mercredi 29 février 2012

Michel Petrucciani



(Re)découvrez la vie et la musique du pianiste jazzman Michel Petrucciani le temps de cet excellent documentaire. Disponible en dvd.

The Artist


Je n’ai pas pu me priver de ce petit plaisir coupable, celui d’évoquer le temps de ce billet le film « The Artist » l’un de mes coups de cœur de l’année cinématographique. Ce film m’a beaucoup touché et voici pourquoi.

A moins d’être sourd, muet et aveugle il est impossible d’avoir échappé à la tornade médiatique qui s’est développée autour du film de Michel Hazanavicius, The Artist, ces derniers jours. Parmi la kyrielle de récompenses obtenues par le film au quatre coins du globe il en est une qui me semble particulièrement pertinente et sur laquelle j’aimerais revenir, l’Oscar de la meilleure musique remportée par le compositeur Ludovic Bource. Car pour une fois, l’Académie a eu le bon goût de récompenser un projet particulièrement musical. Cela n’aura échappé à personne, The Artist est un film muet. Conséquence directe, il y a beaucoup plus de musique dans ce film que dans une production parlante « classique ». Le score n’est pas uniquement présent dans le fond pour souligner l’intensité dramatique ou les scènes d’actions comme une sorte de fond sonore. Non, la partition de Ludovic Bource, fait partie intégrante de film et de son scénario et est présente quasiment du début à la fin. En outre la musique fait partie des astuces, au même titre que les cartons, dénichées par Michel Hazanavicius pour compenser l’absence de dialogues. De plus cet Oscar vient récompenser un travail fait à l’ancienne, avec grand orchestre, celui philharmonique de Flandres à Bruxelles, de 80 musiciens et puisant sa source dans la musique classique et le jazz swing. Hélas, hélas, hélas, de la grande bande originale au grand disque il y a parfois une marche considérable. Ce qui fait la force de The Artist, le film est aussi ce qui tue The Artist, le disque comme un couteau à double tranchant. Comme on l’a évoqué plus haut, la musique est présente quasiment du début à la fin, autre conséquence, malheureuse pour le coup, les thèmes, aussi excellents soient-ils par ailleurs (notamment « George Valentin » plein de swing), sont longs, très longs voir trop longs. On sent parfois une pointe de lassitude poindre le bout du nez. The Artist, tombe alors dans le travers classique des bandes originales de film qui perdent de leur impact dès lors qu’elles sont écoutées sans les images qu’elles sont supposées soutenir. Même si en l’espèce The Artist tient largement la route. Mais quoi qu’il en soit que tout cela ne vous empêche pas de (re)découvrir ce petit bijou lors de sa (troisième !!!!) ressortie en salles ce mercredi.



lundi 27 février 2012

Candy Flesh, Les Combustibles, 25 février 2012.


Il n’y a pas à dire mais une bonne petite explosion de rock n’roll, il n’y a rien de mieux pour égayer un week end. Et en matière d’explosion on a été plutôt bien servis en ce samedi soir avec Candy Flesh sur la scène des Combustibles, sympathique bar/salle de concert/restaurant situé à côté de la gare de Lyon. Candy Flesh donc nous avait laissé sur une excellente impression avec son premier album « Psychotic tales » (chronique ici), habile mélange entre rock garage et grunge. L’impression se confirme donc en live où les frontières entre styles et époques s’effacent au profit de l’énergie. Le socle rythmique (Goul à la basse et Laurent Léonard à la batterie) est solide et donne l’assise au guitariste dandy Stéphane Dalle pour parsemer son gros son d’un swing salutaire. Il ne s’agit pas seulement de faire du bruit, il faut le faire avec classe. Quant à la chanteuse Clara Dalle, c’est une petite riot girl en puissance qui chante, qui crie et fait le spectacle en montant sur l’ampli de basse. Un petit regret toutefois, sa voix n’est pas toujours bien mise en valeur et est parfois noyée dans le déluge de décibels. En tout cas, la formule a plutôt bien marchée auprès du public à tel point que Stéphane le guitariste a joué le dernier titre depuis la fosse au milieu du public en faisant face aux autres membres du groupe restés sur scène. Le public était tellement chaud, qu’il a refusé de les laisser partir et à exigé d’eux un rappel alors que rien n’avait été répété. Pas grave il en faut plus pour arrêter les Candy Flesh qui se sont alors lancé dans un long titre hypnotique et psychédélique en hommage à Jim Morrisson, dévoilant là une autre facette de leur talent. Le groupe a fini à genoux, la tête baissée vers le sol au bout d’une longue dérive psyché noisy. Fort !!!
  

Kitty, Daisy and Lewis + Lindi Ortega + Possessed by Paul James, La Maroquinerie, 24 février 2012.


Possessed by Paul James



Pour cette dernière soirée des nuits de L’Alligator on commence par le Texan Possessed by Paul James qui se produit en solo alternant entre guitare, banjo et violon. Six titres, deux à chaque instruments, fortement teintés de country. Un peu court pour se faire une idée, surtout si on ne connaît pas le répertoire au préalable, mais pas désagréable car joué avec conviction. Un beau succès en tout cas auprès du public et une première partie assez dépaysante.

Lindi Ortega
Vint ensuite un gros coup de cœur pour la toute mimi Lindi Ortega. Une jeune artiste canadienne originaire de Toronto qui, mine de rien, enregistre depuis 2001 dans un relatif anonymat. En tout cas son répertoire entre folk, country et rock n’roll possède un charme fou et met en valeur ses grandes capacités vocales. Beaucoup d’humour aussi sur scène. Et une méthode de vente imparable pour écouler des cds à la fin du set : offrir un « free hug » à chaque cd acheté.

Kitty Daisy and Lewis

On termine par le groupe familial britannique Kitty, Daisy and Lewis dans lequel on avait placé beaucoup d’espoirs un peu déçus par un deuxième album pas mauvais mais surproduit et beaucoup moins roots que leur premier effort. En tout cas sur scène Kitty Daisy and Lewis restent un groupe rockabilly féroce et plein de swing. La fratrie s’échange régulièrement les instruments et chacun passe à son tour derrière la batterie et/ou le piano et le micro Lewis et Daisy se chargeant des guitares à tour de rôle. Daisy soufflant également dans l’harmonica alors que Kitty préfère jouer du piano comme s’il s’agissait d’un djembé. Sur scène ils sont également encadré par leurs parents, le père assure la rythmique à la guitare folk, la maman jouant pour sa part de la contrebasse. Ils ont également un invité spécial en la personne du Jamaïcain Tah Tah venu jouer de la trompette sur quatre titres apportant un note exotique. Le répertoire oscille entre country et rockabilly même si on peut déceler ça et là quelques tentatives plus funky mais jouer à l’ancienne. Un concert remarquable en forme d’explosion de joie.

