samedi 14 février 2026

Komodor : « Time And Space »

 


De la pointe bretonne (Douarnenez) nous vient une secousse électrique qui semble née encore plus loin, au-delà de la Manche. Time and Space, nous pose Komodor. La question mérite en effet d’être posée tant le groupe semble posséder des codes qui ne sont ni ceux du rock français ni du 21ème siècle. Temps et endroit. Telle semble être la problématique de ce deuxième album qui s’applique avec un soin maniaque à faire revivre un temps révolu, du siècle ancien, où l’électricité décomplexée menait le jeu. Plus qu’une époque, c’est un émoi que fait renaître Komodor. Celui où un jeune adolescent dans sa chambre découvrait le rock’n’roll, via T-Rex ou le MC5. Entre glam, psychédélique ou garage, Komodor n’a peur de rien, ni du chant maniéré que peu oserait ou de laisser les guitares à l’abrasivité justement contrôlée prendre la poudre d’escampette. Entre deux éclairs électriques, le groupe laisse le champ libre à la répétition hypnotique (« Once upon a time »), au vol sous secousses qui n’attendent que de repartir de plus belle (« Ladies »). Une collection de riffs dévastateurs, il n’y a pas à dire, ça fait du bien ! Et il paraît qu’ils ont même sorti une bière artisanale à boire en écoutant l’album !

En concert le 26 mars à La Maroquinerie (avec After Geography)

https://lnk.to/komodorband

https://www.facebook.com/KOMODORBAND




vendredi 13 février 2026

Handsome Jack : « Barnburners !»

 


Après vingt ans de carrière et douze ans après la sortie de leur premier album, le trio de Lockport (dans la lointaine campagne new-yorkaise) et toujours aussi méconnu chez nous. Quel dommage ! Car avec son cocktail millésimé de blues et de rock garage ce n’est pas les granges qui risquent de prendre feu (comme sous entendu par le titre de l’album) mais plutôt vos enceintes qui, à coup sur, vont s’enflammer. Handsome Jack, c’est le genre de groupe peu écouté auparavant mais qui pourtant semble familier depuis toujours. Le feeling général et le groove enveloppant la musique ramène inévitablement vers le blues hypnotique (« It’s only business » ; « Blue Falls Motel ») alors que lorsque les amplis et les guitares s’emballent, les aiguilles dans le rouge, la chose prend résolument une tournure garage et sauvage (« Let’s go downtown »). Ajoutez à cela un goût très sur, via une reprise impeccable de « Polk Salad Annie », du regretté Tony Joe White, et on obtient un album aussi chouette que rondement mené. Un vrai groupe de rock’n’roll, ça fait du bien !

https://www.facebook.com/handsomejackband

http://www.handsomejackmusic.com/


jeudi 12 février 2026

Necko II

 


Le sublime packaging pourrait rappeler celui d’un groupe gothique. Que nenni ! A l’écoute il ne reste rien de cette première impression visuelle. Venu de Sydney, Australie, Necko se fait fort de renouer avec une tradition séculière du rock’n’roll : le power trio. Ainsi, ce premier album des Australiens est une collection de riff dévastateurs (« Sinner » ; « Wicked Woman ») servis par un sens du groove tout à fait particulier, propre au trio. Tout ceci est bien évidemment éminemment sympathique et donne envie à l’auditeur de sauter au plafond, comme un ado plongeant pour la première fois avec délices dans les affres du rock’n’roll. Mais conscients des limites de la formule, le groupe a le bon goût de varier les plaisirs tâtant de la psychédélie (« Beggar on the throne of gold ») mâtinée de lourdeur métallique (« Bathed in glory » ; « What Remains ») ou sort, par surprise, les guitares folk le temps d’un couplet entre deux amplis en surchauffe (« Hymn of the broken ») faisant ainsi preuve d’une véritable ambition en matière de composition, d’arrangement et de production, dépassant très largement tous les clichés revival 70s que le groupe ne manquera pas d’attirer par ailleurs. C’est une excellente surprise.

https://www.facebook.com/neckoband/




mercredi 11 février 2026

Tio Manuel : « The Track of the magnificient 9 »

 


