lundi 6 avril 2026

Cecil L. Recchia : « Sings Django Reinhardt »

 


Lorsqu’on l’interrogeait sur la question, Stéphane Grappelli, le grand violoniste, avait coutume de répondre : « La musique de Django : un jazz sans tambour ni trompette ». Lorsqu’il s’est agît pour Cecil L. Recchia de rendre hommage au corpus de Django Reinhardt, la chanteuse a décidé de faire exactement l’inverse, c’est à dire un album avec (en autres), tambour (comprendre batterie) et trompette (cf. la sublime « Mabel »). On peut également y entendre de la contrebasse et du piano et, surtout, la voix de Cecil qui porte sa patte sur ce répertoire en signant l’intégralité des textes. C’est une démarche plutôt maline de la part des musiciens qui permet de réinventer totalement la musique de Django en y insufflant un dose de blues (« Are you in the mood ? »), de hard bop (« Mabel » ; "Vette") ou un soupçon de swing New Orleans (« Blue Drag »). Sans la moindre note de guitare (ni de violon), le lien avec Django Reinhardt apparaît plus que ténu. Tant mieux ! Nul n’a besoin de relecture à l’identique, les multiples rééditions permettent de se replonger, avec délice, dans le jazz manouche du guitariste. Le présent album se présente plutôt en complément du répertoire original. Une démarche à la fois judicieuse, charmante et réussie.

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samedi 4 avril 2026

Margaux Simone & The Guardians : « Avant que la nuit »

 


A défaut d’enregistrer en Californie, Margaux Simone a fantasmé l’état américain dans son sud natal, sa « Californie Provençale » selon ses propres termes. Et il n’y a pas que sur la pochette (sublime soit dit en passant) que le soleil brille ! Sans aucun effet superfétatoire, produit sans artifice et en gardant le son le plus naturel possible, Margaux et son groupe nous propose un album lumineux en toute circonstance même lorsque les thèmes abordés se révèlent plutôt grave. De sa voix douce et aérienne, planant en apesanteur au-dessus des mélodies, Margaux construit un pont imaginaire au-dessus de l’Atlantique (cf. la coloration western de « Ah l’amour ! Ah l’amour ! » ; celle rock’n’roll de « Qui a tué Norma Jean ? ») tout en chantant en français. De la pop bon teint (« Pleurer les filles ») à la chanson psychédélique (« De drôles d’oiseaux » ; « La vie je t’attends ») l’album navigue sur une ligne de crête où la luminosité des mélodies contraste avec la mélancolie palpable des textes. Ornée d’une charmante enluminure seventies qu’elle se charge de moderniser, voire de trahir ("Lolita Express" plutôt 80s), l’album séduit d’un bout à l’autre jusqu’à la reprise, particulièrement émouvante, de « Mr Bojangles » qui le ponctue.

En concert le 25/04 à la Dame de Canton.

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vendredi 3 avril 2026

Ramon Pipin : « C’est mieux qui si c’était pire »

 


Du haut de son expérience, une carrière débutée dans les années 1970 au sein d’Au Bonheur des Dames, Ramon Pipin n’a toujours pas perdu la foi dans la musique. Son nouvel album, le dix-huitième soit dit en passant, se révèle particulièrement ambitieux et se présente sous la forme d’un double EP. Deux disques, deux ambiances. « C’est mieux que si c’était pire », sept titres dans une veine plutôt enjouée où Ramon montre son savoir-faire en matière de rock humoristique, il est, en effet, l’un d’un rare à ne pas être ridicule en la matière (« Les Chiffons » seule chanson au monde consacrée aux chiffons). Le deuxième EP, « C’est pire que si c’était mieux » représente la face sombre de l’artiste, neuf plages où le ton se veux plus sérieux, voire grave (cf. « Mort devant la télé »). Musicalement, conformément à ses habitudes, Ramon Pipin vise large en faisant appel à un large panel d’instruments divers (harpe, cordes, synthés vintages divers, le Solina notamment) tout en restant fidèle à ses marottes habituelles (cf. le riff Stonien de « Est-ce que tu sais ? »). Enfin, de cette large collection de chansons, un titre émerge, émouvant au possible, « Pitchipoï » en duo avec Sarah. Le titre mérite que l’on s’y arrête une seconde et appelle quelques explications. Née dans le camp de Drancy, parmi les enfants déportés, l’expression « Pitchipoï » (le trou du cul du monde en yiddish) désigne un endroit mystérieux et effrayant soit, vous l’aurez certainement compris, le camp d’Auschwitz où finiront tant de déportés dans les conditions abominables que l’on sait. A l’heure où l’antisémitisme devient, toute honte bue, « tendance », grâce soit rendue à Ramon de ne pas oublier les heures sombres de l’Histoire et de faire honneur, avec autant de talent que de délicatesse, au devoir de mémoire.

En concert le 11 avril au Café de la Danse.

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https://ramonpipin.bandcamp.com/album/cest-mieux-que-si-c-tait-pire-cest-pire-que-si-c-tait-mieux

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