dimanche 26 février 2012

Portrait Black Minou




C’est un Yarol Poupaud, souriant et détendu que l’on a retrouvé une fin d’après-midi pour évoquer ses nombreux projets…
Les trois frères Poupaud Black Minou

Depuis la fin de F.F.F. dont il fût le guitariste, Yarol Poupaud s’est démené tant sur scène qu’en studio pour faire vivre une scène rock en France. Même si il est loin d’être le seul, son nom a été associé à des dizaines de projets ces dernières années comme musicien au sein d’Heartbreak Hotel (avec le regretté Nikola Acin) ou dans le duo blues The Hub ou comme producteur, pour Bad Mama Dog, les Parisians (publiés sur son propre label Bonus Tracks Records) et plus récemment avec Hooka Hey et Marshmallow. Un emploi du temps bien rempli que le principal intéressé nous conte par le menu entre deux gorgées de thé, « en ce moment on termine la tournée avec Winston McAnuff (il officie en temps que bassiste et guitariste au sein du Bazbaz Orchestra qui accompagne Winston). Aujourd’hui, je suis allé tester le matos pour la future tournée avec Johnny Hallyday et maintenant j’assure la promo de mon nouveau groupe Black Minou » qui est son premier projet vraiment personnel depuis longtemps. Après ces longues séances de studio, Yarol a éprouvé le besoin de revenir sur scène car comme il le dit lui-même : « Ce n’est pas avec un concert par mois que j’ai ma dose. Et puis je suis plus à ma place sur scène avec ma guitare qu’en studio ». Pour se faire Yarol a rameuté ses deux frères Melvil à la basse et César à la guitare, le groupe étant complété par le batteur Thibault Lecoq et le guitariste Aurélien Turbant : « Avec Melvil on fait de la musique ensemble depuis toujours. Il y a eu Mud dans les années 90 et on a fait son album solo au début des années 2000 ». Dans les faits, environ une dizaine de musiciens gravitent dans la sphère Black Minou (notamment l’ancien As Dragon Fred Jimenez ou les membres de Gush) : « Moi je suis là tout le temps, après on fait en fonction des disponibilités de chacun. Melvil tourne beaucoup de films et César va bientôt être papa ». Il n’empêche, trois guitaristes pour un seul groupe ça fait quand même beaucoup : « Moi j’ai fait beaucoup de trio, d’avoir d’autres guitaristes avec moi, ça me soulage, surtout quand je dois chanter. J’aime bien cette formule. En général les deux autres guitares font la même chose, ils assurent la rythmique ». Le projet Black Minou est né sur scène, plus précisément au Lautrec, ce petit café/bar de Pigalle doté d’une mini salle de concert dans sa cave. C’est là que la bande a pris l’habitude de jouer tous les jeudis soir, en prenant soin de renouveler régulièrement son répertoire : « Toutes les semaines je rajoutait de nouvelles chansons, d’abord des reprises puis des compos personnelles. Les gens qui venaient nous voir étaient souvent des connaisseurs, c’est devenu un jeu entre le groupe et le public pour deviner les titres. Le but ce n’était pas de refaire encore une fois « Satisfaction », je suis allé chercher des choses plus obscures ». Le premier ep de Black Minou est composé de quatre titres mélange savant de grosses guitares et de rythmiques funky. Une recette qui rappelle les groupes garages américains ce que confirme Yarol : « J’aime bien faire danser les gens, et puis tant qu’à mettre de la batterie, autant qu’il y ait du groove » affirme-t-il comme si il s’agissait là de l’évidence même (évidence pourtant loin d'être partagée par tous, ndlr). L’ep de Black Minou est prévu pour une sortie en vinyle et en digital : « Faire un cd pour un ep de quatre titres ne sert à rien. Quitte à sortir un disque qui ne se vendra pas autant faire un bel objet en vinyle. Et puis cela colle bien avec le côté back to the basics du projet ». L’aventure Black Minou devrait se prolonger avec un album même si rien ne semble être calé pour le moment. Finalement au cours de sa carrière Yarol aura tout connu, les scènes immenses et les majors du temps de FFF ; les concerts en bars et le label indé maintenant : « La différence c’est quand tu joue sur une petite scène tu ne peux pas trop faire le show par manque de place. Mais j’aime jouer dans les bars pour la proximité avec le public. 50 personnes au Lautrec et la salle est blindée. Jouer devant 100 personnes dans une salle qui peut en contenir le triple c’est déprimant ». Quand on lui rappelle qu’il faut quand même un sacré amour de la musique pour ça, Yarol tombe des nues : « Bah oui, on ne fait pas ça pour le blé quand même ». Dans le même ordre d’idée, Yarol ne comprends pas ces musiciens qui rechignent à reprendre le chemin des bars après avoir goûté aux grandes scènes : « La musique c’est mon métier, moi je prends ce qu’on me donne». Parmi les autres activités de Yarol on pourrait également citer The Dharma Project : « Un groupe de hard rock avec trois guitares que l’on a fondé avec Philippe Manœuvre pour jouer au bol d’or. On a fait deux fois le bol d’or, les ambiances de motards cela m’éclate ! » et puis il y a aussi la tournée avec Johnny Hallyday qui se profile à l’horizon et pour laquelle Yarol assure la direction musicale « J’en suis très content » affirme-t-il. Les amateurs de blues seront heureux d’apprendre que l’excellent harmoniciste Greg Zlap sera aussi de la partie. Seule ombre au tableau le label Bonus Tracks Records dont l’activité semble être mise entre parenthèses. Le guitariste s’emporte un peu et griffonne nerveusement sur un papier : « Moi j’ai d’autres choses à faire qu’à remplir des formulaires pour obtenir des aides. Ca c’est un truc de bureaucrates. J’ai préféré arrêter avant que l’administratif me coupe complètement du côté créatif. En fait on voudrait embaucher quelqu’un pour gérer l’administration du label mais on n’a pas les moyens de le payer. On avait plusieurs albums de prévus que l’on a finalement pas fait ». Espérons toutefois que cet arrêt ne sera que provisoire tant les réussites de Bonus Tracks Records on été nombreuses ces dernières années (du moins sur le plan musical). Car comme Yarol le dit lui-même « après la tournée avec Johnny, j’aurais très certainement envie de refaire du studio ».
Propos recueillis le 21 février 2012.
En concert le 15 mars à la boule noire.

vendredi 24 février 2012

Pamela Hute : « Bandit EP »