Après la septième route, Tio Manuel (a.k.a. Manuel Castillo) nous mène sur la piste des « Magnificient 9 ». Car il en est ainsi avec Manu, chaque album est numéroté suivant son ordre dans sa discographie, le présent disque est donc son neuvième. Neuf efforts au cours desquels Manu, l’ancien punk, s’est métamorphosé en auteur/compositeur entre folk et blues. L’Amérique est toujours au cœur des préoccupations de Manu, dans la grandeur de ses paysages (« Polvo en el alma »), dans ses dérives politiques également (« El Golfo »). Ce nouvel album ne déroge pas à la règle et reste fidèle à cette proposition musicale affinée avec les années. Au folk et au blues tutélaires, Manu ajoute un piment Tex-Mex personnel, quelques textes en espagnol, fidèle à ses origines, et un jeu de guitare à se faire soulever la poussière du désert (« Fall-La Caida » ; « Hope is better than dope ») lorsque les moteurs rugissent (« Let’s Ride »). Désormais installé en Bretagne, Tio Manuel est toujours amoureux des grands espaces qu’il s’applique à décrire en musique et s’offre même un petit détour par la Nouvelle-Orléans en fin de programme (« Louisiana Blues »). Une réussite.

https://tio-manuel.com/

https://tiomanuel.bandcamp.com/album/the-track-of-the-magnificent-9

FACEBOOK





mardi 10 février 2026

Nelson B. Le Bronx : « Bad Mojo »

 


Voici un disque tout à fait étonnant par son ampleur et son ambition sur la scène française. En effet, Nelson B. Le Bronx a choisi de s’exprimer dans un registre relativement inédit par chez nous, celui de la country music. Un genre tout à fait respectable, séculaire outre-Atlantique, mais peu compris et très méconnu de ce côté-ci de l’océan. Et c’est tout à fait dommage en vérité. D’autant que M. Le Bronx possède de sérieux atouts pour se distinguer dans le domaine. Un grain de voix tout d’abord, éraillé et sentant le vécu. D’autant plus que le chant en anglais est parfait, sans accent perturbateur et aussi vrai que nature. L’écrin musical se révèle à l’avenant, doux et mélodique (« Hear me roar » en duo avec Dear Adèle) et n’est pas exempt d’un excès de fièvre rock’n’roll bienvenu (« Broke as a joke »). Entouré de ses comparses, violon et harmonica entre autres, Nelson B. Le Bronx nous offre un album des plus séduisants situé au carrefour du folk, du blues, de la country et du rock’n’roll, à l’instar du regretté Calvin Russell.

https://www.lebronx.net/badmojo/





lundi 9 février 2026

Rodney Crowell

 


Airline Highway (2025)


S’il est un fait que son album précédent (voir ci-dessous) avait mis en lumière, c’est bien celui-ci, Rodney Crowell sait s’entourer. Ce nouveau disque s’inscrit dans cette même veine puisqu’on y retrouve Lukas Nelson (Promise of the Real), Larkin Poe ou Charlie Starr (Blackberry Smoke). La fine équipe a réussi a entraîner l’artiste, une figure majeure du songwriting country/folk, vers un terrain plus rock’n’roll, plus électrique (« Rainy Days in California » ; « Some Kind of Woman »), sans pour autant trahir son univers personnel façonné depuis un demi-siècle. Du haut de son immense expérience, Rodney Crowell sait comment faire un disque mais il garde les oreilles curieuses et ouvre son univers à des musiciens ayant l’age d’être ses enfants. Le résultat est d’une grande fraîcheur tout en conservant ce sentiment d’intemporalité, marque de fabrique de ses disques récents.



 The Chicago Sessions (2023)


« Je ne vais pas vivre très longtemps comme ça » clamait-il sur la pochette de son premier album en 1978. Quarante-cinq ans plus tard, non seulement Rodney Crowell est toujours là mais il est dans une forme remarquable ! Avec son visuel évoquant une carte postale, quasiment la même pochette que son premier disque remise au goût du jour, Rodney nous envoie des nouvelles. Une carte postale de Chicago où le disque a été enregistré en compagnie de Jeff Tweedy (Wilco) dans le studio de ce dernier (The Loft) en compagnie de musiciens texans et de deux batteurs chicagoans dont Spencer Tweedy, le fils de Jeff. Et le résultat est un pur bonheur d’écoute ! Un disque dont le nombre limité d’intervenants confère une grande unité de style et un sentiment d’intimité paratagée pour l’auditeur. Les musiciens se sont visiblement fait plaisir sur ce projet et ce dernier est communicatif ! Une main dans le folk et une autre dans la country, la troupe délivre une collection de chansons intemporelles aux allures de classique instantané.

