux Etats-Unis, avec des musiciens spécialistes de la soul, afin d'ancrer sa musique un peu plus profondément dans l'idiome et, au final, justifier son nom de scène L'Oncle Soul. Les tentatives pour approcher les Dap-Kings (l'orchestre maison du label Daptone et le groupe de la grande Sharon Jones) n'ayant pas abouties, Ben a trouvé bien plus que des remplaçants chez les Monophonics de l'organiste Kelly Finnigan. De véritables frères d'armes qui ne se sont pas contentés de jouer les spadassins assermentés mais se sont investis dans l'écriture et l'arrangement de l'album. Il en ressort un disque au cachet inégalable, ancré dans la grande tradition soul et gospel, (« Lord we know »), langoureux (« Carry me » ; « Walk the line ») mais aussi punchy (« A coup de rêves »), et d'une qualité équivalante à n'importe quelle production étasunienne. Ben apporte sa touche française grâce à une poignée de titres chantés dans la langue de Molière, ne faisant pas du tout injure au reste de l'album. Du début à la fin, Ben se montre à la hauteur de ses compagnons de jeu, trouvant des nuances dans sa voix, et faisant enfin ressentir la fameuse âme (soul) de sa musique (« Hallelujah !!! », « Quelques Mots... »). Malheureusement, le grand public boudera cet album, faute de pouvoir y trouver l'équivalent de « Soulman » son fameux premier tube. Un échec commercial qui marquera le début d'une remise en question pour l'artiste. En 2020, Ben a abandonné son encombrant « Oncle Soul », remisé le nœud papillon et le chapeau, continué sa carrière son son seul prénom de Ben et a sorti son dernier album en date : « Addicted to you ». 






vendredi 1 janvier 2021

Grandma's Ashes : « The Fates »

 




Des les premières notes qui ouvrent le disque nous sommes comme enveloppés par la puissance sonore du power-trio 100 % féminin. Le subtil alliage entre la rythmique métronomique et les riffs bourdonnants de la guitare en sourdine crée une sorte de spirale hypnotique et infernale. Si le groupe s'inscrit ainsi dans le sillage de la mouvance stoner (ce genre de métal hypnotique teinté de blues et de hard rock 70s) c'est pour mieux s'en détacher par ailleurs, proposant, au cœur d'un même morceau, des envolées psychédéliques, voire progressives, contrebalançant la lourdeur caractéristique du genre. Un exercice de style, pas avare en lyrisme (cf. le chant) et en expérimentations diverses, qui a le don de surprendre à chaque chanson, dans un mouvement de renouvellement perpétuel. Porté par une qualité d'écriture qui fait paraître le tout parfaitement naturel, on trouve ici de quoi nourrir une certaine impatience quant à découvrir le groupe sur scène (si seulement!) et, plus certainement, sur format long. En attendant, l'année ne pouvait pas mieux commencer en compagnie de cet excellent EP. 

Sortie le 15 janvier.

https://fr-fr.facebook.com/Nanyisnotdead/






mercredi 30 décembre 2020

The Smashing Pumpkins : « Cyr »

 


Très franchement, qui attendait encore quelque chose des Smashing Pumpkins ? Puis, Billy Corgan a resserré les rangs, retrouvé James Iha et le batteur Jimmy Chamberlain (confirmant par la même que l'homme a bien du mal à faire du rock sans son batteur fétiche) et gardé l'excellent Jeff Schroeder, formant ainsi un line-up 100 % masculin pour la première fois de son histoire. Et est sorti, en 2018, une sorte de petit miracle sous la forme de l'album « Shiny and oh so bright », leur disque le plus simple et accessible, en un mot le plus rock, depuis, au moins « Gish » (1991). Trop simple probablement pour Billy Corgan, qui n'a jamais été avare de compositions épiques et autres arrangements complexes quitte à délaisser son instrument fétiche : la guitare. Et c'est ce qu'il se passe ici. Rangé l'ampli, place aux synthés ! Si les fans de « Bullet with butterfly wings » en seront pour leurs frais, la chose n'est pourtant pas une nouveauté pour le Chicagoan qui n'a jamais caché son admiration pour Depeche Mode et les Cure. Ces deux monuments du rock anglais des années 1980 auxquels on pense beaucoup ici. Album copieux, 20 titres (presque le deuxième double album de leur carrière), « Cyr » réussit une prouesse : faire entrer harmonieusement l'élément électronique dans l'univers des Smashing Pumpkins. Le songwriting et le chant caractéristique nous placent en terrain connu. L'orchestration beaucoup moins. Les batteries et boîtes à rythmes donnent la pulsation, la guitare est relégué à un simple rôle rythmique et le tout est mixé avec génie au milieu de nappes synthétiques. Beaucoup plus harmonieux que « The Future Embrace » (la première tentative solo du leader sortie en 2005), cet album s'envisage comme la suite du trop sous-estimé « Adore » (1998). Et se révèle presque aussi réussi, qui en attendait autant en 2020 ?





mardi 29 décembre 2020

Ysé : « Eldorado » (2014)

 


Les différents confinements ont au moins eu le mérite de nous replonger dans la pile de disques pas encore écoutés, parfois depuis fort longtemps. Ainsi, pendant tout ce temps passé à la maison, nous avons remis la main sur cet EP sorti en 2014, voici une chronique du temps jadis… 