En attendant son deuxième effort, Pamela Hute nous offre en guise d’apéritif un tout nouvel EP, « Bandit », composé de cinq titres. Ces nouvelles compositions, dans la droite lignée de son premier album, nous dévoilent une compositrice dont l’inspiration ne tarit pas. On retrouve donc ce mélange fait de guitares vintages et de synthés. Ces nouvelles chansons vont de la pop un peu typée 80s « The radio » voire new wave « Mad Words » avec des contrepoints rocks à haute teneur en guitares, « Vectorial Boy » qui rappelle le « My dear » des premières années. « Just like this » avec son intro au piano dévoile une facette plus mélancolique et forcément très attachante. Une nouvelle mini livraison qui passe trop vite, vivement la suite…

jeudi 23 février 2012

Boulbar : « Motor Hotel »



Voici le genre de disque qui en général fait le bonheur du chroniqueur tout simplement par ce que le projet à une histoire. En septembre 2010, Bertrand Boulbar embarque seul pour les Etats-Unis avec sa guitare sous le parrainage d’une vénérable marque d’appareils photos. C’est le début d’un périple de plus de 8000 kilomètres entre New York City et San Francisco au volant d’une voiture de location. En route Bertrand prend des photos mais aussi compose et enregistre son nouvel album (qui sera toutefois finalisé lors de son retour en France) dans des chambres de motels. Un peu dans les pas de Robert Johnson. Au final il y a ce disque où se mêlent influences venues du blues,  de la country et du folk mais aussi de la pop indé. Indéniablement un album fait d’ambiances désertiques, de route et de poussière composé de petites vignettes comme autant d’histoires, de destins souvent brisés. L’Amérique décrite ici est bien loin du luxe et de l’opulence de Beverly Hills ou de Manhattan. Il y est plus question de motels miteux et de survie à la va comme je te pousse. Et puis il y a la voix de Boulbar qui a trouvé dans cette expérience l’inspiration pour conter ses histoires à la manière d’un Tom Waits français (car le disque est enregistré dans la langue de Molière). Après la BD/disque « Requiem pour un champion » (chronique ici), Bertrand Boulbar poursuit une œuvre ou se mélange images et musiques. Plus qu’un album, un véritable compagnon de voyage.
Sortie le 27 février. En concert le 8 mars 2012 au trois baudets.
NB : En concert Bertrand Boulbar sera accompagné du dessinateur Vincent Gravé (son binôme de « Requiem pour un champion ») pour une performance mélangeant musique live, dessins, peinture, photos, vidéos… Vincent Gravé illustrant en direct les chansons de Bertrand Boulbar.

mercredi 22 février 2012

Cool Soul 2


Après une première édition très réussie (live report ici) la deuxième édition du Cool Soul Festival se tiendra à la flèche d'or le 4 avril prochain avec The Dustaphonics, Wraygunn et Barrence Whitfield and the savages.

Jeu concours Ginkgoa



Ginkgoa sera sur la scène du divan du monde le 7 mars prochain. A cette occasion Caravelle et My head is a jukebox ont le plaisir de vous faire gagner 3 invitations pour deux personnes. Pour participer rien de plus simple envoyez un email à l'adresse suivante myheadisajukebox@gmail.com en précisant dans l'objet concours Ginkgoa avant le dimanche 4 mars. Les gagnants seront tirés au sort. 

dimanche 19 février 2012

Archie Shepp et Joachim Kühn + Defunkt Millenium feat. Joe Bowie, Maison des Arts de Créteil, festival sons d’hiver, 18 février 2012.


Nouvelle édition du festival sons d’hiver et nouvelle soirée de prestige dans le cadre de la belle salle de la maisons de arts de Créteil.




On commence avec un duo de légende, à savoir le saxophoniste Archie Shepp, un pilier de la scène free jazz et qui a joué entre autre avec John Coltrane accompagné du pianiste Joachim Kühn. Pour cette nouvelle visite à sons d’hiver, Archie Shepp a donc choisi une formule simple où l’intimité domine, comme pour mieux faire résonner son saxophone solitaire dans la nuit francilienne. De fait le concert prend des allures de récital où tout un chacun écoute la musique religieusement. Il est question ici de musicalité et d’un dialogue touchant entre les deux virtuoses. Le pianiste Joachim Kühn aux doigts habiles alternent les changements de rythmes, poussant des accélérations folles allant jusqu’à frapper le clavier avant de ralentir considérablement le rythme alors que hurle la douleur du saxophone. Chaque composition est minutieusement fouillée dans les moindres recoins, ce qui donne lieu à de nombreux soli de chacun des deux intervenants. Malheureusement la prestation fut un peu gâchée par de petits soucis techniques et de fort malencontreuses saturations dès que Künh frappe son clavier un peu trop fort. Si la musicalité de la chose fût en tout point absolument passionnante, la prestation du duo a parfois manqué d’un peu de piquant. Un batteur aurait probablement été trop intrusif et aurait modifié la nature profonde du projet en brisant son intimité. Cependant une contrebasse aurait été la bienvenue et aurait apporté surtout du liant entre les deux intervenants. Une prestation remarquable malgré tout. On n’en attendait pas moins vu le CV des deux musiciens.
 
Joe Bowie, accompagné de son projet Defunkt Millenium a apporté un contrepoint après cette délicate première partie. On avait déjà pu admirer les talents de tromboniste sur la scène de la maison des arts à l’époque où il accompagnait Anthony Joseph. Il revient maintenant à la tête de son propre groupe, Defunkt, formation qu’il a crée au début des années 80 mélangeant funk, jazz et free jazz. Une prestation très rythmée donc, dansante même où se mélangent différentes sortes de jazz, parfois classiquement « swing » et parfois très free. Un peu à l’image de l’organiste qui alterne entre hammond B3 (on adore) et synthé 80s (là on adore beaucoup moins). Pour le reste un bon duo de souffleurs, saxophone et trombone et une section rythmique (batterie et basse électrique) qui va le pied au plancher. Le batteur est excellent mais me paraît tout de même un peu raide, crispé derrière son kit, probablement un effet collatéral du tempo parfois délirant du groupe. Le groupe aura néanmoins réussi à faire danser quelques grappes de spectateurs réunis dans les coins de la scène, pas forcément évident, vu la configuration de la salle, sans fosse, qui ressemble plus à un théâtre. C’est donc sur cette note festive que c’est terminée cette nouvelle édition du festival.

  

samedi 18 février 2012

Black Minou




Attention, ça va chauffer ! 15 ans après Mud, les frères Poupaud (Melvil à la basse, Yarol et César aux guitares) sont de retour unis comme au premier jour sous la bannière Black Minou (avec en musiciens additionnels Thibault Lecoq à la batterie et Aurélien Turbant à la troisième guitare). Black Minou, c’est un groupe comme on en rêve tous les jours, une formation qui plaque son groove sur un mur de guitares sales et hurlantes. Comme un bon vieux garage band étasunien. Black Minou fait du bruit, « Boogie with you », du funk « Bad Habit », du blues, de la soul, du rock n’roll en prenant toujours ses racines dans les années 60 et 70, et en plaçant le plaisir de jouer au dessus de tout. Ces quatre titres passent bien trop vite, vivement un album…

Sortie le 15 mars en digital et en vinyle. En concert le 15 mars à la boule noire.
  