 En concert le 30 avril 2026 au Café de la Danse.

https://www.facebook.com/RodneyCrowellOfficial

https://rodneycrowell.com/






jeudi 5 février 2026

« De quelle couleur est la passion ? » Album hommage à Philippe Pascal

 


Un véritable voile tragique entoure le groupe Marquis de Sade, dont le présent album rend hommage à son chanteur, Philippe Pascal, décédé en 2019, quelques années avant la disparition, dans des circonstances assez troubles, du guitariste Frank Darcel, également membre de Marquis de Sade, en 2024. Mais revenons à Philippe Pascal qui nous occupe aujourd’hui. En dehors de Marquis de Sade, Philippe Pascal a été le chanteur des groupes Marc Seberg et Philippe Pascale, deux formations fondés avec sa compagne Pascale Le Berre, la cheville ouvrière du présent album hommage. Philippe Pascal aura donc été une personnalité forte du rock français, une voix unique brillant d’un étrange charisme, un personnage mystérieux et mélancolique, autant de qualificatifs décrivant à la perfection ses chansons. Délicat et désenchanté (« Les Ailes de Verre » par Nouvelle Vague et Jeanne Cherhal), en partie acoustique, l’album est une réussite mélodique (cf. « Jeux de Lumières » par Axelle Renoir) permettant de faire revivre, dans un effet miroir, la scène des années 1980 au travers de quelques illustres de ses représentants tels qu’Etienne Daho ou Denis Bortek (Jad Wio). Outre un titre de Marc Seberg (« Recueillement ») qui ouvre le disque, on retrouve à mi-programme une pépite inédite de Philippe Pascale, « I am a book », enregistrée en l’an 2000. Attention, on achève l’écoute de cet album rare relativement tourneboulé.





mardi 3 février 2026

Stone of a bitch : « Ludwigtory »

 


Reprenant à son compte une esthétique qui fit, naguère, les beaux jours de groupes fameux, et ce depuis Kiss dans les années 1970, Ludwig arbore un sublime masque de tête de mort à crête. Ceci ajouté à la photo d’un ampli après implosion dans l’artwork intérieur du disque pourrait laisser à penser que l’on est en présence d’un nouvel avatar punk. Ce qui est à la fois vrai mais par trop réducteur. Du punk Ludwig en a gardé l’attitude et une certaine appétence pour les guitares saturées, dans une juste mesure, qui parsèment le disque (« Shacket to the royal »). Et qui en l’espèce s’amalgament à des nappes électro (la magnifique « Home » flirtant avec la cold wave), pour un résultat parfois surprenant, comme « ł-Twin », la moins rock et peut-être la meilleure de cette courte livrée.

https://www.facebook.com/StoneofaB





dimanche 1 février 2026

The Harlem Gospel Travelers : « Rhaspody »

 


C’est ce bon vieux Eli « Paperboy » Reed qui a suggéré à Ifedayo, George Marage et Dennis Keith Bailey III, un magnifique trio de chanteurs, d’enregistrer cet album de reprises piochées dans le catalogue de Numero Group. N’y allons pas par quatre chemins, le résultat est absolument sublime ! Ancré dans le gospel, mais aussi la soul, dans la grande tradition des années 1960 et 1970, le disque est à la hauteur des grands classiques du genre. Entouré d’un groupe aux petits oignons (dont Eli « Paperboy » Reed à la guitare), le groupe magnifie les reprises, toutes débordantes de soul et de groove. Véritables Temptations des temps modernes, les trois membres des Harlem Gospel Travelers se relaient derrière le micro, le trio en profite pour varier les plaisirs, de la voix de tête parfaite pour les ambiances plus soul au timbre de gorge plus musclé pour les titres débordants de ferveur gospel. Trente et une minutes, c’est presque avec frustration, un sentiment de trop peu, que s’achève l’écoute de ce merveilleux album, dont la moindre seconde est à chérir.

