dimanche 25 janvier 2026

BlauBird, Théâtre Antoine Vitez, Ivry, 16 janvier 2026.

C’est très probablement à un acte de naissance que l’on a assisté en ce samedi soir sur la scène du théâtre Antoine Vitez d’Ivry. Masquée derrière un rideau blanc, en ombre chinoise, telle une présence mystérieuse, la chanteuse BlauBird (Laure Slabiak à l’état civil) lance son nouveau projet artistique. La chanteuse apparaît tardivement après une longue introduction instrumentale. Au sein d’un nouveau groupe où se mélangent figures habituelles : Nicolas Beck (tarhu) ou Rémi Fox (saxophone) ; d’autres plus épisodiques (son mari Olivier Slabiak au violon, à la présence scénique plus rare) voire carrément nouvelles (la batterie assurée par Bastian Pfefferli, une première) BlauBird lance la première étape d’un nouveau projet qui doit aboutir à un troisième album sur le thème général de la nuit (au sens propre comme au figuré). D’ici là, la chanteuse teste de nouvelles chansons, en rejoue quelques anciennes, tout en restant fidèle à l’univers qui a fait sa réputation. Les échos du chant lyrique apparaissent lorsque sa voix s’élève au-dessus des contingences, la musique classique (Bizet, Schoenberg) voire baroque (Marin Marais) s’amalgame aux chansons, les langues dialoguent entres elles (arabe, yiddish, français, anglais) dans un geste humaniste, la poésie toujours omniprésente. En ce sens, l’apport de la batterie s’avère fondamental, servant merveilleusement le propos lorsque l’ambiance s’orientalise, et constitue un point d’appui capital pour que la musique s’envole. Enfin, sachons rendre grâce à BlauBird pour ce geste hélas trop rare sur la scène française. Là où d’autres invectivent, vocifèrent, la chanteuse propose une autre voie, plus rare et ô combien précieuse : celle de la tempérance, du dialogue entre les cultures, de l’amitié entre les peuples, de l’acceptation mutuelle, nécessaire étape vers la paix. Qu’elle en soit ici remerciée.

https://blaubird.bandcamp.com/music

https://www.facebook.com/blaubirdmusic/


Martin Dupont + Kas Product Reload, La Marbrerie, 16 janvier 2026.



La foule des grands soirs s’est présentée dans une Marbrerie archi-comble pour une soirée fleurant bon les années 1980.

Soyons honnêtes, personne n’aurait misé un kopeck sur la survie de Kas Product (fleuron cold wave à Nancy dans les années 1980) après le décès du regretté Spatsz en 2019. Loin de passer l’arme à gauche la (toujours aussi sublime) chanteuse/guitariste Mona Soyoc en a décidé autrement relançant la formation en compagnie de Thomas Bouetel (claviers, machines) et du bassiste Pierre Corneau (un vétéran passé par les Nus ou Marc Seberg). C’est donc en trio, et sous le patronyme Kas Product Reload, que la formation s’est présentée sur scène pour un set totalement enthousiasmant mêlant attaque rock frontale, danse gothique et hypnotisme électronique. Magnifique.

https://www.facebook.com/kasproduct.reload


Plus au sud, à Marseille, toujours dans les années 80, se trouvait Martin Dupont (probablement le pire nom de groupe de toute l’histoire) une formation au destin contrarié, un peu oubliée chez nous, mais objet d’un véritable culte à l’international depuis que certaines stars ont samplé sa musique avec un malin plaisir. A la tête du groupe on retrouve Alain Seghir, chirurgien de profession, qui a abandonné la musique pour se consacrer à sa carrière médicale, l’une semblant incompatible avec l’autre. La retraite (médicale) sonnée, Alain a ressorti les synthés, relancé le groupe avec un bonheur total. Un album magnifique, sorti en fin d’année dernière, sous le bras, le groupe se présente en quatuor sur scène (le saxophoniste manque à l’appel) pour un set merveilleux. Sombre et hypnotique, le groupe enveloppe l’auditeur dans une bulle synthétique dark et envoûtante, mené par la voix de gorge traînante d’Alain Seghir (ce dernier retrouve par la suite son accent marseillais quand il s’adresse au public, le contraste est étonnant!) On trippe en musique à leur écoute, on plane sur leurs nappes synthétiques, tel un gothique perdu dans une immense zone noire dans laquelle il fait bon s’égarer. Superbe !