Interview ALB



C’est un ALB (Clément de son vrai prénom) complètement surbooké et en instance de départ pour une tournée en Chine qui a débarqué, son petit carton de pâtes sous le bras, pendant la pause déjeuner. Entre deux bouchées, Clément a trouvé le temps de répondre à quelques questions et d’évoquer la bouillonnante scène de Reims dont il est originaire…

Comment as-tu commencé la musique ?
Alb : J’ai commencé la musique assez tard dans ma chambre d’internat. A 17/18 ans, j’ai récupéré une guitare de ma Tata. Une guitare d’Eglise. Une vieille guitare acoustique qu’elle utilisait quand elle était jeune pour accompagner à l’Eglise.

Une guitare d’Eglise ?
Alb : Oui une vieille guitare qui avait plus habituée à jouer les « Jesus reviens » que du Nirvana. Mais je l’ai détournée assez vite (sourire). J’ai appris à faire de la musique tout seul dans ma chambre d’internat. La première fois que j’étais interne, j’avais beaucoup de temps tout seul. J’ai commencé à ne faire que ça. A jouer par-dessus ce qui passait à la radio. A l’époque NRJ c’était plus Weezer et Nirvana. C’était une autre époque… Jouer de la guitare par-dessus les Black Eyed Peas, c’est un peu plus compliqué (sourire)…

Ton nom, Alb, vient d’où ?
Alb : C’est un peu compliqué. C’est parti d’une erreur. J’ai sorti un premier maxi en 2002/2003 sur le label indépendant d’un ami. Je n’avais pas vraiment de projet bien défini, juste quelques chansons. La veille de sortir le disque, je me suis fait une nuit brainstorming à chercher des mots dans le dictionnaire. Je voulais que le nom commence par un A en ayant qu’une seule syllabe. J’ai répertorié tous les mots.  Et parmi ma liste il y avait Aube, je me suis dit c’est super pour moi qui passe mes nuits à bosser dans mon studio. Je vois souvent l’aube quand je vais me coucher, c’est poétique, c’est joli… Et puis deux jours après je me suis dit que c’était complètement con, l’aube de quoi ? C’est devenu l’aube du prêtre (alba en latin, ndlr). Puis c’est resté.

Pourquoi A ?
Alb : Une forme de mystique, que le nom commence par la première lettre de l’alphabet. Une syllabe c’était dans un souci de simplicité, que ce soit facile à retenir.

L’aube du prêtre, la guitare d’Eglise, il y a une forme de continuité…
Alb : Oui il y a aussi « I beg for a summer », je prie pour un été (rires)… Il y a quelque chose d’assez ecclésiastique dans tout ça. Je vais peut-être finir par jouer en aube sur scène (rires)… Mais Justice m’a piqué le logo (rires) !

Quand j’ai écouté l’ep (chronique ici), j’ai été surpris par sa richesse. Toujours dans une veine pop, mais j’ai eu grosso modo, l’impression d’un disque qui allait des années 60 aux années 80. Quelles sont tes influences ?
Alb : En termes de références, c’est à peu près ça. J’ai deux marottes, les sonorités électroniques du début des années 80 et tout ce qui est guitare, sixties, batteries un peu pop etc... Quand je parle des années 80 ce n’est pas la new wave ou Depeche Mode, mais plutôt les sonorités un peu chaudes, synthétiques, que l’on retrouve dans la pop ou les génériques de dessins animés. C’est un mélange entre ces deux directions. Parfois la balance va plus d’un côté que de l’autre mais c’est toujours un mélange des deux. Sur l’album il y aura des titres beaucoup plus électroniques et plus sombres et quelques chansons qui resteront très pop sixties.

Il y a aussi des petits bruitages comme sur « Golden chains » qui font penser à des musiques de jeux vidéo…
Alb : C’est complètement ça. Ca vient de la nintendo. En fait, je collectionne les consoles de jeux vidéo. C’est un autre délire dans la continuité des dessins animés des années 80, le côté madeleine de Proust de l’enfance. Toutes les sonorités électroniques que j’utilise ne viennent pas de la new wave, c’est plus quelque chose de l’ordre de mon vécu personnel. C’est plus les sonorités qui me rappellent mon enfance qu’un truc cool des années 80 catchy pop. Mon premier album était classé dans l’électro, on me dit souvent que je fais de la musique électronique mais moi je n’ai pas du tout cette impression là. Je fais des chansons que ce soit avec des synthés ou avec ma guitare, quoi qu’il se passe, pour moi ça reste des chansons. Dans les années 80, on ne se posait pas trop ce genre de questions. Il y a eu cette grosse vague de synthés qui est arrivée et on ne se disait pas que c’était de l’électro, ça restait de la pop, l’électro ça n’existait pas... Les sonorités de console que j’utilise, c’est dans cet état d’esprit.

Et comment tu fais ?
Alb : Je modifie les consoles, j’ai des cartouches un peu spéciales, que j’ai commandé à un chinois, qui me permettent de les piloter en midi et de faire ressortir les sons sur un clavier. J’ai bricolé de nouvelles sorties audio pour les planter directement à l’intérieur sur les circuits. En fait je me sers de la nintendo comme d’un synthétiseur. Et je fais pareil avec mon commodore 64 ou ma vieille dictée magique (rires)… Je bricole pas mal aussi. Ca s’appelle du « circuit bending », de modifier les vieux jeux.

Ca fait un peu geek…
Alb : Un petit peu. Mais j’assume complètement !

Et musicalement, tu n’as pas eu peur que ça fasse un peu cheap, cheesy ou kitsch ?
Alb : Non, honnêtement je ne me pose pas trop la question. Ca fait partie de moi. Certains vont trouver ça touchant et ça va leur rappeler des souvenirs, d’autres vont trouver ça cheap et cheesy… Ca fait partie de mon univers, j’avais envie de le mettre. C’est conscient en tout cas. Je ne vais pas m’empêcher, comme c’est le cas dans un de mes nouveaux morceaux, de mettre à la fin un petit solo de flûte d’écolier à la fin par ce que moi ça me fait quelque chose. Même si on va me dire, toi avec tes flûtes… Bah non, moi j’ai envie !

Quand les Beatles enregistraient dans les années 60, ils ne se posaient pas plus de questions que ça non plus…
Alb : Ouais, c’est ça. Mais il n’y avait pas la nintendo !