En concert le 2 février à La Maroquinerie (Festival Les Nuits de l’Alligator)

https://www.facebook.com/harlemgospeltravelers




samedi 31 janvier 2026

The Twin Souls + Saint Negus, Supersonic Records, 30 janvier 2026.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, commençons l’année par une bonne claque ! Musicale bien entendu ! La scène se passe dans la petite salle du Supersonic Records, ancien disquaire reconverti en salle de concert, et sur la dite scène nous retrouvons Saint Negus soit trois musiciens guitare, basse, batterie. Très classique. Mais boosté par une énergie hors du commun les trois lascars possèdent ce petit je ne sais quoi qui donne envie de sauter au plafond (coucou les agités du premier rang!) Les compositions, dopées au décibels font le lien entre le classic (hard) rock des années 1970 et les années 1990 (cf. la reprise de « Killing in the name of » de Rage Against The Machine) et le bassiste nous gratifie d’un solo, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Cependant lorsque la tempête de décibels se calme autour de lui Saint Negus laisse transparaître un grain de voix sensible et émouvant (spécialement sur le dernier titre chanté en arabe). Comme quoi il n’est pas seulement question de rage et de fureur mais aussi, surtout, de musique. Le genre de concert qui fait du bien, c’est réjouissant !

https://www.facebook.com/st.negus


Il y a des formations qui possèdent un petit quelque chose en plus qui, au-delà de la musique, sont une famille. C’est le cas avec le duo qui nous occupe aujourd’hui, les Twin Souls, originaire de Toulouse et composé de la fratrie Martin et Guilhem Marcos, fusionnels au point de boire dans la même gourde. Autre originalité, les deux sont multi-instrumentistes et s’échangent régulièrement (tous les deux titres environ) le tabouret derrière la batterie tout comme le chant lead et la guitare. Etre à deux signifie également faire le maximum avec les moyens à disposition comme d’assurer les claviers avec le pied tout en jouant de la guitare (sinon ce n’est pas drôle). Pour le reste, comme il est de coutume, le groupe fait chauffer les amplis et envoie le watt mais pas seulement. Possédant suffisamment de tiroirs leurs compositions sont une sorte de trait d’union entre le rock garage, les guitares abrasives en ingrédient principal, et la pop plus sophistiquée. On décèle même une pointe de groove grâce aux claviers. Les compositions changent souvent de direction, réservent de nombreuses surprises, coupes diverses et break de batterie à la clé. Le tout joué avec enthousiasme, énergie et charisme. Super groupe !

https://www.facebook.com/thetwinsoulsband


vendredi 30 janvier 2026

The James Hunter Six : « Off The Fence »

 

C’est une excellente nouvelle pour bien commencer l’année : The James Hunter Six a sorti un nouvel album ! Une sortie en forme de nouveau départ pour le Britannique, dorénavant signé sur le label de Dan Auerbach, qui inaugure ainsi de fort belle manière cette nouvelle collaboration. Autre bonne nouvelle, la voix de James Hunter, qui semblait cassée, éraillée, sur les derniers disques, retrouve sur ce nouvel effort tout l’éclat (ou presque) de ses jeunes années. Autour de lui, son groupe tresse l’écrin parfait pour le crooner. Il est bien entendu question de soul, voire de blues, mais très largement teintée d’une couleur jazzy toujours aussi raffinée. Une rareté sur la scène soul britannique. L’album dégage ainsi un swing élégant, magnifié par une écriture soignée et produite au millimètre (« Gun Shy »). Les aficionados du Britannique savent qu’il n’y a rien de réellement nouveau ici, mise à part les arrangements calypso sur le titre d’ouverture («Two birds with one stone »). Mais qu’importe, intemporelle, la musique de James Hunter n’a pas d’âge et s’écoute avec toujours autant de plaisir.

