samedi 28 janvier 2012

Interview avec Steve Nawara (Beehive Recordings)




Même si son nom ne vous dit à priori rien, il y a de grandes chances que vous connaissiez Steve Nawara, l’ancien bassiste d’Electric 6 à l’époque du premier album du groupe (à l’époque il se faisait appeler Disco). Depuis son départ du groupe, Steve a joué avec Conspiracy of owls et a également monté son propre label, Beehive Recordings, dédié à la musique de sa ville natale, Detroit, dont il nous détaille le fonctionnement ici. Un témoignage intéressant à plus d’un titre car tout vrai fan de rock ou de soul/rhythm and blues se doit de posséder dans sa discothèque des disques de Detroit…

1) Comment as-tu fondé le label Beehive Recordings ?
Steve Nawara : La musique a toujours irradié depuis Detroit. Il n’y a pas un eu un instant en 100 ans ou la musique n’a pas fait partie de notre culture. Il semblerait qu’ici, tout le monde a un instrument ou a fait partie d’un groupe à un moment donné. Et si ce n’est pas le cas, tu peux être certain qu’ici, au moins, les gens ont des collections de disques impeccables. La difficulté ici c’est de garder le rythme. Beaucoup de chansons sont écrites ici quotidiennement. La plupart de la musique n’est jamais enregistrée ou alors passe inaperçue. Le but principal de Beehive, c’est de préserver notre héritage.

2) Peux-tu nous expliquer le fonctionnement du label ?
S.N : Grâce au digital et aux avancées des méthodes d’enregistrement, on peut enregistrer sans facturer l’artiste et on peut également distribuer notre musique gratuitement au public grâce à notre site internet. Nous sommes un label complètement digital, même si on a beaucoup discuté pour trouver un moyen de faire des vinyles. Peu importe le genre ou la popularité on enregistre la musique de Detroit dans toute sa diversité. On donne notre musique gratuitement. Tout le monde peut venir écouter et télécharger ce qui lui plait, il suffit pour cela de s’inscrire, ce qui est également gratuit. Toutefois on accepte les dons (cliquez ici).

3) Le label est-il né de la frustration ?
S.N : Le label est né de l’amour de la musique de Detroit. Quoi qu’il en soit, il n’y a aucun doute sur le fait qu’avant l’industrie musicale permettait de faire de belles découvertes alors que maintenant on en est arrivé à un point où on te force à écouter. Ici aux Etats-Unis, la radio joue probablement moins de 1 % de la musique qui est créée dans le pays. Au lieu d’attendre que l’industrie nous fasse signe, Beehive offre un moyen de faire découvrir ta musique et de développer ta carrière pendant que tu attends (et probablement pour toujours) le « big deal ».

4) Beehive n’enregistre que la musique de Detroit. Penses-tu que nous sommes sur le point d’assister à la renaissance de la musique de Detroit ?
S.N : Je crois sincèrement que Detroit est la capitale musicale du monde. Depuis des décennies Detroit a créée de nombreux genres musicaux la Motown, le Punk (le MC5 a été le premier groupe a avoir été labellisé comme punk rock), la techno, le revival garage… On a donné naissance à quelques-unes des plus grosses superstars de notre époque Stevie Wonder, Diana Ross, Alice Cooper, Bob Seger, Madonna, Eminem, les White Stripes, juste pour en citer quelques-unes. Tous les jours j’ai la chance d’enregistrer de la musique qui m’inspire encore et encore, alors oui je crois que Detroit est sur le point de renaître. Mais ce sera un revival comme le monde n’en n’a jamais connu. Cela ne sera pas comme par le passé ou un style unique était mis en valeur. Ce sera une vague éclectique qui va submerger le monde.

5) Récemment le Beehive Ball (une revue à l’ancienne façon Motown où une dizaine d’artiste du label se sont succédé sur scène, ndlr) s’est tenu à Detroit. Ce genre d’événement est-il important pour le label ?
S.N : Absolument. Le Beehive ball c’est un moyen de réunir nos fans et de faire la fête. Cela nous permet également de réunir des fonds qui sont indispensables à notre cause. La première édition, en Novembre dernier, a été un énorme succès. Maintenant le Ball va devenir une tradition ici à Detroit. Cela est aussi important par ce que nous sommes une entité entièrement digitale, cela emmène Beehive dans le monde réel.

6) Parle-nous un peu du studio du label. Tu n’utilises que du matériel vintage ?
S.N : Un très bon ami à moi, Phil Cooley, un entrepreneur local, nous a offert un espace dans un immeuble qui a été récemment acheté et rénové. Maintenant cet immeuble abrite des cinéastes, des artistes, des danseurs, des menuisiers, une équipe d’escrime et plein d’autres groupes. L’ensemble forme une sorte de coopérative. On m’a montré la chaufferie de gigantesques fourneaux occupaient tout l’espace. Maintenant tout a été vidé, on a repeint et on a rempli la salle avec tout le matériel vintage que je collectionne depuis des années. Le matériel d’enregistrement vintage est la clé de notre son pour compenser la stérilité de l’enregistrement digital. Tout doit passer par un tube avant d’attaquer la console.

7) Comment tu choisis les groupes avec lesquels tu travailles ?
S.N : Evidemment ils doivent être de Detroit. Mais le plus important, c’est comment la musique t’atteint le « boo boo ». La musique développe une émotion qui existe à peine, intellectuellement parlant. Bien que je sois fan de rock progressif, il manque au prog rock il lui manque l’excitation qui te fait sauter et ce dont le monde a besoin maintenant plus que tout. Le réveil de l’esprit humain.

8) Pourquoi la radio a-t-elle mal tournée ?
S.N : Le capitalisme l’a décapitée. Les Américains ont été convaincus que les monopoles gigantesques sont l’expression d’un marché libre alors qu’en fait il ne s’agit que de despotisme économique. C’est pourquoi la musique s’est globalisée. Tous les genres ont fondus dans cette espèce de bouillon gris. Cela devient difficile de faire la différence entre punk, métal et hip hop quand tu écoutes la radio. Le monde doit retourner à ses propres racines, chacun doit retrouve ce qui fait le cœur de sa communauté et offrir au monde ce qu’il a de meilleur. Et seulement après on réécoutera de la bonne musique à la radio.

9) Tu joues également dans Conspiracy of Owls (excellent groupe dont l’album, un petit chef d’œuvre soit dit en passant, est passé inaperçu faute d’une distribution correcte, ndlr). Un deuxième album est-il prévu ? Une tournée en Europe ?
S.N : Malheureusement, Conspiracy of Owls n’existe plus. Je suis désolé de dire que ma collaboration avec le groupe s’est terminée sur une très mauvaise note. Au cours d’une soirée arrosée un membre du groupe m’a cassé la mâchoire. J’ai ensuite été viré du groupe, parce que je ne pouvais plus assurer les concerts à cause justement de ma mâchoire. Après avoir répété pendant un an, je pense que le groupe s’est lassé des chansons alors que l’on commençait à les jouer en public. C’est vraiment décevant, j’aimais vraiment ce groupe et je n’étais pas le seul. On est resté amis malgré tout en on apprécie de passer du temps ensemble. Mais je suis désolé de te l’apprendre mais il n’y aura pas de deuxième album ni de tournée en Europe…
Propos recueillis par email le 25 janvier 2012.

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