Comment c’est passé la rencontre avec The Shoes ?
Alb : Ca c’est passé tout simplement. Je dois manger avec Guillaume environ trois fois par semaine dans notre boui boui local (à Reims, ndlr). On se connaît depuis des années, il habite à 100 mètres de chez moi, on fait de la musique régulièrement ensemble, on se croise dans des projets divers et variés… Ce n’est pas comme si on m’avait appelé pour me proposer de faire un featuring. Je bossais avec eux en studio sur quelque chose de radicalement différent et on a déliré et ça a donné un morceau, comme ça arrive régulièrement entre nous. Comme je peux faire des morceaux avec Pierre (Yuksek), avec qui je partage mon studio… Ce n’est pas une rencontre marketing du tout. C’est un morceau fait avec les copains. On fait vraiment partie de la même bande de potes. Tout ça se décide autour d’un barbecue…


La production de l’EP est très soignée sans être aseptisée. Est-ce que tu es maniaque en studio ?
Alb : Je suis maniaque tout court en règle générale et je pense que cela transparaît dans ma musique. Je suis assez ordonné et carré. Ca se sent dans mes arrangements qui sont très précis. Mais c’est quelque chose que j’essaye de combattre, c’est aussi un inconvénient parfois d’avoir tendance à trop chercher la perfection. On se perd en route, on perd la fraîcheur de la première maquette. C’est un juste équilibre à trouver. Là sur l’EP il y a des morceaux qui ont deux ou trois ans et que j’ai réenregistré plusieurs fois depuis sans jamais être satisfait. Et finalement les versions qui me plaisent le plus, en termes d’émotions et de sensations, sont celles qui se rapprochent le plus des premières maquettes. C’est presque une quête pour retrouver la fraîcheur du premier jet mais bien arrangé. En général, le premier jet, les paroles ne sont pas finies, la guitare n’est pas jouée correctement etc… Donc il y a cette fraîcheur que l’on veut retrouver mais le son doit être terminé, arrangé, bon je suis assez maniaque. L’idéal c’est un son léché mais frais comme au premier jour.

Tu as ton propre studio pour procéder de la sorte ?
Alb : Oui mais c’est à double tranchant. L’avantage c’est que je ne suis jamais dans l’urgence, enfin si par ce que je suis dans plein de projets différents et j’ai un emploi du temps de taré. Mais pour mon projet personnel j’ai toujours le temps. Je suis chez moi, si je veux passer deux jours à peaufiner une idée, ce n’est pas un problème. Il n’y a pas un mec derrière pour me dire : « Coco, c’est 500 euros la journée, il va falloir que tu te dépêche un peu ». L’inconvénient, c’est que tu peux facilement te perdre dans les méandres du studio et y passer des jours et des nuits et ne finir qu’un seul morceau en un mois. Enfin j’exagère, cela n’a jamais pris de telles proportions.

Et tu n’aurais pas envie d’aller en studio pour retrouver un peu ce sentiment d’urgence ?
Alb : Si, si bien sûr mais cela demande un budget. Je suis plutôt parti dans l’autoproduction du début à la fin. Au début c’était très minimal. Et puis les années passant… Je collectionne les synthétiseurs depuis 10 ans, mon pote Pierre (Yuksek) fait la même chose. On partage le même studio et le matériel, maintenant on a un outil professionnel : 70 m2, une trentaine de synthés, des cabines, des micros, des tables de mixage… On est un vrai studio d’enregistrement et de production. C’est un régal pour ça.

Tu collectionnes les instruments vintage donc ?
Alb : Oui, beaucoup. C’est un peu notre passion en commun avec Pierre (Yuksek). Il y a une espèce de compétition entre nous à qui aura LE synthé ou LA boîte à rythmes, le truc cool, que l’autre n’a pas… Ca fait sept ans que l’on travaille ensemble et qu’on fait ça. On n’a quasiment rien en double, sauf quelques synthés. On sépare le matériel pour la scène et celui qu’on laisse au studio. C’est plutôt pas mal.

Comment tu trouves les instruments ?
Alb : Le son et l’état d’esprit d’Alb, sont un peu tournés vers le passé. Surtout en ce qui concerne les émotions. En fait tout ça c’est défini autour des brocantes. J’ai commencé à faire les brocantes vers 2000. Je suis tombé dedans. J’ai commencé à fouiller à récupérer des trucs, j’ai trouvé ça génial. C’est comme ça que j’ai récupéré ma première nintendo, maintenant j’en ai 150. Et pas loin de 4000 cartouches de jeux aussi. Une belle collection. Les orgues Bontempi, les synthés, mon son s’est construit comme ça, au fur et à mesure. J’ai fait aussi beaucoup d’Ebay aussi. A un moment donné, ce que tu cherches, tu ne le trouves plus en brocante. J’ai aussi revendu beaucoup de choses, des consoles, ce qui ensuite me permettait d’acheter des instruments de musique. Mon studio je l’ai beaucoup constitué comme ça à une époque. Ca et les amis et les connexions chez les musiciens qui revendent des machines. Je pense que l’on a rien au studio qui dépasse 1984. Et notre plus vieux matériel date des années 50. En fait, je déteste tout ce qui est numérique. Tout ce qui se fait maintenant, je ne peux pas, j’ai un blocage. C’est physique. Pourtant y’a des trucs qui marchent super bien et dont je me sers parfois quand je dois aller vite. Mais moi j’ai besoin de ce contact avec des vieux boutons. T’appuis et ça fait un son bizarre. Et puis après ça fait un morceau. J’aime bien me laisser emporter comme ça. Alors qu’avoir une souris au bout du doigt, ce n’est pas très funky…

Parles nous un peu de « Show me your love », titre que j’ai trouvé assez étonnant. Ca commence un peu comme un vieux Beatles des années 60 et puis après sur le refrain, il y a ces fameux bruitages de jeu vidéo… A la fin j’en suis arrivé à la conclusion qu’il y avait presque 30 ans de pop music concentrée en une seule chanson…
Alb : Ouais c’est un peu ça. En général j’ai un thème et des paroles, de vraies paroles. Et l’instrumentation vient accompagner le tout. « Show me your love » il y a vraiment trois parties distinctes. Le contraste et les changements d’ambiance entre les parties viennent de l’instrumentation. C’est un peu un morceau « yin et yang », le côté gentillet des couplets et une personnalité une peu noire qui ressort sur les refrains et la voix de la moralité entre les deux qui fait la transition. Il y a deux univers différents qui se rencontrent. C’est docteur Jekyll et Mr Hyde.