En concert le 7 février au New Morning.

https://www.jameshuntermusic.com/

https://www.facebook.com/TheJamesHunterSix/



jeudi 29 janvier 2026

Eric Bibb : « One Mississippi »

 


Incarnation de l’élégance absolue, la classe musicale faîte homme, Eric Bibb sort un nouvel album ! Les fidèles de cette page le savent, le savoir-faire musical et le raffinement d’Eric Bibb n’a que peu d’équivalent et ce n’est pas ce nouvel effort qui nous fera mentir. Habitué des arpèges acoustiques délicats, toujours présents sur ce disque mais de manière plus parcellaire (cf. « Go Down Ol’Hanna » ; « New Window ») Eric a cependant changé de costume optant pour un univers plus orienté funk/pop. Un soupçon de groove supplémentaire habite donc la musique, ce qui convient parfaitement à son timbre de voix, toujours aussi velouté, et lui permet de dominer de la tête et des épaules ces arrangements pop en leur conférant une âme bienvenue. Car si l’habit change un peu sur certains morceaux, le fond reste le même. Toujours fidèle à lui-même Eric Bibb reste ce songwriter pétri de blues, de folk et d’americana (cf. « The Good Life »), genres qu’il aborde avec la sagesse d’un vieux maître et une grande humanité. Une réussite supplémentaire à mettre au crédit de ce grand artiste.

En concert le 20/02 au New Morning.

https://www.ericbibb.com/

https://www.facebook.com/EricBibbMusic





mercredi 28 janvier 2026

Kloé Lang : « Interstices »

 


Sur ce deuxième EP, la chanteuse nous invite à nous glisser dans les interstices, ceux séparant le calme et la tempête, la joie et la peine… Et au bout du tunnel, on l’espère, l’espoir. Ce dernier prend ici la forme de six chansons qu’il soit question de surmonter un deuil (« La peine s’en va ») ou une relation toxique (« Mon Vautour »). La réflexion se poursuit sur le plan musical où les arrangements se glissent également entre des interstices séparant la chanson de l’électro, les sonorités organiques des claviers vintages ou autres audaces sonores (« Sirène »). Une palette sonore assez large, magnifiée par le Britannique Michael Wookey, constituant un magnifique écrin pour le chant émotif et émouvant de Kloé qui n’est pas sans rappeler Barbara.

En concert le 18/03 aux Trois Baudets

Www.kloelang.com




mardi 27 janvier 2026

Telemac

 


Venu de Montpellier, ce jeune quatuor se distingue par une approche oblique du rock où les influences s’amalgament avec bonheur. Ainsi, Telemac se révèle à l’aise dans le maniement expert des guitares, carrées et efficaces, à la manière des groupes garage (cf. « Through My Love ») sans les afféteries sixties inhérentes au genre. Une approche directe qui ne les fait pas renoncer à des arrangements ambitieux, aux claviers de toute sortes donnant une dimension « spatiale » au groupe, psychédélique voire progressive (« Firefly », « A Bit Of Blue Sky ») à leurs compositions. On plane à l’écoute de l’EP (« Two For The Best »), mais attention, c’est parfois dans l’obscurité lorsque la pièce se retourne du côté de la cold/new wave (« Motherland »). Si on rajoute à l’équation une appétence certaine pour le rock anglais, perceptible dans le chant, on n’est pas loin d’obtenir, si ce n’est un graal rock, de fort séduisants débuts. Prometteur !

https://www.facebook.com/telemacmusic




dimanche 25 janvier 2026

BlauBird, Théâtre Antoine Vitez, Ivry, 16 janvier 2026.