Avec sa voix grave et tabagique, Ysé incarne à la perfection une certaine idée du rock chanté en français où le texte compte beaucoup. La chanteuse brosse ses chansons comme d'autres écrivent de nouvelles ou filment des histoires. Un univers cinématographique (« Jérémie ») accompagné par un rock puissant toute guitares dehors, qui caresse (« Héros-limite ») autant qu'il griffe (« Labyrinthe »). Ses mots convoquent des images puissantes et singulières, et trouvent en la voix magnétique de la chanteuse le médium idéal. Avec cet EP Ysé impose une voix singulière, qui nous scotche, sur la scène française.






lundi 28 décembre 2020

Samarabalouf : « NoNo Future »

 


Comme l'indique son patronyme, il y a effectivement quelque chose d'un peu fou dans la musique de Samarabalouf, le bal fou (bal ouf) de la Somme (Samara). La composition du trio (guitare, violon et contrebasse ou violoncelle) nous met sur la piste du jazz manouche. Et effectivement le trio porte ce swing manouche en son cœur. Mais, ici et là, les guitares haussent le ton, montent brusquement dans les tours et la saturation (« No future »), offrant à la musique un angle plus dur, sur lequel buttent les musiciens, quelque chose d'assez inédit dans le contexte d'un trio jazz. S'il est déraisonnable de parler de punk (cf. « Tango Pogo »), la notion de rock n'est jamais bien loin et plane au-dessus du trio, surtout en termes de dynamique et d'attaque. La boucle est bouclée pour un groupe qui maîtrise par ailleurs à la perfection son lexique swing tzigane/manouche avec tout ce que cela suppose de vélocité (« Aimez toujours ») ou de mélancolie délicate (« Saudade »). Les quelques tentatives chantées rapprochent par ailleurs le groupe de la chanson française, intime et émouvante (« Ma Vie ») ou teintée de second degré primesautier (« La Cuisine »). Se jouant des émotions de l'auditeur, la formation se dévoile ainsi suivant des atours festifs ou introspectifs mais toujours décalés.



jeudi 24 décembre 2020

G. Lolli : « In Movimento as above so below »

 


Le plus italien des musiciens français continue son exploration de la « Library Music », la musique de répertoire servant à l'illustration à l'image. Le résultat est ainsi fortement ancré dans une tradition cinématographique, comme la bande son d'un film imaginaire restant à tourner, ou les émotions affluent. De l'effroi et du suspense à la tendresse, mais, quoi qu'il en soit, du grand spectacle d'un bout à l'autre du disque ! Le titre de cet album, que l'on pourrait traduire par « En mouvement », résume à lui seul le parcours de G. Lolli qui délaisse un peu les influences des années 1970, qui restent toutefois au cœur de son projet, pour intégrer subtilement quelques sonorités synthétiques de la décennie suivante. Un bonheur d'écoute, propre à faire travailler l'imagination, pour mieux imaginer les images qui colleraient le mieux à ces sons rêveurs. Enfin la finition vinyle bleue marbrée est sublime, comme souvent avec La Face Cachée.

https://fr-fr.facebook.com/drgeoband

https://drgeo.bandcamp.com/




Adrien Legrand : « Impression EP »





Fort de ses expériences passées, au sein de Gandi Lake ou Veik, Adrien Legrand sort son premier EP en solo. La chose s'appelle « Impression » et celle que nous procure ce disque est plutôt bonne, voire excellente. Le son de basse, rond et imposant, occupe l'espace et inscrit ce premier effort dans une lignée de haute tenue qui partirait des bandes-originales de films des années 1970 (Francis Lai ou François de Roubaix) aux productions plus récentes des labels Tricatel ou Born Bad. Une certaine idée de la pop française, ouverte aux expérimentations électroniques douces, mais fidèle à un idéal pop anglo-saxon, et à un certain sens du swing aussi, adapté à la culture francophone et chantée dans la langue de Molière. Franchement réussi ! 

https://www.facebook.com/adrienlegrandmusique/





samedi 19 décembre 2020

Théo Charaf

 


Un voix et une guitare, à l'instar d'un vieil album de Bob Dylan (qu'il reprends d'ailleurs ici), c'est tout ce que l'on entendra de Théo Charaf sur ce premier effort. Point trop n'en faut c'est largement suffisant. Comme un artisan qui a passé des heures à travailler, à peaufiner sa technique, Théo apparaît confondant de maturité, pour un jeune impétrant. La voix tout d'abord, chaude, de gorge et profonde, elle balaye un spectre d'émotions assez large et possède cette patine rare, ce petit grain qui transpire le vécu et élève la musique à un niveau supérieur, appelons cela le supplément d'âme. Et ensuite, vint la guitare. Presque entièrement acoustique l'album offre un large choix, les cordes, qu'elles soient arpégées, ou brossées voire glissées, font vibrer et résonner la corde sensible en chacun de nous. Mais c'est lorsque les deux travaillent à l'unisson que l'album transperce les plafonds de l'émotion. On a ainsi, maintes fois, l'occasion d'assister à un moment rare, celui de la naissance d'un artiste. Entre folk et blues, à l'écart des canons actuels et des modes, voici un disque exigeant qui réclame écoute, patience et attention de la part de l'auditeur. Mais cela en vaut la peine, tant l'imaginaire qui est développé ici transporte l'auditeur vers un ailleurs, sublimé, figuré par les rails de la magnifique pochette signée Jean-Luc Navette. Nouvellement venu sur la scène blues le label Wita (des excellents Automatic City) signe des débuts en fanfare !