Pour finir est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur la scène musicale de Reims ?
Alb : Ca va être long. Il se passe pas mal de choses. Depuis quelques années on est dans une bonne dynamique avec un bon groupe de personnes, d’amis. C’est pour ça que j’ai un peu bloqué tout à l’heure quand on a parlé des Shoes, comme si je les avais rencontré hier. Même si vu de l’extérieur ça donne un peu cette impression là. On est une bande de potes, on a une manière assez saine de travailler les uns avec les autres. Ce qui est bien dans notre scène à Reims c’est qu’on est tous dans un registre différent. Alors qu’à Paris, par exemple, on se regroupe par scène, par type de musique. Pierre (Yuksek) est dans l’électro pure et dure, Shoes, c’est un autre registre, une espèce de pop tropicale, les Bewitched hands, qui sont dans la folk song hippie mais qui sont très ouverts, Brodinski fait le dj dancefloor et puis moi qui suis dans une pop à synthés… On ne se marche pas dessus en fait. C’est super sain, ça permet de travailler vraiment ensemble et de s’apporter des choses les uns avec les autres. On est une bonne bande bien unie. La ville est plus petite aussi, on se regroupe plus facilement par musiciens et non par genre. Et puis il y a énormément d’autres groupes à Reims, qui arrivent tout doucement et qui naissent de ce qu’on a apporté ces dernières années. Les John Grape qui jouent avec moi sur scène, c’est vraiment bien. Un trio pop lyrique avec un chant typé Buckley qui monte assez haut. La boucle continue… On arrive à faire 15 projets différents avec 10 personnes, c’est assez fou… 

Propos recueillis le 7 juin 2011.

vendredi 17 février 2012

The Dustaphonics : « Party Girl »




Etonnant destin que celui de Yvan Serrano, français de naissance, exilé sur la très compétitive scène londonienne où il est devenu un dj superstar sous le nom d’Healer Selecta et dont les soirées « raison d’être » « réinventent le swinging London » (dixit Mojo). Sa connaissance vinylique encyclopédique, Yvan la met au service aujourd’hui de son propre groupe les Dustaphonics, au sein duquel il tient la guitare. Alors que hurle le moteur qui sert d’intro à « Eat my dust-a-phonic », l’auditeur réalise qu’il est parti pour une sacrée virée en compagnie du groupe. Bien que basés à Londres, les Dustaphonics font irrémédiablement penser à cette scène garage typiquement américaine (Dirtbombs, Love me nots) et en particuliers à nos Bellrays adorés pour cet alliange savant entre rock et soul, ces voix de chanteuses soulful (Kay Elizabeth et Aina Westlye cousines de Lisa Kekaula des Bellrays) sur fond de guitares. Loin d’être des concepts abscons, le swing et le groove, sont au contraire érigés en valeurs cardinales par le groupe. Entre surf music (« Showman Twang tiki gods »), blues (« Burlesque queen » ; "You gonna wreck my life"), rockabilly (« Party girl ») et même jazz («Catwoman’s strut » ) les Dustaphonics proposent une hallucinante plongée au cœur des sixties. Profondément attachant.

Vote on the rocks


Encourager au vote en cette année présidentielle, sans prendre parti pour aucun candidat, tel est le but de la soirée Vote on the rocks qui aura lieu le 11 mars prochain à la Cigale. Avec la participation des Têtes Raides, No one is innocent, Les fatals picards, Eiffel, Deportivo, The Hyènes et Dj Moule.

dimanche 12 février 2012

Klink Clock + France de Griessen, Salle de la Chapelle, 10 février 2012.


Un petit mot pour commencer sur l’endroit à la beauté irréelle où s’est tenu la soirée, la salle de la Chapelle qui se trouve juste à côté du centre des Recollets. Comme son nom l’indique, la salle est une ancienne chapelle aux murs décrépits juste comme il faut, suffisamment pour donner une âme à l’endroit. La hauteur sous plafond est immense et laisse apparaître la vieille charpente en bois. Il y a également une scène démontable dont les groupes du soir ont préféré se passer pour jouer à hauteur du public favorisant ainsi la proximité avec ce dernier. On s’attend à un concert de musique classique ou de chant lyrique dans un endroit pareil, pas forcément à du rock…
Klink Clock (c) David Krüger 

Klink Clock (c) David Krüger
Et de rock il en a pourtant été question. La soirée débute avec le duo Klink Clock, composé d’un guitariste et d’une batteuse jouant debout sur un kit réduit à une cymbale, une caisse claire et un tome basse. Entre gargage rock et blues, le duo fait forte impression rappelant à la fois les White Stripes (l’alliage guitare / batterie) ou les Kills (pour le duo chanteuse/guitare). Mais les Klink Clock ont un son bien a eux, assez sale comme on les aime et qui se distingue par une attaque assez frontale du blues. Belle découverte.

France de Griessen et Alain Chennevière (c) Bruno Migliano
(c) Séverine Brunet

On a ensuite retrouvé France de Griessen. France est accompagné d’un groupe complet avec section rythmique (Steven Galtera à la basse et Nicolas Lepin à la batterie), le fidèle François "Shanka" Maigret et Tof (du groupe Bagdad Rodéo) aux guitares. France a ainsi pu jouer un set complet avec de nombreux invités (les chanteuses Ysé et Laura du groupe Puss in Boots). On le dit assez souvent mais France de Griessen est une artiste pluridisciplinaire et a offert une prestation à son image mélangeant poésie, musique, danse et performances artistiques. Les poèmes alternent ainsi avec les chansons. La soirée est également marquée par de nombreux happenings, notamment ceux des lapins de l’artiste Paul Toupet où une dizaine de personnes portant des masques créés par l’artiste débarquent en lançant des petits cœurs en papier sur le public et portant une traîne semblable à celle d’une robe de mariée. Musicalement, France est fondamentalement punk même lors des chansons acoustiques d’inspiration country où lorsqu’il s’agit de reprendre Marie Laforêt en compagnie d’Alain Chennevière. C’était une bien belle soirée en compagnie d’une artiste généreuse et attachante.



Pamela Hute + Lussi in the sky + Ales Rock, Le divan du monde, 9 février 2012.






La soirée commence avec Ales Rock. Ales propose un hybride rock/funk assez efficace qui rappelle par moment Rage Against The Machine en plus groove. Le groupe bénéficie grandement de la présence de cuivres qui apportent une note funky contrebalançant la dureté des guitares. Ales a un jeu de scène assez spectaculaire, les chorégraphies sont inspirées à la fois du kung fu et de la boxe et le chanteur dessine de grandes arabesques à l’aide de ses cheveux, qu’il porte très longs. Les textes, en français, chanté par Ales sont empreints d’humanisme et on sent un véritable empathie du chanteur pour le public (la jeune fille en marinière au premier rang pourra en parler). En résumé, puissance sonore, groove et plein de bonnes vibes pour cette soirée qui débute de la meilleure des façons.