C’est très probablement à un acte de naissance que l’on a assisté en ce samedi soir sur la scène du théâtre Antoine Vitez d’Ivry. Masquée derrière un rideau blanc, en ombre chinoise, telle une présence mystérieuse, la chanteuse BlauBird (Laure Slabiak à l’état civil) lance son nouveau projet artistique. La chanteuse apparaît tardivement après une longue introduction instrumentale. Au sein d’un nouveau groupe où se mélangent figures habituelles : Nicolas Beck (tarhu) ou Rémi Fox (saxophone) ; d’autres plus épisodiques (son mari Olivier Slabiak au violon, à la présence scénique plus rare) voire carrément nouvelles (la batterie assurée par Bastian Pfefferli, une première) BlauBird lance la première étape d’un nouveau projet qui doit aboutir à un troisième album sur le thème général de la nuit (au sens propre comme au figuré). D’ici là, la chanteuse teste de nouvelles chansons, en rejoue quelques anciennes, tout en restant fidèle à l’univers qui a fait sa réputation. Les échos du chant lyrique apparaissent lorsque sa voix s’élève au-dessus des contingences, la musique classique (Bizet, Schoenberg) voire baroque (Marin Marais) s’amalgame aux chansons, les langues dialoguent entres elles (arabe, yiddish, français, anglais) dans un geste humaniste, la poésie toujours omniprésente. En ce sens, l’apport de la batterie s’avère fondamental, servant merveilleusement le propos lorsque l’ambiance s’orientalise, et constitue un point d’appui capital pour que la musique s’envole. Enfin, sachons rendre grâce à BlauBird pour ce geste hélas trop rare sur la scène française. Là où d’autres invectivent, vocifèrent, la chanteuse propose une autre voie, plus rare et ô combien précieuse : celle de la tempérance, du dialogue entre les cultures, de l’amitié entre les peuples, de l’acceptation mutuelle, nécessaire étape vers la paix. Qu’elle en soit ici remerciée.

https://blaubird.bandcamp.com/music

https://www.facebook.com/blaubirdmusic/


Martin Dupont + Kas Product Reload, La Marbrerie, 16 janvier 2026.



La foule des grands soirs s’est présentée dans une Marbrerie archi-comble pour une soirée fleurant bon les années 1980.

Soyons honnêtes, personne n’aurait misé un kopeck sur la survie de Kas Product (fleuron cold wave à Nancy dans les années 1980) après le décès du regretté Spatsz en 2019. Loin de passer l’arme à gauche la (toujours aussi sublime) chanteuse/guitariste Mona Soyoc en a décidé autrement relançant la formation en compagnie de Thomas Bouetel (claviers, machines) et du bassiste Pierre Corneau (un vétéran passé par les Nus ou Marc Seberg). C’est donc en trio, et sous le patronyme Kas Product Reload, que la formation s’est présentée sur scène pour un set totalement enthousiasmant mêlant attaque rock frontale, danse gothique et hypnotisme électronique. Magnifique.

https://www.facebook.com/kasproduct.reload


Plus au sud, à Marseille, toujours dans les années 80, se trouvait Martin Dupont (probablement le pire nom de groupe de toute l’histoire) une formation au destin contrarié, un peu oubliée chez nous, mais objet d’un véritable culte à l’international depuis que certaines stars ont samplé sa musique avec un malin plaisir. A la tête du groupe on retrouve Alain Seghir, chirurgien de profession, qui a abandonné la musique pour se consacrer à sa carrière médicale, l’une semblant incompatible avec l’autre. Après un hiatus long de plusieurs décennies, Alain a ressorti les synthés, relancé le groupe avec un bonheur total. Un album magnifique, sorti en fin d’année dernière, sous le bras, le groupe se présente en quatuor sur scène (le saxophoniste manque à l’appel) pour un set merveilleux. Sombre et hypnotique, le groupe enveloppe l’auditeur dans une bulle synthétique dark et envoûtante, mené par la voix de gorge traînante d’Alain Seghir (ce dernier retrouve par la suite son accent marseillais quand il s’adresse au public, le contraste est étonnant!) On trippe en musique à leur écoute, on plane sur leurs nappes synthétiques, tel un gothique perdu dans une immense zone noire dans laquelle il fait bon s’égarer. Superbe !