Sortie le 22 janvier 2021

https://www.facebook.com/TheoCharaf/





vendredi 18 décembre 2020

Kim : « Rocks »

 


S'il n'en reste qu'un, ça sera lui ! Inénarrable Kim, combattant de toutes les batailles du rock, « un solder of creation » comme il le chante lui-même, de retour avec un nouvel effort au titre sobre. « Rocks », puisque c'est ainsi que la chose se nomme, c'est à la fois simple, direct et rentre dedans. Exactement comme le contenu de la cassette audio, oui, vous avez bien lu, puisque ce nouvel album sort à l'ancienne, en cassette ! Une collection de titres garage rock incisifs, donc. Et arrivé à ce niveau là, les guitares ne sont plus seulement saturées, mais triturées, comme si le musicien cherchait à en extraire la substantifique moelle pour la recracher en titres de trois minutes chrono au chant étranglé (« No Soul »). Parfois accompagné de Blondine, Kim se casse ainsi les cordes vocales avec majesté, et un peu de rage aussi, un titre après l'autre, bien accompagné dans le mouvement par une batterie dynamitée. Mais aussi incisif soit-il, Kim est aussi un mélodiste pop de bon aloi qui prend un malin plaisir à vitrioler ses chansons, en bon amateur de chemins détournés, qu'il est resté (« Muriel » ; « Lily Catastrophe » ; « Soldiers of Creation »). Un nouvel album en forme de petit bonheur sur bande et aussi une définition du rock garage en soi, tant ce disque donne l'impression d'avoir été enregistré dans un sous-sol entre deux poutres en béton armé. C'est finalement assez émouvant de s'imaginer ainsi partager l'intimité de la création par écoute interposées.

https://superapeslabel.bandcamp.com/album/rocks

https://fr-fr.facebook.com/popkim/


Ich Bin : « Obéis ! »

 


Voici un projet pour le moins mystérieux, voire ambigu. Du collectif Ich Bin, on ne connaît pratiquement rien si ce n'est qu'ils sont très probablement Alsaciens. Concernant l'album, on n'en sait guère plus. Sorti une première fois en CD-R en 2001 puis en vinyle en 2006 avant de disparaître dans les limbes, il est probable que la chose ait été enregistrée dans le courant des années 1990, sans certitude aucune, avant de renaître cette année sous la forme de ce vinyle, sorti après le premier confinement, grâce aux bons soins du précieux disquaire de La Face Cachée. Un mystère bien épais donc qui convient bien à l'attentat musical que représente l'écoute de cette galette sulfureuse. Les voix comme désincarnées alignent, à tour de rôle, les punchlines, absurdes et nihilistes, clamées sur une collection de beats, comme autant de battements martiaux, électroniques, aux confins du punk et de l'électro indus. Mais qui a bien pu s'emparer du micro avec autant de rage ? La question n'a pas fini de nous tarauder. D'autant que l'album, et son titre en forme d'injonction, trouve un écho particulier à notre époque où, de « bamboche » en « grands parents qu'il faut laisser dans la cuisine », la parole publique, autoritaire et décomplexée, s'est développée de manière préoccupante. Visionnaire ?





vendredi 11 décembre 2020

Mcbaise : « Raviolo »

 


Avec un nom pareil, on pouvait craindre le pire… Mais, c'est une heureuse surprise finalement que ce premier court EP, trois titres, du Niçois. Entre guitare et synthés analogiques, il se dégage quelque chose de foncièrement cool, au groove détendu, de ce disque pop, coloré et ensoleillé, œuvre d'un digne héritier français de Mac DeMarco. Belle découverte !

https://mcbaise.ninja/

https://www.facebook.com/mcbaise






mercredi 9 décembre 2020

KURT137! : « Les Terres Brûlées »

 


Groupe mythique de la fin des années 1980, KURT137 !, est toujours debout après bien des tribulations, ruptures, reformations et autres changements de nom. En revanche, une chose ne change pas, la rage qui anime le groupe est toujours intacte. En ce sens, ce nouvel EP porte bien son titre. « Les Terres Brûlées » pourrait bien être, en effet, le leitmotiv du quatuor, prêt à semer la désolation partout sur son passage à grands coups de riffs de guitares saturées, de chant guttural, étranglé et sur le fil, suivant le martellement de la batterie, double pédale de grosse caisse à l'appui. Cette bande de petits blagueurs a pourtant tenté de nous faire croire, le temps d'un « Respire » (enfin plus exactement, le temps de l'intro), qu'ils étaient assagis mais, non, tremblez dans les chaumières, le punk n'est pas mort !

https://www.facebook.com/kurtcenttrentesept





mardi 8 décembre 2020

Barton Hartshorn : "Listen for a change"

 


Coup de cœur de cette page depuis la sortie de son album "I died of boredom and came back as me" en 2018, Duncan Roberts (aka Barton Hartshorn, du nom de sa ville natale), Anglais francophile et résident français de longue date, revient avec un nouveau clip en prélude de la sortie de son troisième album, prévu pour le 22 janvier 2021. Un clip aux effluves 80s, Scrabble, radio analogique et dictaphone mini cassettes à l'appui.

https://fr-fr.facebook.com/BartonHartshornMusic/

http://bartonhartshorn.com/

https://twitter.com/BartonHartshorn

lundi 7 décembre 2020

Kubix : « Guitar Chant »

 


Musicien dans l'âme, loin d'être cloisonné dans son style de prédilection, le reggae, pour lequel il est connu et respecté, le guitariste a décidé de sortir de sa zone de confort pour ce premier album, entièrement instrumental, en solo. Ainsi, Kubix adopte des lignes plutôt jazzy à la guitare qui épousent les ondulations, langoureuses et coulées, de la section rythmique, qui reste quant à elle dans la plus pure tradition du reggae roots. Le résultat est d'une très haute tenue musicale, entre jazz et reggae, un mélange ma foi pas si ordinaire, œuvre de musiciens impliqués et virtuoses. Un véritable bonheur d'écoute tant la musique charrie son lot d'images imaginaires, sexy et colorées de tons chauds. Le soleil, les palmiers et la plage, on ressent presque les vagues nous caresser les oreilles, les pieds dans le sable. Mais ce n'est pas tout, le guitariste se permettant quelques détours hispanisants (« Sad & Salt ») et des envolées quasiment progressives, « Paris New York » ; « Altitude », ce dernier titre clôturant ce superbe album sur une note aérienne, nous signifiant que le voyage musical se termine et qu'il est, hélas, temps d’atterrir.