C’est ensuite une petite tornade qui déboule sur scène en la personne de Lussi in the sky dont votre serviteur avait chroniqué le premier EP l’an dernier (voir ici). Accompagnée par deux musiciens, Lussi s’amuse avec différentes formules (guitare/basse/batterie ; guitare/batterie ; batterie/claviers) qu’elle décline à l’envie sur scène. Une chose ne change pas cependant, son énergie communicative. La musique de Lussi est résolument pop avec des arrangements allant du rock à l’électro, créant ainsi une sorte de pont entre passé et futur. Le set se termine avec sa reprise de « Whole lotta love », rien ne vaut une bonne vieille reprise d’un classique pour s’attirer les vivas de la foule qui hurle dès les premières notes du célèbre riff. Excellente reprise cependant mettant en valeur l’élasticité vocale de la chanteuse et la scansion démentielle du batteur.


En matière de batteur, Pamela Hute, de retour sur les planches après une année 2011 consacrée à l’enregistrement de son deuxième album, en a un excellent en la personne d’Ernest qui drive l’ensemble d’une main de maître mettant la pédale douce sur la puissance brute pour privilégier le feeling. Une bonne petite force de frappe cependant et un excellent soutien. Derrière ses claviers Igor assure les lignes de basses et ses sonorités parfois étonnantes apportent une touche futuriste à la musique de Pamela par ailleurs très portée sur les guitares vintage. L’ensemble produit un son assez étonnant et que l’on entend assez peu souvent dans le rock parfaitement équilibré entre énergie et compositions plus atmosphériques. Beaucoup de nouvelles compositions furent jouées, notamment le dernier single « Radio » à fort potentiel tubesque. On a eu le plaisir de réentendre certains « vieux » morceaux comme « Pink Safari », « Umbrella », « Hysterical » qui tiennent toujours aussi bien la route. Le concert va crescendo et se termine avec une véritable explosion de guitares avec l’enchaînement « My dear » / « Lovely ». Ce dernier titre donnant envie de découvrir enfin ce deuxième disque qui comme l’a promis Pam devrait sortir « un jour ». Espérons que l’attente ne sera pas trop longue…
     


samedi 11 février 2012

Marshmallow




Au rayon des souvenirs de notre enfance, le Marshmallow s’impose comme la confiserie moelleuse à la saveur douce et sucrée. Doux et sucré, c’est aussi comme ça que l’on pourrait décrire la musique du groupe du même nom. Basé à Clermont-Ferrand, Marshmallow est un tout jeune quatuor qui sort son premier EP de quatre titres ces jours-ci. Enregistré en une seule journée dans les conditions du live, ce premier effort a un son des plus homogène. Toutes les rythmiques sont assurées à la guitare acoustique, ce qui donne un petit air folk à l’ensemble, avec des chorus de guitare électrique rappelant les sonorités surf. Fortement influencés par la pop des années 60, Beatles en tête, Marshmallow s’y entend pour enchaîner les perles pop qui font « whou whou ». Pour les paroles, dans la langue de Molière, Marshmallow s’inspire de l’été et décrit des images de cartes postales ensoleillées, seul le dernier titre « La réalité », repris d’Amadou et Mariam tranche un peu par son côté plus sombre et réaliste, mais le groupe s’est tellement approprié la chanson que musicalement le titre sonne comme l’une de leur propres compositions. Une bien jolie surprise, espérons que l’album sera du même niveau…

mercredi 8 février 2012

Anneke Van Giersbergen : « Everything is changing »




Nouvel album en solo pour la magnifique ancienne chanteuse de The Gathering, Anneke Van Giersbergen, l’une des voix les plus belles de tout le continent européen. L’album marque un retour vers des sonorités métal pour la chanteuse tout en privilégiant une approche plus pop le temps d’un «You want to be free » qui dans un monde parfait ne laisserait pas les stations de radio insensibles. C’est cependant sur les morceaux plus lents « Everything is changing » et dépouillés, la superbe «Circles » avec le piano pour seul accompagnement, que le chant mélodique et la voix superbe d’Anneke prend toute son ampleur. Le reste du disque est marqué par des guitares métal (« Stay ») mais, personnalité de la chanteuse oblige, lorgnant vers des climats atmosphériques. Et oui, on n’oublie pas facilement son passé. L’album bénéficie par ailleurs d’une production très moderne et d’arrangements lorgnant vers l’électro, mais suffisamment discrets (encore que…) pour ne pas dénaturer l’ensemble (exception faite du moment faible « I wake up »). Un album assez réussi auquel on pourrait toutefois reprocher une production trop clean. 
www.annekevangiersbergen.com


Maxi Monster Music Show, Le Palace, 6 février 2012





Un petit mot pour commencer sur le Palace où se tient le spectacle du soir. Ancien night club, lieu mythique de la nuit parisienne des années 70/80 encore hanté par les ombres de Serge Gainsbourg et d’Alain Pacadis, Le Palace a été fermé pendant une bonne dizaine d’années. Racheté « à la bougie » le lieu est depuis devenu un théâtre, ce dont on ne peut que se féliciter, tant il était péché qu’un endroit pareil soit fermé au public…

Nous avons la chance de nous y rendre ce soir pour assister à la représentation du « Maxi Monster Music Show », mélange délirant entre « Freaks » de Tod Browning et le « Rocky Horror picture show ». Le spectacle est musical, les sept musiciens présents sur scène jouent aussi la comédie et les chansons alternent avec les sketches à l’humour parfois macabre, une pensée particulière pour la pauvre contrebassiste qui se fera tirer dessus puis perdra un bras ce qui fait beaucoup en une seule soirée pour la même personne. Menée par Gina, chanteuse et « poupée barbue », le groupe tourne de manière très carrée et pioche dans des registres plutôt roots, piano bastringue, un peu de jazz, de blues, de country, de rock. Le transformisme est de mise, homme côté pile et femme côté face, on ne sait plus trop qui est derrière le piano. Quant à la chanteuse tronc, qui a galéré en vain toute la soirée pour caser « son plus grand tube nuit d’amour à Monte Carlo », elle se rattrapera avec une interprétation magnifique, la guitare pour seul accompagnement, du classique « Bang bang ». Une soirée entre swing et franche rigolade.

dimanche 5 février 2012

Blind Guardian : « Memories of a time to come »