FACEBOOK

jeudi 15 janvier 2026

The Twin Souls : « Highs and Lows »

 


A eux deux, les frères Marcos (prénommés Guilhem et Martin) forment un duo pour le moins atypique. Tous deux chanteurs, guitaristes, batteurs, bassistes et claviéristes, la fratrie s’échange régulièrement les instruments et jouent l’intégralité de l’album en duo. Deux Eps avaient déjà permis de découvrir l’étendue de leur talent que vient confirmer ce premier album assez ambitieux, que les deux frères ont eu l’audace de produire eux-mêmes, sans vraie expérience préalable de l’exercice. Et pourtant point de tâtonnement à l’écoute du résultat ! C’est même l’exact inverse. Partant d’une base relativement commune rock garage et d’un gros son inspiré par d’autres fameux duos (Black Keys, White Stripes ou Royal Blood), les deux frères atteignent une ampleur sonore inédite, assument la prise de risque de leurs arrangements, pour finalement atteindre un firmament pop donnant une toute autre dimension à leurs compositions. L’album est certes riche de guitares saturées et brûle de cette urgence garage, les amplis dans le rouge. Une abrasivité qu’ils tempèrent immédiatement par des sifflotements que l’on jurerait issus du corpus d’Ennio Morricone ou des claviers digne des Beatles. Un grand écart constant qui constitue le sel de cet effort particulièrement consistant. A souligner enfin pour finir l’apparition surprise du français sur le titre « C’est la vie ».

En concert au Supersonic Records le 30/01

https://www.facebook.com/thetwinsoulsband

https://thetwinsouls.bandcamp.com/album/highs-lows






dimanche 11 janvier 2026

Atua Blues : « Two Roots »

 


Les histoires les plus improbables sont souvent les plus belles, et celle qui a précédé à l’enregistrement de ce premier album ne nous fera certainement pas mentir. Derrière le patronyme mystérieux d’Atua Blues se cache en fait deux voix bien connues des lecteurs de cette page : Grant Haua et David Noël. Faisant fi des distances folles les séparant, le Néo-Zélandais (fin songwriter et guitariste proprement bluffant) et le chanteur occitan (par ailleurs voix des SuperSoul Brothers) se sont donc lancés dans ce projet de groupe. Un projet bien improbable donc, attendu que la moitié de la surface du globe les sépare. Seul un miracle pouvait les regrouper dans le même studio. Miracle qui n’aura finalement pas lieu puisque tout s’est concocté à distance mais qu’importe puisque l’album est bel et bien entre nos mains et, surtout, qu’il se fraye un chemin entre nos deux oreilles ! Quelques concerts partagés lors des tournées hexagonales de Grant Haua auront suffit aux deux compères pour trouver une alchimie musicale, mais, alors, quelle alchimie ! Two Roots, deux racines, proclament-ils. La formule semble particulièrement heureuse en effet. Voici un album qui coule de source et déroule tranquillement sa chaleur acoustique (« River Blues » ; « I get the blues »), sa ferveur soul/gospel (« No Competition » ; « Amazing Grace » qui ouvre les agapes) et tempère ses velléités rock’n’roll (« Hard Lovin’Woman ») sur un soyeux tapis mélodique (« My Sweet Lord » reprise de George Harrison). Trouvant très probablement ses racines dans les grands classiques des années 60 ou 70, le duo ne fait pourtant pas de la nostalgie le cœur de sa musique. L’alchimie rare de ces deux voix, si particulières, au service d’un jeu de guitare totalement atypique (« Rose ») fait toute la différence et donne son identité au projet. Voici une proposition musicale intemporelle, aussi forte que décalée, qui réchauffe le cœur et les âmes. Un classique instantané, écoutez-le, il fait du bien.



dimanche 4 janvier 2026

Child of Ayin : « Top of the Sinaï »

 


Mené par le chanteur/guitariste franco-américain Jonathan Sellem, Child of Ayin sort son premier album. Un projet bicéphale, le recto est bleu et voit l’artiste incarner le cow-boy, le verso est rouge et voit Sellem se transformer en indien chamanique. Et entre les deux, tout ce que la musique étasunienne racinienne compte de courants, se voit transformer par le prisme cosmique de notre cow-boy. Ainsi, l’album n’est pas avare en arpèges folks délicats où la voix du chanteur se veut caressante, avec un soupçon de country bienvenu. Un voix qui n’a de cesse de se transformer tout du long de l’album : incantatoire quand le gospel s’invite dans les débats, plus affirmée et forte pour escalader le mur de guitares lorsque ces dernières chauffent quitte à flirter avec le métal. Un voyage sonore tourneboulant, et soigné dans les moindres détails. Une réussite.

https://www.facebook.com/childofayin