Du haut de son expérience, une carrière débutée dans les années 1970 au sein d’Au Bonheur des Dames, Ramon Pipin n’a toujours pas perdu la foi dans la musique. Son nouvel album, le dix-huitième soit dit en passant, se révèle particulièrement ambitieux et se présente sous la forme d’un double EP. Deux disques, deux ambiances. « C’est mieux que si c’était pire », sept titres dans une veine plutôt enjouée où Ramon montre son savoir-faire en matière de rock humoristique, il est, en effet, l’un d’un rare à ne pas être ridicule en la matière (« Les Chiffons » seule chanson au monde consacrée aux chiffons). Le deuxième EP, « C’est pire que si c’était mieux » représente la face sombre de l’artiste, neuf plages où le ton se veux plus sérieux, voire grave (cf. « Mort devant la télé »). Musicalement, conformément à ses habitudes, Ramon Pipin vise large en faisant appel à un large panel d’instruments divers (harpe, cordes, synthés vintages divers, le Solina notamment) tout en restant fidèle à ses marottes habituelles (cf. le riff Stonien de « Est-ce que tu sais ? »). Enfin, de cette large collection de chansons, un titre émerge, émouvant au possible, « Pitchipoï » en duo avec Sarah. Le titre mérite que l’on s’y arrête une seconde et appelle quelques explications. Née dans le camp de Drancy, parmi les enfants déportés, l’expression « Pitchipoï » (le trou du cul du monde en yiddish) désigne un endroit mystérieux et effrayant soit, vous l’aurez certainement compris, le camp d’Auschwitz où finiront tant de déportés dans les conditions abominables que l’on sait. A l’heure où l’antisémitisme devient, toute honte bue, « tendance », grâce soit rendue à Ramon de ne pas oublier les heures sombres de l’Histoire et de faire honneur, avec autant de talent que de délicatesse, au devoir de mémoire.
En concert le 11 avril au Café de la Danse.
https://ramonpipin.bandcamp.com/album/cest-mieux-que-si-c-tait-pire-cest-pire-que-si-c-tait-mieux
https://www.facebook.com/RamonPipinOfficiel/?locale=fr_FR