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jeudi 15 janvier 2026

The Twin Souls : « Highs and Lows »

 


A eux deux, les frères Marcos (prénommés Guilhem et Martin) forment un duo pour le moins atypique. Tous deux chanteurs, guitaristes, batteurs, bassistes et claviéristes, la fratrie s’échange régulièrement les instruments et jouent l’intégralité de l’album en duo. Deux Eps avaient déjà permis de découvrir l’étendue de leur talent que vient confirmer ce premier album assez ambitieux, que les deux frères ont eu l’audace de produire eux-mêmes, sans vraie expérience préalable de l’exercice. Et pourtant point de tâtonnement à l’écoute du résultat ! C’est même l’exact inverse. Partant d’une base relativement commune rock garage et d’un gros son inspiré par d’autres fameux duos (Black Keys, White Stripes ou Royal Blood), les deux frères atteignent une ampleur sonore inédite, assument la prise de risque de leurs arrangements, pour finalement atteindre un firmament pop donnant une toute autre dimension à leurs compositions. L’album est certes riche de guitares saturées et brûle de cette urgence garage, les amplis dans le rouge. Une abrasivité qu’ils tempèrent immédiatement par des sifflotements que l’on jurerait issus du corpus d’Ennio Morricone ou des claviers digne des Beatles. Un grand écart constant qui constitue le sel de cet effort particulièrement consistant. A souligner enfin pour finir l’apparition surprise du français sur le titre « C’est la vie ».

En concert au Supersonic Records le 30/01

https://www.facebook.com/thetwinsoulsband

https://thetwinsouls.bandcamp.com/album/highs-lows






dimanche 11 janvier 2026

Atua Blues : « Two Roots »

 


Les histoires les plus improbables sont souvent les plus belles, et celle qui a précédé à l’enregistrement de ce premier album ne nous fera certainement pas mentir. Derrière le patronyme mystérieux d’Atua Blues se cache en fait deux voix bien connues des lecteurs de cette page : Grant Haua et David Noël. Faisant fi des distances folles les séparant, le Néo-Zélandais (fin songwriter et guitariste proprement bluffant) et le chanteur occitan (par ailleurs voix des SuperSoul Brothers) se sont donc lancés dans ce projet de groupe. Un projet bien improbable donc, attendu que la moitié de la surface du globe les sépare. Seul un miracle pouvait les regrouper dans le même studio. Miracle qui n’aura finalement pas lieu puisque tout s’est concocté à distance mais qu’importe puisque l’album est bel et bien entre nos mains et, surtout, qu’il se fraye un chemin entre nos deux oreilles ! Quelques concerts partagés lors des tournées hexagonales de Grant Haua auront suffit aux deux compères pour trouver une alchimie musicale, mais, alors, quelle alchimie ! Two Roots, deux racines, proclament-ils. La formule semble particulièrement heureuse en effet. Voici un album qui coule de source et déroule tranquillement sa chaleur acoustique (« River Blues » ; « I get the blues »), sa ferveur soul/gospel (« No Competition » ; « Amazing Grace » qui ouvre les agapes) et tempère ses velléités rock’n’roll (« Hard Lovin’Woman ») sur un soyeux tapis mélodique (« My Sweet Lord » reprise de George Harrison). Trouvant très probablement ses racines dans les grands classiques des années 60 ou 70, le duo ne fait pourtant pas de la nostalgie le cœur de sa musique. L’alchimie rare de ces deux voix, si particulières, au service d’un jeu de guitare totalement atypique (« Rose ») fait toute la différence et donne son identité au projet. Voici une proposition musicale intemporelle, aussi forte que décalée, qui réchauffe le cœur et les âmes. Un classique instantané, écoutez-le, il fait du bien.



dimanche 4 janvier 2026

Child of Ayin : « Top of the Sinaï »

 


Mené par le chanteur/guitariste franco-américain Jonathan Sellem, Child of Ayin sort son premier album. Un projet bicéphale, le recto est bleu et voit l’artiste incarner le cow-boy, le verso est rouge et voit Sellem se transformer en indien chamanique. Et entre les deux, tout ce que la musique étasunienne racinienne compte de courants, se voit transformer par le prisme cosmique de notre cow-boy. Ainsi, l’album n’est pas avare en arpèges folks délicats où la voix du chanteur se veut caressante, avec un soupçon de country bienvenu. Un voix qui n’a de cesse de se transformer tout du long de l’album : incantatoire quand le gospel s’invite dans les débats, plus affirmée et forte pour escalader le mur de guitares lorsque ces dernières chauffent quitte à flirter avec le métal. Un voyage sonore tourneboulant, et soigné dans les moindres détails. Une réussite.

https://www.facebook.com/childofayin