FACEBOOK





dimanche 6 décembre 2020

Benoît Blue Boy et Les Tortilleurs : « Résolument Bleu »

 


Vieux routier de la scène blues hexagonale, Benoît Blue Boy est de retour avec un 17ème album habité par sa bonhommie habituelle. Et c'est un bonheur toujours renouvelé de retrouver Benoît, son grain de voix traînant égrainant des vérités vieilles comme le monde (« Jamais Parfait », « Ça déplaît », « Toute ma vie ») mais qu'il fait bon réentendre comme une piqûre de rappel salutaire. Et oui la route n'est jamais rectiligne mais c'est comme ça et il faut faire avec. Et justement Benoît fait avec et jusqu'à présent le fait plutôt bien. Comme sur ce nouvel effort capté dans les conditions du live avec une sacré bande de tortilleurs du son chevronnés : Stan Noubard Pacha et Nico Duportal aux guitares, Alex Bertein (basse) et Pascal Mucci (batterie). Il faut savoir gré à la bande d'avoir su capter l'air ambiant, les mots sont simples mais touchent une émotion toujours juste alors que le groupe met le feeling en exergue. Pas d'effets superfétatoires, pas de démonstration de virtuosité vaine, mais un album qui coule de source et emporte l'auditeur dans son sillage coulé et détendu. Même sa façon de clamer « ferme ta gueule j'te dis de conduire » (cf. « Si tu d'mandes ») est sans haine, ni colère mais l'expression d'une certaine lassitude car, de toute façon, il n'y a « Rien d'autre à faire » si ce n'est de continuer à écouter Benoît, ses chansons, et son appel aux petits bonheurs simples du quotidien. Comme un bon disque de blues, résolument bleu, qui vient égailler la journée.

https://benoitblueboy.com/

https://fr-fr.facebook.com/benoitblueboy/





vendredi 4 décembre 2020

Animal Triste

 


Un nom pareil ne permet guère d'erreur sur la marchandise. Cette formation, formé d'anciens de La Maison Tellier, a le don d'enrober l'auditeur dans un voile sombre dès les premières notes et possède le génie unique d'extirper un jus dark partout et surtout là où ne l'attends pas (cf. la reprise méconnaissable du « Dancing in the dark » de Bruce Springsteen). Aussi brumeux qu'un petit matin dans la plaine de leur Normandie natale donc, l'album fait aussi trembler les potentiomètres, les aiguilles dans le rouge, traversé de nombreux éclairs électriques de guitares tranchantes, aussi arides que le visuel de la pochette, entre deux couplets aux ambiances glaciales (« Sky is something new » ; « Amor bay »). Un art de la tension détente qui fait tout le charme de cet effort inaugural, autant électronique qu'électrique, entre synthés analogiques froids et guitares incandescentes (« Vapoline »).

https://www.facebook.com/animaltriste/




mercredi 2 décembre 2020

Broken Waltz : « A Mysterious Land of Happiness »

 


Adeptes des chemins de traverse, les anciens membres de Buck se réinventent sous une nouvelle identité. Devenue trio, la formation n'en a néanmoins gardé le goût de l'instrumentation baroque : basse, batterie et saxophone, parfois rehaussé de chœurs et de claviers, l'absence de guitare étant en l'espèce un leitmotiv, totalement assumé et revendiqué (cf. « Fuck the Guitar Player »!). Et c'est ainsi, bizarrement attifés, que Broken Waltz s'attaque aux chemins escarpés du blues et de la cold wave ; le trait d'union, autant improbable qu'imaginaire, entre Tom Waits et Morphine d'une part et Nick Cave, Suicide et Joy Division de l'autre. Noir (« Parade »), hypnotique (« Paris, Feb 16. 1939 », d'après une lettre de Frida Kahlo) et baroque à l'occasion (« Long Live the Bride »), le trio fait bien mieux que ressusciter ses illustres aînés, inventant une nouvelle voie, sinueuse à souhait, prenant l'auditeur par l'oreille pour le guider le long de ces compositions où le danger et l'inconnu rôde à chaque minute. Le blues, car c'est bien de cela qu'il s'agît dans le fond, revêt de nouveaux atours, funèbres, en suivant le fil de ces lignes de basses poisseuses et sombres. Difficile de ne pas y être insensible. Et en plus la pochette est sublime !

https://www.facebook.com/brokenwaltzband/

https://www.brokenwaltzband.com/




mardi 1 décembre 2020

Yes Basketball : « Goodbye Basketball »

 