Héros allemands du hair métal des années 80, Blind Guardian fête ses vingt-cinq printemps avec la sortie de « Memories of a time to come », luxueux digipack de trois cds contenant la bagatelle de 31 titres dépassant allégrement les deux heures de musique. Bien plus qu’un simple best-of le groupe a réarrangés certains titres et est même retourner en studio pour réenregistrer complètement d’anciens morceaux. La méthode a pour avantage de gommer les ravages du temps et une production datée, et Dieu sait si les années 80 ont parfois mal vieillies… De fait, Blind Guardian s’impose comme une plutôt bonne surprise pas franchement désagréable. Car le groupe avait de l’ambition. Les arrangements sont travaillés, des cordes, des vents et les compositions sont particulièrement étudiées entre 7 et 14 minutes pour le tour de force « And then there was Silence », ce qui donne un petit côté progressif à la chose. Egalement, mais c’est une habitude dans ce style, les musiciens sont tous virtuoses. Et le chanteur sait chanter et parfois mettre la pédale douce sur les accents gutturaux, ce qui ne peut pas faire de mal. Tout comme le fait de mettre de côté le son saturé pour ressortir les guitares acoustique comme sur le superbe final de « Valhalla » où guitares folk et électrique s’entrecroisent. Comme quoi le métal n’oublie pas la mélodie. Le troisième cd compile des démos et témoigne d’une démarche plus brute axée sur les guitares, la voix et la batterie. Pas désagréable donc à condition toutefois de tolérer les soli de guitare à rallonge et l’imagerie heroïc fantasy inhérente au style…
  

In Volt



In volt, avec un nom pareil, on ne peut que s’attendre à se prendre la foudre rock n’roll au coin de l’oreille… Et on n’est pas déçu… Formé en 2007 et placé sous le patronage de la fratrie Genius, Enton au chant et Rony à la guitare, In volt a publié un premier album (« In volt and friends ») il y a deux ans mais avec un line-up complètement différent (Rony assurait le chant à l’époque). Ce deuxième opus marque donc les vrais débuts d’In Volt. Avec ce disque éponyme, le quatuor vient apporter une pierre de plus à une scène blues française décidément bien fournie et qui, hélas, ne rencontre pas l’écho médiatique qu’elle mérite. A l’instar d’un Blues Power Band, In Volt pratique un blues électrique riche en guitares particulièrement bien senties. A l’écoute on sent l’influence que le (hard) rock a du avoir sur nos bluesmen. Au chant, Enton (le type au chapeau à la déguaine de Captain Beefheart sur la pochette, c’est lui) fait rivaliser ses cordes avec celles de la guitare du frangin, l’exploit n’est pas mince. Enton a de plus un chant particulièrement expressif, et cela s’entend. La section rythmique est composée de Sylvain d’Almeida (qui depuis a quitté le groupe remplacé par Micha Sanchez) à la basse et de Jeff Panss à la batterie. Le duo joue serré, ça frappe, ça cogne, c’est du lourd mais pas dénué de passages groove (« Boogie man »). Le groupe s’entend pour délivrer des compositions simples mais aux effets ravageurs qui devraient clouer l’auditeur sur place : « Today », « Bang Elvis », le groupe fonctionne aux riffs et au gros son qui imprime durablement la mémoire. Par contre, In volt peut aussi jouer débranché, « Save my soul », « House of Silence » et toucher ainsi la corde sensible avec ou sans ampli. Enfin les titres « Maybe » et « Shoot gun blues » prouvent qu’en mettant de côté les décibels et autres effets de manche, In Volt peut aussi jouer le blues avec précision et efficacité. Un disque aux racines ancrées dans les années 60/70, pas révolutionnaire certes, mais foncièrement attachant.    
SORTIE LE 10 FEVRIER 2012
En concert (avec Blues Power Band) au New Morning le 16 février 2012.


samedi 4 février 2012

Blues Power Band : « Dark Room »




Cinq ans déjà que le Blues Power Band nous assène régulièrement ses coups de butoirs blues à grands coups de riffs de guitares bien sentis. Troisième album donc pour ce groupe, l’un des plus attachants de la scène blues hexagonale. Blues Power Band a toujours eu une vision « en biais » de la chose blues n’hésitant pas à métisser cette dernière d’autres influences allant du rock au métal. Cette approche se confirme encore ici. Si le blues reste la base, le groupe ne s’interdit pas d’aller butiner ailleurs allant chercher dans la pop façon Beatles « Insane » ou la country/folk, « That will be », « Who holds the key » de nouvelles sources d’inspirations et des arrangements frais. Cette démarche est encore renforcée ici par la présence du clavier Damien Cornelis, qui grâce à ses orgues tempère le jeu et ajoute du groove. Pour le reste, le groupe est en forme olympique,  le duo de guitaristes « Pappygratteux » Régis et Pascal Guegan se déchaîne à la guitare, mention spéciale à l’intro wha-wha sous haute influence Hendrix de « What you see is what you get », la voix de Bannish est éraillée juste comme il faut pour le répertoire et la section rythmique est pleine de swing. Un petit regret cependant, ne pas avoir renouvelé l’expérience du français tentée avec succès sur l’album précédent. Autre joker dans la manche du groupe : la stabilité. Le line-up n’a pas changé depuis les débuts, tout juste ont-ils rajouté un clavier en la personne de Damien Cornelis. Le groupe n’a jamais sonné aussi condensé, compact. Leur entente musicale sonne d’emblée aux oreilles. D’excellents musiciens au service d’un songwriting de qualité, que demander de plus ? Pour faire simple, le Blues Power Band, c’est du solide !
En concert à Paris le 16/02 au New Morning, au Réservoir le 19/04, à la Maroquinerie le 15/06 et au Nouveau Casino le 4/10. Canada tour en août 2012. Tournée en province en cours. 

mercredi 1 février 2012

Rhum for Pauline : « Can Reach the top »




Jusqu’ici, on ne connaissait de Rhum for Pauline qu’une seule chanson, la superbe Walker’s Lament, déclinée en plusieurs remixes sur l’EP précédent (chronique ici). Le groupe Nantais nous avait alors laissé sur une note à la fois encourageant mais terriblement frustrante. Ce nouvel EP, qui contient cette fois cinq originaux, permet de ce faire une idée plus précise du groupe. Et la donne change. A grands renforts de claviers vintage, Rhum for Pauline nous ramène en plein territoire pop sixties/seventies évoquant les groupes psychédéliques « west coast » avec en plus un solide sens du groove grâce à une section rythmique pleine de swing (cf. la basse de « Japan & China » et de « Private Island »). On rentre dans cet EP comme dans un labyrinthe plein de surprises cachées au détour de chaque composition : breaks, changements rythmiques, envolées inattendues des claviers ("Thee Unforgettable me"), voix et chœurs aériens. Le groupe bénéficie à plein d’une production aux petits oignons. Une formation attachante à laquelle il ne reste plus qu’une seule marche à franchir, celle de l’album.