C'est en pratiquant son sport préféré que le destin de Pierre Marolleau a basculé. Une vilaine blessure au cours d'un match et un adieu à son sport fétiche qui donne aujourd'hui son nom à ce premier album : « Goodbye Basketball ». Si aujourd'hui le dribble lui est interdit, Pierre n'en a néanmoins gardé le sens du rebond, à l'image de sa musique, un peu folle avouons-le, qui rebondit dans tout les coins, d'un style à l'autre, du hip-hop cheap aux assauts métalliques (« To dream and forget »), de la pop lo-fi (« Hairdressing ») à l'électro dark (« Your eyes talk ») faite maison avec les moyens du bord. Un titre résume la chose « Anger feat happiness » qui, dans une cavalcade démente, coche toutes les cases citées plus avant et ce en moins de trois minutes. Il n'en reste pas moins qu'avec peu de moyens, de la bricole et pas mal d'entregent artistique, Pierre réussit à proposer un univers unique en son genre dégageant une véritable transe hypnotique (incroyables « Gotta click on it » et "To get old with her"). Mais la chose reste encore trop brouillonne pour attirer une adhésion pleine et entière. Une simple question de maturation pour arriver à cette cohérence sur la durée qui fait un peu défaut ici afin de briller autrement que par intermittence. Une première néanmoins attachante dotée d'une magnifique pochette, au visuel rond comme un ballon de basket, réalisée aux crayons par Yoann Buffeteau et aussi bigarrée que son contenu.

https://yesbasketball.bandcamp.com/album/goodbye-basketball




lundi 30 novembre 2020

The Gelateens : « Funky Punk DanSe Machine »

 


Oui, The Gelateens sont un groupe de rock'n'roll et leur premier EP a tout ce qu'il faut au rayon guitares. Oui, The Gelateens ont une chanteuse canon, Sofy Perez, à la voix forte et expressive, venue du jazz, il n'y a pas de secret ! Oui, The Gelateens connaissent le groove et sont bien pourvus en la matière grâce à un batteur à la force de frappe à la fois puissante et véloce. Rien qu'avec ça, vous faîtes la soirée, et bien plus encore, tranquille. Mais le trio cherche à sortir des chemins battus. Ainsi, confinés au studio Marcadet avec l'aide de Bryan Pachaud (mixage et mastering) le groupe va patiemment polir sa musique passant du diamant brut de décoffrage à un résultat aussi scintillant qu'un boule à facettes. C'est eux qui l'affirment : « I want to see you dance, MF » ! Et c'est bien parti pour à vrai dire, grâce à une collection de claviers vintage en cascade et quelques rafales électro grooves bien senties qui se marient à merveille avec les assauts punk de la guitare. Résultat, une collection de grooves imparables, disco et punk, rappelant les premiers BellRays et Noisettes, à l'énergie aussi speedée que le bolide figurant sur la pochette. Au rayon des improbables ces nouveaux impétrants ont tout bon pour décrocher la timbale !




samedi 28 novembre 2020

Crawford : « Cindycore Propaganda »

 


En appelant leur premier album « Cindycore » le groupe Crawford ne fait guère de mystère sur sa source d'inspiration principale, les années 1990, dont un célèbre mannequin fût l'égérie de la décennie. En outre, le quatuor attaque les années 1990 par son angle le plus revêche accouchant d'un disque somme de 23 titres, schizophrénique, un véritable double album condensé en un seul CD. On commence par la « Cara Cindycore » une succession de titres entre fusion et néo-métal, collection des guitares abrasives, de tempo lourds, métalliques surmontés d'un flow hip hop arrachant les cordes vocales. Assez costaud donc mais pas dénué d'émotion (« Le sens de la folie ») Vient ensuite la « Cara hip-hop » qui commence, comme par hasard, par un titre intitulé « 90s ». On change là totalement d'univers pour plonger dans un disque de rap reprenant parfois certains titres de la première partie dans une relecture totalement différente. Assez étonnant, le concept déroute et il aurait peut-être été avisé de sortir deux disques distincts. Si vous n'aimiez pas le néo-métal et le rap à l'époque, ou si vos goûts ont changé depuis, il y a peu de chance que vous trouviez votre compte dans ce disque. Un album de niche donc, pas franchement original, mais dont on ne peu nier la sincérité ni l'efficacité « vénère » (comme on disait à l'époque), rondement mené, idéal pour faire des bonds dans sa chambre en attendant le vrai déconfinement tout en rêvassant au temps jadis tant il plane une effluve nostalgique sur l'ensemble de ces titres.

https://www.crawfordofficial.com/

https://www.facebook.com/crawfordofficial/





mercredi 25 novembre 2020

Ben Lupus : « La beauté du jour »

 


Résolument optimiste, Ben Lupus, s'émerveille quotidiennement de la beauté du monde qui l'entoure. Frais et primesautier, son premier EP en solo, « La beauté du jour », est la mise en sons de ces sentiments qui habitent l'artiste. Le premier abord est modeste, acoustique, majoritairement de la guitare, mais arrangé avec une ingéniosité unique, incarnée par une électronique discrète et quelques expérimentations (au niveau des percussions notamment) dont il a le secret, avec les moyens du bord, utilisés malicieusement et une bonne dose de débrouillardise. De la récupération, en somme, mais avec un grain de folie douce (cf. la psyché "Tohu-va-bohu"). Tout doux comme les compositions poétiques et enfantines du musicien, dont les mots simples apaisent, émeuvent, touchent au cœur et mettent de bonne humeur. L'EP est un peu l'équivalent d'une bonne tasse de chocolat chaud, un petit bonheur du jour, modeste mais réconfortant. Ca n'a l'air de rien dit comme ça mais c'est énorme, surtout par les temps qui courent… 

Sortie le 11/12

https://fr-fr.facebook.com/Benlupusss/






mardi 24 novembre 2020

2029 : "Synesthesie"

 


A la lisière de différents styles, le power-trio 2029 propose une expérience d'écoute originale. Un trio donc à l’incontestable puissance rock, en partie grâce à un chanteur qui n'a pas peur de s'arracher les cordes vocales et à une batterie lourde comme le plomb et pourtant suffisamment véloce pour électriser l'écoute. En lieu et place de la guitare (enfin il y en a quand même un peu ici et là), les synthés tiennent le haut du pavé. Le groupe y gagne un sens de l'ampleur et de l'épique qui enrobe les oreilles de l'auditeur. Le résultat s'avère assez éclectique, écriture pop, arrangements électroniques, ces derniers n'étant pas spécialement focalisé sur les années 1980, mais aux ambiances variées, à contre-courant de toutes les tendances possibles, « seuls » comme ils le chantent eux-mêmes. Convaincant !

lundi 23 novembre 2020

Dynah

 


Elle le chante, le clame haut et fort dès le premier titre : « C'est moi qui choisis » ! Une affirmation forte de la part de la musicienne, Melody Linhart de son vrai nom, qui après des débuts entre folk, soul et jazz s'exprime aujourd'hui sur un terrain pop/électro. Un changement d'orientation certain mais qui pour autant n'a pas gommé les qualités d'écriture d'écriture et la plume sensible de l'auteur, qui se dévoile peu à peu au fil des titres dans un registre émotif. Les syncopes funky qui secouent l'EP lui confèrent un cachet dansant et accrocheur, la touche de séduction finale pour emporter l'adhésion à cette courte livrée inaugurale.

https://www.dynah.fr/

https://www.facebook.com/Dynah.fr








mercredi 18 novembre 2020

Burkingyouth : « Water »

 


Après le feu, l'eau ! Loin de prendre l'eau de toutes parts et de couler, au contraire, Burkingyouth flotte avec grâce sur l'océan de son inspiration. Ainsi, ce nouvel EP se veut inspiré par l'élément maritime et en propose la bande son idoine, contemplative à souhait, et au croisement de la pop et des constructions alambiquées du math rock (« In the water »). L'expérimentation reste toutefois assez douce et il se dégage une évidence de ces compositions parfois traversées d'un souffle tantôt épique (« Lighthouse ») ou délicatement envoûtant (« Down to the Ocean »). Un grand bol d'embruns musicaux, qui s'en plaindrait en période confinée ? D'autant que la chose est servie avec une magnifique pochette, propre à faire travailler l'imaginaire. A vous de rêver le voyage qui accompagnera l'écoute…

http://www.burkingyouth.com/

https://www.facebook.com/Burkingyouth/




mardi 17 novembre 2020

Shaken Soda

 


Question : que se passe-t-il lorsque l'on secoue une bouteille de soda ? Ça pétille, ça fait des bulles, de la mousse et, surtout, la manœuvre se révèle assez périlleuse et le risque est grand de voir la bouteille, et son liquide, vous exploser à la figure. Et bien, Shaken Soda, le groupe, c'est la même chose ! Un bouillonnement créatif assez unique en son genre où les guitares rock survoltées surplombent un disco beat véloce (« Complex Identity », on aurait pas dit mieux!) et des arrangements pop baroques (« My Barbarella ») et primesautiers ("Keep on Running"). En résumé un petit EP joyeux et énergique qui met de bonne humeur, on en a besoin en ce moment !

https://www.facebook.com/ShakenSodaRock/




lundi 16 novembre 2020

Cancre : « Face au vent »

 




Sur la pochette de ce premier EP du trio, Robin Millasseau met le doigt sur la bouche, en signe de silence. Un signe a prendre comme tel tant il est évident que ce nouveau projet des ex-Wicked a des choses à dire. Tout est parti de la découverte d'un recueil de poèmes signés, pendant la première guerre mondiale, de la plume de Marcel Millasseau, arrière grand-oncle des deux frères Robin et Mathias Millasseau, tout deux membres du groupe. Projetée dans une émouvante machine à remonter dans le temps, la fratrie décide aussitôt d'adapter les textes en musique, l'EP que l'on tient entre nos mains aujourd'hui. Au-delà de la qualité littéraire unique et sans commune mesure, le sujet, grave, imprime une ambiance cérémonieuse à l'ensemble, les compositions sont traversées d'un souffle grandiose et épique, contrecarré par des guitares puissantes et une batterie au cordeau (cf. l'instrumental « Rodez »). Sur ce plan là, les anciens Wicked n'ont pas changé. On ne se refait jamais tout à fait. 

https://www.facebook.com/cancre.musique/






dimanche 15 novembre 2020

Yasmine Kyd : « Night Sailin' »

 


Chanteuse plus que précieuse, Yasmine Kyd s'affirme de plus en plus avec ce cinquième effort qu'elle a écrit et produit elle-même en quasi-totalité. Soul et jazz constituent les deux principales influences de la chanteuse qu'elle fait cohabiter ici dans un écrin organique de grande musicalité, le disque a été enregistré dans les conditions du live, faisant la part belle au dialogue entre musiciens. Ainsi, l'album regorge de ces moments précieux où les instruments se répondent (cf. le clavier Rhodes et la guitare sur le titre d'ouverture « On a mission ») tout en suivant la pulsation du swing délicat de la batterie, créant un tapis soyeux où la chanteuse pose son timbre onctueux et élégant, débordant d'un charme vénéneux unique. Intemporel et classique immédiat, le disque évoque une croisière nocturne (cf. le titre), le ciel étoilé et une mer d'huile apaisante. Pas le moindre des mérites de cet album particulièrement appréciable en période confinée. A noter pour finir une belle reprise du « Je suis venu te dire que je m'en vais » de Serge Gainsbourg, une occasion rare d'écouter la chanteuse s'exprimer en français.

http://www.yasminekyd.com/

https://www.facebook.com/Yasmine-KYD-100838081903/

https://yasminekyd.bandcamp.com/





samedi 14 novembre 2020

Johnny Gallagher and The Boxty Band : « A 2020 Vision »

 


C'était à l'Olympia. Avril 2013. Afin de pallier la disparition soudaine d'Alvin Lee, l'ex-Ten Years After, une flopée de guitaristes avaient été invités pour entourer le regretté Johnny Winter. Inconnu parmi d'autres, un « Ogre irlandais », corpulent et à la pilosité totalement déraisonnable, s'échine sur scène. Gallagher, prénom Johnny. Si le patronyme est célèbre dans le petit landerneau du blues et du rock, lui est totalement inconnu au bataillon. Et pour cause : depuis ses débuts en 1997 et sa petite demi-dizaine d'albums, Johnny est resté totalement indépendant. Aucun de ses cinq disques n'a bénéficié d'une distribution ou d'une couverture à la hauteur de son talent. Retour à l'Olympia. Perdu au milieu de la fosse, dans le public, on reste scotché par le musicien et son univers. Sa voix rocailleuse aux effluves de whisky et ses guitares abrasives. Du blues forcément mais pas uniquement. Aussi à l'aise avec ou sans l'amplification, Johnny est à l'exact croisement de la country, du folk mais aussi du (hard) rock des années 1960 et 1970. Un déchaînement électrique mais qui n'est pas dénué de mélodies ou d'harmonies. Entouré de son Boxty Band, où se distinguent ses deux frères jumeaux James et Pauric Gallagher ainsi que le batteur Sean O'Reilly, Johnny accède enfin à un début de reconnaissance avec la sortie de cette compilation, 13 titres issus de ces dix dernières années. Et, on l'espère, un prélude à de belles choses à venir.

https://johnnygallagher.com/

https://www.facebook.com/JohnnyGallagherAndTheBoxtyBand/

https://twitter.com/theboxtyband




jeudi 12 novembre 2020

The Twin Souls : « II »

 


Dans la fratrie Marcos, la gémellité n'est pas un vain mot. Jumeaux, Martin et Guilhem le sont assurément ; connectés ça ne fait aucun doute à l'écoute de leur deuxième EP qui les voit régulièrement s'échanger les instruments sans que l'ensemble ne souffre d'un quelconque manque de cohérence. Car, en effet, il se dégage quelque chose d'évident à l'écoute du duo : du gros son, sale et saturé à point, transcendé par la puissance de la batterie et des riffs bien sentis, où transpirent les influences du rock seventies, et, par extension, du blues, voire de la soul, chargées d'adrénaline. En gros, un disque de facture classique, que l'on ne se lasse pas d'écouter, mais dans un habillage moderne comme en témoigne les arrangements suffisamment audacieux pour apporter un souffle original sans en trahir la nature intrinsèquement rock'n'roll (cf. « From the left to the right »). Un parcours sans faute pour le moment dont on attend la confirmation sur un format long. 

Sortie le 27 novembre.

https://fr-fr.facebook.com/thetwinsoulsband/





mercredi 11 novembre 2020

The Jacques : « The Four Five Three »

 


Nonobstant son patronyme à forte consonance française, The Jacques est bel et bien un quartet britannique dont le premier album, au titre à rebours, sort ces jours-ci. Si jeunes et déjà frappés par la tragédie depuis le décès de leur bassiste Will J. Hicks en mars 2019, avant même la sortie de leur premier effort, les membres du groupe accouchent d'un disque particulièrement mature où plane l'ombre du musicien disparu. Ainsi la teinte sombre et dense qui habille les compositions n'est pas ici une posture ou une pose nostalgique de la cold wave mais l'expression d'une nostalgie profonde que l'on ressent dans le chant lancinant, traînant et de gorge du chanteur Finn O'Brien (« Born Sore »), dans les éclairs fulgurants de la guitare ou les nappes mortifères des claviers qui enrobent ces chansons aux échos cold (« Swift Martin ») ou psychédéliques (« Kiss the Pharaoh »). Une réussite en forme d’ascenseur émotionnel (la primesautière « Do me for a fool »).







mardi 10 novembre 2020

AURUS

 


Originaire de la Réunion, Aurus (aka Bastien Picot) se fait fort avec ce premier EP de marier les contraires, de se faire rejoindre les opposés. Pop et orchestrale, arrangée avec grand soin et beaucoup de cuivres (mellophone, trombone, trompette) la musique d'Aurus ne manque ni d'ambition ni d'ampleur, et s'impose telle une chape de plomb surplombant l'auditeur dans une ambiance pesante et cérémonieuse (« The Abettors »). Une portée sombre transpercée par les percussions, (cf. « Scalp ») rappelant le maloya, ce dérivé de la soul typique de sa chère île natale. Un angle percussif qui apporte une chaleur et une lumière aussi douce que le soleil de La Réunion. Ailleurs, la musique se drape d'atours très émouvants (« Mean World Syndrome »). Enfin la présence sur un titre (« The Abettors ») de la merveilleuse chanteuse Sandra Nkaké renforce ce lien consanguin et naturel entre soul et maloya. Seul petit regret, mais qui sera peut-être corrigé sur un futur album, on aura aimé quelques vers en créole pour densifier encore un peu plus le contraste et prolonger le voyage que représente l'écoute d'un tel disque. Pour le reste, « mi aim a ou » comme on dit chez lui.

https://www.facebook.com/aurusmusic/

https://aurusmusic.com/





lundi 9 novembre 2020

Julien Appalache : « C'est comme ça »



Premier EP pour ce jeune impétrant qui, contrairement à ce que laisse imaginer la pochette, n'est pas que batteur, mais multi-instrumentiste. Ayant fait le choix de chanter dans la langue de Molière, Julien se retrouve de fait à mi-chemin de la chanson et de la pop ; dans un genre assez indéfinissable piochant aussi bien dans les musiques latines (« Le Sommeil » notre préférée) et le jazz oriental à la limite de l'abstraction expérimentale (« RDV à Téhéran », en duo avec Alec Spiegelman). Un univers coloré et débordant de charme, d'ondes positives qui font du bien ("Suis ton cœur") ; bricolé avec ingéniosité et beaucoup de passion. 

https://www.facebook.com/julienappalache/



vendredi 6 novembre 2020

Dalhia : « Hide my face »



La chanteuse Rachel Geffroy a, nous apprends le dossier de presse, débuté dans le rock psychédélique. Influence dont il ne reste plus grand-chose dans ce nouvel EP aux sonorités froides et électroniques, entre électro et cold wave. Presque rien, sauf un petit reste psyché, dans l'hypnotisme qui se dégage de ces compositions aux contours noirs et glacés, et dans les arrangements vaguement orientaux du premier titre « Your bitch is my target ». Un peu de hip hop aussi dans la façon de déclamer les textes, le meilleur moyen pour la chanteuse de marteler son message féministe aux atours horrifiques (cf. « Hide my face » sur le thème de la violence conjugale). 

https://www.facebook.com/Dalhia999






jeudi 5 novembre 2020

Simone : « 01/02 »

 


Et dans tout ce bordel, il y aura au moins une belle histoire : celle du duo Simone ! C'est au mois de mars 2020 que le duo espagnol s'est rendu en France pour enregistrer quelques titres avant de se retrouver coincé, confinement oblige, en studio pour au final accoucher d'une dizaine de pistes. Ce premier EP nous en présente les quatre premières, en une forme de prélude avant la suite. Nous sommes immédiatement enveloppés par la bulle cotonneuse downtempo que nous propose le groupe, entre chant féminin éthéré et électro évanescente, hypnotique et délicate. Le créneau aux confins de la dream pop électronique et du trip hop restait à occuper, c'est désormais chose faîte avec cet EP charmant et propice à la rêverie.

http://www.simoneworld.com/site

https://www.facebook.com/simoneworld/





mercredi 4 novembre 2020

Amazone : « Épisodes »


Tout commence par un battement, évoquant un cœur, suivant une pulsation vaguement jazzy. Très vite, Amazone (au féminin c'est important par les temps qui courent) désarçonne et intrigue sur la petite scène de la pop psychédélique. Déjà parce qu'ils chantent dans la langue de Molière, des voix aériennes et éthérées, ou les genres, masculin, féminin, se fondent dans un grand tout universel. Ensuite, parce que, si le fantôme des années 1970 rôde par là, au détour d'un son de basse rond par exemple, l'age d'or du passé ne semble pas être une obsession ou une priorité pour le quartet. Bien au contraire, les nappes synthétiques et autres guitares cristallines nous orientent vers un ailleurs inconnu entre électronica, post-rock voire un soupçon de shoegaze, urgent et calme à la fois. Un art de marier les contraires qui fait tout le sel de cet EP. 

https://www.facebook.com/amazoneamplifiee
https://b-and-ff.bandcamp.com/album/pisodes





mardi 3 novembre 2020

Martha Fields : "Bad Boy"

Sortie forte opportune, en ce jour d'élection, de cette nouvelle chanson de Martha Fields, où il est question d'un "mauvais garçon" et de ses "jouets de riche", qui "ne porte pas de masque et se prétend un bon homme d'affaires". Mais de qui s'agît-il ? Suivez-mon regard... Le tout dans un geste musical classe et élégant, entre country et swing, joué par des musiciens français puisque la chanteuse est installée dans l'Hexagone. En espérant que, comme le prophétise Martha, un de ces jours on sabre le champagne.

https://texasmartha.com/home

https://www.facebook.com/TexasTwang




dimanche 1 novembre 2020

The Hollywood Stars : « Live on The Sunset Strip – july 18, 2019 »



Chroniquer un album live en 2020, alors que cette même année nous pousse dans des retranchements que l'on n'aurait jamais osé imaginer, n'est forcément pas anodin. Encore moins quand notre chronique a pour objet The Hollywood Stars, formation plus qu'estimable de la scène glam rock des années 1970, tombée dans l'oubli et récemment redécouverte et que l'événement a pour cadre le Whisky A Go Go, lieu mythique s'il en est, et lieu de résidence régulier du groupe entre 1973 et 1977. Et finalement, pris d'un sentiment de nostalgie prégnant, 2019 nous paraît soudainement aussi lointaine que les années 1970 tant il s'est passé de choses depuis le début de l'année… Ainsi l'écoute de l'album revêt une importance particulière, tant les souvenirs et la mélancolie affluent. Un groupe, une scène, du public, des watts et des décibels, autant de reliques du temps jadis. Rien qu'un bon disque de rock, groove imparable et guitares chargées en électricité, c'est commun et énorme à la fois, vu le contexte actuel. On notera toutefois qu'à l'exception du guitariste Chezz Monroe tous les musiciens étaient déjà parties prenantes dans les seventies et que les deux premiers titres « King of the night time world » et « Escape » ne sont pas, comme on l'aurait cru, des reprises de Kiss ou Alice Cooper, puisque les Hollywood Stars ont bien été les premiers à les enregistrer. Une pépite méconnue que nostalgies de tout bords, de glam rock ou, plus généralement des années 1970, seraient bien avisés de redécouvrir. 

https://www.thehollywoodstarsband.com/
https://www.facebook.com/thehollywoodstarsband/